{"id":2220,"date":"2025-11-14T12:03:05","date_gmt":"2025-11-14T12:03:05","guid":{"rendered":"https:\/\/surlespasdeleternel.be\/?page_id=2220"},"modified":"2025-11-24T13:13:58","modified_gmt":"2025-11-24T13:13:58","slug":"marthe-robin","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/surlespasdeleternel.be\/index.php\/marthe-robin\/","title":{"rendered":"Marthe Robin"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-page\" data-elementor-id=\"2220\" class=\"elementor elementor-2220\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-c5d7455 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"c5d7455\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-d598860 elementor-align-justify elementor-widget elementor-widget-button\" data-id=\"d598860\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"button.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<a class=\"elementor-button elementor-button-link elementor-size-sm\" href=\"http:\/\/surlespasdeleternel.be\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Marthe-Robinpdf.pdf\" target=\"_blank\">\n\t\t\t\t\t\t<span class=\"elementor-button-content-wrapper\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<span class=\"elementor-button-text\">Marthe Robin<\/span>\n\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-6f9c0ad elementor-align-justify elementor-widget elementor-widget-button\" data-id=\"6f9c0ad\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"button.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<a class=\"elementor-button elementor-button-link elementor-size-sm\" href=\"http:\/\/surlespasdeleternel.be\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Sa-vie.pdf\" target=\"_blank\">\n\t\t\t\t\t\t<span class=\"elementor-button-content-wrapper\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<span class=\"elementor-button-text\">Sa vie<\/span>\n\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-3177afa e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"3177afa\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-34f19af elementor-widget elementor-widget-spacer\" data-id=\"34f19af\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"spacer.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-spacer\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-spacer-inner\"><\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-70ed2e8 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"70ed2e8\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-4db9887 elementor-widget elementor-widget-heading\" data-id=\"4db9887\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"heading.default\">\n\t\t\t\t\t<h2 class=\"elementor-heading-title elementor-size-default\">Son journal<\/h2>\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-4cd1750 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"4cd1750\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-0c0c409 elementor-widget-divider--view-line elementor-widget elementor-widget-divider\" data-id=\"0c0c409\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"divider.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-divider\">\n\t\t\t<span class=\"elementor-divider-separator\">\n\t\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-4299d94 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"4299d94\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-b869e37 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"b869e37\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>Journal de Marthe Robin version num\u00e9rique<\/p><p>\u00a9 Editions Foyer de Charit\u00e9<\/p><p>Cette version num\u00e9rique du Journal de Marthe Robin permet d\u2019acc\u00e9der aux sources que Marthe a utilis\u00e9es dans l\u2019\u00e9tat actuel de nos connaissances. Marthe a beaucoup lu. En d\u00e9cembre 1928, les capucins de la mission paroissiale lui ont demand\u00e9 de compl\u00e9ter ses lectures pour l&rsquo;aider \u00e0 comprendre les exp\u00e9riences mystiques qu&rsquo;elle vivait. Elle l&rsquo;a fait. Son Journal, \u00e9crit \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, par ob\u00e9issance, pour son cur\u00e9, est \u00e0 90% son \u00ab bien propre \u00bb. On y trouve des r\u00e9miniscences inspir\u00e9es par ses lectures et par une m\u00e9moire \u00e9tonnante. Pour mieux exprimer ce qu\u2019elle vivait, Marthe s\u2019est s\u2019appuy\u00e9e sur les ouvrages qu\u2019elle lisait. Elle a retravaill\u00e9 ce qu\u2019elle avait m\u00e9moris\u00e9 et fait quelques rares emprunts mots \u00e0 mots (6 ou 7) sans les retoucher. Des revues de spiritualit\u00e9, des hymnes, litanies, chants et antiennes de son \u00e9poque ont aussi inspir\u00e9 ses \u00e9crits parsem\u00e9s de r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019Ecriture Sainte. Marthe ne s&rsquo;approprie rien. Th\u00e9r\u00e8se de l\u2019Enfant J\u00e9sus, qu\u2019elle cite fr\u00e9quemment, ne disait-elle pas : \u00ab S\u2019il m\u2019arrive de penser et de dire une chose qui plaise \u00e0 mes s\u0153urs, je trouve tout naturel qu\u2019elles s\u2019en emparent comme d\u2019un bien \u00e0 elles : cette pens\u00e9e appartient \u00e0 l\u2019Esprit Saint et non pas \u00e0 moi, puisque saint Paul assure que nous ne pouvons, sans cet Esprit d\u2019amour, donner \u00e0 Dieu le nom de P\u00e8re \u00bb (Histoire d&rsquo;une \u00e2me, p.178-179). Pour plus de d\u00e9tails sur toutes les r\u00e9miniscences dans le Journal de Marthe Robin reportez-vous ici \u00e0 l\u2019introduction de ce m\u00eame Journal (p. 7-30 dans l\u2019\u00e9dition version papier). Il est pr\u00e9cieux de consulter cette introduction pour percevoir comment le langage mystique \u00ab juxtapose les contrastes \u00bb, joie et souffrance comme 2 barreaux d\u2019une \u00e9chelle qui monte au ciel. (p 18-24).<\/p><p>Dans cette version num\u00e9rique, les principales r\u00e9f\u00e9rences bibliques sont signal\u00e9es avec un surlignage sur fond ros\u00e9, et les autres souvenirs de ses lectures (r\u00e9miniscences litt\u00e9raires) sont signal\u00e9es avec un fond bleut\u00e9. En laissant la souris ou le dispositif de pointage sur les r\u00e9miniscences ou sur les citations Bibliques surlign\u00e9es, des info-bulles vous donnent un premier niveau d\u2019information et correspondent aux notes de l\u2019ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence en \u00e9dition papier. En cliquant sur ces zones color\u00e9es, la version num\u00e9rique vous permet d\u2019acc\u00e9der aux sources (Bibliques, ouvrages,\u2026) dans un nouvel onglet de votre navigateur Web. Un clic droit vous permet d\u2019ouvrir la source dans une nouvelle fen\u00eatre plut\u00f4t que dans un onglet pour effectuer une comparaison des textes. Un index Biblique et un index par date viennent compl\u00e9ter l\u2019\u00e9dition papier. Le Journal complet comporte 3 cahiers qui sont donn\u00e9s en s\u00e9quence dans le fichier principal dont vous faites actuellement la lecture, vous trouverez en cliquant ici, une description pr\u00e9cise de ces cahiers et en cliquant ici, quelques d\u00e9tails sur les conventions utilis\u00e9es pour aider votre lecture. En cliquant sur les liens ci-apr\u00e8s, vous acc\u00e9dez directement \u00e0 ce qu\u2019ils indiquent :<\/p><p>1)\u00a0 l\u2019index Biblique,<\/p><p>2)\u00a0 le deuxi\u00e8me cahier,<\/p><p>3)\u00a0 le troisi\u00e8me cahier,<\/p><p>4)\u00a0 l\u2019index par date,<\/p><p>5)\u00a0 un guide pour une utilisation avanc\u00e9e.<\/p><p>Tout pour l\u2019amour de Dieu<\/p><p>pour l\u2019honneur de la sainte Eglise<\/p><p>et le salut des \u00e2mes<\/p><p>Gloire \u00e0 Dieu&#8230; Joie au prochain&#8230; Sacrifice pour moi.<\/p><p>Aimer J\u00e9sus, aimer les \u00e2mes pour leur faire aimer J\u00e9sus.<\/p><p>Ma vie se consume sans fin, dans les douleurs, les \u00e9preuves, les d\u00e9chirements de toutes sortes, dans l\u2019oraison, l\u2019abandon d\u2019amour.<\/p><p>Ma vie est tout enti\u00e8re \u00e0 Dieu pour les \u00e2mes\u2009! Tout enti\u00e8re \u00e0 J\u00e9sus enfant, \u00e0 J\u00e9sus agonisant et crucifi\u00e9, \u00e0 J\u00e9sus-Hostie, pour l\u2019amour des \u00e2mes&#8230; tout enti\u00e8re aux \u00e2mes pour l\u2019amour de J\u00e9sus.<\/p><p>Je br\u00fble du d\u00e9sir immense de donner \u00e0 tous, de communiquer \u00e0 tous les flammes ardentes de mon amour pour J\u00e9sus, et pour J\u00e9sus crucifi\u00e9, et de la charit\u00e9 infinie qu\u2019il r\u00e9pand en mon \u00e2me en faveur de chacun et de tous.<\/p><p>Les seize diamants pour atteindre la plus haute perfection<\/p><p>Amour de Dieu \u2013 amour du prochain \u2013 chastet\u00e9 \u2013 pauvret\u00e9 \u2013 puret\u00e9 \u2013 ob\u00e9issance \u2013 patience \u2013 humilit\u00e9 \u2013 renoncement \u2013 douceur \u2013 assistance aux offices \u2013 fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019oraison \u2013 mortification int\u00e9rieure \u2013 confiance \u2013 silence \u2013 paix.<\/p><p>______________<\/p><p>Conseils pour avancer dans la voie de la perfection<\/p><ol><li>Plus on foule aux pieds, plus on se d\u00e9pouille des vaines jouissances du monde et de tout ce qui vient de lui, plus on p\u00e9n\u00e8tre les choses divines et plus on est \u00e0 m\u00eame de comprendre les hautes v\u00e9rit\u00e9s et d\u2019amasser ainsi de grands tr\u00e9sors spirituels.<\/li><\/ol><ol start=\"2\"><li>Mourir \u00e0 tout fait trouver la vie en Dieu\u2009! N\u2019encha\u00eenons ni notre c\u0153ur ni nos pens\u00e9es aux cr\u00e9atures, si nous voulons conserver souverainement pure la face du divin R\u00e9dempteur dans notre \u00e2me. C\u2019est au fur et \u00e0 mesure que nous nous d\u00e9tachons du cr\u00e9\u00e9 que nous jouissons des lumi\u00e8res divines, car Dieu ne peut \u00eatre compar\u00e9 en rien aux cr\u00e9atures. Il est bien \u00e0 plaindre, celui \u00e0 qui Dieu ne suffit pas.<\/li><\/ol><ol start=\"3\"><li>Le mal est un poison perfide, fuyons-le, \u00e9cartons-nous de lui comme d\u2019un gouffre affreux. Avec un saint courage, pratiquons le bien de tout notre c\u0153ur, de toutes nos forces, allons toujours au plus parfait, et la confiance, la paix rayonnera dans nos \u00e2mes.<\/li><\/ol><ol start=\"4\"><li>Le plus grand honneur que nous puissions rendre \u00e0 Dieu est de le servir dans toute la perfection de l\u2019Evangile\u2009: toute pratique qui s\u2019en \u00e9loigne n\u2019est d\u2019aucun m\u00e9rite pour l\u2019\u00e2me et d\u2019aucune r\u00e9compense.<\/li><\/ol><ol start=\"5\"><li>Souvenons-nous bien que les biens et les maux n\u2019arrivent qu\u2019avec la permission de Dieu, et ainsi nous n\u2019aurons ni orgueil ni d\u00e9couragement dans le bonheur comme dans l\u2019adversit\u00e9. Acceptons tout de la main de Celui qui est la toute Bont\u00e9. Puisque nous recevons les biens de la main du Bon Dieu, pourquoi ne recevrions-nous pas les maux, permis pour notre bien, qui nous viennent de lui\u2009?<\/li><\/ol><ol start=\"6\"><li>Qu\u2019elle est ch\u00e9rie du C\u0153ur de J\u00e9sus, l\u2019\u00e2me humble et pure qui s\u2019immole, qui s\u2019ab\u00eeme dans son propre n\u00e9ant et qui s\u2019abandonne sans r\u00e9serve dans la confiance et l\u2019amour du Tout. Pourquoi vouloir se gouverner soi-m\u00eame quand on a donn\u00e9 sa volont\u00e9 \u00e0 Dieu\u2009?<\/li><\/ol><ol start=\"7\"><li>Pour \u00eatre heureux, il faut remettre \u00e0 J\u00e9sus la clef de sa volont\u00e9, pour aller \u00e0 lui enti\u00e8rement libre et bien r\u00e9solu \u00e0 tout quitter pour le suivre\u2009; c\u2019est alors que, nous prenant par la main, il transformera nos d\u00e9sirs en effets. Apr\u00e8s avoir embrass\u00e9 la Croix, si nous ne nous sentons pas la force de laisser le divin R\u00e9dempteur la mettre sur nos \u00e9paules, comme les filles de J\u00e9rusalem m\u00ealons au moins nos larmes \u00e0 ses douleurs\u2009; \u00e0 l\u2019exemple de sainte V\u00e9ronique, r\u00e9parons par nos pri\u00e8res et par nos sacrifices les outrages, les m\u00e9pris, les affronts faits \u00e0 son amour.<\/li><\/ol><ol start=\"8\"><li>Qui se rel\u00e2che dans les exercices spirituels et trouve g\u00eanant le joug du Seigneur est, h\u00e9las, bien pr\u00e8s de la chute. P\u00e9n\u00e9trons-nous bien de cette v\u00e9rit\u00e9, et qu\u2019elle nous engage \u00e0 nous tenir sur nos gardes.<\/li><\/ol><ol start=\"9\"><li>N\u2019oublions pas que nous n\u2019avons \u00e9t\u00e9 faits chr\u00e9tiens que pour devenir saints\u2008: c\u2019est pourquoi nous devons travailler sans tr\u00eave, sans rel\u00e2chement \u00e0 nous perfectionner dans le service et l\u2019amour de Dieu.<\/li><\/ol><ol start=\"10\"><li>En toutes choses, dans toutes nos \u0153uvres, n\u2019ayons que notre sanctification et la gloire de Dieu en vue\u2009; sans cela nous ne recueillerons ni profit, ni avancement, ni m\u00e9rite. Quelle perte plus irr\u00e9parable, quel aveuglement plus grand, quelle ruine plus navrante que montrer de l\u2019attachement pour ce qui n\u2019est que poussi\u00e8re, que vaine fum\u00e9e\u2009!<\/li><\/ol><ol start=\"11\"><li>Travaillons sans rel\u00e2che, sans arr\u00eat, \u00e0 vaincre notre nature, et nous avancerons plus vite dans la belle voie de Dieu, que par le secret contentement de je\u00fbner au pain et \u00e0 l\u2019eau.<\/li><\/ol><ol start=\"12\"><li>N\u2019abandonnons jamais le pieux exercice de l\u2019oraison, quand m\u00eame nous n\u2019y trouverions que s\u00e9cheresses et souffrances, quand m\u00eame notre esprit y serait en proie \u00e0 de terribles et p\u00e9nibles distractions. Que ceci au contraire nous engage \u00e0 pers\u00e9v\u00e9rer, car tr\u00e8s souvent Dieu veut \u00e9prouver jusqu\u2019o\u00f9 nous avons embrass\u00e9 la Croix. N\u2019oublions pas que nous ne devons en rien rechercher notre satisfaction, mais plaire \u00e0 Dieu et nous perfectionner. L\u2019\u00e2me doit avoir \u00e0 c\u0153ur de sortir bien humble de l\u2019oraison\u2009; c\u2019est alors que le d\u00e9mon, comprenant qu\u2019il ne gagne rien, ne renouvellera que tr\u00e8s rarement ses artifices. L\u2019humilit\u00e9 appelle la confiance. Plus l\u2019humilit\u00e9 descend, plus la confiance monte, plus l\u2019\u00e2me s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 l\u2019amour.<\/li><\/ol><ol start=\"13\"><li>Trouver du d\u00e9go\u00fbt dans l\u2019oraison et la n\u00e9gliger, c\u2019est armer contre nous l\u2019Esprit infernal et l\u2019armer des armes m\u00eames avec lesquelles nous devrions nous d\u00e9fendre de lui. Pour l\u2019oraison, le Seigneur veut des \u00e2mes bien dociles et bien fid\u00e8les et bien souples, ne se confiant nullement, aucunement en elles-m\u00eames. Veillons et prions pour ne pas passer de la s\u00e9cheresse \u00e0 la ti\u00e9deur.<\/li><\/ol><ol start=\"14\"><li>N\u2019aspirons ni aux r\u00e9v\u00e9lations, ni aux communications surnaturelles, mais que notre \u00e2me ne soit \u00e9prise que de la v\u00e9ritable perfection, en dehors de toute consolation. Servons-nous uniquement, aveugl\u00e9ment, de notre vrai guide \u2013 la foi \u2013 pour voler \u00e0 l\u2019union, \u00e0 l\u2019amour.<\/li><\/ol><ol start=\"15\"><li>La souffrance est la voie la plus laborieuse, mais elle est la plus s\u00fbre, la plus m\u00e9ritante aussi. C\u2019est la voie du Seigneur. Il nous a lui-m\u00eame montr\u00e9 ce chemin comme \u00e9tant celui de la plus haute perfection quand il a dit\u2009: \u00ab\u2009Je frapperai ceux que j\u2019aime\u2009; tous mes amis auront part \u00e0 mes souffrances et \u00adpartageront ma Croix\u2009\u00bb.<\/li><\/ol><ol start=\"16\"><li>Si les \u00e2mes connaissaient le prix de la souffrance et de l\u2019humilit\u00e9 pour acqu\u00e9rir des vertus et travailler au salut des \u00e2mes, elles ne chercheraient ni ne voudraient avoir des consolations en rien. Les souffrances de la vie ne sont que de peu de dur\u00e9e, les tr\u00e9sors qu\u2019elles nous font amasser sont pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/li><\/ol><ol start=\"17\"><li>Aucune occupation, aucun pr\u00e9texte ne doit nous faire n\u00e9gliger l\u2019examen de conscience\u2009; pour chaque faute nous devons faire acte de r\u00e9paration. \u00ab\u2009Cette r\u00e9solution a l\u2019avantage de raffermir notre volont\u00e9 de ne plus p\u00e9cher.\u2009\u00bb<\/li><\/ol><ol start=\"18\"><li>Chaque fois que nous nous refusons une satisfaction trop naturelle, le Seigneur, qui est toute bont\u00e9, nous le rend au centuple d\u00e8s cette vie m\u00eame, tant au spirituel qu\u2019au temporel. Si au contraire nous nous l\u2019agr\u00e9ons et si nous c\u00e9dons, c\u2019est au centuple que nous \u00e9prouvons l\u2019amertume et le remords.<\/li><\/ol><ol start=\"19\"><li>Nous nous rendons indignes de l\u2019amour de Dieu toutes les fois que nous laissons aller notre c\u0153ur \u00e0 la col\u00e8re, toutes les fois que nous fermons la porte \u00e0 la charit\u00e9 et au pardon.<\/li><\/ol><ol start=\"20\"><li>Ne cherchons pas \u00e0 savoir ni beaucoup, ni peu, ni rien de ce qu\u2019on pense et dit de nous\u2009; pensons \u00e0 plaire \u00e0 Dieu et \u00e0 l\u2019aimer par-dessus toutes choses. Demandons-lui que sa sainte volont\u00e9 soit faite, mais jamais la n\u00f4tre, donnons-nous \u00e0 lui, c\u2019est l\u00e0 notre devoir.<\/li><\/ol><ol start=\"21\"><li>L\u2019enti\u00e8re mortification des sens, le d\u00e9tachement absolu du cr\u00e9\u00e9 est indispensable \u00e0 l\u2019\u00e2me qui veut atteindre la divine union. La doctrine de J\u00e9sus Christ nous enseigne le d\u00e9tachement de toute chose afin d\u2019\u00eatre toujours libres \u00e0 recevoir le Saint-Esprit dans nos \u00e2mes. Le cr\u00e9\u00e9 tourmente et abaisse. L\u2019Esprit de Dieu purifie et sanctifie.<\/li><\/ol><ol start=\"22\"><li>Notre perfection n\u2019est r\u00e9ellement possible qu\u2019en raison de nos sacrifices\u2008; l\u2019oraison, le silence, la patience, le renoncement, la mortification int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure sont les grands actes par lesquels, avec la confiance en Notre Seigneur J\u00e9sus Christ et la divine protection de la Sainte Vierge, nous pouvons arriver \u00e0 notre fin derni\u00e8re\u2009: l\u2019Amour divin.<\/li><\/ol><ol start=\"23\"><li>Ne consid\u00e9rons jamais les afflictions et la pauvret\u00e9 comme des ch\u00e2timents, mais au contraire accueillons-les comme un tr\u00e9sor de grande valeur, puisque c\u2019est par elles que nous devenons, pour ainsi dire, d\u2019autres J\u00e9sus\u2009! Quoi de plus vrai et de plus enthousiasmant\u2009!<\/li><\/ol><ol start=\"24\"><li>Aimons Dieu\u2009! Aimons aussi notre prochain quel qu\u2019il soit\u2009; c\u2019est le commandement formel impos\u00e9 \u00e0 tous par J\u00e9sus Notre Seigneur. Et aimer de cette fa\u00e7on, c\u2019est aimer en Dieu, donc en toute libert\u00e9 d\u2019esprit et de c\u0153ur. S\u2019il arrive m\u00eame qu\u2019il se produise un certain attachement, il sera tout divin, parce qu\u2019il n\u2019aura qu\u2019un id\u00e9al, qu\u2019un but\u2009: J\u00e9sus. L\u2019amour du prochain fait grandir en nous l\u2019amour de Dieu, et \u00e0 mesure que l\u2019\u00e2me s\u2019avance en Dieu davantage, elle aime int\u00e9rieurement le prochain. Cet amour-l\u00e0 est un amour du ciel.<\/li><\/ol><ol start=\"25\"><li>Dieu nous place au pied de la sainte montagne de l\u2019amour\u2009! A nous d\u2019en gravir les hauts sommets sur les pas du doux J\u00e9sus et de monter avec lui au Calvaire o\u00f9 l\u2019\u00e2me transfigur\u00e9e, victorieuse de la chair et des sens, est affermie dans l\u2019amour du Dieu vivant.<\/li><\/ol><ol start=\"26\"><li>Ne rechercher en rien ce que la vie a de meilleur, mais toujours ce qu\u2019elle a de plus parfait. N\u2019avoir qu\u2019une volont\u00e9 par amour du Christ R\u00e9dempteur\u2009: celle d\u2019entrer toujours plus avant dans le d\u00e9pouillement, le d\u00e9nuement et la pauvret\u00e9 de tout ce qui n\u2019est pas Dieu. C\u2019est en accomplissant toutes ses actions avec amour, avec grande humilit\u00e9 de c\u0153ur, qu\u2019on parvient tr\u00e8s vite \u00e0 la pleine jouissance des joies divines. Que ne fait pas le divin Ma\u00eetre dans une \u00e2me confiante et parfaitement abandonn\u00e9e \u00e0 sa merveilleuse et souveraine volont\u00e9\u2009!<\/li><\/ol><ol start=\"27\"><li>Il est \u00e0 conclure que toute imperfection, m\u00eame la moindre, obscurcit la puret\u00e9 de l\u2019\u00e2me et retarde, si elle n\u2019emp\u00eache, sa parfaite union avec Dieu.<\/li><\/ol><ol start=\"28\"><li>Ah\u2009! qu\u2019ils seront beaux, qu\u2019ils seront merveilleux, qu\u2019ils seront ineffables, les tr\u00e9sors d\u2019amour dont nous jouirons \u00e9ternellement dans le ciel\u2009! J\u00e9sus nous les a fait seulement pressentir\u2009; mais la r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9passera de beaucoup nos pr\u00e9visions born\u00e9es.<\/li><\/ol><p>Gloire \u00e0 Dieu au plus haut des cieux\u2009!<\/p><p>Le beau miracle, la grande merveille s\u2019est accomplie\u2009: \u00ab\u2009Le ciel cette nuit a visit\u00e9 la terre\u2009\u00bb.<\/p><p>No\u00ebl\u2009! pour moi c\u2019est la f\u00eate des f\u00eates, celle o\u00f9 le ciel s\u2019unit si magnifiquement \u00e0 la terre et o\u00f9 l\u2019Enfant-Dieu continue \u00e0 se faire homme, \u00e0 na\u00eetre en chacun de nous, si nous le voulons&#8230; si nous l\u2019appelons.<\/p><p>R\u00e9aliser ce beau miracle d\u2019amour, c\u2019est conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est la vouloir et vivre d\u2019elle.<\/p><p>En cette nuit de No\u00ebl, en cette nuit d\u2019amour, je d\u00e9pose sur le berceau de l\u2019Enfant-Dieu, de J\u00e9sus, l\u2019Amour infini mes v\u0153ux ardents, mes souhaits nombreux, affectueux, toujours les m\u00eames pour tous. V\u0153ux et souhaits pour l\u2019\u00e2me d\u2019abord qui, avide de v\u00e9rit\u00e9, de beaut\u00e9, d\u2019infini, ne peut \u00eatre heureuse qu\u2019en cherchant, qu\u2019en connaissant.<\/p><p>\u00ab\u2009Chercher Dieu.\u2009\u00bb Cela est certes plus important, plus s\u00e9rieux, plus grave que tout succ\u00e8s, toute richesse, toute gloire\u2008; et pour le trouver, faudrait-il mourir que je dirais encore\u2009: cherchons Dieu, cherchons-le quand m\u00eame. Mais il ne nous demande en g\u00e9n\u00e9ral pas tant de m\u00e9rites, et la possession de ce tr\u00e9sor divin nous est au contraire un grand secours, une grande force morale et m\u00eame mat\u00e9rielle, tellement il met de beaut\u00e9s, de clart\u00e9s, de joies dans notre vie. Cela r\u00e9alis\u00e9, c\u2019est la paix, la paix v\u00e9ritable, la paix profonde dans l\u2019\u00e2me, quand elle a trouv\u00e9 Dieu, quand elle r\u00e9pond \u00e0 l\u2019appel de la gr\u00e2ce. Que ce Dieu si grand devenu si faible, mais toujours aussi puissant, accueille ma pri\u00e8re et accorde \u00e0 toutes les \u00e2mes de bonne volont\u00e9 la pleine joie de le conna\u00eetre, de l\u2019aimer et de le servir. Avec cela on a tout, ou du moins on se passe facilement du reste.<\/p><p>Gloire \u00e0 Dieu\u2009! Puis-je chanter quelque chose de plus beau\u2009? Que Dieu soit connu, aim\u00e9, glorifi\u00e9 par tous, que son r\u00e8gne se propage dans les nations chr\u00e9tiennes et dans les nations pa\u00efennes, que sa sainte volont\u00e9 s\u2019accomplisse parfaitement sur la terre et dans le ciel&#8230; \u00ab\u2009Paix sur la terre aux hommes de bonne volont\u00e9.\u2009\u00bb Paix aux hommes sur la terre. Paix aux \u00e2mes du purgatoire, \u00f4 mon J\u00e9sus, donnez-leur le repos \u00e9ternel et que la lumi\u00e8re qui brille \u00e0 jamais luise enfin sur elles&#8230; qu\u2019elles reposent en paix. Paix \u00e0 la sainte Eglise et \u00e0 son chef supr\u00eame, notre bien aim\u00e9 Saint-P\u00e8re\u2009! Que le Seigneur lui donne la saintet\u00e9, qu\u2019il le conserve et le garde dans son amour. Paix \u00e0 mes chers et bons parents, paix \u00e0 mes bienfaiteurs, daignez leur accorder \u00e0 tous la vie \u00e9ternelle en r\u00e9compense de tous les biens qu\u2019ils me font par amour pour vous. Paix \u00e0 mes ennemis, aimez-les, \u00f4 J\u00e9sus, du m\u00eame amour dont vous m\u2019aimez. Paix aussi \u00e0 mon \u00e2me, \u00f4 mon bien-aim\u00e9, comblez-moi de l\u2019abondance de vos gr\u00e2ces, satisfaites en moi vos d\u00e9sirs et les miens. Vous aimer beaucoup, vous aimer plus que tout, me fondre en amour, c\u2019est l\u00e0 mon r\u00eave\u2009; daignerez-vous le r\u00e9aliser pleinement, \u00f4 mon Seigneur et mon Dieu\u2009?<\/p><p>^ 25 d\u00e9cembre 1929 (mercredi)<\/p><p>\u00d4 amour\u2009! \u00f4 myst\u00e8re\u2009! inconcevable, merveilleux myst\u00e8re\u2009: je vis en Dieu\u2009; ce n\u2019est plus moi qui vis, mais c\u2019est J\u00e9sus, mon bien-aim\u00e9 J\u00e9sus qui vit en moi. Je ne comprends pas pleinement, mais je connais cette joie, cet incomparable myst\u00e8re\u2009!&#8230; A lui en soit toute la gloire\u2009!&#8230;<\/p><p>^ 26 d\u00e9cembre 1929 (jeudi)<\/p><p>Je voudrais que toutes les \u00e2mes sachent, qu\u2019elles sentent qu\u2019en cette matin\u00e9e de fin d\u2019ann\u00e9e mon c\u0153ur demeure fix\u00e9 sur elles pieusement et avec tendresse.<\/p><p>C\u2019est \u00e0 Dieu d\u2019abord que je rends gr\u00e2ce, que je demande piti\u00e9, pardon, force, courage pour moi, pour tous. Ce tendre et bon P\u00e8re conna\u00eet mes pens\u00e9es, mes d\u00e9sirs, mes v\u0153ux\u2009: pour moi, pour chacun et pour tous.<\/p><p>Qu\u2019il soit content, cela me suffit en tout\u2009!<\/p><p>Mon \u00e2me est tout embaum\u00e9e des parfums de Marie\u2009! Doux parfums de violettes, suaves parfums de lys.<\/p><p>Je me sens de plus en plus attir\u00e9e par la voie si humble, si parfaite de la Sainte Vierge&#8230; Marie Vierge tr\u00e8s pure, Reine des martyrs, m\u2019entra\u00eene \u00e0 sa suite. Il me semble comprendre que J\u00e9sus le veut ainsi.<\/p><p>Je me mets donc sous la garde de J\u00e9sus, compl\u00e8tement \u00e0 l\u2019\u00e9cole de la Sainte Vierge, pour p\u00e9n\u00e9trer plus avant, pour mieux comprendre ces grands myst\u00e8res de foi, d&rsquo;esp\u00e9rance et de charit\u00e9.<\/p><p>\u00d4 Vierge fid\u00e8le et si pure, en tout et partout mon soutien, mon refuge, mon si pur et si parfait mod\u00e8le, p\u00e9n\u00e9trez-moi du respect, de l\u2019amour, de l\u2019abandon filial \u00e0 toutes les volont\u00e9s du Seigneur, volont\u00e9s souvent myst\u00e9rieuses, quelquefois \u00e9crasantes, mais toujours mis\u00e9ricordieuses, toujours adorables, toujours toutes pleines d\u2019amour. Apprenez-moi, \u00f4 ma M\u00e8re, \u00e0\u2009fuir tout ce qui pourrait en amoindrir, en diminuer la gravit\u00e9, la saintet\u00e9, la grandeur et la beaut\u00e9.<\/p><p>Vierge pleine de gr\u00e2ce et de saintet\u00e9\u2009! \u00f4 blanc Lys d\u2019amour\u2009! vous que le p\u00e9ch\u00e9 n\u2019a jamais effleur\u00e9e et qui \u00eates cependant si tendrement mis\u00e9ricordieuse, si maternellement indulgente \u00e0 nos coupables faiblesses, permettez-moi d\u2019adorer dans vos bras votre bel et divin Enfant, notre ami si cher, notre doux petit Fr\u00e8re\u2009; permettez-moi de d\u00e9poser mon baiser plein d\u2019amour sur ses pieds adorables, sur ses petites mains venues pour b\u00e9nir, pour absoudre, pour gu\u00e9rir\u2009; sur son front o\u00f9 je vois rayonner la divinit\u00e9\u2009; sur son C\u0153ur d\u2019amour, son C\u0153ur dans lequel, je le sais, palpite mon c\u0153ur et celui de tous les humains. Apprenez-moi \u00e0 mieux p\u00e9n\u00e9trer, \u00e0 mieux comprendre les merveilleux myst\u00e8res, les grandes le\u00e7ons de la Cr\u00e8che et du Calvaire&#8230; et demandez pour moi, bonne M\u00e8re, \u00e0 J\u00e9sus notre Sauveur, notre divin R\u00e9dempteur, de s\u2019emparer de mon c\u0153ur, de s\u2019emparer de tout mon \u00eatre et de ne plus jamais rien me rendre.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, je vous aime\u2009! \u00d4 J\u00e9sus je viens, je vais \u00e0 vous, je m\u2019\u00e9lance vers vous par la foi&#8230; l\u2019esp\u00e9rance&#8230; et l\u2019amour\u2009! Venez en moi et serrez-moi plus fort chaque jour dans vos \u00e9treintes amoureuses.<\/p><p>Que mon ann\u00e9e soit \u00e0 Dieu&#8230; et \u00e0 Dieu seul\u2009!&#8230;<\/p><p>Vierge du bon conseil\u2009! Vierge du bon secours\u2009! Vierge notre esp\u00e9rance\u2009! Vierge m\u00e9diatrice de toutes gr\u00e2ces, priez pour nous, bonne et charitable M\u00e8re, afin que nous nous rendions dignes des promesses admirables de Notre Seigneur J\u00e9sus Christ.<\/p><p>^ 31 d\u00e9cembre 1929 (mardi)<\/p><p>Servir\u2009: Dieu, puis les \u00e2mes.<\/p><p>Charit\u00e9<\/p><p>Il est un grand amour, et c\u2019est la charit\u00e9,<\/p><p>Qui jaillit, \u00f4 mon Dieu, de votre C\u0153ur sacr\u00e9.<\/p><p>C\u2019est la vraie charit\u00e9&#8230; la charit\u00e9 de l\u2019\u00e2me<\/p><p>D\u00e9daigneuse du bruit, des louanges, du bl\u00e2me.<\/p><p>Sans savoir si mes dons seront pour des ingrats<\/p><p>Je veux ouvrir mes mains, ouvrir bien grand mes bras.<\/p><p>Aimer qui me ch\u00e9rit, et ch\u00e9rir ce qui m\u2019aime,<\/p><p>Serait vraiment donner que bien peu de moi-m\u00eame,<\/p><p>Et si fort que mon c\u0153ur puisse en \u00eatre enflamm\u00e9<\/p><p>Je veux aimer l\u2019Amour&#8230; semer la charit\u00e9.<\/p><p>Aimer, n\u2019\u00eatre \u00e9prise que de bont\u00e9, de douceur, de justice,<\/p><p>Etre ardente et aimante, dans le pur sacrifice.<\/p><p>Oui, l\u2019\u00eatre pour tous, l\u2019\u00eatre de tout mon c\u0153ur<\/p><p>Avec la volont\u00e9 d\u2019apaiser, de confondre l\u2019erreur,<\/p><p>Sans s\u00e9parer jamais le feu avec la flamme,<\/p><p>Je dois, en m\u2019oubliant, faire aimer Dieu aux \u00e2mes,<\/p><p>En me donnant pour tous sans cesse et sans compter.<\/p><p>Donner, toujours donner sans vouloir r\u00e9colter.<\/p><p>^ 31 d\u00e9cembre \u2013 1er janvier 1930 (mardi-mercredi)<\/p><p>\u00d4 P\u00e8re tendre et bon\u2009! \u00d4 Dieu unique et parfait\u2009! Que ferez-vous de moi cette ann\u00e9e\u2009?&#8230; O\u00f9 me m\u00e8nera votre amour\u2009?&#8230; Quel d\u00e9lai m\u2019imposerez-vous\u2009?&#8230; Que me demanderez-vous\u2009?&#8230; Quels impr\u00e9vus demanderez-vous encore \u00e0 votre pauvre petite servante, \u00e0 votre pauvre petite victime\u2009?&#8230; Je l\u2019ignore&#8230; et ne cherche pas \u00e0 savoir.<\/p><p>Fiat, \u00f4 mon J\u00e9sus, mon Dieu, fiat et toujours fiat, dans l\u2019amour et le renoncement \u00e0 tout.<\/p><p>\u00d4 Seigneur, de moi, de tous et par tous, soyez glorifi\u00e9 et b\u00e9ni, maintenant et toujours. Amen.<\/p><p>Magnificat anima mea dominum\u2009!&#8230;<\/p><p>Seigneur J\u00e9sus\u2009! \u00f4 mon Ma\u00eetre ador\u00e9\u2009! en vous seul je veux vivre. C\u2019est par vous, avec vous, en vous que je veux prier, aimer, louer, b\u00e9nir et glorifier le P\u00e8re.<\/p><p>Comment pourrais-je assez baiser la main ch\u00e9rie qui me frappe, comment pourrais-je assez inonder de larmes d\u2019amour la main bien-aim\u00e9e qui m\u2019envoie tant de souffrances, qui me fait si longuement souffrir\u2009?<\/p><p>Mon divin J\u00e9sus, que votre amour et votre gr\u00e2ce soient toujours avec moi.<\/p><p>^ 2 janvier 1930 (jeudi)<\/p><p>\u00d4 Vierge, ma tendre M\u00e8re, pour J\u00e9sus qui doit venir, rendez mon c\u0153ur humble comme une violette et blanc comme un lys tr\u00e8s pur. Pour lui, pour vous, \u00f4 ma M\u00e8re, mettez du blanc, de l\u2019humilit\u00e9 partout, dans tout mon \u00eatre.<\/p><p>Oui, pour J\u00e9sus je veux mon c\u0153ur, je me veux bien humble et bien pure\u2009!&#8230; C\u2019est son divin d\u00e9sir.<\/p><p>J\u00e9sus nous accorde de bien douces joies sur la terre, il nous y fait de bien grandes faveurs, il nous comble de gr\u00e2ces sans nombre\u2009; mais rien n\u2019\u00e9gale, rien ne remplace la douce, la pure joie de souffrir pour son amour.<\/p><p>Les f\u00e9licit\u00e9s, les contentements de la terre n\u2019ont qu\u2019un temps\u2009; seule la joie d\u2019avoir donn\u00e9, de s\u2019\u00eatre oubli\u00e9e demeure.<\/p><p>Oh\u2009! c\u2019est vrai, j\u2019ai l\u2019esprit et le c\u0153ur pleins de lumi\u00e8re et de v\u00e9rit\u00e9\u2009!<\/p><p>Je devrais ouvrir toute grande mon \u00e2me sur tant de pauvres humains qui ignorent tout de Dieu, de la vraie vie. Mais je reconnais trop grande mon incapacit\u00e9 physique et morale, je vois trop mes insuffisances.<\/p><p>\u00d4 mon J\u00e9sus, comblez tous mes vides&#8230; arrachez-moi de moi-m\u00eame et pour toujours, et comblez-moi de vous, comblez-moi de l\u2019abondance de tous vos biens.<\/p><p>Mon doux J\u00e9sus, donnez-moi tout ce que vous voulez que je vous donne&#8230; tout ce que vous voulez que je leur donne.<\/p><p>Que, vous aimant, faites aussi que je vous fasse aimer\u2009!<\/p><p>Je porte en moi la gr\u00e2ce, la vie m\u00eame de Dieu\u2009! Je veux tout faire pour augmenter sa gloire, pour agrandir son r\u00e8gne.<\/p><p>Seigneur, je suis votre tout petit instrument, je suis l\u00e0 pour faire votre volont\u00e9, pour r\u00e9aliser tous vos d\u00e9sirs, pour vous donner tout mon amour&#8230; et pour chanter vos louanges.<\/p><p>Je ne recherche ni ne fuis les croix nouvelles\u2009! Les rechercher serait peut-\u00eatre orgueil de ma part, les fuir serait, bien s\u00fbr, l\u00e2chet\u00e9.<\/p><p>Je veux bien tout ce que le Bon Dieu me donne, tout ce qu\u2019il veut que je souffre pour son amour. Et lorsque dans ma nature jamais assez crucifi\u00e9e je sens venir un fr\u00e9missement d\u2019\u00e9pouvante, je me blottis bien vite dans les bras si tendrement maternels de la Sainte Vierge, et l\u00e0, sur son C\u0153ur, je fais bien doucement un acte d\u2019amour et d\u2019abandon aux trois divines Personnes de la Sainte Trinit\u00e9.<\/p><p>Je ne demande rien\u2009: ni vivre, ni mourir, ni gu\u00e9rir\u2009; et si je pouvais, s\u2019il m\u2019\u00e9tait permis de choisir, je crois que je ne choisirais rien. Car ce que j\u2019aime, c\u2019est ce que Dieu fait en moi et pour moi, c\u2019est ce qu\u2019il me demande pour lui en faveur des \u00e2mes.<\/p><p>Mon Dieu\u2009! vous me comblez de joie, vous m\u2019inondez d\u2019amour par tout ce que vous faites.<\/p><p>Mon Dieu, je suis v\u00f4tre pour vous donner toutes les consolations, pour r\u00e9parer toutes mes fautes&#8230; pour chanter \u00e9ternellement vos mis\u00e9ricordes.<\/p><p>\u00ab\u2009La gr\u00e2ce de mourir sans peine vaut bien la peine de vivre sans joie\u2009\u00bb&#8230; de souffrir sans douceurs.<\/p><p>Une vie longuement douloureuse est un bienfait, parce qu\u2019elle nous permet de donner beaucoup, beaucoup \u00e0 J\u00e9sus.<\/p><p>Les jours de sombres, de p\u00e9nibles souffrances sont des jours de gr\u00e2ces, des droits \u00e0 la b\u00e9atitude.<\/p><p>Dieu est l\u00e0 toujours, c\u2019est lui qui permet tout\u2009! Et quand m\u00eame il semble se retirer et tout nous refuser, c\u2019est toujours qu\u2019il nous aime.<\/p><p>Quand les douleurs sont atrocement douloureuses, je pense que le Bon Dieu, qui est si bon, me donne de souffrir en proportion de ce que je l\u2019aime et de ce qu\u2019il m\u2019aime. C\u2019est pourquoi je suis toujours souriante et j\u2019ai toujours tant de paix\u2009!<\/p><p>Je vis pour J\u00e9sus, unie \u00e0 J\u00e9sus\u2009! Ce que je lui demande, c\u2019est de mourir dans son amour.<\/p><p>J\u2019\u00e9tonne les gens, en leur disant que je vis pour mourir, que la mort est la grande id\u00e9e, le sens de ma vie.<\/p><p>La mort, c\u2019est la gr\u00e2ce des gr\u00e2ces et le couronnement de notre vie chr\u00e9tienne. Elle n\u2019est pas une fin comme, h\u00e9las, encore trop le pensent, mais le commencement d\u2019une belle naissance.<\/p><p>Elle ne marque pas l\u2019heure de la dissolution d\u2019une cr\u00e9ature, mais son v\u00e9ritable d\u00e9veloppement, son plein \u00e9panouissement dans l\u2019amour. Elle compl\u00e8te notre possession de la vie divine, en supprimant les obstacles qui, ici-bas, nous emp\u00eachent d\u2019en jouir \u00e0 notre aise.<\/p><p>Elle nous permet enfin de vaquer librement \u00e0 l\u2019\u00e9ternel Amour, d\u2019avoir conscience qu\u2019il se donne \u00e0 nous et de demeurer \u00e0 jamais en lui.<\/p><p>\u00ab\u2009Pour moi, le Christ J\u00e9sus est ma vie.\u2009\u00bb Mourir me sera donc tout avantage, puisque le grand effet de la mort sera de dissiper le voile d\u2019ombre qui me cache une si adorable merveille.<\/p><p>\u00ab\u2009Tout passe\u2009\u00bb, il n\u2019y a que Dieu et l\u2019\u00e2me qui soient immortels. Pensons-y s\u00e9rieusement. Mettons dans notre vie la pens\u00e9e, le souci, l\u2019inqui\u00e9tude des choses \u00e9ternelles.<\/p><p>Quand je pense \u00e0 la mort prochaine, je me dis\u2009: tant mieux, bient\u00f4t j\u2019irai voir le Bon Dieu\u2009! N\u00e9anmoins j\u2019ai comme le pressentiment que J\u00e9sus pr\u00e9pare encore des croix plus grandes, plus lourdes, plus sombres, des \u00e9preuves nouvelles, \u00e0 sa petite victime. Qu\u2019elles viennent\u2009! du plus profond de mon \u00e2me je les b\u00e9nis.<\/p><p>Que mon \u00e2me vive pour Dieu seul&#8230; le salut est l\u00e0\u2009!<\/p><p>^ 3 janvier 1930 (vendredi)<\/p><p>Mon \u00e2me s\u2019attache \u00e0 Dieu plus passionn\u00e9ment que jamais. \u00d4 mon Dieu, c\u2019est \u00e0 la vie et \u00e0 la mort. Ne devrais-je plus jamais sentir votre si douce pr\u00e9sence ici-bas, quand m\u00eame je ne devrais plus jamais sentir que je vous aime\u2009: je le sais, je le veux, je le fais\u2009!&#8230; C\u2019est mon plus grand bonheur, c\u2019est toute ma joie. Rien n\u2019est plus doux au C\u0153ur de J\u00e9sus que l\u2019\u00e2me qui, en toute confiance, s\u2019abandonne. L\u2019inqui\u00e9tude d\u00e9pla\u00eet toujours un peu \u00e0 son amour.<\/p><p>Donner Dieu en tout et \u00e0 tous, le donner constamment, le donner autant de fois et en autant de mani\u00e8res qu\u2019il le voudra. Par la pri\u00e8re, par l\u2019exemple, par la parole, par la bont\u00e9, la charit\u00e9, le pardon&#8230; et surtout par l\u2019amour et par le rayonnement d\u2019une vie toute \u00e0 Dieu. Dans le renoncement et l\u2019oubli parfait de moi-m\u00eame.<\/p><p>Tout mon \u00eatre accepte la souffrance, la presque enti\u00e8re incapacit\u00e9 physique, plus g\u00e9n\u00e9reusement, plus amoureusement toujours\u2009; et dans un bien plus grand abandon, plus de d\u00e9tachement, plus de renoncement \u00e0 tout.<\/p><p>N\u00e9anmoins, combien la pauvre nature a de peine quelquefois \u00e0 constater son enti\u00e8re impuissance en une infinit\u00e9 de choses qui font comme le canevas de la vie.<\/p><p>Mais on demeure quand m\u00eame tr\u00e8s calme, on sourit avec joie et avec amour, malgr\u00e9 les douleurs qui \u00e9touffent, malgr\u00e9 les d\u00e9chirements qui torturent et les souffrances lancinantes, malgr\u00e9 les d\u00e9solantes \u00e9preuves et l\u2019amer d\u00e9go\u00fbt, quand on aime J\u00e9sus et qu\u2019on l\u2019aime d\u2019amour pur.<\/p><p>^ 4 janvier 1930 (samedi)<\/p><p>Etre toujours joyeux est une excellente p\u00e9nitence.<\/p><p>P\u00e8re de Ravignan<\/p><p>\u00d4 bon et tr\u00e8s doux J\u00e9sus, purifiez enti\u00e8rement mon c\u0153ur, pacifiez mon \u00e2me, faites-en votre petit ciel, votre jardin d\u2019agr\u00e9ment\u2008! \u00d4 J\u00e9sus, je vous aime. Qu\u2019il n\u2019y ait plus, plus rien en moi qui n\u2019ait Dieu pour principe et pour terme, soit dans l\u2019ordre de l\u2019activit\u00e9, soit dans l\u2019ordre des dispositions\u2009! Seigneur, je\u00a0 vous remets et je vous soumets toutes choses&#8230; Voyez&#8230; et laissez agir votre C\u0153ur\u2009!<\/p><p>^ 5 janvier 1930 (dimanche)<\/p><p>Qu\u2019il n\u2019y ait rien, plus rien en moi qui ne soit pas \u00e0 J\u00e9sus et pour J\u00e9sus seul, et par lui ne monte jusqu\u2019au tr\u00f4ne supr\u00eame du P\u00e8re pour redescendre en b\u00e9n\u00e9dictions sur moi, sur ma ch\u00e8re famille, sur tous ceux que j\u2019aime et que je dois aimer\u2009; sur nos paroisses, notre dioc\u00e8se, notre France infid\u00e8le\u2009; sur la sainte Eglise, sur son chef souverain, notre Saint-P\u00e8re le pape, que j\u2019aime non pas de tout mon c\u0153ur (ce ne serait pas assez), mais avec les C\u0153urs si aimants de mon J\u00e9sus et de la Sainte Vierge ma M\u00e8re&#8230; et pour s\u2019\u00e9tendre sur toutes les \u00e2mes, sur toute nation, par toute la terre.<\/p><p>Seigneur J\u00e9sus, r\u00e9gnez sur nous et sauvez-nous\u2009!<\/p><p>^ 5 janvier 1930 (dimanche)<\/p><p>M\u2019efforcer de vivre irr\u00e9prochable, pour vivre sans reproche au milieu d\u2019un monde si inconsciemment m\u00e9chant, \u00e0 une \u00e9poque si malheureusement corrompue\u2009; c\u2019est-\u00e0-dire, en v\u00e9ritable enfant de Dieu, tendre toujours au bien, au plus parfait, par la foi, l\u2019esp\u00e9rance et la charit\u00e9, selon les belles v\u00e9rit\u00e9s divinement r\u00e9v\u00e9l\u00e9es.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, mon Ma\u00eetre ador\u00e9\u2009! j\u2019accepte et je vous offre g\u00e9n\u00e9reusement le prolongement de mes jours, pour souffrir tout ce qui se peut souffrir \u2013 dans mon corps, dans mon c\u0153ur, dans mon \u00e2me \u2013 vous suppliant de ne jamais permettre que je vive autrement que dans votre adorable volont\u00e9, ni pour autre chose que pour votre amour, pour l\u2019honneur de votre nom et pour le triomphe de l\u2019Eglise.<\/p><p>Avec votre gr\u00e2ce, je saurai supporter courageusement la grande \u00e9preuve de l\u2019exil. Mais faites que se l\u00e8ve bient\u00f4t l\u2019aurore de ma d\u00e9livrance.<\/p><p>Fiat voluntas tua\u2009! Je l\u2019ai dit\u2009: votre gr\u00e2ce, \u00f4 mon Dieu, me suffit de tout.<\/p><p>^ 6 janvier 1930 (lundi)<\/p><p>Tout pour l\u2019amour de Dieu\u2009!&#8230;<\/p><p>Seigneur, je suis pr\u00eate \u00e0 recevoir de votre main une croix plus \u00e9crasante, plus sanglante, de plus d\u00e9chirantes souffrances si l\u00e0 est votre divin d\u00e9sir.<\/p><p>Je veux racheter les \u00e2mes ni avec de l\u2019or, ni avec de l\u2019argent, mais avec la menue monnaie de mes souffrances, unie \u00e0 l\u2019in\u00e9puisable tr\u00e9sor des souffrances du R\u00e9dempteur et de sa tr\u00e8s Sainte M\u00e8re, par le puissant moyen de la Croix mis \u00e0 ma disposition, par l\u2019offrande journali\u00e8re et l\u2019immolation silencieuse de ma vie au Cr\u00e9ateur qui me l\u2019a donn\u00e9e.<\/p><p>Dieu est mon P\u00e8re, mon Fr\u00e8re et mon unique Ami, et du moment que je suis son enfant, sa s\u0153ur, sa servante, rien, absolument rien ne m\u2019arrivera, je n\u2019aurai rien \u00e0 souffrir, rien \u00e0 subir, rien \u00e0 endurer sans qu\u2019en P\u00e8re tr\u00e8s bon, il ne l\u2019ait permis et pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 l\u2019avance.<\/p><p>Dans ses bras paternels et si doux, je puis m\u2019abandonner sans frayeur, sans crainte, dans toutes les \u00e9preuves que me r\u00e9serve encore son amour\u2009; sachant bien que toutes les volont\u00e9s de Dieu sont bonnes, sont saintes et parfaites, et que leur parfait accomplissement est le plus doux des bonheurs.<\/p><p>La main ch\u00e9rie qui m\u2019entra\u00eene avec tant d\u2019amour vers les cimes, par un chemin de ronces et de douleur, est aussi la main toute-puissante qui me d\u00e9fend et me fortifie contre les attaques et la terrible rage de l\u2019Ennemi.<\/p><p>\u00d4 main, main adorable et divine qui vous appuyez sur moi avec tant de force, je vous aime, je vous presse, avec transport je vous baise en vous arrosant de mes larmes, parce que vous \u00eates ma douceur, parce que vous \u00eates ma force et mon ascenseur dans l\u2019amour.<\/p><p>Heureux ceux qui comprennent que le p\u00e9ch\u00e9 qui a offens\u00e9 l\u2019Amour m\u00e9rite expiation.<\/p><p>Heureux ceux qui expient sur cette terre\u2009! Heureux ceux qui, pour eux et pour les autres, sont choisis et consentent \u00e0 expier\u2009!<\/p><p>Heureux ceux qui comprennent, qui acceptent, qui suivent J\u00e9sus selon leur g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et la mesure de leurs gr\u00e2ces.<\/p><p>A chaque pas dans l\u2019amour, leur croix se fait moins lourde, leur marche plus ail\u00e9e, leur c\u0153ur plus joyeux, leur \u00e2me plus c\u00e9leste.<\/p><p>Si nous savions, si nous voulions aussi\u2009! quel puissant, f\u00e9cond rayonnement deviendrait notre vie\u2009! Que de bien nous ferions sans le voir, sans le savoir, sans le comprendre&#8230; si simplement nous savions vouloir. Chr\u00e9tiens, croyons \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, croyons \u00e0 la science et \u00e0 la puissance de Dieu, et laissons-nous conduire par son amour, nous serons plus forts que tous les tyrans du monde.<\/p><p>Mais cet incomparable tr\u00e9sor, il faut le recevoir du ciel pour l\u2019appr\u00e9cier \u00e0 sa vraie grande valeur, car les joies de ce monde ne savent rien de ces joies-l\u00e0. Sans doute il faut lutter encore, lutter toujours, parfois m\u00eame tr\u00e8s p\u00e9niblement\u2009; mais quelle diff\u00e9rence entre ces luttes o\u00f9 le bien triomphe si magnifiquement et celles o\u00f9 le mal est toujours vainqueur.<\/p><p>La peine, c\u2019est le plus rude et le plus doux des rem\u00e8des\u2009! L\u2019\u00e2me qui a connu la souffrance jusqu\u2019\u00e0 ne plus appr\u00e9hender l\u2019horreur de son mal, jusqu\u2019\u00e0 n\u2019en plus sentir les br\u00fblantes morsures, cette \u00e2me est pr\u00eate \u00e0 tout.<\/p><p>Je crois que nul ne sait vraiment ce que c\u2019est que la paix, ce que c\u2019est que la joie, tant qu\u2019il n\u2019a pas pass\u00e9 par le creuset de la souffrance. Nul ne sait quelle ressource, quelle surhumaine all\u00e9gresse donne le repos dans la volont\u00e9 de Dieu (m\u00eame crucifiante). Ce n\u2019est pas encore la b\u00e9atitude, mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 quelque chose d\u2019infiniment meilleur que tout ce que l\u2019on rencontre ici-bas\u2009!&#8230; C\u2019est la f\u00e9licit\u00e9 dans l\u2019amour.<\/p><p>\u00d4 ma tr\u00e8s bonne, ma tr\u00e8s douce M\u00e8re\u2009! prenez ma volont\u00e9, je vous la donne, unissez-la \u00e0 la v\u00f4tre, qui est aussi celle de J\u00e9sus, afin que comme vous je me pr\u00eate de toute mon \u00e2me \u00e0 chacun des desseins de Dieu. Aidez-moi \u00e0 acqu\u00e9rir une grande ardeur pour le bien, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 dans le sacrifice, l\u2019amour dans la souffrance, et daignez prier J\u00e9sus de me dire, de la mani\u00e8re qu\u2019il lui plaira, s\u2019il est content de sa petite victime.<\/p><p>\u00d4 Vierge tr\u00e8s pure, Lys embaum\u00e9 d\u2019amour\u2009! puisque vous \u00eates notre M\u00e8re, \u00f4 Marie, apprenez-nous \u00e0 comprendre l\u2019Amour, faites-nous vivre dans sa sublime doctrine. Apprenez-nous \u00e0 prier, \u00e0 pardonner, \u00e0 aimer, \u00e0 chanter les merveilles du Seigneur\u2009; apprenez-nous \u00e0 partager avec nos fr\u00e8res les gr\u00e2ces que vous nous obtenez, \u00f4 divine M\u00e9diatrice entre Dieu et les hommes.<\/p><p>\u00d4 M\u00e8re, \u00f4 Vierge immacul\u00e9e, aidez-moi \u00e0 vivre et \u00e0 mourir dans la paix et dans l\u2019amour de Dieu.<\/p><p>__<\/p><p>Nous ne pourrons jamais, jamais assez nous r\u00e9jouir d\u2019avoir donn\u00e9 toute notre vie \u00e0 Dieu. Il rend tellement le centuple de tout ce qu\u2019on lui donne.<\/p><p>Quelle obligation il y a donc de ne jamais nous effrayer des cruelles s\u00e9parations, des d\u00e9chirantes \u00e9preuves, des douloureux sacrifices que, pour son amour, nous avons \u00e0 souffrir. A qui aime passionn\u00e9ment, il n\u2019y a pas de souffrances qui retiennent.<\/p><p>De quelque point de l\u2019horizon que souffle la brise, o\u00f9 que rugisse la temp\u00eate, elles nous apportent toujours un pr\u00e9sent du Ciel. Les croix spirituelles sont des sources pr\u00e9cieuses de sanctification et des moyens d\u2019union plus propres que les faveurs et les consolations \u00e0 procurer la perfection des \u00e2mes.<\/p><p>Ne nous cr\u00e9ons pas nos souffrances, mais quand, par permission ou par ordre de Dieu, elles se pr\u00e9sentent, comme J\u00e9sus, comme Marie, avec J\u00e9sus, avec Marie, par J\u00e9sus et Marie, portons-les noblement, vaillamment, avec amour et en silence\u2009; la douleur g\u00e9missante, bruyante, manque d\u2019honneur et de dignit\u00e9.<\/p><p>Souffrir est grand \u00e0 la condition de souffrir saintement\u2009! La souffrance prend la valeur que lui donne celui qui la souffre\u2009; elle pourrait, h\u00e9las \u2013 et c\u2019est malheureusement trop fr\u00e9quent \u2013 n\u2019en avoir aucune. De gr\u00e2ce, que nous souffrions peu ou beaucoup, ne souffrons pas pour rien\u2009: c\u2019est trop triste, immens\u00e9ment. Souffrons pour Dieu et pour les \u00e2mes&#8230; Souffrons en paix et par amour.<\/p><p>Du haut de son tr\u00f4ne de gloire o\u00f9 il r\u00e8gne en souverain, mais surtout en P\u00e8re juste et bon, Dieu se penche avec une mis\u00e9ricordieuse tendresse pour encourager, soutenir, fortifier de sa douce pr\u00e9sence l\u2019\u00e2me par son amour afflig\u00e9e.<\/p><p>Il est l\u00e0, avec elle, Guide, Lumi\u00e8re, Consolateur, Joie, Amour. Cr\u00e9ateur et R\u00e9dempteur. Ami et Fr\u00e8re. C\u0153ur ouvert, yeux ouverts, bras ouverts, laissant couler jusqu\u2019en elle sa gr\u00e2ce et son amour.<\/p><p>^ 7 janvier 1930 (mardi)<\/p><p>Unie \u00e0 J\u00e9sus et \u00e0 Marie avec toujours et toujours plus d\u2019amour\u2009! Au milieu du monde et si loin de lui par l\u2019esprit et le c\u0153ur. Je ne me trouve jamais moins dans la solitude que lorsque je suis toute seule, et au lieu que cette apparence d\u2019isolement soit pour moi source d\u2019ennui et de d\u00e9go\u00fbt, je go\u00fbte dans la solitude la plus compl\u00e8te une paix infinie.<\/p><p>Ma petite chambre est un vrai ciel maintenant, puisque j\u2019ai conscience de ces paroles de Notre-Seigneur\u2009: \u00ab\u2009Et voil\u00e0 que je suis avec vous jusqu\u2019\u00e0 la consommation des si\u00e8cles\u2009\u00bb et que je sais, que je sens, que je connais que je suis incessamment avec lui, en la c\u00e9leste et divine compagnie de la Trinit\u00e9 tr\u00e8s haute. Douce pr\u00e9sence qui enchante et ravit mon \u00e2me et mon c\u0153ur. Ma petite chambre peut \u00eatre pauvre et pas belle, je n\u2019en vois pas la pauvret\u00e9 ni les laideurs.<\/p><p>Je suis en Dieu. Je lui parle. Je l\u2019entends. Je l\u2019\u00e9coute. En mon c\u0153ur, je l\u2019adore et je l\u2019aime.<\/p><p>Combien cette conviction de la v\u00e9rit\u00e9 me soutient dans mes faiblesses, me console dans mes peines, m\u2019aide dans mes souffrances, m\u2019encourage et me fortifie dans les \u00e9preuves et contre les terribles attaques de l\u2019infernal Satan.<\/p><p>\u00d4 douce, \u00f4 tr\u00e8s douce Trinit\u00e9, joie de mon c\u0153ur, ciel et d\u00e9lices de mon \u00e2me\u2009!&#8230;<\/p><p>La cellule fid\u00e8lement gard\u00e9e, joyeusement aim\u00e9e, devient douce \u00e0 l\u2019\u00e2me qui demeure en union avec Dieu. C\u2019est par l\u2019exp\u00e9rience personnelle de la r\u00e9clusion, par la science de la souffrance, mais surtout par l\u2019action directe et toute-puissante de Dieu en moi et par l\u2019inalt\u00e9rable et merveilleux secours de la tr\u00e8s Sainte Vierge ma M\u00e8re, que peu \u00e0 peu, par degr\u00e9s d\u2019une constante ascension d\u2019amour je suis arriv\u00e9e \u00e0 gravir, sans m\u00eame presque m\u2019en apercevoir, des hauteurs incomparables, d\u2019o\u00f9, extasi\u00e9e et ravie, je d\u00e9couvre et comme tout \u00e0 coup, ce qu\u2019il y a de plus grand, de plus universellement beau \u00e0 voir\u2009: l\u2019\u00e2me et Dieu&#8230; l\u2019\u00e2me et l\u2019Amour.<\/p><p>Non seulement je crois, mais je connais, je go\u00fbte ineffablement cette vie toute en Dieu&#8230; Je la comprends. Je sais ce que veulent dire ces admirables paroles\u2009: \u00ab\u2009Demeurez dans mon amour\u2009\u00bb. \u00ab\u2009Le Verbe s\u2019est fait chair, il a habit\u00e9 parmi nous.\u2009\u00bb Je connais cela avec une lumi\u00e8re, une joie immense.<\/p><p>J\u00e9sus, par son Verbe, habite en moi, et je suis dans son amour, inond\u00e9e de son divin et pur amour.<\/p><p>Oh\u2009! n\u2019oublions jamais, nous chr\u00e9tiens, que nous ne sommes jamais, jamais seuls, que nous vivons constamment en pr\u00e9sence et dans la lumi\u00e8re de l\u2019adorable Trinit\u00e9, et qu\u2019en J\u00e9sus (Verbe fait chair) et par le moyen si simple et si parfait de la Sainte Vierge, nous pouvons vivre et nous unir \u00e0 Eux\u2009: P\u00e8re&#8230; Fils et Saint-Esprit.<\/p><p>Mettons dans notre vie le souci, l\u2019inqui\u00e9tude, l\u2019importance consid\u00e9rable des choses \u00e9ternelles, et demandons \u00e0 Dieu de nous fortifier et de nous conserver dans la saintet\u00e9 de son culte, dans une fid\u00e9lit\u00e9 inalt\u00e9rable.<\/p><p>Je br\u00fble du d\u00e9sir immense de voir Dieu P\u00e8re, Fils et Saint-Esprit aim\u00e9s, ador\u00e9s, glorifi\u00e9s et b\u00e9nis [sic] ici-bas comme au ciel.<\/p><p>Notre P\u00e8re qui \u00eates aux cieux, qu\u2019aujourd\u2019hui et chaque jour votre nom soit sanctifi\u00e9 par moi et par tous. Que votre r\u00e8gne d\u2019amour s\u2019\u00e9tende dans mon \u00e2me et dans toutes les \u00e2mes. Que votre volont\u00e9 soit faite en moi, dans ma famille, dans notre paroisse, dans toute la France et sur toute la terre, comme elle est faite dans le ciel.<\/p><p>Que la foi domine et gouverne toute notre vie.<\/p><p>Heureuse, bienheureuse est l\u2019\u00e2me qui conna\u00eet Dieu, ignorerait-elle tout le reste\u2009! Mais combien malheureuse, combien ignorante est celle qui, saurait-elle tout le reste, ignore la grande et unique V\u00e9rit\u00e9, le seul vrai Bien qui est Dieu. Et ce n\u2019est pas l\u2019\u00e9tude des lettres, des arts, des sciences profanes qui peut faire avancer dans la connaissance du supr\u00eame Amour, celui-ci \u00e9tant \u00e0 la fois plus \u00e9lev\u00e9 et plus humble, \u00e0 la port\u00e9e de tous, grands savants et tout-petits. Ne laissons pas passer le temps de chercher la v\u00e9rit\u00e9, d\u2019apprendre la vraie science, la vraie philosophie de la vie, faudrait-il pour cela abandonner tout le reste\u2009; ne croyons pas par la foi des autres\u2009; \u00e9coutons fid\u00e8lement tous les conseils \u2013 quand ils sont purs et saints \u2013 qui peuvent nous \u00e9clairer, nous encourager, nous ouvrir la bonne voie, et puis marchons sur les meilleurs t\u00e9moignages.<\/p><p>Tr\u00e8s puissant J\u00e9sus, faites que je vous connaisse toujours et toujours davantage pour mieux aimer encore&#8230; pour aimer sans mesure. J\u00e9sus, mon Dieu, je l\u2019aime\u2009! C\u2019est de la passion, c\u2019est de l\u2019ivresse.<\/p><p>De l\u2019amour, toujours plus d\u2019amour pour suivre J\u00e9sus, pour voler \u00e0 l\u2019union\u2009!&#8230;<\/p><p>^ 9 janvier 1930 (jeudi)<\/p><p>Je demande peu de choses pour moi au Bon Dieu\u2009! Mais \u00e0 chaque instant je lui dis dans mon c\u0153ur\u2009: Mon Dieu, mon J\u00e9sus bien-aim\u00e9, de mon \u00e2me, de ma pauvre petite \u00e2me, occupez-vous-en, veillez sur elle.<\/p><p>Je crois que la grande passion de l\u2019amour pour J\u00e9sus l&#8217;emporte sur tout pour toucher son C\u0153ur si infiniment d\u00e9licat et en obtenir toutes esp\u00e8ces de gr\u00e2ces. C\u2019est pourquoi je ne me m\u00eale en rien de lui sp\u00e9cifier quelque chose, je ne demande rien en particulier. Je l\u2019aime, je m\u2019applique \u00e0 l\u2019aimer de tout mon \u00eatre, de toutes mes forces tendues vers lui, persuad\u00e9e que cela suffit.<\/p><p>J\u2019ai soif de J\u00e9sus, de vivre de J\u00e9sus&#8230; J\u2019ai soif de lui donner, de lui sauver des \u00e2mes. Et je sens que ma soif, mon ardente soif se d\u00e9veloppe au fur et \u00e0 mesure qu\u2019elle est combl\u00e9e.<\/p><p>Quel honneur\u2009! Quel bonheur\u2009! Quelle joie immuable\u2009!<\/p><p>Quelqu\u2019un a dit\u2009: \u00ab\u2009Le c\u0153ur de l\u2019homme vierge est un vase profond.\u2008\u00bb Oui, le c\u0153ur humain est immensit\u00e9, un ab\u00eeme, il est plus vaste que la terre, il n\u2019y a rien de plus grand, que Dieu seul, que lui, l\u2019infini Vivant\u2009!<\/p><p>^ 10 janvier 1930 (vendredi)<\/p><p>Mourir plut\u00f4t qu\u2019offenser Dieu\u2009!!&#8230;<\/p><p>Seigneur, faites-moi la gr\u00e2ce de vivre et de mourir dans votre saint amour sans jamais vous offenser\u2009! Pr\u00e9servez-moi de tout adult\u00e8re du c\u0153ur\u2009!<\/p><p>^ 11 janvier 1930 (samedi)<\/p><p>Les coups de foudre, les douloureuses \u00e9preuves, les accidents impr\u00e9vus sont souvent des coups de gr\u00e2ces.<\/p><p>Dans l\u2019histoire des \u00e2mes, il n\u2019y a point de faits de hasard, il\u2008n\u2019y a que les grands desseins d\u2019une Providence\u2008; ce qui est impr\u00e9vu pour nous \u00e9tait depuis toujours pr\u00e9vu par Dieu.<\/p><p>Dieu est Bon. Dieu est P\u00e8re. Dieu nous aime. Dieu compatit et adoucit toutes nos souffrances. Si nous le laissons faire, il saura remplacer, et remplacer au centuple, tout ce que nous avons perdu, tout ce qu\u2019il a voulu nous prendre, par des biens immens\u00e9ment meilleurs.<\/p><p>Toutes nos douleurs, J\u00e9sus les partage. Toutes nos croix, il\u2009veut les fleurir.<\/p><p>La douleur, la souffrance ne vient pas du ciel, mais le secours en vient, le bonheur en est.<\/p><p>Il vaut mieux et il est infiniment plus sage de porter sa croix en toute confiance et en silence que de s\u2019exposer \u00e0 perdre en paroles, en \u00e9panchements inconsid\u00e9r\u00e9s, en descriptions inutiles, le pr\u00e9cieux m\u00e9rite de la souffrance.<\/p><p>J\u00e9sus seul, l\u2019ami v\u00e9ritable, l\u2019ami cher, le bien-aim\u00e9, peut nous soutenir efficacement dans toutes nos peines et difficult\u00e9s. Il\u2009peut seul nous pr\u00eater un parfait concours, un v\u00e9ritable secours, parce que seul il dispose des moyens divins capables de nous consoler, de nous r\u00e9conforter dans nos douleurs physiques et morales. La vie des \u00e2mes confiantes et pleinement abandonn\u00e9es entre les mains de Dieu est remplie d\u2019heureuses surprises que ne connaissent pas les \u00e2mes qui se d\u00e9fient et qui se d\u00e9couragent, les \u00e2mes qui manquent de foi et de soumission, qui font mauvais usage de leurs souffrances et ont ainsi la douleur sans la divine compensation.<\/p><p>R\u00e9voltons-nous contre les saintes lois du Seigneur et nous sommes broy\u00e9s par elles\u2009; ob\u00e9issons-leur librement, et le voil\u00e0 amoureusement vaincu. Les \u00e9preuves sont l\u2019expression des habitudes de Dieu.<\/p><p>Ce n\u2019est pas l\u2019\u00e2me qui supporte docilement, mais surtout chr\u00e9tiennement, ses souffrances qui doit trembler, c\u2019est celle qui s\u2019impatiente, qui proteste, qui se r\u00e9crie contre elle-m\u00eame, contre tous et contre Dieu. Ce n\u2019est pas pour nous faire souffrir que Dieu nous a donn\u00e9 la vie, c\u2019est pour nous rendre heureux, c\u2019est pour nous attacher \u00e0 lui davantage. La souffrance est une vraie semence de joie.<\/p><p>La douleur n\u2019a qu\u2019un temps bien court, le bonheur aura la bienheureuse \u00e9ternit\u00e9. La croix est attach\u00e9e \u00e0 la joie, mais la r\u00e9surrection suit de bien pr\u00e8s la mort. L\u2019alleluia succ\u00e8de au Libera.<\/p><p>Il y a des jours de pluie quelquefois bien d\u00e9solants, mais que de beaux jours de soleil en compensation\u2009! Il y a des ombres et des brouillards glac\u00e9s, mais que de lumi\u00e8res intimes et de ciels radieux\u2009! Il y a de rudes hivers, mais que de printemps fleuris et embaum\u00e9s, que d\u2019automnes fertiles et doux\u2009! Il y a des moments p\u00e9nibles, il y a des bruits fatigants, mais que de chants d\u2019\u00e2mes, que de belles harmonies dans la nature\u2009!<\/p><p>Confions-nous \u00e0 Dieu et \u00e0 lui seul\u2009: il est plus fort que les plus forts, que tous les forts\u2009; il voit clair dans les t\u00e9n\u00e8bres, dans les consciences et il sait le juste moment o\u00f9 il faut intervenir.<\/p><p>J\u00e9sus se fait l\u2019Ange consolateur de toutes les \u00e2mes, il les \u00e9claire, les fortifie quand le danger les menace, au plus fort de la lutte, mod\u00e9rant les coups, temp\u00e9rant le flot amer des tribulations et des adversit\u00e9s.<\/p><p>Que d\u2019inconnu\u2009! Que d\u2019impr\u00e9vu\u2009! Que de lumi\u00e8re et de vie divine on d\u00e9couvre au ciel de la souffrance\u2009!<\/p><p>L\u2019abandon sinc\u00e8re, la confiance pleine d\u2019amour, le don parfait du c\u0153ur d\u00e9livre l\u2019\u00e2me du fini et lui entrouvre l\u2019infini\u2009! Ah\u2009! si nous savions le don de Dieu, et quel est Celui qui nous demande de le suivre\u2009!&#8230;<\/p><p>Mais qu\u2019elles sont rares \u2013 a dit quelqu\u2019un \u2013 les \u00e2mes abandonn\u00e9es&#8230;\u2008C\u2019est pourtant bien simple et si facile.<\/p><p>L\u2019homme cr\u00e9\u00e9 par l\u2019Amour, pour aimer l\u2019Amour, ne devrait pas savoir se contenter de moins.<\/p><p>La gr\u00e2ce, l\u2019amour affluent dans mon \u00e2me avec abondance. Je suis envahie des richesses d\u2019en-haut.<\/p><p>Ce que j\u2019ai \u00e0 faire, c\u2019est tirer le meilleur parti de tous ces merveilleux tr\u00e9sors envoy\u00e9s du ciel pour faire, avec Marie et comme J\u00e9sus, la grande \u0152uvre de Dieu. Seule, je ne suis capable de rien, mais \u00ab\u2009je puis tout\u2009\u00bb, j\u2019attends tout du Seigneur, \u00e0 qui je laisse toute la responsabilit\u00e9 de sa myst\u00e9rieuse conduite, en me conformant joyeusement \u00e0 tous ses admirables vouloirs. Je compte uniquement sur son aide, sur son puissant secours et sur celui de ma douce Maman&#8230; et m\u00eame sur les miracles, si\u2009les miracles deviennent n\u00e9cessaires. Je sais que le C\u0153ur d\u2019un bon P\u00e8re n\u2019abandonne jamais l\u2019\u00e2me qui s\u2019abandonne \u00e0 son amour, qui accepte de confiance et de totalit\u00e9 de c\u0153ur tout ce que sa divine main lui pr\u00e9sente d\u2019amer et de doux, d\u2019humiliant et de douloureux, sans se laisser dissiper par les uns, abattre par les autres.<\/p><p>La maladie est une gr\u00e2ce adorable, une incomparable richesse. Ah\u2009! que la gr\u00e2ce de la souffrance r\u00e9v\u00e8le de beaut\u00e9s, apprend de grandes choses\u2009! Souffrir sert d\u2019abord \u00e0 nous, souffrir sert \u00e0 tout et \u00e0 tous. Souffrir apprend \u00e0 aimer, \u00e0 prier, \u00e0 m\u00e9diter, \u00e0 se renoncer. Souffrir apprend la charit\u00e9, l\u2019abandon \u00e0 Dieu, le d\u00e9tachement. Souffrir apprend \u00e0 voir, \u00e0 comprendre. Souffrir apprend \u00e0 soulager, \u00e0 compatir, \u00e0 consoler ceux qui souffrent. Ce mot sauveur, ce baume myst\u00e9rieux, cette goutte d\u2019huile sacr\u00e9e, cet accent divin qui rel\u00e8ve, adoucit, r\u00e9conforte, rien ne le donne \u00e0 une \u00e2me que la science personnelle de la souffrance. Et le don de savoir consoler est par surcro\u00eet la plus douce des consolations. Souffrir apprend encore \u00e0 mieux souffrir et \u00e0 moins faire souffrir les autres de nos souffrances\u2009!&#8230; Enfin, souffrir nous fait semblables au Christ et nous unit \u00e0 Dieu\u2009! Mais que faisons-nous de nos heures de souffrances\u2009?&#8230; C\u2019est dans sa sainte Passion, c\u2019est dans la souffrance que le Christ s\u2019est le plus rapproch\u00e9 de notre humaine faiblesse\u2009; c\u2019est dans la douleur qu\u2019il nous rapproche le plus pr\u00e8s de lui, qu\u2019il nous prend en sa plus intime compagnie.<\/p><p>Les maux que nous subissons ne sont pas toujours des ch\u00e2timents m\u00e9rit\u00e9s, ils sont souvent des \u00e9preuves et m\u00eame des gr\u00e2ces exceptionnellement accord\u00e9es \u00e0 notre confiance, \u00e0 notre fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 remplir nos devoirs de chr\u00e9tiens.<\/p><p>Notre-Seigneur, la tr\u00e8s Sainte Vierge, ne m\u00e9ritaient pas ce qu\u2019ils ont d\u00fb subir\u2009!<\/p><p>Qu\u2019est-il cependant r\u00e9sult\u00e9 de leurs terribles \u00e9preuves\u2009? Pour Dieu, sa divine justice satisfaite, apais\u00e9e. Pour lui, le Christ Sauveur, la r\u00e9alisation compl\u00e8te de son plan de R\u00e9demption. Pour la Sainte Vierge, une gloire et une f\u00e9licit\u00e9 qui surpassent de bien haut celles de tous les \u00e9lus. Et pour le genre humain, vou\u00e9 au supplice de l\u2019Enfer, le salut \u00e9ternel. Ah\u2009! certes, pour sauver le monde, pour payer au P\u00e8re la dette de l\u2019homme coupable, un mot, un soupir du Fils aurait suffi, sa valeur \u00e9tant infinie\u2009; mais l\u2019homme n\u2019aurait pas compris la grandeur de sa faute, il n\u2019aurait pas senti l\u2019horreur de sa r\u00e9volte contre son Cr\u00e9ateur. C\u2019est pourquoi il faut tout cet amoncellement de souffrances du Fils et de sa Sainte M\u00e8re, pour faire comprendre \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 pervertie la grandeur de l\u2019offense commise par ceux qui ont contribu\u00e9 \u00e0 la Passion du Christ, au martyre de la Sainte Vierge.<\/p><p>C\u2019est ainsi que de par la volont\u00e9 de Dieu, toute \u00e2me doit \u00eatre \u00e0 son tour r\u00e9paratrice et r\u00e9demptrice. C\u2019est J\u00e9sus qui est notre unique Sauveur, mais il ne nous sauve qu\u2019\u00e0 la condition d\u2019unir \u00e0 sa r\u00e9paration infinie notre pauvre petite r\u00e9paration personnelle, gage de notre profond repentir et de notre immense d\u00e9sir de voir Dieu.<\/p><p>Si cette r\u00e9paration de foi et d\u2019amour est assez grande, assez m\u00e9ritante, il peut se faire qu\u2019apr\u00e8s nous \u00eatre sauv\u00e9s nous-m\u00eames, nous sauvions beaucoup, beaucoup d\u2019autres \u00e2mes.<\/p><p>Mais on n\u2019expie pas sans souffrir. Donc, nous devons souffrir\u2009! Est-ce beaucoup\u2009?&#8230; Est-ce peu\u2009?&#8230; Dieu seul le sait\u2009! Ne perdons pas par nos petites r\u00e9voltes le m\u00e9rite de nos souffrances\u2009; le supplice en serait double, et la valeur bien moindre, sinon totalement nulle.<\/p><p>Pench\u00e9s vers nous, J\u00e9sus et Marie nous appellent\u2009; ils nous tendent les bras. Montons avec eux, comme eux, jusqu\u2019\u00e0 eux\u2009; nous irons partager leur gloire apr\u00e8s avoir un peu partag\u00e9 leur martyre.<\/p><p>Que sortira-t-il de ma petite mis\u00e8re, de mes \u00e9preuves chr\u00e9tiennement, amoureusement support\u00e9es\u2009? Il peut en sortir s\u00fbrement, pour moi des gr\u00e2ces exceptionnelles de vertu et de saintet\u00e9, pour les \u00eatres qui me sont si chers, des gr\u00e2ces \u00e9clatantes de conversion, et peut-\u00eatre pour beaucoup, beaucoup d\u2019autres \u00e2mes des gr\u00e2ces merveilleuses de salut.<\/p><p>C\u2019est peut-\u00eatre par les \u00e9preuves qui semblent le plus vouloir m\u2019an\u00e9antir, me r\u00e9duire \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9, que s\u2019accomplira la r\u00e9alisation de mes plus ardents d\u00e9sirs, de mes plus ferventes pri\u00e8res, de mes plus suppliantes demandes. Aimer, souffrir, c\u2019est m\u00e9riter, c\u2019est grandir&#8230; c\u2019est s\u2019approcher de Dieu. C\u2019est se d\u00e9tacher de tout, pour s\u2019attacher au Tout.<\/p><p>\u00d4 Marie\u2009! \u00f4 ma sainte et bonne M\u00e8re\u2009! donnez-moi, donnez \u00e0 tous de comprendre la grande valeur du silence, dans lequel on entend Dieu\u2008! Apprenez-moi \u00e0 me taire pour \u00e9couter la Sagesse \u00e9ternelle. Apprenez-moi \u00e0 tirer du silence tout ce qu\u2019il renferme de grand, de saint, de surnaturel, de divin\u2009; aidez-moi \u00e0 en faire une pri\u00e8re parfaite, une pri\u00e8re toute de foi, de confiance et d\u2019amour\u2009; une pri\u00e8re vibrante, agissante, f\u00e9conde, capable de glorifier Dieu et de sauver les \u00e2mes\u2009!\u00a0 Ma vie vaudra ce que vaudra mon oraison.<\/p><p>^ 12 janvier 1930 (dimanche)<\/p><p>Quelle belle place est faite \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 souffrante et p\u00e9cheresse, \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 ignorante, sourde et aveugle, dans l\u2019\u00e2me toute donn\u00e9e, toute consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019Amour\u2009!<\/p><p>Il n\u2019est pas vrai que ses proches, ses amis, le commun des mortels doivent s\u2019affliger ou sourire de la voir se consacrer tout enti\u00e8re au service de Dieu\u2009; ni pour eux, qui ne perdent rien de sa tr\u00e8s profonde, de sa tr\u00e8s tendre affection, m\u00eame au temporel\u2009; ni pour elle, qui y trouve le bonheur, l\u2019esp\u00e9rance et la paix&#8230; et je devrais m\u00eame dire la f\u00e9licit\u00e9, qui est le commencement de la b\u00e9atitude \u00e9ternelle et de l\u2019amour sans mesure et sans fin.<\/p><p>Elle aime, en effet, tous ceux qu\u2019elle aimait avant que J\u00e9sus grav\u00e2t sur elle son ineffa\u00e7able empreinte, bien plus et bien mieux qu\u2019elle ne savait les aimer.<\/p><p>Elle n\u2019a qu\u2019un immense, qu\u2019un unique amour\u2009: Dieu seul. Et c\u2019est de ce pur et unique amour, que lui donne intarissablement son Seigneur et son Dieu, qu\u2019elle aime tous les siens et chaque cr\u00e9ature, quelle qu\u2019elle soit.<\/p><p>Qu\u2019il y ait dans chaque foyer une seule \u00e2me pleine de Dieu, elle en remplira la maison. Sous le rayonnement de sa bienfaisante chaleur, \u00e0 l\u2019accent de sa voix p\u00e9n\u00e9trante et persuasive, \u00e0 la lumi\u00e8re de sa pure clart\u00e9, les c\u0153urs les plus sombres, les c\u0153urs les plus ferm\u00e9s, les plus farouchement clos s\u2019ouvriront. Dieu entrera, et il en fera la conqu\u00eate.<\/p><p>_______________________<\/p><p>Il est sage, il est chr\u00e9tien de ne voir les manquements des autres que pour se mettre en garde et se tourner contre soi. C\u2019est si bon de penser du bien de son prochain. Toutes les cr\u00e9atures sont bonnes, elles sont toutes bonnes\u2009; c\u2019est Dieu qui les a cr\u00e9\u00e9es, et il les a cr\u00e9\u00e9es \u00e0 son image. Mais Dieu les a cr\u00e9\u00e9es pour nous servir, pour leur servir, non pour nous asservir.<\/p><p>Il les a cr\u00e9\u00e9es pour nous mener, pour les mener \u00e0 lui, et non pour nous en laisser d\u00e9tourner ou \u2013 chose peut-\u00eatre encore plus grave \u2013 les en d\u00e9tourner nous-m\u00eames.<\/p><p>Telle que l\u2019humanit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue, toutes les cr\u00e9atures nous sont n\u00e9cessaires, et nous leur sommes \u00e0 toutes n\u00e9cessaires\u2009; elles ne peuvent se passer de nous, nous ne pouvons nous en passer. C\u2019est pourquoi le Cr\u00e9ateur en jalonne si charitablement notre route. Mais aucune ne peut, n\u2019est capable, ni ne doit nous suffire.<\/p><p>_______________________<\/p><p>J\u2019ai confiance qu\u2019apr\u00e8s ma mort Dieu m\u2019emm\u00e8nera dans son ciel. J\u2019esp\u00e8re que je serai admise \u00e0 m\u2019unir \u00e0 l\u2019innombrable phalange des \u00e9lus, aux c\u00e9lestes ch\u0153urs des anges et des archanges.<\/p><p>Je sens que j\u2019ai tellement besoin de toute l\u2019\u00e9ternit\u00e9 pour chanter les louanges, les amabilit\u00e9s infinies du Seigneur, pour l\u2019aimer librement \u00e0 mon aise et jouir des indicibles embrassements de l\u2019Amour et des douceurs de son intimit\u00e9 qui ne finira jamais.<\/p><p>Je ne suis que la toute petite lampe en laquelle le divin Soleil de justice, J\u00e9sus Roi d\u2019amour, verse avec surabondance l\u2019huile sacr\u00e9e, l\u2019huile pr\u00e9cieuse et sanctificatrice&#8230; les feux du ciel.<\/p><p>Le Seigneur comble ma petite mis\u00e8re de ses excessives mis\u00e9ricordes\u2009! Mais plus je suis p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e, plus j\u2019ai conscience de ma mis\u00e8re, plus elle me semble profonde, infinie, plus aussi je ressens la puissante influence de la gr\u00e2ce, plus je suis dans l\u2019admiration de ses merveilleux desseins sur moi. Alors plus fervente devient ma pri\u00e8re, plus vibrants les \u00e9lans de mon c\u0153ur, plus enthousiasm\u00e9s mes transports de reconnaissance, plus douce mon intime adh\u00e9sion aux divins vouloirs. A quoi servirait ma belle vocation, ma c\u00e9leste mission, si je ne m\u2019appliquais pas \u00e0 devenir comme mon bien-aim\u00e9 J\u00e9sus, douce et humble de c\u0153ur, \u00e0 conformer mon \u00e2me \u00e0 la sienne, afin d\u2019\u00eatre bien docile et bien abandonn\u00e9e \u00e0 tous ses d\u00e9sirs d\u2019amour\u2009?<\/p><p>Oh\u2009! je n\u2019ai pas \u00e0 me glorifier de &lt;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &gt; la volont\u00e9 du Seigneur dans l\u2019accomplissement plein d\u2019amour de mes petits devoirs. Loin de moi une telle pens\u00e9e\u2009! Je re\u00e7ois tout de Dieu, et \u00e0 tout instant. Et cependant, il daigne me traiter comme si je lui \u00e9tais absolument n\u00e9cessaire.<\/p><p>\u00d4 amour, \u00f4 incompr\u00e9hensible amour\u2009! \u00f4 douce charit\u00e9\u2009! \u00f4\u2009mon Dieu\u2009! je vous aime\u2009! \u00f4 je vous aime\u2009! Mais je ne sais comment vous dire, comment vous prouver mon amour. \u00d4 ma douce Maman, dites au Bon Dieu que je l\u2019aime. Seigneur, vous le savez, je suis aussi pauvre de vertus que de m\u00e9rites. Mettez dans mon c\u0153ur vos incomparables tr\u00e9sors, donnez-moi beaucoup, pour que je vous donne beaucoup.<\/p><p>Je vis pour servir, aussi longtemps que mon Dieu le voudra et en autant de mani\u00e8res qu\u2019il lui plaira.<\/p><p>J\u00e9sus, mon Dieu\u2009! permettez que je sois non seulement m\u00e9pris\u00e9e, pers\u00e9cut\u00e9e avec vous \u2013 ce serait encore trop d\u2019honneur pour une si petite chose \u2013 mais incomprise, ignor\u00e9e \u00e0 votre place, apparemment inutile et indiff\u00e9rente \u00e0 tous. Pr\u00e9servez-moi de toute r\u00e9compense, de toute reconnaissance ici-bas de la part de mon prochain. Seigneur, je vous offre tout, je vous abandonne tout en faveur de l\u2019Eglise et pour le bien spirituel et \u00e9ternel des \u00e2mes.<\/p><p>Que Dieu fasse de moi un vrai foyer de lumi\u00e8re et d\u2019amour, une parole pour porter sa joie\u2009!<\/p><p>^ 22 janvier 1930 (mercredi)<\/p><p>Oh\u2009! que je souffre, et dans tout mon \u00eatre\u2009! Mais l\u2019amour parle encore plus fort, plus haut que la souffrance. Il y a m\u00eame plus de joie, plus de paix dans mon \u00e2me ces derniers temps\u2009!&#8230; donc plus de force. Quelle paix\u2009! Quelle douce et divine paix en moi\u2009!<\/p><p>Mon Dieu, je vous aime\u2009! \u00f4 J\u00e9sus, je vous remercie pour tant de joies, tant de saintes \u00e9motions que vous avez mises en mon \u00e2me aujourd\u2019hui\u2009! Ce matin je pensais\u2009: ah\u2009! si l\u2019on connaissait tous les myst\u00e8res de la chambre du malade, on n\u2019oserait ni le plaindre, ni s\u2019apitoyer sur son sort, on envierait la part qui lui est faite.<\/p><p>Je crois qu\u2019on ne penserait plus \u00e0 voir en lui un disgraci\u00e9, un d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9 de la vie, mais un heureux \u00e9lu, un bien-aim\u00e9 du Seigneur.<\/p><p>On s\u2019agenouillerait d\u2019admiration, dans l\u2019angoisse, dans la joie de ce que Dieu r\u00e9alise, accomplit dans et avec les plus petites mis\u00e8res, quand ces \u00ab\u00a0petites mis\u00e8res\u00a0\u00bb sont bien dociles, bien fid\u00e8les \u00e0 sa gr\u00e2ce.<\/p><p>Qu\u2019au contact des \u00e2mes douloureuses, mais quelquefois si rayonnantes de paix et de vie divine, la foi s\u2019\u00e9veille, se fortifie\u2009; que les c\u0153urs les plus endurcis se dilatent et s\u2019ouvrent \u00e0 la lumi\u00e8re, \u00e0 l\u2019amour\u2009! A quelle hauteur Dieu porterait nos \u00e2mes si nous savions profiter de toutes les gr\u00e2ces qu\u2019il nous offre\u2009!&#8230;<\/p><p>Que le C\u0153ur saint et immacul\u00e9 de Marie soit en moi pour aimer le Seigneur\u2009!&#8230; Que l\u2019\u00e2me de Marie soit en moi pour le glorifier comme le m\u00e9rite sa souveraine grandeur\u2009!&#8230; Que l\u2019esprit de Marie soit en moi pour s\u2019y r\u00e9jouir en Dieu\u2009!&#8230;<\/p><p>Je suis toute \u00e0 vous, \u00f4 ma tendre et bonne M\u00e8re, et tout ce qui est en moi&#8230; tout ce qui est \u00e0 moi&#8230; tout ce qui est moi, vous appartient, puisque je suis votre enfant. Offrez tout, offrez-moi \u00e0 J\u00e9sus, mon Seigneur et mon Dieu.<\/p><p>Etre digne\u2009! Etre digne\u2009! digne de J\u00e9sus et de Marie\u2009! Etre digne de l\u2019Amour.<\/p><p>\u00d4 ma bonne M\u00e8re, rendez-moi digne de souffrir par amour, pour J\u00e9sus\u2009; rendez-moi digne de me sanctifier dans la souffrance. Car je le sais\u2008: la plus l\u00e9g\u00e8re souffrance, pour se disposer dignement \u00e0 la recevoir, exigerait des ann\u00e9es et des ann\u00e9es d\u2019intime pr\u00e9paration.<\/p><p>^ 17 janvier 1930 (vendredi)<\/p><p>De toutes mes forces, de toute ma volont\u00e9 j\u2019ai d\u00e9sir\u00e9, j\u2019ai voulu le bien, et avec sa gr\u00e2ce, j\u2019ai trouv\u00e9 Dieu. Apr\u00e8s des ann\u00e9es d\u2019angoisses, de d\u00e9chirements profonds\u2009; apr\u00e8s bien des \u00e9preuves physiques et morales, j\u2019ai os\u00e9, j\u2019ai choisi le Christ J\u00e9sus, lui le Verbe incarn\u00e9, l\u2019Agneau sauveur du monde, pour Ma\u00eetre, pour Mod\u00e8le unique et parfait\u2009; ou plut\u00f4t je l\u2019ai suppli\u00e9 de vouloir \u00eatre mon Ma\u00eetre, mon Mod\u00e8le, ma Voie et ma Vie. Puis, un jour de plus grande douleur (apr\u00e8s m\u2019\u00eatre depuis longtemps donn\u00e9e et consacr\u00e9e \u00e0 lui tout enti\u00e8re et avoir eu la preuve r\u00e9elle et sensible que j\u2019avais \u00e9t\u00e9 exauc\u00e9e), apr\u00e8s un acte d\u2019abandon humble mais tr\u00e8s confiant, il s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 et donn\u00e9 \u00e0 moi (spirituellement) pour le Dieu et l\u2019Epoux de mon \u00e2me, vivant, agissant en elle. Avec sa vie, j\u2019ai connu et aim\u00e9 la Trinit\u00e9 glorieuse, l\u2019incomparable et immacul\u00e9e Vierge Marie, les anges et les saints. J\u2019ai compris le r\u00f4le admirable et si maternel de la sainte Eglise, la pure beaut\u00e9 de sa doctrine \u00e0 la fois si haute et si simple, \u00e0 la port\u00e9e des plus grands, des plus savants, comme des plus humbles et des tout-petits qui veulent vivre dans sa soci\u00e9t\u00e9 et marcher selon la puret\u00e9 de ses enseignements et l\u2019affirmation de ses t\u00e9moignages. Puis, sans presque y avoir pens\u00e9, j\u2019ai appris et me suis sentie tout \u00e0 coup fille et prot\u00e9g\u00e9e de saint Joseph.<\/p><p>Voil\u00e0 comment toutes les r\u00e9v\u00e9lations se sont succ\u00e9d\u00e9 chez moi dans leur ordre purement divin.<\/p><p>Quand m\u00eame que me livrant fr\u00e9quemment \u00e0 ce tr\u00e8s pieux exercice, je crois que je ne savais pas avant ce jour ce que c\u2019\u00e9tait que la communion spirituelle, mais ce jour b\u00e9ni, j\u2019ai eu connaissance de cette immense, de cette infinie douceur&#8230; \u00ab\u2009Le C\u0153ur de J\u00e9sus a dans mon c\u0153ur.\u2009\u00bb<\/p><p>\u00a0Dans mon saisissement, mon admiration et ma reconnaissance d\u2019une si grande preuve d\u2019amour, j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 ces paroles de J\u00e9sus\u2009: \u00ab\u2009Je suis venu apporter le feu sur la terre et tout mon d\u00e9sir est de le voir s\u2019allumer.\u2009\u00bb<\/p><p>Qu\u2019y a-t-il de plus vrai, de plus magnifiquement beau que le dogme\u2009? Que j\u2019aimerais \u00e9tudier pour p\u00e9n\u00e9trer dans la profondeur des myst\u00e8res\u2009! Parfois j\u2019envie ceux qui ont le bonheur de faire de la th\u00e9ologie&#8230; Mais l\u2019oraison, la divine contemplation ne d\u00e9passe-t-elle pas de bien haut en connaissance, en amour, en puissance, les plus fortes \u00e9tudes\u2009? L\u2019exp\u00e9rience est plus profonde, plus lumineuse, plus f\u00e9conde que la science.<\/p><p>Pour moi, toute ma th\u00e9ologie, toute ma science c\u2019est l\u2019amour, l\u2019union de mon \u00e2me \u00e0 Dieu par J\u00e9sus Christ avec la Sainte Vierge\u2009; rien de plus et rien de moins. L\u00e0 est mon sommet et mon tout.<\/p><p>Je ne d\u00e9sire pas savoir davantage.<\/p><p>Je vis en Dieu, portant sa vie, sentant en moi sa force et son amour, go\u00fbtant sa joie, dans une si douce et si intime union que toutes mes souffrances, toutes mes peines en sont chang\u00e9es en joies.<\/p><p>Une \u00e2me peut \u00eatre ignorante en beaucoup de choses et \u00eatre capable de savoir aimer Dieu splendidement.<\/p><p>M\u00eame sans g\u00e9nie, m\u00eame sans talent, m\u00eame sans argent, m\u00eame sans instruction, une \u00e2me qui a la gr\u00e2ce a tout le suffisant pour vivre la plus profonde, la plus sainte vie. Parce qu&rsquo;avoir la gr\u00e2ce, c\u2019est avoir le secours supr\u00eame\u2009; la demander avec mesure pleine et abondante, c\u2019est faire la plus indispensable des pri\u00e8res\u2009: \u00ab\u2009sans moi, vous ne pouvez rien.\u2009\u00bb Chercher tout le temps, chercher partout la gr\u00e2ce, boire ind\u00e9finiment \u00e0 cette source ineffable, c\u2019est la plus urgente des pr\u00e9occupations, le plus important des devoirs.<\/p><p>La gr\u00e2ce suffit \u00e0 se sanctifier. Avec elle, quel qu\u2019il soit, quels que soient les difficult\u00e9s qui le retiennent, les \u00e9cueils auxquels il se heurte, l\u2019homme peut r\u00e9aliser sa destin\u00e9e. A condition toutefois de fournir sa collaboration indispensable, de ne pas refuser de s\u2019aider de la gr\u00e2ce\u2009; c\u2019est-\u00e0-dire de s\u2019aider de Dieu pour agir en Dieu.<\/p><p>Il y a en Dieu assez d\u2019amour, de bont\u00e9, de charit\u00e9, de puissance pour subvenir pleinement, surabondamment \u00e0 toutes les n\u00e9cessit\u00e9s humaines.<\/p><p>Le Christ Sauveur a m\u00e9rit\u00e9 assez pour que son m\u00e9rite, qui est infini, assure \u00e0 tous et \u00e0 chacun largement de quoi se sauver.<\/p><p>Il n\u2019y a point de p\u00e9ch\u00e9 qu\u2019avec la gr\u00e2ce on ne puisse \u00e9viter\u2009; pas de tentation dont on ne puisse triompher\u2009; pas d\u2019indispensables lumi\u00e8res qu\u2019on ne puisse obtenir\u2009; pas de douleurs qui ne puissent \u00eatre consol\u00e9es\u2009; pas de victoire morale qu\u2019on ne puisse remporter\u2009; pas de faiblesses qui ne puissent \u00eatre fortifi\u00e9es\u2008; pas de d\u00e9couragement qui ne puisse \u00eatre suffisamment gu\u00e9ri, au point de n\u2019\u00eatre plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment entra\u00een\u00e9s, fatalement \u00e9cras\u00e9s.<\/p><p>\u00ab\u2009Seigneur, donnez-moi votre amour et votre sainte gr\u00e2ce et je serai assez riche, et je n\u2019aurai plus rien \u00e0 d\u00e9sirer.\u2009\u00bb<\/p><p>La gr\u00e2ce et l\u2019amour manquant, rien ne peut les remplacer. Tout le reste viendrait-il \u00e0 manquer, si la gr\u00e2ce, si l\u2019amour est l\u00e0, c\u2019est suffisant pour subvenir \u00e0 tout.<\/p><p>Il n\u2019est pas vrai, Seigneur, il ne se peut pas qu\u2019une r\u00e9v\u00e9lation semblable, un si grand miracle d\u2019amour, soit pour le seul contentement de votre petite mis\u00e8re\u2009; elle est l\u2019indignit\u00e9, elle est la derni\u00e8re de toutes vos cr\u00e9atures, et alors, si vous vous penchez sur tant de bassesses, si, de si haut, vous venez chercher si bas, c\u2019est que vous la marquez, vous l\u2019avez destin\u00e9e pour quelque chose. Votre choix m\u2019\u00e9pouvante, mais votre bont\u00e9, votre grande mis\u00e9ricorde me rassure.<\/p><p>Mon Dieu, je suis la pauvre petite servante de votre Servante. Elle est ma m\u00e8re, elle est ma reine&#8230; elle est ma ma\u00eetresse&#8230; elle est mon mod\u00e8le&#8230; elle est mon \u00e9toile&#8230; elle est mon soutien&#8230; elle est ma force et mon refuge\u2009; et apr\u00e8s elle et comme elle, je r\u00e9p\u00e8te\u2009: \u00ab\u2009Qu\u2019il me soit fait selon votre parole.\u2009\u00bb Fiat voluntas tua\u2009!&#8230; Je vais \u00e0 Celui qui m\u2019invite.<\/p><p>Seigneur, mon Dieu et mon Tout, que par votre adorable amour et votre sainte gr\u00e2ce, mon c\u0153ur uni \u00e0 votre C\u0153ur soit chaque jour plus humble et plus doux, ma pens\u00e9e plus profonde, ma volont\u00e9 soit plus docile \u00e0 la v\u00f4tre, ma pri\u00e8re plus fervente, mon amour plus surnaturel, plus divin.<\/p><p>Que ma vie soit meilleure, plus pure, plus parfaite, plus \u00e9difiante tous les jours\u2009; que je sois plus s\u00e9v\u00e8re pour moi, plus oublieuse de moi et plus juste, plus charitable, plus aimable pour le prochain.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, mettez en moi beaucoup d\u2019id\u00e9al mystique. Faites que je vive dans votre pl\u00e9nitude, en divine harmonie avec vous&#8230; Faites que chaque jour soit un pas dans votre amour&#8230; et que tous les jours je me d\u00e9passe.<\/p><p>Faites que j\u2019aime, en tout ce que j\u2019aime, et rattache tout sentiment, toute amiti\u00e9 \u00e0 votre seul et unique amour, \u00f4 J\u00e9sus mon Tout\u2008!<\/p><p>^ 22 janvier 1930 (mercredi)<\/p><p>La paix, ce bien si pr\u00e9cieux, ce divin tr\u00e9sor sans lequel il n\u2019y a en nous qu\u2019angoisses et qu\u2019am\u00e8res souffrances, abonde, surabonde en moi&#8230; et tout mon \u00eatre est plein de Dieu\u2009!<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, ma Lumi\u00e8re, mon Amour et ma Vie, faites que je ne connaisse que vous, que je n\u2019aime que vous, que je ne vive que de vous, avec vous, en vous&#8230; et pour vous seul.<\/p><p>\u00d4 mon J\u00e9sus d\u2019amour, je m\u2019unis \u00e0 votre sacrifice perp\u00e9tuel, universel, incessant. Je m\u2019offre \u00e0 vous, V\u00e9rit\u00e9 supr\u00eame, pour toute ma vie, pour tous les jours de ma vie et pour chaque instant du jour, selon votre d\u00e9sir et votre tr\u00e8s adorable volont\u00e9.<\/p><p>\u00d4 mon J\u00e9sus, \u00f4 mon Ma\u00eetre ador\u00e9\u2009! je me donne, je me redonne, je m\u2019abandonne librement \u00e0 votre mis\u00e9ricorde, \u00e0 votre amour, \u00e0 votre intimit\u00e9 heureuse, douloureuse et glorieuse&#8230; \u00e0 votre intimit\u00e9 eucharistique.<\/p><p>Je suis votre petite victime d\u2019amour, exercez sur moi tous vos droits, disposez de moi \u00e0 votre bon plaisir. Je compte sur votre lumi\u00e8re pour m\u2019\u00e9clairer, sur votre bras pour me soutenir.<\/p><p>Que je vive d\u2019amour, dans l\u2019amour, pour mourir d\u2019amour, et que le dernier soupir de mon c\u0153ur, le dernier chant de mon \u00e2me, soit un acte du plus pur amour.<\/p><p>\u00d4 mon J\u00e9sus ch\u00e9ri, faites qu\u2019apr\u00e8s avoir march\u00e9 docilement \u00e0 votre suite, qu\u2019apr\u00e8s m\u2019\u00eatre habituellement blottie dans vos bras, cach\u00e9e dans votre C\u0153ur humble et doux, j\u2019aie l\u2019incomparable bonheur d\u2019\u00eatre emport\u00e9e sur vos ailes dans l\u2019\u00e9ternelle patrie de l\u2019Amour.<\/p><p>\u00d4 bon J\u00e9sus, je vous aime\u2009! Suppl\u00e9ez, je vous en conjure, \u00e0 tout ce qui manque \u00e0 mon amour pour qu\u2019il soit favorablement agr\u00e9\u00e9 par le P\u00e8re.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, je compte sur vous&#8230; je me livre \u00e0 vous&#8230; je me repose en vous par Marie&#8230; je suis v\u00f4tre, \u00f4 mon Amour et mon Tout.<\/p><p>\u00d4 tr\u00e8s pieuse Vierge Marie, accordez-moi votre perp\u00e9tuel secours et la gr\u00e2ce de vivre saintement, de mourir pieusement dans l\u2019amour de Dieu, pour m\u00e9riter la b\u00e9atitude \u00e9ternelle du ciel.<\/p><p>^ 26 janvier 1930 (dimanche)<\/p><p>Pourquoi Dieu nous aime-t-il\u2009? Quel profond myst\u00e8re\u2009! Quel ab\u00eeme\u2009!<\/p><p>Puisqu\u2019il ne m\u2019est pas permis de d\u00e9fendre, de faire aimer le Bon Dieu par la parole, qu\u2019au moins de tout mon c\u0153ur, de toute mon \u00e2me, de toute ma volont\u00e9, de toutes mes forces, je rach\u00e8te, je r\u00e9pare&#8230; je le console de tant d\u2019abandon, de tant d\u2019outrages, de tant de blasph\u00e8mes, de tant de m\u00e9pris de la part de ses mis\u00e9rables cr\u00e9atures qui ne re\u00e7oivent de lui que de l\u2019amour en ne donnant que de la haine\u2009!<\/p><p>Que je sois sa petite joie\u2009!&#8230;<\/p><p>Aux autres les actions \u00e9clatantes, les \u0153uvres couronn\u00e9es de succ\u00e8s. A moi le recueillement, le silence, l\u2019oraison d\u2019amour.<\/p><p>Aux autres une vie applaudie, une vie plus facile, plus paisible&#8230; A moi une vie de renoncements et de luttes.<\/p><p>Que par mes souffrances, que par ma pi\u00e9t\u00e9 simple et profonde, par ma passion d\u2019amour pour les \u00e2mes, par mon affectueuse tendresse, ma grande compassion pour les p\u00e9cheurs, pour les pauvres, les petits, les malades, les incompris, les disgraci\u00e9s, je r\u00e9alise pleinement mon ardent et pieux d\u00e9sir de faire le bien, de le faire \u00e0 tous, de les sauver tous, avec Dieu et par amour de Dieu.<\/p><p>Vie de pri\u00e8res, vie d\u2019amour\u2009! Qu\u2019il est facile et doux de prier quand on aime\u2009! Souffrir, ne pas dormir, ne pas pouvoir reposer n\u2019est rien. Veiller avec J\u00e9sus, tout pr\u00e8s de Dieu, l\u2019\u00e2me dans la lumi\u00e8re et dans l\u2019amour, est un bonheur infini\u2009!&#8230; C\u2019est prier encore.<\/p><p>Puisque nous devons prier, puisqu\u2019il faut prier, prions\u2009!&#8230; Prions avant de parler, avant de travailler\u2009; prions dans l\u2019action, prions dans le repos, prions au milieu des foules, prions dans la solitude, prions partout, prions sans interruption. La pri\u00e8re est une puissance d\u2019apostolat mise \u00e0 notre disposition. S\u2019il y avait quelque chose de meilleur pour nous que la pri\u00e8re, Notre-Seigneur nous l\u2019aurait appris\u2009; mais il a enseign\u00e9 et il nous recommande surtout de veiller et de prier&#8230; de faire p\u00e9nitence.<\/p><p>Que notre vie soit donc une vie en pri\u00e8re\u2009! \u00ab\u2009Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous marchiez, soit que vous travailliez ou vous reposiez, disait saint Paul, faites tout pour la gloire de Dieu\u2009\u00bb, ce qui certainement veut dire en priant.<\/p><p>Vie contemplative&#8230; Vie apostolique\u2009! La premi\u00e8re assurant le succ\u00e8s de l\u2019autre\u2009! C\u2019est un peu paradoxal, mais ce ne l\u2019est qu\u2019apparemment, la r\u00e9alit\u00e9 est affirmative.<\/p><p>Personne, a dit quelqu\u2019un, ne missionne plus qu\u2019un saint, demeurerait-il reclus entre quatre petits murs.<\/p><p>C\u2019est la pl\u00e9nitude m\u00eame avec laquelle elle s\u2019immole, c\u2019est la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de son sacrifice qui permet \u00e0 une \u00e2me \u2013 quelquefois m\u00eame \u00e0 une tr\u00e8s pauvre petite \u00e2me \u2013 de favoriser au maximum la diffusion de la vie divine dans l\u2019\u00e2me de ses fr\u00e8res de la terre. Sa vie fait d\u2019elle la plus utile, sinon la seule utile aux ap\u00f4tres.<\/p><p>De son saint monast\u00e8re et surtout de sa petite cellule, l\u2019ang\u00e9lique petite Th\u00e9r\u00e8se de l\u2019Enfant-J\u00e9sus n\u2019a cess\u00e9 de r\u00e9pandre, de porter partout et jusqu\u2019aux extr\u00e9mit\u00e9s de l\u2019univers, les gr\u00e2ces de salut que lui valait l\u2019h\u00e9ro\u00efsme de son sacrifice. Et c\u2019est pourquoi l\u2019Eglise, sa \u00ab\u2009bonne M\u00e8re\u2009\u00bb, n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 la nommer aujourd\u2019hui \u00ab\u2009patronne des missions\u2009\u00bb et la \u00ab\u2009plus grande sainte des temps modernes\u2009\u00bb.<\/p><p>Les saints savent prier parce qu\u2019ils sont pleins de Dieu\u2009; nous ne savons pas prier parce que nous sommes pleins de nous.<\/p><p>La pri\u00e8re est d\u2019une cons\u00e9quence infinie\u2009! Prions\u2009: pri\u00e8re du c\u0153ur constamment, pri\u00e8re des l\u00e8vres de temps \u00e0 autre. J\u00e9sus lui-m\u00eame nous a enseign\u00e9 la formule\u2009: le Pater, si court et si complet.<\/p><p>Ne r\u00e9citons pas notre pri\u00e8re, prions-la. C\u2019est l\u2019\u00e2me qui doit commander nos mouvements. C\u2019est l\u2019\u00e2me qui doit ployer nos genoux, incliner notre corps. C\u2019est l\u2019\u00e2me qui doit joindre nos mains, abaisser nos paupi\u00e8res ou plonger nos regards vers le ciel. C\u2019est l\u2019\u00e2me qui, montant vers Dieu, entra\u00eene tout l\u2019\u00eatre \u00e0 sa suite. C\u2019est l\u2019\u00e2me qui adore, qui glorifie, qui demande \u00e0 son Dieu pardon pour les p\u00e9ch\u00e9s de tous, pour ses p\u00e9ch\u00e9s \u00e0 elle.<\/p><p>Prier est le plus important, le plus imp\u00e9rieux des devoirs\u2009! Prions donc, et que toutes nos pri\u00e8res, nos cantiques s\u2019\u00e9chappent de notre c\u0153ur comme des fl\u00e8ches enflamm\u00e9es d\u2019amour. Offrons nos souffrances et nos sacrifices, notre travail, mortifions-nous, faisons p\u00e9nitence pour un missionnaire, pour les pr\u00eatres nos pasteurs, aidons-les dans leur vie d\u2019ap\u00f4tre\u2009! Aimons pour ceux qui combattent. La communion des saints, c\u2019est l\u2019entraide mutuelle, fraternelle. M\u00e8re toute parfaite, toute puissante et toute bonne, dans mon d\u00e9sir sinc\u00e8re de r\u00e9pondre pleinement, fid\u00e8lement au dessein de Dieu, je vous supplie de m\u2019aider \u00e0 faire de ma vie le chef-d\u2019\u0153uvre d\u2019amour qu\u2019il attend et d\u00e9sire.<\/p><p>\u00d4 bon et doux J\u00e9sus, je suis \u00e0 vous, je demeure en vous pour accomplir, selon les d\u00e9sirs de votre C\u0153ur, votre adorable et divin bon plaisir\u2009! Je vous aime, \u00f4 mon J\u00e9sus, je vous aime\u2009!<\/p><p>Un grand d\u00e9sir m\u2019anime, me transporte\u2009: m\u2019unir \u00e0 J\u00e9sus, me perdre en J\u00e9sus, dispara\u00eetre en son C\u0153ur, et par lui parvenir \u00e0 ma fin supr\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019union \u00e0 l\u2019Amour.<\/p><p>Ce matin je l\u2019ai demand\u00e9, je l\u2019ai voulu, j\u2019ai suppli\u00e9 avec instance et Dieu m\u2019en a b\u00e9nie &#8230; et mon c\u0153ur est plein de divines esp\u00e9rances\u2009! C\u2019est la paix et la f\u00e9licit\u00e9 dans mon \u00e2me.<\/p><p>\u00d4 ma M\u00e8re, parlez au P\u00e8re pour moi&#8230; Dites bien \u00e0 J\u00e9sus que je l\u2019aime. Je sens maintenant mon c\u0153ur capable de consolation du Christ.<\/p><p>Je prie ardemment et de toutes mes forces, ou \u2013 ce qui est plus juste\u2009\u2013 de toutes les impuissances de mon c\u0153ur, pour que ma joie, mon bonheur d\u2019aimer soit donn\u00e9 \u00e0 tous.<\/p><p>29 janvier 1930 (mercredi)<\/p><p>_____________________<\/p><p>Louange \u00e0 la Vierge Marie<\/p><p>Prier Marie, l\u2019aimer, l\u2019imiter en silence<\/p><p>Vivre aupr\u00e8s d\u2019elle, appuyer sur son C\u0153ur,<\/p><p>Mettre en ses mains b\u00e9nies, ma filiale confiance<\/p><p>C\u2019est l\u00e0 ma paix, ma joie et mon honneur&#8230;<\/p><p>&#8230; \u00d4 Vierge Sainte, \u00f4 blanche Souveraine,<\/p><p>Mon \u00e2me aimante, en vous s\u2019\u00e9panche \u00e0 flots.<\/p><p>J\u2019irai au ciel, vers vous, M\u00e8re que j\u2019aime<\/p><p>Ah\u2009! que ne puis-je y aller aussit\u00f4t\u2009!<\/p><p>Quand je contemple votre \u00e9clatant visage,<\/p><p>Vos traits si doux, vos regards maternels,<\/p><p>Ah\u2009! je voudrais d\u00e9peindre mon extase.<\/p><p>Divine aurore, \u00f4 beau lys immortel,<\/p><p>Reine des cieux, si bonne et la plus pure,<\/p><p>Les s\u00e9raphins, pour vous, br\u00fblent d\u2019amour.<\/p><p>J\u2019irai au ciel vous ch\u00e9rir sans mesure<\/p><p>Ah, je voudrais y aller en ce jour\u2009!<\/p><p>Vos suaves tendresses, \u00f4 divine Marie,<\/p><p>Me font, d\u00e8s cet exil, respirer l\u2019air du ciel.<\/p><p>Ces sublimes instants comblent mon \u00e2me ravie,<\/p><p>Quand pourrai-je les vivre au s\u00e9jour \u00e9ternel\u2009?<\/p><p>Sous vos douces caresses, tout mon \u00eatre palpite&#8230;<\/p><p>Rose mystique, M\u00e8re admirable, \u00f4 pur miroir,<\/p><p>J\u2019irai au ciel vous aimer sans limite.<\/p><p>Ah\u2009! que ne puis-je y aller d\u00e8s ce soir\u2009!<\/p><p>^ 2 f\u00e9vrier 1930 (dimanche)<\/p><p>Nuit obscure et douloureuse, tr\u00e8s vive impression de l\u2019absence de Dieu en mon \u00e2me. Cependant, malgr\u00e9 les t\u00e9n\u00e8bres et la brume \u00e9paisse, j\u2019aime croire qu\u2019il est l\u00e0 quand m\u00eame tout pr\u00e8s, sans que je m\u2019en doute, sans que la plus petite \u00e9claircie vienne m\u2019en donner la douce certitude. Mais, que c\u2019est dur ce d\u00e9sert intime, que c\u2019est dur de se sentir si loin de lui\u2009!<\/p><p>Je sais par une exp\u00e9rience d\u00e9j\u00e0 longue que la maladie, la souffrance est une bien bien rude \u00e9preuve, m\u00eame quand on s\u2019abandonne avec confiance dans la pleine foi, m\u00eame quand on accepte d\u2019entrer avec J\u00e9sus et comme J\u00e9sus non par int\u00e9r\u00eat, mais librement et par amour, dans les desseins de Dieu, ce qui n\u2019est pas toujours tr\u00e8s facile dans ces moments de noir si profond. Enfin, cela augmente en nous la charit\u00e9 et la compassion pour ceux qui souffrent de si grands maux.<\/p><p>Rien n\u2019est en effet permis par Dieu que par amour et pour le plus grand bien surnaturel et divin de notre \u00e2me.<\/p><p>J\u2019essaie de m\u2019abandonner comme un bien petit enfant dans les bras de J\u00e9sus, de ne faire de ma volont\u00e9 qu\u2019une volont\u00e9 avec la sienne, pensant bien que, comme toujours, il aura piti\u00e9 de sa tr\u00e8s pauvre petite passion et que son amour compensera.<\/p><p>J\u00e9sus me voulant abandonn\u00e9e \u00e0 lui sans r\u00e9serve, et voulant, lui, agir en moi \u00e0 l\u2019infini, me comble \u00e0 cet effet. Je comprends tout le s\u00e9rieux, toute l\u2019importance de cet acte, mais aussi tout l\u2019amour, toute la joie\u2009: d\u00e9mesur\u00e9e&#8230; infinie.<\/p><p>J\u2019ai confiance que tout est pour un bien meilleur. Voulant me rapprocher de lui davantage et bien mieux, il agit \u00e0 sa coutume, en m\u2019associant de plus pr\u00e8s encore \u00e0 sa mortelle agonie, \u00e0 sa douloureuse Passion.<\/p><p>Mon c\u0153ur est plein de l\u2019amour de J\u00e9sus, c\u2019est pourquoi mon \u00e2me est toujours immens\u00e9ment heureuse Si elle n\u2019\u00e9tait pas ainsi remplie d\u2019avance de l\u2019adorable volont\u00e9 du Seigneur, s\u2019il fallait qu\u2019elle le soit par les sentiments de joie et de tristesse qui se succ\u00e8dent si vite en cette vall\u00e9e de larmes, ce serait un flot de douleur bien amer\u2009! Mais ces alternatives, ces scrupules lancinants ne font que l\u2019effleurer passag\u00e8rement\u2009; ainsi, m\u00eame au plus fort de l\u2019\u00e9preuve, je reste toujours dans une paix profonde, que rien ne saurait troubler.<\/p><p>Si le chant qui monte des profondeurs de mon c\u0153ur ressemble plus \u00e0 un \u00ab\u2009Libera\u2009\u00bb qu\u2019\u00e0 un \u00ab\u2009Alleluia\u2009\u00bb, il n\u2019est pas moins p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 d\u2019amour, puisque mon unique et profond d\u00e9sir est de parvenir au sommet de l\u2019union par la Voie unique (qui est J\u00e9sus lui-m\u00eame) et par Marie M\u00e9diatrice de toute gr\u00e2ce, et que pour y arriver je ne veux rien, rien refuser au Bon Dieu. Alors, plus rude est la route, plus divine, plus c\u00e9leste est aussi la joie, parfois d\u00e9bordante, en la voyant se produire. Oh\u2009! cette union du c\u0153ur, cette intimit\u00e9 d\u2019amour et m\u00eame cette conformation de l\u2019\u00e2me avec l\u2019\u00e2me du Christ J\u00e9sus\u2009!<\/p><p>Pour r\u00e9aliser cet id\u00e9al si beau, rien n\u2019est jamais trop souffrir\u2009!<\/p><p>\u00ab\u2009Que vous viviez en moi, \u00f4 J\u00e9sus, et que je meure\u2009!&#8230;\u2009\u00bb<\/p><p>Je sais, \u00e0 n\u2019en plus douter, que la lumi\u00e8re et la v\u00e9rit\u00e9 sans voiles m\u2019attendent au bout du long chemin, au sommet du Golgotha, et que, pour les atteindre, l\u2019amour me sera donn\u00e9 comme pr\u00e9cieux accompagnement. Alors, dans ces conditions, pourquoi aurais-je peur de la souffrance, du sacrifice et m\u00eame des travers\u00e9es de t\u00e9n\u00e8bres\u2009?&#8230; Dieu m\u2019aidera et je vaincrai.<\/p><p>Donc, tous ces tourments du corps, du c\u0153ur, de l\u2019esprit que j\u2019ai \u00e0 subir, j\u2019y consens&#8230; je les re\u00e7ois&#8230; je les b\u00e9nis. Ce n\u2019est pas que toute cette agglom\u00e9ration de douleurs ne soit pas une torture pour mon \u00e2me, mais je vois plus haut, au-dessus de la douleur\u2009: je vois Dieu&#8230; la joie qui est en Dieu.<\/p><p>Il n\u2019y a de vraie joie que la joie qui vient de notre union \u00e0 Dieu, parce que c\u2019est la seule qui dure\u2009; parce que Celui qui la donne est l\u00e0, toujours, quand m\u00eame il se cache bien profond, ou bien qu\u2019un mauvais abus de sa gr\u00e2ce l\u2019oblige \u00e0 s\u2019en aller.<\/p><p>Il n\u2019y a pas d\u2019amour sans \u00e9preuve, mais l\u2019\u00e9preuve est le gage d\u2019amour de Celui qui nous aime plus que tout.<\/p><p>Aimons Dieu, et nous serons aim\u00e9s de Dieu, et nous conna\u00eetrons m\u00eame en ce monde \u00ab\u00a0un peu\u00a0\u00bb de cette surhumaine joie qui fait le bonheur des \u00e9lus. De cela, ceux qui vivent loin de Dieu, sans Dieu, n\u2019en ont pas la moindre id\u00e9e\u2009; mais ses amis intimes le comprennent.<\/p><p>Courage, mon \u00e2me\u2009! il y aura toujours, malgr\u00e9 tout, des moments bien doux. Tu es d\u00e9fendue, prot\u00e9g\u00e9e, aim\u00e9e du Dieu tr\u00e8s bon, qui demeure toujours, m\u00eame quand il laisse p\u00e9n\u00e9trer l\u2019Ennemi.<\/p><p>Il arrive m\u00eame, quand la consolation est donn\u00e9e, quand on se trouve tout pr\u00e8s, bien dans l\u2019adorable intimit\u00e9 de Dieu, de regretter le temps o\u00f9 le c\u0153ur souffrait tant.<\/p><p>Je vais \u00e0 la vie&#8230; c\u2019est la mort \u00e0 moi-m\u00eame qui la commence.<\/p><p>^ 3 f\u00e9vrier 1930 (lundi)<\/p><p>\u00d4 C\u0153ur infiniment tendre de J\u00e9sus, faites que je sois toujours celle qui veille avec vous, qui veille pour vous et prie pour votre peuple.<\/p><p>Ma devise est\u2009: \u00ab\u2009Toute \u00e0 J\u00e9sus, par Marie M\u00e9diatrice de toutes gr\u00e2ces.\u2009\u00bb Ma vie est toute d\u2019union \u00e0 Notre-Seigneur par l\u2019union \u00e0 sa tr\u00e8s sainte M\u00e8re.<\/p><p>Je l\u2019aime tant, cette bonne et tendre M\u00e8re\u2009! Elle est mon \u00e9toile et ma demeure. Je vis \u00e0 sa lumi\u00e8re et toute cach\u00e9e dans l\u2019asile imprenable de son C\u0153ur immacul\u00e9.<\/p><p>L\u00e0&#8230; je veux aimer&#8230; souffrir&#8230; vivre d\u2019amour et mourir d\u2019amour quand l\u2019heure sera venue\u2009!<\/p><p>Ma bonne M\u00e8re, agissez en moi&#8230; priez en moi&#8230; parlez en moi&#8230; souffrez en moi&#8230; aimez, en moi et avec moi, J\u00e9sus et qu\u2019ainsi je sois \u00e0 m\u00eame de dire \u00e0 tout instant en union avec vous\u2009: je suis la petite servante du Seigneur&#8230; qu\u2019il me soit fait selon son bon plaisir.<\/p><p>Reine toute puissante et toute bonne, \u00f4 M\u00e8re incomparable, prenez-moi tout enti\u00e8re sous votre si maternelle protection, gardez-moi tout enti\u00e8re et \u00e0 tout jamais dans l\u2019amour de J\u00e9sus, votre adorable Fils.<\/p><p>\u00d4 M\u00e8re la plus tendre, par moi-m\u00eame, vous le savez, je ne peux pas, je ne sais pas, je n\u2019arriverai jamais \u00e0 me sanctifier. Mais je suis pr\u00eate \u00e0 me soumettre sans r\u00e9serve \u00e0 la conduite de la gr\u00e2ce.<\/p><p>\u00d4 M\u00e8re, je vous apporte les trois puissances de mon \u00e2me\u2009: ma m\u00e9moire&#8230; mon entendement&#8230; ma volont\u00e9.<\/p><p>Agissez en moi\u2009!<\/p><p>Soyez dans ma m\u00e9moire, pour en effacer toute autre pens\u00e9e que la v\u00f4tre et celle de J\u00e9sus.<\/p><p>Dans mon entendement, pour en bannir le pass\u00e9, pour vous en remettre l\u2019avenir et ne voir que vous, bonne M\u00e8re, veillant amoureusement, mis\u00e9ricordieusement sur moi, pour m\u2019unir en toutes choses \u00e0 J\u00e9sus mon Roi.<\/p><p>Dans ma volont\u00e9, pour en arracher avec soin tout ce qui pourrait non seulement lui d\u00e9plaire, mais n\u2019\u00eatre pas agr\u00e9able \u00e0 Notre-Seigneur dans les plus petites choses&#8230; comme dans les grandes.<\/p><p>Nous tous, qui que nous soyons, apportons nos mis\u00e8res, nos besoins, nos d\u00e9sirs, nos pri\u00e8res, nos actions, nos espoirs \u00e0 la Toute-Puissante assise aupr\u00e8s du Tout-Puissant. Allons \u00e0 Marie, elle est celle dont nous avons incessamment besoin.<\/p><p>Pour comprendre nos angoisses, pour compatir \u00e0 nos douleurs, il faut un c\u0153ur qui ait souffert. Pour obtenir notre pardon, il faut une \u00e2me innocente. Pour avoir \u00e0 s\u2019occuper des besoins de tous, il faut \u00eatre exempt de toutes dettes, pur de toute tache. Pour consoler, pour s\u00e9cher les larmes des petits enfants, il faut \u00eatre m\u00e8re. Pour dispenser les gr\u00e2ces et les bienfaits du ciel, il faut \u00eatre reine. Pour donner \u00e0 tous, pour les aider tous, il faut avoir dans les mains la cl\u00e9 des tr\u00e9sors de Dieu. C\u2019est ce que fait la tr\u00e8s Sainte Vierge\u2009: elle est pure, immacul\u00e9e et sans tache&#8230; Elle est m\u00e8re&#8230; Elle a aim\u00e9 elle a souffert plus que tous&#8230; Elle n\u2019a aucune dette \u00e0 satisfaire \u00e0 la divine justice&#8230; Elle est reine, elle puise \u00e0 son gr\u00e9 dans le tr\u00e9sor divin.<\/p><p>Tous les biens spirituels et m\u00eame temporels que nous recevons passent par les mains lib\u00e9rales de la tr\u00e8s Sainte Vierge. Elle n\u2019en est pas la possetrice (sic), mais la d\u00e9positrice et la distributrice\u2009; elle les obtient de \u00ab\u2009Celui qui est\u2009\u00bb et \u00e0 qui tout appartient.<\/p><p>Plus un saint a pratiqu\u00e9 de vertus, plus il les a pratiqu\u00e9es parfaitement, plus son pouvoir est grand dans le ciel.<\/p><p>Or, la Sainte Vierge a pratiqu\u00e9 toutes les vertus. Elle les a pratiqu\u00e9es avec un degr\u00e9 de perfection que notre petitesse ne saurait mesurer, que notre fragilit\u00e9 ne saurait atteindre. Elle a connu toutes les difficult\u00e9s de la vie, toutes les angoisses du lendemain, toutes les souffrances&#8230; Nul, apr\u00e8s J\u00e9sus, n\u2019a souffert autant qu\u2019elle.<\/p><p>Elle e\u00fbt moins souffert si elle \u00e9tait morte avec son Fils, mais il\u2009faut qu\u2019elle le voie agoniser, il faut qu\u2019elle le voie mourir et qu\u2019elle vive. Elle est sainte, et plus que sainte. Elle est martyre, et plus que martyre\u2009: elle en est la reine&#8230; Elle est la M\u00e8re du Tout-Puissant, elle en partage toute la gloire, elle participe \u00e0 son gouvernement divin. C\u2019est pourquoi tous les cris, toutes les supplications, toutes les louanges qui montent de la terre vers Dieu, passent par Marie, de Marie \u00e0 J\u00e9sus, et de J\u00e9sus au P\u00e8re. En retour, toutes les gr\u00e2ces obtenues passent du P\u00e8re au Fils, du Fils \u00e0 sa Sainte M\u00e8re, et par elle \u00e0 celui qui la prie. Ce n\u2019est pas sp\u00e9cialement quelques \u00e2mes que Marie prot\u00e8ge\u2009: elle vient au secours de tous les humains. La Sainte Vierge a tout pouvoir sur le C\u0153ur de Dieu, c\u2019est donc toute sa famille humaine qu\u2019elle prot\u00e8ge, qu\u2019elle console, qu\u2019elle gu\u00e9rit, qu\u2019elle encourage, qu\u2019elle \u00e9claire, qu\u2019elle soutient, qu\u2019elle veut sauver. M\u00e8re de mis\u00e9ricorde, elle imite le P\u00e8re de toutes mis\u00e9ricordes et nous aide, m\u00eame sans \u00eatre pri\u00e9e.<\/p><p>Allons donc \u00e0 Marie, puisqu\u2019elle est notre m\u00e8re, la n\u00f4tre \u00e0 chacun. Allons \u00e0 elle, puisqu\u2019elle est l\u2019universelle m\u00e9diatrice entre Dieu et nous. Ah\u2009! si nous savions nous faire bien petits\u2009! Si nous savions tourner nos regards et nos c\u0153urs vers celle qui nous aime tant\u2009!<\/p><p>Que de belles vertus, que de bons conseils cette humble vierge, cette tendre m\u00e8re, cette noble reine nous apprendrait sur les avantages de l\u2019humilit\u00e9, les exigences de la charit\u00e9, la sagesse de l\u2019ob\u00e9issance, les douceurs de l\u2019abandon \u00e0 Dieu, les joies de la confiance\u2009!<\/p><p>Si la jeune fille savait se blottir aupr\u00e8s d\u2019elle pour abriter sa puret\u00e9, le coupable se jeter dans ses bras pour chercher un refuge et \u00e9chapper aux ch\u00e2timents\u2009; si le malade lui apportait ses plaies \u00e0 panser, l\u2019enfant son innocence \u00e0 prot\u00e9ger, l\u2019indigent sa mis\u00e8re \u00e0 secourir, l\u2019afflig\u00e9 ses douleurs \u00e0 consoler, le vieillard et l\u2019orphelin leurs c\u0153urs \u00e0 r\u00e9chauffer, leurs larmes \u00e0 s\u00e9cher, la vie serait moins triste, parce que plus profond\u00e9ment chr\u00e9tienne.<\/p><p>Essayons donc de nous faire petits, tout petits aupr\u00e8s de Marie notre M\u00e8re. Quand on souffre, quand on pleure, quand on est seul et bien triste, ce n\u2019est vraiment pas difficile de se faire tout petit, on a tant besoin de secours, on a tant besoin de sentir une maman aupr\u00e8s de soi\u2009! Et qui donc ne souffre pas\u2009?&#8230; Qui donc ne pleure pas\u2009?&#8230; Qui donc ne tremble pas quelquefois sur la terre\u2009?&#8230; Qui donc n\u2019a pas besoin de se faire consoler, de se faire pardonner, de se faire aimer, de se faire gu\u00e9rir\u2009?<\/p><p>Oh\u2009! oui, apprenons \u00e0 nous faire bien petits et \u00e0 ne rien faire sans le conseil, sans le secours, sans l\u2019inspiration et le consentement de notre Reine ch\u00e9rie\u2009! Qu\u2019elle soit toute notre confiance et toute notre esp\u00e9rance en Dieu.<\/p><p>Elle est m\u00e8re, et comme m\u00e8re, elle est d\u2019autant plus empress\u00e9e \u00e0 voler au secours de son enfant qu\u2019il implore son aide avec plus de confiance et plus d\u2019amour.<\/p><p>Si des gr\u00e2ces temporelles nous sont n\u00e9cessaires, elle nous les obtiendra, \u00e0 la seule condition cependant qu\u2019elles se rattachent \u00e0 la vie surnaturelle, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la gloire de Dieu et au salut des \u00e2mes. Ne demandons pas des choses qui ne peuvent ni glorifier Dieu, ni \u00eatre salutaires \u00e0 notre prochain, ni nous mener au ciel.<\/p><p>La belle mission de Marie est d\u2019amener \u00e0 J\u00e9sus tous ceux qui vont \u00e0 elle.<\/p><p>Faisons-nous bien petits, et bien petits dans les bras de notre M\u00e8re aim\u00e9e, pla\u00e7ons-nous tout pr\u00e8s d\u2019elle\u2009: elle nous apprendra notre devoir, elle nous dira que notre devoir et tout notre devoir de chr\u00e9tien est de ressembler \u00e0 J\u00e9sus, et qu\u2019il n\u2019y a toujours en tout temps, en tout lieu, qu\u2019une mani\u00e8re de lui ressembler\u2009: se renoncer soi-m\u00eame, prendre sa croix et le suivre. Mais elle nous dira aussi ce qu\u2019elle sait par exp\u00e9rience\u2009: c\u2019est qu\u2019avec J\u00e9sus, se renoncer, prendre sa croix et le suivre en la portant, ce n\u2019est pas mettre des boulets \u00e0 ses pieds mais des ailes \u00e0 son c\u0153ur, de la joie, du bonheur, du ciel dans sa vie&#8230; c\u2019est monter, c\u2019est se rapprocher de Dieu pas \u00e0 pas. Elle nous dira que la croix se fait de jour en jour plus l\u00e9g\u00e8re, plus aim\u00e9e, quand on la porte en se sanctifiant.<\/p><p>Suivons J\u00e9sus et suivons-le avec Marie, son incomparable M\u00e8re. Attachons nos regards non uniquement sur sa divinit\u00e9, mais sur son humanit\u00e9 sainte, sur son humanit\u00e9 souffrante&#8230; J\u00e9sus le mod\u00e8le parfait, le mod\u00e8le complet, le mod\u00e8le de tous.<\/p><p>Regardons-le, regardons-le souvent, regardons-le longuement, regardons-le toujours, non pour le copier dans ce qu\u2019il a fait \u2013 on ne devient pas saint par copie \u2013 mais pour lui ressembler dans ce qu\u2019il est\u2009: doux et humble de c\u0153ur, rempli d\u2019amour, rempli de charit\u00e9, de compassion et de pardon pour tous, ob\u00e9issant&#8230; et ob\u00e9issant jusqu\u2019\u00e0 la mort sur la croix, pauvre dans sa naissance, dans sa vie et \u00e0 sa mort&#8230; pauvre et sans \u00e9gal.<\/p><p>Laissons ses g\u00e9missements, ses cris d\u2019amour, ses cris de d\u00e9tresse, ses divins soupirs s\u2019imprimer ineffablement en notre esprit. Laissons, sans jamais nous plaindre, le glaive de feu s\u2019enfoncer sans fin dans notre c\u0153ur, jusque dans notre \u00e2me. Laissons sa douloureuse Passion se renouveler en nous&#8230; Laissons-nous clouer en croix avec le Christ\u2009! Laissons J\u00e9sus et Marie nous refaire en eux et uniquement pour eux.<\/p><p>La maternit\u00e9 divine a rev\u00eatu la Sainte Vierge d\u2019une grandeur qui ne peut avoir d\u2019\u00e9gale ni sur la terre, ni dans le ciel. Elle la place au-dessus de tout ce qui n\u2019est pas Dieu. Elle lui donne, par participation, la puissance que Dieu a par nature, et on peut dire d\u2019elle qu\u2019il ne se passe rien au ciel et sur la terre sans qu\u2019elle n\u2019intervienne.<\/p><p>La maternit\u00e9 divine a donn\u00e9 \u00e0 la Sainte Vierge, dans ses rapports avec nous, la tendresse bienfaisante d\u2019une m\u00e8re, l\u2019autorit\u00e9 incomparable d\u2019une reine. Marie M\u00e8re de Dieu, Marie Reine d\u2019amour, participe \u00e0 la m\u00e9diation du Christ et \u00e0 toutes les gr\u00e2ces que le Christ nous a acquises\u2009; elle a m\u00e9rit\u00e9 d\u2019en devenir la distributrice. C\u2019est elle qui distribue tous les dons, toutes les vertus, toutes les gr\u00e2ces \u00e0 qui elle veut, quand elle veut, de la mani\u00e8re et dans la mesure qu\u2019elle veut.<\/p><p>\u00d4 Marie, que vous \u00eates bonne\u2009!<\/p><p>\u00d4 Marie, que vous \u00eates grande\u2009!<\/p><p>\u00d4 Marie, que vous \u00eates puissante\u2009!<\/p><p>\u00d4 Marie, que je vous aime, vous qui \u00eates ma M\u00e8re\u2009!<\/p><p>J\u00e9sus et Marie&#8230; Ne les repoussons jamais de notre c\u0153ur. Allons de l\u2019Amour \u00e0 l\u2019amour&#8230; de la Mis\u00e9ricorde \u00e0 la mis\u00e9ricorde&#8230; de la mort \u00e0 la vie\u2009!<\/p><p>^ 3 f\u00e9vrier 1930 (lundi)<\/p><p>Pour demain, la grande visite aim\u00e9e, la douce visite de J\u00e9sus-Hostie\u2009! Aucun sentiment, aucune impression sensible, aucun tressaillement de joie, aucun contentement intime \u00e0 l\u2019\u00e9veil de cette pens\u00e9e&#8230; Quel airain, que mon c\u0153ur\u2009!<\/p><p>Pourquoi cette singuli\u00e8re insensibilit\u00e9, cette absence de chaleur, ce manque de vie dans tout mon \u00eatre, moi qui, \u00e0 l\u2019ordinaire, palpite de d\u00e9sir et de joie quand je vais recevoir mon J\u00e9sus, mon Roi\u2008?<\/p><p>Je ne pleure pas&#8230; j\u2019\u00e9touffe\u2009!<\/p><p>J\u2019\u00e9prouve une esp\u00e8ce de dess\u00e8chement int\u00e9rieur. Serait-ce, ce que l\u2019Eglise appelle \u00ab\u00a0les s\u00e9cheresses\u00a0\u00bb\u2008? Cela ressemble \u00e0 un d\u00e9sert sans lumi\u00e8re, sans verdure et sans eau&#8230; \u00e0 un affreux trou noir. C\u2019est un vrai martyre pour mon \u00e2me, comme pour mon corps et mon c\u0153ur&#8230; Avec effort je pense \u00e0 Dieu.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, mon Dieu, \u00f4 mon Roi bien-aim\u00e9, auriez-vous enti\u00e8rement abandonn\u00e9 votre petite victime \u00e0 son n\u00e9ant, \u00e0 sa mis\u00e8re\u2009? Que votre volont\u00e9 soit faite, \u00f4 mon Ma\u00eetre ador\u00e9, mais donnez-moi la permission de vous aimer, faites que je puisse vous aimer toujours, vous aimer quand m\u00eame.<\/p><p>Tout derni\u00e8rement, apr\u00e8s une communion tr\u00e8s fervente, J\u00e9sus m\u2019avait fait comprendre par voie de communication qu\u2019il voulait que je m\u2019\u00e9l\u00e8ve jusqu\u2019\u00e0 lui par le moyen de l\u2019Eucharistie.<\/p><p>En cette veille de le recevoir sacramentellement dans le pauvre petit jardin sans fleur de mon c\u0153ur, je renouvelle la pri\u00e8re ardente que je fis alors \u2013 et avec encore plus d\u2019humilit\u00e9 \u2013 et le supplie de toute ma faiblesse, de tout mon d\u00e9sir de l\u2019aimer et de lui appartenir, de descendre lui-m\u00eame sur ma petitesse extr\u00eame, de se donner \u00e0 moi, de venir en moi pour m\u2019\u00e9lever, lui seul, jusqu\u2019\u00e0 son C\u0153ur&#8230;<\/p><p>Quelle atroce et terrible nuit j\u2019ai pass\u00e9e\u2009! On dirait que J\u00e9sus m\u2019a compl\u00e8tement abandonn\u00e9e pour me livrer \u00e0 la rage de Satan. J\u2019ai tant souffert qu\u2019il m\u2019a sembl\u00e9 plus d\u2019une fois que mon c\u0153ur allait se fendre, mes veines se rompre, dans ces atroces douleurs.<\/p><p>Venez, Seigneur J\u00e9sus\u2009! Venez, \u00f4 mon Ma\u00eetre, \u00f4 mon Roi ch\u00e9ri\u2009! Venez r\u00e9jouir mon c\u0153ur\u2009!&#8230; Venez consoler mon \u00e2me de votre adorable pr\u00e9sence\u2009!&#8230; Venez l\u2019orner de toutes vos vertus\u2009!&#8230; Venez l\u2019enrichir de vos dons\u2009!&#8230; Venez la fortifier&#8230; Venez l\u2019encourager contre l\u2019ennemi du bien, l\u2019ennemi du salut, et mettre en elle le germe de la vie immortelle. Venez, \u00f4 le bien-aim\u00e9 de mon c\u0153ur\u2009! Venez, \u00f4 J\u00e9sus, ma vie et mon \u00e2me&#8230; Venez\u2009!&#8230;<\/p><p>\u00d4 vous qui \u00eates l\u2019Amour, la Lumi\u00e8re et le Salut\u2009! Soyez en moi l\u2019amour qui demeure, la lumi\u00e8re qui \u00e9claire, le Sauveur qui b\u00e9nit.<\/p><p>\u00d4 douce, \u00f4 belle, \u00f4 puissante Marie\u2009! \u00f4 ma Reine, aidez-moi en ce moment si grave, et dans les luttes si dangereuses de la vie, mettez-moi \u2013\u00a0 puisque vous \u00eates ma M\u00e8re \u2013 dans les dispositions o\u00f9 me veut J\u00e9sus. Venez en moi pour m\u2019aider \u00e0 aimer.<\/p><p>Sainte Marie, M\u00e8re de Dieu, priez pour moi pauvre p\u00e9cheresse, maintenant et \u00e0 l\u2019heure de ma mort.<\/p><p>Un petit r\u00e9veil en moi ce matin\u2009! Mon \u00e2me, malgr\u00e9 l\u2019\u00e9paisseur de ses t\u00e9n\u00e8bres, est dans une volont\u00e9 d\u2019amour infini&#8230;<\/p><p>Sainte Communion. Enfin je l\u2019ai trouv\u00e9, Celui que mon c\u0153ur aime\u2009! Il est \u00e0 moi&#8230; je ne le quitte plus.<\/p><p>\u00d4 bonheur et martyre, d\u00e9lices et douleurs\u2009! il s\u2019est donn\u00e9&#8230; il\u2009m\u2019appartient&#8230; je le poss\u00e8de enfin.<\/p><p>Mais ce n\u2019est plus l\u2019aimable, le tendre et doux J\u00e9sus qui se fait sentir aujourd\u2019hui dans mon c\u0153ur, mais le Dieu juste et terriblement s\u00e9v\u00e8re.<\/p><p>Plusieurs heures durant, j\u2019ai comme \u00e9t\u00e9 plong\u00e9e dans un ab\u00eeme de feu, feu de douleur plus que d\u2019amour.<\/p><p>Je me sentais br\u00fbler vive, r\u00e9prouv\u00e9e, bannie loin de Dieu, loin de J\u00e9sus, venu dans mon c\u0153ur si peu de temps avant\u2009! C\u2019\u00e9tait affreux, terrible, plus terrible que la veille&#8230; que la nuit pass\u00e9e. Les actes d\u2019amour&#8230; les actes de confiance et d\u2019abandon \u00e0 l\u2019Amour et \u00e0 la Mis\u00e9ricorde que j\u2019ai faits en ces quelques heures, ne peuvent se compter\u2009!<\/p><p>Je ne comprenais plus l\u2019Amour, je ne voyais plus de mis\u00e9ricorde. Ce que j\u2019ai \u00e9prouv\u00e9 alors ne peut s\u2019exprimer. Je ne m\u2019explique la cause de toutes ces atroces douleurs qu\u2019en cela&#8230; Ou plut\u00f4t je ne m\u2019explique rien et ne cherche pas \u00e0 rien m\u2019expliquer.<\/p><p>Je m\u2019abandonne avec plus de confiance, plus d\u2019amour encore au bon plaisir de Celui qui vit et demeure en moi et \u00e0 qui j\u2019appartiens sans r\u00e9serve. Je crois cependant qu\u2019il faut attribuer ces exc\u00e8s de souffrances au fait suivant\u2009: mon confesseur m\u2019ayant demand\u00e9 d\u2019offrir ma communion et mes souffrances intimes \u00e0 l\u2019intention d\u2019une \u00e2me au seuil de son \u00e9ternit\u00e9 (laquelle personne, malgr\u00e9 les supplications, les pri\u00e8res de son entourage et les multiples exhortations du pr\u00eatre, ajournait toujours sa r\u00e9conciliation avec son Sauveur et son Dieu, refoulant en ceci les gr\u00e2ces exceptionnelles qui lui \u00e9taient in\u00e9vitablement accord\u00e9es \u00e0 ce moment supr\u00eame), j\u2019acquies\u00e7ai tout de suite et de tout c\u0153ur \u00e0 la pri\u00e8re de mon confesseur, non sans lui dire cependant que j\u2019\u00e9tais un bien, bien pauvre intercesseur.<\/p><p>Comment en effet Dieu m\u2019exaucerait-il\u2009?&#8230; J\u2019ai tellement la poignante impression qu\u2019il ne m\u2019\u00e9coute plus, qu\u2019il m\u2019a repouss\u00e9e de son C\u0153ur, loin de lui\u2009!<\/p><p>\u00d4 malheureux engourdissement de nos \u00e2mes\u2009! \u00d4 c\u0153urs si farouchement, si d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment clos\u2009! A quel atroce r\u00e9veil nous exposons-nous\u2009?&#8230;<\/p><p>Dieu juste, mais si bon et si infiniment compatissant \u00e0 nos faiblesses, \u00e0 nos ignorances&#8230; si infiniment mis\u00e9ricordieux \u00e0 nos \u00e9garements, \u00e0 nos p\u00e9ch\u00e9s, ayez piti\u00e9 de l\u2019ouvrage de vos mains, faites gr\u00e2ce et mis\u00e9ricorde \u00e0 cette pauvre \u00e2me que les biens de la terre ont si malheureusement endurcie\u2009!<\/p><p>\u00d4 mon Dieu, je vous le demande au nom de J\u00e9sus descendu vivant dans mon c\u0153ur, je vous le demande par ses souffrances, par ses m\u00e9rites in\u00e9puisables, infinis, par les douleurs, par les larmes que la Sainte Vierge a vers\u00e9es au Calvaire \u00e0 cause de nous, par mes pauvres petites souffrances unies aux leurs, si grandes, et par toutes les pri\u00e8res, offrandes et sacrifices que beaucoup d\u2019\u00e2mes g\u00e9n\u00e9reuses vous offrent en sa faveur. Pardonnez-lui, \u00f4 le plus doux, le plus tendre des p\u00e8res. Seigneur J\u00e9sus, faites descendre sur cette \u00e2me, si pr\u00e8s de para\u00eetre devant vous, un rayon de lumi\u00e8re de votre Face adorable, et elle sera sauv\u00e9e.<\/p><p>Parlez au Bon Dieu de cet enfant de vos douleurs, \u00f4\u2009charitable M\u00e8re. Bienheureuse arm\u00e9e des \u00e9lus, interc\u00e9dez en sa faveur\u2009!<\/p><p>Mon J\u00e9sus, piti\u00e9 et mis\u00e9ricorde\u2009!<\/p><p>^ 5 f\u00e9vrier 1930 (mercredi)<\/p><p>\u00d4 Vierge si belle et si pure, \u00f4 Immacul\u00e9e Vierge Marie, gardez-nous, J\u00e9sus et moi, bien amoureusement unis dans votre C\u0153ur maternel.<\/p><p>^ 8 f\u00e9vrier 1930 (samedi)<\/p><p>Seigneur\u2009! \u00f4 Roi des rois\u2009! \u00f4 J\u00e9sus mon Dieu\u2009! une fois encore, une fois de plus, votre souveraine grandeur, votre adorable majest\u00e9, votre douceur, votre infinie charit\u00e9, a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 mon \u00e2me, envahissant tout mon \u00eatre avec une splendeur, une puissance inaccoutum\u00e9e et d\u2019une dur\u00e9e (du moins il me le semble) encore inconnue.<\/p><p>Mais comment m\u2019y prendre, comment savoir dire toutes ces choses qui d\u00e9passent l\u2019\u00eatre de tellement haut\u2009?<\/p><p>Rien ne se pr\u00e9sente \u00e0 mon esprit me permettant de donner la plus petite ressemblance sur ce qui se passe au-dedans de moi.<\/p><p>On comprend, on sent, on go\u00fbte ces choses, mais on ne peut ni les dire, ni les expliquer\u2009! \u00d4 Seigneur J\u00e9sus&#8230;<\/p><p>Quel singulier, quel craintif \u00e9moi \u00e9prouve la pauvre nature lorsqu\u2019apr\u00e8s une pri\u00e8re calme, apaisante, elle se sent tout \u00e0 coup et fortement saisie, poss\u00e9d\u00e9e par une flamme int\u00e9rieure dont rien \u00e0 l\u2019avance n&rsquo;avait donn\u00e9 la moindre id\u00e9e\u2009; et qui lui fait souffrir \u2013 en les b\u00e9nissant d\u2019ailleurs\u2008\u2013 des tourments ind\u00e9finissables et pleinement d\u00e9licieux. Dieu pr\u00e9venant toute pens\u00e9e, toute pr\u00e9paration intime, fond sur l\u2019\u00e2me \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un gigantesque oiseau sur la proie qu\u2019il convoitait, la prend, l\u2019enveloppe, l\u2019enlace, l\u2019emporte toute fr\u00e9missante, toute palpitante d\u2019amour, elle a l\u2019impression, tr\u00e8s haut, dans une atmosph\u00e8re, une clart\u00e9 d\u00e9licieuse, \u00e9blouissante, o\u00f9 elle voit, o\u00f9 elle comprend d\u2019une certaine mani\u00e8re, absolument inexprimable humainement.<\/p><p>L\u2019\u00e2me a besoin et doit donc montrer ici une grande confiance, et beaucoup de courage, pour s\u2019abandonner, pour se livrer compl\u00e8tement, pour braver, repousser ces craintes o\u00f9 l\u2019on croit que la vie, la raison sont en danger.<\/p><p>Ce qui arr\u00eate mes transports, mes \u00e9lans, c\u2019est bien cela\u2009: j\u2019ai peur d&rsquo;avoir \u00e0 me jeter dans l\u2019ab\u00eeme. Et cette sensation, je l\u2019\u00e9prouve presque chaque fois.<\/p><p>Mais je dois, il faut vouloir m\u00eame cela, si je ne veux pas me refuser \u00e0 Dieu, et me jeter quand m\u00eame entre ses bras.<\/p><p>Ces \u00ab\u00a0ravissements d\u2019esprit\u00a0\u00bb, cette vision purement \u00ab\u00a0intellectuelle\u00a0\u00bb a eu l\u2019immense avantage de m\u2019arracher (je ne sais pour combien de temps) aux tourments douloureux dans lesquels, par ordre de la volont\u00e9 divine, j\u2019\u00e9tais englob\u00e9e depuis de nombreux jours d\u00e9j\u00e0.<\/p><p>Gloire et louange en soient rendues \u00e0 Dieu\u2009!<\/p><p>J\u2019\u00e9tais \u00e0 terre, gisante, \u00e9cras\u00e9e sous le poids de la croix, trop faible ou trop l\u00e2che pour me relever toute seule. J\u00e9sus en bon P\u00e8re, en bon Fr\u00e8re, a eu piti\u00e9 de sa petite mis\u00e8re, exau\u00e7ant sa pri\u00e8re ardente. Il est venu, il s\u2019est donn\u00e9 \u00e0 elle, pour l\u2019avoir avec lui, pour l\u2019unir \u00e0 lui&#8230; pour la fondre, la perdre en lui&#8230; et dans une mesure tellement inesp\u00e9r\u00e9e.<\/p><p>Tout mon \u00eatre vient de subir une heureuse transformation. Et mon \u00e2me, hier encore ensevelie dans les plus d\u00e9solantes t\u00e9n\u00e8bres, s\u2019ouvre \u00e0 des horizons nouveaux. Je me sens aussi toute renouvel\u00e9e pour la lutte et pour la souffrance. J\u2019ai eu peur \u00e0 un moment donn\u00e9 de n\u2019avoir plus la force, plus la volont\u00e9 \u00e0 rien. Quelle angoisse\u2009! Mais J\u00e9sus m\u2019a refaite en lui, et uniquement pour lui seul. C\u2019est comme une vie nouvelle&#8230; Je suis avide, j\u2019ai vraiment faim et soif de travailler pour l\u2019amour et la gloire de Dieu, pour la divine royaut\u00e9 du C\u0153ur Eucharistique de J\u00e9sus et de Marie Immacul\u00e9e, non que je puisse compter et que j\u2019aie le droit de compter sur beaucoup d\u2019\u0153uvres ext\u00e9rieures, mais sur l\u2019apostolat de la r\u00e9paration, de la pri\u00e8re et de la souffrance, le silence du renoncement et de l\u2019amour en tout.<\/p><p>Notre Dame du Bon Secours, priez pour moi et inspirez beaucoup d\u2019\u00e2mes g\u00e9n\u00e9reuses \u00e0 prier pour moi, \u00f4 ma si ch\u00e8re M\u00e8re.<\/p><p>Que toutes mes journ\u00e9es soient \u00e0 Dieu, et pour Dieu seul\u2009!<\/p><p>Seigneur, augmentez ma foi, donnez-moi plus de vie, plus d\u2019\u00e9lan, plus d\u2019amour. Faites que j\u2019agisse toujours sous l\u2019influence directe de l\u2019Esprit Saint et selon mes plus ch\u00e8res convictions.<\/p><p>\u00d4 Dieu d\u2019amour\u2009! d\u00e9couvrez-moi, dans la mesure en rapport avec ma faiblesse, les splendeurs de la vie surnaturelle, les beaut\u00e9s achev\u00e9es de votre perfection, les grandeurs incomparables de votre humilit\u00e9, les adorables d\u00e9licatesses de votre douceur, les exigences heureuses de votre charit\u00e9, les merveilles cach\u00e9es et les pr\u00e9cieux avantages de la croix, les affinit\u00e9s de la gr\u00e2ce, les sommets sublimes de la vertu&#8230; les d\u00e9lices de l\u2019intimit\u00e9 eucharistique.<\/p><p>Mais que sera donc, dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9, que sera-ce donc de voir Dieu dans le ciel, puisque ce que je vois, ce qu\u2019il daigne me montrer de lui est d\u00e9j\u00e0 si merveilleusement, si infiniment beau\u2009!<\/p><p>Que je sois la consolation, le bonheur et la joie de mon Dieu\u2009!<\/p><p>\u00d4 nous qui voulons aimer J\u00e9sus, et qui voulons l\u2019aimer d\u2019amour pur, rappelons-nous qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une voie qui m\u00e8ne \u00e0 l\u2019Amour\u2009: l\u2019humilit\u00e9, la confiante simplicit\u00e9, dans la plus h\u00e9ro\u00efque charit\u00e9. Et ce degr\u00e9 de perfection de l\u2019amour divin est un pr\u00e9cepte qui s\u2019adresse \u00e0 tous.<\/p><p>^ 10 f\u00e9vrier 1930 (lundi)<\/p><p>Gloire soit rendue \u00e0 Dieu qui me donne force et courage par J\u00e9sus Christ, mon Sauveur\u2009!<\/p><p>Si je consid\u00e8re J\u00e9sus souffrant, mourant pour nous, une vertu sort de lui et me remplit de confiance\u2009; et comme lui, \u00e0 mon tour, j\u2019aime et je suis heureuse dans la souffrance.<\/p><p>Pour ton amour, \u00f4 J\u00e9sus<\/p><p>J\u2019ai bu l\u2019amer calice, j\u2019ai bu jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ivresse,<\/p><p>Ne cherchant doux refuge que dans ton divin C\u0153ur<\/p><p>Car toi seul es ma force&#8230; et moi l\u2019humble faiblesse.<\/p><p>Ne m\u2019abandonne pas, je suis tienne, \u00f4 Seigneur\u2009!<\/p><p>Je suis ta proie, J\u00e9sus, pour la croix, dans la joie\u2009;<\/p><p>Dans la cruelle \u00e9preuve et la vive douleur,<\/p><p>Qu\u2019il est doux de souffrir lorsqu\u2019on s\u2019immole \u00e0 toi,<\/p><p>Et qu\u2019on a pour foyer le doux feu de ton C\u0153ur\u2009!<\/p><p>Sur ton C\u0153ur, \u00f4 J\u00e9sus, j\u2019ai connu tous les charmes,<\/p><p>Dans tes br\u00fblants baisers, j\u2019ai palpit\u00e9 d\u2019amour,<\/p><p>Mais tes traits douloureux, j\u2019ai tant baign\u00e9s de larmes\u2009;<\/p><p>Je suis \u00e0 toi, J\u00e9sus, heureuse et pour toujours.<\/p><p>Je sais o\u00f9 vit l\u2019Amour, j\u2019ai vu briller la flamme\u2009!<\/p><p>Pour ton Ciel, \u00f4 J\u00e9sus, je veux cueillir des fleurs.<\/p><p>Des tourments bien amers ensanglantent mon \u00e2me,<\/p><p>Mais sans cesse, je dis\u2009: \u00ab\u2009Merci, merci Seigneur\u2009\u00bb.<\/p><p>^ 12 f\u00e9vrier 1930 (mercredi)<\/p><p>Mon c\u0153ur saigne, bris\u00e9 et d\u00e9chir\u00e9 de part en part. J\u2019ai cru mourir sous le coup de la triste nouvelle\u2009! Un poignard a travers\u00e9 mon c\u0153ur. \u00d4 mon bien-aim\u00e9 J\u00e9sus, vous vouliez encore cette nouvelle \u00e9preuve, un nouveau t\u00e9moignage de mon amour.<\/p><p>Mon cher p\u00e8re spirituel est tr\u00e8s souffrant, m\u2019a-t-on dit, et par ma faute j\u2019en suis s\u00fbre, puisque c\u2019est pour moi, pour moi, pour mon bonheur surtout qu\u2019il a d\u00fb faire ce long et p\u00e9nible parcours de l\u2019\u00e9glise jusqu\u2019ici, cause presque certaine de sa maladie.<\/p><p>Mon Dieu, si je suis cause, mais bien involontairement, de son mal, ne ferez-vous pas que je souffre pour lui, ne m\u2019enverrez-vous pas un nouveau calice, une plus lourde croix pour sa gu\u00e9rison\u2009? Il est cependant si n\u00e9cessaire, si utile \u00e0 sa paroisse.<\/p><p>J\u2019ai p\u00e9ch\u00e9 contre vous, \u00f4 mon Dieu, et tout p\u00e9ch\u00e9, pour \u00eatre pardonn\u00e9, demande expiation\u2009! Doux Seigneur, ne me regardez pas avec toute votre col\u00e8re, je me jette dans vos bras, je me livre \u00e0 vous&#8230; je veux r\u00e9parer.<\/p><p>Oh\u2009! mais pourquoi demander, supplier plus longtemps\u2009? N\u2019\u00e9tait-ce point d\u00e9j\u00e0 la divine r\u00e9ponse, ce glaive transper\u00e7ant mon \u00e2me\u2009? \u00d4 mon J\u00e9sus, fiat et merci.<\/p><p>\u00d4 mon Amour et ma Vie, vous savez que, pour lui comme pour les chers miens, je donnerais tout\u2009; je donnerais ma vie pour leur bonheur. Cependant, bien que l\u2019aimant toujours davantage et me faisant conna\u00eetre et me d\u00e9couvrant \u00e0 lui bien mieux qu\u2019autrefois, je vois que j\u2019en suis de moins en moins comprise et aim\u00e9e.<\/p><p>\u00d4 mon unique et tr\u00e8s cher Ami, c\u2019est vous qui d\u00e9siriez et vouliez l\u2019union de nos \u00e2mes dans cet ab\u00eeme infini qu\u2019est votre divin C\u0153ur. Me suis-je donc tromp\u00e9e, aurais-je \u00e9t\u00e9 dupe de mon imagination\u2009? Fiat\u2009; non pas ma volont\u00e9, mais la v\u00f4tre, Seigneur\u2009!<\/p><p>Divin Cr\u00e9ateur, union des \u00e2mes et des c\u0153urs qui vous aiment, si le pr\u00eatre que j\u2019ai cru m\u2019avoir \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 pour guide, pour directeur spirituel, veut de sa volont\u00e9 briser les liens sacr\u00e9s scell\u00e9s par vos mains divines, pour des raisons que j\u2019ignore, pardonnez-lui, \u00f4 mon J\u00e9sus. Pardonnez-lui, pour son activit\u00e9, sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 \u00e0 votre service, son admirable et inlassable ardeur \u00e0 vous aimer et \u00e0 vous faire aimer, et pour le bien spirituel de sa pauvre paroisse sur laquelle vous m\u2019avez promis de triompher, de r\u00e9gner un jour, malgr\u00e9 l\u2019indiff\u00e9rence et l\u2019indignit\u00e9 de certaines \u00e2mes, malgr\u00e9 la lutte acharn\u00e9e de vos ennemis, malgr\u00e9 la rage et les efforts de Satan, malgr\u00e9 l\u2019apparence et les oppositions actuelles.<\/p><p>Seigneur J\u00e9sus, gu\u00e9rissez son corps, vivez en lui, agissez en lui, avec lui toujours\u2009; donnez-lui, donnez-nous la joie de contribuer pour une large part \u00e0 votre r\u00e8gne sur ce petit coin de France, sur toute la surface de la terre et jusque sur les points les plus recul\u00e9s du globe, et de vous faire beaucoup aimer en vous aimant plus que les autres. Divin m\u00e9decin des corps et des \u00e2mes, rendez, je vous prie, la sant\u00e9 \u00e0 mon p\u00e8re spirituel. De toute sa personne, mais surtout de son \u00e2me, je vous en supplie \u00f4 mon J\u00e9sus, prenez-en bien soin. \u00d4 M\u00e8re si bonne, penchez-vous, s\u2019il vous pla\u00eet, sur ce fils de votre tendresse, posez sur son front en sueur votre main gu\u00e9risseuse, et votre pauvre petite enfant sera aussit\u00f4t consol\u00e9e.<\/p><p>N\u00e9anmoins, je confesse tr\u00e8s humblement qu\u2019un coup impr\u00e9vu n\u2019est plus pour moi un \u00e9v\u00e9nement extraordinaire. La douleur s\u2019affirme chaque jour de plus en plus torturante, de plus en plus crucifiante pour mon \u00e2me, mon c\u0153ur et mon corps. Heureuses souffrances, source des suavit\u00e9s c\u00e9lestes, force et joie de l\u2019esprit, d\u00e9lices de l\u2019\u00e2me qui sait donner \u00e0 Dieu l\u2019amour pur, l\u2019amour vrai, l\u2019amour complet, l\u2019amour \u00e9ternel et qui sent en elle le besoin d\u2019aimer toujours plus, d\u2019aimer jusqu\u2019au sacrifice supr\u00eame, jusqu\u2019au martyre\u2009!<\/p><p>Il faut souffrir pour \u00eatre bien s\u00fbre de s\u2019\u00eatre donn\u00e9e sans r\u00e9serve\u2009; le c\u0153ur partag\u00e9 veut jouir dans ses affections, le c\u0153ur tout donn\u00e9 ne veut que souffrir et ne se plaint jamais de trop souffrir, de trop se d\u00e9vouer.<\/p><p>On dit \u00ab\u2008assez\u2008\u00bb \u00e0 la joie, aux douceurs divines, on ne dit jamais \u00ab\u2009assez\u2009\u00bb au d\u00e9vouement qui co\u00fbte, aux douleurs qui torturent. La souffrance alimente, exalte, enflamme et sanctifie l\u2019amour&#8230; et l\u2019amour ne conserve bien toute sa puret\u00e9 et toute sa fra\u00eecheur qu\u2019au milieu des tribulations.<\/p><p>L\u2019\u00e2me la mieux gard\u00e9e est celle que gardent les peines.<\/p><p>Que de raisons de me r\u00e9jouir, moi qui semble vraiment \u00eatre n\u00e9e et \u00e9lue par Dieu pour souffrir, et qui l\u2019ai entendu me r\u00e9p\u00e9ter nombre de fois qu\u2019il voulait me faire vivre dans le silence, le renoncement, les humiliations, dans un journalier surcro\u00eet de tortures, toujours en vue et pour la gloire de son nom, l\u2019honneur de sa passion, pour la confirmation de la foi et le triomphe du r\u00e8gne de l\u2019Amour sur toute la terre et dans toutes les \u00e2mes.<\/p><p>J\u2019\u00e9prouve dans tout mon \u00eatre un si grand d\u00e9tachement, une paix si profonde, tant d\u2019amour \u00e0 toujours souffrir.<\/p><p>^ 12 f\u00e9vrier 1930 (mercredi)<\/p><p>Les heures consacr\u00e9es \u00e0 Dieu sont des moments de lumi\u00e8re et de joyeuse compagnie dans la maussade solitude de cette vie.<\/p><p>Aimer vraiment J\u00e9sus, l\u2019aimer de toute son \u00e2me, de tout son \u00eatre, de toutes ses forces&#8230; L\u2019aimer par-dessus tout, c\u2019est s\u2019offrir \u00e0 partager les douleurs de son agonie et de sa sainte passion.<\/p><p>Toute \u00e2me qui embrasse g\u00e9n\u00e9reusement et pleinement le d\u00e9sir de la perfection doit s\u2019attendre \u00e0 \u00eatre \u00e9prouv\u00e9e par des peines extraordinaires, afin d\u2019\u00eatre par l\u00e0 purifi\u00e9e et rendue capable de jouir de Dieu. Mais quelle \u00e2me g\u00e9n\u00e9reuse s\u2019est jamais fatigu\u00e9e de souffrir \u00e0 cause de sa tendresse\u2009? Quel c\u0153ur, je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit, s\u2019est jamais plaint de se d\u00e9vouer toujours\u2009?<\/p><p>\u00ab\u2009Quelle que soit la douleur que ta tendresse endure,<\/p><p>Laisse-la s\u2019\u00e9largir, cette sainte blessure\u2009!\u2009\u00bb<\/p><p>Oh oui\u2009! laisser faire J\u00e9sus&#8230; Lui laisser \u00e9largir tous les jours la sainte blessure de l\u2019amour. Soit qu\u2019il le fasse d\u2019une fa\u00e7on directe, soit qu\u2019il se serve de la main quelquefois si cruelle du prochain, ou m\u00eame \u2013 ce qui est plus terrible encore \u2013 des griffes \u00e9pouvantables du d\u00e9mon.<\/p><p>Quel bonheur de tant souffrir et de toujours souffrir\u2009! Rien n\u2019est capable de me r\u00e9jouir, si ce n\u2019est la croix de mon divin Ma\u00eetre et Seigneur J\u00e9sus.<\/p><p>Que d\u2019autres mettent leur bonheur \u00e0 monter sur le Thabor, \u00e0 jouir des consolations divines\u2009! Pour moi, je ne veux que la souffrance, rien que la souffrance et toujours la souffrance\u2009! Oh\u2009! quel bonheur de pouvoir souffrir en silence et de vivre journellement sur la croix au milieu de toutes les tribulations du corps et de l\u2019esprit\u2009!<\/p><p>Que sont les joies, les honneurs, les richesses, les satisfactions de la terre, m\u00eame accumul\u00e9es, pour l\u2019\u00e2me qui regarde le ciel\u2009?<\/p><p>J\u2019\u00e9prouve une bien plus grande joie \u00e0 me sentir sous les pieds de tous et dans le d\u00e9nuement de toutes choses pour l\u2019amour de Dieu, qu\u2019au-dessus d\u2019un seul.<\/p><p>Que sont tous les vains discours des hommes\u2009?&#8230; Qu\u2019est donc le monde\u2009?&#8230; Que sont toutes les merveilles du monde \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une seule parole du Seigneur, compar\u00e9es \u00e0 la beaut\u00e9 d\u2019une \u00e2me consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019Amour\u2009?&#8230;<\/p><p>Il y a des souffrances plus cruelles que la mort pour les \u00e2mes attach\u00e9es \u00e0 Dieu et totalement r\u00e9solues \u00e0 bien faire. C\u2019est surtout la crainte continuelle de p\u00e9cher, la violente tentation au mal et la terrible angoisse de se sentir \u00e9loign\u00e9es de Dieu. Or, tous ces maux extr\u00eames, le Seigneur a r\u00e9solu dans sa tendresse qu\u2019ils fondent sur sa petite servante.<\/p><p>Ma croix, c\u2019est la vie\u2009! Je n\u2019aspire qu\u2019au ciel&#8230; Je n\u2019attends que le ciel pour aimer, \u00eatre aim\u00e9e et faire aimer l\u2019Amour.<\/p><p>\u00d4 ma bien douce M\u00e8re, priez, je vous en supplie, pour que je marche tr\u00e8s vite, mais tr\u00e8s humblement, sur les pas de J\u00e9sus, sans plus jamais m\u2019arr\u00eater.<\/p><p>^ 14 f\u00e9vrier 1930 (vendredi)<\/p><p>Une \u00e2me ne peut donner aux autres que du trop-plein d\u2019elle-m\u00eame, que le surplus qui lui est donn\u00e9.<\/p><p>On ne peut faire aimer l\u2019Amour que dans la mesure o\u00f9 on le poss\u00e8de, comme on ne peut rayonner que si on porte en soi la V\u00e9rit\u00e9, qui est la Lumi\u00e8re.<\/p><p>On aide, on encourage, on guide, on soutient les \u00e2mes dans la belle voie de Dieu, on ne les maintient dans le parfait d\u00e9tachement de toutes choses que par l\u2019exemple et par l\u2019entra\u00eenement d\u2019une ascension continuelle\u2009; et en continuant \u00e0 d\u00e9velopper en soi, \u00e0 l\u2019infini, ce don divin entre tous\u2009: la Vie&#8230; la vraie Vie qui est Dieu&#8230; Dieu\u2009: l\u2019Amour et notre fin.<\/p><p>Oh\u2009! Vie de Dieu en moi\u2009! quel bienfait\u2009! quelle immense douceur\u2009! quelle ivresse\u2009!&#8230;<\/p><p>Pour donner inlassablement, il faut puiser incessamment dans l\u2019unique tr\u00e9sor d\u2019amour que l\u2019on trouve cach\u00e9 en Dieu, sans se lasser jamais \u00e0 venir emplir la coupe immense de son c\u0153ur au fleuve de toutes les gr\u00e2ces.<\/p><p>\u00d4 Dieu, source de tous les biens\u2009! Ces torrents de flammes, ces eaux si douces qui jaillissent nuit et jour de votre C\u0153ur dans le mien avec tant d\u2019abondance, faites que suivant vos inspirations, dans la lumi\u00e8re de l\u2019Esprit Saint, avec la bienfaisante assistance de la Tr\u00e8s Sainte Vierge, je les r\u00e9pande sur tous et sans mesure.<\/p><p>\u00d4 mon grand d\u00e9pouill\u00e9 du Calvaire, cette gr\u00e2ce d\u2019amour, je vous la demande en faveur de tous ceux qui, sur la terre, luttent, souffrent, travaillent, peinent et prient\u2009; pour les ch\u00e8res \u00e2mes du purgatoire\u2009: mettez fin \u00e0 leurs souffrances en les attirant toutes dans le ciel.<\/p><p>\u00d4 mon Dieu, Trinit\u00e9 que j\u2019adore, vivez en moi pour que je\u2009vive parfaitement en vous, pour que je vous r\u00e9v\u00e8le&#8230; pour que je vous montre&#8230; pour que je vous donne&#8230; et vous donne \u00e0 tous\u2009!<\/p><p>C\u2019est encore la douce voix de J\u00e9sus, dont les accents me font tressaillir jusqu\u2019au fond de l\u2019\u00e2me, qui m\u2019invite \u00e0 lui demander quelque chose\u2009: \u00ab\u2009Ma fille, demande-moi ce que tu veux et je te le donnerai.\u2009\u00bb \u2013 Mais, doux Seigneur, que puis-je vouloir que vous ne vouliez vous-m\u00eame\u2009? Tous vos d\u00e9sirs sont les miens et je suis votre tr\u00e8s humble servante.<\/p><p>La voix se fait plus pressante encore\u2009: \u00ab Ma fille, que veux-tu\u2009?\u2008\u00bb \u2013 Ce que je veux\u2009: votre C\u0153ur, votre amour, \u00f4 Christ J\u00e9sus&#8230; \u00ab\u2008Mais pourquoi mon C\u0153ur, et pourquoi mon amour\u2009?\u2009\u00bb \u2013 Pour vous aimer avec votre C\u0153ur&#8230; pour vous aimer par votre amour, pour vous aimer comme vous vous aimez vous-m\u00eame.<\/p><p>Je suis aussi votre petite victime\u2009: Seigneur, crucifiez-moi, et plus invisiblement, plus amoureusement, plus pleinement que jamais. Ce que je d\u00e9sire, c\u2019est vivre comme vous&#8230; avec vous&#8230; en vous et pour vous toujours.<\/p><p>Tout faire par amour&#8230; pour mourir d\u2019amour\u2009!<\/p><p>\u00d4 ma bonne M\u00e8re, dites bien \u00e0 J\u00e9sus que j\u2019accepte la souffrance, le combat, la lutte, et que par vous je lui abandonne tout, sans d\u00e9sir de r\u00e9compense, sans rien recevoir en retour.<\/p><p>Je ne demande que des \u00e2mes\u2009! \u00d4 mon Dieu, donnez-moi des \u00e2mes, des \u00e2mes \u00e0 sortir du p\u00e9ch\u00e9, \u00e0 arracher \u00e0 l\u2019enfer pour les mettre entre vos bras.<\/p><p>La m\u00eame voix r\u00e9pond au plus intime de mon \u00e2me\u2009: \u00ab\u2009Ach\u00e8te-les dans le silence et le secret de la souffrance&#8230;\u2009\u00bb<\/p><p>Seigneur, je les ach\u00e8te&#8230; Je suis toute \u00e0 vous\u2009; disposez de moi&#8230; Et puisqu&rsquo;on ne peut acheter les \u00e2mes que par l\u2019amour et par la souffrance, continuez en moi votre passion r\u00e9demptrice.<\/p><p>Je suis votre petite passion, votre petite victime d\u2019amour\u2009! Je vous donne mon c\u0153ur, ma vie, mon sang, mon \u00e2me&#8230; tout mon \u00eatre, donnez-moi les douleurs de votre saint Corps, les terribles angoisses de votre C\u0153ur, les tourments cruels de votre \u00c2me&#8230; toutes vos tortures d\u2019amour. Je veux devenir totalement J\u00e9sus, et J\u00e9sus crucifi\u00e9, pour devenir J\u00e9sus R\u00e9dempteur&#8230; J\u00e9sus victime du P\u00e8re&#8230; J\u00e9sus victime pour tous\u2009!<\/p><p>La souffrance se fait de plus en plus lancinante et plus aigu\u00eb, et la fi\u00e8vre se maintient tr\u00e8s forte depuis quelque temps.<\/p><p>Je me sens \u00e9puis\u00e9e, us\u00e9e, \u00e0 bout\u2009; mais je sais tr\u00e8s bien que si c\u2019est J\u00e9sus qui le veut ainsi, je puis quand m\u00eame r\u00e9sister encore de longs mois dans cet \u00e9tat languissant.<\/p><p>La fi\u00e8vre, la souffrance physique et morale agissent, je crois, tr\u00e8s efficacement et tr\u00e8s favorablement sur mon activit\u00e9 spirituelle\u2009; et depuis cette nouvelle transformation, je pense aux \u00e2mes plus fort et m\u2019unis bien mieux \u00e0 elles en Dieu, priant plus qu\u2019avant pour toutes, et sp\u00e9cialement pour les \u00e2mes sacerdotales, pour les pr\u00eatres, missionnaires, religieux, ma vocation particuli\u00e8re, ma belle mission d\u2019amour. J\u00e9sus ne fait rien sans utilit\u00e9 et tout par amour, et s\u2019il m\u2019envoie tous les jours de nouvelles douleurs, de plus grandes \u00e9preuves, c\u2019est qu\u2019il a en vue un bien que j\u2019ignore.<\/p><p>Vierge tr\u00e8s pure et si belle, du sein de votre c\u00e9leste gloire, aidez, je vous en supplie, votre humble petite servante \u00e0 reposer amoureusement sur le C\u0153ur de son J\u00e9sus, m\u00eame si c\u2019est la nuit, m\u00eame s\u2019il ne l\u2019entend pas, m\u00eame s\u2019il para\u00eet m\u2019avoir abandonn\u00e9e&#8230; Je sais qu\u2019il est l\u00e0, et quand m\u00eame il ne me dit rien, il emp\u00eachera toujours que le mal me tourmente trop ou que l\u2019angoisse se prolonge de mani\u00e8re \u00e0 m\u2019accabler, que la tentation me presse au point de me faire succomber&#8230; Je l\u2019invoque et j\u2019ai confiance qu\u2019il viendra \u00e0 temps et, tout en pleurant quelquefois et en g\u00e9missant, je continue ma t\u00e2che, ma vie de pri\u00e8re, ma vie de souffrance et d\u2019immolation aimante.<\/p><p>^ 16 f\u00e9vrier 1930 (dimanche)<\/p><p>Mon Dieu, j\u2019ai failli avoir regrett\u00e9 d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 bonne\u2009! Daignez me pardonner cette malheureuse offense \u00e0 votre amour et permettre que tout ce qui arrivera \u00e0 l\u2019avenir soit un bien pour mon \u00e2me et non un obstacle \u00e0 son d\u00e9veloppement dans l\u2019amour.<\/p><p>Il ne faut jamais repousser une \u00e2me que Dieu rapproche de la n\u00f4tre, parce qu\u2019il ne le fait jamais sans une importante raison.<\/p><p>Que par mes souffrances et mes larmes je rach\u00e8te ma faute, et si vous voulez bien avoir encore piti\u00e9 de votre mis\u00e9rable cr\u00e9ature, \u00f4 mon Dieu, vous lui pardonnerez de vous avoir fait souffrir, elle en est tellement punie aujourd\u2019hui.<\/p><p>Tr\u00e8s Sainte Vierge Marie, vous qui \u00eates toujours si bonne, tr\u00e8s bonne infiniment avec moi, priez pour que je sois bien amoureusement ob\u00e9issante \u00e0 toutes les volont\u00e9s de Dieu, qu\u2019il n\u2019y ait plus rien en moi qui ne soit totalement consacr\u00e9, sacrifi\u00e9, immol\u00e9 \u00e0 l\u2019Amour et voulu par l\u2019Amour.<\/p><p>\u00d4 la plus tendre et la plus douce des m\u00e8res, vous seule pouvez dire \u00e0 J\u00e9sus l\u2019immense affection, toute la tendresse de sa petite victime&#8230; Je ne veux que vous pour la lui faire savoir, que vous pour me conseiller, m\u2019\u00e9clairer, me conseiller, me diriger, me fortifier dans l\u2019amour.<\/p><p>\u00d4 ma M\u00e8re, demandez bien \u00e0 J\u00e9sus d\u2019habiter en moi, pr\u00e8s de moi, avec moi, toujours, avec le P\u00e8re et le Saint-Esprit\u2009! Faites de moi une \u00e2me eucharistique.<\/p><p>^ 18 f\u00e9vrier 1930 (mardi)<\/p><p>Je l\u2019ai compris\u2009: si la patience conduit \u00e0 la paix et \u00e0 la saintet\u00e9 par l\u2019amour, l\u2019humiliation est la voie directe qui m\u00e8ne \u00e0 l\u2019humilit\u00e9, source de toutes vraies grandeurs\u2009; elle est aussi un moyen \u00e9nergique pour nous d\u00e9tacher des cr\u00e9atures et nous attacher \u00e0 Dieu.<\/p><p>R\u00e9solution\u2009: laisser l\u2019humiliation accomplir dans mon \u00e2me son \u0153uvre de purification et de perfection.<\/p><p>^ 20 f\u00e9vrier 1930 (jeudi)<\/p><p>Je n\u2019ose plus rien comprendre\u2009! Je devrais plut\u00f4t \u00eatre triste, languissante, abattue au milieu de tant de douleurs et de peines\u2009; et bien non, mon \u00e2me au contraire d\u00e9borde de joie, d\u2019amour, de foi\u2009!<\/p><p>Que Dieu est donc admirable dans ceux qui l\u2019aiment et qu\u2019il d\u00e9tourne, par la tendresse de son amour, des satisfactions et des plaisirs de la chair\u2009; qu\u2019il emp\u00eache d\u2019arr\u00eater leurs pens\u00e9es sur aucun objet terrestre et leur fait trouver en lui leur joie et leur consolation.<\/p><p>Je ne trouve pas de mots assez justes pour dire la douceur, la force de cette joie d\u2019amour, de cette paix, de cette foi en Dieu.<\/p><p>Oh\u2009! oui, je suis \u00e0 Dieu, et toute \u00e0 lui\u2009! Tout mon \u00eatre en est comme purifi\u00e9, transfigur\u00e9 de bonheur.<\/p><p>Oh\u2009! comme avec saint Paul, je me plais dans mes infirmit\u00e9s, dans mes douleurs et dans mes souffrances, puisque c\u2019est Dieu qui me les envoie.<\/p><p>Je surabonde de joie dans mes tribulations&#8230; mais mon bonheur n\u2019est qu\u2019en Dieu. Ce matin encore, pendant la sainte messe, en m\u2019offrant au P\u00e8re avec J\u00e9sus pour le salut de tous, et lui disant\u2009: \u00ab\u2009\u00f4 P\u00e8re, J\u00e9sus me veut, je suis \u00e0 lui\u2009\u00bb, j\u2019ai eu une impression d\u2019amour qui n\u2019est pas de la terre. Que va-t-il donc se passer\u2009? Prier&#8230; me faire plus pauvre, plus petite encore&#8230; attendre dans la paix et le calme la volont\u00e9 de Dieu.<\/p><p>De plus en plus, je compte sur notre bonne M\u00e8re. Je suis entre ses mains, elle fera donc sans aucun doute ce qui sera le meilleur pour son enfant.<\/p><p>\u00d4 ma M\u00e8re, dites bien \u00e0 J\u00e9sus que je donne tout&#8230; que j\u2019abandonne tout&#8230; que je sacrifie tout pour mieux l\u2019aimer\u2009!<\/p><p>C\u2019est en priant le P\u00e8re que j\u2019ai re\u00e7u J\u00e9sus, que j\u2019ai connu son amour. Maintenant, J\u00e9sus, qu\u2019il me r\u00e9v\u00e8le le P\u00e8re davantage.<\/p><p>Toute ma joie est d\u2019aimer Dieu et les choses de Dieu, et de m\u2019efforcer, en les aimant, de m\u2019unir \u00e0 lui et de me transformer en lui, pour sa gloire.<\/p><p>Mon amour, ma foi montent et s\u2019affirment tous les jours, dans la plus douce, la plus respectueuse tendresse, avec mon grand d\u00e9sir de mieux conna\u00eetre, de mieux comprendre pour mieux aimer encore.<\/p><p>Pourquoi la v\u00e9rit\u00e9 du monde, l\u2019amour de Dieu, la charit\u00e9 du Christ, n\u2019est-elle pas mieux connue\u2009?&#8230; Pourquoi reste-t-elle une beaut\u00e9 cach\u00e9e, ignor\u00e9e de tous\u2009? Pourquoi faut-il que tant de chr\u00e9tiens n\u2019en soup\u00e7onnent m\u00eame pas l\u2019existence ou que, mis en face de ces ab\u00eemes d\u2019amour, ils se contentent de les consid\u00e9rer d\u2019un regard furtif et seulement de loin, en restant pour ainsi dire sur le seuil de cette demeure splendide, sans se donner la peine d\u2019y entrer\u2008?<\/p><p>Que leur manque-t-il donc\u2009? Que manque-t-il aux hommes pour qu\u2019ils retrouvent le bonheur\u2009? Ah\u2009! sans doute ces yeux et ce c\u0153ur d\u2019aigle dont parle la Sainte Ecriture, que la lumi\u00e8re attire et qui ne trouve son repos que dans la contemplation des choses divines, que dans l\u2019intimit\u00e9 de la Famille divine.<\/p><p>Il leur manque le d\u00e9sir et la volont\u00e9 de s\u2019instruire dans la science du divin amour. Il leur manque peut-\u00eatre aussi d\u2019\u00eatre assez humbles pour s\u2019approcher de Dieu, pour se laisser enseigner par Dieu. Ils ne sont pas de la race de ceux que le divin Ma\u00eetre instruit de ses secrets d\u2019amour, et au sujet desquels il disait\u2009: \u00ab\u2009Je vous loue, mon P\u00e8re, de ce que vous avez cach\u00e9 ces choses aux prudents et aux sages, pour les r\u00e9v\u00e9ler aux petits&#8230;\u2009\u00bb<\/p><p>Il leur manque ce qui est seul essentiel et n\u00e9cessaire&#8230; Il\u2009leur manque Dieu\u2009! Il s\u2019agirait donc de rendre Dieu au monde, de l\u2019aider \u00e0 revenir \u00e0 Dieu pour qu\u2019il retrouve le bonheur. Il s\u2019agirait surtout, pour rem\u00e9dier aux maux terribles que nous traversons, de montrer au monde perdu dans l\u2019impi\u00e9t\u00e9, l\u2019immoralit\u00e9 et le vice, les ab\u00eemes d\u2019amour du Sacr\u00e9-C\u0153ur de J\u00e9sus, si aimant et si peu aim\u00e9.<\/p><p>Tous nos d\u00e9sirs, toutes nos pri\u00e8res, tous nos sacrifices, nos souffrances et nos intentions devraient avoir jour et nuit pour but unique, d\u2019obtenir que le feu de l\u2019amour s\u2019allume dans tous les c\u0153urs et que la douceur de sa gr\u00e2ce les fortifie et les console dans le bonheur comme dans le malheur.<\/p><p>J\u00e9sus a soif de donner son amour. Il a soif de le donner \u00e0 tous. Son C\u0153ur adorable s\u2019ouvre devant nous avec plus de compassion, plus de mis\u00e9ricordieuse tendresse que jamais. J\u2019en ai la certitude, ayant entendu ces divines paroles il y a peu de jours dans l\u2019oraison\u2009: \u00ab\u2009Ma fille, va, dis aux hommes combien je suis bon, pour ceux qui m\u2019aiment et prodigue de mes bienfaits. Dis-leur \u00e0 tous, mais surtout aux p\u00e9cheurs, que je les aime, et que dans mon amour je n\u2019ai v\u00e9ritablement pour eux que de la tendresse&#8230; Ils m\u2019ont tant co\u00fbt\u00e9. Dis-leur aussi que je suis dispos\u00e9 \u00e0 pardonner \u00e0 tous ceux qui viennent \u00e0 moi avec les dispositions requises\u2009: c\u2019est-\u00e0-dire avec respect et humilit\u00e9, quelle que soit l\u2019\u00e9normit\u00e9 de leurs fautes, quel que soit le nombre de leurs p\u00e9ch\u00e9s et le temps qu\u2019ils ont v\u00e9cu dans le p\u00e9ch\u00e9\u2009; pourvu qu\u2019ils soient bien pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 recevoir le pardon et bien dispos\u00e9s \u00e0 recevoir l\u2019absolution.\u2009\u00bb Le m\u00eame jour j\u2019entendis encore ces mots\u2009: \u00ab\u2009J\u2019ai les mains pleines de b\u00e9n\u00e9dictions que je ne demande qu\u2019\u00e0 r\u00e9pandre. Demande-les-moi pour toi, pour les tiens, pour tous ceux que tu aimes&#8230; pour tous.<\/p><p>Demande-moi des gr\u00e2ces de salut pour les p\u00e9cheurs et je te les accorderai. Oh\u2009! demande-moi, demande-moi surtout des gr\u00e2ces de sanctification pour mes pr\u00eatres bien-aim\u00e9s. J\u2019ai fait du pr\u00eatre l\u2019instrument visible de mon action sur les fid\u00e8les pour les sanctifier, et sur les infid\u00e8les pour les \u00e9clairer. Si leur \u00e9tat d\u2019\u00e2me n\u2019influe en rien sur la validit\u00e9 des actes du sacerdoce, il n\u2019en est pas moins vrai cependant que plus le pr\u00eatre sera saint, plus son influence sera profonde sur les \u00e2mes.\u2009\u00bb<\/p><p>La plus ou moins grande saintet\u00e9 du clerg\u00e9 importe donc grandement dans l\u2019Eglise. Et c\u2019est gr\u00e2ce aux pr\u00eatres br\u00fblants d\u2019ardeur et de z\u00e8le pour la gloire du Christ et de sa Sainte M\u00e8re que leur double royaut\u00e9 d\u2019amour s\u2019\u00e9tablira de plus en plus dans l\u2019univers entier.<\/p><p>Oh\u2009! je voudrais \u00eatre un homme plein de science et de vertus pour \u00e9crire un ouvrage aussi sp\u00e9culatif que pratique sur l\u2019amour de Dieu, et les merveilles de cet amour.<\/p><p>Je voudrais \u00e9clairer les \u00e2mes comme les proph\u00e8tes et les docteurs\u2009; je voudrais parcourir la terre en tous sens, pr\u00eacher le saint Nom de Dieu et planter sur le sol la Croix glorieuse de Notre Seigneur J\u00e9sus Christ\u2009! Mais une seule mission ne pourrait me suffire, je voudrais en m\u00eame temps annoncer l\u2019Evangile dans toutes les parties du monde et jusque dans les \u00eeles les plus recul\u00e9es\u2009; je voudrais aller l\u00e0 o\u00f9 jamais personne n\u2019est encore all\u00e9.<\/p><p>Je voudrais \u00eatre partout \u00e0 la fois pour dire et redire au monde combien le Bon Dieu est bon, combien il aime les hommes et se montre pour tous tendre et compatissant. A quel point il est P\u00e8re, et P\u00e8re plein de bont\u00e9s et de mis\u00e9ricorde. Que rien n\u2019est plus facile que de le r\u00e9jouir et de le satisfaire&#8230; Que rien n\u2019est plus doux que de l\u2019aimer, que rien n\u2019est plus facile non plus, puisque m\u00eame nos plus petites actions faites par amour suffisent pour charmer son C\u0153ur.<\/p><p>Je voudrais pouvoir dire \u00e0 tous ceux qui, ayant le c\u0153ur droit, cherchent partout un introuvable bonheur, que le secret pour \u00eatre toujours heureux, oui malgr\u00e9 toutes les souffrances et les adversit\u00e9s, se trouve cach\u00e9 dans l\u2019Evangile, qu\u2019il suffit de le chercher, que c\u2019est l\u00e0 que leur sera r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le grand commandement de l\u2019amour, en m\u00eame temps que la mani\u00e8re de le pratiquer, puisque c\u2019est par la m\u00e9ditation du Texte sacr\u00e9 qu\u2019ils apprendront \u00e0 conna\u00eetre et \u00e0 aimer Celui dont la connaissance et l\u2019amour suffisent \u2013 et bien au del\u00e0 \u2013 \u00e0 satisfaire les plus brillants g\u00e9nies et \u00e0 rassasier les c\u0153urs les plus affam\u00e9s de bonheur.<\/p><p>Rien, en effet, ne peut faire notre bonheur sans Dieu. Et voil\u00e0 ce que beaucoup ne veulent pas comprendre, ce qui para\u00eet difficile \u00e0 plusieurs, ce qui leur semble m\u00eame impossible ou tout au moins exag\u00e9r\u00e9.<\/p><p>Rien n\u2019est plus vrai cependant\u2009; et il semble bien que ce que Dieu semble vouloir inculquer le plus fortement aux hommes, c\u2019est cette id\u00e9e qu\u2019il est le P\u00e8re plein d\u2019ineffable douceur, qu\u2019ils doivent le consid\u00e9rer comme tel et agir en cons\u00e9quence dans toutes leurs relations avec lui.<\/p><p>Mais ce n\u2019est pas \u00e0 moi \u00e0 d\u00e9montrer ces choses, ces \u0153uvres-l\u00e0 me sont interdites. Dieu a donn\u00e9 \u00e0 moi l\u2019apostolat de l\u2019amour dans la souffrance, dans toutes les souffrances s\u2019il le veut\u2009!&#8230; d\u2019aimer pour ceux qui combattent.<\/p><p>A l\u2019Esprit Saint, le grand illuminateur des \u00e2mes, d\u2019ouvrir nos yeux aux grandes v\u00e9rit\u00e9s de la foi. Notre pire faiblesse en ce monde, c\u2019est l\u2019ignorance de Dieu.<\/p><p>Nous sommes assis dans les t\u00e9n\u00e8bres de la mort et nous ne savons voir ni plus haut ni plus loin que la terre. Dieu nous \u00e9chappe parce que notre \u00e2me n\u2019est pas assez pure, assez limpide, assez d\u00e9gag\u00e9e des liens terrestres qui nous prennent par tous nos sens. Et c\u2019est pourquoi il faut supplier Dieu de purifier nos yeux et nos c\u0153urs, afin que nous puissions le conna\u00eetre et l\u2019aimer.<\/p><p>Que la lumi\u00e8re se l\u00e8ve dans nos esprits ent\u00e9n\u00e9br\u00e9s, pour nous montrer la voie de la paix.<\/p><p>Cette nuit, j\u2019ai pens\u00e9 intens\u00e9ment \u00e0 l\u2019amour du P\u00e8re pour son Fils bien-aim\u00e9, \u00e0 la Vie glorieuse de la Sainte Trinit\u00e9, et plusieurs fois dans mon sommeil j\u2019ai \u00e9t\u00e9 saisie d\u2019un recueillement \u00e9trange, d\u2019un immense d\u00e9sir de prier, de m\u2019abandonner par Marie, \u00ab\u2008Reine des vierges, Reine des martyrs\u2008\u00bb, \u00e0 la tr\u00e8s Sainte Trinit\u00e9, mieux que je ne l\u2019ai fait encore&#8230; Je me sens tellement et de plus en plus attir\u00e9e.<\/p><p>Et plusieurs fois j\u2019ai dit, pleine de respect, d\u2019amour, de confiance\u2009: Que la bienheureuse et tr\u00e8s auguste Trinit\u00e9 me poss\u00e8de et m\u2019absorbe pleinement dans son amour.<\/p><p>\u00d4 P\u00e8re&#8230; \u00f4 J\u00e9sus&#8230; \u00f4 Saint-Esprit&#8230; \u00f4 Amour\u2009! \u00f4 sainte et divine Trinit\u00e9\u2009! Oh\u2009! comme en Marie j\u2019ai rendu gr\u00e2ce, et ai renouvel\u00e9 mes pieux souhaits pour tous\u2009! \u00d4 merveilleuse unit\u00e9 des \u00e2mes en J\u00e9sus, de J\u00e9sus en son P\u00e8re\u2009; par cons\u00e9quent, merveilleuse unit\u00e9 des \u00e2mes dans le P\u00e8re, par J\u00e9sus son Fils.<\/p><p>\u00d4 grandeur inou\u00efe de la vie chr\u00e9tienne. Elle nous transporte et nous absorbe en Dieu, elle fait de nous des enfants de Dieu, \u00e9troitement unis \u00e0 leur P\u00e8re, comme J\u00e9sus Fils de Dieu est uni \u00e0 son P\u00e8re.<\/p><p>Dans quelle captivante beaut\u00e9, dans quel oc\u00e9an d\u2019amour nous vivons\u2009! Est-il possible que Dieu nous aime \u00e0 ce point\u2009? On dirait que notre bonheur fait partie de son bonheur \u00e0 lui. Il se r\u00e9jouit de notre retour, du pardon qu\u2019il nous accorde, comme s\u2019il avait besoin de nous. Et il veut que toute la cour c\u00e9leste, tous les anges, tous ses amis partagent sa joie. Dieu est l\u2019offens\u00e9, et c\u2019est lui qui se r\u00e9jouit le plus de pouvoir pardonner, et pour un seul p\u00e9cheur qui fait p\u00e9nitence, tout le ciel est en f\u00eate.<\/p><p>Quand nous comprendrons cet amour de Dieu pour nous, nous trouverons que l\u2019\u00e9ternit\u00e9 ne sera pas assez longue pour le remercier.<\/p><p>Aimer Dieu passionn\u00e9ment, l\u2019aimer \u00e0 la folie, l\u2019aimer par-dessus tout, l\u2019aimer plus g\u00e9n\u00e9reusement tous les jours n\u2019est pas assez pour mon \u00e2me&#8230; je veux encore le faire aimer\u2009!&#8230; Ce tendre P\u00e8re, ce Dieu uniquement bon sait combien, avant toute chose, sa petite servante d\u00e9sire que tous le connaissent et l\u2019aiment comme un p\u00e8re, que tous vivent et n\u2019agissent que par lui, et se sentent comme moi pr\u00e8s de lui de tr\u00e8s pauvres petits enfants qui ont bien besoin de ses lumi\u00e8res, de ses encouragements, de ses conseils pour pers\u00e9v\u00e9rer.<\/p><p>Avec la foi en Dieu et la connaissance de son amour, on peut facilement se passer du reste, tandis que tous les avantages, tous les plaisirs, les richesses, les honneurs de la terre ne peuvent remplacer la force, la paix, la joie d\u2019une croyance vivante, d\u2019une v\u00e9ritable tendresse. Non que je sois dure et ne sente pas tr\u00e8s profond\u00e9ment la douceur d\u2019aimer et ne sois pas \u00e9mue \u00e0 la vue des beaut\u00e9s de la nature, \u00e0 la connaissance d\u2019un bienfait ou d\u2019une peine du prochain, mais c\u2019est parce que je sens davantage que l\u2019amour de Dieu est tellement au-dessus de tout et passe bien avant toutes les tendresses humaines, qu\u2019aucune ne pourrait me consoler de sa perte, que rien ne saurait faire mon bonheur sans lui. Il est le seul n\u00e9cessaire \u00e0 mon bonheur, \u00e0 mon \u00e2me, \u00e0 mon c\u0153ur&#8230; \u00e0 tout mon \u00eatre. Sans lui, plus rien ne m\u2019est doux, avec lui je me sers de tout pour aimer. Quant aux cr\u00e9atures, je n\u2019ai besoin que de les savoir heureuses en Dieu pour \u00eatre moi-m\u00eame heureuse avec elles.<\/p><p>Seigneur, je vous fais l\u2019abandon complet de ma volont\u00e9 pour ne plus penser que par vous et ne plus agir qu\u2019en vous seul en union avec mon J\u00e9sus, par la divine protection de ma M\u00e8re, par amour pour la Trinit\u00e9.<\/p><p>\u00d4 ma M\u00e8re, \u00f4 Immacul\u00e9e Vierge Marie, vous dont la vie n\u2019a \u00e9t\u00e9 qu\u2019un martyre et une lente agonie dans une perp\u00e9tuelle ascension d\u2019amour, aidez-moi \u00e0 monter sans cesse dans la voie de la divine perfection, non pas d\u2019un seul coup, ni dans une vision d\u2019extase, mais jour par jour\u2009; non pas suivant mes d\u00e9sirs, mais les desseins de la Providence. Et qu\u2019ainsi conduite par vous de clart\u00e9 en clart\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 la pleine lumi\u00e8re, je puisse voir dans toute sa captivante beaut\u00e9 la divine Charit\u00e9, telle que les tout-petits ont besoin de la conna\u00eetre, pour y trouver, avec le rassasiement de mes d\u00e9sirs, le secret de vivre et de mourir consum\u00e9e par l\u2019amour.<\/p><p>\u00d4 Vierge Sainte, vous qui avez si bien conquis et captiv\u00e9 mon \u00e2me, gardez-moi maintenant tout enti\u00e8re et \u00e0 tout jamais dans l\u2019amour de votre divin Fils.<\/p><p>^ 22 f\u00e9vrier 1930 (samedi)<\/p><p>Toute perfection est dans l\u2019amour&#8230; Toute saintet\u00e9 est dans l\u2019humilit\u00e9\u2009! Ma vie, ou plut\u00f4t mon \u00e2me, est pleine des myst\u00e8res, des ravissantes merveilles de l\u2019amour divin\u2009! Tout me parle d\u2019infini.<\/p><p>Ma vie est une pri\u00e8re, un doux rosaire d\u2019amour. Et si les myst\u00e8res douloureux sont les myst\u00e8res de tous les jours, elle n\u2019est pas moins divinement embaum\u00e9e des myst\u00e8res joyeux et glorieux.<\/p><p>Souffrir comme J\u00e9sus, en J\u00e9sus, par J\u00e9sus, me consumer d\u2019amour pour sa gloire, c\u2019est tout mon bonheur et ma joie de vivre&#8230; C\u2019est aussi ma plus grande gloire\u2009! J\u2019ai dit \u00ab\u00a0gloire\u00a0\u00bb, parce que toute ma gloire est dans la Croix de J\u00e9sus.<\/p><p>Je suis quelquefois \u00e9tonn\u00e9e qu\u2019au milieu de tant de souffrances ma vie soit si \u00e9trangement, si m\u00e9lancoliquement belle, d\u2019une m\u00e9lancolie qui est loin d\u2019\u00eatre de la tristesse, puisque c\u2019est elle qui maintient ma joie, qui me donne J\u00e9sus, qui me livre tout enti\u00e8re \u00e0 son amour et met en m\u00eame temps dans mon c\u0153ur et sur mes l\u00e8vres l\u2019\u00e9panouissement n\u00e9cessaire \u00e0 mon \u00e9tat. C\u2019est pourquoi je ne trouve jamais le temps trop long, et qu\u2019il ne me vient jamais \u00e0 la pens\u00e9e de demander du soulagement, du r\u00e9pit dans mes douleurs.<\/p><p>Mais il y a infiniment mieux que moi en moi&#8230; Il y a J\u00e9sus, l\u2019Amour supr\u00eame et infini, qui vit en moi et me soutient dans toutes mes agonies.<\/p><p>Ah\u2009! si l\u2019on savait ce que l\u2019amour de la souffrance, ce que l\u2019esprit met de ga\u00eet\u00e9 et de paix dans une \u00e2me qui s\u2019abandonne \u00e0 Dieu, et tout ce qu\u2019il supprime d\u2019inutiles souffrances, on s\u2019agenouillerait de bonheur, d\u2019admiration, de reconnaissance.<\/p><p>M\u00e9ditons la vie\u2009!&#8230; B\u00e9nissons l\u2019\u00e9preuve\u2009!&#8230; Tenons-la pour une gr\u00e2ce incomparable et d\u2019une valeur infinie. Car elle est souvent \u2013 pour ne pas dire toujours \u2013 le temps favorable \u00e0 Dieu&#8230; Et le temps favorable \u00e0 Dieu, c\u2019est le temps du miracle et des f\u00e9conds agissements.<\/p><p>Oh\u2009! oui, b\u00e9nissons la souffrance\u2009!&#8230; Aimons-la avec J\u00e9sus, r\u00e9jouissons-nous en avec lui et en lui, et notre vie s\u2019illuminera de clart\u00e9s immortelles, de tressaillements divins.<\/p><p>\u00d4 Vierge fid\u00e8le, aidez votre pauvre petite enfant, aidez-nous tous \u00e0 r\u00e9aliser notre vie, telle que Dieu l\u2019a con\u00e7ue dans son plan divin, telle qu\u2019il l\u2019a pr\u00e9par\u00e9e pour chacun de nous dans son \u00e9ternelle pens\u00e9e.<\/p><p>^ 24 f\u00e9vrier 1930 (lundi)<\/p><p>C\u2019est la paix, la v\u00e9ritable paix divine dans mon \u00e2me\u2009! La gr\u00e2ce abonde et surabonde en moi\u2009!&#8230;<\/p><p>Me voil\u00e0 maintenant enr\u00f4l\u00e9e, agr\u00e9\u00e9e, re\u00e7ue, dans la grande famille du tiers ordre de la P\u00e9nitence de Saint Fran\u00e7ois d\u2019Assise, le br\u00fblant s\u00e9raphin\u2009; mais pauvre, bien pauvre petit membre&#8230; C\u2019est le temps du noviciat, c\u2019est donc le temps des pr\u00e9cieuses semences\u2009!<\/p><p>Que rendrai-je au Seigneur en reconnaissance de tout ce dont il m\u2019a combl\u00e9e\u2009? Que lui donnerai-je\u2009? Que puis-je, pauvre petite cr\u00e9ature, pour lui t\u00e9moigner ma gratitude et mon amour\u2009?<\/p><p>Mon Dieu, vous me comblez de joie par tout ce que vous faites\u2009! Vous me favorisez de vos gr\u00e2ces les plus saintes, vous m\u2019inondez d\u2019ineffables bienfaits. Oh\u2009! tant recevoir de votre aimable tendresse, \u00eatre l\u2019objet de si intimes faveurs et n\u2019avoir rien \u00e0 donner en retour\u2009!&#8230; quelle angoissante perspective\u2009! Mais Dieu remplit le c\u0153ur quand on a les mains vides. L\u2019important pour devenir un saint, n\u2019est pas d\u2019\u00eatre ceci ou cela, de faire ainsi ou autrement, de demeurer dans tel lieu ou dans tel autre\u2009; c\u2019est d\u2019\u00eatre, de vivre et d\u2019agir comme le Bon Dieu le veut.<\/p><p>\u00ab\u2009Je vous ai choisies pour que vous portiez des fruits, et pour que vous en portiez en abondance et que vos fruits demeurent.\u2009\u00bb<\/p><p>A l\u2019\u0153uvre donc, \u00f4 mon \u00e2me, pour Dieu, pour son Eglise, pour le ciel\u2009!<\/p><p>Pour acqu\u00e9rir, conserver et d\u00e9velopper en nous la vie de la gr\u00e2ce, nous devons \u00eatre pr\u00eats \u00e0 tous les sacrifices, \u00e0 tous les renoncements, \u00e0 tous les h\u00e9ro\u00efsmes.<\/p><p>Mon J\u00e9sus, mon Dieu, faites que la gr\u00e2ce ne soit pas st\u00e9rile en moi. Mon J\u00e9sus, je vous aime\u2009! Mais je vous aime encore bien peu, si je mesure mon amour \u00e0 votre amour pour moi&#8230; et je voudrais vous aimer beaucoup. Quand donc, Seigneur, donnerai-je toute ma limite\u2009? Quand donc vous rendrai-je amour pour amour, moi qui ai toujours r\u00eav\u00e9 de tant vous ch\u00e9rir\u2009? Oh\u2009! que je ne sois plus jamais ti\u00e8de en amour, mais fervente\u2009; plus jamais m\u00e9chante avec J\u00e9sus, avec personne.<\/p><p>De la douleur, de l\u2019amour \u00e0 plein bord, voil\u00e0 ce que je d\u00e9sire. \u00d4 ma bonne, ma bien douce M\u00e8re, demandez \u00e0 J\u00e9sus de me garder bien unie \u00e0 vous sur son C\u0153ur ador\u00e9. Faites que je sois avec lui, non seulement tr\u00e8s aimante, mais folle, passionn\u00e9e d\u2019amour.<\/p><p>Oh\u2009! je suis exauc\u00e9e, J\u00e9sus a entendu ma supplication\u2009! Et le feu qui br\u00fblait en moi avec une d\u00e9j\u00e0 bien vive ardeur semble devenir encore plus intense, mon c\u0153ur bat avec une nouvelle vigueur&#8230; Je me sens tout embras\u00e9e d\u2019amour&#8230; Quelle douceur\u2009! En suis-je vraiment digne\u2009? Divin J\u00e9sus, je renonce, j\u2019abandonne, je sacrifie tout pour mieux vous aimer. Faites que toujours, et de plus en plus fort, je vous aime.<\/p><p>Seigneur, que votre amour me presse\u2009!&#8230;<\/p><p>\u00d4 tr\u00e8s humble\u2009! \u00f4 tr\u00e8s douce Vierge Marie\u2009! Faites que je sois un autre J\u00e9sus et que je l\u2019imite en tout&#8230; Faites que je vous ressemble. Qu\u2019il n\u2019y ait pas une de mes actions, pas une de mes souffrances qui ne soit un acte d\u2019amour.<\/p><p>Que ma vie ne soit qu\u2019un chant d\u2019amour et de reconnaissance, et que je vive comme je r\u00eave de mourir\u2009: tout simplement par amour.<\/p><p>^ 25 f\u00e9vrier 1930 (mardi)<\/p><p>\u00ab\u2009Un \u00ab\u00a0Dieu soit b\u00e9ni\u00a0\u00bb dans l\u2019adversit\u00e9, vaut mieux que mille \u00ab\u00a0je vous remercie\u00a0\u00bb dans la prosp\u00e9rit\u00e9.\u2009\u00bb<\/p><p>\u00d4 mon Dieu, p\u00e9n\u00e9trez mon \u00e2me et mon c\u0153ur de votre horreur infinie du mal et de votre amour infini du bien. Et faites, \u00f4 Ma\u00eetre ador\u00e9, que \u00ab\u2009par\u2009\u00bb vous, \u00ab\u2009avec\u2009\u00bb vous, \u00ab\u2009en\u2009\u00bb vous, je sois non seulement \u00e9difi\u00e9e mais \u00e9difiante&#8230; Non seulement sauv\u00e9e, mais sauveur. Je suis d\u00e9bord\u00e9e de souffrances de toutes fa\u00e7ons&#8230; mais aussi d\u2019amour. Je dirai tout \u00e0 mon confesseur et directeur, m\u00eame et surtout les atroces luttes, les tentations et obsessions sataniques de cette nuit, puis j\u2019ob\u00e9irai \u00e0 la direction que je recevrai de lui.<\/p><p>Les tentations diaboliques ont dur\u00e9 presque une partie de la nuit. Cependant, sans me troubler outre mesure de la longueur de la tentation, n\u2019\u00e9coutant pas le tentateur, mais n\u2019ayant \u00e0 la fin m\u00eame plus la force de le repousser, je me suis rappel\u00e9 le conseil de saint Fran\u00e7ois de Sales\u2009: \u00ab\u2009La tentation, dit-il, quelque longue et rude qu\u2019elle soit, ne vous rendra jamais d\u00e9sagr\u00e9able \u00e0 Dieu, tant qu\u2019elle ne vous plaira pas et que vous n\u2019y consentirez pas. Tant qu\u2019elle vous d\u00e9pla\u00eet vous n\u2019avez pas \u00e0 craindre\u2009; pourquoi vous d\u00e9plairait-elle, sinon que vous ne la voulez pas\u2009?\u2009\u00bb<\/p><p>Et je r\u00e9p\u00e9tais int\u00e9rieurement\u2009: En Dieu seul, j\u2019ai confiance. J\u00e9sus est ici t\u00e9moin de ce combat livr\u00e9 pour me garder fid\u00e8le \u00e0 sa loi. Il est ici pour moi et c\u2019est lui qui m\u2019encourage de son invisible pr\u00e9sence, lui qui me fortifie par sa gr\u00e2ce et mesure \u00e0 ma faiblesse la puissance de la tentation. Je l\u2019aime\u2009!&#8230; Je sais qu\u2019il ne m\u2019abandonnera pas\u2009!&#8230; Je crois en son amour pour moi.<\/p><p>Ah\u2009! la pauvre petite barque de mon \u00e2me a \u00e9t\u00e9 plus d\u2019une fois sur le point d\u2019\u00eatre submerg\u00e9e par les flots, et peut-\u00eatre m\u00eame, h\u00e9las, plus d\u2019une fois elle a failli \u00eatre emport\u00e9e par la violence du courant. Assauts contre la foi, contre l\u2019esp\u00e9rance, contre l\u2019humilit\u00e9, contre la chastet\u00e9, et d\u2019autres vertus encore&#8230; Et ce qui est encore plus angoissant et plus troublant que tout le reste, c\u2019est que souvent, dans ces moments p\u00e9nibles, J\u00e9sus semble dormir, comme le disait la petite Th\u00e9r\u00e8se. Il semble ne pas faire attention \u00e0 nous, ne pas songer \u00e0 notre \u00e2me et \u00e0 ses besoins, \u00eatre indiff\u00e9rent \u00e0 ce qui se passe en nous et autour de nous. Il semble ne pas se douter de la violence des attaques dont nous sommes l\u2019objet, ne pas m\u00eame soup\u00e7onner que nous pouvons \u00eatre emport\u00e9s par la force du courant. Je sais bien que ce ne sont l\u00e0 que des apparences, mais elles sont souvent bien douloureuses et bien crucifiantes.<\/p><p>Qui donc une fois ou l\u2019autre n\u2019en a pas fait l\u2019exp\u00e9rience\u2009? Qui de nous n\u2019a eu \u00e0 soutenir ces assauts si violents et si imp\u00e9tueux parfois qu\u2019ils mena\u00e7aient de tout renverser et de tout d\u00e9truire en nous\u2009? Les meilleurs amis de Dieu ne sont pas eux-m\u00eames pr\u00e9serv\u00e9s de ces temp\u00eates et de ces assauts\u2009; au contraire, ils sont souvent expos\u00e9s aux assauts les plus violents et aux temp\u00eates les plus terribles.<\/p><p>Un jour de communion o\u00f9 je me plaignais doucement \u00e0 J\u00e9sus et lui demandais o\u00f9 il \u00e9tait donc la nuit pr\u00e9c\u00e9dente pendant que j\u2019\u00e9tais si violemment tourment\u00e9e, je re\u00e7us de ce bon Ma\u00eetre cette r\u00e9ponse\u2009: \u00ab\u2009Ma fille, j\u2019\u00e9tais pr\u00e8s de toi, j\u2019\u00e9tais en toi, j\u2019\u00e9tais l\u00e0\u2008; et te voyant rester si courageuse et si g\u00e9n\u00e9reuse au sein de cette \u00e9preuve que je n\u2019avais permise que pour t\u2019\u00e9prouver dans ton amour, je pensais \u00e0 la belle r\u00e9compense que je te r\u00e9servais en retour et je trouvais mes d\u00e9lices \u00e0 te voir enivr\u00e9e de l\u2019amour que mes bont\u00e9s provoqueront en tout ton \u00eatre&#8230;\u2009\u00bb<\/p><p>Il faut donc toujours et malgr\u00e9 tout, garder la conviction profonde que Dieu ne se d\u00e9sint\u00e9resse pas de nos souffrances, qu\u2019il est avec nous quand nous sommes dans la peine, plus encore que lorsque nous sommes dans le bonheur et la prosp\u00e9rit\u00e9\u2009; qu\u2019il compte toutes les gouttes de sueur qui tombent de notre front, toutes les larmes que nous versons par amour pour lui.<\/p><p>Dans nos \u00e9preuves, nos souffrances, nos tentations, nos faiblesses, faisons comme les ap\u00f4tres\u2009: r\u00e9veillons notre doux Seigneur qui fait semblant de dormir, et demandons-lui avec confiance et pers\u00e9v\u00e9rance son secours et son assistance\u2009; mais rappelons-nous que la base de notre confiance doit \u00eatre la conviction de notre faiblesse\u2009: sans Dieu, nous ne pouvons rien, nous sommes la faiblesse m\u00eame en face de nos ennemis et de leurs assauts\u2009; avec le secours de Dieu, nous sommes capables de tous les h\u00e9ro\u00efsmes et de toutes les victoires. Oh\u2009! mes S\u0153urs, ch\u00e8res \u00e2mes consacr\u00e9es \u00e0 Dieu, ch\u00e8res \u00e2mes qui appartenez \u00e0 Dieu et que Dieu soumet \u00e0 l\u2019\u00e9preuve pour vous obliger \u00e0 lui t\u00e9moigner plus ardemment, plus g\u00e9n\u00e9reusement votre amour, restez bien humbles, bien petites et d\u00e9fiantes de vous-m\u00eames, bien confiantes et bien g\u00e9n\u00e9reuses avec Dieu, et vous serez victorieuses\u2009!<\/p><p>Sainte Communion. Douces et suaves tendresses de J\u00e9sus, communiqu\u00e9es \u00e0 mon \u00e2me. L\u2019union se fait plus intime, la pr\u00e9sence sensible se prolonge chaque fois davantage ces derniers temps apr\u00e8s la communion. Pourquoi\u2009?&#8230; A cause de quoi\u2009?&#8230; Je ne sais&#8230; Mais je n\u2019\u00e9prouve aucune sorte d\u2019attachement aux faveurs extraordinaires. Je n\u2019ai qu\u2019un d\u00e9sir, grand, immense\u2009: celui d\u2019aimer et de faire aimer le Bon Dieu&#8230; de le remercier de tout, toujours.<\/p><p>\u00d4 profond et soudain ravissement et saisissement de l\u2019\u00e2me \u00e0 laquelle le Seigneur se manifeste dans toute sa royale et majestueuse beaut\u00e9\u2009! C\u2019est le calme apr\u00e8s la temp\u00eate, le secours apr\u00e8s la lutte. Une ravissante lumi\u00e8re a lui au plus fort de l\u2019orage, ou plut\u00f4t au plus profond de mon \u00e2me, me montrant dans un \u00e9blouissement merveilleux l\u2019Auteur, le Soutien de mon amour.<\/p><p>Lorsqu\u2019il veut agir, que Dieu sait bien s\u2019y prendre pour se communiquer et se montrer \u00e0 ses pauvres petites cr\u00e9atures\u2009! Et quels que soient l\u2019\u00e9moi, la crainte et m\u00eame les supplications et la r\u00e9sistance apport\u00e9es \u00e0 d\u2019aussi insignes et si extraordinaires faveurs, ce Dieu si saint et si parfaitement bon s\u2019impose \u00e0 l\u2019\u00e2me et s\u2019empare de l\u2019\u00eatre tout entier en ma\u00eetre tout-puissant. Mais qu\u2019il est donc difficile \u2013 pour ne pas dire totalement impossible \u2013 d\u2019expliquer en notre humain langage ces ravissements de l\u2019esprit, ces r\u00e9v\u00e9lations int\u00e9rieures, et surtout de les faire comprendre.<\/p><p>Il faut \u00eatre l\u2019objet personnel de ces grandes merveilles pour croire sans l\u2019ombre d\u2019un doute que Dieu daigne agir pareillement avec ceux qui l\u2019aiment. Qu\u2019il lui plaise de se montrer, de se rendre visible et sensible \u00e0 leur \u00e2me, m\u00eame en cette vie.<\/p><p>Que sont tous les discours des hommes\u2009?&#8230; Qu\u2019est donc l\u2019amiti\u00e9 purement humaine, dans une \u00e2me qui a contempl\u00e9 la souveraine grandeur de Dieu et qui jouit presque continuellement de son intimit\u00e9, dans l\u2019\u00e2me qui a connu les tourments et les d\u00e9lices des embrassements divins, qui a senti l\u2019ineffable br\u00fblure de ses baisers d\u2019amour\u2009?<\/p><p>L\u2019\u00e2me ainsi ab\u00eem\u00e9e dans la contemplation des myst\u00e8res divins et de la souverainet\u00e9 infinie de Dieu, dans un acte parfait d\u2019humilit\u00e9, de r\u00e9v\u00e9rence, d\u2019adoration et d\u2019amour, se livre tout enti\u00e8re pour r\u00e9aliser, en union avec son J\u00e9sus, l\u2019adorable volont\u00e9 du P\u00e8re.<\/p><p>Seigneur mon Dieu\u2009! Comment\u2009? C\u2019est vous, J\u00e9sus, vous le cr\u00e9ateur et le sauveur du monde&#8230; vous, le roi et le souverain des \u00e2mes&#8230; vous par qui tout a \u00e9t\u00e9 fait et par qui tout existe&#8230; vous, mon bien-aim\u00e9, qui me demandez mon c\u0153ur pour vous reposer de toutes vos fatigues, pour oublier \u2013 dites-vous \u2013 toutes vos douleurs et vous consoler des indiff\u00e9rences, des d\u00e9laissements, des trahisons et des m\u00e9pris des hommes\u2009? Mais est-ce donc \u00e0 vous, mon J\u00e9sus, de me faire cette demande\u2009?&#8230; N\u2019est-ce pas plut\u00f4t \u00e0 moi \u00e0 la solliciter de votre C\u0153ur\u2009?&#8230; Est-ce bien \u00e0 moi que vous la faites\u2009?&#8230; Avez-vous donc oubli\u00e9 mes ti\u00e9deurs et mes n\u00e9gligences pass\u00e9es\u2009?&#8230; Ne voulez-vous plus savoir que je suis la plus indigne et la moindre de toutes vos cr\u00e9atures\u2009?&#8230; Mais comment ne le sauriez-vous pas\u2009?&#8230; Comment ne savez-vous pas aussi que toute ma personne et ma vie sont \u00e0 vous et uniquement \u00e0 vous, et que je vous aime par-dessus toutes choses\u2009?<\/p><p>Mais, J\u00e9sus, vous rendrai-je suffisamment heureux\u2009? C\u2019est si pauvre chez moi\u2009! Saurai-je assez vous ch\u00e9rir pour vous consoler et vous d\u00e9dommager de tout\u2009? Vous auriez trouv\u00e9 bien mieux ailleurs, \u00f4 mon Ma\u00eetre ador\u00e9\u2009! La r\u00e9ponse bien distincte ne souffre pas de r\u00e9plique\u2009: \u00ab\u2009C\u2019est bien pauvre, m\u2019a dit J\u00e9sus, mais c\u2019est chez moi\u2009! J\u2019y suis maintenant pour y rester toujours. Je viens pour t\u2019am\u00e9liorer, t\u2019enrichir de mes plus pr\u00e9cieux tr\u00e9sors\u2009; pour effacer tes fautes, payer tes dettes, corriger tes d\u00e9fauts, purifier ton \u00e2me, sanctifier tes souffrances, d\u00e9velopper tes vertus, illuminer ton esprit, \u00e9lever ton c\u0153ur, marquer sur tout ton \u00eatre l\u2019empreinte de ma ressemblance&#8230; te transformer tout enti\u00e8re en laissant sur toi chaque fois les traces de mon passage.<\/p><p>Je veux graver en toi mon nom, ma volont\u00e9, mon autorit\u00e9, ma sagesse&#8230; Mes yeux et mon C\u0153ur seront pos\u00e9s sur toi tous les jours. Je sais pourquoi je le veux.\u2009\u00bb<\/p><p>Seigneur, j\u2019esp\u00e8re en la multitude de vos mis\u00e9ricordes\u2009! C\u2019est vraiment si admirable ce que vous m\u2019annoncez. Tant de fois j\u2019ai \u00e9prouv\u00e9 le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre transform\u00e9e, mais je me sens si impuissante. Avec vous, j\u2019aurai tous les moyens pour r\u00e9aliser mes d\u00e9sirs de perfectionnement, pour travailler \u00e0 devenir une sainte, pour bien employer mes jours \u00e0 acqu\u00e9rir des tr\u00e9sors pour le ciel et pour sauver les \u00e2mes\u2009!<\/p><p>Heureux les purs, quand ils ne voient pas Dieu, ils l\u2019entendent\u2009!<\/p><p>Bienheureux les purs, Dieu se montre \u00e0 eux&#8230; il leur parle\u2009!<\/p><p>Que de choses, que de belles choses dont nous ne nous doutons pas et qui se passent souvent bien pr\u00e8s de nous, m\u00eame quelquefois sous nos yeux.<\/p><p>Que faire, que promettre pour qu\u2019on croie \u00e0 l\u2019Amour&#8230; pour qu\u2019on aime l\u2019Amour\u2009?<\/p><p>\u00d4 M\u00e8re du Bel Amour, apprenez aux hommes \u00e0 croire sans voir, \u00e0 aimer sans comprendre, \u00e0 adorer sans savoir, le plus adorable de tous les myst\u00e8res. Divine Marie, obtenez de l\u2019adorable Trinit\u00e9 qu\u2019elle daigne accepter en r\u00e9paration de tant d\u2019injures qui lui sont faites, les affections de douleur et d\u2019amour dont J\u00e9sus m\u2019a favoris\u00e9e aujourd\u2019hui.<\/p><p>^\u00a0 27 f\u00e9vrier 1930 (jeudi)<\/p><p>Je continue ma belle vocation, sans chercher \u00e0 conna\u00eetre ce que sera ma vie du lendemain, celle du soir et du matin. Je m\u2019applique \u00e0 passer le plus saintement possible chaque jour de souffrance et d\u2019immolation.<\/p><p>Du monde, je ne sais rien, ni ne veux rien savoir. De lui, je m\u2019attends \u00e0 tout, \u00e0 toutes les pers\u00e9cutions, \u00e0 toutes les trahisons, \u00e0 toutes les hontes. Mais le monde peut me m\u00e9priser et m\u2019oublier, il ne le fera jamais autant que je ne le fais moi-m\u00eame&#8230; Tout pour Dieu seul\u2009!&#8230;<\/p><p>Appuy\u00e9e sur ma foi en la toute-puissance, et forte de l\u2019amour de Celui qui peut tout et qui favorise de son divin secours en m\u00eame temps qu\u2019il destine \u00e0 une mission, j\u2019ai en honneur de r\u00e9aliser, en d\u00e9pit de toutes mes impuissances, de mes incapacit\u00e9s et de mes faiblesses, l\u2019\u00e9tendue de ses desseins sur moi, avec l\u2019assurance dans la pens\u00e9e qu\u2019il peut faire infiniment plus que je ne puis expliquer, vouloir et comprendre.<\/p><p>Lorsque nous avons fait v\u0153u d\u2019abandon \u00e0 l\u2019Amour, ne tardons plus \u00e0 r\u00e9aliser jusqu\u2019au plus parfait accomplissement ce divin id\u00e9al.<\/p><p>Ma joie est de vivre toute cach\u00e9e en Dieu, avec le Christ, de me perdre en lui et de me laisser envahir. Ainsi v\u00e9cut la Sainte Vierge, elle qui demeurera jusqu\u2019\u00e0 la fin mon vivant et incomparable mod\u00e8le&#8230; \u00ab\u2009ma Maman\u2009\u00bb. Quand je la prie, quand doucement je l\u2019appelle, je crois la voir se penchant avec tendresse sur l\u2019enfant qui, jusqu\u2019\u00e0 son dernier jour sur la terre, doit marcher sur ses traces, petite victime cach\u00e9e dans la grande Victime du Calvaire et petite hostie de la grande et divine Hostie pour les \u00e2mes.<\/p><p>Tout mon bonheur et mon ciel en ce monde est de faire avec J\u00e9sus la volont\u00e9 de Dieu. Et c\u2019est par ma g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 \u00e0 me conformer docilement \u00e0 la volont\u00e9 divine et par mon application \u00e0 l\u2019accomplir parfaitement mieux tous les jours, que j\u2019ai le tr\u00e8s grand et tr\u00e8s doux bonheur de jouir d\u2019une mani\u00e8re presque continue et consciente de la pr\u00e9sence de J\u00e9sus.<\/p><p>Ce que je voudrais, et r\u00eave surtout, c\u2019est de plaire au Bon Dieu en toutes choses sans recherche du moi, sans recherche de rien. Ce que je d\u00e9sire plus que tout, c\u2019est de l\u2019aimer\u2009: de l\u2019aimer de tout mon c\u0153ur, de l\u2019aimer par-dessus tout, de l\u2019aimer avec tendresse, de l\u2019aimer sans d\u00e9faillance, de l\u2019aimer sans mesure.<\/p><p>\u00d4 mon J\u00e9sus, je vous aime\u2009! Je sens que vous m\u2019aimez et que vous m\u2019invitez \u00e0 l\u2019amour.<\/p><p>Que Dieu m\u2019accorde la grande gr\u00e2ce de comprendre l\u2019\u0153uvre sainte et si sublime de la souffrance et de la respecter toujours, en moi comme en tous.<\/p><p>Ma r\u00e9solution sera de vivre toujours unie \u00e0 Dieu et de rendre cette union tous les jours plus intime et plus \u00e9troite, pour qu\u2019elle devienne plus f\u00e9conde. N\u2019est-ce pas la \u00ab\u2009seule chose n\u00e9cessaire\u2009\u00bb dont le Christ parlait \u00e0 Marthe\u2009?<\/p><p>Toutes les parties de mon \u00eatre, je m\u2019en servirai pour honorer, aimer et glorifier le Bon Dieu. Tout mon z\u00e8le, je le d\u00e9penserai pour la propagation de son r\u00e8gne, pour la conversion des p\u00e9cheurs et pour ma sanctification personnelle&#8230; pour faire beaucoup de bien sans le savoir.<\/p><p>^ 28 f\u00e9vrier 1930 (vendredi)<\/p><p>Nuit sans aucun repos, ni sommeil\u2009! La nuit, c\u2019est le temps favorable \u00e0 la contemplation, \u00e0 l\u2019union sacr\u00e9e avec Dieu, \u00e0 la vie spirituelle enfin\u2009! Oh, ce seul \u00e0 seul, cette union de notre solitude \u00e0 celle de Notre-Seigneur dans sa douloureuse agonie, \u00e0 J\u00e9sus accus\u00e9, \u00e0 J\u00e9sus insult\u00e9 et d\u00e9chir\u00e9 de coups, \u00e0 J\u00e9sus couronn\u00e9 d\u2019\u00e9pines, \u00e0 J\u00e9sus d\u00e9pouill\u00e9 de ses v\u00eatements et clou\u00e9 sur la Croix, \u00e0 J\u00e9sus ressuscit\u00e9 et glorieux, \u00e0 J\u00e9sus seul au Tabernacle, \u00e0 J\u00e9sus vivant en nous\u2009!<\/p><p>Quel apaisement et quelle consolation\u2009! Quel bien pr\u00e9cieux, infini, pour notre \u00e2me\u2009!<\/p><p>L\u2019enfer ne l\u00e2che pas les armes, je crois m\u00eame que l\u2019abominable troupe redouble de nombre. Quelle rage et quelle nuit\u2009! Mais plus les assauts et les obsessions (auxquelles par une gr\u00e2ce de Dieu j\u2019ai r\u00e9sist\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce jour et esp\u00e8re lutter jusqu\u2019\u00e0 la fin) sont p\u00e9nibles et violentes, plus aussi, lorsqu\u2019elle sont pass\u00e9es, l\u2019amour de Dieu me donne de joie. Mon c\u0153ur est alors tout rempli, tout absorb\u00e9 dans la pens\u00e9e de Dieu.<\/p><p>Seigneur je vous aime et je suis toute \u00e0 vous&#8230; \u00d4 ma M\u00e8re, venez me secourir\u2009!<\/p><p>Mon Dieu, vous le savez, je ne suis rien, je ne vaux rien, je ne puis rien\u2009; mais je sais qu\u2019en vous et par vous, Seigneur J\u00e9sus, tout se transforme en or pur, tout devient fruit et vie, tr\u00e9sor infini.<\/p><p>\u00d4 mon J\u00e9sus, vous qui \u00eates all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 me dire que vous me faisiez tant de gr\u00e2ces parce que vous me vouliez toute v\u00f4tre, enti\u00e8rement v\u00f4tre et que vous vous vouliez tout \u00e0 moi&#8230; Mais alors, que donnerez-vous aux autres, Seigneur\u2009?<\/p><p>Vous qui m\u2019avez dit encore\u2009: \u00ab\u2009C\u2019est moi qui serai ton c\u0153ur et moi qui serai ta vie. Je ne veux plus que tu vives autrement qu\u2019en moi et par moi.\u2008\u00bb Oui, J\u00e9sus, faites-moi vivre, puisque de moi-m\u00eame je ne sais que mourir. Faites aussi que personne ne voie et ne connaisse tout ce que je souffre.<\/p><p>Donnez-moi d\u2019\u00eatre avenante, gracieuse, aimable et tr\u00e8s bonne avec tous ceux qui m\u2019entourent&#8230; avec tous. Gardez avec moi tous ceux que j\u2019aime sous votre doux, si doux regard.<\/p><p>\u00d4 mon Ma\u00eetre ch\u00e9ri, je vous adore et je vous aime. Je vous remercie de ne me donner ni soulagement, ni repos dans mes souffrances.<\/p><p>Donnez-moi l\u2019amour parfait du bien, la haine infinie du mal. Laissez-moi n\u2019aimer que le bien, faites que je l\u2019aime infiniment, que je l\u2019aime passionn\u00e9ment pour l\u2019accomplir toujours au gr\u00e9 de vos d\u00e9sirs.<\/p><p>^ 1er mars 1930 (samedi)<\/p><p>Je note ce matin\u2009: plus intime, tr\u00e8s intime union avec J\u00e9sus.<\/p><p>J\u2019ai senti revivre en moi le d\u00e9sir de souffrir et j\u2019implorais la gr\u00e2ce de la souffrance pour son amour&#8230; pour sa gloire&#8230; pour les \u00e2mes.<\/p><p>Pourquoi l\u2019id\u00e9e de la souffrance est toujours et de plus en plus, tr\u00e8s tr\u00e8s forte en moi, accompagn\u00e9e de l\u2019id\u00e9e qu\u2019il n\u2019y en a peut-\u00eatre plus pour tr\u00e8s longtemps sur la terre\u2009? Alors, je crois que c\u2019est pour compenser les gr\u00e2ces immenses qu\u2019il me fait que le Bon Dieu m\u2019envoie toutes ces peines de c\u0153ur. Le Ciel a ainsi r\u00e9pondu pleinement \u00e0 mes plus chers d\u00e9sirs, aux plus ch\u00e8res aspirations de mon \u00e2me, puisque c\u2019est en effet par la souffrance, par la lutte et l\u2019effort de tous les jours que je dois monter vers la paix&#8230; vers Dieu\u2009!<\/p><p>^ 2 mars 1930 (dimanche)<\/p><p>Ne vouloir que Dieu seul pour consolateur et pour ami, c\u2019est gagner le C\u0153ur de ce P\u00e8re plein de mis\u00e9ricorde et attirer sur soi ses plus douces caresses. Au reste, les consolations des hommes sont plus qu\u2019impuissantes \u00e0 soulager le c\u0153ur\u2009; elles y creusent au contraire de lamentables vides\u2009; elles en souillent les affections les plus saintes, elles ouvrent la porte \u00e0 de nombreux d\u00e9fauts. Les consolations c\u00e9lestes, au contraire, am\u00e8nent avec elles l\u2019humilit\u00e9, la charit\u00e9, l\u2019ob\u00e9issance, la mortification, la patience, l\u2019oubli de soi, la paix. La pens\u00e9e de Dieu console toujours, car quiconque est uni \u00e0 Dieu par la gr\u00e2ce peut se passer de beaucoup de choses.<\/p><p>________________<\/p><p>Ma vie est belle, aimante, aim\u00e9e\u2009! Tout mon \u00eatre est plein de Dieu, ravi, perdu en Dieu, sans autre pens\u00e9e que l\u2019amour.<\/p><p>Oh\u2009! je l\u2019aime, c\u2019est de la passion&#8230; Et cela ira tous les jours augmentant puisque c\u2019est lui, J\u00e9sus, qui d\u00e9veloppe et qui soutient mon amour.<\/p><p>Tout \u00e0 l\u2019heure je pensais, r\u00e9pondant dans mon c\u0153ur \u00e0 la question d\u2019une amie qui me demandait quelles \u00e9taient les pens\u00e9es que j\u2019aimais le mieux&#8230; Il me serait vraiment bien difficile de fixer mon choix, \u00e9tant donn\u00e9 le peu d\u2019occasions que j\u2019ai eues d\u2019appr\u00e9cier les belles pens\u00e9es des ma\u00eetres, mes lectures ayant \u00e9t\u00e9 bien au-dessous de la moyenne et que je n\u2019ai jamais lu de livres savants.<\/p><p>Je sais qu\u2019il y en a de tr\u00e8s belles, mais j\u2019ose affirmer, non seulement d\u2019apr\u00e8s mes lectures, mais d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, que celles que je pr\u00e9f\u00e8re \u00e0 toutes, m\u00eame aux plus belles, ce sont les pens\u00e9es \u00e9vang\u00e9liques, la Sainte Ecriture, la sainte liturgie et les belles pri\u00e8res de l\u2019Eglise\u2009! Elles sont \u00e0 mon \u00e2me une nourriture substantielle, une boisson sucr\u00e9e, sans m\u00e9lange d\u2019humain puisque ce sont des paroles uniquement inspir\u00e9es par le Saint-Esprit. Il ne peut donc y en avoir de plus belles.<\/p><p>^ 3 mars 1930 (lundi)<\/p><p>J\u00e9sus le veut\u2009: je dois devenir un autre lui-m\u00eame&#8230; un autre J\u00e9sus\u2009! Donc abandon, abandon\u2009! Abandon \u00e0 l\u2019Amour\u2009!&#8230; Abandon plein d\u2019amour. Tout enti\u00e8re \u00e0 J\u00e9sus&#8230; tout enti\u00e8re en J\u00e9sus pour devenir J\u00e9sus&#8230; et J\u00e9sus crucifi\u00e9.<\/p><p>Je monte au Calvaire, mais j\u2019y vais en chantant&#8230; Et c\u2019est si bon, si bon, si bon que quelquefois j\u2019ai peur de r\u00eaver.<\/p><p>Tout avec J\u00e9sus\u2009! Tout pour J\u00e9sus seul\u2009!&#8230; Tout ce qui me vient de lui, tout ce qui est de lui, je l\u2019aime\u2009; et j\u2019aime tout puisqu\u2019il n\u2019y a rien qui ne vienne de Dieu ou soit permis par son amour.<\/p><p>Je voudrais tellement n\u2019avoir aucune attache du c\u0153ur, ne mettre aucune r\u00e9serve \u00e0 mon amour.<\/p><p>Tout ce qui est consacr\u00e9 \u00e0 Dieu n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 Dieu, et ne doit par cons\u00e9quent \u00eatre ni partag\u00e9, ni profan\u00e9, ni repris. J\u00e9sus n\u2019a jamais permis pareille chose.<\/p><p>Seigneur infiniment aimant et infiniment mis\u00e9ricordieux, vous le voyez, je suis bien v\u00f4tre, toute v\u00f4tre\u2009; mais je le suis encore trop peu et je voudrais l\u2019\u00eatre beaucoup&#8230; Je voudrais l\u2019\u00eatre en tout et si g\u00e9n\u00e9reusement. Disposez de moi et de tout ce que vous mettez si abondamment en moi selon vos vues&#8230; selon vos int\u00e9r\u00eats&#8230; selon vos d\u00e9sirs et votre souverain bon plaisir. Fermez \u00e0 tout jamais mes yeux \u00e0 ce qui pourrait vous d\u00e9plaire, pour les ouvrir davantage \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9&#8230; \u00e0 l\u2019amour.<\/p><p>Que je voie sans voir, que j\u2019entende sans comprendre, tout ce qui n\u2019est pas dans votre volont\u00e9. Faites-moi mourir \u00e0 toute vie trop naturelle pour ne plus vivre que de la vie de la gr\u00e2ce et par pur amour.<\/p><p>Je voudrais arriver, avec l\u2019aide et le secours de la Sainte Vierge, \u00e0 transformer ma vie naturelle en une vie toute surnaturelle et divine.<\/p><p>Mais que ne puis-je pas, si je sais me faire aider par elle, et si je la prie avec cette confiance d\u2019enfant \u00e0 laquelle elle ne se d\u00e9robe jamais\u2009!<\/p><p>\u00d4 divine M\u00e9diatrice de toutes les \u00e2mes, afin de donner une double pl\u00e9nitude \u00e0 votre m\u00e9diation envers moi, je m\u2019abandonne \u00e0 vous comme \u00e0 votre divin Fils, pour vous appartenir comme \u00e0 lui.<\/p><p>\u00d4 ma M\u00e8re, r\u00e9gnez sur mon \u00e2me&#8230; Faites r\u00e9gner J\u00e9sus en moi\u2009!&#8230;<\/p><p>Je remets entre vos mains b\u00e9nies tous les actes de ma vie, pour qu\u2019ils soient pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 mon Roi et Seigneur J\u00e9sus. Je vous donne en particulier mes pauvres petits m\u00e9rites, vous suppliant de les affecter au sacerdoce, afin que, par lui, s\u2019\u00e9tablisse dans les \u00e2mes la double royaut\u00e9 de justice et d\u2019amour de votre divin Fils et la v\u00f4tre.<\/p><p>Que faire, que donner en reconnaissance de la grande gr\u00e2ce qui m\u2019a \u00e9t\u00e9 faite de comprendre ce qu\u2019une \u00e2me peut et doit arriver \u00e0 gagner en souffrant et en acceptant tout par amour\u2009?<\/p><p>Ah\u2009! qu\u2019il est doux, qu\u2019il est enviable le sort d\u2019une petite victime, qui, toute consacr\u00e9e \u00e0 J\u00e9sus et Marie, se laisse jour par jour silencieusement consumer par l\u2019amour. Je ne crois pas sortir de la v\u00e9rit\u00e9 en disant que, de toute ma volont\u00e9, je ne recherche jamais le plus doux, mais le plus p\u00e9nible\u2009; non le plus facile, mais le plus humiliant\u2009; non ce qui console, mais ce qui meurtrit\u2009; non ce qui pla\u00eet, mais ce qui mortifie\u2009; non ce qui est vu, mais ignor\u00e9\u2009; non la louange, mais l\u2019indiff\u00e9rence\u2009; non le repos, mais l\u2019effort continuel\u2009; non le bonheur, mais toujours la souffrance\u2009! C\u2019est la croix non pas en r\u00eave, mais en r\u00e9alit\u00e9.<\/p><p>Il y a bien encore de temps \u00e0 autre quelques petits contretemps, mais je ne crois pas qu\u2019ils soient pr\u00e9cis\u00e9ment un retard. J\u00e9sus m\u2019a fait comprendre qu\u2019il les permettait pour me maintenir dans l\u2019humilit\u00e9. D\u2019ailleurs, s\u2019il n\u2019y avait pas du mieux, je ne serais pas tout le temps tracass\u00e9e d\u2019ennuis. Ceux-ci ne sont-ils pas au contraire l\u2019heureux pr\u00e9sage de jours plus f\u00e9conds\u2009? Que J\u00e9sus et Marie soient lou\u00e9s de tout\u2009!&#8230;<\/p><p>Je veux amener beaucoup, beaucoup d\u2019\u00e2mes \u00e0 J\u00e9sus, par mon seul amour et l\u2019offrande enti\u00e8re de ma vie de malade, sans autre volont\u00e9 que celle de mon Dieu, ou plut\u00f4t par ma volont\u00e9 pleinement unie \u00e0 celle de mon Dieu.<\/p><p>Je compte surtout sur la Sainte Vierge pour me garder bien petite, toujours plus petite et infiniment aimante, et tous les jours plus amoureusement abandonn\u00e9e au bon plaisir divin. Ne faut-il pas que je sois toute \u00e0 Dieu, et toute aux choses de Dieu\u2009? \u00ab\u2009Le Christ ne s\u2019est jamais plu \u00e0 lui-m\u00eame.\u2009\u00bb<\/p><p>Mon Dieu, me voici, non pour faire ma volont\u00e9, mais la v\u00f4tre. Et la volont\u00e9 de Dieu est que je ne perde rien de ce qu\u2019il m\u2019a donn\u00e9, de faire toujours ce qui lui est le plus agr\u00e9able.<\/p><p>Quelle louange plus glorieuse que cette oblation infiniment aimante de l\u2019\u00e2me \u00e0 J\u00e9sus, et de J\u00e9sus au P\u00e8re \u00e9ternel\u2009!<\/p><p>Notre vie doit en effet \u00eatre une extension de la vie du Christ. C\u2019est donc \u00e0 lui comme \u00e0 notre Ma\u00eetre que sont manifest\u00e9es les volont\u00e9s du Ciel qui nous concernent.<\/p><p>Que pouvons-nous d\u00e9sirer de plus parfait que cette volont\u00e9, de plus utile \u00e0 notre \u00e2me\u2009? Nous n\u2019avons pas \u00e0 comparer les diff\u00e9rents actes de Dieu en ce qui nous concerne, tout se concentre dans l\u2019amour qu\u2019il nous porte. Sa sagesse et sa puissance sont au service de sa bont\u00e9 qui veut nous assurer la participation \u00e0 sa saintet\u00e9.<\/p><p>Chaque volont\u00e9 de Dieu accomplie par amour est, pour l\u2019\u00e2me en \u00e9tat de gr\u00e2ce, une communion \u00e0 la saintet\u00e9 de Dieu.<\/p><p>Or, tout ici-bas est messager de la volont\u00e9 de Dieu pour moi\u2009!<\/p><p>\u00d4 Amour\u2009! ineffable Amour\u2009! Ceux qui voient Dieu par la lumi\u00e8re de l\u2019Esprit Saint ne peuvent pas ne pas l\u2019aimer et aller au-devant de tous ses d\u00e9sirs.<\/p><p>Non, rien n\u2019est impossible \u00e0 l\u2019amour\u2009! L\u2019amour rend tout possible, tout facile et tout simple. L\u2019amour est un feu divin qui purifie pour sanctifier, qui nous d\u00e9pouille pour nous enrichir. Dieu nous b\u00e2tit en nous d\u00e9molissant. Qui vit dans l\u2019amour, vit de Dieu, et a Dieu en lui\u2009!<\/p><p>C\u2019est non seulement pour la plupart des mortels, mais pour tous qu\u2019il n\u2019y a de v\u00e9ritable bonheur qu\u2019en Dieu, parce que c\u2019est tous, et non quelques-uns, qui sommes appel\u00e9s \u00e0 r\u00e9aliser un bien sup\u00e9rieur \u00e0 nous-m\u00eames.<\/p><p>Il y a une saintet\u00e9 commune \u00e0 laquelle tous les chr\u00e9tiens par vocation doivent aspirer et embrasser, dans la mesure des gr\u00e2ces qui leur sont faites, parce que tous y sont appel\u00e9s. La d\u00e9sirer n\u2019est pas de l\u2019orgueil, parce que c\u2019est Dieu qui nous l\u2019impose. La poursuivre n\u2019est pas pr\u00e9somption, puisque pour atteindre ces sommets de l\u2019esprit, nous comptons uniquement sur le secours du ciel, et non sur nous-m\u00eames\u2009; nous devons cependant et \u00e0 tout prix la rechercher sans faiblesse, la poursuivre sans langueur, sans ti\u00e9deur, sans ralentissement, parce que la perfection demeure en soi une h\u00e9ro\u00efque vertu&#8230; Elle est un sommet.<\/p><p>C\u2019est donc que cette belle vie morale, cette belle ascension d\u2019amour ne se soutient pas toute seule\u2009: il faut la nourrir, l\u2019alimenter, la diffuser sans cesse par les pratiques religieuses fid\u00e8lement accomplies, c\u2019est-\u00e0-dire non d\u2019une fa\u00e7on l\u00e9g\u00e8re, mais par amour, en toute conscience et volont\u00e9.<\/p><p>Ce ne serait pas rendre la saintet\u00e9 attrayante et facile que de l\u2019abaisser \u00e0 la mesure de nos m\u00e9diocrit\u00e9s. Dieu est une Altissime Grandeur de vie, d\u2019intelligence, de saintet\u00e9, de sagesse, d\u2019amour, et nous ne devons et nous ne pouvons entrer dans la demeure du P\u00e8re que semblables au Fils, car nous sommes tous pr\u00e9destin\u00e9s \u00e0 devenir \u2013 non un peu, ni m\u00eame beaucoup \u2013 conformes \u00e0 son image\u2009: comme lui, doux et humbles de c\u0153ur, ob\u00e9issants jusqu\u2019\u00e0 la mort&#8230; et \u00e0 la mort de la croix s\u2019il le fallait.<\/p><p>S\u2019il y a tant de chr\u00e9tiens qui pensent que la saintet\u00e9 est un \u00e9tat sp\u00e9cialement r\u00e9serv\u00e9 aux grandes \u00e2mes, et simplement \u00e0 quelques-unes, c\u2019est qu\u2019ils ne la voient pas dans toute sa simplicit\u00e9 et sa belle v\u00e9rit\u00e9. Ils ne la voient qu\u2019entour\u00e9e d\u2019\u0153uvres extraordinaires, impossibles au commun des mortels. Souvent aussi ils la confondent avec les gr\u00e2ces gratuitement donn\u00e9es, avec les visions ou le don des miracles. Ils n\u2019imaginent les saints qu\u2019en extase ou en croix ou \u00ab\u2009pench\u00e9s sur des morts pour les ressusciter\u2008\u00bb. Qu\u2019on puisse vivre avec Dieu dans une union d\u2019amour pur ne leur vient pas \u00e0 l\u2019esprit. Pourtant, la vraie saintet\u00e9 est contenue principalement dans la charit\u00e9 parfaite, et cette perfection, chacun peut l\u2019atteindre sans gr\u00e2ces extraordinaires, sans faveurs de choix, et m\u00eame et surtout sans \u0153uvres \u00e9clatantes, mais en demeurant, avec sainte Th\u00e9r\u00e8se de l\u2019Enfant-J\u00e9sus, \u00ab\u2009une petite \u00e2me\u2009\u00bb confiante et tout enti\u00e8re abandonn\u00e9e \u00e0 l\u2019amour&#8230; une \u00e2me de pri\u00e8re et d\u2019oraison.<\/p><p>L\u2019Eglise nous montre d\u2019ailleurs en l\u2019aimable petite Th\u00e9r\u00e8se un illustre exemple de grande, de tr\u00e8s grande saintet\u00e9 dans la plus simple des vies.<\/p><p>Irons-nous donc au Royaume de Dieu par la m\u00e9diocrit\u00e9 et les plus mesquines vertus, diront certains\u2009? Non\u2009! la saintet\u00e9 est une sublime perfection, qui peut \u00eatre tr\u00e8s simple, mais toute en puret\u00e9, en pl\u00e9nitude, en harmonie, et non en vanit\u00e9, en bassesse, en m\u00e9diocrit\u00e9. La vie apparemment la plus ordinaire doit nous \u00e9lever aux plus hauts sommets de l\u2019union et de l\u2019amour.<\/p><p>Ayant compris que la perfection consiste principalement dans la charit\u00e9 parfaite et sp\u00e9cialement dans l\u2019acte d\u2019amour port\u00e9 au sublime, mon id\u00e9al est de poursuivre directement le progr\u00e8s dans la vie spirituelle par le progr\u00e8s dans l\u2019amour. L\u2019acte d\u2019amour \u00e9tant par excellence l\u2019\u00e2me de toute ma vie.<\/p><p>\u00ab\u2009Dieu est charit\u00e9, et celui qui demeure dans la charit\u00e9 demeure en Dieu et a Dieu en lui.\u2009\u00bb Il suffit donc d\u2019employer tous mes efforts, de faire tendre tous mes d\u00e9sirs vers ce but supr\u00eame\u2009: l\u2019amour de Dieu, pour arriver \u00e0 le conqu\u00e9rir sans mesure.<\/p><p>Toute \u00e2me consacr\u00e9e \u00e0 Dieu qui veut se sanctifier, ne peut rester unie \u00e0 Dieu que soutenue par l\u2019amour de la pri\u00e8re et la sainte communion.<\/p><p>Aimer Dieu invisible, l\u2019aimer d\u2019un amour surnaturel, g\u00e9n\u00e9reux et pleinement immol\u00e9 est chose facile et simple, il suffit de s\u2019humilier, de reconna\u00eetre son humaine mis\u00e8re et de ne plus l\u2019appuyer que sur Dieu\u2009; de faire de sa petitesse le principe de sa grandeur. Dieu nous \u00e9l\u00e8ve en nous an\u00e9antissant\u2009! Le doux enfant J\u00e9sus n\u2019a voulu appara\u00eetre sur la terre, au fond de sa pauvre Cr\u00e8che, que pour que nous nous laissions attirer tr\u00e8s bas, bien bas, jusqu\u2019au niveau de son n\u00e9ant\u2009!<\/p><p>Qu\u2019un tel amour, qu\u2019un si profond an\u00e9antissement de la part d\u2019un Dieu soit si peu compris est incroyable\u2009! Il est vrai que pour comprendre un si grand myst\u00e8re, pour jouir des divines tendresses d\u2019un Dieu, n\u00e9 et mort d\u2019amour pour nous, il faut savoir s\u2019humilier, ouvrir les yeux sur sa mis\u00e8re&#8230; et voil\u00e0 ce que beaucoup ne veulent pas ou ne savent pas faire.<\/p><p>Si chacun, dis-je, voulait greffer sur lui le petit ferment chr\u00e9tien qui changerait et son c\u0153ur et sa vie, et si toutes les \u00e2mes en \u00e9tat de gr\u00e2ce voulaient aimer Dieu comme il faudrait l\u2019aimer et vivre dans l\u2019intime union avec lui, oh\u2009! comme la vie serait pour tous belle et harmonieuse, qu\u2019il serait doux de vivre dans le plan divin r\u00e9alis\u00e9\u2009!<\/p><p>Si le monde d\u00e9sax\u00e9 court \u00e0 la d\u00e9rive, c\u2019est en grande partie parce qu\u2019il y a trop de mouvements, pas assez de pri\u00e8res, trop d\u2019action et pas assez d\u2019adoration, trop d\u2019\u0153uvres et pas assez de vie int\u00e9rieure&#8230; pas assez d\u2019esprit surnaturel.<\/p><p>Pour renouveler le monde, J\u00e9sus et Marie n\u2019ont rien trouv\u00e9 de meilleur, si je puis m\u2019exprimer ainsi, que de souffrir et d\u2019aimer dans l\u2019oblation de leurs volont\u00e9s \u00e0 la volont\u00e9 du P\u00e8re. Ils se sont sanctifi\u00e9s en nous sanctifiant, et les ap\u00f4tres comme les premiers chr\u00e9tiens ont suivi leurs traces.<\/p><p>Que peuvent d\u2019ailleurs toutes les \u0153uvres ext\u00e9rieures, toutes les activit\u00e9s les mieux comprises, les plus perfectionn\u00e9es et multipli\u00e9es, si ce n\u2019est vraiment en Dieu qu\u2019elles s\u2019alimentent\u2009? Elles ne sont des moyens qui ne sont efficaces que dans la mesure o\u00f9 Dieu en est l\u2019animateur. J\u00e9sus a fond\u00e9 l\u2019Eglise avec douze ap\u00f4tres ignorants et d\u00e9pourvus de tous moyens humains pour r\u00e9ussir, mais que sa gr\u00e2ce faisait riches de foi agissante dans l\u2019amour. Les saints en ont fait autant. C\u2019est plus encore la saintet\u00e9 qui manque que les ouvriers, et le divin Ma\u00eetre nous rappelle ses paroles\u2009: \u00ab\u2009Cherchez d\u2019abord le Royaume de Dieu et sa justice et tout le reste vous sera donn\u00e9 par surcro\u00eet\u2009\u00bb. Si vous \u00eates saints, voulait-il dire, Dieu sera avec vous en tout ce que vous ferez, pour animer et f\u00e9conder vos efforts.<\/p><p>C\u2019est l\u00e0 l\u2019appel qu\u2019il adresse \u00e0 ses enfants les plus purs, les plus g\u00e9n\u00e9reux, pour une action int\u00e9rieure animant l\u2019action ext\u00e9rieure. Et la charit\u00e9, que le Christ et sa M\u00e8re communiquent \u00e0 l\u2019Eglise, refleurira abondamment en elle, et ce sera comme une nouvelle p\u00e9riode de f\u00e9condit\u00e9, venue par les membres vivants du Christ, qui la renouvellera.<\/p><p>Ah\u2009! puissions-nous, puiss\u00e9-je pour ma faible part, h\u00e2ter ce moment trois fois heureux, o\u00f9 toutes les nations cr\u00e9\u00e9es par Dieu, rachet\u00e9es par J\u00e9sus et Marie, les acclameront, sur la terre d\u2019abord, puis au grand jour de l\u2019\u00e9ternit\u00e9, pour leur Roi et leur Reine de justice et d\u2019amour, pour la plus grande gloire de la Tr\u00e8s Sainte Trinit\u00e9.<\/p><p>Que l\u2019Amour infini nous re\u00e7oive, au soir de nos combats, en phalanges innombrables, c\u2019est le v\u0153u que je forme, c\u2019est ce que je lui demande et ne cesserai de lui demander. \u00ab\u2009La Lumi\u00e8re luit dans les t\u00e9n\u00e8bres, mais les t\u00e9n\u00e8bres ne l\u2019ont pas comprise.\u2009\u00bb A moi d\u2019expier, de r\u00e9parer, de racheter tant d\u2019indiff\u00e9rence, tant d\u2019ingratitude et de m\u00e9pris. En vivant si adorante, si g\u00e9n\u00e9reuse, si aimante, si pure et si intimement unie \u00e0 Dieu dans la souffrance et l\u2019immolation, qu\u2019il y ait plus de r\u00e9signation, plus de bont\u00e9, plus de charit\u00e9 et plus d\u2019amour de Dieu sur la terre apr\u00e8s mon insignifiant passage.<\/p><p>La mesure de notre f\u00e9condit\u00e9 est proportionn\u00e9e et s\u2019adapte \u00e0 la mesure de notre saintet\u00e9. Une \u00e2me ne donne que du trop-plein d\u2019elle-m\u00eame.<\/p><p>Expier, r\u00e9parer, consoler, aimer\u2009! Me donner&#8230; me d\u00e9penser sans partage et de tout mon \u00eatre pour Dieu, pour chacun&#8230; pour les \u00e2mes. Transformer tous mes actes en actes surnaturels et divins, c\u2019est la plus belle v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est le plus grand et le dernier mot de l\u2019amour.<\/p><p>Mettre l\u2019amour o\u00f9 il y a la haine&#8230; la beaut\u00e9 o\u00f9 il y a la laideur&#8230; la pri\u00e8re o\u00f9 il y a le m\u00e9pris&#8230; le bien o\u00f9 il y a le mal&#8230; l\u2019union fid\u00e8le o\u00f9 il y a l\u2019indiff\u00e9rence et l\u2019oubli de Dieu&#8230; le z\u00e8le o\u00f9 il y a la ti\u00e9deur\u2009: c\u2019est mettre la paix, la joie, le ciel dans son \u00e2me et dans l\u2019\u00e2me du prochain.<\/p><p>Si, pour sauver les \u00e2mes et les donner \u00e0 Dieu, je pouvais me vendre, je crois que je me vendrais. Car il est totalement impossible de concevoir la vie autrement, de l\u2019employer \u00e0 autre chose que d\u2019arracher des t\u00e9n\u00e8bres de la mort pour les conduire \u00e0 la lumi\u00e8re, \u00e0 la vie, \u00e0 l\u2019amour, \u00e0 Dieu, tant de pauvres humains si faibles, si malheureux, si tristes, et si d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s quelquefois, mais capables cependant de devenir si purs, si lumineux, si beaux et si grands dans l\u2019amour.<\/p><p>Mon doux J\u00e9sus, par l\u2019offrande de mes souffrances toujours accept\u00e9es par amour, daignez changer vos mal\u00e9dictions en b\u00e9n\u00e9dictions\u2009; votre absence en pr\u00e9sence dans toutes les \u00e2mes de bonne volont\u00e9\u2009; votre col\u00e8re en douceur\u2009; votre irritation en tendresse et en doux embrassements. Qu\u2019elle soit pour les p\u00e9cheurs comme un nouveau Bapt\u00eame qui, gr\u00e2ce et en vertu du Sang divin de J\u00e9sus, les lave, les purifie, leur rende leur beaut\u00e9 perdue et les r\u00e9tablisse dans leur premier \u00e9tat. Qu\u2019elle soit enfin comme une conductrice de la gr\u00e2ce qui agit en moi et, par moi, produise dans les \u00e2mes comme une r\u00e9surrection, un rajeunissement, un refleurissement, une nouvelle vie, et les conduise toutes au seuil de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 bienheureuse.<\/p><p>Souffrir, ne jamais mourir pour toujours souffrir\u2009! Me faire toute \u00e0 tous, afin de les sauver tous.<\/p><p>Que le Dieu de la paix et de l\u2019amour soit tout entier en tous et avec tous&#8230; et que tous vivent en lui, avec lui, toujours\u2009!<\/p><p>Que nombreuses sont les religieuses, m\u00eame les jeunes filles et les femmes du monde \u00e0 qui il n\u2019a manqu\u00e9 pour \u00eatre &lt;\u2009saintes\u2009?\u2009&gt; que la divine empreinte de la Croix de J\u00e9sus Christ\u2009! L\u2019\u00e2me est comme la terre\u2009: il faut qu\u2019elle soit d\u00e9chir\u00e9e pour \u00eatre f\u00e9conde.<\/p><p>^ 4 mars 1930 (mardi)<\/p><p>Ce n\u2019est pas pour \u00eatre vu, pour \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9 et m\u00eame pour \u00eatre content au fond de son \u00e2me et avoir la paix qu\u2019il faut devenir meilleur, mais pour plaire \u00e0 Dieu, pour ob\u00e9ir \u00e0 Dieu, pour aimer et faire aimer et glorifier le Bon Dieu.<\/p><p>______________<\/p><p>Comme il fait bon de s\u2019abandonner \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu et se r\u00e9fugier dans le tabernacle\u2009; de parler, d\u2019\u00e9couter, de sentir le divin regard de J\u00e9sus se poser et reposer sur son \u00e2me. De la face du tabernacle \u00e0 la face de Dieu, il n\u2019y a qu\u2019un voile \u00e0 laisser tomber, et il est suspendu \u00e0 un seul et amoureux soupir. \u00d4 J\u00e9sus, formez en moi cette pri\u00e8re qui perce les nues, cette pri\u00e8re qui fait tomber tous les voiles. Donnez-moi ce br\u00fblant d\u00e9sir de vous poss\u00e9der, qui monte jusqu\u2019\u00e0 votre tr\u00f4ne supr\u00eame, qui ouvre, \u00f4 mon Bien-aim\u00e9, un doux asile dans votre C\u0153ur. Ma pri\u00e8re demande, elle frappe \u00e0 la porte du tabernacle, du ciel et de la terre, mais faites, \u00f4 mon Roi, que mes pri\u00e8res partent d\u2019un c\u0153ur pur, humble et sanctifi\u00e9.<\/p><p>^ 5 mars 1930 (mercredi)<\/p><p>La charit\u00e9 est comme l\u2019humilit\u00e9 et comme l\u2019amour\u2009: ni la douleur ni l\u2019\u00e9preuve ne peut la d\u00e9truire, ni la distance l\u2019amoindrir, ni le temps l\u2019effacer.<\/p><p>La charit\u00e9, comme l\u2019humilit\u00e9, est fille de l\u2019amour, elle triomphe de tout, elle r\u00e9siste \u00e0 tout, elle s\u2019incline \u00e0 tout. De d\u00e9veloppement en d\u00e9veloppement, elle atteint les sommets les plus sublimes.<\/p><p>\u00ab\u2009Ayez tout, dit saint Paul, soyez tout, si vous n\u2019avez pas la charit\u00e9 vous n\u2019avez rien, mais si vous avez la charit\u00e9, n\u2019\u00e9tant rien en tout le reste, vous \u00eates quand m\u00eame tout dans l\u2019ordre du salut.\u2009\u00bb<\/p><p>Seigneur J\u00e9sus, que par la charit\u00e9, avec la charit\u00e9 et dans la charit\u00e9, je monte jusqu\u2019\u00e0 vous. Je le puis avec vous, en vous\u2009!<\/p><p>Mon c\u0153ur d\u00e9borde d\u2019amour, de paix en Dieu\u2009! C\u2019est la joie dans le plus complet sacrifice.<\/p><p>Aimer Dieu, aimer J\u00e9sus, c\u2019est tout lui donner en retour, et se donner soi-m\u00eame. Aimer, c\u2019est montrer, c\u2019est t\u00e9moigner son amour, c\u2019est faire en tout la volont\u00e9 de l\u2019aim\u00e9\u2009; ou plut\u00f4t, c\u2019est perdre sa volont\u00e9 dans la volont\u00e9 de l\u2019aim\u00e9&#8230; c\u2019est vivre en lui \u00e9ternellement.<\/p><p>Aimer, c\u2019est m\u00e9riter, c\u2019est monter, c\u2019est grandir, c\u2019est accro\u00eetre sa vie surnaturelle, c\u2019est la porter au sublime.<\/p><p>\u00ab\u2009Aimer\u2009! c\u2019est sans retour se d\u00e9vouer sans cesse,<\/p><p>C\u2019est se laisser trahir sans jamais se venger,<\/p><p>C\u2019est plus que se donner, c\u2019est faire avec noblesse<\/p><p>L\u2019abandon de soi-m\u00eame et ne jamais changer.<\/p><p>Aimer\u2009! c\u2019est anoblir sa pens\u00e9e et son \u00eatre,<\/p><p>C\u2019est r\u00e9chauffer son c\u0153ur et c\u2019est le ranimer,<\/p><p>C\u2019est un parfum si pur qu\u2019il charme, qu\u2019il p\u00e9n\u00e8tre,<\/p><p>C\u2019est un ravissement qu\u2019on ne peut exprimer.<\/p><p>Aimer\u2009! c\u2019est accomplir un v\u0153u de la nature,<\/p><p>Qui nous trace la route au but myst\u00e9rieux.<\/p><p>C\u2019est ob\u00e9ir \u00e0 Dieu qu\u2019aimer sa cr\u00e9ature,<\/p><p>De tous les sentiments, c\u2019est le plus glorieux.\u2008\u00bb<\/p><p>Aime Dieu, \u00f4 mon \u00e2me, et va ton chemin\u2009! L\u2019amour rapproche&#8230; L\u2019amour unit et Dieu avec toi, et Dieu en toi. C\u2019est toujours sans doute le combat, la souffrance sur la terre, c\u2019est m\u00eame quelquefois la douloureuse agonie, mais c\u2019est toujours le bonheur, c\u2019est toujours la victoire.<\/p><p>Va, sans te laisser arr\u00eater par la lassitude et la douleur&#8230; secoue ta langueur. Un arr\u00eat de quelques heures te serait funeste, et, pendant ce repos plus trompeur peut-\u00eatre que r\u00e9parateur, qui sait les mauvaises semences que l\u2019ennemi jetterait en toi\u2009? Va, sans te laisser arr\u00eater par les \u00e9pines qui sillonnent ta route. Elle est dure, la mont\u00e9e, mais l\u2019arriv\u00e9e sera alors si douce.<\/p><p>Marche, marche encore, \u00f4 mon \u00e2me, jusqu\u2019au bout&#8230; oui, malgr\u00e9 tout, malgr\u00e9 les adversit\u00e9s et les \u00e9preuves qui peuvent surgir.<\/p><p>^\u00a0 6 mars 1930 (jeudi)<\/p><p>Sainte Communion. L\u2019amour m\u2019a prise&#8230; l\u2019amour m\u2019a saisie&#8230; l\u2019amour m\u2019a ravie en Dieu.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, \u00e2me et vie de mon \u00e2me\u2009! pourquoi faut-il vous laisser aller\u2009?&#8230; pourquoi faut-il revenir de vous, redescendre de vous, \u00f4 mon Ma\u00eetre ador\u00e9\u2009?&#8230; Nous \u00e9tions cependant si bien. J\u2019\u00e9tais si \u00e0 vous, si pleinement en vous et si heureuse de l\u2019\u00eatre&#8230; Et vous \u00e9tiez tellement en moi et \u00e0 moi.<\/p><p>Vous en moi, \u00f4 J\u00e9sus, et moi avec vous, en vous, ne voyant, n\u2019\u00e9coutant plus autre chose. Quelle myst\u00e9rieuse solitude\u2009! Quel d\u00e9licieux seul \u00e0 seul\u2009!<\/p><p>Pourquoi semblez-vous maintenant ne plus me vouloir\u2009?&#8230; M\u00eame dans l\u2019union, m\u00eame dans la plus douce intimit\u00e9, il y a la souffrance. Le bonheur ne peut \u00eatre ni stable, ni parfait sur la terre&#8230; Il ne sera complet qu\u2019au ciel\u2009; mais la paix, la joie en est. Je l\u2019ai go\u00fbt\u00e9e, j\u2019en ai savour\u00e9 la douceur&#8230; je la go\u00fbte encore.<\/p><p>J\u00e9sus a mis de la lumi\u00e8re, de la vie partout, et jusque dans ma pauvre petite chambre&#8230; et du ciel plein mon \u00e2me\u2009!<\/p><p>Oh\u2009! que de grands et de sublimes myst\u00e8res se montrent \u00e0 nos regards sans nous retenir\u2009!<\/p><p>Il me semble que si toutes les cr\u00e9atures recevaient les m\u00eames faveurs que moi, les m\u00eames lumi\u00e8res que moi, Dieu ne serait un inconnu pour personne, mais aim\u00e9 de tous jusqu\u2019\u00e0 l\u2019exc\u00e8s\u2009; avec confiance et non en tremblant. Jamais aucune \u00e2me ne commettrait la plus petite faute, ne lui ferait la plus petite peine volontaire&#8230; Il ne recevrait de tous que de l\u2019amour.<\/p><p>Oh\u2009! cette union d\u2019amour avec Notre-Seigneur, cette intimit\u00e9 r\u00e9v\u00e9latrice et ces paroles sublimes tomb\u00e9es des l\u00e8vres divines, plus suaves, plus douces que le miel, plus p\u00e9n\u00e9trantes qu\u2019un glaive \u00e0 deux tranchants. \u00ab\u2009Ma fille, tu voudrais, dis-tu, pouvoir te vendre pour arracher les \u00e2mes au p\u00e9ch\u00e9, \u00e0 l\u2019enfer, pour me les donner\u2009? Vends-toi \u00e0 moi, je t\u2019ach\u00e8terai. Vends-moi tout. Je te transformerai en moi&#8230; Je te ferai un avec moi&#8230; Je ferai de toi un autre moi-m\u00eame, comme tu le d\u00e9sires.<\/p><p>Vois aujourd\u2019hui la belle union que j\u2019op\u00e8re entre toi et moi, entre mon C\u0153ur et le tien. N\u2019es-tu pas bienheureuse\u2009?\u2009\u00bb<\/p><p>Je vis en effet, \u00e0 la lumi\u00e8re divine comme dans un miroir incomparablement pur, comment J\u00e9sus se donne \u00e0 nous, s\u2019abandonne, se livre \u00e0 nous et se laisse poss\u00e9der par nous chaque fois qu\u2019il lui pla\u00eet, mais particuli\u00e8rement dans le sacrement de l\u2019Eucharistie. Je vis aussi d\u2019une fa\u00e7on semblable comment il nous unit, nous fond en lui et nous transforme, dans la mesure o\u00f9 nous lui laissons la libert\u00e9, et selon aussi la puret\u00e9 et l\u2019ardeur de notre amour et notre d\u00e9sir de lui appartenir.<\/p><p>\u00d4 V\u00e9rit\u00e9 qui \u00eates Dieu, faites-moi encore vous entendre\u2009!&#8230; Faites que je sois un avec vous dans un amour \u00e9ternel\u2009!&#8230; Que tous les Docteurs se taisent, que toutes les cr\u00e9atures fassent silence devant vous\u2009; parlez-moi, vous seul, \u00f4 mon Dieu\u2009!<\/p><p>\u00d4 Verbe \u00e9ternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie \u00e0 vous \u00e9couter&#8230; \u00e0 vous aimer en silence\u2009!<\/p><p>\u00d4 Verbe de Lumi\u00e8re, \u00f4 mon J\u00e9sus, je veux me faire toute enseignable, afin d\u2019apprendre tout de vous\u2009!<\/p><p>Dieu est \u00e0 moi, et je suis \u00e0 lui&#8230; je suis toute \u00e0 lui\u2009! bien qu\u2019il ait dit plusieurs fois \u00e0 mon \u00e2me\u2009: \u00ab\u2009Je suis tien\u2009\u00bb.<\/p><p>Alors, dans l\u2019exc\u00e8s d\u2019une joie d\u00e9lirante, je me suis \u00e9cri\u00e9e\u2009: \u00ab\u2008Vous, Seigneur J\u00e9sus, vous, mien\u2009? Vous \u00e0 moi\u2009? Mais auriez-vous donc encore oubli\u00e9 mes langueurs, mes ti\u00e9deurs, mes offenses et ma si grande mis\u00e8re\u2009? Auriez-vous aussi oubli\u00e9 toutes les \u00e2mes qui vous appellent et qui vous aiment plus fort et bien mieux peut-\u00eatre que moi\u2009? Que restera-t-il pour elles\u2009?&#8230; Que leur donnerez-vous, si vous donnez tout \u00e0 moi\u2009? si vous les d\u00e9pouillez pour m\u2019enrichir\u2009?\u2009\u00bb<\/p><p>Mon \u00e9moi est aussit\u00f4t gu\u00e9ri\u2009: \u00ab\u2009Je me donne tout entier \u00e0 elles comme \u00e0 toi, je leur donne autant et avec autant de bont\u00e9 et d\u2019amoureuse tendresse, je les comble de m\u00eame de toutes mes gr\u00e2ces et de mes dons les plus pr\u00e9cieux, selon l\u2019immensit\u00e9 de leurs d\u00e9sirs et leur g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9&#8230; selon aussi qu\u2019il me pla\u00eet.<\/p><p>Je suis l\u2019in\u00e9puisable richesse, et si je ne me donne pas \u00e0 tous de la m\u00eame mani\u00e8re, si je ne leur donne pas autant, c\u2019est qu\u2019ils ne me demandent pas, qu\u2019ils ne m\u2019appellent pas, ou ils le font mal. Ah\u2009! si tous voulaient se d\u00e9vouer, se prodiguer pour moi et voulaient se donner \u00e0 moi comme tu te donnes\u2009! Demande-moi pour eux, obtiens pour eux. Obtiens pour moi&#8230; mendie pour moi aussi, aime-moi pour ceux qui ne m\u2019aiment pas. Sois g\u00e9n\u00e9reuse pour ceux qui ne le sont pas.\u2009\u00bb<\/p><p>\u00d4 Dieu mis\u00e9ricordieux et bon, je ne suis qu\u2019une tr\u00e8s, tr\u00e8s pauvre petite \u00e2me bien indigne de recevoir les b\u00e9n\u00e9dictions et les faveurs innombrables dont je suis, par votre infinie bont\u00e9, si lib\u00e9ralement combl\u00e9e. Mais, les ayant re\u00e7ues, les recevant sans cesse, accordez-moi, s\u2019il vous pla\u00eet, de m\u00e9riter vraiment de les conserver toujours pour votre amour, votre honneur et votre plus grande gloire, \u00f4 sainte et divine Trinit\u00e9.<\/p><p>Sans Dieu, loin de Dieu, hors de lui, pauvre vie, p\u00e2le existence, malheureuse joie, pauvres mortels\u2009!<\/p><p>Si le doux sacrement de la communion ne produit pas en chacun les m\u00eames fruits, les m\u00eames salutaires effets, c\u2019est que peut-\u00eatre nous ne le recevons pas avec toutes les dispositions n\u00e9cessaires. Nous allons \u00e0 J\u00e9sus avec un c\u0153ur rempli de choses inopportunes \u00e0 la gr\u00e2ce et tout-\u00e0-fait contraires \u00e0 son action souveraine en nous, J\u00e9sus ne pouvant vivre longtemps dans un c\u0153ur partag\u00e9.<\/p><p>\u00d4 mon J\u00e9sus, comme vos cr\u00e9atures vous affligent&#8230; Comme elles vous traitent, vous, la bont\u00e9, la tendresse m\u00eame, vous l\u2019\u00e9ternel Amour\u2009! \u00d4 Ma\u00eetre ador\u00e9, pardon et mis\u00e9ricorde pour tous, pardon et piti\u00e9 pour moi aussi, pour mes ti\u00e9deurs, mes n\u00e9gligences, mes faiblesses, pour toutes sortes d\u2019attaches trop naturelles.<\/p><p>Trop nombreuses sont aussi les personnes qui se figurent n\u2019avoir pas fait une bonne communion quand elles n\u2019ont \u00e9prouv\u00e9 aucune \u00e9motion, ni effet sensible, qu\u2019elles n\u2019ont pas vers\u00e9 de larmes, ni senti la pr\u00e9sence r\u00e9elle de Notre-Seigneur en elles\u2009; qu\u2019elles n\u2019ont rien entendu, rien connu, rien go\u00fbt\u00e9 des douceurs, des consolations ins\u00e9parables de Dieu.<\/p><p>Qu\u2019elles se consolent\u2009! J\u2019avoue que les douceurs, les consolations divines sont des g\u00e2teries, qui, quelquefois, stimulent notre ferveur, aident notre pi\u00e9t\u00e9, nous encouragent dans la bonne voie, nous sommes des vases si fragiles\u2009! Mais J\u00e9sus, qui nous aime mieux que nous ne le savons, mieux que nous ne pouvons nous l\u2019imaginer, sait nous m\u00e9nager des douceurs quand elles sont n\u00e9cessaires.<\/p><p>La communion n\u2019est pas une r\u00e9compense, elle est un moyen d\u2019union et d\u2019amour et de sanctification. Elle est la source vive de toutes nos actions et le fondement de tout bien moral et divin.<\/p><p>La sainte communion, c\u2019est-\u00e0-dire la commune-union entre l\u2019\u00e2me et J\u00e9sus, est bien ce qu\u2019il y a de plus grand, de plus saint, de plus mis\u00e9ricordieux, de plus aimant apr\u00e8s l\u2019union de la divinit\u00e9 \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 par l\u2019incarnation, et apr\u00e8s la r\u00e9demption. L\u2019intelligence humaine ne peut rien concevoir de plus grand pour l\u2019homme sur la terre\u2009; la puissance divine ne peut rien faire de plus aimant.<\/p><p>La sainte communion attire tout ce qui est pur et veut rester pur, tout ce qui est d\u00e9vou\u00e9 et veut toujours \u00eatre plus d\u00e9vou\u00e9, tout ce qui a le d\u00e9sir du bien, du beau, du divin\u2009; et voil\u00e0 pourquoi nous devons avoir pour la sainte communion un attrait sp\u00e9cial.<\/p><p>Il n\u2019est donc pas n\u00e9cessaire, pour qu\u2019elle soit bonne et tr\u00e8s bonne, d\u2019y recevoir des consolations, des gr\u00e2ces de choix, des faveurs surnaturelles extraordinaires\u2009; mais bien du soin avec lequel nous nous pr\u00e9parons \u00e0 un acte aussi sublime et des fruits que nous retirons de l\u2019action de gr\u00e2ce, mais non des \u00e9motions ressenties, plus souvent provoqu\u00e9es par une sensibilit\u00e9 naturelle exag\u00e9r\u00e9e que par les sentiments profonds \u00e9prouv\u00e9s \u00e0 cette minute divine. En un mot, ne sacrifions pas le fruit pour l\u2019effet. Et s\u2019il est vrai que la communion fr\u00e9quente est la base de l\u2019union intime et f\u00e9conde avec J\u00e9sus, qu\u2019elle est le succ\u00e8s de notre perfection et le secours qui nous aidera \u00e0 vivre de Dieu, dans la soci\u00e9t\u00e9 de Dieu, il est donc absolument indispensable de ne pas nous abstenir si facilement d\u2019un si grand bien&#8230; du seul vrai grand bien, si nous voulons entretenir fid\u00e8lement dans notre \u00e2me la vie du divin mod\u00e8le J\u00e9sus, que nous sommes oblig\u00e9s de retracer en nous, ressemblance sans laquelle on ne peut \u00eatre pr\u00e9destin\u00e9s.<\/p><p>Heureuses, les \u00e2mes qui ont la joie et qui m\u00e9ritent de communier tous les jours\u2009! Heureuses celles qui, sur leur lit de mort, voient les pr\u00e9c\u00e9der au ciel chacune des nombreuses journ\u00e9es de la vie qu\u2019elles ont pass\u00e9es dans la solitude, tout embaum\u00e9es, sanctifi\u00e9es, consacr\u00e9es par la sainte communion.<\/p><p>Appliquons-nous donc \u00e0 communier souvent, tr\u00e8s souvent, mais avec un c\u0153ur contrit et humili\u00e9, avec une \u00e2me bien pure et soigneusement pr\u00e9par\u00e9e.<\/p><p>Ainsi faite, la communion ne pourra moins faire qu\u2019\u00eatre agr\u00e9able \u00e0 Dieu et salutaire \u00e0 notre vie tout enti\u00e8re.<\/p><p>Loin d\u2019envier les gr\u00e2ces extraordinaires et les faveurs miraculeuses accord\u00e9es aux saints et \u00e0 quelques rares \u00e2mes privil\u00e9gi\u00e9es (encore pas toujours), b\u00e9nissons le Ciel de nous donner ces merveilleux appuis, ces pr\u00e9cieux guides, ces parfaits mod\u00e8les, et demandons-leur surtout une petite \u00e9tincelle de cet amour de Dieu dont ils sont embras\u00e9s, et de leur charit\u00e9 h\u00e9ro\u00efque envers le prochain. Et les voyant si haut, si grands dans leur humilit\u00e9, avec des vertus si belles, suivons courageusement le chemin qui, de toute \u00e9ternit\u00e9, nous a \u00e9t\u00e9 trac\u00e9 par Dieu, d\u2019une \u00e2me plus vaillante, d\u2019un pas plus rapide, avec un amour plus ardent et plus fort, un sentiment plus profond pour J\u00e9sus Enfant, J\u00e9sus Victime, J\u00e9sus Hostie. Et louons, b\u00e9nissons le Seigneur d\u2019\u00eatre si riche en bienfaits et de se montrer envers nous si prodigue.<\/p><p>Oh\u2009! nous qui sommes de si pauvres et de si ch\u00e9tives cr\u00e9atures, jamais assez humbles, jamais assez d\u00e9tach\u00e9es de nous-m\u00eames, remercions le Seigneur qui veut bien faire de notre pauvre petit c\u0153ur son temple&#8230; et je dirais m\u00eame son ciel\u2009; et qui vient \u00e0 nous d\u00e9licieusement voil\u00e9, amoureusement an\u00e9anti, pour faciliter le plus doux des rapprochements, et en vue de m\u00e9nager notre faiblesse qui ne pourrait soutenir l\u2019\u00e9clat merveilleux de sa gloire et de sa souveraine beaut\u00e9.<\/p><p>Quand Dieu nous accorde des douceurs et des consolations dans la communion, quand c\u2019est un sentiment tout divin qui fait couler nos larmes, montrons-nous-en heureuses en t\u00e9moignant notre reconnaissance. Dieu sait pourquoi il agit. Mais lorsque rien de semblable ne se produit en notre faveur, soyons sans inqui\u00e9tude, pensons un peu plus \u00e0 lui, un peu moins \u00e0 nous\u2009; un peu plus \u00e0 donner, un peu moins \u00e0 recevoir.<\/p><p>Rien ne touche davantage le C\u0153ur de J\u00e9sus que la confiance joyeuse et l\u2019abandon plein d\u2019amour \u00e0 ses divins vouloirs.<\/p><p>R\u00e9p\u00e9tons souvent du fond de notre c\u0153ur\u2009: \u00f4 J\u00e9sus, vous ne pouvez me refuser un regard, une caresse, une petite joie, mais si vous le faites, c\u2019est toujours que vous m\u2019aimez.<\/p><p>Ces doux face-\u00e0-face avec le Seigneur, ces intimes c\u0153ur-\u00e0-c\u0153ur avec lui dont jouissent quelques rares \u00e2mes, ils pourraient \u00eatre n\u00f4tres, si nous savions comme eux, aussi bien qu\u2019eux vivre avec J\u00e9sus, vivre pour J\u00e9sus, dans l\u2019amour de J\u00e9sus\u2009! \u00ab\u2009L\u00e0 o\u00f9 est votre tr\u00e9sor est aussi votre c\u0153ur\u2009\u00bb. Et si notre tr\u00e9sor est en Dieu, si notre tr\u00e9sor est Dieu, notre c\u0153ur sera aussi en lui, et Dieu sera lui-m\u00eame dans notre c\u0153ur. Ne l\u2019oublions pas.<\/p><p>Tout ce qui monte du c\u0153ur est grand et puissant, tout ce qui passe par une \u00e2me remplie d\u2019amour de Dieu est grand et divin. Quand on aime, on fait tout de rien.<\/p><p>Il n\u2019y a que l\u2019amour qui compte et qui produit\u2009! Et aimer Dieu, c\u2019est faire ce qu\u2019il veut. La Sainte Vierge Marie n\u2019a pas fait autre chose, sa vie n\u2019est qu\u2019un fiat, plein d\u2019humilit\u00e9 et d\u2019amour. Jamais elle n\u2019a n\u00e9glig\u00e9 un seul de ses devoirs, elle mettait plus d\u2019amour dans chacune des mille et une choses qui remplissaient ses journ\u00e9es que les anges dans leurs louanges et leurs adorations, les martyrs dans leurs souffrances, les saints dans leurs je\u00fbnes et leurs p\u00e9nitences, que toutes les cr\u00e9atures de la terre enfin\u2009!<\/p><p>Tout est proportionn\u00e9 \u00e0 l\u2019amour, et on ne doute de rien quand on aime.<\/p><p>Que d\u2019\u00e2mes rayonneraient au firmament de la perfection si elles voulaient tout simplement s\u2019abandonner, s\u2019immoler \u00e0 l\u2019amour.<\/p><p>Les chr\u00e9tiens peuvent faire quelque chose de bien grand, de bien beau, de divin de toutes les minutes de leur vie, s\u2019ils le veulent vraiment.<\/p><p>Quand je pense que les rayons du soleil font resplendir m\u00eame la boue\u2009! Que peut donc faire la gr\u00e2ce dans une \u00e2me\u2009? Qu\u2019est-ce que le soleil \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la gr\u00e2ce\u2009?&#8230; Qu\u2019est-ce que la vie \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la mort\u2009?&#8230;<\/p><p>Mais, h\u00e9las, combien nombreuses sont les \u00e2mes qui veulent boire au fleuve divin de l\u2019amour, et combien en est-il qui repoussent le calice\u2009! Nombreuses sont avides des douceurs et des joies du ciel, mais presque toutes fuient devant la souffrance, d\u00e8s qu\u2019appara\u00eet la Croix. Beaucoup aimeraient prendre place avec J\u00e9sus au Thabor, mais peu veulent gravir \u00e0 sa suite les sommets du Calvaire, parce que peu ont dans le c\u0153ur cette flamme divine qui \u00e9l\u00e8ve, purifie, \u00e9difie, sanctifie et rend l\u2019action plus f\u00e9conde.<\/p><p>\u00d4 Marie, \u00f4 ma bien douce Maman, obtenez-moi, en ce beau jour du ciel, l\u2019abandon complet, l\u2019abandon parfait, l\u2019abandon plein d\u2019amour \u00e0 l\u2019Amour. Que par vous, avec vous, en vous, Vierge tr\u00e8s pure, j\u2019aime, j\u2019adore, je prie, j\u2019expie, je supplie et souffre avec toujours plus d\u2019amour. Que ma vie ne soit plus qu\u2019un \u201coui\u201d d\u2019amour&#8230; Que je ne sois plus qu\u2019une \u00e2me toute consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019amour&#8230; \u00e0 J\u00e9sus.<\/p><p>^ 7 mars 1930 (vendredi)<\/p><p>Pri\u00e8re (inspir\u00e9e d&rsquo;une pri\u00e8re de saint Thomas)<\/p><p>\u00d4 vous qui m\u2019aimez tant, J\u00e9sus ici v\u00e9ritablement pr\u00e9sent, Dieu cach\u00e9, \u00e9coutez-moi, je vous implore.<\/p><p>Que votre bon plaisir soit mon plaisir, ma passion, mon amour, ma joie\u2009! Donnez-moi de le chercher sans cesse, de le trouver, de l\u2019accomplir jusqu\u2019au bout. Montrez-moi vos chemins, indiquez-moi vos sentiers. Vous avez vos desseins sur moi, faites-les moi conna\u00eetre, dites-les moi et donnez-moi de les suivre jusqu\u2019au d\u00e9finitif salut de mon \u00e2me. Qu\u2019indiff\u00e9rente \u00e0 tout ce qui se passe et ne voulant voir que vous, j\u2019aime tout ce qui est \u00e0 vous, mais vous avant tout, vous surtout \u00f4 mon Dieu\u2009!<\/p><p>Rendez-moi am\u00e8re toute joie qui n\u2019est pas vous, impossible tout d\u00e9sir qui ne vient pas de vous, d\u00e9licieux tout travail fait pour vous, p\u00e9nible tout repos qui n\u2019est pas en vous.<\/p><p>Qu\u2019\u00e0 toute heure, \u00f4 mon J\u00e9sus, mon \u00e2me prenne son vol vers vous\u2009; que ma vie ne soit qu\u2019un acte d\u2019amour, qu\u2019un chant d\u2019amour et de reconnaissance\u2009! Toute action qui ne vous honore et ne vous glorifie pas, faites-moi bien sentir qu\u2019elle n\u2019est rien devant vous.<\/p><p>Que ma pi\u00e9t\u00e9 ne soit pas une habitude, mais un profond \u00e9lan du c\u0153ur, un chant intime et discret.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, mes d\u00e9lices et ma vie, donnez-moi d\u2019\u00eatre sans recherche dans mon humilit\u00e9, sans exc\u00e8s dans mes joies, sans abattement dans mes tristesses, sans d\u00e9couragement dans mes douleurs, sans exag\u00e9ration dans mes mortifications. Donnez-moi de parler sans d\u00e9tour, d\u2019agir sans faiblesse, d\u2019esp\u00e9rer sans pr\u00e9somption, de me garder toujours humble, pure et sans tache, de r\u00e9pondre sans col\u00e8re, d\u2019aimer sans faux-semblant, d\u2019\u00e9difier sans rougir, d\u2019ob\u00e9ir sans r\u00e9plique, de souffrir sans murmure.<\/p><p>Bont\u00e9 Supr\u00eame, \u00f4 J\u00e9sus, je vous demande un c\u0153ur avide, \u00e9pris de vous, qu\u2019aucun obstacle, aucune souffrance ne puisse ni effrayer ni arr\u00eater, qu\u2019aucun bruit ne puisse distraire\u2009; un c\u0153ur fid\u00e8le, g\u00e9n\u00e9reux, aimant, qui ne chancelle, qui ne se rel\u00e2che jamais\u2009; un c\u0153ur fort, toujours pr\u00eat \u00e0 lutter apr\u00e8s chaque temp\u00eate\u2009; un c\u0153ur chaste jamais s\u00e9duit, jamais esclave, jamais partag\u00e9\u2009; un c\u0153ur droit qu\u2019on ne trouve jamais dans les voies du p\u00e9ch\u00e9.<\/p><p>Et mon esprit, Seigneur\u2009: qu\u2019impuissant \u00e0 vous m\u00e9conna\u00eetre, ardent \u00e0 vous chercher, fid\u00e8le \u00e0 vous servir, il sache vous trouver toujours, vous, la supr\u00eame Sagesse, vous, la Bont\u00e9 et l\u2019Amour infinis\u2009! Que mes entretiens ne d\u00e9plaisent pas trop \u00e0 votre C\u0153ur\u2009; que confiante, douce, calme, aimante, j\u2019attende vos divines r\u00e9ponses et que, sur votre parole, je me repose en paix.<\/p><p>Puissent l\u2019amour et la souffrance me faire sentir les \u00e9pines de votre couronne, les clous de vos mains et de vos pieds, la blessure et l\u2019agonie de votre C\u0153ur&#8230; toutes les plaies de votre saint Corps\u2009! Puisse la gr\u00e2ce me verser\u20091 vos dons sur le chemin de l\u2019exil\u2009! Et puisse la gloire m\u2019enivrer de vos joies dans la c\u00e9leste Patrie.<\/p><p>Amen.<\/p><p>^ 8 mars 1930 (samedi)<\/p><p>La pi\u00e9t\u00e9, c\u2019est la volont\u00e9 se portant continuellement \u00e0 Dieu, \u00e0 l\u2019amour de Dieu, \u00e0 la soumission \u00e0 la volont\u00e9 toujours aimante et si adorable de Dieu, au service de Dieu.<\/p><p>Pour bien prier et pour recueillir de l\u2019exercice de la pri\u00e8re tout le fruit qu\u2019elle produit, il faut que ces pens\u00e9es remplissent, sinon toujours directement, au moins habituellement notre c\u0153ur.<\/p><p>On y parvient tr\u00e8s vite en s\u2019accoutumant \u00e0 avoir pour chaque jour de la semaine ou du mois une intention particuli\u00e8re, que l\u2019on d\u00e9termine soit le matin pendant l\u2019oraison, soit m\u00eame chaque fois que commence l\u2019heure. Cette pieuse habitude se contracte tr\u00e8s facilement\u2009; elle est en m\u00eame temps d\u2019une excellence incomparable.<\/p><p>___________________________<\/p><p>J\u2019ai dans mon \u00e2me le pressentiment de grandes douleurs \u00e0 venir\u2009!&#8230; Faudra-t-il donc pour toujours l\u2019abandonner, mon cher travail de couture\u2009? Je l\u2019aimais tant cependant. Il me donnait encore un peu l\u2019illusion de l\u2019activit\u00e9. Il \u00e9tait encore une raison de vivre, et c\u2019est lui qui m\u2019a appris l\u2019art tout divin du recueillement, ce tr\u00e9sor inestimable de la maladie, et l\u2019art non moins divin d\u2019\u00eatre toujours joyeuse.<\/p><p>Ma pauvre petite nature demeur\u00e9e toujours si active et si courageuse dans l\u2019affliction n\u2019ose presque pas envisager une irr\u00e9vocable incapacit\u00e9 de travail. Mais fiat \u00f4 mon Dieu\u2009! Mon J\u00e9sus, avec votre gr\u00e2ce je serai forte, je triompherai non de cette \u00e9preuve, si vous la voulez, mais par cette \u00e9preuve. Je suis \u00e0 Dieu\u2009! Je suis sa servante, sa fille, son \u00e9pouse, son esclave, sa victime, sa toute petite hostie\u2009!&#8230; Je suis \u00e0 lui pour toutes choses&#8230; Je suis pr\u00eate \u00e0 tout&#8230; Je m\u2019abandonne \u00e0 tout\u2009! Me voici, Seigneur, vous le voyez, je veux faire ce que vous voulez, parce que je vous aime et que je veux vous glorifier\u2009; parce que je veux me sanctifier, me sauver et, en me sauvant, sauver beaucoup, beaucoup d\u2019\u00e2mes.<\/p><p>Mon Dieu, donnez-moi de vous ob\u00e9ir.\u2008Vous le pouvez, vous \u00eates le Tout-Puissant&#8230; Vous le voulez, vous \u00eates si bon&#8230; Je le pourrai, je vous aime tant\u2009!<\/p><p>Que les douleurs \u00e0 venir me laissent confiante et paisible. Dieu est le Ma\u00eetre et fera tout converger vers sa gloire. Je confie tout \u00e0 la bonne M\u00e8re. Je sais qu\u2019elle est l\u00e0. J\u2019attends son secours en toute s\u00e9curit\u00e9.<\/p><p>^ 10 mars 1930 (lundi)<\/p><p>Il faut consoler J\u00e9sus par un amour d\u2019enfant, \u00eatre comme les tout-petits qui ne sont capables que d\u2019une chose\u2009: aimer.<\/p><p>La petitesse, comme la simplicit\u00e9, attire Dieu\u2009: quand on est tout-petit, Dieu fait tout.<\/p><p>C\u2019est en devenant comme un petit enfant qu\u2019on arrive \u00e0 la perfection de l\u2019amour.<\/p><p>Etre petit en tout, grand seulement par l\u2019amour.<\/p><p>Etre petit, bien petit, puis aimer Dieu, l\u2019aimer jusqu\u2019\u00e0 la folie, l\u2019aimer jusqu\u2019\u00e0 en mourir\u2009!<\/p><p>La petitesse est tr\u00e8s agr\u00e9able au C\u0153ur de J\u00e9sus. Elle travaille sans bruit, de la fa\u00e7on la plus simple et la plus modeste, par un moyen tout surnaturel et bien traditionnel, au triomphe universel de l\u2019Eglise catholique et au salut des \u00e2mes\u2009: l\u2019amour&#8230; la pri\u00e8re.<\/p><p>Il faut \u00eatre simple comme Bernadette. Si Dieu avait trouv\u00e9 une \u00e2me plus petite, plus faible, il l\u2019aurait probablement choisie&#8230;<\/p><p>Voyons la Sainte Vierge\u2009: c\u2019est plus son humilit\u00e9 que sa puret\u00e9 sans tache qui lui a valu d\u2019\u00eatre M\u00e8re de Dieu.<\/p><p>Ce que je suis\u2009: une tr\u00e8s pauvre petite \u00e2me qui a pour cachet la simplicit\u00e9. Ce que je veux\u2009: aimer et faire aimer le Bon Dieu de tous ceux qui n\u2019ont pas, comme moi, le bonheur de l\u2019aimer.<\/p><p>La croix est toujours dress\u00e9e devant moi, elle est toujours \u00e0 m\u2019attendre\u2009!<\/p><p>Toujours le calice amer&#8230; toujours la croix\u2009!&#8230; \u00f4 Christ J\u00e9sus\u2009!<\/p><p>L\u2019ange m\u2019a dit, en me donnant le calice, qu\u2019il contenait toutes les peines de la cr\u00e9ation et qu\u2019il serait vers\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la lie dans tout mon \u00eatre.<\/p><p>Peu apr\u00e8s, j\u2019ai eu une apparition de J\u00e9sus\u2009; je l\u2019ai vu courant \u00e0 travers le monde, charg\u00e9 de sa croix et cherchant des \u00e2mes pour la porter avec lui\u2009; mais toutes se sont enfuies \u00e0 son approche&#8230; Alors je me suis de nouveau offerte.<\/p><p>Au m\u00eame moment, J\u00e9sus m\u2019a fait comprendre que ceux qui aiment la croix, et qui la re\u00e7oivent avec amour, n\u2019ont d\u2019autre demeure que son divin C\u0153ur.<\/p><p>\u00d4 mon Dieu, mon J\u00e9sus, je serai votre amante&#8230; l\u2019amante de la croix\u2009!<\/p><p>\u00d4 Amour infini, blessez-moi de vos traits\u2009! \u00d4 mon J\u00e9sus, je m\u2019offre en holocauste perp\u00e9tuel et comme une victime d\u2019amour. J\u2019unis ce sacrifice au v\u00f4tre, au sacrifice de la croix. Je m\u2019engage \u00e0 rester toujours crucifi\u00e9e avec vous, \u00e0 ne vouloir jamais que votre volont\u00e9 sainte&#8230; Je vous demande, \u00f4 doux Sauveur, la conversion des p\u00e9cheurs&#8230; Me voil\u00e0 pr\u00eate \u00e0 tout en vue de leur salut et pour la confirmation de la foi.<\/p><p>\u00d4 mon Dieu, c\u2019est au nom de votre amour, au nom de votre C\u0153ur, au nom de votre Passion et de votre M\u00e8re bien-aim\u00e9e que je vous fais cette pri\u00e8re. Et vous, \u00e2mes rachet\u00e9es par le Sang de J\u00e9sus, \u00f4 p\u00e9cheurs, venez \u00e0 ce C\u0153ur, venez \u00e0 la fontaine, \u00e0 l\u2019oc\u00e9an de l\u2019amour.<\/p><p>Oh\u2009! que l\u2019homme a une belle destin\u00e9e\u2009! Voir Dieu&#8230; l\u2019aimer&#8230; le louer&#8230; le b\u00e9nir, le contempler pendant l\u2019\u00e9ternit\u00e9!&#8230; Mon c\u0153ur se fond quand j\u2019y pense&#8230;<\/p><p>J\u2019appartiens \u00e0 J\u00e9sus, et c\u2019est toujours lui qui m\u2019immole, quelle que soit la main qu\u2019il emploie. Et quand ce doux Seigneur veut m\u2019envoyer de nouvelles souffrances, qu\u2019il me pr\u00e9pare de nouvelles croix, il m\u2019y dispose \u00e0 l\u2019avance par d\u2019abondantes d\u00e9lices, par des faveurs nombreuses. Souvent m\u00eame, au milieu de longs d\u00e9laissements plus apparents que r\u00e9els, il s\u2019empare de mon \u00e2me avec une telle ardeur, une telle puissance, un si vif transport, qu\u2019il me semble parfois que je vais d\u00e9faillir.<\/p><p>Heureusement que ceci ne dure que quelques instants, mais se produit \u00e0 n\u2019importe quel moment. Quand je suis seule, je n\u2019en suis pas autant confuse, mais s\u2019il y a quelqu\u2019un avec moi, je tremble qu\u2019on s\u2019en aper\u00e7oive.<\/p><p>Pour que cela se produise, il suffit quelquefois de jeter un regard vers J\u00e9sus, de prononcer son nom si doux, ou de l\u2019entendre prononcer par quelqu\u2019un&#8230; La seule pens\u00e9e m\u00eame, la conscience r\u00e9elle de sa divine pr\u00e9sence dans mon \u00e2me me met aussit\u00f4t hors de moi.<\/p><p>Plus rien ne m\u2019\u00e9tonne et me para\u00eet extraordinaire de la part du Seigneur puisqu\u2019il est le Tout-Puissant, et puisque je suis \u00e0 lui tout enti\u00e8re et qu\u2019il fait tout en moi. Tout est donc l\u2019\u0153uvre de son amour et de sa pure tendresse et n\u2019arrive que suivant son d\u00e9sir et son bon plaisir&#8230; et toujours \u00e0 l\u2019improviste\u2009! Je n\u2019ai jamais recherch\u00e9, ni d\u00e9sir\u00e9 les gr\u00e2ces et les faveurs extraordinaires, et ne les consid\u00e8re pas comme des biens acquis, ni comme des r\u00e9compenses (rien ne nous est d\u00fb, et \u00e0 moi moins qu\u2019\u00e0 une autre), mais comme des effets de sa divine charit\u00e9 et de sa grande mis\u00e9ricorde.<\/p><p>J\u2019ai tant de fois r\u00e9sist\u00e9, et r\u00e9sist\u00e9 jusqu\u2019au tourment, je me sentais si indigne des faveurs divines et ne pouvais m\u2019imaginer que cela p\u00fbt \u00eatre. J\u2019ignorais totalement qu\u2019on puisse entendre autrement que par les oreilles du corps, qu\u2019on puisse voir autrement que par les yeux du corps, mais je puis affirmer maintenant que cela peut \u00eatre, et que cela est. Et c\u2019est si vrai que je l\u2019affirmerai envers et contre toutes les objections qu\u2019on pourrait me faire, avec beaucoup plus d\u2019affirmative que tout ce qu\u2019on peut voir et entendre humainement. Je pourrais encore douter de ce que je vois de mes yeux de chair, de ce que j\u2019entends de mes deux oreilles, mais rien au monde ne me ferait douter de ce que j\u2019ai vu et entendu au plus intime de mon \u00e2me. L\u2019exp\u00e9rience m\u2019a valu bien des effrois, bien des souffrances, je craignais tellement d\u2019\u00eatre dupe de quelques habiles man\u0153uvres de la part du d\u00e9mon&#8230; surtout apr\u00e8s, car pendant, le plus petit doute ne pouvait \u00eatre possible que ce qui se passait dans mon \u00e2me venait bien du Bon Dieu, mais il me semblait tellement que j\u2019\u00e9tais un monstre devant lui&#8230; Mes r\u00e9pugnances devenaient presque insurmontables quand il me fallait d\u00e9voiler les faveurs c\u00e9lestes. Oh\u2009! la douleur et la honte que je ressens alors. Plusieurs fois m\u00eame, j\u2019ai dit\u2009: Seigneur J\u00e9sus, je vous en supplie, suspendez tout, ne me faites plus de gr\u00e2ces. Et chaque fois, j\u2019ai cru entendre la m\u00eame r\u00e9ponse\u2009: \u00ab\u2009Au contraire, je t\u2019en ferai plus que jamais, je te veux toute mienne.\u2009\u00bb<\/p><p>Ah\u2009! quand Dieu veut agir, que toutes nos r\u00e9sistances, que nos industries sont donc inutiles\u2009! Pardon, \u00f4 mon J\u00e9sus, de m\u2019\u00eatre si volontairement oppos\u00e9e entre vous et mon \u00e2me, mais vous savez que je ne l\u2019ai fait que par crainte, que par respect pour votre souveraine grandeur, et non pour avoir pu douter de votre amour et de votre infinie bont\u00e9.<\/p><p>Revenue \u00e0 moi, je me sentais bien d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 correspondre enti\u00e8rement \u00e0 tout ce que Dieu voulait de moi. Cette r\u00e9solution \u00e0 peine prise, je me trouvais dans une mer de tentations. Des rugissements affreux se faisaient entendre et j\u2019\u00e9tais frapp\u00e9e de coups. \u00ab\u2009Fini, disaient les d\u00e9mons, ou tu nous le payeras.\u2009\u00bb \u2013 \u00ab\u2008Au contraire, dis-je, sous la direction de la Tr\u00e8s Sainte Vierge ma M\u00e8re, je vais m\u2019efforcer de bien mieux faire encore.\u2009\u00bb Tandis que je formulais cette r\u00e9ponse, les coups cess\u00e8rent et tous les bruits s\u2019\u00e9teignirent. Quant \u00e0 exprimer ce qu\u2019est la vision de Dieu, quant \u00e0 d\u00e9crire les gr\u00e2ces et les faveurs c\u00e9lestes, c\u2019est impossible tant le langage humain est impossible \u00e0 rendre, m\u00eame un peu, ce qui est purement du divin, du moins \u00e0 moi. Seul J\u00e9sus sait l\u2019extr\u00eame violence que j\u2019ai d\u00fb me faire pour en \u00e9crire quelques lignes, et je dois le faire encore si mal, j\u2019ai l\u2019impression que je d\u00e9figure, que je profane la v\u00e9rit\u00e9. Et pourtant, ce martyre n\u2019est pas fini, puisqu\u2019il vient tout nouvellement de me dire que, pendant tout le temps de mon exil, je pourrai \u00eatre plus intimement unie \u00e0 lui, libre de toute occupation terrestre. En recevant ces nouvelles confidences du C\u0153ur de J\u00e9sus qui me mortifient tant, j\u2019ai pris la r\u00e9solution de m\u2019oublier du tout au tout, en me rendant bien compte que je suis son instrument \u00e0 lui, sans aucune valeur, pour qu\u2019il fasse en moi et de moi tout ce qui lui plaira. Je ne d\u00e9sire que son amour divin, et que tout serve \u00e0 sa plus grande gloire.<\/p><p>Oh\u2009! oui, je suis heureuse, bienheureuse et saintement fi\u00e8re de porter la Croix de J\u00e9sus et de participer \u00e0 toutes les souffrances de la Passion.<\/p><p>C\u2019est une joie infinie de pouvoir lui prouver combien je l\u2019aime et ch\u00e9ris sa sainte volont\u00e9.<\/p><p>\u00d4 Amour&#8230; Amour, que tu es puissant, que tu fais et fais accomplir de grandes et belles choses\u2009!&#8230; \u00d4 mon Dieu, que je vous aime\u2009!<\/p><p>Oh\u2009! si l\u2019on savait le bonheur, la paix, le repos qu\u2019\u00e9prouve l\u2019\u00e2me d\u00e9barrass\u00e9e de tous les liens de la chair et du sang, et qu\u2019elle est seule avec Dieu.<\/p><p>Si l\u2019on savait combien il est doux de se sentir sous les pieds de tous pour l\u2019amour de Dieu, que d\u2019\u00eatre au-dessus d\u2019un seul par l\u2019esprit du monde.<\/p><p>\u00d4 Dieu d\u2019amour, quand donc ne serez-vous plus le Dieu ignor\u00e9&#8230; le Dieu outrag\u00e9&#8230; le Dieu&#8230; le Dieu qu\u2019on oublie, mais le Dieu aim\u00e9 et servi de tous\u2009?<\/p><p>\u00d4 afflictions&#8230; \u00f4 douleurs&#8230; \u00f4 fruits d\u2019immortelles esp\u00e9rances, fondez sur moi\u2009! \u00d4 divin Roi du ciel et de la terre, \u00f4 doux Seigneur J\u00e9sus, je m\u2019abandonne \u00e0 votre volont\u00e9 sainte. Daignez b\u00e9nir, sanctifier mes r\u00e9solutions, mes d\u00e9sirs, mes promesses, mes pri\u00e8res, mes souffrances. \u00d4 J\u00e9sus, ne me quittez plus&#8230; Je ne veux que vous&#8230; Je veux tout ce qui me vient de vous.<\/p><p>\u00d4 Ma\u00eetre ador\u00e9, guidez et maintenez dans la bonne voie tous les chr\u00e9tiens, mais surtout et principalement les membres du clerg\u00e9, mon cher p\u00e8re et mes fr\u00e8res spirituels, tous les pr\u00eatres tant r\u00e9guliers que s\u00e9culiers, les religieuses et les maisons religieuses que je vous dis dans mon c\u0153ur. Ayez piti\u00e9 des pauvres p\u00e9cheurs, des afflig\u00e9s, des agonisants, d\u00e9livrez les \u00e2mes du Purgatoire. Prot\u00e9gez, \u00f4 mon Dieu, la sainte Eglise catholique, notre Saint-P\u00e8re le pape, notre \u00e9v\u00eaque\u2009; prot\u00e9gez la France qui vous aime, prot\u00e9gez le dioc\u00e8se et la paroisse contre les efforts de l\u2019impi\u00e9t\u00e9, rendez-lui la foi qu\u2019on lui enl\u00e8ve&#8230; Rendez aussi la foi \u00e0 notre France, mettez ses fronti\u00e8res \u00e0 l\u2019abri des m\u00e9chants envahisseurs, donnez-lui la paix, mettez aussi la paix entre toutes les nations.<\/p><p>Amen.<\/p><p>Que Dieu r\u00e8gne&#8230; Qu\u2019il soit connu et aim\u00e9 de tous\u2009!<\/p><p>^\u00a0 12 mars 1930 (mercredi)<\/p><p>Passer comme J\u00e9sus en faisant le bien&#8230; et en donnant du bonheur\u2009!<\/p><p>^\u00a0 13 mars 1930 (jeudi)<\/p><p>Je b\u00e9nis, je b\u00e9nis Dieu des \u00e9preuves toujours plus grandes et toujours multipli\u00e9es. \u00d4 bienheureuses b\u00e9n\u00e9dictions\u2009! Les douleurs ruissellent en une pluie abondante. Que mourir serait bon\u2009!&#8230; Qu\u2019il serait doux de mourir\u2009! mais souffrir est bien mieux encore. Souffrir c\u2019est m\u00e9riter, c\u2019est donner, c\u2019est grandir\u2009! Je souffre beaucoup, c\u2019est vrai, mais je suis si heureuse\u2009! Je sens dans mon \u00e2me des douleurs bien cruelles, mais j\u2019ai tant de paix.<\/p><p>Divin J\u00e9sus, laissez-moi vous louer&#8230; Laissez-moi vous aimer par toutes mes souffrances\u2009!&#8230; Laissez-moi, je vous en supplie, vous rendre gr\u00e2ce et vous b\u00e9nir pour tant d\u2019innombrables bienfaits.<\/p><p>\u00d4 mon unique Amour, ne permettez pas qu\u2019on ait connaissance de tout ce dont vous m\u2019affligez. Vous le pouvez, vous \u00eates si puissant, et puisque mes souffrances sont l\u2019\u0153uvre de votre tendresse.<\/p><p>Mon bien-aim\u00e9, ne permettez pas que je perde, en le r\u00e9v\u00e9lant, ce tr\u00e9sor infini de la souffrance. Ne faites jamais rien para\u00eetre en moi d\u2019extraordinaire\u2009; que mon abjection, ma mis\u00e8re, ma bassesse soit visible et connue de tous\u2009!<\/p><p>Qu\u2019on me voie toujours telle que je suis, c\u2019est-\u00e0-dire rien et bien moins que rien.<\/p><p>Que c\u2019est long\u2009!&#8230; Que mon exil est long\u2009! \u00d4 bienheureuse demeure de la Cit\u00e9 c\u00e9leste\u2009! \u00d4 bon et bien-aim\u00e9 J\u00e9sus, quand donc serai-je avec vous en Dieu pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9\u2009?<\/p><p>Mais fiat, \u00f4 mon Dieu, fiat et merci. Avec vous je veux aller jusqu\u2019au bout&#8230; jusqu\u2019au bout de moi-m\u00eame.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, J\u00e9sus, je vous aime\u2009! Je suis heureuse dans toutes mes souffrances. Toutes mes \u00e9preuves, mes afflictions, mes peines, mes chagrins, je les offre \u00e0 Dieu, le suppliant dans mon amour d\u2019en disposer lui-m\u00eame en faveur de ses pr\u00eatres, afin que toutes soient utiles \u00e0 la f\u00e9condit\u00e9 de leur apostolat et servent \u00e0 r\u00e9pandre sur les \u00e2mes les tr\u00e9sors infinis de v\u00e9rit\u00e9, de gr\u00e2ces et de mis\u00e9ricordes, cach\u00e9s dans le Sein de Dieu.<\/p><p>Que mon immolation incessante et enti\u00e8re leur vienne en aide, qu\u2019elle leur serve&#8230; C\u2019est toute ma pri\u00e8re et mon plus grand d\u00e9sir.<\/p><p>Que la lourde croix envoy\u00e9e par mon P\u00e8re des cieux, voulue de sa bont\u00e9 divine, re\u00e7ue de ses mains bien-aim\u00e9es, accept\u00e9e avec la plus grande, la plus parfaite soumission et l\u2019amour le plus sinc\u00e8re, ne me soit pas un sujet d\u2019\u00e9pouvante, mais un moyen pr\u00e9cieux de sanctification et de salut\u2009; et que toutes les afflictions qui me brisent et m\u2019accablent augmentent encore ma confiance en la toute-puissance et en l\u2019amour infini de Dieu, P\u00e8re, Fils et Saint-Esprit, par l\u2019union \u00e0 Marie.<\/p><p>\u00d4 R\u00e9dempteur J\u00e9sus, vous qui vivez avec moi, en moi\u2009! vous qui m\u2019avez unie, li\u00e9e \u00e0 vous par un contrat d\u2019amour, ne m\u2019abandonnez pas&#8230; ne vous \u00e9loignez pas de moi, car je suis si faible, si petite, et ma mis\u00e8re est si grande. Qu\u2019il m\u2019est dur de vivre ici-bas, loin de Celui que ch\u00e9rit mon \u00e2me&#8230; Mais fiat\u2009! le ciel n\u2019en sera que plus beau pour avoir \u00e9t\u00e9 plus longtemps d\u00e9sir\u00e9. Qu\u2019il est doux de penser que nous y serons tous un jour, perdus dans le Sein de Dieu, pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9\u2009!&#8230; Mon c\u0153ur se fond quand j\u2019y pense.<\/p><p>Quand donc, \u00f4 J\u00e9sus, ravirez-vous \u00e0 la terre votre pauvre petite victime, afin que l\u00e0 o\u00f9 vous \u00eates, elle y soit aussi avec vous\u2009?<\/p><p>Ce n\u2019est pas pour le bonheur qu\u2019on y go\u00fbte, ni pour \u00eatre plus heureuse que je d\u00e9sire tant aller au ciel, mais pour aimer et faire aimer le Bon Dieu, l\u2019aimer, le faire aimer sans mesure.<\/p><p>Mon Seigneur et mon Dieu\u2009! je veux&#8230; j\u2019accepte&#8230; j\u2019\u00e9puiserai jusqu\u2019\u00e0 la lie le calice pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 ma l\u00e8vre par votre saint ange.<\/p><p>Oui J\u00e9sus, je veux tout&#8230; j\u2019accepte tout&#8230; je me soumets \u00e0 tout&#8230; je m\u2019abandonne \u00e0 tous les sacrifices. Broyez-moi, r\u00e9duisez-moi en cendres, consumez-moi en vous&#8230; Je suis v\u00f4tre et uniquement v\u00f4tre.<\/p><p>\u00d4 ma Vie\u2009!&#8230; mon Amour\u2009!&#8230; mon Tout\u2009! je vous supplie de vous servir de moi comme d\u2019un objet sans valeur, sans prix\u2009! Faites-moi servir \u00e0 votre amour et \u00e0 votre plus grande gloire.<\/p><p>Mon Dieu, mon Dieu, je vous offre le tr\u00e9sor d\u2019un amour sans m\u00e9lange\u2009!<\/p><p>^\u00a0 15 mars 1930 (samedi)<\/p><p>Plus la nuit est noire, plus elle est froide et glac\u00e9e, plus le mur qui me s\u00e9pare de Dieu est sombre et haut, plus seront abondantes les gr\u00e2ces qu\u2019il r\u00e9pandra dans les \u00e2mes&#8230; plus nombreuses seront les brebis qui reviendront repentantes au bercail. \u00d4 Croix, doux pr\u00e9sent du ciel\u2009! tu es ma joie, mon tr\u00e9sor et ma vie\u2009! \u00d4 douleurs, fontaines de gr\u00e2ces et de f\u00e9licit\u00e9, dons pr\u00e9cieux de mon J\u00e9sus, je vous aime\u2009!<\/p><p>Quoi de plus p\u00e9nible\u2009: n\u2019avoir jamais go\u00fbt\u00e9 les douceurs qu\u2019apporte apr\u00e8s elle la pr\u00e9sence d\u2019un bien, ou bien en \u00eatre priv\u00e9 apr\u00e8s les avoir \u00e9prouv\u00e9es\u2009?&#8230; Il est impossible de ne pas r\u00e9pondre que les privations sont d\u2019autant plus dures que la jouissance a \u00e9t\u00e9 plus vive.<\/p><p>Il y a une grande diff\u00e9rence entre les plaisirs sensibles et les joies surnaturelles. Les premiers, qui sont violemment souhait\u00e9s par ceux qui ne les ont jamais savour\u00e9s, ne laissent apr\u00e8s eux qu\u2019un extr\u00eame d\u00e9go\u00fbt. Les secondes n\u2019inspirent aucun d\u00e9sir \u00e0 ceux qui ne veulent pas s\u2019en rendre dignes, mais quand on les a go\u00fbt\u00e9es, on conserve d\u2019elles une soif insatiable et pleine de douceur.<\/p><p>De l\u00e0, je conclus que la privation des consolations divines, la suspension des gr\u00e2ces sensibles, les d\u00e9laissements int\u00e9rieurs, les s\u00e9cheresses spirituelles, causent \u00e0 l\u2019\u00e2me privil\u00e9gi\u00e9e un tourment bien plus cruel \u00e0 endurer que tout ce qu\u2019on peut souffrir dans la vie pr\u00e9sente, soit que l\u2019on en regarde le caract\u00e8re, les effets, la cause, soit que l\u2019on en sonde la profondeur, la dur\u00e9e, le sujet, l\u2019objet surtout.<\/p><p>Si le sentiment de la privation est en proportion avec l\u2019excellence de l\u2019objet dont on est s\u00e9par\u00e9, de quelles peines ne sont pas afflig\u00e9es les \u00e2mes auxquelles sont enlev\u00e9es ces ineffables consolations\u2009! Frapp\u00e9es par la volont\u00e9 divine dans un dessein ou une justice myst\u00e9rieuse servant leurs int\u00e9r\u00eats sup\u00e9rieurs, abandonn\u00e9es par elle \u00e0 une \u00e9preuve rigoureuse, elles peuvent s\u2019\u00e9crier\u2009: si ces choses devaient m\u2019\u00eatre si t\u00f4t enlev\u00e9es, pourquoi me les avoir donn\u00e9es\u2009?<\/p><p>N\u00e9anmoins, c\u2019est ordinairement par la soustraction des consolations sensibles, par la nuit de l\u2019esprit, que Dieu \u00e9prouve la fid\u00e9lit\u00e9 de ses amis. Ne faut-il pas en effet qu\u2019il accoutume l\u2019\u00e2me qui s\u2019est si ardemment consacr\u00e9e \u00e0 son service, \u00e0 l\u2019aimer lui, et non pas seulement les consolations et les joies qu\u2019il donne\u2009?&#8230; Ne faut-il pas que cette \u00e2me qui conna\u00eet les perfections infinies de Dieu et qui a senti si vivement sa bont\u00e9 pour elle, le serve par reconnaissance plus que par int\u00e9r\u00eat\u2009?&#8230; Sans doute il n\u2019attend pas que l\u2019\u00e2me exclue de sa pens\u00e9e la r\u00e9compense auguste qu\u2019il a promise \u00e0 ceux qui le servent\u2009; mais il veut \u00eatre servi pour lui-m\u00eame, et non pour la r\u00e9compense. Dieu m\u00e9rite d\u2019\u00eatre servi et aim\u00e9 alors m\u00eame qu\u2019il ne promettrait rien.<\/p><p>\u00ab\u2009J\u2019ai cueilli la myrrhe de ma Passion, dit le bien-aim\u00e9 \u00e0 sa sainte \u00e9pouse, avec les parfums de ma joie.\u2009\u00bb C\u2019est donc pour rendre les douleurs de sa Passion plus sensibles que J\u00e9sus a voulu entrer en triomphe dans la ville de J\u00e9rusalem, d\u2019o\u00f9 il devait bient\u00f4t sortir avec ignominie pour mourir sur le Calvaire.<\/p><p>Sa Passion devait lui \u00eatre d\u2019autant plus cruelle que le cort\u00e8ge qui l\u2019avait accompagn\u00e9 quelques jours auparavant, avait \u00e9t\u00e9 plus solennel. Et les cris de la populace en d\u00e9mence\u2009: \u00ab\u2009\u00d4tez-le\u2009! Crucifiez-le\u2009!\u2009\u00bb devaient d\u2019autant plus l\u2019affliger qu\u2019il entendait encore retentir \u00e0 ses oreilles les acclamations du peuple transport\u00e9 d\u2019admiration\u2009: \u00ab\u2009Bienheureux celui qui vient au nom du Seigneur\u2009!\u2009\u00bb Combien la croix dut lui para\u00eetre plus horrible, les \u00e9pines plus cruelles, la nudit\u00e9 plus honteuse apr\u00e8s que les foules en d\u00e9lire avaient jet\u00e9 devant lui les rameaux et les fleurs, se d\u00e9pouillant m\u00eame de leurs v\u00eatements pour les jeter sur son passage.<\/p><p>L\u2019amour divin est le doux tyran des \u00e2mes que Dieu dispose \u00e0 la perfection souveraine de la charit\u00e9. Cet amour s\u2019insinue ordinairement en elles en les comblant de caresses et de douces consolations, puis quand il en a pris d\u00e9finitivement possession, il\u2009change de visage et de proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 leur \u00e9gard, si je puis m\u2019exprimer ainsi. Il entreprend de les rendre semblables \u00e0 J\u00e9sus crucifi\u00e9 dans cette vie, pour les rendre conformes dans le ciel, dans sa vie de gloire. Il les pr\u00e9pare d\u2019abord, il les console, puis il les exerce. Il les attire \u00e0 lui, pour les entra\u00eener ensuite dans la lutte et leur donner ainsi l\u2019occasion de m\u00e9riter et de triompher. Il gagne leur affection par la suavit\u00e9 des sentiments dont il les p\u00e9n\u00e8tre, pour obtenir d\u2019elles dans les moments les plus difficiles, les plus p\u00e9nibles, le t\u00e9moignage de leur fid\u00e9lit\u00e9.<\/p><p>Je n\u2019ai pas la pr\u00e9tention d\u2019exposer dans cet entretien tous les moyens que Dieu emploie pour soustraire les consolations spirituelles aux \u00e2mes pieuses qu\u2019il veut rendre participantes \u00e0 sa croix\u2009! Ce serait tenter l\u2019impossible. De m\u00eame que l\u2019intelligence humaine a trop peu de lumi\u00e8re pour comprendre les diverses op\u00e9rations dont Dieu se sert pour communiquer ses gr\u00e2ces, elle ne peut non plus saisir tous les moyens dont il use pour les retirer et les suspendre. Nous pouvons bien, il est vrai, nous rendre compte de la pr\u00e9sence de la gr\u00e2ce sensible, nous ne pouvons savoir comment elle vient. Nous sentons que nous ne l\u2019avons plus, mais sans savoir l\u2019heure et le moment o\u00f9 elle nous d\u00e9laisse. Alors, puisque nous ne connaissons la pr\u00e9sence et l\u2019absence de Dieu que par les effets que l\u2019une et l\u2019autre produisent dans l\u2019\u00e2me, c\u2019est d\u2019apr\u00e8s les effets des consolations que peuvent se d\u00e9terminer les croix que Dieu envoie \u00e0 ses plus chers amis, et leurs d\u00e9laissements int\u00e9rieurs.<\/p><p>Que faire dans cet \u00e9tat si triste et si d\u00e9solant\u2009?&#8230; Continuer sa vie r\u00e9guli\u00e8re, pieuse et soumise, s\u2019imposer s\u2019il le faut le travail, la pri\u00e8re, l\u2019oraison, la communion, mais ne rien laisser volontairement ou par d\u00e9go\u00fbt. Forcer ses l\u00e8vres \u00e0 dire \u00e0 Dieu les actes de foi, d\u2019esp\u00e9rance, de regret, d\u2019amour, de confiance que le c\u0153ur semble se refuser \u00e0 sentir, redire \u00e0 Dieu avec toute la force de sa volont\u00e9 ces paroles si \u00e9mouvantes de saint Fran\u00e7ois de Sales\u2009: \u00ab\u2009Je veux au moins vous aimer dans cette vie, si je suis assez malheureux pour ne pas vous aimer dans l\u2019autre.\u2009\u00bb Au reste, c\u2019est le moment bien choisi de se confier pleinement \u00e0 la Mis\u00e9ricorde divine dans laquelle, si on ne trouve pas la consolation, on trouve du moins un grand soulagement. Et puis, et par-dessus tout, ob\u00e9ir aveugl\u00e9ment au pr\u00eatre \u00e0 qui Dieu a confi\u00e9 le soin de notre \u00e2me. Mais pour que la douleur d\u00e9tache, purifie, \u00e9l\u00e8ve l\u2019\u00e2me sur les plus hauts sommets de l\u2019amour, il faut lui montrer un visage joyeux, sans quoi son dur et amer baiser glace au lieu de ravir. Et le secret, la force de souffrir, ne se trouve que dans les bras de la croix. Ce\u2008n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s avoir pass\u00e9 par le fer et par le feu de la tribulation qu\u2019on entre dans le lieu du rafra\u00eechissement, de la lumi\u00e8re et de la paix.<\/p><p>Le royaume des cieux souffre violence, et ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 exerc\u00e9 par toutes sortes de tribulations qu\u2019on arrive \u00e0 la b\u00e9atitude, au repos.<\/p><p>L\u2019homme na\u00eet pour aimer et aussi pour souffrir, et, du berceau \u00e0 la tombe, la vie pour tous est une agonie plus ou moins longue, plus ou moins cruelle, une ar\u00e8ne o\u00f9 il faut combattre sans rel\u00e2che, o\u00f9 il faut lutter sans tr\u00eave ni repos avec la douleur. Vivre longtemps, a dit saint Augustin, c\u2019est subir une plus longue torture. Et l\u2019Esprit Saint r\u00e9sume en deux mots la vie de l\u2019homme sur la terre\u2009: Labor et Dolor&#8230; labeur et douleur\u2009; et il en donne la raison\u2009: punition et expiation. La douleur a toujours la justice de Dieu pour auteur et le p\u00e9ch\u00e9 pour cause. N\u00e9anmoins, n\u2019oublions pas que toute peine (except\u00e9 la derni\u00e8re) est inflig\u00e9e par l\u2019amour autant que par la justice du Ma\u00eetre. Dieu est toujours P\u00e8re, surtout quand il ch\u00e2tie, et il ne se r\u00e9sout \u00e0 perdre \u00e9ternellement le p\u00e9cheur que lorsqu\u2019il voit l\u2019invincible obstination de celui-ci dans le p\u00e9ch\u00e9.<\/p><p>Quand m\u00eame il ne nous doive rien, le Seigneur a toujours l\u2019extr\u00eame bont\u00e9 de nous envoyer des douceurs et des consolations dans tous nos malheurs, dans toutes nos douleurs. Quand on ne peut plus adorer et contempler Dieu en soi, on le contemple et on l\u2019adore dans l\u2019\u00e2me du prochain, on l\u2019adore, on l\u2019aime en lui-m\u00eame.<\/p><p>Mon unique ressource dans mes angoisses et mes d\u00e9solations est de m\u2019abandonner sans r\u00e9serve entre les mains du Bon Dieu\u2009; j\u2019y trouve toujours la paix et le soulagement. J\u2019esp\u00e8re que, J\u00e9sus m\u2019\u00e9coutant, sa bont\u00e9 ne voudra pas me rejeter \u00e9ternellement de sa face.<\/p><p>Oh\u2009! Seigneur, ch\u00e2tiez-moi, ch\u00e2tiez-moi sur cette terre, mais ne me rejetez pas loin de vous.<\/p><p>Mon J\u00e9sus, faites-moi mourir plut\u00f4t que de vous offenser\u2009!<\/p><p>\u00d4 ma M\u00e8re, venez \u00e0 mon secours\u2009!<\/p><p>^\u00a0 18 mars 1930 (mardi)<\/p><p>Sainte Communion. J\u2019\u00e9tais lasse, triste, d\u00e9courag\u00e9e, en proie \u00e0 mille vicissitudes. J\u00e9sus est venu \u00e0 moi, il est venu en moi dans un amour qui dit tout, mais que je ne sais ni ne puis traduire.<\/p><p>Il faut avoir go\u00fbt\u00e9 cette douceur, cette joie d\u2019amour, pour en conna\u00eetre les d\u00e9lices, et surtout l\u2019avoir go\u00fbt\u00e9e au sein de la douleur.<\/p><p>Mon c\u0153ur \u00e9tait d\u00e9chir\u00e9, bris\u00e9, \u00e0 bout, et le voil\u00e0 renouvel\u00e9\u2009! J\u00e9sus lui a communiqu\u00e9 une nouvelle ardeur, une nouvelle vie, un nouvel amour, un nouveau courage dans la souffrance.<\/p><p>\u00d4 sainte Eucharistie\u2009! \u00f4 doux et divin Myst\u00e8re\u2009!&#8230; \u00d4 sainte Eucharistie, vrai brasier d\u2019amour, vous \u00eates mes d\u00e9lices et ma vie\u2009!<\/p><p>Ah\u2009! que je voudrais, que j\u2019aimerais voir toutes les \u00e2mes embras\u00e9es de ce Feu qui, si suavement, me d\u00e9vore\u2009! Pourquoi en est-il si peu qui viennent s\u2019y consumer, et s\u2019y d\u00e9salt\u00e9rer\u2009?<\/p><p>Mon doux J\u00e9sus, retirez \u00e0 votre petite victime toutes consolations, toutes douceurs et toutes joies.<\/p><p>Seigneur, changez pour moi en amertume toutes les consolations de la terre\u2009! Mais faites, je vous en prie et vous en supplie, que toutes les \u00e2mes qui, aujourd\u2019hui, se sont approch\u00e9es et qui d\u00e9sormais s\u2019approcheront avec amour de la table sainte, en reviennent chaque fois renouvel\u00e9es et transform\u00e9es\u2009; plus humbles, plus pieuses, plus confiantes, plus soumises \u00e0 l\u2019adorable volont\u00e9 de Dieu, et n\u2019aspirent \u00e0 rien d\u2019autre qu\u2019\u00e0 grandir dans l\u2019amour et dans l\u2019union \u00e0 Dieu.<\/p><p>Seigneur, augmentez la gr\u00e2ce dans l\u2019\u00e2me des justes et daignez accorder aux p\u00e9cheurs le pardon.<\/p><p>Je vous demande de daigner r\u00e9pandre des gr\u00e2ces abondantes de paix, d\u2019union et de sanctification sur tous nos sup\u00e9rieurs eccl\u00e9siastiques et sur les fid\u00e8les chr\u00e9tiens. Seigneur, versez sur votre peuple les richesses infinies de votre gr\u00e2ce, afin qu\u2019ils re\u00e7oivent de vous la parfaite libert\u00e9 et qu\u2019ils avancent de plus en plus dans le chemin de l\u2019\u00e9ternelle f\u00e9licit\u00e9.<\/p><p>Seigneur saint, P\u00e8re tout-puissant, Dieu \u00e9ternel, vous rendre gr\u00e2ce partout et toujours par J\u00e9sus Christ notre M\u00e9diateur, notre R\u00e9dempteur et notre Ma\u00eetre\u2009: rien de plus digne de votre souveraine majest\u00e9, de plus conforme \u00e0 la reconnaissance que nous vous devons, de plus favorable \u00e0 nos int\u00e9r\u00eats spirituels et m\u00eame temporels.<\/p><p>\u00d4 doux J\u00e9sus, tendez-nous une main secourable au milieu de tant de dangers auxquels nous sommes expos\u00e9s. Et faites que la communion que j\u2019ai re\u00e7ue m\u2019enveloppe pleinement d\u2019une atmosph\u00e8re sanctifiante, impr\u00e8gne intimement mon \u00e2me du c\u00e9leste parfum de vos divines vertus et de votre sainte doctrine, d\u00e9veloppe mon admiration et mon amour pour vous et contribue \u00e0 me faire progresser dans l\u2019intimit\u00e9 avec votre C\u0153ur, \u00f4 mon si doux J\u00e9sus.<\/p><p>\u00d4 divine Marie, obtenez de l\u2019adorable Trinit\u00e9 qu\u2019elle daigne accepter, en r\u00e9paration de tant d\u2019injures qui lui sont faites, les affections de douleurs et d\u2019amour dont l\u2019Esprit Saint me favorise dans toutes mes communions.<\/p><p>Je demande que ma pri\u00e8re soit d\u00e9pos\u00e9e par vous, bonne M\u00e8re, avec mon offrande, sur l\u2019autel du ciel devant le Tr\u00f4ne de l\u2019\u00e9ternelle Mis\u00e9ricorde.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, \u00f4 mon unique amour, vrai tr\u00e9sor de mon \u00e2me\u2009! \u00d4 J\u00e9sus, mon espoir et ma vie, vous qui vivez et r\u00e9gnez en moi, daignez exaucer mes bien pauvres, mais bien ferventes pri\u00e8res. A\u2009vous, Seigneur, en reviendra toute la gloire. Amen.<\/p><p>^\u00a0 19 mars 1930 (mercredi)<\/p><p>Moins l\u2019on parle, plus l\u2019on pense&#8230; et mieux l\u2019on prie. Plus l\u2019on prie, mieux l\u2019on aime. Plus l\u2019on aime, mieux l\u2019on monte\u2009!<\/p><p>_________________<\/p><p>Partout, en tout et toujours, je vous b\u00e9nis, \u00f4 mon Dieu\u2009!&#8230;<\/p><p>Trinit\u00e9 Sainte, recevez cette offrande que je vous renouvelle un nombre infini de fois tous les jours. Je vous la pr\u00e9sente en m\u00e9moire de la Passion, de la r\u00e9surrection et de l\u2019ascension de Notre-Seigneur, ensuite en l\u2019honneur de la bienheureuse Marie toujours Vierge, des bienheureux martyrs et de tous les autres saints. Puisse cette oblation servir en l\u2019honneur et pour la gloire de son saint Nom, pour mon utilit\u00e9 et celle de la sainte Eglise.<\/p><p>Je suis de plus en plus unie \u00e0 la Passion du Christ, tout mon \u00eatre est scell\u00e9 \u00e0 la douleur\u2009; mais c\u2019est \u00e0 flots que J\u00e9sus r\u00e9pand ses b\u00e9n\u00e9dictions sur moi.<\/p><p>L\u2019amour de Dieu me d\u00e9vore\u2009! II me semble que je suis de plus en plus encha\u00een\u00e9e \u00e0 Dieu par l\u2019amour. Ma vie est une croix, mais une croix d\u2019amour&#8230; une croix de d\u00e9lices, puisque souffrir avec J\u00e9sus n\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus souffrir.<\/p><p>J\u2019ai tant souffert tous ces jours que j\u2019ai vraiment cru que Dieu allait enfin me rappeler \u00e0 lui, et que l\u2019heure tant d\u00e9sir\u00e9e \u00e9tait bien pr\u00e8s de se r\u00e9aliser. Cependant je demeure, vivant de mon Dieu et me consumant pour lui\u2009! Je me sens \u00e9trang\u00e8re en ce monde, et si loin de J\u00e9sus, si loin du ciel \u00e0 cause de la vie qui m\u2019est laiss\u00e9e, qui m\u2019en ferme la porte.<\/p><p>Je suis crucifi\u00e9e entre le ciel et la terre, mais c\u2019est pour mon bien. Souffrir toujours autant&#8230; souffrir encore longtemps n\u2019est rien, si je puis ainsi arracher des \u00e2mes, m\u00eame une seule \u00e2me, \u00e0 l\u2019enfer.<\/p><p>Tout m\u2019est et me sera doux, pourvu que Dieu r\u00e8gne et soit aim\u00e9.<\/p><p>\u00d4 bon J\u00e9sus, ne permettez pas qu\u2019on voie, qu\u2019on ait connaissance de ce que je souffre, et plus encore ma ch\u00e8re maman.<\/p><p>\u00d4 mon tendre Ami, laissez-moi me taire et me perdre en vous seul dans le silence et l\u2019amour. Soyez ma force et ma confiance, \u00f4\u2009J\u00e9sus, je suis \u00e0 vous\u2009!&#8230;<\/p><p>^\u00a0 20 mars 1930 (jeudi)<\/p><p>Oh\u2009! quelle aridit\u00e9 depuis trois jours\u2009! Mon \u00e2me est enferm\u00e9e dans une \u00e9troite prison et J\u00e9sus m\u2019y laisse toute seule sans rien qui me console, mais avec beaucoup de choses qui m\u2019affligent atrocement. A quelques rares moments, je crois sentir qu\u2019il est l\u00e0\u2009; il me semble que les oraisons, les pri\u00e8res, les souffrances, les peines que j\u2019offre \u00e0 Dieu sans cesse montent et vont jusqu\u2019\u00e0 lui. Mais la plupart du temps et presque continuellement, mon \u00e2me est dans une telle insensibilit\u00e9, une d\u00e9solation si grande, que j\u2019ai l\u2019impression que tout ce que je fais et donne \u00e0 Dieu retombe \u00e0 terre sans fruits, comme retomberait un caillou qu\u2019on aurait jet\u00e9 en l\u2019air.<\/p><p>C\u2019est p\u00e9nible et terrible, et cette comparaison n\u2019est rien compar\u00e9e \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9&#8230; Car la privation des consolations divines, la suspension des gr\u00e2ces sensibles, les d\u00e9laissements int\u00e9rieurs, les d\u00e9solations de l\u2019esprit, les s\u00e9cheresses spirituelles causent \u00e0 l\u2019\u00e2me toute consacr\u00e9e \u00e0 Dieu, un tourment bien plus cruel \u00e0 endurer que tout ce que l\u2019on peut souffrir dans cette vie, soit que l\u2019on en regarde le caract\u00e8re, les effets, la cause, soit que l\u2019on en sonde la profondeur, la dur\u00e9e\u2009; mais surtout le sujet et l\u2019objet. Si le sentiment de la privation est en proportion avec l\u2019excellence de l\u2019objet dont on est s\u00e9par\u00e9, de quelles peines ne sont pas afflig\u00e9es les \u00e2mes auxquelles sont enlev\u00e9es ces ineffables consolations. Et si les consolations divines d\u00e9passent sans comparaison toutes celles des sens, il faut dire que leur privation est aussi d\u2019autant plus rigoureuse que l\u2019\u00e9panchement de ces divines douceurs a \u00e9t\u00e9 plus abondant, leur communication plus \u00e9lev\u00e9e, et les d\u00e9sirs qu\u2019elles ont inspir\u00e9s plus profonds, plus intimes et plus puissants.<\/p><p>Oh\u2009! nuit&#8230; sombre nuit, dureras-tu toujours\u2009?<\/p><p>Mon Dieu, mon Dieu, m\u2019auriez-vous compl\u00e8tement abandonn\u00e9e\u2009?&#8230; Y aurait-il une r\u00e9serve au sacrifice entier que j\u2019ai fait de moi-m\u00eame\u2009?&#8230; Doux Seigneur J\u00e9sus, je vous prie et je vous supplie de me laisser la divine joie de vous aimer en ce monde\u2009; et laissez-moi le bonheur de vous le prouver et de vous le dire. Laissez ma pauvre faiblesse s\u2019appuyer sur votre toute-puissance, se perdre dans votre compatissante mis\u00e9ricorde.<\/p><p>Rien dans ma vie ne ressemble \u00e0 un jour lumineux. Quel \u00e9trange et douloureux changement\u2009! Il me semble que je n\u2019y vois plus\u2009; mon esprit, qui s\u2019occupait si volontiers de Dieu, ne peut se fixer nulle part\u2009; mon c\u0153ur, d\u2019ordinaire si br\u00fblant d\u2019amour, ne sent plus rien, le d\u00e9go\u00fbt remplace l\u2019ardeur qu\u2019il avait pour le bien, la peur remplace l\u2019all\u00e9gresse, cette divine all\u00e9gresse qui transporte et rend tout l\u00e9ger. Tout ce que je dis, tout ce que je fais, tout ce que je donne me semble perdu.<\/p><p>Nul, s\u2019il n\u2019a pass\u00e9 par cette \u00e9preuve, ne peut comprendre l\u2019angoisse d\u2019un c\u0153ur qui se trouve plong\u00e9 dans les t\u00e9n\u00e8bres et les doutes spirituels sans pouvoir s\u2019en d\u00e9gager, ou s\u2019il le peut, n\u2019est pas compris de son directeur, soit qu\u2019il manque d\u2019exp\u00e9rience, soit que Dieu ne lui accorde pas les lumi\u00e8res n\u00e9cessaires pour conna\u00eetre le triste \u00e9tat de cette \u00e2me, soit aussi qu\u2019Il veuille la laisser dans le complet abandon. L\u2019amour obtient tout, la patience aussi&#8230; et j\u2019ai tout, puisque je poss\u00e8de Dieu&#8230; puisque j\u2019appartiens \u00e0 Dieu\u2009!<\/p><p>Dieu sera avec moi toujours, quelle que soit la nuit qui m\u2019enveloppe et, avec Dieu, j\u2019aurai toujours et la force pour ne pas faiblir et la gr\u00e2ce pour profiter de cette rude \u00e9preuve.<\/p><p>Pourtant, je l\u2019avoue, je ne pense ni \u00e0 me plaindre, ni \u00e0 me d\u00e9courager, tant il est vrai souvent qu\u2019on est malheureux par comparaison. Je compte en tout sur le secours de Dieu et j\u2019attends en paix le temps de sa mis\u00e9ricorde, car il me semble qu\u2019il ne m\u2019affligerait pas d\u2019une aussi terrible \u00e9preuve si elle ne devait servir \u00e0 rien, si elle ne devait pas \u00eatre utile \u00e0 quelque chose.<\/p><p>Mon unique consolation au milieu de tant de peines, c\u2019est la gr\u00e2ce que Dieu me fait de ne pas moins l\u2019aimer qu\u2019\u00e0 l\u2019ordinaire\u2009; c\u2019est la pens\u00e9e que, loin de lui demander de me d\u00e9livrer d\u2019un si grand tourment, je suis dispos\u00e9e \u00e0 souffrir autant jusqu\u2019\u00e0 la fin de ma vie, si tel est son bon plaisir. Je suis sa tr\u00e8s humble servante, je m\u2019abandonne donc \u00e0 lui de bon c\u0153ur et je le prie seulement de m\u2019assister, afin que je ne l\u2019offense point.<\/p><p>\u00d4 divine Victime de mon salut, \u00f4 doux J\u00e9sus\u2009! comment ne pourrais-je pas supporter si peu quand j\u2019ai vous, Seigneur, pour mod\u00e8le, quand j\u2019ai vous pour aide, pour guide et pour soutien\u2009? \u00d4 Seigneur qui me tendez les bras&#8230; et non content de cela, vous m\u2019ouvrez votre divin C\u0153ur, pour que je m\u2019y blottisse, pour que je m\u2019y repose, pour que je m\u2019y cache et y vive \u00e0 tout jamais.<\/p><p>Mon Dieu, agissez en moi comme vous le voulez\u2009; mais toujours, toujours j\u2019esp\u00e9rerai en vous.<\/p><p>Je voudrais pouvoir dire aux \u00e2mes qui s\u2019affligent quand elles n\u2019ont plus de consolation dans l\u2019oraison, dans la pri\u00e8re, que la volont\u00e9 de la pri\u00e8re et la soumission \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu est un acte de foi et une preuve d\u2019amour qui est tr\u00e8s agr\u00e9able \u00e0 son C\u0153ur\u2009; elle est le commencement de la pri\u00e8re du c\u0153ur et l\u2019assurance des consolations c\u00e9lestes dont la tendresse divine r\u00e9compense t\u00f4t ou tard ceux qui pers\u00e9v\u00e8rent en toute confiance dans la vertu.<\/p><p>Quelle arme toute-puissante est le v\u00e9ritable amour de la cr\u00e9ature pour son Cr\u00e9ateur\u2009! \u00d4 J\u00e9sus, mon Amour et mon Tout\u2009! Accomplissez en moi et par moi votre souverain bon plaisir. Je ne mettrai aucune r\u00e9sistance \u00e0 votre volont\u00e9 sainte. \u00d4 mon Ma\u00eetre ador\u00e9, vous m\u2019avez tout demand\u00e9&#8230; je vous donne tout et sans r\u00e9serve.<\/p><p>Du berceau \u00e0 la tombe, Marie a \u00e9t\u00e9 unie \u00e0 son divin Fils dans cette oblation de la volont\u00e9 \u00e0 la volont\u00e9 du P\u00e8re\u2009; oblation entra\u00eenant comme cons\u00e9quence celle du corps. C\u2019est donc le don total de l\u2019\u00e2me et du corps qui est le supr\u00eame t\u00e9moignage de l\u2019amour.<\/p><p>En effet, plus nous apportons de soumission et d\u2019amour \u00e0 accepter les volont\u00e9s du ciel, plus nous participons \u00e0 la perfection du Dieu trois fois saint. Et plus notre sacrifice a \u00e9t\u00e9 uni et voulu en Eux, plus il nous fait pr\u00e9sent \u00e0 la Trinit\u00e9 Sainte et attire sur nous les lib\u00e9ralit\u00e9s divines, nous donnant ainsi un pouvoir d\u2019amour proportionn\u00e9 \u00e0 notre saintet\u00e9 et \u00e0 notre g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9.<\/p><p>L\u2019\u00e2me est donc, dans cette oblation, \u00e0 la ressemblance du Christ et en union avec lui, pr\u00eatre mystique et hostie d\u2019amour. Si elle se consacre pour toujours \u00e0 cette vie sublime, elle peut offrir sans cesse \u00e0 l\u2019Amour infini des sacrifices spirituels\u2009: hosties de louange et d\u2019action de gr\u00e2ces, d\u2019immolation et d\u2019adoration, en un mot\u2009: l\u2019or, l\u2019encens et la myrrhe qui doivent \u00eatre offerts \u00e0 la divinit\u00e9, en union avec le parfait Adorateur et Marie M\u00e9diatrice, par les adorateurs en esprit et en v\u00e9rit\u00e9 que le P\u00e8re s\u2019est particuli\u00e8rement choisis dans leur amour. Par J\u00e9sus et Marie, c\u2019est r\u00e9aliser en soi et autour de soi \u00ab\u2009la volont\u00e9 du P\u00e8re sur la terre comme au ciel\u2009\u00bb et attirer les \u00e2mes \u00e0 ce culte filial qui fait les v\u00e9ritables enfants de Dieu.<\/p><p>Or, je m\u2019engage pleinement et volontairement \u00e0 vivre cette vie d\u2019abandon et d\u2019accomplissement de la volont\u00e9 de Dieu. Mon v\u0153u rendra permanent l\u2019acte par lequel je donne au Christ toute libert\u00e9 sur moi et par lequel je m\u2019engage \u00e0 accomplir toutes ses volont\u00e9s.<\/p><p>\u00d4 mon Dieu, de quelle paix ne faites-vous pas suivre ce total et confiant abandon \u00e0 votre bont\u00e9 de P\u00e8re\u2009!<\/p><p>\u00d4 mon J\u00e9sus, gardez-moi bien \u00e0 vous et pour vous tout seul\u2009!<\/p><p>D\u00e9livrez-moi de cette \u00e9trange angoisse, en me retirant de cette sombre nuit\u2009! Laissez filtrer un petit rayon de lumi\u00e8re au travers du mur qui m\u2019environne. Vous savez combien faible est votre petite servante quand vous ne la tenez plus sur votre divin C\u0153ur, \u00f4 mon J\u00e9sus bien-aim\u00e9, et combien elle a froid, combien elle a peur quand elle ne sent plus sur elle votre si doux regard.<\/p><p>Cependant, \u00f4 J\u00e9sus, je veux tout, j\u2019accepte tout, je vous fais le sacrifice de tout pour la gloire de votre saint Nom, pour l\u2019honneur de votre Passion et pour la conversion des p\u00e9cheurs.<\/p><p>C\u2019est en frappant le rocher que Mo\u00efse en fit jaillir l\u2019eau bienfaisante et rafra\u00eechissante\u2009; c\u2019est aussi en nous frappant, en brisant quelquefois la duret\u00e9 de notre c\u0153ur, que Dieu fait jaillir en nous les eaux d\u00e9licieuses et bienfaisantes de la gr\u00e2ce.<\/p><p>^\u00a0 22 mars 1930 (samedi)<\/p><p>Vivre uniquement pour vivre en J\u00e9sus\u2009!!!&#8230;<\/p><p>Divin J\u00e9sus, je fais plus que vous consacrer mon temps, mon c\u0153ur, mon \u00e2me et mes pri\u00e8res&#8230; je vous donne aussi mes peines, mes souffrances.<\/p><p>^\u00a0 23 mars 1930 (dimanche)<\/p><p>Dieu est vraiment bien bon de m\u2019affliger avec tant d\u2019amour\u2009!<\/p><p>\u00d4 doux Seigneur J\u00e9sus, je veux tout ce que vous voulez, je\u2009le veux comme vous le voulez, je le veux pour le temps que vous le voudrez. Je vous remercie de toutes les douleurs dont vous daignez m\u2019enrichir\u2009; donnez-m\u2019en cent fois plus encore si c\u2019est votre divin bon plaisir. Je les recevrai pleine de joie, parce que l\u2019accomplissement de votre sainte et adorable volont\u00e9 est la plus douce et la plus grande de toutes mes consolations.<\/p><p>La disposition int\u00e9rieure \u00e0 laquelle Notre-Seigneur semble me ramener constamment, et qu\u2019il para\u00eet me demander uniquement, c\u2019est d\u2019\u00eatre et de me sentir heureuse par lui, et de me r\u00e9jouir en lui de tout ce qui m\u2019arrive. \u00d4 mon Dieu\u2009! \u00f4 mon trop bon Sauveur, donnez-moi, conservez-moi toujours ce contentement, cet abandon joyeux et plein d\u2019amour, afin que je demeure en vous par lui \u00e0 jamais.<\/p><p>^\u00a0 24 mars 1930 (lundi)<\/p><p>Combien il me co\u00fbte de savoir les miens accabl\u00e9s d\u2019ouvrage, alors que je ne puis rien pour les aider.<\/p><p>J\u2019offre au moins mes sacrifices et mes souffrances\u2009; puissent-elles leur profiter non tant en biens naturels, mais en biens spirituels et divins.<\/p><p>\u00d4 mon Dieu, puissiez-vous, par mes sacrifices et mes souffrances, b\u00e9nir tous ceux que j\u2019aime\u2009!&#8230; je le voudrais tant\u2009!<\/p><p>^\u00a0 25 mars 1930 (mardi)<\/p><p>Dieu est souverainement bon, infiniment sage. Ce qu\u2019il veut est donc toujours un effet de sa mis\u00e9ricorde et de son amour.<\/p><p>Voil\u00e0 pourquoi la soumission pleine, enti\u00e8re, affectueuse, \u00e0\u2009toutes les \u00e9preuves, \u00e0 tous les accidents, \u00e0 tous les \u00e9v\u00e9nements de la vie, est l\u2019acte le plus parfait, le plus saint que la cr\u00e9ature raisonnable puisse produire. Et Dieu, dans sa bont\u00e9 sublime, en a fait l\u2019acte le plus m\u00e9ritoire.<\/p><p>Je ne sais plus quel est le grand saint qui a dit que l\u2019habitant de la Cit\u00e9 sainte porte au fond de son c\u0153ur un fiat et un amen continuels. Toutes ses peines, il les veut, et ne d\u00e9sire aucune des consolations dont il est providentiellement priv\u00e9&#8230; Il ne veut rien d\u2019autre que ce qu\u2019il a. Sa nourriture est de faire avec J\u00e9sus, uni \u00e0 J\u00e9sus, la volont\u00e9 du P\u00e8re, quelle qu\u2019elle soit. J\u2019aime souvent \u00e0 me rappeler cette pens\u00e9e, je la trouve si belle et si conforme au besoin de chacun\u2009: je suis, en ce moment, \u00e0 la place o\u00f9 le Bon Dieu me veut, dans l\u2019\u00e9tat, la situation, le degr\u00e9 d\u2019amour et d\u2019humilit\u00e9 o\u00f9, de toute \u00e9ternit\u00e9, il me voulait\u2009; et le Seigneur me fait des gr\u00e2ces capables de rendre m\u00e9ritoires toutes mes peines.<\/p><p>Oh\u2009! oui, Dieu pense \u00e0 moi\u2009; il y pense de toute \u00e9ternit\u00e9. Je sais qu\u2019il est l\u00e0. Il me regarde, il m\u2019enveloppe de son amour\u2009! Sa divine main s\u2019appesantit lourdement sur moi, c\u2019est vrai, mais il me donne la force et surtout le courage de recevoir la douleur non seulement avec paix et r\u00e9signation, mais avec joie. Il est possible que demain je souffre davantage qu\u2019aujourd\u2019hui, mais les gr\u00e2ces seront en rapport avec mes nouvelles souffrances.<\/p><p>Oui, mon Dieu, oui, je suis heureuse, alors m\u00eame que de mes l\u00e8vres s\u2019\u00e9chappent des g\u00e9missements\u2009!&#8230; Je g\u00e9mis, mon c\u0153ur g\u00e9mit, mais ce sont des g\u00e9missements ineffables.<\/p><p>Je ne voudrais pas adoucir si peu que ce soit, abr\u00e9ger m\u00eame d\u2019une minute, les souffrances qu\u2019il pla\u00eet \u00e0 Dieu de voir en moi.<\/p><p>Dieu est mon Ma\u00eetre, un ma\u00eetre bon, un ma\u00eetre sage et clairvoyant, un ma\u00eetre puissant et plein d\u2019amour\u2009! A lui donc, je m\u2019abandonne tout enti\u00e8re. Lui seul est mon bonheur pr\u00e9sent et mon bonheur \u00e0 venir&#8230; Lui seul m\u2019est tout.<\/p><p>Quand j\u2019ai de grandes douleurs, J\u00e9sus est le m\u00e9decin qui me gu\u00e9rit\u2009; quand je suis dess\u00e9ch\u00e9e par la fi\u00e8vre, il est la fontaine d\u2019eau vive qui me rafra\u00eechit\u2009; quand je suis triste, lasse, quand je tremble, il est la force qui me d\u00e9fend\u2009; quand je me sens d\u00e9faillir, il est la vie qui me ranime, l\u2019aliment qui rassasie ma faim. Il est le Bien supr\u00eame&#8230; Il est la Voie, la V\u00e9rit\u00e9 et la Vie&#8230; Il est l\u2019\u00e9ternel Amour.<\/p><p>Doux Seigneur J\u00e9sus, j\u2019attends tout de votre tendresse, j\u2019esp\u00e8re tout de votre bont\u00e9\u2009!<\/p><p>Cette longue \u00e9preuve qui me tient impuissante et qui me fait g\u00e9mir, sera peut-\u00eatre le bienfaisant rem\u00e8de de maux inconnus que moi-m\u00eame j\u2019ignore. C\u2019est pourquoi je vous demande, \u00f4\u2009doux J\u00e9sus, une foi toujours plus vive, une conviction toujours plus forte, un amour toujours plus pur, une volont\u00e9 toujours plus ardente, une soumission toujours plus parfaite. Que votre sainte et adorable volont\u00e9 soit mon souverain bien dans le temps et dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Oh\u2009! je la veux&#8230; je l\u2019aime&#8230; je la ch\u00e9ris&#8230; je l\u2019embrasse, cette volont\u00e9 sainte. Pauvre, faible et souffrante, je viens \u00e0 vous, \u00f4\u2009mon bien-aim\u00e9, je reste avec vous, pr\u00e8s de vous, en Dieu heureuse, paisible et confiante&#8230; Et toujours joyeuse.<\/p><p>^\u00a0 27 mars 1930 (jeudi)<\/p><p>Passer humble et silencieuse comme la Vierge, en faisant le bien&#8230; en donnant du bonheur.<\/p><p>Je connais maintenant la joie la plus pure, la plus douce que l\u2019on puisse conna\u00eetre\u2009: celle de vivre pour les autres et pour leur bonheur.<\/p><p>Que c\u2019est bon d\u2019\u00eatre dure pour soi-m\u00eame, de ne se permettre aucun apitoiement d\u00e9cevant, rien qui affaiblisse et qui nuise au r\u00e9sultat de l\u2019\u00e9preuve qui doit \u00eatre de fortifier, d\u2019\u00e9lever, de grandir, de rendre meilleur et plus saint. C\u2019est pourquoi, jusque dans les plus petites choses, comme d\u2019avoir soif, d\u2019allumer la nuit, je r\u00e9siste. Il faut savoir rester seule et forte aussi bien la nuit que le jour. Moi qui aimais tant les nuits claires, les nuits par\u00e9es d\u2019\u00e9toiles&#8230; Mais tout cela est d\u00e9j\u00e0 si loin.<\/p><p>C\u2019est en pensant et en m\u00e9ditant les souffrances de J\u00e9sus Christ, incomparables aux miennes et volontairement support\u00e9es par amour pour nous, et \u00e0 son amour rayonnant, sublime sur la Croix, que je suis parvenue \u00e0 m\u2019unir \u00e0 lui dans une communion intime et constante.<\/p><p>Ah\u2009! comme j\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus avec ferveur, apr\u00e8s lui avoir offert mon immense douleur et fait le sacrifice de tout bonheur humain, de me faire accepter ma croix, et qu\u2019elle soit pour moi le gage, la condition d\u2019une vie toute d\u2019amour pour Dieu et mon prochain\u2009!&#8230; Et Dieu m\u2019a exauc\u00e9e&#8230;<\/p><p>Dans mon oraison ce matin, j\u2019ai longuement demand\u00e9 \u00e0 Dieu que tout ce qui pouvait encore me rester de vie p\u00fbt \u00eatre employ\u00e9 utilement. D\u2019abord, l\u2019humeur peut se refl\u00e9ter sur tous les alentours en bien ou en mal\u2009; puis, on peut donner son c\u0153ur, son \u00e2me, sa sympathie. Une chose reste toujours, elle est \u00e0 la port\u00e9e de chacun\u2009: la joie des autres&#8230; Donner un peu de calme, de courage, d\u2019espoir, provoquer un sourire, tout cela est un doux travail et il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019\u00eatre debout, ni en sant\u00e9 pour le faire. Au contraire, rien ne comprend mieux qu\u2019une grande douleur. Puis reste la pri\u00e8re. La liste des b\u00e9n\u00e9dictions, des gr\u00e2ces \u00e0 demander pour tous ceux qu\u2019on aime est si longue\u2009! Il y a tant de pauvres c\u0153urs bris\u00e9s par les difficult\u00e9s, les soucis et surtout par les amertumes de la vie, tant de malades comme moi qui passent par les m\u00eames tourments physiques et moraux, tant de malheureux qui ne connaissent et n\u2019aiment pas le Bon Dieu.<\/p><p>Ma seule grande douleur, que je ne pouvais vaincre, \u00e9tait de ne pouvoir rien faire pour toutes les \u00e2mes souffrantes, pour tous ceux qui vivent loin de Dieu et vers lesquels mon c\u0153ur s\u2019\u00e9lance chaque jour. Que puis-je faire pour tous, me disais-je\u2009?&#8230; Et l\u2019horizon s\u2019est tout \u00e0 coup \u00e9clair\u00e9\u2009: un surcro\u00eet de bonheur et de paix m\u2019est revenu en pensant que je pouvais beaucoup pour eux par la pri\u00e8re, par l\u2019offrande de mes souffrances unies \u00e0 celles du Christ, par le rayonnement de ma vie toute d\u2019amour, par le contentement, la joie. J\u2019ai devant moi de quoi occuper utilement tout le temps qu\u2019il plaira \u00e0 Dieu de me retenir en cet \u00e9tat&#8230; Je sens bien cependant que ma charit\u00e9 n\u2019est pas encore satisfaite. Sans doute qu\u2019elle ne le sera jamais pleinement sur la terre&#8230; Ce besoin de me d\u00e9vouer, de m\u2019oublier pour les autres est en moi si grand.<\/p><p>Il y a deux ans je souhaitais vivement mourir pour voir Dieu, car j\u2019avais la ferme esp\u00e9rance d\u2019une \u00e9ternit\u00e9 bienheureuse.<\/p><p>Maintenant que je sens que j\u2019ai une mission \u00e0 remplir, je\u2009lutte pied \u00e0 pied avec la maladie, offrant d\u2019avance les souffrances que mon \u00e9nergie et ma r\u00e9signation prolongent.<\/p><p>Que je suis heureuse de penser que ma vie n\u2019est qu\u2019un grand tissu de privations, et que par l\u00e0, je me trouve plus rapproch\u00e9e de mon J\u00e9sus ch\u00e9ri\u2009! Qu\u2019il m\u2019est doux, Seigneur, de prolonger ces jours privil\u00e9gi\u00e9s o\u00f9 je partage avec toutes vos cr\u00e9atures, surtout avec les d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s, les vicissitudes de l\u2019exil terrestre.<\/p><p>^\u00a0 28 mars 1930 (vendredi)<\/p><p>Que faire pour m\u2019acquitter de cette \u00e9norme dette de reconnaissance que j\u2019ai envers Dieu et envers la soci\u00e9t\u00e9\u2009?&#8230; La r\u00e9ponse me vient, toujours la m\u00eame\u2009: accepte avec soumission, avec bonheur tout ce qui t\u2019arrive en peines, et donne en joie aux autres tout ce que tu re\u00e7ois de Dieu.<\/p><p>Les privil\u00e8ges ne me font pas envie, je crois que vraiment je ne pourrais plus jouir de rien apr\u00e8s avoir connu les joies pures que je connais et apr\u00e8s avoir v\u00e9cu si longtemps la vie du sacrifice.<\/p><p>Gr\u00e2ce \u00e0 J\u00e9sus, gr\u00e2ce surtout \u00e0 notre bonne M\u00e8re, je m\u2019entends de mieux en mieux \u00e0 dissimuler ce qui a trait, tout ce qui peut rappeler que je suis malade, et \u00e0 taire les maux dont je souffre constamment et desquels je ne parle que tr\u00e8s peu.<\/p><p>Je veux que tout autour de moi et en moi rayonne l\u2019harmonie, le saint contentement, la joie et l\u2019immense bont\u00e9 de c\u0153ur.<\/p><p>L\u2019apprentissage de la gaiet\u00e9 dans la maladie n\u2019est pas moins n\u00e9cessaire que celui de la r\u00e9signation.<\/p><p>Etre toujours gaie, toujours joyeuse, m\u00eame dans l\u2019affliction&#8230; C\u2019est si bon\u2009! C\u2019est de l\u00e0 que j\u2019ai compris la valeur d\u2019un sourire accueillant, le b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 habituelle transformant m\u00e9lancolie et tristesse en saint contentement.<\/p><p>L\u2019amabilit\u00e9, c\u2019est la charit\u00e9 qui se donne, c\u2019est la patience qui supporte, c\u2019est la force et la paix qui se transmettent d\u2019un seul c\u0153ur au c\u0153ur de tous&#8230; La joie, c\u2019est la disposition radieuse de l\u2019\u00e2me tourn\u00e9e vers son Dieu.<\/p><p>^\u00a0 29 mars 1930 (samedi)<\/p><p>Nuit d\u2019attente, d\u2019appels \u00e0 J\u00e9sus\u2009! Ne le trouvant pas pr\u00e8s de moi, ni dans la pri\u00e8re, je l\u2019ai cherch\u00e9 et l\u2019ai trouv\u00e9 dans les bras de la Tr\u00e8s Sainte Vierge, qui me l\u2019a donn\u00e9 apr\u00e8s une dizaine de chapelet et un \u00ab\u00a0Souvenez-vous\u00a0\u00bb r\u00e9cit\u00e9 avec amour et pi\u00e9t\u00e9.<\/p><p>Je l\u2019ai trouv\u00e9, ce matin, apr\u00e8s un acte d\u2019ob\u00e9issance qui a d\u00fb r\u00e9jouir son C\u0153ur si aimant\u2009; puis \u00e0 la sainte Messe, mais surtout en faisant le Chemin de Croix&#8230; Et le calme, la paix, la joie est revenue dans mon \u00e2me.<\/p><p>Je le trouve bien d\u2019ailleurs sans cesse et partout, tout le long du jour et de la nuit\u2009: je le vois dormant paisible, innocent et pur, tant\u00f4t dans les bras de sa Sainte M\u00e8re, tant\u00f4t sur la barque de Pierre, tant\u00f4t dans sa Cr\u00e8che \u00e0 Bethl\u00e9em. Je le vois aussi priant avec Marie et saint Joseph, ou travaillant dans l\u2019atelier de Nazareth&#8230; Mais le plus souvent et surtout, seul et triste \u00e0 Geths\u00e9mani, au Calvaire et dans le Tr\u00e8s Saint Sacrement de son amour. Dans les pauvres, dans les malades, dans les petits enfants que j\u2019aime tant\u2009; dans les pauvres p\u00e9cheurs, dans les malheureux, les prisonniers, dans tous les travailleurs&#8230; dans tous ceux qui m\u2019entourent.<\/p><p>Dans quelques jours, je le trouverai dans la sainte communion, et lui demanderai de ne plus me quitter, de faire que rien ni personne ne puisse me distraire de lui, et que tous mes soupirs soient des soupirs d\u2019amour. Que ma premi\u00e8re pens\u00e9e, mon premier regard, ma premi\u00e8re parole soit un \u00ab\u2009J\u00e9sus, je vous aime\u2009!\u2009\u00bb<\/p><p>Que mes journ\u00e9es et mes nuits sont douces, ainsi unie \u00e0 J\u00e9sus, l\u2019Amour supr\u00eame et infini\u2009!<\/p><p>^\u00a0 31 mars 1930 (lundi)<\/p><p>J\u00e9sus m\u2019a fait comprendre d\u2019une mani\u00e8re toute mentale que les s\u00e9cheresses spirituelles, les gr\u00e2ces sensibles, les d\u00e9solations int\u00e9rieures ne sont pas toujours une \u00e9preuve voulue directement par lui, qu\u2019elles peuvent aussi venir de quelques attaches, de quelques amiti\u00e9s secr\u00e8tes qui blessent son divin C\u0153ur et qui emp\u00eachent son enti\u00e8re familiarit\u00e9 avec l\u2019\u00e2me.<\/p><p>\u00d4 vous qui souffrez et qui vous plaignez de vivre dans une nuit sans \u00e9toiles, regardez au fond de votre c\u0153ur s\u2019il n\u2019y a pas quelque chose, un souvenir ou une affection qui tienne la place que J\u00e9sus doit y occuper. Soyez g\u00e9n\u00e9reuse, chassez tout cela et laissez entrer J\u00e9sus&#8230; et J\u00e9sus tout seul. Ne vous d\u00e9couragez pas\u2009; il faut toujours des \u00e9preuves \u00e0 une \u00e2me. Tant que J\u00e9sus ne vous manquera pas, rien ne vous manquera, car celui qui a Dieu, a tout.<\/p><p>Il veut voir jusqu\u2019o\u00f9 peut aller votre confiance, et vous m\u00e9nage peut-\u00eatre de grands concours. Il faut lui dire aussi\u2009: \u00ab\u2009Je sais bien que je suis la faiblesse, la mis\u00e8re m\u00eame, et c\u2019est pour cela que je compte sur vous, \u00f4 J\u00e9sus\u2009!\u2009\u00bb<\/p><p>Quand le Bon Dieu nous demande de grands sacrifices, qu\u2019il nous envoie de profondes afflictions, c\u2019est qu\u2019il se dispose et nous pr\u00e9pare en secret de grandes consolations, un immense bonheur.<\/p><p>Que J\u00e9sus et Marie soient lou\u00e9s de tout\u2009! Au ciel, nous serons couronn\u00e9s de nos afflictions d\u2019ici-bas.<\/p><p>Etre une \u00e2me de lumi\u00e8re et d\u2019\u00e9nergie&#8230; un c\u0153ur plein d\u2019humilit\u00e9, de douceur et de charit\u00e9&#8230; une petite martyre&#8230; une hostie d\u2019amour&#8230; une louange de gloire\u2009!<\/p><p>Aimer en souffrant&#8230; semer en chantant, pour les moissons \u00e9ternelles\u2009!<\/p><p>Etre une violette toujours modeste,<\/p><p>&#8230;&#8230;.. une pens\u00e9e toujours pure<\/p><p>&#8230;&#8230;.. une p\u00e2querette toujours simple<\/p><p>&#8230;&#8230;.. un muguet, gage de bonheur<\/p><p>&#8230;&#8230;.. un lys toujours tr\u00e8s blanc&#8230; Rien qu\u2019une toute petite fleur pour la joie de J\u00e9sus, mais une petite fleur toujours ensanglant\u00e9e et qui, nuit et jour, se donne et s\u2019immole pour la gloire de Dieu.<\/p><p>Les fleurs des autels, qui s\u2019\u00e9puisent et s\u2019effeuillent pr\u00e8s du tabernacle pour l\u2019honneur et la gloire de Dieu, sont la vivante image de l\u2019\u00e2me consacr\u00e9e et immol\u00e9e par la main du Seigneur, qui s\u2019\u00e9puise et se consume pour son amour, pour sa plus grande gloire et le salut des \u00e2mes. Tour \u00e0 tour, avec lui, sur les sommets lumineux du Thabor ou sur le chemin ensanglant\u00e9 du Calvaire.<\/p><p>C\u2019est ainsi, \u00f4 mon Dieu, que je vais chaque instant du jour et m\u00eame de la nuit, cueillant des fleurs pour vous les offrir.<\/p><p>Je n\u2019ai pas vu leur beaut\u00e9, je n\u2019ai pas respir\u00e9 leur parfum, je n\u2019en connais pas le nombre. Je ne sais pas la valeur des souffrances, des fatigues, des sacrifices et des larmes, m\u00eal\u00e9s dans mes mains qui vous les offrent, qui vous les tendent&#8230; Non, je ne le sais pas\u2009! Mais j\u2019aime mon ignorance&#8230; j\u2019aime toutes vos volont\u00e9s\u2009!<\/p><p>^\u00a0 1er avril 1930 (mardi)<\/p><p>Ah\u2009! que ces mots divins tomb\u00e9s du Pater, \u00ab\u2009Fiat voluntas tua\u2009\u00bb, prononc\u00e9s par des l\u00e8vres pieuses et g\u00e9n\u00e9reuses, \u00e9panchent un baume plein de myst\u00e8res, un parfum de paradis qui adoucit et gu\u00e9rit les plaies les plus saignantes du c\u0153ur, r\u00e9conforte l\u2019\u00e2me tortur\u00e9e et meurtrie, l\u2019inonde de paix et de bonheur&#8230; Et, au milieu m\u00eame des douleurs et des larmes, fait na\u00eetre une esp\u00e9rance, une lumi\u00e8re d\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p><p>Dieu notre P\u00e8re, qui \u00eates aux cieux comme vous \u00eates dans le c\u0153ur de tous vos enfants, \u00f4 notre P\u00e8re \u00e0 tous, b\u00e9nissez la plus pauvre, la moindre de tous vos enfants\u2009! B\u00e9nissez tous ceux qu\u2019elle aime&#8230; b\u00e9nissez toute cr\u00e9ature.<\/p><p>B\u00e9nissez mes actions&#8230; B\u00e9nissez mes peines&#8230; B\u00e9nissez mes r\u00e9solutions&#8230; B\u00e9nissez toutes mes intentions&#8230; B\u00e9nissez mes peines et mes souffrances&#8230; B\u00e9nissez les leurs, \u00f4 doux J\u00e9sus, mon Dieu.<\/p><p>\u00d4 P\u00e8re tendre et bon, \u00e0 vous j\u2019ai tout donn\u00e9, accomplissez et achevez maintenant en moi ce que vous avez si merveilleusement, si amoureusement commenc\u00e9.<\/p><p>Je sais que la dur\u00e9e de mes jours est exactement et surtout providentiellement mesur\u00e9e \u00e0 la longueur de la t\u00e2che que vous m\u2019avez destin\u00e9e. Aidez-moi, je vous en supplie, \u00e0 la poursuivre, \u00e0 la continuer avec toujours plus d\u2019amour, avec une toujours plus grande ferveur, pour l\u2019achever en beaut\u00e9&#8230; Aidez chacun de nous \u00e0 l\u2019achever de m\u00eame.<\/p><p>Pour bien finir, je sais qu\u2019il faut toujours bien faire\u2009! Pour esp\u00e9rer faire une sainte mort, il faut vouloir vivre une belle vie\u2009!&#8230;<\/p><p>Pour cela, Seigneur, donnez-nous toujours abondamment votre gr\u00e2ce, votre lumi\u00e8re, pour conna\u00eetre ce que vous nous demandez.<\/p><p>Donnez-nous surtout plus de ferveur, plus d\u2019amour, plus de foi&#8230; plus d\u2019intelligence aussi pour faire parfaitement ce que vous d\u00e9sirez, plus de volont\u00e9 pour vouloir toujours ce qui vous pla\u00eet le mieux, et plus de confiance, plus de ferveur pour nous sauvegarder dans toutes nos d\u00e9faillances&#8230; et rien de plus, si ce n\u2019est la pers\u00e9v\u00e9rance pour accomplir tous nos devoirs jusqu\u2019au sommet supr\u00eame de la perfection.<\/p><p>Donner toute la pleine mesure de moi-m\u00eame\u2009: mes devoirs, mes joies, mes souffrances, mes peines, mes consolations, mes encouragements, mes lumi\u00e8res&#8230; toute ma charit\u00e9, tout mon amour, toute mon \u00e2me, tendrement pench\u00e9e sur chaque cr\u00e9ature, quel que soit leur \u00e9tat, quelle que soit leur vie, quels que soient leurs p\u00e9ch\u00e9s et leurs vertus.<\/p><p>Oui, donnons, donnons-nous sans cesse\u2009; et donnons tout notre c\u0153ur, toute notre \u00e2me, toutes nos forces, tout notre sang, toute notre vie, sans chercher \u00e0 savoir, sans nous inqui\u00e9ter de ce que l\u2019on pense et dit de nous. Faire tout notre devoir\u2009: tout ce qui est juste, vertueux et pur&#8230; tout ce qui est aimable, louable et parfait, unis \u00e0 J\u00e9sus et \u00e0 Marie notre si bonne M\u00e8re, dans l\u2019unique pens\u00e9e de plaire au Bon Dieu qui nous aime, qui nous voit, nous soutient, nous encourage, nous sourit pour chaque petit effort, pour chaque petite victoire obtenue, et, au ciel, nous en r\u00e9compensera dans la joie d\u2019un face-\u00e0-face \u00e9ternel, tout comme il nous consolera de toutes nos souffrances endur\u00e9es pour lui.<\/p><p>\u00d4 doux Seigneur J\u00e9sus, qui ouvrez votre C\u0153ur \u00e0 tous, mais plus particuli\u00e8rement aux afflig\u00e9s, pour y r\u00e9fugier leur d\u00e9tresse, ayez piti\u00e9 de nous&#8230;<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, je vous donne mon c\u0153ur, faites qu\u2019il soit toujours bien v\u00f4tre\u2009!<\/p><p>Ah\u2009! que voil\u00e0 une douce et consolante pri\u00e8re pour aller \u00e0 Dieu\u2009! Pri\u00e8re d\u2019amour, de charit\u00e9, de confiance\u2009; pri\u00e8re \u00e9cout\u00e9e, entendue, b\u00e9nie, exauc\u00e9e, parce qu\u2019elle le r\u00e9jouit, parce qu\u2019elle l\u2019honore et le glorifie.<\/p><p>Prier, dit saint Ambroise, c\u2019est respirer le Bon Dieu\u2009! C\u2019est mettre tout son c\u0153ur, toute son \u00e2me, toute sa volont\u00e9, tout son esprit, toutes ses pens\u00e9es, toutes ses aspirations, toutes ses dispositions, tous ses d\u00e9sirs dans les mains de Dieu.<\/p><p>Prions donc, et bien fort&#8230; Prions beaucoup la Sainte Vierge, et elle aura piti\u00e9 de nous.<\/p><p>Prions pour nous, pour nos proches, pour tous ceux que nous aimons\u2009; prions pour la pers\u00e9v\u00e9rance des fid\u00e8les, pour la sanctification des justes, pour les afflig\u00e9s, pour les malades, pour tous les pauvres p\u00e9cheurs. Prions aussi pour les ch\u00e8res \u00e2mes du Purgatoire, joignons nos mains pour supplier en leur faveur et Dieu tendra les siennes pour leur donner, et ces ch\u00e8res \u00e2mes ouvriront les leurs pour recevoir.<\/p><p>Prions, prions pour la France, pour l\u2019Eglise militante et pour l\u2019Eglise souffrante incessamment unie \u00e0 l\u2019Eglise triomphante.<\/p><p>La pri\u00e8re est une lampe pleine de myst\u00e8re qui, en vertu de sa flamme brillante et pure, nous montre \u00e0 tous le chemin du devoir en nous donnant le divin courage de l\u2019accomplir.<\/p><p>Qui dira ce que la pri\u00e8re peut mettre et r\u00e9pandre dans une \u00e2me, de v\u00e9rit\u00e9, de paix, de force, de consolation, d\u2019esp\u00e9rance\u2009? Elle n\u2019est pas seulement de la lumi\u00e8re, elle est de la chaleur, elle est de la vie.<\/p><p>Elle est le parfum qui charme, la fra\u00eecheur qui captive, l\u2019aimant qui attire, la gr\u00e2ce qui enivre, la douceur qui enchante.<\/p><p>Si l\u2019\u00e2me est triste, elle la rel\u00e8ve\u2009; si elle dort, elle l\u2019\u00e9veille\u2009; si\u2009elle est joyeuse, elle la mod\u00e8re, si elle est dans les t\u00e9n\u00e8bres, c\u2019est le rayon divin qui doucement descend sur elle et la ravit en Dieu.<\/p><p>Quand nous souffrons moralement ou autrement, prions en union avec J\u00e9sus et par J\u00e9sus toujours&#8230; prions comme priait J\u00e9sus. Unissons nos faibles voix \u00e0 la sienne, toute-puissante et divine, demandons-lui de soumettre au P\u00e8re, \u00e0 notre P\u00e8re, ce que nous voulons qu\u2019il entende, nous donne, nous accorde.<\/p><p>Mon Dieu, que votre sainte et adorable volont\u00e9 soit faite sur la terre comme dans le Ciel, qu\u2019elle s\u2019accomplisse surtout en mon \u00e2me\u2009!&#8230;<\/p><p>Si J\u00e9sus est notre M\u00e9diateur&#8230; si nous prions, si nous supplions avec lui et par lui&#8230; Si nous ne faisons qu\u2019un avec lui, alors nous pouvons filialement dire \u00e0 Dieu\u2009: \u00ab\u2009\u00d4 P\u00e8re&#8230; \u00f4 notre P\u00e8re des cieux, ce n\u2019est plus moi qui prie, c\u2019est J\u00e9sus Christ, votre divin Fils, qui prie en moi.\u2009\u00bb<\/p><p>Oh\u2009! que J\u00e9sus fait bien mieux que nous tous ce que nous avons \u00e0 faire\u2009! Nous n\u2019avons qu\u2019\u00e0 nous tenir humili\u00e9s et an\u00e9antis devant lui, consentant \u00e0 l\u2019avance \u00e0 tout ce qu\u2019il voudra.<\/p><p>S\u2019il faut aimer, J\u00e9sus aimera en nous et pour nous&#8230; S\u2019il faut prier, adorer, glorifier, J\u00e9sus priera, adorera, glorifiera Dieu son P\u00e8re, et beaucoup mieux que nous ne le pourrions.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, puisque vous \u00eates mon \u00e2me, ma vie et mon tout, faites donc tout en moi et pour moi.<\/p><p>\u00d4 Verbe \u00e9ternel, Parole de mon Dieu, je veux passer chacun de mes jours \u00e0 vous aimer, \u00e0 vous ob\u00e9ir. Et comme pour vous il n\u2019y a que l\u2019ob\u00e9issance qui compte, le plus grand entre tous est donc celui qui fait le mieux ce qu\u2019il doit faire, et qui le fait avec plus d\u2019amour.<\/p><p>Ce qui est grand, ce n\u2019est pas tel acte ou tel autre, c\u2019est tout ce que Dieu veut. Toutes les volont\u00e9s de Dieu sont grandes, en dehors de l\u00e0, tout n\u2019est rien.<\/p><p>Je fais toujours une grande chose quand j\u2019accomplis un acte voulu de Dieu et parce que Dieu le veut.<\/p><p>Notre vie n\u2019est donc pas en r\u00e9alit\u00e9 ce qu\u2019elle para\u00eet \u00eatre, mais bien ce que nous la faisons.<\/p><p>Telle existence glorieuse en apparence n\u2019est souvent qu\u2019une fum\u00e9e, et quelquefois m\u00eame, pire encore. Telle autre sans \u00e9clat, sans relief aux regards des humains, est aux yeux de Dieu une \u00e9blouissante beaut\u00e9.<\/p><p>Ce qui m\u2019a beaucoup confirm\u00e9e dans cette pratique de l\u2019amour ob\u00e9issant est une vue que Dieu m\u2019a donn\u00e9e de la complaisance et de la joie infinie que lui, le P\u00e8re \u00e9ternel, a de voir toute sa gloire int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure recueillie dans son Fils\u2009; car il voit en lui toutes ses grandeurs divines. Il voit de m\u00eame en lui toute sa gloire ext\u00e9rieure, et rien ne lui pla\u00eet mieux que la personne de son Fils\u2009; ou si quelque autre chose lui pla\u00eet, ce n\u2019est que par lui.<\/p><p>Il voit dans son \u00e9ternit\u00e9 tous les myst\u00e8res de sa vie terrestre, dans lesquels il prend ses d\u00e9lices, y trouvant la pl\u00e9nitude de ses perfections divines.<\/p><p>Sa justice y est pleinement satisfaite&#8230; Sa mis\u00e9ricorde y \u00e9clate admirablement&#8230; Son amour y rejaillit merveilleusement, ainsi que sa sagesse, sa bont\u00e9, sa puissance, et enfin toutes ses supr\u00eames grandeurs. Et comme J\u00e9sus est la parfaite image de son P\u00e8re, selon son essence et sa vie divine, se voyant lui-m\u00eame dans le P\u00e8re, il s\u2019aime et se r\u00e9jouit de son infinie beaut\u00e9. Il est aussi un tableau parfait dans lequel resplendissent toutes les perfections de la divinit\u00e9, selon les myst\u00e8res de sa vie mortelle. Le P\u00e8re \u00e9ternel, les voyant en lui, y prend plaisir et s\u2019en r\u00e9jouit infiniment, en sorte que, comme rien ne le satisfait au-dedans de lui-m\u00eame, que la vue de son Fils unique, rien non plus ne le satisfait au-dehors, que la vue de ce m\u00eame Fils. Ainsi, si nous faisons quelque chose qui soit agr\u00e9able \u00e0 Dieu, ce n\u2019est point parce que l\u2019acte vient de nous, mais parce que nous sommes li\u00e9s aux diff\u00e9rentes op\u00e9rations de J\u00e9sus envers son Dieu, son P\u00e8re, de sorte qu\u2019\u00e9tant ab\u00eem\u00e9s en lui et unis \u00e0 ses supr\u00eames op\u00e9rations envers la divinit\u00e9, nous sommes en quelque mani\u00e8re d&rsquo;autres lui-m\u00eame. Nous faisons ce qu\u2019il fait d\u2019une mani\u00e8re ineffable et que nous ne pouvons comprendre\u2009; car ses grandeurs sont incompr\u00e9hensibles, il faut les adorer plut\u00f4t que les consid\u00e9rer, et attendre patiemment le grand jour de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 pour les conna\u00eetre. Cependant, nous devons tous nous appliquer fortement \u00e0 l\u2019imitation des vertus et des dispositions de J\u00e9sus Christ, pour le faire vivre en nous.<\/p><p>C\u2019est pour cela que cet aimable et doux Sauveur vient en nous par la gr\u00e2ce et par la sainte communion, afin que nous vivions de sa vie et que nous le laissions op\u00e9rer en nous librement tout ce qu\u2019il voudra.<\/p><p>\u00d4 doux J\u00e9sus, pourquoi venez-vous si souvent avec votre vie en moi, si ce n\u2019est pour y vivre vous seul\u2009? Quand donc aurai-je l\u2019ineffable bonheur de me trouver dans un \u00e9tat conforme au v\u00f4tre, afin que je n\u2019aie plus d\u2019autre vie en moi que la v\u00f4tre, \u00f4 mon J\u00e9sus, mon Dieu.<\/p><p>Tout mon id\u00e9al est de me perdre et de m\u2019ensevelir en Dieu, de me reposer dans la pens\u00e9e divine, afin qu\u2019en vertu de l\u2019Esprit, le P\u00e8re et le Fils soient bien libres en mon \u00e2me.<\/p><p>Ainsi m\u2019a appris la Sainte Vierge, elle qui, de plus en plus, se fait ma M\u00e8re et ma M\u00e9diatrice toute-puissante.<\/p><p>Mon Dieu, me voici, je me livre \u00e0 vous, \u00e0 votre divin et c\u00e9leste Bon Plaisir, pour accomplir en toute chose, unie \u00e0 J\u00e9sus votre divin Fils et \u00e0 Marie Immacul\u00e9e, ma M\u00e8re ch\u00e9rie, tout ce qui peut \u00eatre agr\u00e9able \u00e0 votre C\u0153ur, parce que je vous aime. Et c\u2019est parce que je vous aime plus que tout, et pour vous prouver la sinc\u00e9rit\u00e9 de mon amour, que je soumets tout mon \u00eatre \u00e0 accepter votre volont\u00e9, quelle qu\u2019elle soit. Je vous prie, \u00f4 Dieu, de daigner vouloir que cette offrande soit en tout point b\u00e9nie, admise, agr\u00e9\u00e9e\u2009; que, surnaturalis\u00e9e par mon union au Christ, elle vous soit agr\u00e9able en se convertissant, pour mon utilit\u00e9 et pour celle de tout votre peuple, au Corps et au Sang de votre Fils bien-aim\u00e9.<\/p><p>\u00d4 toute bonne et toute mis\u00e9ricordieuse Vierge Marie, daignez exaucer les pri\u00e8res de ceux qui s\u2019adressent \u00e0 vous, et daignez obtenir le pardon et la r\u00e9mission des p\u00e9ch\u00e9s \u00e0 ceux qui en font un humble aveu\u2009; afin que, recevant par vous le pardon de leurs fautes, ils go\u00fbtent les douceurs de la v\u00e9ritable paix du Christ.<\/p><p>^\u00a0 3 avril 1930 (jeudi)<\/p><p>Si l\u2019on me demandait\u2009: \u00ab\u2009Que vaut-il mieux faire, l\u2019oraison ou la sainte communion\u2009?\u2009\u00bb&#8230; Les deux sont vivement \u00e0 conseiller. Mais s\u2019il faut porter une pr\u00e9f\u00e9rence, je crois que je r\u00e9pondrais\u2009: l\u2019oraison\u2009; car l\u2019oraison est une disposition et une pr\u00e9paration imm\u00e9diate \u00e0 la sainte communion.<\/p><p>\u00ab\u2009Que l\u2019homme s\u2019\u00e9prouve lui-m\u00eame avant de manger de ce pain et de boire ce calice.\u2009\u00bb Or, comment s\u2019\u00e9tudier, se conna\u00eetre, s\u2019assurer de la fid\u00e9lit\u00e9 de son amour, si ce n\u2019est par l\u2019oraison\u2009?<\/p><p>L\u2019oraison pr\u00e9pare l\u2019\u00e2me \u00e0 la sainte communion\u2009; elle est le fruit de la bonne communion.<\/p><p>Une communion sans pr\u00e9paration et sans action de gr\u00e2ces, faites l\u2019une et l\u2019autre dans le recueillement de l\u2019oraison, est de bien peu d\u2019utilit\u00e9 pour l\u2019\u00e2me&#8230; \u00ab\u2009M\u00e9ditez souvent sur vos fins derni\u00e8res, dit l\u2019Esprit Saint, et vous ne tomberez jamais dans le p\u00e9ch\u00e9.\u2009\u00bb Et cet autre\u2009: \u00ab\u2009Souvenez-vous, dans toutes vos actions, de votre fin derni\u00e8re.\u2009\u00bb<\/p><p>La communion fr\u00e9quente est un conseil, l\u2019oraison est un divin pr\u00e9cepte\u2009: \u00ab\u2009Priez, priez sans cesse\u2009\u00bb. Or, il est difficile de bien prier et de prier sans cesse, si le c\u0153ur ne se remplit pas de bonnes, de saintes pens\u00e9es, fruits de la m\u00e9ditation.<\/p><p>Il en co\u00fbte plus pour faire oraison que pour communier. La communion est un acte ext\u00e9rieur, qui est en lui-m\u00eame un plaisir, une consolation, une joie pour l\u2019\u00e2me&#8230; L\u2019oraison, qui est un entretien secret entre Dieu et l\u2019\u00e2me, dans les commencements surtout, est au contraire un assujettissement et une peine&#8230; Elle demande beaucoup plus d\u2019effort&#8230;<\/p><p>La communion sacramentelle peut d\u2019ailleurs ne pas \u00eatre possible pendant un tr\u00e8s long intervalle, \u00e0 cause de diff\u00e9rentes infirmit\u00e9s que Dieu envoie \u00e0 sa cr\u00e9ature pour l\u2019\u00e9prouver, et cette privation, lorsqu\u2019elle ne d\u00e9pend pas de nous, n\u2019emp\u00eache pas la saintet\u00e9. Et l\u2019oraison, pendant que peut et doit se faire la communion spirituelle, est toujours possible, ne serait-ce que quelques minutes.<\/p><p>La communion ne suppose pas toujours la vertu\u2009: on peut communier et se rendre coupable du Corps et du Sang de Notre-Seigneur. L\u2019oraison de chaque jour ne veut point dire qu\u2019on soit vertueux, elle est cependant une preuve qu\u2019on travaille s\u00e9rieusement \u00e0 le devenir.<\/p><p>Quelqu\u2019un a dit\u2009: \u00ab\u2009On trouve des chr\u00e9tiens qui communient tous les jours et qui sont en \u00e9tat de p\u00e9ch\u00e9 mortel, des chr\u00e9tiens qui font des aum\u00f4nes abondantes et qui sont en \u00e9tat de p\u00e9ch\u00e9 mortel, des chr\u00e9tiens qui se mortifient en toutes mani\u00e8res et qui sont en \u00e9tat de p\u00e9ch\u00e9 mortel\u2009; mais on ne trouve jamais une \u00e2me qui fasse oraison tous les jours et qui demeure dans le p\u00e9ch\u00e9.\u2009\u00bb<\/p><p>Qu\u2019en lisant ces lignes, mon p\u00e8re spirituel ne se m\u00e9prenne pas sur mes intentions et n\u2019y voie pas un ralentissement dans l\u2019empressement et l\u2019ardeur de mon \u00e2me \u00e0 faire la sainte communion. J\u2019ai voulu seulement parler dans quelle erreur sont certaines \u00e2mes qui s\u2019inqui\u00e8tent beaucoup d\u2019une communion qu\u2019elles n\u2019ont pas pu faire, et qui ne se soucient pas d\u2019une oraison qu\u2019elles auraient pu faire et qu\u2019elles ont volontairement abr\u00e9g\u00e9e ou manqu\u00e9e, qui demandent avec instance et opportunit\u00e9 de remplacer une communion et qui ne se mettent pas en peine, le\u2009pouvant facilement, de remplacer une oraison.<\/p><p>Oh\u2009! nous qui savons le don de Dieu et qui connaissons ses desseins sur nous, faisons-nous une obligation de ne jamais laisser volontairement l\u2019oraison, de la remplacer si nous avons d\u00fb ou l\u2019abr\u00e9ger, ou la laisser. Nous souvenant que, tout comme pour la communion, l\u2019oraison n\u00e9glig\u00e9e laisse une lacune dans la journ\u00e9e d\u2019une \u00e2me toute consacr\u00e9e \u00e0 Dieu.<\/p><p>Un tr\u00e8s grand saint a fait remarquer tr\u00e8s sagement qu\u2019il faut toujours faire pr\u00e9c\u00e9der la r\u00e9flexion avant l\u2019action. Autrement dit, il faut que les op\u00e9rations de la vie active soient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es et m\u00eame sagement entrem\u00eal\u00e9es de celles de la vie contemplative, pour la raison que si on peut bien entrer dans le ciel sans la contemplation parfaite, on ne peut gu\u00e8re marcher avec joie dans la voie du salut ni porter courageusement le joug du Seigneur sans une sorte de contemplation.<\/p><p>Voil\u00e0 ce que les p\u00e8res de l\u2019Eglise ont bien compris, et c\u2019est pourquoi ils veulent que l\u2019oraison se fasse au commencement du jour, avant que chacun vaque aux occupations de sa charge.<\/p><p>Sage, tr\u00e8s sage mesure\u2009!<\/p><p>Non moins sage, celle qui s\u00e8me les exercices pieux tout le long du jour\u2009! C\u2019est Marie venant au secours de Marthe.<\/p><p>Non, celui qui ne m\u00e9dite pas les v\u00e9rit\u00e9s \u00e9ternelles ne peut, sans miracle, vivre en parfait chr\u00e9tien. Il est bien difficile en effet de r\u00e9sister \u00e0 la tentation sans la m\u00e9ditation qui donne un tact d\u00e9licat des choses saintes, et comme une divination des choses surnaturelles.<\/p><p>Toute la terre est d\u00e9sol\u00e9e parce que personne ne r\u00e9fl\u00e9chit\u2009!!!&#8230;<\/p><p>^\u00a0 4 avril 1930 (vendredi)<\/p><p>__________________<\/p><p>La m\u00e9ditation, ou l\u2019oraison, est un intime commerce d\u2019amiti\u00e9 dans lequel l\u2019\u00e2me s\u2019entretient seule \u00e0 seul avec Dieu, pour lui rendre ses devoirs d\u2019amour, d\u2019adoration, de louange, pour lui exprimer ses besoins, pour devenir meilleure, plus sainte pour sa gloire.<\/p><p>Je viens de dire que la m\u00e9ditation est un intime commerce d\u2019amiti\u00e9 avec Dieu. Ces mots nous r\u00e9v\u00e8lent la grandeur, l\u2019excellence de l\u2019oraison.<\/p><p>L\u2019oraison, c\u2019est la vie du ciel\u2009! Dans le ciel, les anges et les saints vivent dans un intime commerce d\u2019amiti\u00e9 avec Dieu\u2009; ils voient Dieu, ils l\u2019aiment, ils ne se lassent pas de le voir, de l\u2019aimer et de lui exprimer leur amour&#8230; Ils sont dans une oraison continuelle.<\/p><p>Sur la terre, l\u2019\u00e2me participe \u00e0 cette vie du ciel quand elle fait oraison. Il n\u2019y a, en quelque sorte, que Dieu et elle dans le monde\u2008; l\u2019\u00e2me oublie, pendant quelques instants du moins, tous les \u00eatres cr\u00e9\u00e9s et Dieu lui suffit amplement&#8230; C\u2019est son apprentissage de la vie \u00e9ternelle.<\/p><p>Dans sa mis\u00e9ricordieuse condescendance, Dieu est toujours pr\u00eat \u00e0 nous recevoir. Il suffit de lui dire\u2009: \u00ab\u2009Mon Dieu\u2009\u00bb, et il est l\u00e0, il\u2009nous \u00e9coute.<\/p><p>Oh\u2009! n\u2019est-il pas vrai que Dieu est tr\u00e8s bon et qu\u2019il nous aime bien\u2009?&#8230; Comment n\u2019\u00eatre pas heureux en sa pr\u00e9sence\u2009? Comment n\u2019\u00eatre pas confus d\u2019\u00eatre admis aussi facilement aupr\u00e8s de lui, et ne pas se h\u00e2ter, par un acte d\u2019amour bien fervent, bien sinc\u00e8re, bien g\u00e9n\u00e9reux, de se donner \u00e0 lui\u2009?<\/p><p>Comprenons bien le sens et la port\u00e9e de ces paroles\u2009: l\u2019oraison est un commerce intime avec Dieu\u2009; c\u2019est un enfant qui parle avec son P\u00e8re, une \u00e9pouse avec son Epoux, une amie avec son Ami, une cr\u00e9ature aim\u00e9e, cr\u00e9\u00e9e par amour, avec son Cr\u00e9ateur souverainement, uniquement aim\u00e9.<\/p><p>La m\u00e9ditation a pour fin de rendre \u00e0 Dieu nos devoirs, et le premier devoir d\u00fb \u00e0 Dieu est l\u2019adoration. N\u2019est-il pas juste, en approchant de Dieu, de le saluer par les titres qu\u2019il a bien voulu nous faire conna\u00eetre\u2009? Il est notre lumi\u00e8re, notre consolation, notre force, notre soutien, notre protecteur, notre aliment, notre vie.<\/p><p>Ne ferions-nous que r\u00e9p\u00e9ter lentement et respectueusement chacun de ces titres en ajoutant \u00e0 chacun\u2009: \u00ab\u2009ayez piti\u00e9 de nous\u2009\u00bb, qu\u2019il y aurait quelque chose de bien pieux, de bien doux, de bien utile pour nous.<\/p><p>Le second devoir d\u00fb \u00e0 Dieu est la louange. N\u2019est-il pas juste aussi, en nous approchant de Dieu, de le louer\u2009?&#8230;<\/p><p>Il est la souveraine Beaut\u00e9, la souveraine Sagesse, la souveraine Saintet\u00e9\u2009! Il est la Mis\u00e9ricorde qui ne s\u2019\u00e9puise jamais&#8230; la Bont\u00e9 qui ne d\u00e9faille pas&#8230; Il est immense, il est partout, il voit tout, il entend tout, il conna\u00eet tout\u2009!&#8230; Il est l\u2019\u00e9ternel Infini&#8230; Il est l\u2019\u00e9ternel Amour\u2009!<\/p><p>Et ne ferions-nous que lui dire\u2009: \u00ab\u2009\u00d4 Dieu, nous vous louons\u2009!&#8230; \u00d4 Dieu nous vous aimons&#8230; nous vous b\u00e9nissons&#8230; nous vous rendons gr\u00e2ce\u2009!\u2009\u00bb, n\u2019y aurait-il pas quelque chose de bien vertueux, de bien g\u00e9n\u00e9reux, de bien aimant\u2009?<\/p><p>Le troisi\u00e8me devoir envers Dieu, c\u2019est la reconnaissance\u2009! N\u2019est-il pas juste encore, en approchant de Dieu, de le remercier\u2009?<\/p><p>Que de gr\u00e2ces dans notre vie\u2009: gr\u00e2ce du saint Bapt\u00eame, gr\u00e2ce de l\u2019\u00e9ducation chr\u00e9tienne, de la premi\u00e8re communion, de la conversion, de la vocation, de la pers\u00e9v\u00e9rance. Gr\u00e2ces de l\u2019intelligence, du c\u0153ur, de l\u2019\u00e2me, de l\u2019esprit, du corps&#8230; Gr\u00e2ces pour ceux qui nous sont chers, pour nos proches, pour tous.<\/p><p>Ne ferions-nous, apr\u00e8s l\u2019\u00e9num\u00e9ration de toutes ces gr\u00e2ces \u2013 et chacun en a de sp\u00e9ciales pour lui \u2013 que r\u00e9p\u00e9ter\u2009: \u00ab\u2009Merci mon Dieu\u2009!\u2009\u00bb, il y aurait quelque chose de bien beau, de bien grand, de bien saint\u2009!<\/p><p>Le quatri\u00e8me devoir d\u00fb \u00e0 Dieu est l\u2019offrande de nous-m\u00eames\u2009! Il est tr\u00e8s juste, en nous approchant de Dieu, de nous rappeler que par v\u0153ux nous nous sommes tout sp\u00e9cialement donn\u00e9es et consacr\u00e9es \u00e0 lui en venant nous mettre \u00e0 sa disposition pour qu\u2019il fasse de nous tout ce qu\u2019il voudra.<\/p><p>Il est mon Ma\u00eetre, il a donc le droit de m\u2019employer \u00e0 ce qu\u2019il voudra, de la mani\u00e8re qu\u2019il voudra, et tout le temps qu\u2019il voudra.<\/p><p>Il est mon guide, il a donc le droit de m\u2019emmener o\u00f9 il lui pla\u00eet.<\/p><p>Il est mon Directeur, il a donc le droit de tout exiger de moi.<\/p><p>Il est mon P\u00e8re, mon Ami, mon Fr\u00e8re&#8230; Il est mon Dieu, il\u2009peut donc tout me donner et me refuser \u00e0 son gr\u00e9.<\/p><p>Nous sommes ses servantes et aussi sa victime\u2009; je suis donc \u00e0 lui pour toutes choses.<\/p><p>La m\u00e9ditation a pour fin d\u2019exposer \u00e0 Dieu nos besoins\u2009! Elle a pour but de nous aider \u00e0 devenir meilleurs, plus saints pour sa gloire. Et c\u2019est bien l\u00e0 ce que doit se proposer tout chr\u00e9tien\u2009!<\/p><p>_____________<\/p><p>Effets de la m\u00e9ditation<\/p><p>C\u2019est dans le travail et le repos de la m\u00e9ditation que se pr\u00e9parent et se font les grandes choses qui tiennent \u00e0 la perfection de l\u2019\u00e2me et \u00e0 la gloire de Dieu.<\/p><p>C\u2019est dans l\u2019oraison, dans ces entretiens intimes et de tous les jours avec Celui qu\u2019elle a choisi pour l\u2019aimer uniquement, que l\u2019\u00e2me re\u00e7oit ces lumi\u00e8res c\u00e9lestes qui lui r\u00e9v\u00e8lent tant de choses que le monde ignore. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019elle apprend ce qu\u2019est Dieu, ce qu\u2019il m\u00e9rite, comment il faut le servir et l\u2019aimer, et ce que, par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9, valent les joies, les honneurs, les plaisirs de la terre.<\/p><p>C\u2019est l\u00e0 que s\u2019op\u00e8rent les grands et les petits sacrifices\u2009; l\u00e0 qu\u2019on trouve le courage qui les consomme et la foi qui les anime. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019on verse de saintes larmes, l\u00e0 qu\u2019on expie ses fautes \u00e0 force d\u2019aimer.<\/p><p>C\u2019est l\u00e0 aussi qu\u2019on \u00e9meut le C\u0153ur de Dieu, qu\u2019on le touche et qu\u2019on lui arrache des paroles de pardon et de mis\u00e9ricorde.<\/p><p>C\u2019est l\u00e0 que se f\u00e9conde et se nourrit le g\u00e9nie de la charit\u00e9, avec ses industries merveilleuses, ses ardeurs, ses ampleurs, ses prodiges. Toute \u0153uvre qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 m\u00fbrie dans l\u2019oraison est une \u0153uvre st\u00e9rile ou sans suite.<\/p><p>C\u2019est l\u00e0 qu\u2019on trouve, pour toutes les bonnes \u0153uvres et pour le salut des \u00e2mes, des secrets et une puissance que toute la science du monde et tout le pouvoir du g\u00e9nie ne suppl\u00e9eraient jamais.<\/p><p>C\u2019est l\u00e0 enfin, l\u00e0 surtout, que l\u2019\u00e2me apprend \u00e0 se conna\u00eetre et \u00e0 se m\u00e9priser, l\u00e0 qu\u2019elle aper\u00e7oit, cach\u00e9e au fond de son \u00eatre, une foule de d\u00e9fauts \u00e0 peine perceptibles, et pourtant si dangereux, et un grand nombre d\u2019intentions imparfaites\u2009; l\u00e0 qu\u2019elle distingue les ruses et les bassesses de ses passions qui se dissimulaient sous des apparences de vertus\u2009; l\u00e0 qu\u2019elle puise la force pour lutter, la mod\u00e9ration, le saint d\u00e9tachement d\u2019elle-m\u00eame, la patience et la joie dans les \u00e9preuves, et les ressources pour vaincre les tentations\u2009!&#8230;<\/p><p>Car d\u00e8s qu\u2019une \u00e2me est fid\u00e8le \u00e0 l\u2019oraison, quels que soient les p\u00e9ch\u00e9s dans lesquels le d\u00e9mon puisse la faire tomber, j\u2019ai pour certain que le Seigneur finira par la conduire au port du salut \u00e9ternel.<\/p><p>Ne nous tourmentons pas cependant outre mesure sur la dur\u00e9e et la multiplicit\u00e9 des actes que nous produisons.<\/p><p>Si un seul retient unie \u00e0 Dieu, il est inutile d\u2019en produire d\u2019autres\u2009; mieux vaut recommencer s\u2019il le faut, et se m\u00e9fier surtout des illusions toujours si fatales aux \u00e2mes contemplatives.<\/p><p>L\u2019illusion sur l\u2019oraison est une des plus funestes qui soit. Elle entra\u00eene \u00e0 l\u2019orgueil, au m\u00e9pris de la discipline, \u00e0 l\u2019ent\u00eatement, \u00e0 la d\u00e9sob\u00e9issance, \u00e0 l\u2019erreur.<\/p><p>Ne quittons donc pas de nous-m\u00eames la m\u00e9thode la plus simple, la plus commune\u2009; pr\u00e9f\u00e9rons toujours celle qui nous sanctifie \u00e0 celle qui nous \u00e9l\u00e8ve. Appliquons-nous dans l\u2019oraison \u00e0 produire des actes d\u2019amour de Dieu et d\u2019humilit\u00e9, \u00e0 apprendre \u00e0 le servir et \u00e0 nous soumettre \u00e0 sa volont\u00e9&#8230; et attendons.<\/p><p>Quand Dieu veut qu\u2019une \u00e2me monte plus haut que la voie commune, c\u2019est lui qui l\u2019appelle, lui qui l\u2019attire et qui la fait monter, souvent m\u00eame \u00e0 son insu.<\/p><p>Au reste, l\u2019oraison qui \u00e9l\u00e8ve l\u2019\u00e2me aux degr\u00e9s sublimes de la contemplation peut bien \u00eatre une de ces gr\u00e2ces st\u00e9riles qui, quoique venant de Dieu, ne rendent l\u2019\u00e2me ni plus sainte, ni\u2009plus agr\u00e9able \u00e0 Dieu\u2009; un de ces dons qui sont quelquefois les effets de la saintet\u00e9, les r\u00e9compenses de la saintet\u00e9, les marques de la saintet\u00e9, mais n\u2019en sont jamais ni la cause, ni la saintet\u00e9 elle-m\u00eame, au lieu que l\u2019oraison commune, par l\u2019exercice des vertus les plus m\u00e9ritoires qu\u2019elle fait pratiquer \u00e0 l\u2019\u00e2me, est la source f\u00e9conde de toutes les gr\u00e2ces qui font notre sanctification.<\/p><p>Comme la foi nous enseigne que le moindre degr\u00e9 d\u2019humilit\u00e9, de patience, de charit\u00e9, est devant Dieu quelque chose de plus estimable que le don de faire des miracles et de ressusciter les morts\u2009; parce que le don des miracles est une gr\u00e2ce infructueuse qu\u2019ont eue quelques saints, mais qui n\u2019a pas rendu saints et sans laquelle on peut \u00eatre aussi saints et m\u00eame plus saints. Du m\u00eame principe, nous devons donc conclure que le moindre degr\u00e9 de l\u2019oraison commune, suivant laquelle l\u2019\u00e2me cherche \u00e0 se purifier, \u00e0 se d\u00e9tacher et \u00e0 se perfectionner, est autrement important et d\u2019un plus grand m\u00e9rite que toutes les extases et autres dons qui supposent l\u2019\u00e2me \u00e9tablie dans le repos de la contemplation.<\/p><p>Dieu ne discerne point les \u00e9lus par la sublimit\u00e9 de leurs actes, mais par la fid\u00e9lit\u00e9 et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de leur vie.<\/p><p>R\u00e9solution\u2009: Je veux \u00eatre fid\u00e8le, tr\u00e8s fid\u00e8le \u00e0 l\u2019oraison de chaque jour, malgr\u00e9 les s\u00e9cheresses, les ennuis, les d\u00e9go\u00fbts que je pourrais avoir&#8230; malgr\u00e9 les paroles d\u00e9sobligeantes, d\u00e9courageantes, mena\u00e7antes que le d\u00e9mon pourra me r\u00e9p\u00e9ter, comme il en a r\u00e9p\u00e9t\u00e9es \u00e0 tant d\u2019autres.<\/p><p>Fid\u00e8le, oui toujours. L\u2019oraison est pour moi un devoir\u2009; elle est plus qu\u2019un devoir, elle est pour moi un irr\u00e9sistible attrait, elle est ma vocation et ma presque continuelle occupation, elle est l\u2019essence, le besoin, la joie de ma vie. Dans les jours de trouble et de grands tourments, je me dirai\u2009: Dieu le veut&#8230; ma vocation le veut, cela me suffit\u2009! Je ferai l\u2019oraison, je resterai tout le temps qu\u2019on m\u2019aura prescrit \u00e0 l\u2019oraison, je ferai le mieux que je le pourrai mon oraison, et quand l\u2019heure de me retirer sera venue, j\u2019oserai dire \u00e0 Dieu\u2009: mon Dieu, je n\u2019ai gu\u00e8re pri\u00e9, gu\u00e8re travaill\u00e9, gu\u00e8re fait, mais je vous ai ob\u00e9i. J\u2019ai bien souffert, mais je vous ai montr\u00e9 que je vous aimais et que je voulais vous aimer.<\/p><p>Conclusion\u2009: Remercier Dieu de nous avoir si longtemps soufferte en sa sainte pr\u00e9sence, et de nous avoir donn\u00e9 toutes les gr\u00e2ces que nous avons re\u00e7ues.<\/p><p>Demander pardon du peu de respect, d\u2019attention, d\u2019amour que, peut-\u00eatre, nous lui avons t\u00e9moign\u00e9.<\/p><p>Le prier de nous b\u00e9nir, et nous retirer en la douce compagnie de notre ange gardien.<\/p><p>___________<\/p><p>Il y a dans le monde \u00e0 chaque instant du jour et de la nuit, des \u00eatres ignorants, des \u00eatres m\u00e9chants et pervers qui blasph\u00e8ment le saint nom de Dieu.<\/p><p>Il y a aussi, gr\u00e2ce \u00e0 la pri\u00e8re, \u00e0 la m\u00e9ditation, \u00e0 l\u2019oraison, \u00e0 l\u2019office divin et \u00e0 l\u2019office de la Tr\u00e8s Sainte Vierge, \u00e0 chaque instant du jour et de la nuit, des \u00e2mes consacr\u00e9es \u00e0 Dieu qui adorent, qui louent, qui b\u00e9nissent et exaltent sa puissance, sa bont\u00e9, sa grandeur, sa mis\u00e9ricorde infinie, son divin amour.<\/p><p>___________<\/p><p>Le Seigneur envoie par toute la terre des anges pour recueillir toutes les pri\u00e8res que nous faisons au nom de l\u2019Eglise, pour les offrir \u00e0 Dieu en hommage, en expiation, en reconnaissance.<\/p><p>____________<\/p><p>A qui irions-nous dans nos peines, dans nos souffrances, dans nos tentations, dans nos troubles, dans nos inqui\u00e9tudes, dans nos emplois, dans nos douleurs, dans toutes les craintes qui viennent tourmenter notre vie, si nous n\u2019allions pas \u00e0 J\u00e9sus\u2009?&#8230; Lui seul a les paroles de la Vie \u00e9ternelle.<\/p><p>Qui donc peut nous consoler mieux que lui, nous conseiller, nous \u00e9clairer, nous diriger, nous fortifier, nous d\u00e9fendre comme lui\u2009? J\u00e9sus est pour tous les hommes, pour tous les fid\u00e8les sans doute, mais plus sp\u00e9cialement pour l\u2019\u00e2me consacr\u00e9e \u00e0 lui, la source de tout bien, de toute consolation, de toute esp\u00e9rance, de tout amour.<\/p><p>Quand on a J\u00e9sus vivant avec soi, pr\u00e8s de soi, en soi, que peut-on craindre\u2009?&#8230; La vertu, les actes les plus difficiles, les plus p\u00e9nibles, les sacrifices les plus d\u00e9chirants, les souffrances les plus cruelles, n\u2019en sont m\u00eame plus, quand on a pr\u00e8s de soi et pour soi J\u00e9sus\u2009! J\u00e9sus est pour le c\u0153ur l\u2019Ami qui partage tout&#8230; pour l\u2019\u00e2me l\u2019Epoux qui se charge de tout&#8230; le P\u00e8re qui veille \u00e0 tout et qui, pour nous, fait tout.<\/p><p>Les ap\u00f4tres n\u2019eurent rien de plus que nous. La Sainte Vierge n\u2019eut rien de plus.<\/p><p>Ah\u2009! sans doute elle le voyait et le poss\u00e9dait d\u2019une mani\u00e8re ineffable, mais ce J\u00e9sus qui \u00e9tait sa joie et son amour est aussi le n\u00f4tre\u2009!<\/p><p>\u00d4 ma M\u00e8re, faites de moi, comme vous avez fait de tant d\u2019\u00e2mes privil\u00e9gi\u00e9es, une \u00e2me eucharistique&#8230; une petite hostie pour J\u00e9sus.<\/p><p>____________<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, vous m\u2019\u00eates tout en tout, mais particuli\u00e8rement dans votre agonie au jardin de Geths\u00e9mani, dans vos d\u00e9laissements au Calvaire, dans vos an\u00e9antissements dans l\u2019Eucharistie\u2009!<\/p><p>____________<\/p><p>Les croix du chemin sont excellentes, mais plus sublimes encore sont les croix de la maison\u2009!<\/p><p>Les supr\u00eames \u00e9preuves int\u00e9rieures o\u00f9 le Seigneur retire tout sentiment, toute lumi\u00e8re, toute consolation, toute esp\u00e9rance, ne voulant que la pure adh\u00e9sion de la volont\u00e9, portent l\u2019\u00e2me vers les hautes pens\u00e9es, les grandes purifications, les nobles intentions, les saintes inspirations, les intimes ascensions&#8230; jusqu\u2019aux divines perfections.<\/p><p>J\u00e9sus montre \u00e0 tous que le chemin du ciel, c\u2019est le chemin de la Croix, et rappelle aux grandes et aux petites \u00e2mes la douloureuse vision du Calvaire.<\/p><p>La Croix domine les temps et semble redire \u00e0 tous les voyageurs de ce monde\u2009: Vous qui passez comme une ombre ici-bas, venez \u00e0 Dieu car il demeure.<\/p><p>Vous qui souffrez, venez \u00e0 lui, car il gu\u00e9rit les c\u0153urs bris\u00e9s.<\/p><p>Vous qui avez soif de bonheur, venez \u00e0 lui&#8230; venez \u00e0 J\u00e9sus crucifi\u00e9, venez \u00e0 son C\u0153ur d\u2019o\u00f9 jaillit la source d\u2019eau vive.<\/p><p>Vous qui craignez la mort, venez \u00e0 lui, car il est la vie.<\/p><p>Vous que le temps lasse, venez \u00e0 lui, il est l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p><p>Vous dont le c\u0153ur soupire apr\u00e8s les d\u00e9lices de l\u2019union \u00e9ternelle, venez \u00e0 lui, il est le Bien supr\u00eame, il est la V\u00e9rit\u00e9, il est l\u2019\u00e9ternel Amour.<\/p><p>J\u00e9sus m\u2019a fait comprendre ce matin par voie de communication, que la Croix serait d\u00e9sormais le grand livre dans lequel je dois lire et m\u00e9diter tous les jours, qu\u2019il n\u2019en voulait point d\u2019autres pour moi.<\/p><p>Oh\u2009! je veux aimer le souverain Bien\u2009!&#8230; Je vais bien m\u2019appliquer \u00e0 faire la sainte Volont\u00e9 de Dieu\u2009!&#8230; Je lirai uniquement dans le grand livre de J\u00e9sus, dans le grand livre de la Croix, qui est aussi le livre de son C\u0153ur.<\/p><p>Je veux l\u2019aimer, l\u2019aimer comme jamais encore il n\u2019a \u00e9t\u00e9 aim\u00e9\u2009!<\/p><p>Je voudrais que mon c\u0153ur n\u2019e\u00fbt de palpitations, de soupirs, d\u2019aspirations, de d\u00e9sirs, de vie que pour J\u00e9sus&#8230; que ma langue ne s\u00fbt parler que de J\u00e9sus&#8230; que mes yeux n&rsquo;eussent de regards que pour J\u00e9sus&#8230; que ma plume ne s\u00fbt \u00e9crire que le nom de J\u00e9sus&#8230; que ma pens\u00e9e ne s\u2019envol\u00e2t que vers J\u00e9sus.<\/p><p>^\u00a0 5 avril 1930 (samedi)<\/p><p>L\u2019ange est venu cette nuit m\u2019annoncer la douleur. Je l\u2019ai bien accueilli, mieux encore que les autres fois, et me suis sentie bien d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 correspondre enti\u00e8rement \u00e0 tout ce que Dieu demandait de moi. J\u2019ai dit\u2009: qu\u2019elle soit faite en tout, la volont\u00e9 de Dieu.<\/p><p>Au m\u00eame instant, toutes mes douleurs se sont ranim\u00e9es, en m\u00eame temps que se rallumait mon d\u00e9sir de souffrir toujours plus.<\/p><p>Durant plusieurs heures, j\u2019ai \u00e9prouv\u00e9 ce que j\u2019appelle une agonie de mort\u2009; et j\u2019ai vu se dresser pour l\u2019avenir comme une montagne de peines. Que J\u00e9sus et Marie soient lou\u00e9s de tout.<\/p><p>Nuit de tourments sans arr\u00eat, mais nuit de joie et d\u2019amour.<\/p><p>Ce matin encore, pendant la sainte messe, j\u2019ai eu un recueillement, une extase et il m\u2019a sembl\u00e9 avoir eu de nouveau la vision intellectuelle de J\u00e9sus en Croix.<\/p><p>J\u2019ai cru le voir au fond de mon c\u0153ur, me demandant de me renouveler toute en lui, et me disant que je n\u2019obtiendrais la vertu d\u2019humilit\u00e9 qu\u2019en me quittant moi-m\u00eame.<\/p><p>Je lui ai demand\u00e9 comment je devais m\u2019y prendre pour me renouveler toute en lui, et l\u2019ai suppli\u00e9 de m\u2019aider \u00e0 me d\u00e9pouiller de toute volont\u00e9 propre.<\/p><p>Tout \u00e0 coup j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9clair\u00e9e, et ce fut un monde de lumi\u00e8res et d\u2019inspirations.<\/p><p>Alors je me remis tout enti\u00e8re entre les mains de mon Dieu, en lui disant\u2009: \u00ab\u2009Mon souverain et unique Bien, \u00f4 mon Amour et mon Tout, je m\u2019abandonne toute \u00e0 vous, et c\u2019est avec vous, c\u2019est en vous que je veux vivre et agir&#8230; et avec vous que je veux vous aimer. J\u2019en fais le pacte.<\/p><p>Non, Seigneur, je ne me s\u00e9parerai pas de vous, mais vous, de gr\u00e2ce, ne vous s\u00e9parez pas de moi, restez toujours et toujours dans mon c\u0153ur.\u2009\u00bb<\/p><p>Comme je parlais encore, j\u2019ai senti se resserrer les doux liens de notre union, mais toutes les paroles sont impuissantes \u00e0 expliquer ce myst\u00e8re.<\/p><p>Mon \u00e2me est dans la lumi\u00e8re, et la pr\u00e9sence de Dieu est plus intime que jamais.<\/p><p>J\u2019ai eu alors la connaissance tr\u00e8s nette de mon n\u00e9ant, et c\u2019est dans cette connaissance que je suis revenue \u00e0 moi.<\/p><p>J\u2019ai bien eu d\u2019autres lumi\u00e8res que je dirai \u00e0 mon confesseur, mais je ne crois pas devoir les rapporter ici.<\/p><p>^\u00a0 6 avril 1930 (dimanche)<\/p><p>\u00d4 mes joies&#8230; mon Amour&#8230; mon Tout\u2009!&#8230; Je pense intens\u00e9ment, comme on ne peut penser tous les jours, mais seulement les jours privil\u00e9gi\u00e9s, les jours \u00ab\u00a0de gr\u00e2ces\u00a0\u00bb.<\/p><p>Mon Dieu, que vous \u00eates bon pour vos pauvres petites cr\u00e9atures\u2009!<\/p><p>Comme je reste immobile, trop prise par la joie int\u00e9rieure&#8230; trop prise par Dieu pour bouger&#8230; Je suis \u00e0 l\u2019un de ces sommets o\u00f9 une pr\u00e9sence aim\u00e9e suffit \u00e0 abolir toute autre pr\u00e9occupation. Et\u2009ainsi ab\u00eem\u00e9e dans les ampleurs et les splendeurs merveilleuses de l\u2019oraison, je songe \u00e0 la beaut\u00e9, \u00e0 l\u2019apostolat de la joie chr\u00e9tienne\u2009: chant joyeux dans la nuit sombre, pieux cantique au milieu de l\u2019orage, espoir divin et toujours montant \u00e0 travers les t\u00e9n\u00e8bres et l\u2019angoisse des jours et \u00e9levant avec lui tous les c\u0153urs d\u00e9chir\u00e9s, bris\u00e9s, inquiets, par-del\u00e0 les nu\u00e9es de la terre et jusqu\u2019aux cieux constell\u00e9s d\u2019\u00e9toiles.<\/p><p>L\u2019amour dans le travail, l\u2019espoir dans la d\u00e9tresse, la joie dans la souffrance&#8230; Sourire \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, \u00e0 la peine, et chanter dans les larmes, courageusement, pieusement toujours\u2009!<\/p><p>Il ne faut pas souffrir en rechignant, disait la petite s\u0153ur Th\u00e9r\u00e8se, et comme des servantes mal pay\u00e9es.<\/p><p>Rien ne r\u00e9ussit bien que ce que l\u2019on fait avec joie\u2009!<\/p><p>La joie, c\u2019est un peu du ciel qui descend sur la terre. Joie de me savoir aim\u00e9e et utilis\u00e9e par J\u00e9sus \u00e0 toute heure du jour et de la nuit.<\/p><p>Pour aider tous les autres afflig\u00e9s, tous les malheureux, tous les pauvres p\u00e9cheurs \u00e0 trouver le chemin du bonheur, je s\u00e8me ma souffrance et ma joie. Voil\u00e0 pourquoi je suis toujours gaie et contente.<\/p><p>Oh\u2009! que j\u2019\u00e9prouve de joie de souffrir et de me consumer pour J\u00e9sus\u2009! Mais ce n\u2019est pas moi qui souffre, c\u2019est J\u00e9sus qui souffre en moi&#8230; c\u2019est J\u00e9sus qui me consume en lui\u2009!&#8230;<\/p><p>Paix et joie vont de pair\u2009! Soyons donc des semeuses de joie, des semeuses de v\u00e9rit\u00e9, des semeuses d\u2019\u00e9ternit\u00e9\u2009! Et chantons sous la pluie et l\u2019orage, au soir comme au matin car, a-t-on dit, c\u2019est la nuit qu\u2019il est beau de croire \u00e0 la lumi\u00e8re.<\/p><p>^\u00a0 7 avril 1930 (lundi)<\/p><p>Tranquillit\u00e9, libert\u00e9, douceur, lumi\u00e8re\u2009: il y a tout cela dans mon \u00e2me\u2009! Et Dieu s\u2019y fait sentir&#8230; Il se r\u00e9v\u00e8le&#8230; Il se montre&#8230; Il\u2009m\u2019aime&#8230; Il est l\u00e0\u2009!&#8230;<\/p><p>Comment n\u2019\u00eatre pas heureuse et bienheureuse en sa bien-aim\u00e9e pr\u00e9sence\u2009? Comment n\u2019\u00eatre pas \u00e9mue et confondue d\u2019\u00eatre admise si facilement dans sa divine intimit\u00e9, et ne pas se h\u00e2ter de lui exprimer son amour quand on se sait tant aim\u00e9e\u2009?<\/p><p>\u00d4 ma pauvre petite \u00e2me, qui es l\u00e0 devant ton Dieu si riche et si puissant, devant ton P\u00e8re si mis\u00e9ricordieux et si bon, devant ton conseiller si sage et si prudent, devant ton consolateur si tendre et si compatissant&#8230; demande, demande donc pour toi, pour tous ceux que tu aimes, pour tous ceux qui volontairement ou involontairement t\u2019ont fait souffrir, pour tous ceux qui t\u2019ont fait du bien (et ils sont si nombreux), pour tous&#8230;<\/p><p>Demande \u00e0 ton Dieu, \u00e0 ton J\u00e9sus, de r\u00e9tablir l\u2019union et la paix dans les nations, de rapprocher de lui tous ceux que tu as, et d\u2019autres avec toi, ont \u00e9loign\u00e9s de son divin C\u0153ur par votre peu de douceur, de vertus et d\u2019humilit\u00e9. Demande-lui surtout de venir au secours de ses chers et bien-aim\u00e9s pr\u00eatres dans leur bien lourd et si sublime minist\u00e8re. Demande-lui de leur donner l\u2019\u00e9nergie, le courage, la pi\u00e9t\u00e9, la vertu, la sant\u00e9 dont ils ont besoin. Demande-lui, pour eux et pour toi, l\u2019amour, la lumi\u00e8re, la paix, la ferveur, le z\u00e8le pour faire le bien en promettant de devenir meilleure, plus fervente, plus d\u00e9vou\u00e9e, plus ob\u00e9issante, plus soumise, plus amoureusement abandonn\u00e9e au bon plaisir divin, plus affectueuse aussi\u2009; de faire toujours mieux, c\u2019est-\u00e0-dire de mieux prier, de mieux travailler, de mieux souffrir&#8230; d\u2019aimer toujours plus.<\/p><p>Exaucez, \u00f4 Dieu, dans votre mis\u00e9ricorde et votre souveraine bont\u00e9, les pri\u00e8res que je vous adresse pour la conversion des p\u00e9cheurs, pour la libert\u00e9 et l\u2019exaltation de la sainte Eglise notre M\u00e8re, pour la sanctification des pr\u00eatres et des fid\u00e8les, par J\u00e9sus Christ Notre Seigneur.<\/p><p>Oh\u2009! doux rapport de l\u2019enfant avec son P\u00e8re, de l\u2019\u00e9pouse avec son divin Epoux, du pauvre petit \u00eatre reconnaissant et plein d\u2019amour avec l\u2019Ami infiniment riche et puissant qui le comble de ses plus grandes gr\u00e2ces, qui n\u2019est jamais las de lui donner, et lui jamais las de remercier.<\/p><p>Cette union est l\u2019union la plus intime, la plus forte, la plus f\u00e9conde en d\u00e9lices\u2009! C\u2019est l\u2019oubli de la terre, l\u2019oubli de soi, l\u2019oubli de la douleur, l\u2019oubli de tout ce qui est humain&#8230; C\u2019est le ravissement \u00e0 toute vie terrestre&#8230; C\u2019est la vue de Dieu, le sentiment de Dieu, la\u2009jouissance de Dieu&#8230; la paix et l\u2019oubli en Dieu.<\/p><p>C\u2019est la vie du ciel d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9e sur la terre, c\u2019est la participation \u00e0 cette vie c\u00e9leste\u2009; c\u2019est l\u2019apprentissage de la vie \u00e9ternelle, du bonheur qu\u2019on y go\u00fbte et de la joie qu\u2019on y re\u00e7oit.<\/p><p>Je n\u2019insisterai pas davantage\u2009: ce bonheur s\u2019indique, il ne se raconte pas, il se sent par l\u2019\u00e2me appel\u00e9e \u00e0 cette vie avec Dieu&#8230; \u00e0 cette vie toute en Dieu avec J\u00e9sus.<\/p><p>Je dirai seulement que c\u2019est dans ces heureux moments d\u2019audience divine, dans ses entretiens familiers et de tous les jours avec Celui qu\u2019elle a choisi pour l\u2019aimer uniquement, que l\u2019\u00e2me re\u00e7oit ces lumi\u00e8res c\u00e9lestes qui lui r\u00e9v\u00e8lent tant de choses que le monde ignore. L\u00e0 qu\u2019elle apprend ce qu\u2019est Dieu, ce qu\u2019il m\u00e9rite, comment il faut le servir et l\u2019aimer et ce que par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9 valent les joies, les honneurs, les biens de la terre\u2009; l\u00e0, comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit, que s\u2019op\u00e8rent les grands et les petits sacrifices, qu\u2019on trouve le courage qui les consomme et la foi qui les anime\u2009; l\u00e0 qu\u2019on demande pardon et qu\u2019on trouve de douces et saintes larmes. L\u00e0 surtout que l\u2019\u00e2me se convertit, qu\u2019elle expose ses besoins, qu\u2019elle demande pardon de ses n\u00e9gligences, de ses l\u00e2chet\u00e9s, de ses faiblesses, de toutes ses r\u00e9sistances \u00e0 la gr\u00e2ce\u2009; l\u00e0 qu\u2019elle prie l\u2019amour de Dieu de venir en elle, la sagesse de Dieu d\u2019habiter en elle, la mis\u00e9ricorde de Dieu de demeurer en elle, la toute-puissance de Dieu d\u2019agir en elle. Voil\u00e0 la nature de l\u2019union\u2009! Et les avantages de l\u2019union\u2009!<\/p><p>Dieu ne fera jamais rien de grand d\u2019une \u00e2me qui ne s\u2019efforce pas de vivre tous les jours dans son intimit\u00e9.<\/p><p>^\u00a0 8 avril 1930 (mardi)<\/p><p>L\u2019amour vrai sait se taire, se reposer dans la confiance mutuelle, la simplicit\u00e9, la paix\u2009!<\/p><p>C\u2019est l\u2019amour de Dieu, l\u2019amour en Dieu qui m\u2019a fait voir les amours de la terre comme bien fragiles, bien peu en rapport avec le besoin que je sentais en moi d\u2019aimer toujours plus, d\u2019aimer dans la souffrance, d\u2019aimer par la souffrance, d\u2019aimer jusqu\u2019au sacrifice. Et c\u2019est lui qui m\u2019a conduite \u00e0 Dieu qui est l\u2019Amour pur, l\u2019Amour complet, l\u2019Amour parfait, l\u2019Amour \u00e9ternel.<\/p><p>En moi l\u2019amour et le sacrifice se sont confondus dans une seule et m\u00eame pens\u00e9e, parce que l\u2019amour vrai n\u2019est autre que l\u2019oubli absolu de soi pour s\u2019occuper uniquement de l\u2019Etre aim\u00e9, et se sentir dispos\u00e9 \u00e0 lui sacrifier tout ce qu\u2019il demande.<\/p><p>L\u2019amour, c\u2019est pour moi l\u2019abn\u00e9gation, le renoncement, l\u2019immolation, la douleur, la croix. Je ne me suis donn\u00e9e \u00e0 Dieu que pour l\u2019aimer, me sacrifier, m\u2019oublier, ob\u00e9ir. A tel point que je m\u2019imaginerais ne pas l\u2019aimer, ou tout au moins ne pas savoir lui t\u00e9moigner mon amour, si je ne l\u2019aimais dans la souffrance, puisqu\u2019aimer c\u2019est se donner tout enti\u00e8re \u00e0 Dieu et \u00e0 Dieu seul, et, par ordre de Dieu et de la mani\u00e8re et dans la mesure que Dieu veut, c\u2019est se donner au prochain.<\/p><p>Aimer, c\u2019est donc tendre constamment \u00e0 unir sa volont\u00e9 \u00e0 celle de Dieu, pour \u00eatre sur la terre sa servante fid\u00e8le et d\u00e9vou\u00e9e, de mani\u00e8re \u00e0 vouloir sans h\u00e9sitation aucune tout ce que Dieu veut\u2009; \u00e0 accepter avec paix et m\u00eame avec joie tout ce qu\u2019il permet\u2009; \u00e0 faire avec bonheur et empressement tout ce qu\u2019il commande par lui-m\u00eame ou par ceux qu\u2019il a \u00e9tablis nos sup\u00e9rieurs, dans le but de reconna\u00eetre sa toute-puissance, sa toute-sagesse, sa toute-bont\u00e9, sa toute-mis\u00e9ricorde, et de lui procurer ainsi toute la gloire qu\u2019une cr\u00e9ature sur la terre est capable de lui procurer.<\/p><p>Et cet amour, qui nous met volontairement et affectueusement sous la d\u00e9pendance de Dieu, est facile aux anges du ciel et aux saints qui jouissent maintenant de la gloire\u2009; mais \u00e0 nous qui sommes sur la terre, il est quelquefois un peu difficile ou tout au moins assez p\u00e9nible, parce qu\u2019il a des ennemis nombreux, puissants, ligu\u00e9s ensemble et qui sont implacables\u2009: Satan, le monde, la chair\u2009; le p\u00e9ch\u00e9 sous tous les noms, sous toutes les formes avec ses forces \u00e9pouvantables, de quelque semblant qu\u2019il se rev\u00eate, est une contradiction active \u00e0 l\u2019amour. Le d\u00e9mon est celui qui n\u2019aime pas, qui cherche constamment \u00e0 arr\u00eater, \u00e0 paralyser, \u00e0 d\u00e9tourner, \u00e0 affaiblir la tendance qui porte l\u2019\u00e2me \u00e0 Dieu\u2009! Oh\u2009! nous qui avons re\u00e7u tant de gr\u00e2ces, nous surtout qui avons tant de fois uni \u00e0 notre chair la pure chair de Notre Seigneur J\u00e9sus\u00a0 Christ qui est tout amour, et qui, apr\u00e8s tout, aspirons si ardemment \u00e0 \u00eatre unies \u00e0 lui dans le ciel, fuyons le p\u00e9ch\u00e9, fuyons le D\u00e9mon qui multiplie autour de nous les obstacles.<\/p><p>Obstacles qu\u2019il fait surgir du fond m\u00eame de notre nature g\u00e2t\u00e9e par le p\u00e9ch\u00e9 originel, et par cons\u00e9quent toujours inclin\u00e9e au mal.<\/p><p>Obstacles du c\u00f4t\u00e9 des cr\u00e9atures, m\u00eame les plus saintes, et pour lesquelles il cherche \u00e0 exciter en nous des sympathies capables de troubler notre c\u0153ur, ou contre lesquelles il\u00a0 excite des antipathies pour nous \u00e9loigner du prochain et par cons\u00e9quent du Bon Dieu.<\/p><p>Pour aimer, c\u2019est-\u00e0-dire pour se donner \u00e0 Dieu et au prochain en vue de Dieu, et par amour pour Dieu, il faut donc combattre et combattre sans rel\u00e2che.<\/p><p>Le but de la vie, c\u2019est l\u2019amour de Dieu\u2009! Or, la vie \u00e9tant un mouvement continu vers le but, et l\u2019unique chemin qui m\u00e8ne \u00e0 ce but \u00e9tant journellement obstru\u00e9 par des obstacles quelquefois m\u00eame tr\u00e8s nombreux, toute l\u2019activit\u00e9 de notre \u00eatre doit s\u2019employer \u00e0 les vaincre par une lutte aussi incessante que s\u00e9rieuse.<\/p><p>Pour faire un saint, il faut surtout beaucoup d\u2019amour et beaucoup de bonne volont\u00e9 et de courage.<\/p><p>Combattre est donc la seconde obligation de la cr\u00e9ature, une n\u00e9cessit\u00e9 pour tous. \u00ab\u2009La vie de l\u2019homme sur la terre est une lutte incessante.\u2009\u00bb Celui qui ne combat pas ne m\u00e9rite pas le nom si doux d\u2019enfant de Dieu, et il devient t\u00f4t ou tard l\u2019esclave du p\u00e9ch\u00e9\u2009; ce qui veut dire du ma\u00eetre le plus tyrannique, le plus odieux qui soit.<\/p><p>____________<\/p><p>La vertu d\u2019humilit\u00e9 ne s\u2019acquiert jamais si bien que par la voie des souffrances et des tentations. Quand une \u00e2me est assaillie par de longues et fortes \u00e9preuves et qu\u2019elle se voit sur le point de succomber, elle touche du doigt sa propre faiblesse et en demeure profond\u00e9ment humili\u00e9e\u2009; parce qu\u2019elle reconna\u00eet le besoin qu\u2019elle a du secours continuel de Dieu, elle recourt donc \u00e0 lui avec plus de sollicitude, plus de confiance et plus d\u2019amour, et se garde avec plus de pr\u00e9caution pour ne pas s\u2019exposer \u00e0 des occasions de chute.<\/p><p>Souffrons donc avec bonheur les douleurs et les humiliations que Dieu nous envoie\u2009; elles sont pour nous, \u00e2mes consacr\u00e9es \u00e0 Dieu, ce que sont les temp\u00eates pour les flots. Elles nous gardent pures et aimantes. Elles mettent en nous plus de d\u00e9licatesse, plus de d\u00e9fiance, plus de honte, plus de m\u00e9pris de nous-m\u00eames, plus d\u2019humilit\u00e9, plus d\u2019amour aussi\u2009; par cons\u00e9quent, elles nous tiennent plus que jamais peut-\u00eatre \u00e9loign\u00e9es de toutes fautes et plus pr\u00e8s du C\u0153ur de J\u00e9sus qui aime les humbles, les petits, ceux qui ne comptent plus sur eux-m\u00eames et n\u2019ont d\u2019espoir qu\u2019en lui\u2009!&#8230; Elles nous donnent la joie si douce de sentir que nous aimons Dieu.<\/p><p>Car de m\u00eame, a dit quelqu\u2019un, qu\u2019une mer battue par la temp\u00eate rejette au loin toutes les immondices qu\u2019elle a pu recevoir, de m\u00eame l\u2019\u00e2me exerc\u00e9e par la tentation se d\u00e9fait de toutes les impuret\u00e9s dont elle s\u2019\u00e9tait charg\u00e9e dans un temps de calme.<\/p><p>La r\u00e9signation douce, soumise, confiante en la sainte volont\u00e9 de Dieu, voil\u00e0 le secret d\u2019\u00eatre heureux&#8230; voil\u00e0 le bonheur\u2009!<\/p><p>Douce, car le Bon Dieu est la douceur m\u00eame, et la soumission doit \u00eatre faite avec une aimable douceur. Soumise, car le Bon Dieu est tout-puissant. Confiante oh\u2009! oui, enti\u00e8rement confiante en la bont\u00e9 et en la mis\u00e9ricorde de Dieu, car la confiance est la voie du ciel la plus directe, la plus facile \u00e0 suivre, et toute \u00e2me qui aime Dieu devrait aller \u00e0 lui avec la confiance et la joie d\u2019un enfant. Lorsque tout nous accable, lorsque l\u2019adversit\u00e9 se jette sur nous comme un orage de gr\u00eale, qu\u2019il est doux de se r\u00e9fugier en la bont\u00e9 de Dieu et de s\u2019appuyer sur les m\u00e9rites de J\u00e9sus Christ.<\/p><p>A quelle \u00e9cole apprendre mieux le d\u00e9tachement des cr\u00e9atures et la v\u00e9nalit\u00e9 des choses de ce monde qu\u2019\u00e0 celle de la souffrance et de l\u2019adversit\u00e9\u2009? Les revers et les pertes de fortune, les d\u00e9sastres et les maladies, les afflictions et les malheurs nous montrent la fragilit\u00e9 et le n\u00e9ant des cr\u00e9atures. Elles d\u00e9truisent ou diminuent les trompeuses esp\u00e9rances que nous mettions en elles, et peu \u00e0 peu rompent les funestes liens qui attachaient nos c\u0153urs \u00e0 cette mis\u00e9rable terre.<\/p><p>La pauvret\u00e9, la souffrance sont les deux portes n\u00e9cessaires pour entrer dans le royaume de Dieu.<\/p><p>Riches, ne repoussons pas la souffrance, elle nous conduira \u00e0 l\u2019\u00e9ternelle joie.<\/p><p>Pauvres, aimons notre pauvret\u00e9, elle est le gage le plus s\u00fbr de notre pr\u00e9destination divine. Alors, persuad\u00e9s des vanit\u00e9s du monde et de la faiblesse des cr\u00e9atures, nous chercherons un autre point d\u2019appui, un autre secours, quand nous verrons que tout s\u2019en va autour de nous, que tout nous \u00e9chappe.<\/p><p>Et cet appui, ce tr\u00e9sor, nous ne le trouvons qu\u2019en Dieu, qui toujours nous reste\u2009; et en Dieu tout est bon\u2009!<\/p><p>Tout lieu o\u00f9 il nous met, toute condition o\u00f9 il nous place, conduit au ciel, mais surtout l\u2019adversit\u00e9.<\/p><p>L\u2019adversit\u00e9, qui renferme tous les germes de la souffrance, est un ascenseur puissant pour aller au ciel\u2009; il faut donc s\u2019estimer bienheureux de la sentir attach\u00e9e \u00e0 ses pas.<\/p><p>De la souffrance offerte \u00e0 Dieu sort une joie surnaturelle qui fait supporter, pour ne pas dire oublier, la douleur naturelle.<\/p><p>C\u2019est une loi divine, et celle-l\u00e0 est immuable\u2009!<\/p><p>Acceptons-la donc\u2009! Tout sert pour mieux aimer\u2009! Tout est bon pour aller au ciel\u2009!<\/p><p>Lorsque la vie de Notre Seigneur J\u00e9sus Christ n\u2019a \u00e9t\u00e9 que souffrances et martyre, nous chercherions, nous, le repos et la joie\u2009?&#8230;<\/p><p>\u00d4 mon \u00e2me, regarde donc au-del\u00e0 de cet horizon mat\u00e9riel qui lasse tes yeux&#8230; regarde le Ma\u00eetre, heureux et \u00e9mu du courage que tu te donnes, de l\u2019amour que tu mets pour accomplir sa sainte volont\u00e9.<\/p><p>L\u2019homme a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour poss\u00e9der Dieu, tout a \u00e9t\u00e9 fait pour aider les hommes \u00e0 arriver \u00e0 ce terme, \u00e0 cette pl\u00e9nitude ineffable.<\/p><p>Nous devons donc, ou nous en servir ou les laisser, selon qu\u2019elles nous rapprochent ou nous d\u00e9tournent de lui.<\/p><p>Au milieu des sombres jours de l\u2019exil, dans les amertumes, dans les d\u00e9ceptions, dans les larmes, comment vivre\u2009?&#8230; Comment respirer\u2009? Comment trouver la force de continuer la route sans une esp\u00e9rance au c\u0153ur\u2008?<\/p><p>Il est tant d\u2019heures dans la vie o\u00f9 les voix de la terre sont impuissantes \u00e0 consoler, o\u00f9 la coupe du bonheur para\u00eet \u00e9puis\u00e9e \u00e0 jamais, o\u00f9 toute joie est morte, o\u00f9 tout semble se d\u00e9rober et attirer vers l\u2019ab\u00eeme&#8230;<\/p><p>La plus affreuse d\u00e9sesp\u00e9rance se rue alors sur la pauvre \u00e2me d\u00e9sempar\u00e9e et lui livre de tr\u00e8s violents assauts.<\/p><p>O\u00f9 se tourner\u2009?&#8230; O\u00f9 porter ses regards\u2009?&#8230; O\u00f9 chercher du secours, si ce n\u2019est en Dieu, qui n\u2019est pas un tyran, mais un P\u00e8re\u2009! Dieu, la force du juste, le pardon des p\u00e9cheurs, le secours des opprim\u00e9s, la lumi\u00e8re de tous&#8230;<\/p><p>Dieu, la Mis\u00e9ricorde, l\u2019Amour, la Joie, la Tendresse infinie\u2009!<\/p><p>__________<\/p><p>Deuxi\u00e8me cahier<\/p><p>Aux \u00e2mes chr\u00e9tiennes pour la gloire de Dieu<\/p><p>\u00ab\u2009Fais de ta vie une ascension.\u2009\u00bb Il ne fut peut-\u00eatre pas une \u00e9poque o\u00f9 le divin R\u00e9dempteur du monde, le Seigneur des anges, n\u2019\u00e9tend\u00eet vers nous du haut de sa croix plus grand, plus amoureusement ses bras, ni avec plus de tendresse (plus de d\u00e9solation aussi) et ni enclin \u00e0 plus de pardon. Il ne dut jamais sans doute prononcer d\u2019une voix plus vibrante, plus aimante (plus douloureuse et plus afflig\u00e9e) l\u2019appel supr\u00eame et si sublime du \u00ab\u2009venez tous \u00e0 moi\u2009\u00bb.<\/p><p>Ce Dieu que nous avons crucifi\u00e9 par nos p\u00e9ch\u00e9s et nos ingratitudes, ce tendre Lib\u00e9rateur que nous crucifions encore chaque jour, quand donc lui rendrons-nous amour pour amour\u2009? Le saint Cur\u00e9 d\u2019Ars disait\u2009: \u00ab\u2009Quand vous allez communier, vous allez d\u00e9clouer Notre-Seigneur.\u2009\u00bb Oh\u2009! clous inf\u00e2mes qui ensanglantez les membres innocents de J\u00e9sus, venez et transpercez nos c\u0153urs de douleur et d\u2019amour\u2009!<\/p><p>Mes s\u0153urs bien aim\u00e9es, Dieu nous appelle, la vie d\u2019ici-bas est un aujourd\u2019hui qui n\u2019aura peut-\u00eatre pas de lendemain pour nous, puis nous savons ce que nous pouvons faire aujourd\u2019hui et demain peut-\u00eatre il n\u2019en sera plus ainsi. L\u2019Imitation dit aussi\u2009: \u00ab\u2009Vous savez encore ce que vous pouvez faire pendant que vous \u00eates en sant\u00e9, mais malade, vous ignorez ce dont vous serez capable.\u2009\u00bb Il est donc d\u2019une extr\u00eame importance de mettre le pr\u00e9sent \u00e0 profit, car l\u2019\u00e9ternel et myst\u00e9rieux demain, il n\u2019en serait peut-\u00eatre plus temps\u2009! Ne soyons plus des \u00e2mes molles et ti\u00e8des dont la conduite et les devoirs sont autant de soufflets inf\u00e2mants jet\u00e9s \u00e0 la face adorable du Seigneur, et autant de fl\u00e8ches cruelles blessant la saintet\u00e9 de ses regards. Ne restons pas dans la ti\u00e9deur quand m\u00eame nous serions incapables de commettre de grandes fautes\u2009; somnolence malheureuse, la ti\u00e9deur est l\u2019escalier qui descend \u00e0 l\u2019aveuglement dans le p\u00e9ch\u00e9. Appliquons-nous chaque jour \u00e0 rendre notre \u00e2me belle et travaillons \u00e0 notre bien religieux et moral, mais pas en suivant la route plate des \u00e2mes moyennes\u2009; embrasons-nous du d\u00e9sir d\u2019avancer en montant toujours, comme si nous \u00e9tions \u00e0 la veille de recevoir la r\u00e9compense de nos travaux.<\/p><p>Souvenons-nous que Dieu repousse avec une horreur douloureuse les c\u0153urs partag\u00e9s, mais il se tient aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019\u00e2me bien dispos\u00e9e, la tenant par la main, la soutenant pour franchir les ab\u00eemes.<\/p><p>N\u2019est-il pas dit \u00e9galement des \u00e2mes rel\u00e2ch\u00e9es \u00ab\u2009que le paradis les rejette et que l\u2019enfer les d\u00e9daigne\u2009\u00bb\u2009? En ces jours troubl\u00e9s et mauvais, la religion a besoin d\u2019\u00e2mes vigilantes et de volont\u00e9s fermes pour triompher des obstacles permanents qui, \u00e0 chaque instant, se l\u00e8vent devant nos pas et nos r\u00e9solutions pour nous faire chanceler et reculer. C\u2019est en renouvelant souvent nos saintes r\u00e9solutions de servir Dieu et de l\u2019aimer de plus en plus sans nous d\u00e9courager jamais, que nous arrivons \u00e0 les mieux tenir\u2009; ne nous troublons pas alors si nous n\u2019avan\u00e7ons que pas \u00e0 pas\u2009; c\u2019est le Seigneur qui le veut ainsi. Voyant notre sinc\u00e8re et constante volont\u00e9, il nous donnera lui-m\u00eame tout ce qui nous manque. Ce\u2009qui est le plus utile, c\u2019est oublier \u00ab\u2009son moi\u2009\u00bb. J\u00e9sus a dit\u2009: \u00ab\u2009La paix est aux \u00e2mes de bonne volont\u00e9\u2009\u00bb.<\/p><p>Que notre conduite soit de telle sorte \u00e0 forcer les m\u00e9chants \u00e0 glorifier le Seigneur. Pour cela, nous devons \u00eatre des \u00e2mes montantes, de vraies chr\u00e9tiennes non seulement devant Dieu, mais devant tous les hommes. N\u2019oublions pas que dans le service de Dieu il n\u2019est point de petite vie, que seule importe la fa\u00e7on de la remplir. Ne pensons point avoir fait tout notre devoir quand nous avons assist\u00e9 \u00e0 la messe le dimanche, ce serait ne voir de la religion que l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p><p>Selon ses vues, le Seigneur confie \u00e0 chacune de nous une faible parcelle de ses biens\u2009; il ne nous demande pas toujours, non plus qu\u2019il ne demande \u00e0 tous les m\u00eames choses, ni de grands sacrifices, mais de faire tr\u00e8s bien et en vue de lui plaire, de l\u2019aimer, la t\u00e2che qu\u2019il demande \u00e0 chacune de nous. Un acte de vertu, petit en lui-m\u00eame, peut \u00eatre d\u2019une tr\u00e8s grande valeur quand il est d\u00e9pos\u00e9 dans les mains toutes-puissantes de J\u00e9sus.<\/p><p>Laissons Dieu se servir de nous, comme des instruments de sa parole et de sa volont\u00e9. Non\u2009! rien n\u2019est petit pour la plus grande gloire de Dieu. Travailler en tout pour lui, c\u2019est servir humblement une grande cause. Donc, que rien ne demeure improductif entre nos mains. Quand il faudra compara\u00eetre devant la face du Juge, nous aurons \u00e0 rendre compte du plus petit don re\u00e7u\u2009; nulle excuse ne sera admise\u2009; nul d\u00e9lai ne sera plus accord\u00e9. Pla\u00e7ons en Dieu toute notre esp\u00e9rance et nous poss\u00e9derons la paix. Notre divin Ma\u00eetre nous demandera compte de toutes les gr\u00e2ces qu\u2019il nous aura faites et il voudra beaucoup de celui \u00e0 qui il aura donn\u00e9 beaucoup. Aimons, servons pour r\u00e9pondre \u00e0 tant d&rsquo;innombrables faveurs\u2009! On fait beaucoup quand on aime beaucoup et on aime beaucoup quand on fait la volont\u00e9 de Dieu et non la sienne\u2009\u00bb.<\/p><p>Ne cessons jamais d\u2019aimer. Engageons-nous humblement et par amour dans le sentier ardu mais glorieux de la perfection chr\u00e9tienne. C\u2019est g\u00e9n\u00e9reusement et de toutes nos forces que nous devons aimer et glorifier Dieu. Aimer, c\u2019est mieux que parler, c\u2019est prouver. Les saints sont des \u00eatres qui ont fait peut-\u00eatre beaucoup moins que bien d\u2019autres, mais ils ont accompli parfaitement, et en aimant Dieu de toutes leurs forces, le peu qui leur \u00e9tait demand\u00e9. Si, dans sa souveraine Sagesse, le Seigneur nous a remis cinq talents&#8230; prenons bien garde de les dissiper, de les semer au vent de l\u2019erreur, \u00e0 la fum\u00e9e des flatteuses promesses et des jouissances malsaines\u2009; surtout n\u2019imitons pas non plus le mauvais serviteur de la parabole, n\u2019enfouissons pas les tr\u00e9sors divins dans la boue des n\u00e9gligences, des flatteries trompeuses, ce serait nous tromper nous-m\u00eames. On ne peut tromper le Seigneur\u2009; l\u2019action la plus secr\u00e8te, comme la plus petite cr\u00e9ature, est connue de lui\u2009; elle lui appara\u00eet plus clairement qu\u2019il ne nous est donn\u00e9 \u00e0 nous-m\u00eames de voir briller un miroir en plein soleil de midi. Et dire que c\u2019est pourtant devant Dieu seul qu\u2019on ose commettre ce qu\u2019on ne ferait devant aucune cr\u00e9ature&#8230; Pour \u00eatre un mauvais serviteur, puisqu\u2019il suffit de ne point faire fructifier les dons re\u00e7us, combien grandes alors seront les peines pour l\u2019\u00e2me qui en use comme d\u2019un bien \u00e0 elle ou qui, plus encore, les fait servir contre l\u2019auteur de la gr\u00e2ce\u2009? La mauvaise disposition d\u2019esprit change en obstacle les plus puissants moyens de salut. Veillons, pour ne pas abuser des bienfaits de Dieu, et surtout ne nous servons pas de ses dons pour l\u2019offenser.<\/p><p>Ceux qui vivent trop au milieu du monde et qui se livrent trop \u00e0 lui perdent beaucoup des lumi\u00e8res et des gr\u00e2ces que Dieu donne aux \u00e2mes qui cherchent uniquement le bien et la v\u00e9rit\u00e9. Celui qui ne laissera pas passer une parole oiseuse ne regardera pas non plus d\u2019un \u0153il indiff\u00e9rent une vaine jouissance. Aimons mieux nous rendre \u00e0 la maison des larmes, \u00e0 la maison o\u00f9 l\u2019on souffre, qu\u2019\u00e0 la maison des f\u00eates et des mat\u00e9rielles joies. Ah\u2009! si l\u2019on savait go\u00fbter combien le Seigneur est doux&#8230; notre c\u0153ur n\u2019est-il pas tout br\u00fblant au-dedans de nous quand nous \u00e9coutons sa voix intime\u2009? Plus le divin Ma\u00eetre remplit nos faibles mains, plus il entend\u00a0 que nous portions des fruits, et de bons fruits. Ce n\u2019est pas tout d\u2019assister \u00e0 de beaux sermons, d\u2019entendre pr\u00eacher les Evangiles du Seigneur. Ce qu\u2019il faut surtout c\u2019est l\u2019\u00e9couter attentivement, le suivre et lui ob\u00e9ir avec docilit\u00e9. On appartient \u00e0 Dieu quand on pratique ses commandements. Profitons des divines le\u00e7ons que nous enseignent nos pr\u00eatres, puisque par eux c\u2019est encore Notre Seigneur J\u00e9sus Christ qui nous parle. Nous devrions faire monter vers Dieu des pri\u00e8res incessantes pour ceux qui nous enseignent la v\u00e9rit\u00e9 et qui \u00e9l\u00e8vent nos \u00e2mes vers la lumi\u00e8re, qui nous ouvrent les secrets de l\u2019\u00c9criture. Que ferions-nous, que serions-nous sans ces \u00e2mes vaillantes au milieu des temp\u00eates, des attaques dont souffre la sainte Eglise\u2009? S\u2019il en est, h\u00e9las\u2009! qui se rendent indignes de la saintet\u00e9 de leur mission, la fid\u00e9lit\u00e9, la vertu des autres n\u2019en est que plus sublime. Souvenons-nous que la religion chr\u00e9tienne est toujours la m\u00eame et qu\u2019il ne nous est pas permis de condamner mais de relever, de prier, d\u2019exhorter au repentir, au retour, les malheureux \u00e9gar\u00e9s qui ont perdu la voie droite. M\u00e9dire d\u2019un pr\u00eatre est plus grave que de maudire son p\u00e8re et sa m\u00e8re. Ceux \u00e0 qui il est donn\u00e9 d\u2019enseigner la v\u00e9rit\u00e9, de donner la vraie vie aux \u00e2mes, brilleront d\u2019une merveilleuse splendeur au firmament \u00e9ternel\u2009; \u00e0 celui qui aura pers\u00e9v\u00e9r\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la fin, Dieu promet de le combler d\u2019une r\u00e9compense qui d\u00e9passera tout ce qu\u2019on peut imaginer. Il d\u00e9posera sur leur front une lumineuse aur\u00e9ole. Dans l\u2019Evangile, J\u00e9sus fait du pr\u00eatre l\u2019arbitre de nos consciences ici-bas, le d\u00e9positaire de sa mis\u00e9ricorde et du pardon, et son unique repr\u00e9sentant\u2009: \u00ab\u2009Les p\u00e9ch\u00e9s seront remis \u00e0 ceux \u00e0 qui vous les remettrez&#8230;\u2009\u00bb Baissons notre t\u00eate sous leur main qui absout, c\u2019est toujours J\u00e9sus qui parle et pardonne en eux. L\u2019Ap\u00f4tre dit aussi\u2009: \u00ab\u2009Si vous ne croyez pas en nos paroles, croyez \u00e0 nos actes.\u2009\u00bb<\/p><p>Je vous supplie et vous conjure, \u00f4 Dieu d\u2019Amour, de soutenir de vos mains toutes-puissantes tous vos ministres, pr\u00e9cieux guides de notre faiblesse.<\/p><p>Un jour, Dieu demandera compte \u00e0 chacun de toute bonne parole, de tout enseignement chr\u00e9tien qui sera rest\u00e9 inutile au perfectionnement de notre \u00e2me. Agissons donc en tout de fa\u00e7on \u00e0 ne point avoir \u00e0 redouter ce moment supr\u00eame. Vivons comme nous voudrions \u00eatre trouv\u00e9es quand la mort viendra nous surprendre. L\u2019Ap\u00f4tre a dit\u2009: \u00ab\u2009Notre conversation est dans le ciel.\u2009\u00bb Notre conduite aussi est dans le ciel.<\/p><p>Sous les regards vigilants et si paternels de notre P\u00e8re des Cieux&#8230; arm\u00e9es du tout-puissant et tr\u00e8s mis\u00e9ricordieux secours de la gr\u00e2ce, il n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 nous d\u2019\u00eatre des vases d\u2019honneur, des porteuses de lumi\u00e8re, des semeuses de bons exemples. Dieu \u00e9tant lui-m\u00eame Lumi\u00e8re et V\u00e9rit\u00e9, nous devons nous-m\u00eames \u00eatre des enfants de lumi\u00e8re et de v\u00e9rit\u00e9. Il est toujours pr\u00eat \u00e0 aider ceux qui esp\u00e8rent en sa gr\u00e2ce. Avec confiance, demandons-lui toujours\u2009: \u00ab\u2009Aidez-moi, Seigneur, dans mes saintes r\u00e9solutions pour vous servir.\u2009\u00bb<\/p><p>\u00ab\u2009Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce que le royaume des Cieux leur appartient.\u2009\u00bb Mais, objecte-t-on de toutes parts, je ne suis qu\u2019un tr\u00e8s petit vase, sans aucune valeur. \u2013 Mais pourquoi oublie-t-on toujours que, dans la maison de Dieu, il faut des vases de toutes valeurs et de toutes grandeurs\u2009? Admirons au contraire la bont\u00e9 de la Providence qui proportionne les moyens et les devoirs au besoin et aux forces de chacun. Dieu sait bien mieux que nous que notre faiblesse est sans fond, et n\u2019est-il pas toujours pr\u00eat \u00e0 nous rev\u00eatir de sa force d\u00e8s qu\u2019il voit nos bonnes dispositions\u2009? Combien nombreuses aussi sont celles qui disent sans r\u00e9fl\u00e9chir\u2009: je ne suis peut-\u00eatre pas une \u00e2me appel\u00e9e&#8230; Toutes les \u00e2mes sont appel\u00e9es, et si nous ne sommes pas \u00e9lus, c\u2019est souvent de notre faute\u2009!<\/p><p>Point n\u2019est besoin d\u2019engagement particulier, ni d\u2019\u00eatre rev\u00eatu d\u2019un habit religieux\u2009; il n\u2019est pas n\u00e9cessaire non plus d\u2019entrer dans un monast\u00e8re ni dans une maison particuli\u00e8re pour \u00eatre unie \u00e0 Notre Seigneur J\u00e9sus. De nos jours, beaucoup n\u2019osent pas s\u2019enfoncer dans la vie chr\u00e9tienne, dans la foi parfaite, craignant qu\u2019en voyant leur pi\u00e9t\u00e9 on ne veuille plus les laisser vivre dans le monde. Coupable et lamentable erreur&#8230; quand donc, \u00f4 mon Dieu, prendra-t-elle fin\u2009? Non, rien de tout cela n\u2019est obligatoire. Ce qu\u2019il faut bannir \u00e0 tout prix, c\u2019est la morne et ti\u00e8de indiff\u00e9rence.<\/p><p>Qui suit la doctrine du Sauveur et fait ses \u0153uvres lui appartient, et l\u2019on fait ses \u0153uvres dans toutes les actions o\u00f9 l\u2019on met l\u2019intention pour Dieu et lui plaire.\u2009\u00bb<\/p><p>Tout parle quand on aime. Il faut accepter la volont\u00e9 de Dieu dans les petites choses comme dans les grandes. Qui donc nous aime plus que Dieu\u2009? Et qui devons-nous aimer davantage que lui\u2009?<\/p><p>Le sacrifice, c\u2019est le bonheur\u2009! Donnons au divin Ma\u00eetre toute notre reconnaissance, tout notre amour\u2009; une pi\u00e9t\u00e9 vraie, simple et forte r\u00e9v\u00e8le une grande \u00e2me, et c\u2019est en nous imposant de petits sacrifices que nous pouvons r\u00e9sister au mal et pratiquer la vertu.<\/p><p>Beaucoup disent \u00e9galement\u2009: je ne me reconnais aucune aptitude, et je me rends facilement compte que j\u2019ai bien moins de ressources, c\u2019est-\u00e0-dire que j\u2019ai beaucoup moins re\u00e7u qu\u2019une telle qu\u2019il m\u2019est donn\u00e9 d\u2019observer, je le reconnais bien moi-m\u00eame&#8230; et que l\u2019on ne peut donner que ce que l\u2019on poss\u00e8de&#8230;<\/p><p>Vis-\u00e0-vis des dons, des gr\u00e2ces de Dieu, il ne nous est pas permis de faire des comparaisons, les comparaisons n\u2019\u00e9tant jamais justes, et moins encore quand il s\u2019agit du divin. Dieu est ma\u00eetre de ses dons, il les distribue donc quand et comme il lui pla\u00eet, et \u00e0 qui il lui pla\u00eet, et j\u2019ajouterai\u2009: \u00e0 qui se dispose le mieux \u00e0 les recevoir pour l\u2019aimer. Chaque \u00e2me re\u00e7oit sa grande part&#8230; toute \u00e2me est combl\u00e9e de gr\u00e2ces.<\/p><p>Nous n\u2019avons donc le droit, quoi que le Seigneur nous envoie, ni de nous glorifier, ni de nous plaindre, mais nous avons toujours le devoir de remercier, de nous humilier, de b\u00e9nir. Si nous poss\u00e9dons peu, cultivons peu\u2009; mais si, au contraire, nous avons re\u00e7u beaucoup (et comme nous recevons tout) cultivons beaucoup. Le bon usage de toutes choses est source de richesses, tandis que l\u2019abus de ce qui nous para\u00eet insignifiant est la porte ouverte au d\u00e9nuement, \u00e0 la mis\u00e8re. Que chacune de nous se conduise donc selon ce qu\u2019elle a re\u00e7u, selon ce qu\u2019elle re\u00e7oit \u00e0 chaque instant du c\u00e9leste Distributeur et selon ce qu\u2019il lui demande\u2009; qu\u2019elle s\u2019applique \u00e0 se sanctifier au lieu et place et dans l\u2019\u00e9tat o\u00f9 il la veut.<\/p><p>Il est tant de valeurs qui reculent en face de la perfection, il\u2009en est tant d\u2019autres qui restent volontairement dans l\u2019ignorance. A l\u2019exemple de la veuve du Temple, mettons toute notre indigence entre les mains toutes-puissantes de J\u00e9sus. Donnons-lui toute notre indigence, et par lui elle deviendra un grand tr\u00e9sor. Le petit grain de froment qui appara\u00eet \u00e0 nos yeux terne et sans attrait renferme cependant \u00e0 lui seul, dans toute sa petitesse, une plus grande merveille que le sommet de la plus haute des montagnes.<\/p><p>Toute \u00e2me qui monte est une entra\u00eeneuse\u2009! Le monde ne se spiritualise pas en masse ni soudainement, mais petit \u00e0 petit et individuellement.<\/p><p>Il est certain qu\u2019aucune de nous ne saurait \u00eatre assez aveugle et assez orgueilleuse pour croire qu\u2019elle arrivera par elle-m\u00eame, par ses propres forces, \u00e0 changer la soci\u00e9t\u00e9&#8230; mais ce sont les individus qui font la soci\u00e9t\u00e9. Si donc chaque personne recevait tour \u00e0 tour la v\u00e9rit\u00e9 et la pratiquait, l\u2019heure ne viendrait-elle pas o\u00f9 le progr\u00e8s vers le bien, vers le divin, na\u00eetrait enfin et se d\u00e9velopperait\u2009? On ne fait pas le bien sans qu\u2019il en co\u00fbte. Dans nos luttes, pensons \u00e0 Celui qui supporta toute sa vie l\u2019infini des contradictions. Apprenons de lui la patience dans le combat, sans jamais perdre courage. Nous pouvons nous attrister, mais jamais nous d\u00e9courager. Si tous les chr\u00e9tiens \u00e9levaient leurs enfants selon les enseignements de l\u2019Eglise, ne serait-ce pas pr\u00e9parer le triomphe de la religion et de la morale\u2009? Quant \u00e0 ce qui nous revient personnellement, n\u2019est-il pas de notre devoir, n\u2019est-ce pas bon et consolant (sans vouloir pr\u00e9tendre changer la masse) d&rsquo;avoir la conscience que nous, du moins, nous voulons accomplir cette t\u00e2che sacr\u00e9e\u2009? Mais en cherchant \u00e0 faire aimer Dieu, \u00e0 faire le bien, que ce soit toujours tr\u00e8s discr\u00e8tement, sans chercher \u00e0 imposer&#8230; surtout dans le monde\u2009; que nos conseils soient des pri\u00e8res, de l\u2019affection et non des ordres.<\/p><p>Ce n\u2019est qu\u2019au ciel que nous recevrons la r\u00e9compense, fruit de nos efforts\u2009! Mais ici-bas, Dieu a, dans sa sagesse, charg\u00e9 chacun de nous du soin de son prochain, et l\u2019exercice de la charit\u00e9 est le premier des devoirs. Nous devons aimer toutes les \u00e2mes dans leurs diverses situations, dans leurs craintes, leurs \u00e9preuves, leurs d\u00e9faillances, leurs regrets, leurs efforts, et nous devons les relever en les remettant sur la voie qui conduit \u00e0 la vie. Dieu nous demande de porter le fardeau les uns des autres. Promettons donc de tout notre c\u0153ur au souverain Roi de pratiquer la charit\u00e9 comme il le veut, quand bien m\u00eame nous n\u2019aurions pas beaucoup d\u2019occasions de le faire. Au reste, les occasions ne manquent pas quand on n&rsquo;en laisse \u00e9chapper aucune\u2009; et il ne s\u2019agit pas, ni il n\u2019est besoin pour cela, de faire des actes \u00e9clatants, mais seulement d\u2019\u00eatre fid\u00e8le \u00e0 accomplir tout ce que Dieu met sur notre chemin, tout ce qu\u2019il place \u00e0 notre port\u00e9e. Pour cela, il nous faut et nous devons mettre \u00e0 chaque instant de notre existence et toute notre existence nos croyances en pratique&#8230; par les \u0153uvres. Nous sommes nous-m\u00eames les artisans de notre bonheur, donc refuser d\u2019avancer ou ne pas chercher \u00e0 le faire, c\u2019est refuser le bonheur d\u00e8s ici-bas. Mais il ne faut pas croire pour cela que notre vie ne sera qu\u2019amertume et douleur et que nous sommes oblig\u00e9s \u00e0 n\u2019avoir que douleur et tristesse dans le travail, sans rien recevoir, sans r\u00e9compense actuelle. Nous recevons de la part de Dieu, et \u00e0 tout instant, infiniment plus que nous ne pouvons donner, Dieu ne se laissant jamais vaincre en g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Chaque jour nous recueillons les fruits de nos labeurs, chaque jour nous recevons le prix de notre travail. Ouvrons les yeux face \u00e0 la lumi\u00e8re et nous verrons alors si Dieu ne nous r\u00e9compense pas au centuple d\u00e8s cette vie, car tout travail re\u00e7oit son salaire, toute peine sa r\u00e9compense, et ce n\u2019est que la d\u00eeme de ce que nous recevrons l\u00e0-haut, si nous avons vaillamment pers\u00e9v\u00e9r\u00e9 dans la vraie voie, si nous avons combattu le bon combat. Il appartient donc \u00e0 nous de faire de la vie, que Dieu nous donne, une vie d\u2019amour, un p\u00e8lerinage de bont\u00e9. Nous le pouvons, nous le devons. Il faut le vouloir. Que toutes nos actions soient en vue de l\u2019\u00e9ternit\u00e9, soit dans le sacrifice, soit dans la p\u00e9nitence, soit dans la croix&#8230; enseignez-nous, Seigneur, \u00e0 faire votre volont\u00e9. La souffrance, quand on la voit uniquement en Dieu, est le puissant levier de l\u2019\u00e2me\u2009; tout ce qui purifie, sanctifie\u2009; tout ce qui sacrifie rend meilleur, donc heureux. Les \u00e9preuves sont des gr\u00e2ces, puisque Dieu nous les envoie pour notre bien\u2009; c\u2019est pourquoi nous devons le b\u00e9nir dans la tristesse comme dans la joie. Dieu est bon dans tout ce qu\u2019il fait. Sans doute, la soumission \u00e0 sa volont\u00e9 n\u2019emp\u00eache pas la tristesse, mais elle l\u2019adoucit, la change en rapprochant de lui.<\/p><p>N\u2019est-ce pas le seul et vrai bonheur, que celui de sentir son \u00e2me bonne, pure, toute \u00e0 Dieu et en lui\u2009? N\u2019est-ce pas en vivant irr\u00e9prochable qu\u2019on vit heureux et plein d\u2019esp\u00e9rance\u2009? Et, sur cette terre, pour vivre irr\u00e9prochable, il faut qu\u2019il en co\u00fbte. L\u2019\u00e2me ne peut atteindre au sommet de l\u2019amour que si le sacrifice et le renoncement en sont la base&#8230; Et quand le sacrifice et le renoncement sont dans l\u2019immolation de la croix, elle conna\u00eet et jouit de la pure et divine joie des \u00e2mes qui poss\u00e8dent Dieu. Les consolations sont \u00e0 m\u00eame nos douleurs. Le vrai bonheur, la v\u00e9ritable paix ne r\u00e8gne que sur le chemin du Calvaire, mais ce n\u2019est ni le bonheur, ni la paix tels que le monde les d\u00e9sire, ou plut\u00f4t qu\u2019il cherche sans les trouver nulle part. L\u2019Ecriture dit bien vrai en disant\u2009: \u00ab\u2009Il n\u2019y a point de paix pour l\u2019impie\u2009\u00bb. Qu\u2019il fait bon, qu\u2019il fait toujours meilleur monter, surtout quand c\u2019est au sein de l\u2019\u00e9preuve\u2009! C\u2019est en portant la croix qu\u2019on apprend la vraie vie chr\u00e9tienne, je pourrais dire l\u2019essence, la m\u0153lle de la vie chr\u00e9tienne et la science du salut. Plus une \u00e2me s&rsquo;approche de Dieu, plus elle refl\u00e8te la lumi\u00e8re. En haut les c\u0153urs\u2009! En haut les pens\u00e9es\u2009! En haut les d\u00e9sirs\u2009! Saint J\u00e9r\u00f4me conseillait \u00e0 ses dirig\u00e9es \u00ab\u2009de tenir les yeux sur leur ouvrage et leur c\u0153ur au ciel\u2009\u00bb. Un autre saint disait\u2009: \u00ab\u2009Si servir Dieu, c\u2019est r\u00e9gner, souffrir pour lui, c\u2019est jouir.\u2009\u00bb Nous n\u2019aurons part \u00e0 la b\u00e9atitude qu\u2019apr\u00e8s avoir eu part aux tribulations dont J\u00e9sus fait part \u00e0 ceux qu\u2019il aime. Ici-bas, les caresses de J\u00e9sus sont des \u00e9preuves, des croix, mais les \u00e9preuves, les croix deviennent de douces caresses quand c\u2019est les mains bien-aim\u00e9es de J\u00e9sus qui les donnent. Une \u00e2me qui souffre est moins une \u00e2me que le Seigneur a frapp\u00e9e qu\u2019une \u00e2me qu\u2019il a choisie et qu\u2019il aime\u2009; c\u2019est pure v\u00e9rit\u00e9 que les \u00e2mes qui souffrent par la volont\u00e9 divine seront dans la joie \u00e0 mesure qu\u2019elles comprendront la merveilleuse part qu\u2019il leur a donn\u00e9e. Le Seigneur ne mesure ni sa gratitude ni sa r\u00e9compense\u2009; jamais il ne se laisse vaincre en g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Comme le feu \u00e9prouve le fer, c\u2019est ainsi que nous devons \u00eatre \u00e9prouv\u00e9es par toutes sortes de peines, mais si nous avons en vue Dieu seul, la souffrance ne nous troublera pas&#8230;\u2009\u00bb<\/p><p>Je reviens \u00e0 mon sujet. Je disais donc que nous devions croire et agir en croyants. Que sert la croyance sans la pratique\u2009? Que sert la pratique sans les \u0153uvres\u2009? Je ne veux pas dire pour cela que toutes les \u0153uvres de tous les chr\u00e9tiens soient bonnes en soi et louables. Non, non\u2009! car toutes ne sont pas saintes et pures, toutes n\u2019ont pas l\u2019approbation de Dieu, toutes ne sont pas bas\u00e9es sur les commandements divins, h\u00e9las\u2009! Pas davantage, je ne veux dire que toutes les \u0153uvres des incroyants soient mauvaises. Non encore, trois fois non\u2009! De grandes preuves nous t\u00e9moignent le contraire. J\u2019ajouterai donc encore une fois pour nous\u2009: veillons sur nous, parce que le monde et son modernisme nous abusent malgr\u00e9 nous et nous fascinent. La masse a constamment les yeux fix\u00e9s sur nous&#8230; nous nous devons donc de donner l\u2019exemple en nous dirigeant, en nous \u00e9levant vers le bien, vers les sommets. L\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019exemple est d\u2019une tr\u00e8s grande port\u00e9e, et les pieuses et saintes actions ne peuvent pas toujours \u00eatre ignor\u00e9es. Ceci ne veut pas dire qu\u2019il faille les publier \u00e0 grands renforts, bien loin de l\u00e0. Le proverbe dit\u2009: le bien ne fait pas de bruit et le bruit ne fait pas le bien.<\/p><p>Il est utile parfois que les nobles actions, que les grands sacrifices, que les vies pieuses et h\u00e9ro\u00efques sortent de l\u2019ombre et soient connues pour \u00eatre imit\u00e9es.<\/p><p>J\u2019ai dit plus haut que nous devions \u00eatre de vraies chr\u00e9tiennes devant Dieu et devant les hommes\u2009; on n&rsquo;allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau. Cette lampe, c\u2019est la clart\u00e9 du bon exemple. \u00ab\u2009Que votre lumi\u00e8re luise parmi les humains, afin que, voyant vos bonnes \u0153uvres, ils glorifient votre P\u00e8re qui est dans les cieux.\u2009\u00bb L\u2019humilit\u00e9 ne doit point nous faire oublier que nous nous devons d\u2019\u00e9difier les autres par nos bons exemples. Ne tenons pas compte des railleries. Quoi que nous fassions, il y aura toujours mati\u00e8re \u00e0 critique. N\u2019oublions pas surtout que nous ne poursuivons pas un but. Le Bon Dieu n\u2019a pas besoin de nous, ni de personne non plus. Il n\u2019a pas besoin de nos louanges, mais il\u2009daigne, dans son infinie bont\u00e9, se servir de nous. Il daigne \u00e9couter et exaucer nos pri\u00e8res et recevoir nos louanges.<\/p><p>A l\u2019heure actuelle o\u00f9 il est parl\u00e9 du mal partout, o\u00f9 partout il est \u00e9tal\u00e9 au grand jour, je dirai m\u00eame encourag\u00e9, pay\u00e9, vot\u00e9\u2009! Que d\u2019adeptes diff\u00e9rents a le mal sur toute l\u2019\u00e9chelle de la soci\u00e9t\u00e9\u2009! Ne craignons pas de le dire\u2009: la d\u00e9pravation et le mal ont pour eux de hardis ap\u00f4tres et instigateurs, lesquels ne se d\u00e9couragent jamais et ne reculent devant aucun obstacle, aucune difficult\u00e9, aucune peine, ni devant personne&#8230; sauf devant la v\u00e9rit\u00e9. L\u2019\u00e9go\u00efsme et l\u2019orgueil se d\u00e9veloppent dans des proportions lamentables. Nous sommes, nous, les ouvriers du Bon Dieu, c\u2019est donc \u00e0 nous d\u2019arr\u00eater cet \u00e9tat de choses. Comment\u2009?&#8230; par l\u2019action, la conduite qui \u00e9difient\u2009; par l\u2019amour, la pri\u00e8re et la charit\u00e9. Oui\u2009! que l\u2019amour et la charit\u00e9 abondent en chacune de nous. Aimons\u2009! R\u00e9alisons cette profonde d\u00e9finition du mot\u2009: aimer&#8230; La vie spirituelle est \u00e0 la base de l\u2019amour, elle nous conduit \u00e0 la charit\u00e9, au d\u00e9vouement, \u00e0 l\u2019oubli de soi. Ayons horreur du mal, mais ayons piti\u00e9 et soyons mis\u00e9ricordieux pour ceux qui le commettent. J\u00e9sus a dit\u2009: \u00ab\u2009Heureux les mis\u00e9ricordieux, parce qu\u2019ils obtiendront mis\u00e9ricorde.\u2009\u00bb Comment pouvons-nous savoir que nous ne nous trompons pas dans nos jugements quand nous nous \u00e9garons si facilement et si souvent sur bien des points\u2009? Ne condamnons jamais notre prochain, cela ne nous appartient pas. Les personnes de qui nous parlons d\u00e9favorablement peuvent avoir tant d\u2019excuses connues de Dieu seul. Imitons le bon Ma\u00eetre, et soyons toujours enclins \u00e0 la mis\u00e9ricorde. D\u00e9tournons-nous du mal, mais quand il appara\u00eet \u00e0 nos yeux, pensons que nous ferions pis peut-\u00eatre, si Dieu ne nous tenait par la main.<\/p><p>Il ne faut pas penser ce qu\u2019il y aura \u00e0 faire dans dix ou quinze ans, mais essayer de r\u00e9duire le progr\u00e8s du mal par l\u2019action contraire et imm\u00e9diate. Heureux les serviteurs vaillants, capables d\u2019affronter toutes les \u00e9preuves. Le Ma\u00eetre n\u2019a-t-il pas dit\u2009: \u00ab\u2009Bienheureux ceux qui souffrent pers\u00e9cution pour la justice, parce que le royaume des Cieux leur appartient\u2009\u00bb\u2009? Le d\u00e9vouement est le ressort qui soul\u00e8ve de terre. Quand on a du chagrin, quand on est en proie \u00e0 beaucoup de peine, c\u2019est alors qu\u2019on prie le mieux, car l\u2019amour est la plus belle pri\u00e8re. B\u00e9nissons toujours la main incompr\u00e9hensible du Seigneur qui b\u00e9nit toujours, quand m\u00eame elle broie ses serviteurs et ses \u00e9lus.<\/p><p>Il est tant de valeurs ignor\u00e9es, tant de valeurs h\u00e9sitantes. Prions, faisons p\u00e9nitence et Dieu se laissera toucher. La pratique de la vertu a une salutaire influence\u2009; elle r\u00e9veille dans les c\u0153urs m\u00eame les plus endurcis, les plus rebelles, des \u00e9motions g\u00e9n\u00e9reuses, des transports \u00e9lev\u00e9s, des \u00e9lans sinc\u00e8res.<\/p><p>A c\u00f4t\u00e9 du luxe outrancier, il faut des \u00e2mes qui luttent et qui s\u2019oublient\u2009; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ceux qui ne songent qu\u2019aux plaisirs et aux satisfactions de l\u2019argent, il en faut qui prient et qui veillent\u2009; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des ind\u00e9pendants et des orgueilleux, il en faut qui se donnent et s\u2019immolent dans l\u2019ombre et le silence.<\/p><p>Plus que jamais aussi, l\u2019\u00e9tranger a les yeux sur nous et nous observe d\u2019une fa\u00e7on inqui\u00e9tante et cruelle. La France est raill\u00e9e et veill\u00e9e sur tous les points parce qu\u2019on la croit mensong\u00e8re. Nous le m\u00e9ritons en quelque sorte, il est vrai, en affichant une mentalit\u00e9 de mauvais go\u00fbt et scandaleuse, tout \u00e0 fait d\u00e9pourvue d\u2019id\u00e9al. L\u2019\u00e9tranger se base sur les apparences, sur nos m\u0153urs ext\u00e9rieures, sur la surface en un mot\u2009; et la surface, chez nous, transpire l\u2019irr\u00e9ligion et le d\u00e9sordre. Mais ce que l\u2019\u00e9tranger voit, ce qu\u2019il conna\u00eet et condamne, ce n\u2019est pas la France, ce n\u2019est pas la vraie\u2009! La vraie France, il ne la comprend pas, il ne peut pas la comprendre\u2009! C\u2019est qu\u2019elle est trop profonde\u2009; son fond secret et intime, elle ne le livre pas&#8230; elle le laisse ignorer par un tact bien fran\u00e7ais et de bon go\u00fbt. La discr\u00e9tion, c\u2019est du g\u00e9nie\u2009! La France est incomprise parce que m\u00e9connue&#8230; ou plut\u00f4t mal connue. Ce qui se d\u00e9robe \u00e0 la vue n\u2019\u00e9chappe pas au c\u0153ur\u2009! mais on ne conna\u00eet pas le c\u0153ur de la France, on ne conna\u00eet pas l\u2019\u00e2me de la France. Notre \u00e2me fran\u00e7aise est \u00e0 nous, c\u2019est notre bien, c\u2019est notre gloire, c\u2019est notre honneur. Le devoir nous impose de ne pas la livrer. Elle est \u00e0 Dieu&#8230; Mais le devoir nous impose aussi de la laisser appara\u00eetre pour qu\u2019on la respecte. Il est bon de montrer au monde, qui nous nargue et s\u2019impose en ma\u00eetre chez nous, que nos vertus fran\u00e7aises, que notre race chr\u00e9tienne, vaillante et g\u00e9n\u00e9reuse n\u2019est pas morte, surtout actuellement o\u00f9 la pens\u00e9e fran\u00e7aise est critiqu\u00e9e, l\u2019id\u00e9e fran\u00e7aise est censur\u00e9e, sa morale discr\u00e9dit\u00e9e, son go\u00fbt fl\u00e9tri grossi\u00e8rement, au-del\u00e0 des fronti\u00e8res et presque sur notre sol&#8230; Nos journaux de toutes sortes circulent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et s\u2019y lisent \u00e0 qui mieux mieux, nos mauvais romans surtout, et nous sommes par eux tr\u00e8s mal jug\u00e9s. Tous ces journaux, tous ces livres immoraux qui pullulent en masse en tous pays sont, pour la plupart, mis en circulation par des Fran\u00e7ais qui ne le sont plus que de nom. Je n\u2019ose pas dire qu\u2019ils sont consciemment coupables&#8230; ils ne sont certainement qu\u2019aveugl\u00e9s, \u00ab\u2009ils ne savent pas ce qu\u2019ils font\u2009\u00bb, mais l\u2019action n\u2019en reste pas moins lamentable et r\u00e9pr\u00e9hensible.<\/p><p>Les actes d\u2019h\u00e9ro\u00efsme, les actes admirables et les grands saints sont assez nombreux en France et plus que partout ailleurs, pour qu\u2019on ne se fie pas seulement sur nos mauvais livres pour nous salir et nous abaisser. C\u2019est \u00e0 nous, chr\u00e9tiennes fran\u00e7aises, \u00e0 qui il appartient de travailler de tout notre c\u0153ur et de toute notre \u00e2me au rel\u00e8vement moral, \u00e0 la bonne renomm\u00e9e de notre noble France. C\u2019est \u00e0 nous de la d\u00e9fendre dans son esprit, sa religion, sa foi&#8230; dans tout ce qu\u2019elle a de dignit\u00e9, de loyaut\u00e9, de chr\u00e9tien. Comment, dira-t-on\u2009? Par notre conduite, par notre pi\u00e9t\u00e9, par nos pri\u00e8res. Que puis-je toute seule, direz-vous peut-\u00eatre\u2009? Serez-vous seule\u2009? Et puis, si vous \u00e9tiez seule \u00e0 bien faire, est-ce pour cela que vous devriez ne pas continuer\u2009? Ne suffit-il pas d\u2019une faible \u00e9tincelle pour allumer un immense incendie\u2009? Ne suffit-il pas qu\u2019un seul c\u0153ur d\u00e9borde d\u2019amour pour que mille autres en soient pleins\u2009? Et puis, une seule bonne volont\u00e9 en fait de suite lever des masses.<\/p><p>Le c\u0153ur des petits enfants n\u2019a-t-il pas \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour prier, pour aimer\u2009? Pourquoi en est-il si peu qui prient\u2009? Pourtant, la pri\u00e8re des enfants est toute-puissante. Rien de plus beau n\u2019est mont\u00e9 \u00e0 Dieu que la pri\u00e8re des enfants. Plusieurs enfants r\u00e9unis dans la pri\u00e8re font pour le Ciel des choses merveilleuses. \u00d4 m\u00e8res\u2009! Faites aimer la pri\u00e8re \u00e0 vos enfants, et Dieu trouvera sa gloire en vous. Soyez certaines que les anges prient au milieu des enfants et demandent avec eux.<\/p><p>Semons, faisons germer la bonne semence dans les \u00e2mes, et Dieu b\u00e9nira nos humbles efforts et nos pri\u00e8res. Il fera cro\u00eetre et blanchir la moisson en r\u00e9pandant ses ros\u00e9es divines. Travailler au bien et au salut des \u00e2mes, c\u2019est assurer son bonheur en ce monde et au ciel, \u00ab\u2009mais ce qu\u2019il faut avant tout, c\u2019est sanctifier la sienne\u2009\u00bb. N\u2019oublions pas que nous ne sommes que de pauvres servantes, que Dieu se sert de nous, mais que nous ne pouvons rien sans lui.<\/p><p>Nous avons \u00e0 remonter un mauvais courant et la cr\u00e9ation d\u2019un groupement d\u2019\u00e9lites est absolument n\u00e9cessaire. Oui, il\u2009nous faut, nous avons besoin d\u2019une \u00e9lite paroissiale, si minime soit-elle, mais d\u2019une \u00e9lite empreinte de droiture, immens\u00e9ment fid\u00e8le et d\u00e9vou\u00e9e, poss\u00e9dant le v\u00e9ritable esprit paroissial (qui n\u2019est nullement l\u2019esprit de clocher), fonci\u00e8rement chr\u00e9tienne et g\u00e9n\u00e9reuse. L\u2019\u0153uvre paroissiale doit \u00eatre toute de charit\u00e9, de charit\u00e9 fraternelle, entre les membres qui la composent et pour tous. Le groupement paroissial doit en tout respirer la bont\u00e9, la patience, rapporter tout \u00e0 Dieu et lui donner tout. Partout, il nous faut \u00eatre source de vie, de purs flambeaux au milieu d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 ind\u00e9pendante et moralement rel\u00e2ch\u00e9e. C\u2019est par une saine influence pleine de tact et de d\u00e9licatesse que nous arriverons peu \u00e0 peu \u00e0 transformer quelques \u00e9l\u00e9ments. L\u2019\u00e2me dans les amiti\u00e9s, c\u2019est bien la sup\u00e9riorit\u00e9 de la charit\u00e9, c\u2019est une \u00e2me qui s\u2019unit aux \u00e2mes en vue de Dieu\u2009; dans notre prochain, c\u2019est le meilleur que nous devons apprendre \u00e0 voir et c\u2019est le meilleur de nous-m\u00eames qu\u2019il faut savoir donner. L\u2019Ecriture dit\u2009: \u00ab\u2009Soyez saints, vous qui touchez au vase du Seigneur.\u2009\u00bb Soyons saintes, nous qui voulons aimer et faire aimer Dieu et faire du bien aux \u00e2mes. Pour agir, il\u2009faut se recueillir\u2009; pour travailler ext\u00e9rieurement, il faut se travailler au-dedans et attendre l\u2019heure de Dieu. L\u2019action exige en nous tout un travail de profondeur\u2009: \u00ab\u2009Soyez int\u00e9rieures si vous voulez \u00eatre f\u00e9condes.\u2009\u00bb Pour rentrer dans la milice, il faut vouloir \u00eatre Marie avant d\u2019\u00eatre Marthe, et allier toujours et en tout le r\u00f4le de Marie avec celui de Marthe. En un mot, que notre vie soit int\u00e9rieure si nous voulons qu\u2019elle soit f\u00e9conde, et que tous nos efforts soient continuellement tourn\u00e9s vers l\u2019Id\u00e9al. Saint Bernard a dit\u2009: \u00ab\u2009Soyez un r\u00e9servoir avant d\u2019\u00eatre un canal.\u2009\u00bb Nous n&rsquo;avons le devoir de travailler au bien des \u00e2mes que pour nous perfectionner, nous sanctifier nous-m\u00eames et non pour nous faire voir et nous faire valoir. C\u2019est la mortification et l\u2019humilit\u00e9 qui nous tiendront \u00e0 l\u2019abri. Ne tenons pas compte des jaloux, envers et contre tout. Quoi que nous fassions, la jalousie exercera toujours ses funestes ravages. Dans la joie de l\u2019action sainte comme dans les difficult\u00e9s in\u00e9vitables, que chaque fois s\u2019\u00e9l\u00e8vent de nos c\u0153urs vers Dieu avec les plus purs accents des demandes, nos actions de gr\u00e2ces\u2009: Seigneur, donnez-nous la vraie foi pour avoir part \u00e0 la v\u00e9ritable vie, et donnez-nous de pouvoir la donner \u00e0 ceux que nous aimons, pour qu\u2019ils participent eux aussi \u00e0 la vie \u00e9ternelle. Vous nous avez dit, \u00f4 J\u00e9sus\u2009: \u00ab\u2009Je suis venu vous apporter la vie et pour que, par moi, vous l\u2019ayez en abondance.\u2009\u00bb<\/p><p>Quand, autour de nous, une personne \u00e9prouv\u00e9e par des difficult\u00e9s, des deuils, des maladies, accuse le ciel en nous disant qu\u2019il n\u2019y a point de Dieu, ou qu\u2019il est injuste&#8230; ou bien encore\u2009: \u00ab\u2009Si Dieu \u00e9tait bon, m\u2019aurait-il frapp\u00e9 ainsi\u2009? Car, enfin, je n\u2019ai rien fait, moi, pour m\u00e9riter cela\u2009; que lui ai-je fait, au Bon Dieu\u2009? Si c\u2019\u00e9tait une telle personne ou telle autre, je comprendrais, mais moi&#8230;\u2009\u00bb Oh\u2009! disons-leur, \u00e0 ces pauvres \u00e2mes, qu\u2019en parlant ainsi elles blasph\u00e8ment, et qu\u2019alors m\u00eame o\u00f9 elles parlent de la sorte, ce Dieu qu\u2019elles offensent exerce envers elles un effet tout particulier de sa pure bont\u00e9\u2009; qu\u2019il pourrait, s\u2019il voulait, les an\u00e9antir sans merci et sans retour et que pourtant il attend, il pardonne, il a piti\u00e9 de ses pauvres cr\u00e9atures ingrates\u2009! Disons aussi, si nous le pouvons, que Dieu nous frappe, justement parce qu\u2019il est bon et que lui-m\u00eame n\u2019avait qu\u2019un Fils bien-aim\u00e9 et qu\u2019il l\u2019a immol\u00e9 pour nous. Que le divin Fils de Dieu a dit lui-m\u00eame que nul n\u2019irait \u00e0 son P\u00e8re que par lui, disant par l\u00e0 qu&rsquo;on ne peut aller au ciel qu\u2019apr\u00e8s l\u2019avoir imit\u00e9 dans la mesure de notre faiblesse. Il a affirm\u00e9 qu\u2019il frapperait ceux qu\u2019il aime et qu\u2019il \u00e9prouverait ses amis. Nous-m\u00eames, n\u2019est-ce pas ceux que nous aimons le plus qui nous font le plus souffrir bien souvent\u2009? A ceux qui nous disent, lorsque nous sommes \u00e9prouv\u00e9s par le malheur ou la souffrance\u2009: \u00e0 quoi cela vous sert-il d\u2019aimer Dieu et de prier, puisqu\u2019il ne vous envoie que des \u00e9preuves\u2009? R\u00e9pondons encore que Dieu a dit que les \u00e9preuves \u00e9taient des gr\u00e2ces, et que nous le croyons fermement, et que cela nous sert beaucoup, nous pr\u00e9parant ainsi un tr\u00e9sor qui nous attendra \u00e0 la porte du ciel. Bien souvent, on nous r\u00e9p\u00e8te que les impies nient l\u2019existence de Dieu et qu\u2019ils ne sont pas plus malheureux que nous qui croyons et prions, que leurs affaires marchent aussi bien que celles des bons chr\u00e9tiens, souvent mieux, qu\u2019ils font le mal et qu\u2019ils ne sont pas plus punis que ceux qui font le bien, qu\u2019ils n\u2019ont pas plus d\u2019\u00e9preuves, pas plus de maladies, que leur mort n\u2019est pas plus cruelle\u2009; que, si elle a ses angoisses, celle du chr\u00e9tien n\u2019est pas plus douce, que les p\u00e9cheurs sont aussi heureux que les vertueux, que les viveurs jouissent d\u2019une aussi grande paix que les mortifi\u00e9s. Oh\u2009! ne cherchons pas \u00e0 sonder les myst\u00e8res de Dieu, ils sont imp\u00e9n\u00e9trables, mais r\u00e9pondons simplement que ce sont les pri\u00e8res et les m\u00e9rites des justes qui font contrepoids \u00e0 tant d\u2019outrages et qui arr\u00eatent le bras puissant de Dieu\u2009; ce sont les grands sacrifices, les immolations des \u00e2mes que Dieu se choisit, de celles qu\u2019il appelle\u2009: pr\u00eatre, vierges, missionnaires, religieuses, etc&#8230; Que sont, du reste, quelques ann\u00e9es de souffrances pour Dieu\u2009? N\u2019a-t-il pas toute puissance pour relever ceux qu\u2019il a choisis, pour r\u00e9compenser les \u00e2mes qu\u2019il s\u2019est sacrifi\u00e9es, immol\u00e9es\u2009? Et puis, si la douleur et le sacrifice avaient ici-bas toujours leur r\u00e9compense et si le crime et le vice \u00e9taient toujours punis, il n\u2019y aurait plus de m\u00e9rite possible.<\/p><p>Le ciel se gagne et s\u2019ach\u00e8te, et c\u2019est de nos \u0153uvres que Dieu tire les joyaux de notre couronne. Ne craignons pas, nous qui avons la foi. Consid\u00e9rons la paix et la joie profondes dont, au milieu de ses \u00e9preuves, s\u2019illumine l\u2019\u00e2me consacr\u00e9e \u00e0 Dieu. La\u2009paix du m\u00e9chant n\u2019est qu\u2019apparente et n\u2019est qu\u2019un malheureux aveuglement, car l\u2019impie malheureux peut m\u00e9riter encore, mais l&rsquo;impie heureux a bien lieu de trembler.<\/p><p>Parlons comme des sages, aimons comme des enfants de Dieu, souffrons comme des saintes. Nous savons que le Seigneur nous aime et que nous sommes ses consolatrices, et que pour aller \u00e0 lui il ne suffit que d\u2019aimer, puisqu\u2019il a dit\u2009: \u00ab\u2009Mes enfants, aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aim\u00e9s, pardonnez \u00e0 vos ennemis, priez pour ceux qui vous affligent, faites du bien \u00e0 ceux qui ne vous aiment pas, rendez le bien pour le mal.\u2009\u00bb<\/p><p>Comme les petites abeilles qui rapportent \u00e0 la ruche tout le miel qu\u2019elles recueillent des fleurs, de m\u00eame nous devons, nous aussi, rapporter tout \u00e0 Dieu et tout lui donner en nous d\u00e9vouant courageusement \u00e0 la libert\u00e9, \u00e0 la vitalit\u00e9 de notre religion. Et j\u2019ai la ferme esp\u00e9rance que pas un sinc\u00e8re effort, pas une pieuse parole, pas une pri\u00e8re ne restera inutile. Comme il y a un autre martyre que celui du sang, il y a aussi une autre f\u00e9condit\u00e9 que celle de la maternit\u00e9.<\/p><p>La France est la fille a\u00een\u00e9e de l\u2019Eglise.<\/p><p>La France est la patrie privil\u00e9gi\u00e9e de la Sainte Vierge.<\/p><p>La France est le berceau des saints.<\/p><p>La France doit \u00eatre le temple des louanges de Dieu.<\/p><p>Aimons Dieu, faisons-le conna\u00eetre et aimer. Qu&rsquo;autour de nous, il ne soit plus le grand m\u00e9connu. Qu\u2019importe si nous devons briser notre c\u0153ur et y mettre toute notre vie\u2009! Bienheureuses serons-nous si, pour cela, il nous faut souffrir\u2009! Notre-Seigneur est venu lui-m\u00eame sur la terre pour servir les int\u00e9r\u00eats de son P\u00e8re, pour le faire aimer, pour proclamer sa gloire.<\/p><p>Aimer Dieu, le faire aimer, c\u2019est gagner une couronne pour le ciel. Aimer la France, la faire aimer, c\u2019est ajouter un fleuron \u00e0 cette couronne.<\/p><p>Qu\u2019il est bon\u2009! qu\u2019il est toujours meilleur de penser que Dieu est notre P\u00e8re \u00e0 tous, qu\u2019il est pr\u00e9sent dans chaque \u00eatre, que tous les hommes sont fr\u00e8res, mais plus encore les chr\u00e9tiens, puisque c\u2019est la fraternit\u00e9 non seulement des c\u0153urs, mais des \u00e2mes. C\u2019est pourquoi le salut d\u2019aucune cr\u00e9ature ne peut ni ne doit nous laisser indiff\u00e9rents.<\/p><p>Ayons le respect de toute patrie, en pensant qu\u2019au ciel avec Dieu il n\u2019y a qu\u2019une seule et m\u00eame patrie pour toutes les \u00e2mes. Donnons ce respect aux enfants. Apprenons-leur \u00e0 se vaincre, \u00e0\u2009se d\u00e9vouer, \u00e0 s\u2019oublier, \u00e0 \u00eatre forts. N\u2019est malheureux que celui qui veut jouir de soi, et je ne me souviens plus qui a dit\u2009: \u00ab\u2009L\u2019homme est devenu p\u00e9cheur en se cherchant, il est devenu malheureux en se trouvant.\u2009\u00bb<\/p><p>En toutes choses, \u00e0 tous moments, montrons-nous vaillantes et telles que doivent \u00eatre des \u00e2mes qui aiment le Seigneur notre Dieu\u2009; dans nos paroles, notre foi, par l\u2019union de pri\u00e8re, l\u2019union des c\u0153urs et des \u00e2mes, par l\u2019esp\u00e9rance, la confiance et la charit\u00e9.<\/p><p>Dieu \u00e9tant Charit\u00e9, il appartient \u00e0 nous d\u2019en \u00eatre les ouvri\u00e8res et de la manifester autour de nous. Conformons notre vie \u00e0 la vie de J\u00e9sus, demeurons unies en lui par un amour fid\u00e8le, et c\u2019est alors qu\u2019il accomplira \u00e0 notre \u00e9gard cette sublime parole\u2009: \u00ab\u2009A petite confiance, petite bont\u00e9, \u00e0 confiance illimit\u00e9e, bont\u00e9 sans mesure.\u2009\u00bb<\/p><p>Que la gr\u00e2ce de Dieu demeure \u00e0 jamais en vous par J\u00e9sus Christ Notre Seigneur, et que les vertus de Marie abondent en vous toujours. Amen.<\/p><p>Unies dans la m\u00eame foi, anim\u00e9es de la m\u00eame esp\u00e9rance, d\u00e9vor\u00e9es par le m\u00eame amour, je vous donne \u00e0 toutes un saint rendez-vous au ciel.<\/p><p>Je vous laisse \u00e0 J\u00e9sus. M.R. 23 janvier 1930 (jeudi)<\/p><p>Le d\u00e9mon ricane lugubrement \u00e0 mes oreilles, me r\u00e9p\u00e9tant sans tr\u00eave ni repos des propos inf\u00e2mes. Il me dit que je ne dois pas croire qu\u2019il y aura une place pour moi au paradis\u2009; il me dit aussi qu\u2019il ne faut pas me figurer que Dieu m\u2019aime. Il m\u2019attaque aussi par la soif en me faisant \u00e9prouver des soifs cruelles et excessives, ce qui m\u2019est un tourment tr\u00e8s p\u00e9nible\u2009; et quand on m\u2019apporte \u00e0 boire, je ressens un tel d\u00e9go\u00fbt que je dois me faire une grande violence. Outre cela, j\u2019ai beaucoup de peine et de difficult\u00e9 pour faire descendre un peu de liquide, j\u2019\u00e9prouve une douleur si vive qui m\u2019arrache des cris malgr\u00e9 moi. Il me tente aussi par l\u2019immobilit\u00e9 \u00e0 laquelle je suis exclusivement condamn\u00e9e par mes infirmit\u00e9s, en me donnant des d\u00e9sirs poignants de demander qu\u2019on me\u00a0 soul\u00e8ve, qu\u2019on m\u2019arrache un peu de mon lit pour me soulager, me semble-t-il\u2009; de m\u00eame, en essayant de me faire d\u00e9sirer de pouvoir me changer, me d\u00e9placer moi-m\u00eame pour mettre un terme \u00e0 mes douleurs\u2009; et quand ma ch\u00e8re maman est oblig\u00e9e de me d\u00e9placer, de me soulever un peu, soit pour une chose, soit pour une autre, que je voudrais me d\u00e9rober \u00e0 sa vue pour qu\u2019elle ne me touche pas\u2009! tant le moindre mouvement me d\u00e9chire. Et mon \u00e9pouvante atteint parfois un si haut degr\u00e9 que je voudrais crier gr\u00e2ce et piti\u00e9.<\/p><p>Mais, \u00f4 tendre et si compatissante Vierge Marie, vous veillez sur votre petite enfant, lui rendant possible par le secours de votre gr\u00e2ce ce qui lui para\u00eet impossible \u00e0 sa fragilit\u00e9 douloureuse.<\/p><p>Quand maman se retourne en dormant pendant la nuit, tout mon \u00eatre fr\u00e9mit d\u2019une douleur affreuse qui me contracte et va quelquefois jusqu\u2019au suffoquement, tellement je suis oblig\u00e9e de me raidir contre moi-m\u00eame et contre la tentation qui va jusqu\u2019\u00e0 me dire\u2009: vois, elle n\u2019est que lasse, elle n\u2019a pas mal et elle se retourne facilement, et toi tu es sur des asp\u00e9rit\u00e9s et sur du feu, toute broy\u00e9e et meurtrie, toute bris\u00e9e par les infirmit\u00e9s et les souffrances les plus cruelles, tu ne peux m\u00eame pas te bouger une fois.<\/p><p>\u00d4 bont\u00e9 et condescendance infinie de mon Dieu, \u00e0 qui je rends incessamment gr\u00e2ces, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 en son pouvoir jusqu\u2019\u00e0 ce jour de m\u2019arracher une plainte, un murmure sur toutes ses lamentables attaques.<\/p><p>Je me jette bien humblement dans les bras de mon doux J\u00e9sus et de ma bonne et divine M\u00e8re, m\u2019appuyant, me r\u00e9fugiant toute confiante sur leurs C\u0153urs tout-puissants. Dieu veille de si pr\u00e8s sur ses pauvres petites cr\u00e9atures.<\/p><p>Mon Dieu, que votre volont\u00e9 se fasse, et non la mienne, pour tout, \u00f4 Dieu d\u2019Amour. Eh bien\u2009! fiat et merci.<\/p><p>On reconna\u00eet qu\u2019on aime vraiment Dieu quand on est dispos\u00e9 \u00e0 tout souffrir, \u00e0 tout subir pour lui\u2009!&#8230; J\u00e9sus reconna\u00eet ses vrais amis sur la croix.<\/p><p>Rien ne grandit tant que la grande douleur.<\/p><p>Je n\u2019aspire qu\u2019\u00e0 vivre obscure et bonne\u2009; mon adorable J\u00e9sus, \u00f4 divin Mod\u00e8le de la perfection, vous qui vivez en moi, vous qui me dirigez, qui m\u2019instruisez, faites que toutes les personnes qui m\u2019approchent me quittent consol\u00e9es quand elles pleurent, relev\u00e9es quand elles sont accabl\u00e9es, heureuses pour des jours par le souvenir d\u2019une parole, d\u2019un regard, d\u2019un sourire.<\/p><p>Donner, me donner en aimant.<\/p><p>J\u2019aime tout le monde, parce que c\u2019est \u00e0 Dieu que j\u2019ai demand\u00e9 de pouvoir, de savoir le faire, et mieux je les connais, plus je les aime\u2009; je vois dans chaque personne tant de qualit\u00e9s d\u2019\u00e2me et de c\u0153ur\u2009!<\/p><p>Mon bien-aim\u00e9 J\u00e9sus, prot\u00e9gez-moi dans votre immense bont\u00e9 et soutenez-moi selon vos mis\u00e9ricordes. J\u00e9sus, je vous aime, augmentez en moi le feu de votre amour.<\/p><p>\u00d4 Vierge Marie, douce Souveraine, dites bien \u00e0 votre divin Fils J\u00e9sus que je languis d\u2019amour.<\/p><p>Amen.<\/p><p>^ 6 avril 1930 (dimanche)<\/p><p>Mon \u00e2me soupire dans le froid et morne silence d\u2019une nuit o\u00f9 r\u00e8gnent d\u2019absolues t\u00e9n\u00e8bres.<\/p><p>Le creuset sans fond de cette solitude int\u00e9rieure se prolonge depuis plusieurs semaines.<\/p><p>Mon Dieu, je vous aime\u2009! Cette solitude am\u00e8re augmente de plus en plus mon amour&#8230; Oh\u2009! je souffre, je souffre bien, mais je ne demande pas d\u2019en \u00eatre d\u00e9livr\u00e9e, je n\u2019ai jamais d\u00e9sir\u00e9 ni demand\u00e9 des consolations, des douceurs. Je me sens bien trop imparfaite et trop petite pour oser y pr\u00e9tendre\u2009; l\u2019obscurit\u00e9 est plus conforme \u00e0 ma petitesse extr\u00eame\u2009!&#8230; Seuls les saints sont dignes de vos faveurs, \u00f4 mon Dieu. N\u2019est-ce pas d\u00e9j\u00e0 trop de bont\u00e9s, trop de tendresses de la part de votre souveraine Majest\u00e9 d\u2019avoir daign\u00e9 si souvent et sans voiles vous montrer \u00e0 votre petite martyre, de l\u2019avoir environn\u00e9e de splendeur et de gloire, de l\u2019avoir enivr\u00e9e de d\u00e9lices inexprimables \u00e0 la nature\u2009?<\/p><p>Je sais, \u00f4 Dieu d\u2019amour, que vous \u00eates la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 infinie et qu\u2019un d\u00e9luge de douleurs, c\u2019est la porte ouverte \u00e0 un d\u00e9luge de gr\u00e2ces.<\/p><p>J\u2019\u00e9touffe sur cette froide terre. De quelque c\u00f4t\u00e9 que je me retourne je m\u2019ensanglante toujours\u2009; mais je sais aussi que puisque je suis toute livr\u00e9e \u00e0 l\u2019Amour, je ne dois plus vivre du naturel, mais toute dans le surnaturel.<\/p><p>Je voudrais qu\u2019il n\u2019y ait plus de place dans mon c\u0153ur que pour le pardon et l\u2019amour, je ne suis plus que la petite \u00e2me du Bon Dieu.<\/p><p>Dieu attise en moi chaque jour plus ardentes les flammes de la douleur, le torrent augmente toujours\u2009; chaque jour mon corps est plus meurtri, mon c\u0153ur plus d\u00e9sol\u00e9, mon \u00e2me plus \u00e9prouv\u00e9e. J\u2019aurais tant besoin d\u2019appuyer ma t\u00eate sur une \u00e9paule amie.<\/p><p>Mon tr\u00e8s doux J\u00e9sus n\u2019augmente mes souffrances que pour augmenter mon amour. On approfondit son c\u0153ur par la souffrance plus que par la joie\u2009!&#8230; Ah\u2009! que l\u2019amour est puissant quand il est uni \u00e0 la douleur, \u00e0 l\u2019\u00e9preuve\u2009; mais qu\u2019\u00e9preuves et souffrances sont peu de choses quand l\u2019amour n\u2019y est pas. L\u2019\u0153uvre de la souffrance, c\u2019est l\u2019amour\u2009; c\u2019est l\u2019amour seul qui divinise et rend f\u00e9conde la souffrance. J\u00e9sus est jaloux de la beaut\u00e9 d\u2019une \u00e2me, aussi quand il en a choisi une pour lui seul, il ne faut pas s\u2019\u00e9tonner qu\u2019il lui \u00f4te tout ce qui pourrait la retenir loin de lui, l\u2019encha\u00eener au monde. Oui, Dieu est immens\u00e9ment jaloux. Il a cri\u00e9 sa divine jalousie sur la montagne par des menaces et des exhortations\u2009!&#8230; Il l\u2019a amoureusement cri\u00e9e au Calvaire par ses larmes et par son sang. \u00d4 divin Amant des \u00e2mes, qu\u2019il est beau, qu\u2019il est bon et doux de vous aimer uniquement\u2009!&#8230;<\/p><p>Adorable J\u00e9sus, quand vous me broyez de vos puissantes mains sous l\u2019\u00e9treinte de la douleur, c\u2019est pour que nous ne cherchions point d\u2019autres faces que votre face sanglante\u2009; point d\u2019autres yeux \u00e0 aimer que vos yeux, point d\u2019autres l\u00e8vres \u00e0 baiser que vos l\u00e8vres, point d\u2019autre \u00e9paule pour reposer notre t\u00eate douloureuse que la v\u00f4tre, d\u00e9chir\u00e9e par les fouets, point d\u2019autres mains ni d\u2019autres pieds \u00e0 baiser que vos mains et vos pieds perc\u00e9s de clous, point d\u2019autres plaies \u00e0 soigner et \u00e0 gu\u00e9rir que vos divines plaies toujours sanglantes, point d\u2019autres c\u0153urs \u00e0 ch\u00e9rir que votre C\u0153ur adorable.<\/p><p>Ah\u2009! que l\u2019amour appelle bien l\u2019amour. Mon bien-aim\u00e9, vous et uniquement vous\u2009!!!&#8230; Saurais-je assez aimer votre main qui me frappe et saurais-je assez inonder de larmes d\u2019amour vos mains qui me font tant souffrir\u2009?<\/p><p>L\u2019\u00eatre infernal me tourmente affreusement, de toutes les fa\u00e7ons. Avec rage il m\u2019a dit\u2009: \u00ab\u2009Maudite\u2009!\u2009\u00bb plusieurs fois, et de toute mon \u00e2me j\u2019ai pu lui r\u00e9pondre\u2009: \u00ab\u2009Va-t-en, insupportable tyran, tu n\u2019es pas mon ma\u00eetre et je ne suis pas ton esclave.\u2009\u00bb<\/p><p>Une seule \u00e2me qui souffre humblement, saintement, sublimement, lave \u00e0 elle seule des flots d\u2019ignominies.<\/p><p>^ 9 avril 1930 (mercredi)<\/p><p>Sainte communion. \u00ab\u2009Comme le cerf soupire apr\u00e8s la source d\u2019eau vive, ainsi mon \u00e2me soupire et a soif de vous, \u00f4 mon Dieu.\u2009\u00bb Mon \u00e2me a soif du Dieu d\u2019amour\u2009! Hier, n\u2019en pouvant plus, je ployais sous la souffrance, sous la croix, plong\u00e9e dans une amertume am\u00e8re et broy\u00e9e par le fardeau de peines bien sensibles\u2009! Plus longuement priv\u00e9e du Pain eucharistique, du divin Pain des anges, du Pain myst\u00e9rieux qui fait les forts, J\u00e9sus est venu en moi dans un amour si suavement manifest\u00e9\u2009! J\u00e9sus a embaum\u00e9 mon \u00e2me par une si grande tendresse et un amour qui dit tout. J\u00e9sus vient et vit en moi, et mon \u00e2me et mon c\u0153ur sont apais\u00e9s, consol\u00e9s, heureux. J\u00e9sus\u2009!&#8230; alors tout tourment, toute d\u00e9tresse, toute d\u00e9solation dispara\u00eet. J\u00e9sus a dit\u2009: \u00ab\u2009Mes d\u00e9lices sont d\u2019habiter dans le c\u0153ur qui m\u2019appelle\u2009!\u2009\u00bb \u00d4 V\u00e9rit\u00e9 qui \u00eates Dieu, faites que je\u2009sois un avec vous dans un \u00e9ternel amour. J\u00e9sus, vous avez fait luire \u00e0 mon \u00e2me un peu de votre douce lumi\u00e8re, un rapide \u00e9clair dans ma triste nuit, et je suis toute r\u00e9confort\u00e9e.<\/p><p>Je souffre en adorant et j\u2019adore en aimant. \u00d4 mon bien-aim\u00e9, ta petite victime d\u00e9faille de bonheur sous ta divine \u00e9treinte\u2009!<\/p><p>J\u00e9sus, J\u00e9sus, ton baiser me br\u00fble. \u00d4 mon Dieu\u2009! la terre est trop \u00e9troite \u00e0 mon amour\u2009; que sont \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des pures pens\u00e9es du ciel les vaines consolations de la sagesse humaine\u2009? Personne ne peut me consoler, mais mon tendre Ma\u00eetre veut que ce ne soit que lui.<\/p><p>La sainte Eucharistie m\u2019apprend le secret de mes souffrances, de mes larmes. J\u00e9sus a dit\u2009: \u00ab\u2009Celui qui mange ma chair et boit mon sang aura la vie en lui.\u2009\u00bb \u00d4 J\u00e9sus, vous \u00eates le pain qui donne la vraie vie, le vin qui fait germer les vierges.<\/p><p>Par la sainte communion on peut tout supporter, tout endurer. Ah\u2009! je voudrais savoir d\u00e9peindre la nuit d\u2019attente quand J\u00e9sus doit venir\u2009; point de paroles ne sont \u00e0 m\u00eame de l\u2019exprimer\u2009!!! J\u2019aime mieux me taire !<\/p><p>Cette fois-ci, l\u2019\u00eatre infernal a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s cruel, \u00e9galement \u00e0 cause d\u2019un entretien que j\u2019ai eu avec mon cher p\u00e8re spirituel. Il\u2009m\u2019a bien fait souffrir. Plus il nous voit unis pour la gloire de Dieu, plus il rage, cherchant \u00e0 m\u2019inspirer qu\u2019il ne faut pas croire que mon p\u00e8re spirituel m\u2019aime, qu\u2019au contraire il me hait. Puis il se sauve, comme s\u2019il avait peur.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, c\u2019est vous\u2009! A votre entr\u00e9e dans ma chambrette, je\u2009suis tout inond\u00e9e de c\u00e9lestes joies\u2009!!&#8230; \u00d4 J\u00e9sus, je ne suis pas digne que vous veniez \u00e0 moi.<\/p><p>Apr\u00e8s les touchantes paroles de mon p\u00e8re spirituel, je dis encore\u2009: J\u00e9sus, je ne suis pas digne que vous vous donniez tout \u00e0 moi, mais dites seulement une parole et mon \u00e2me sera gu\u00e9rie. J\u00e9sus doit la prononcer, cette parole, car je le sens, et quand mon p\u00e8re prend la divine Hostie et l\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 port\u00e9e de mes yeux en pronon\u00e7ant les saintes paroles, alors mon c\u0153ur se fond, mes yeux contemplent, ravis par un pouvoir qui est hors de moi\u2009; je\u2009sens que mon \u00e2me voudrait s\u2019\u00e9chapper de mon enveloppe\u2009! Mais J\u00e9sus a piti\u00e9 de sa petite victime, exau\u00e7ant ses pri\u00e8res et ainsi permettant qu\u2019il ne se passe rien d\u2019extraordinaire.<\/p><p>\u00d4 jour heureux, \u00f4 sainte et douce ivresse, \u00f4 mon J\u00e9sus, ne me quitte plus.<\/p><p>Dieu nous comble et nous accable de gr\u00e2ces, ses divines mains sont toujours pleines de r\u00e9serves pour nous combler au fur et \u00e0 mesure de nos besoins et de nos n\u00e9cessit\u00e9s.<\/p><p>Je suis bien clou\u00e9e \u00e0 la croix, mais c\u2019est avec toi, \u00f4 divin Crucifi\u00e9. L\u2019amour est le puissant levier qui soul\u00e8ve de terre\u2009! &#8230;<\/p><p>Je souffre en adorant.<\/p><p>La punition de vivre loin de Dieu, sans Dieu, c\u2019est de souffrir sans consolation quand on est dans la douleur.<\/p><p>^ 12 avril 1930 (samedi)<\/p><p>Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m\u2019avez-vous abandonn\u00e9e\u2009?<\/p><p>Peine affreuse de l\u2019absence de mon Dieu\u2009!&#8230; dans ma pauvre petite \u00e2me, c\u2019est la nuit profonde, pas une \u00e9toile n\u2019y scintille.<\/p><p>J\u00e9sus reste sourd \u00e0 mes appels \u00e9perdus\u2009; ma volont\u00e9 reste sans cesse tendue vers mon bien-aim\u00e9, quand m\u00eame il semble m\u2019avoir abandonn\u00e9e tout enti\u00e8re, et dans ces froides t\u00e9n\u00e8bres o\u00f9 g\u00eet et languit mon \u00e2me, les lugubres ricanements du d\u00e9mon ne cessent chaque jour de m\u2019inciter au d\u00e9sespoir. Rien, ni au physique ni au moral, ne peut \u00eatre compar\u00e9 \u00e0 cette \u00e9preuve de l\u2019\u00e2me attaqu\u00e9e par son ennemi quand son d\u00e9fenseur la laisse toute seule dans la nuit.<\/p><p>Je me tiens quand m\u00eame bien petite entre les bras de mon J\u00e9sus, m\u2019abandonnant \u00e0 sa puissance, en proie \u00e0 tant de tourments quelquefois, mais je ne puis pas toujours. Je me console par les suaves paroles que mon Dieu a daign\u00e9 dire une fois \u00e0 mon \u00e2me\u2009: \u00ab\u2009Non, tu n\u2019es rien, mais moi je suis Tout, je ne te laisserai point sans secours si tu tiens toujours bien ta faiblesse ab\u00eem\u00e9e dans ma force.\u2009\u00bb<\/p><p>Je sais que la bont\u00e9 de Dieu ne peut tromper nos c\u0153urs\u2009! \u00d4\u2009tr\u00e8s aimant J\u00e9sus, j\u2019adore et me r\u00e9signe. Nourrissez-moi, Seigneur, du pain des larmes, abreuvez-moi au calice des pleurs. Toute ma nature fr\u00e9mit, mais j\u2019aime, je crois, j\u2019esp\u00e8re, j\u2019ai confiance\u2009!&#8230; je suis bris\u00e9e, meurtrie, mais je me confie au divin C\u0153ur de J\u00e9sus.<\/p><p>Mon Dieu, je p\u00e8se ma croix\u2009! La douleur vivifie et divinise les \u00e2mes, plus que la vertu seule ne saurait le faire.<\/p><p>L\u2019\u00e2me ne chante jamais plus juste que dans le creuset de la douleur. \u00d4 J\u00e9sus, je b\u00e9nis ta main incompr\u00e9hensible\u2009; je sais qu\u2019elle b\u00e9nit toujours et qu\u2019elle aime infiniment plus quand elle broie ses serviteurs et ses \u00e9lus\u2009!<\/p><p>Ne murmurons pas quand nous souffrons, quand nous sommes \u00e9prouv\u00e9s, car les anges envient notre bonheur de pouvoir ressembler \u00e0 J\u00e9sus en souffrant avec lui. Les anges chantent la gloire de Dieu&#8230; nous le pouvons aussi\u2009; les anges le louent, l\u2019aiment, l\u2019adorent\u2009; nous le pouvons et nous pouvons souffrir pour lui, racheter, expier&#8230; ce qu\u2019ils ne peuvent faire eux-m\u00eames.<\/p><p>Les anges ne peuvent pas participer aux souffrances du Fils de Dieu&#8230; et nous, ses faibles cr\u00e9atures, nous pouvons participer \u00e0 cette gr\u00e2ce immense.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus souffrant et mourant en croix, sauvez-moi\u2009! \u00d4 Marie, \u00f4 vous qui \u00eates ma M\u00e8re, secourez-moi.<\/p><p>^ 15 avril 1930 (mardi saint)<\/p><p>Vendredi saint<\/p><p>Mon Dieu, mon Dieu\u2009! \u00d4 Dieu d\u2019amour.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, tu \u00e9tais Dieu et ton amour t\u2019a press\u00e9 de te faire homme\u2009! Homme et Dieu tout ensemble. \u00d4 le plus beau des enfants des hommes\u2009! \u00d4 Dieu divinement beau et souverainement bon, infiniment aimant\u2009! Le supplice a augment\u00e9 encore ta royale beaut\u00e9\u2009! \u00d4 mon bien-aim\u00e9, plus je te vois pr\u00e8s de mourir, plus ton amour grandit sous le feu de la douleur, plus le pardon appara\u00eet sublime dans tes yeux, plus ton baiser de paix, le doux baiser qui pardonne, nous attire vers tes l\u00e8vres br\u00fblantes\u2009; plus tes bras nous appellent \u00e0 la plus douce, \u00e0 la plus tendre \u00e9treinte\u2009! \u00d4 J\u00e9sus, que tu es beau, que tu es divin \u00e0 la lumi\u00e8re de la douleur\u2009! \u00d4 Sauveur J\u00e9sus, fais-nous devenir meilleurs, fais-nous devenir saints dans les \u00e9preuves de la vie\u2009! \u00d4 J\u00e9sus, tu as dit\u2009: \u00ab\u2009Personne ne m\u2019\u00f4te la vie, je la donne librement.\u2009\u00bb Je t\u2019en supplie, donne-nous de souffrir et de mourir comme toi, non parce que nous sommes oblig\u00e9s ni comme des esclaves, mais librement, saintement, amoureusement\u2009!<\/p><p>Tu as dit aussi\u2009: \u00ab\u2009On ne peut donner une plus grande preuve d\u2019amour que de mourir pour ceux que l\u2019on aime.\u2009\u00bb \u00d4 J\u00e9sus, donne-nous de t\u2019imiter dans nos \u00e9preuves, nos maladies, \u00e0 notre mort\u2009; qu\u2019elle soit un acte de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 \u00e0 ta plus grande gloire, \u00e0 ton plus grand amour&#8230; et mieux encore, qu\u2019elle soit un acte d\u2019abandon et d\u2019amour\u2009!<\/p><p>\u00d4 mon Dieu, que ma vie de souffrances serve \u00e0 mes parents, \u00e0 mes amis, \u00e0 mes bienfaiteurs, \u00e0 tous les chr\u00e9tiens, aux pauvres p\u00e9cheurs, aux incroyants, aux orgueilleux, aux pers\u00e9cuteurs, \u00e0 mes deux ch\u00e8res paroisses, \u00e0 ma noble patrie, \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 Dieu. Oh\u2009! non, mourir ni par faiblesse, ni par chagrin, ni \u00e0 cause de la maladie, mais comme J\u00e9sus et avec J\u00e9sus mourir d\u2019amour.<\/p><p>Que ma maladie soit l\u2019amour\u2009!&#8230;<\/p><p>Que la mortelle blessure par laquelle ma vie s\u2019\u00e9coule soit une blessure d\u2019amour\u2009!&#8230;<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, tu nous dis encore\u2009: \u00ab\u2009Je meurs pour expier vos p\u00e9ch\u00e9s, je meurs pour le salut de tous les hommes.\u2009\u00bb Nous aussi, offrons \u00e0 Dieu toute notre vie, donnons-lui tout notre amour. Apprenons en ce jour, au pied de la croix sur laquelle le divin R\u00e9dempteur vient d\u2019expirer, que tout est vanit\u00e9 et folie, qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une seule gloire\u2009: celle d\u2019aimer et de mourir en victime immol\u00e9e par l\u2019Amour, en souffrant immol\u00e9e comme lui, en mourant apr\u00e8s avoir particip\u00e9 \u00e0 son \u0153uvre divine, c\u2019est-\u00e0-dire apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 \u00e0 la r\u00e9demption de toutes les \u00e2mes.<\/p><p>Voil\u00e0 le secret du sublime myst\u00e8re de l\u2019amour\u2009: J\u00e9sus s\u2019est \u00e9lev\u00e9 au ciel par la croix, nous aussi, si nous savons aimer en souffrant et souffrir en aimant, nous serons \u00e9lev\u00e9s au ciel par la croix.<\/p><p>Tu as dit, \u00f4 J\u00e9sus\u2009: \u00ab\u2009Ne fallait-il pas que le Christ souffr\u00eet toutes ces choses pour entrer dans sa gloire\u2009?\u2009\u00bb \u00d4 J\u00e9sus, c\u2019est la douleur qui nous \u00e9l\u00e8ve \u00e0 toi, et par toi \u00e0 Dieu\u2009!<\/p><p>Tu as subi le supplice pour \u00eatre aim\u00e9 des hommes. Puisqu\u2019il le faut, je souffrirai le martyre pour te faire aimer des \u00e2mes et grandir en amour, pour \u00eatre aim\u00e9e de toi et te faire aimer et conna\u00eetre de tous\u2009; \u00e0 chaque coup de ciseau et de marteau, je te dirai\u2009: merci\u2009! Je veux suer l\u2019amour, couronne-moi d\u2019\u00e9pines, ensanglante mes mains, ensanglante mon c\u0153ur, laisse-moi sur la croix.<\/p><p>Le sacrifice est la route et la condition du bonheur\u2009; on ne va au ciel, c\u2019est s\u00fbr, que par le Calvaire, nous ne vivrons que si nous savons mourir, nous ne r\u00e9gnerons que si nous avons souffert, nous ne participerons \u00e0 la gloire que si nous avons part aux tribulations de J\u00e9sus\u2009! Ce n\u2019est pas assez de se r\u00e9signer \u00e0 la douleur, ce n\u2019est pas assez de l\u2019aimer\u2009; \u00e0 l\u2019exemple de J\u00e9sus, il faut soupirer apr\u00e8s elle, il faut la vouloir, l\u2019embrasser, la porter tendrement\u2009; avec saint Andr\u00e9 il faut dire\u2009: \u00ab\u2009Viens, \u00f4 Croix, il y a si longtemps que je soupire apr\u00e8s toi.\u2009\u00bb<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, j\u2019ai faim et soif de la douleur\u2009!&#8230; \u00d4 J\u00e9sus, sous les verges de la souffrance je tressaille de douleur et de joie. Sauveur J\u00e9sus\u2009! \u00d4 Dieu consolateur, toutes les souffrances s\u2019illuminent et s\u2019apaisent sous tes baisers\u2009!<\/p><p>Les larmes ne sont point am\u00e8res quand elles sont essuy\u00e9es par les mains de J\u00e9sus, la souffrance n\u2019est pas horrible quand on croit en Dieu, quand elle s\u2019abreuve dans le divin sang de J\u00e9sus\u2009!&#8230;<\/p><p>\u00d4 vaines consolations de la terre, taisez-vous, laissez les couronn\u00e9es d\u2019\u00e9pines, les meurtries, les broy\u00e9es dans leurs membres et plus encore dans leur c\u0153ur surabonder d\u2019amour au sein de leurs \u00e9preuves, laissez-les monter librement, amoureusement\u2009! Dieu joue en elles son r\u00f4le divin, il les soutient, les purifie, les rend meilleures, les transfigure dans l\u2019amour.<\/p><p>Quand J\u00e9sus s\u00e9pare une \u00e2me du monde et de ses amis, il\u2009s\u2019approche d\u2019elle avec ses anges.<\/p><p>J\u00e9sus ne nous demande point de rechercher la douleur, mais quand elle vient, ne la repoussons pas, c\u2019est une amie qu\u2019il faut comprendre&#8230; l\u2019\u00e2me peut en sortir si belle.<\/p><p>Tu as dit, \u00f4 J\u00e9sus\u2009: \u00ab\u2009Si je ne m\u2019en vais, le Saint-Esprit ne pourra venir.\u2009\u00bb La vie d\u2019ici-bas n\u2019est que le voyage qui nous conduit \u00e0 l\u2019immortalit\u00e9. Dieu n\u2019avait qu\u2019un Fils, qu\u2019un Fils bien-aim\u00e9 en qui il avait mis toutes ses complaisances, et il l\u2019a laiss\u00e9 crucifier en le laissant mourir abandonn\u00e9 de lui, abandonn\u00e9 de tous, au milieu de la populace meurtri\u00e8re. J\u00e9sus avait bien, pr\u00e8s de lui, quelques amis, mais ils \u00e9taient impuissants \u00e0 le consoler, ne pouvant pas comprendre, augmentant m\u00eame ses tortures d\u2019amour.<\/p><p>Et ce Fils bien-aim\u00e9\u2009! Il n\u2019avait qu\u2019une M\u00e8re bien-aim\u00e9e, une M\u00e8re uniquement, tendrement ch\u00e9rie, une M\u00e8re Immacul\u00e9e entre toutes les Vierges, et il l\u2019a associ\u00e9e \u00e0 toutes ses immolations, \u00e0 toutes ses tortures, \u00e0 toutes ses agonies, faisant d\u2019elle un oc\u00e9an de souffrances, la M\u00e8re des douleurs\u2009!&#8230; lui l\u00e9guant, avant d\u2019expirer, l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re, notre humanit\u00e9 criminelle, ingrate et p\u00e9cheresse.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus\u2009! \u00d4 Sauveur\u2009! \u00d4 Dieu\u2009! devant ces sublimes sacrifices, devant ces divins spectacles, que pouvons-nous r\u00e9pondre\u2009? Nos c\u0153urs comprennent et s\u2019inclinent, pourrions-nous murmurer contre la douleur\u2009? La douleur est la source des grandeurs supr\u00eames, la voie du bonheur sans borne et sans fin\u2009! La souffrance nous crucifie en nous transfigurant.<\/p><p>R\u00e9dempteur et Sauveur du monde\u2009! venez r\u00e9gner sur la race humaine tout enti\u00e8re\u2009! Que votre volont\u00e9 soit faite\u2009! Que votre r\u00e8gne arrive. \u00d4 mon J\u00e9sus, mon amour, moi, il faut donc encore rester\u2009? Eh bien, fiat et tant mieux\u2009!<\/p><p>Mais, au moins, \u00f4 mon \u00e2me, restons sur les hauts sommets solitaires o\u00f9 vient de mourir notre bien-aim\u00e9, la terre ne nous est plus rien, cependant elle reste encore notre tombeau\u2009! Chante quand m\u00eame, \u00f4 ma petite \u00e2me, sur nous le ciel resplendit, la vie nous sera encore plus belle apr\u00e8s la mort, puisqu\u2019il aura fallu plus longtemps souffrir.<\/p><p>Encore plus de souffrances, encore plus d\u2019amour\u2009? \u00d4 J\u00e9sus, tu as dit \u00e0 tes ap\u00f4tres\u2009: \u00ab\u2009O\u00f9 je vais, vous ne pouvez venir maintenant, mais vous viendrez ensuite\u2009; que votre c\u0153ur ne se trouble point.\u2009\u00bb Il a dit aussi\u2009: \u00ab\u2009Je vais vous pr\u00e9parer une place, afin que l\u00e0 o\u00f9 je suis vous soyez avec moi\u2009\u00bb. Et les ap\u00f4tres allaient enseignant, souffrant, heureux de le faire pour J\u00e9sus.<\/p><p>Je n\u2019ai plus de bonheur que dans la croix, \u00f4 Dieu d\u2019amour, que votre volont\u00e9, toute votre volont\u00e9 soit faite et b\u00e9nie en moi.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, je pourrai vivre encore dans l\u2019exil \u00e0 force de douleur et d\u2019amour\u2009! Je vous fais ce nouveau don de mon c\u0153ur avec toutes ses souffrances, mon c\u0153ur humble, r\u00e9sign\u00e9, br\u00fblant d\u2019amour\u2009!<\/p><p>Seigneur, je sais que c\u2019est pour un grand bien et par un plus grand amour pour moi.<\/p><p>L\u2019amour est plus fort que la souffrance, \u00f4 mon J\u00e9sus, il me soutient, je veux de plus en plus chaque jour me consommer dans ton amour. L\u2019amour fait non seulement aimer mais adorer la souffrance. Elle est invisible, mais combien sublime, la flamme de la souffrance, et qu\u2019il est divinement beau, le feu du sacrifice, du renoncement, du d\u00e9tachement, du silence\u2009! Quand je repasse ma vie de souffrances, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des \u00e9preuves sans nombre, j\u2019y vois partout des gr\u00e2ces infinies que Dieu m\u2019a faites par pur amour\u2009!&#8230; et il m\u2019en a faites beaucoup. A mesure que la terre et les choses de la terre deviennent ombre, la grande lumi\u00e8re de Dieu se l\u00e8ve. Chacune de mes joies m\u2019a redit le doux nom de J\u00e9sus, chacune de mes douleurs a prouv\u00e9 sa grandeur, sa bont\u00e9, sa tendresse, chacune de mes \u00e9preuves m\u2019a prouv\u00e9 son amour, sa divine pr\u00e9sence. Seigneur J\u00e9sus, pardonne \u00e0 ceux qui blasph\u00e8ment ton saint nom\u2009; ils ne savent pas ce qu\u2019ils disent, parce qu\u2019ils n\u2019ont pas su prononcer ton doux nom quand ils \u00e9taient d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s.<\/p><p>Seigneur J\u00e9sus\u2009! pardonne aux heureux de ce monde qui ne pensent plus qu\u2019ils ont besoin de toi\u2009!<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, pardonne \u00e0 l\u2019orgueil qui t\u2019outrage, fais que leurs larmes les humilient t\u00f4t ou tard.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, pardonne \u00e0 ceux qui t\u2019oublient dans leur jouissance et qui croient avoir besoin de toi seulement quand le malheur les courbe. Pardonne \u00e0 ceux qui se flattent d\u2019\u00eatre des impies, toi qui as port\u00e9 la croix avec tant de charit\u00e9 et d\u2019amour.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, pardonne aux vaniteux insens\u00e9s qui essaient de te nier\u2009! Pardonne, \u00f4 Sauveur, \u00e0 ceux qui t\u2019offensent, t\u2019outragent et te pers\u00e9cutent, pardonne \u00e0 ceux qui te nient, qui te raillent, car ils ne savent pas ce qu\u2019ils font, \u00f4 J\u00e9sus, pardonne \u00e0 ceux qui m\u00e9disent de toi et fais-leur mis\u00e9ricorde, \u00f4 R\u00e9dempteur, aie piti\u00e9 des chr\u00e9tiens infid\u00e8les, des ti\u00e8des, de ceux qui ne savent pas t\u2019aimer et daigne, \u00f4 Dieu d\u2019amour, les rendre fervents et fid\u00e8les. \u00d4 Sauveur J\u00e9sus, avant de mourir tu nous as donn\u00e9, par un prodige d\u2019amour, ta chair \u00e0 manger et ton sang \u00e0 boire, afin que nous ayons par toi la vie en nous, fais gr\u00e2ce et pardonne \u00e0 ceux qui vont \u00e0 toi et te re\u00e7oivent sans amour, avec indiff\u00e9rence, sans savoir ce qu\u2019ils font, dilate leur c\u0153ur et leur intelligence afin qu\u2019ils comprennent et t\u2019aiment. \u00d4\u2009J\u00e9sus, fais descendre les lumi\u00e8res du Saint-Esprit sur tous ceux qui ne te connaissent pas encore\u2009; sur ceux qui ne te connaissent plus, sur tous les \u00e9gar\u00e9s, les r\u00e9volt\u00e9s, sur tous ceux qu&rsquo;on scandalise\u2009; \u00f4 divin M\u00e9diateur, que disparaisse \u00e0 jamais dans toutes les \u00e2mes l\u2019affreuse l\u00e8pre du p\u00e9ch\u00e9 mortel.<\/p><p>\u00d4 divin M\u00e9decin, donne \u00e0 tous les malades de l\u2019\u00e2me le saint courage d\u2019avouer toutes leurs peines, mais plus encore, inspire-leur, \u00f4 Victime innocente, que tu es le vrai Bien\u2009; fais-leur la grande gr\u00e2ce de t\u2019aimer, de venir \u00e0 toi en toute confiance, montre-leur, \u00f4 Sauveur si doux, que la gr\u00e2ce ici-bas leur vaudra un jour la vie bienheureuse. \u00d4 divine Justice, pardonne \u00e0 tant d\u2019iniquit\u00e9s\u2009; \u00f4\u2009souveraine V\u00e9rit\u00e9, pardon pour tous les mensonges\u2009; \u00f4 Puret\u00e9 sans tache, transperce tous les c\u0153urs de repentir\u2009; \u00f4\u2009Amour m\u00e9connu, pardon pour toutes les ingratitudes\u2009; \u00f4 Amour infini, pardon pour tous les impudiques et les adult\u00e8res\u2009; \u00f4 Amour d\u00e9laiss\u00e9, pardon pour tous les viveurs et les mondains. \u00d4 J\u00e9sus, Dieu de piti\u00e9, daigne frapper \u00e0 la porte de tous les c\u0153urs\u2009; pour le salut des \u00e2mes tu as pleur\u00e9, tu t\u2019es fatigu\u00e9, tu t\u2019es assis bien souvent, bris\u00e9, sur le bord du chemin.<\/p><p>Juste Juge, Dieu de paix, aie piti\u00e9 de nous \u00e0 l\u2019heure de la mort, \u00e9pargne les \u00e2mes suppliantes, n\u2019\u00e9coute que ta bont\u00e9, ram\u00e8ne sous ta houlette toutes les brebis errantes. \u00d4 tendre Ami des \u00e2mes, aie piti\u00e9 de tous ceux que l\u2019amour propre et le respect humain arr\u00eatent sur le chemin du devoir et des saintes pratiques. Au milieu des douleurs qui me tourmentent, au milieu des souffrances et des larmes, le c\u0153ur bris\u00e9 am\u00e8rement pour tous les outrages dont tu es soufflet\u00e9, je me tra\u00eene humblement \u00e0 tes pieds, te recommandant toutes les \u00e2mes.<\/p><p>Pardonne-nous, \u00f4 J\u00e9sus, et avec une bonne mort, accorde-nous le repos \u00e9ternel.<\/p><p>Heureux le chr\u00e9tien toujours pr\u00eat\u2009!<\/p><p>\u00d4 divin Triomphateur de la croix, vainqueur de la mort, \u00f4\u2009R\u00e9dempteur du monde, \u00f4 Roi du ciel et de la terre, d\u00e9livre-nous de la servitude du p\u00e9ch\u00e9, sauve-nous de la mort \u00e9ternelle\u2009! Divin Protecteur, prot\u00e8ge la sainte Eglise, son Souverain Pontife, tous les eccl\u00e9siastiques, tous les chr\u00e9tiens, l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re. Accorde [sic] par tes m\u00e9rites infinis les \u00e2mes des tr\u00e9pass\u00e9s qui sont dans le purgatoire.<\/p><p>Agneau de Dieu, qui effacez les p\u00e9ch\u00e9s du monde, ayez piti\u00e9 de nous, r\u00e9pandez sur nous les immenses vertus de votre sang adorable, faites que tous les p\u00e9cheurs viennent recevoir le bapt\u00eame de vos larmes divines et se retrempent dans votre sang vermeil.<\/p><p>Amen.<\/p><p>\u00d4 Puissante Vierge Marie, \u00f4 M\u00e8re des douleurs, priez pour nous.<\/p><p>\u00d4 M\u00e8re dont le c\u0153ur fut bris\u00e9 des plus d\u00e9chirantes tortures, secourez-nous.<\/p><p>\u00d4 M\u00e8re qui avez assist\u00e9 au douloureux crucifiement de votre divin Fils au milieu des opprobres, de la haine et de l\u2019ignominie, interc\u00e9dez pour nous.<\/p><p>\u00d4 M\u00e8re qui avez vu mourir votre Fils bien-aim\u00e9 au milieu d\u2019une foule vocif\u00e9rant les cris les plus inf\u00e2mes et en proie aux plus cruels tourments sans pouvoir \u00e9tancher sa soif ardente, assistez-nous \u00e0 l\u2019heure de la mort.<\/p><p>\u00d4 M\u00e8re qui n\u2019avez pas m\u00eame eu le d\u00e9chirant d\u00e9lice de recueillir le dernier souffle de votre Fils ador\u00e9, exaucez nos ardentes supplications.<\/p><p>\u00d4 M\u00e8re, qui avez \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin du dernier outrage inflig\u00e9 \u00e0 votre Fils aimant quand on lui per\u00e7a le C\u0153ur, pr\u00e9servez-nous des p\u00e9ch\u00e9s et des offenses \u00e0 ce C\u0153ur adorable.<\/p><p>\u00d4 M\u00e8re dont le C\u0153ur fut transperc\u00e9 d\u2019un glaive, transpercez nos c\u0153urs de douleur et d\u2019amour.<\/p><p>Oc\u00e9an d\u2019amertume, priez pour nous.<\/p><p>\u00d4 M\u00e8re qui \u00eates rest\u00e9e si sublime au pied de la Croix, apprenez-nous \u00e0 accepter g\u00e9n\u00e9reusement la volont\u00e9 de Dieu.<\/p><p>\u00d4 M\u00e8re qui \u00eates demeur\u00e9e debout sous la croix, enseignez-nous \u00e0 ne point fl\u00e9chir dans nos souffrances et nos \u00e9preuves.<\/p><p>\u00d4 parfait Mod\u00e8le de la r\u00e9signation, soutenez-nous.<\/p><p>M\u00e8re admirable, aidez-nous.<\/p><p>M\u00e8re incomparable, prot\u00e9gez-nous.<\/p><p>\u00d4 M\u00e8re qui avez couvert de maternelles caresses et de doux baisers votre tendre Fils quand son Corps inanim\u00e9 fut remis entre vos bras, couvrez-nous, \u00f4 Marie, de vos maternels secours et de votre assistance, maintenant et \u00e0 l\u2019heure de notre mort.<\/p><p>M\u00e8re du Dieu victime, pardonnez-nous.<\/p><p>M\u00e8re la plus aimante entre toutes les m\u00e8res, aimez-nous.<\/p><p>M\u00e8re pleine de bont\u00e9s, guidez-nous.<\/p><p>Puissante protectrice des d\u00e9laiss\u00e9s, gardez-nous pr\u00e8s de vous.<\/p><p>Vierge si bonne, consolez-nous.<\/p><p>Vierge qu\u2019on n\u2019invoque jamais en vain, venez \u00e0 nous.<\/p><p>Vierge de tout pouvoir, convertissez-nous.<\/p><p>\u00d4 Vierge Marie, que j\u2019aime de l\u2019amour le plus pur et le plus ardent, donnez-moi de vous faire aimer autant que je vous aime\u2009!&#8230; Dans les larmes, les veilles, les souffrances, l\u2019\u00e9preuve et la croix, je\u2009s\u00e8me en votre nom, \u00f4 J\u00e9sus\u2009! Que votre r\u00e8gne arrive et que votre amour d\u00e8s maintenant soit une moisson immense de gloire.<\/p><p>\u00d4 compatissante Vierge Marie, j\u2019ai besoin de votre maternelle protection pour achever vaillamment ma vie crucifi\u00e9e, pour supporter les douloureuses souffrances qui m\u2019attendent encore, pour mourir d\u2019amour et confiante en la mis\u00e9ricorde de Dieu. \u00d4 Marie, vous savez tout, vous connaissez tout, vous pouvez tout\u2009!!&#8230; Je vous aime, \u00f4 M\u00e8re ch\u00e9rie, et vous aimez votre petite enfant.<\/p><p>^ Vendredi 18 avril 1930 (Vendredi saint)<\/p><p>Tout chancelle, mon \u00e2me est toute d\u00e9sempar\u00e9e\u2009! Seigneur J\u00e9sus, je vous aime, je ne peux m\u00eame plus le sentir tant je souffre&#8230; mais je le sais. Laisserez-vous sombrer votre petite victime dans la tourmente\u2009? Envoyez-moi un faible rayon de votre lumi\u00e8re, laissez glisser sur ma petite \u00e2me une faible \u00e9tincelle pour ranimer mon courage. Ne m\u2019abandonnez pas, \u00f4 J\u00e9sus, car il fait nuit en moi. Mon Dieu, qu\u2019il me serait doux de mourir pour \u00eatre avec vous. Rien ne me retient plus en cette vie, je suis morte \u00e0 toutes les joies terrestres, toutes mes souffrances sont en Dieu, Ma\u00eetre et Souverain de toutes choses.<\/p><p>Je ne d\u00e9sire pas mourir pour \u00eatre d\u00e9livr\u00e9e du combat, de la souffrance, non, non, mais c\u2019est l\u2019\u00e9ternit\u00e9 qui m\u2019attire, c\u2019est J\u00e9sus qui me tend les bras, c\u2019est la Patrie entrevue que je d\u00e9sire et la f\u00e9licit\u00e9 sans fin dont je go\u00fbte les ravissantes d\u00e9lices. Tout m\u2019ensanglante, mais j\u2019accepte avec ardeur de continuer mon p\u00e8lerinage. Je me sens toute d\u00e9vor\u00e9e du d\u00e9sir de d\u00e9salt\u00e9rer le Seigneur dans sa soif des \u00e2mes, par mon amour et mon filial abandon \u00e0 toutes ses volont\u00e9s sur moi.<\/p><p>Oh\u2009! mon \u00e2me, travaillons, souffrons, non seulement sans tristesse mais avec joie et en action de gr\u00e2ce, jusqu\u2019au jour de l\u2019\u00e9ternel et enivrant rendez-vous.<\/p><p>La souffrance r\u00e9pand sa f\u00e9condit\u00e9 sur les \u00e2mes que le bon plaisir de Dieu rend participantes, comme la rose r\u00e9pand sa senteur autour d\u2019elle. C\u2019est dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9 qu\u2019il faut plonger notre \u00e2me et notre c\u0153ur pour aimer et ch\u00e9rir la souffrance, notre nature n\u2019\u00e9tant que faiblesse et fragilit\u00e9, et les divines paroles du Sauveur sont l\u00e0 pour en donner la preuve\u2009: \u00ab\u2009Sans moi vous ne pouvez rien.\u2009\u00bb<\/p><p>Oh\u2009! mon ange, gardez-moi bien dans cette nuit d\u00e9solante\u2009! Je ne puis point parler de ma peine, il n\u2019y a que Dieu qui conna\u00eet mes larmes et ce n\u2019est que lui qui peut les essuyer\u2009; il n\u2019y a pas de mots qui puissent exprimer cette souffrance de l\u2019\u00e2me\u2009! Oh\u2009! mon \u00e2me, reste bien confiante aupr\u00e8s de ton Sauveur.<\/p><p>Je ne peux pas prier, mais j\u2019aime. Je sais que cette froide nuit, ces peines am\u00e8res, toutes ces amertumes qui se prolongent sont un secret dessein de Dieu que je dois admirer et accepter paisiblement. Je vous rends gr\u00e2ce, oh\u2009! Dieu juste, de m\u2019unir \u00e0 J\u00e9sus dans ses sanglantes agonies\u2009!<\/p><p>Rien ne peut plus consoler mon c\u0153ur, j\u2019ai soif de mourir\u2009! Ah\u2009! que ne puis-je mourir de la douleur de ne pas mourir\u2009!<\/p><p>Vous ne le voulez pas, vous, \u00f4 tr\u00e8s doux J\u00e9sus\u2009; il faut lutter encore, travailler, souffrir, vivre encore dans l\u2019exil et soupirer.<\/p><p>Je ne puis supporter de vivre qu\u2019en souffrant. Oh\u2009! je ne voudrais pas changer mon martyre contre toutes les joies du monde et toutes les richesses de la terre.<\/p><p>Je n\u2019ai qu\u2019un d\u00e9sir\u2009: sauver les \u00e2mes, en aimant Dieu toujours davantage.<\/p><p>^ Samedi 19 avril 1930 (Samedi saint)<\/p><p>Sainte communion. Paix d\u00e9licieuse. C\u2019est la paix et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 dans toute mon \u00e2me\u2009! Je puis chanter aujourd\u2019hui l\u2019alleluia d\u2019all\u00e9gresse. L\u2019amour de J\u00e9sus, apr\u00e8s m\u2019avoir fait accepter et b\u00e9nir la souffrance et la dure \u00e9preuve, la change en un don ravissant.<\/p><p>B\u00e9ni soit le jour o\u00f9 j\u2019ai connu parfaitement et compris pleinement l\u2019amour dans l\u2019affliction. La r\u00e9compense de l\u2019\u00e2me \u00e0 qui J\u00e9sus a fait renoncer \u00e0 toutes choses pendant sa vie, sera de n\u2019avoir plus \u00e0 renoncer \u00e0 rien quand viendra l\u2019heure de la mort. J\u2019ai aim\u00e9 les miens de toute mon \u00e2me et en Dieu\u2009; quand il me faudra les quitter, ce ne sera que pour aller \u00e0 lui en les confiant \u00e0 sa divine Providence dont je sais la mis\u00e9ricorde, la bont\u00e9 et toute la puissance&#8230; Du sein de la b\u00e9atitude, je travaillerai encore, sans tr\u00eave, \u00e0 leur vrai bonheur.<\/p><p>La mort sera pour moi la fin de la lutte et la d\u00e9livrance de mes souffrances. Je suis certaine que le d\u00e9mon ne d\u00e9sarmera pas tant qu\u2019il me restera un souffle de vie\u2009; quand m\u00eame la nature est humili\u00e9e et ob\u00e9issante \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu, elle a quelquefois des soubresauts terribles qui font peur et fr\u00e9mir.<\/p><p>Si ma vie de malade a \u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re \u00e0 J\u00e9sus, maintenant je sens bien que c\u2019est v\u00e9ritablement la vie de J\u00e9sus en moi\u2009! J\u00e9sus est \u00e0 mon \u00e2me la vie que je respire, mon Pain de chaque jour, la Lumi\u00e8re dont je m\u2019inonde&#8230; enfin mon Unique et mon Tout. Tout passe, la vie bienheureuse viendra un jour remplacer celle-ci, alors ce sera \u00e9ternellement l\u2019union avec J\u00e9sus commenc\u00e9e ici-bas.<\/p><p>Seigneur, je vous aime. Mes yeux, avides d\u2019infini, sont toujours fix\u00e9s en vous qui \u00eates mon Bien. Je soupire ardemment vers le ciel, royaume de l\u2019Amour o\u00f9 l\u2019on vous aime sans voile et sans fin.<\/p><p>Oh\u2009! J\u00e9sus\u2009! Oh\u2009! mon ami si doux\u2009! guidez ma vie selon votre volont\u00e9, laissez-moi dans votre C\u0153ur de flamme pour ne m\u2019\u00e9veiller que dans la bien-aim\u00e9e Demeure\u2009! \u00d4 J\u00e9sus, mon esprit est \u00e0 vous, comme toute mon \u00e2me\u2009!<\/p><p>J\u00e9sus a quitt\u00e9 le ciel pour porter la croix\u2009; il m\u2019enl\u00e8vera de la croix pour m\u2019emmener au ciel.<\/p><p>&#8230; Maintenant je sais pourquoi il a fallu que je ne sois pas comprise, que je sois d\u00e9laiss\u00e9e et abandonn\u00e9e. Je sais pourquoi il a fallu que je sois clou\u00e9e de longues ann\u00e9es sur mon lit de douleurs.<\/p><p>Le Sacr\u00e9-C\u0153ur de J\u00e9sus en croix est la demeure inviolable que j\u2019ai choisie sur la terre, c\u2019est l\u00e0 que j\u2019aspire \u00e0 me reposer apr\u00e8s cet exil.<\/p><p>Une seule goutte de cette eau de d\u00e9lice que renferme le Sacr\u00e9-C\u0153ur de J\u00e9sus, tombant dans une \u00e2me, suffit pour la d\u00e9tacher des biens de ce monde. Que peut donc \u00e9prouver une \u00e2me que J\u00e9sus a plong\u00e9e tout enti\u00e8re et fait boire \u00e0 longs traits \u00e0 ce torrent d\u2019amour\u2009?<\/p><p>Seigneur J\u00e9sus, donnez-moi de vous aimer de toutes mes forces, de vous aimer \u00e9perdument. Que rien ne me d\u00e9tourne un instant de vous, que rien n\u2019\u00e9teigne le feu de votre amour dans mon c\u0153ur, ni la pri\u00e8re sur mes l\u00e8vres.<\/p><p>Amen\u2009!<\/p><p>^ 21 avril 1930 (lundi de P\u00e2ques)<\/p><p>L\u2019amour m\u2019est tout\u2009! L\u2019amour me soutient en tout\u2009! L\u2019amour me domine en tout\u2009! Je sais que je suis loin, h\u00e9las\u2009! d\u2019\u00eatre ce que je devrais \u00eatre et comme je voudrais \u00eatre.<\/p><p>Je dois r\u00e9pondre si mal aux tendresses, aux divines caresses et aux gr\u00e2ces infinies de J\u00e9sus. Cependant, \u00f4 Dieu d\u2019amour, dans ma petite \u00e2me, quelque chose me dit que chaque fois que vous m\u2019avez demand\u00e9 de souffrir pour une \u00e2me, chaque fois que vous m\u2019avez demand\u00e9 un sacrifice, une nouvelle \u00e9preuve, une nouvelle croix, un renoncement en me disant\u2009: \u00ab\u2009Je le veux\u2009\u00bb, tout enti\u00e8re je me suis livr\u00e9e \u00e0 votre volont\u00e9 dans vos bras tout-puissants, pour faire de moi et en moi tout votre bon plaisir.<\/p><p>Apr\u00e8s l\u2019immense tendresse et la mis\u00e9ricorde de mon Dieu, c\u2019est ce sentiment, cet abandon int\u00e9rieur qui me vaut la paix malgr\u00e9 ma petitesse, malgr\u00e9 mon extr\u00eame mis\u00e8re.<\/p><p>Dieu n\u2019a pas cr\u00e9\u00e9 les \u00e2mes pour autre chose que pour leur bonheur \u00e9ternel\u2009! Oh\u2009! mon Amour, quand votre main bien-aim\u00e9e nous touche douloureusement, ne devons-nous pas confesser \u00e0 deux genoux que vous ne le faites que par bont\u00e9 et pour notre bien, pour quelque myst\u00e9rieux dessein que nous ne comprendrons pleinement qu\u2019au ciel\u2009?<\/p><p>Le Seigneur r\u00e9pand partout son amour\u2009: l\u2019amour germe dans la pi\u00e9t\u00e9 et la pri\u00e8re, il prend racine dans le renoncement volontaire, il l\u00e8ve et grandit dans la volont\u00e9 de Dieu accept\u00e9e, accomplie, il\u2009fleurit dans l\u2019abandon de tout \u00eatre immol\u00e9, il\u2009s\u2019\u00e9panouit et rayonne au Jardin \u00e9ternel.<\/p><p>\u00d4 Dieu si bon, vous avez voulu que je demeure encore sur cette triste terre\u2009! que votre volont\u00e9 soit faite et que votre saint Nom soit b\u00e9ni.<\/p><p>Oui, mon Dieu, je vous dis fiat et merci. J\u2019accepte avec amour de demeurer encore sous le br\u00fblant soleil des souffrances afin que, par l\u2019offrande de mes souffrances, je re\u00e7oive le bonheur promis \u00e0 ceux qui pleurent et qui souffrent en sanctifiant leurs larmes et leurs douleurs, mais surtout afin que beaucoup d\u2019\u00e2mes dont par votre tendresse vous ferez les b\u00e9n\u00e9ficiaires, soient aussi des \u00e9lues pour le ciel.<\/p><p>Comment ne pas aimer, ne pas aimer et ch\u00e9rir la souffrance quand un Dieu a souffert par amour\u2009?<\/p><p>Encore un peu de peine, encore l\u2019\u00e9preuve, puis tout sera \u00e9chang\u00e9 contre les joies \u00e9ternelles.<\/p><p>^ 25 avril 1930 (vendredi)<\/p><p>Je ne puis toujours pas dormir, ce feu dans mon c\u0153ur dont la douleur m\u2019est si douce me donne de telles ardeurs qu\u2019il me semble que je vais br\u00fbler toute\u2009; et je me sens tellement remplie de mon Dieu, perdue en lui, que je ne vois pas comment l\u2019exprimer.<\/p><p>Tout est calme et doux dans cette grande solitude o\u00f9 je go\u00fbte, dans une paix profonde, la divine et suave pr\u00e9sence de J\u00e9sus en ma petite \u00e2me\u2009! Je me sens tout envelopp\u00e9e de sa majest\u00e9 et de son amour&#8230; et mon \u00e2me aimante s\u2019inonde en lui. Je souffre&#8230; mais l\u2019amour, uni \u00e0 l\u2019esp\u00e9rance, est invincible \u00e0 toutes les \u00e9preuves. Je n\u2019ai rien pour soulager et att\u00e9nuer mes douleurs, je les mets toutes dans le C\u0153ur de J\u00e9sus, alors je n\u2019ai que de la joie et je supplie J\u00e9sus, mon Roi tout-puissant, de me donner encore plus d\u2019amour&#8230; toujours plus\u2009! C\u2019est si doux de vivre en J\u00e9sus, tout est si calme autour de moi et au-dedans de moi. Je sais que mon Dieu me soutient et me regarde toujours&#8230; cette pens\u00e9e, qui est une certitude, me rend heureuse et tranquille.<\/p><p>Que chacun de mes jours soit un pas en avant vers la Lumi\u00e8re. Ah\u2009! que la pens\u00e9e de la mort m\u2019a aid\u00e9e \u00e0 me rapprocher de Dieu, \u00e0 me tenir continuellement pr\u00e8s de lui\u2009; \u00e0 ne m\u2019attacher \u00e0 rien de ce monde\u2009; au contraire, \u00e0 me d\u00e9tacher de tout et \u00e0 n\u2019avoir d\u2019autres go\u00fbts, d\u2019autres d\u00e9sirs, d\u2019autres attraits que ceux de la pi\u00e9t\u00e9, de l\u2019amour et de l\u2019effacement.<\/p><p>Sachant que je n\u2019\u00e9tais pas faite pour la terre ni pour jouir des choses de la terre, dans les souffrances et les infirmit\u00e9s qui sont toujours all\u00e9es en se multipliant, mon \u00e2me s\u2019est accroch\u00e9e au ciel, ne pensant qu\u2019au ciel, ne vivant que pour le ciel.<\/p><p>J\u2019aime cette pens\u00e9e, et je l\u2019ai toujours reconnue comme un bienfait et une gr\u00e2ce.<\/p><p>Honneur, louange et gloire \u00e0 Dieu qui daigne vouloir se servir de ses petites cr\u00e9atures.<\/p><p>^ 29 avril 1930 (mardi)<\/p><p>J\u00e9sus se cache, J\u00e9sus se tait et laisse sa petite victime sous l\u2019impression de la solitude, m\u00eame dans la communion\u2009! Ce sentiment de vide est bien douloureux \u00e0 ma petite \u00e2me qui reste bien accabl\u00e9e sous les coups du chagrin et des souffrances.<\/p><p>Mais fiat, \u00f4 mon Dieu\u2009! pour tout je vous b\u00e9nis. Tout ce qui vous pla\u00eet, \u00f4 Dieu d\u2019amour, comme il vous pla\u00eet, m\u2019est doux. Mon c\u0153ur aimant le redit sans cesse, sans mesure.<\/p><p>Ma r\u00e9solution est de faire autant, de faire plus pour J\u00e9sus cach\u00e9 que pour J\u00e9sus pr\u00e9sent.<\/p><p>Il sait bien que je ne l\u2019aime ni ne fais rien pour ses dons ni en vue de ses gr\u00e2ces particuli\u00e8res&#8230; mais pour lui seul.<\/p><p>Je suis tout \u00e9perdue d\u2019amour, ma vie est de plus en plus adorante\u2009! J\u2019accepte en tout et pour tout le sacrifice dans le sacrifice. Je porte dans mon c\u0153ur l\u2019amour et la gr\u00e2ce de Dieu. Je donnerais tout pour le plus grand bien des \u00e2mes. J\u2019offre et remets tout dans le divin C\u0153ur de J\u00e9sus, par Marie.<\/p><p>Je suis toute \u00e0 J\u00e9sus, alors je ne garde rien pour moi. Je surnaturalise toutes mes douleurs, tous mes efforts&#8230; je transforme tout par l\u2019amour, dans l\u2019amour et par la br\u00fblante charit\u00e9, mon martyre quotidien. Je sais bien que mon divin Roi est content de sa petite victime. Oh\u2009! je sais bien que le Ma\u00eetre souverain des anges et des \u00e2mes se sert de moi pour de grandes choses\u2009!<\/p><p>Oh\u2009! mon Dieu, inspirez-moi bien ce qu\u2019il faut que je fasse pour correspondre en tout \u00e0 votre volont\u00e9 si aimable.<\/p><p>La pri\u00e8re et le sacrifice, c\u2019est le baume de toutes mes journ\u00e9es\u2009! Qui peut savoir les merveilleuses tendresses du Bon Dieu au lit de douleur de ses enfants\u2009?<\/p><p>Mon Dieu, aidez-moi \u00e0 vous plaire en tout.<\/p><p>Dans mon c\u0153ur et dans mon \u00e2me, j\u2019ai b\u00e9ni mon p\u00e8re spirituel pour tout ce qu\u2019il a fait pour moi. Que Dieu le prot\u00e8ge et le garde tous les jours plus pr\u00e8s de lui\u2009!<\/p><p>Comme mon divin bien-aim\u00e9 m\u2019a fait prier ces derni\u00e8res semaines pour le Congr\u00e8s eucharistique, j\u2019ai offert \u00e0 J\u00e9sus les fruits de ma communion d\u2019aujourd\u2019hui \u00e0 cette fin et je crois que les jours qui vont suivre vont \u00eatre bien fertiles en douleurs de toutes sortes\u2009! \u00d4 ma petite \u00e2me, accepte avec amour toute la volont\u00e9 de ton c\u00e9leste Ami. J\u2019ai bien pri\u00e9 ma douce M\u00e8re du ciel de prot\u00e9ger tous ses enfants du Congr\u00e8s. Plus j\u2019\u00e9prouve de douleurs, plus l\u2019exil m\u2019est douloureux, plus aussi je me serre avec amour contre le C\u0153ur de Dieu, plus je me confie toute \u00e0 lui. Qu\u2019on conna\u00eet peu et mal le C\u0153ur de Dieu\u2009! Pourtant, non seulement Dieu est P\u00e8re, mais il est M\u00e8re tout \u00e0 la fois.<\/p><p>Une \u00e2me de bonne volont\u00e9 me demandait derni\u00e8rement ce qu\u2019il fallait faire pour bien aimer et servir le Bon Dieu et la Sainte Vierge&#8230; pour aller au ciel. Pour aller au ciel, il faut avoir, il\u2009suffit d\u2019avoir une \u00e2me d\u2019amour\u2009; mais pour avoir une \u00e2me c\u00e9leste, un c\u0153ur libre et empreint d\u2019amour divin, un corps patient et ob\u00e9issant \u00e0 tout, pour aspirer arriver au sommet de la perfection&#8230; il faut aimer\u2009!<\/p><p>Dieu est amour, Dieu fait tout par amour\u2009! Que demande-t-il de nous si ce n\u2019est de l\u2019aimer\u2009? \u00d4 mon Dieu, donnez-moi, donnez-nous chaque jour, de faire un pas dans votre amour.<\/p><p>^ 5 mai 1930 (lundi)<\/p><p>Mon Dieu, mon Tout\u2009! Je ne veux plus qu\u2019\u00e9pancher mon c\u0153ur dans votre C\u0153ur si pur, m\u2019examiner avec une sinc\u00e8re rigueur, implorer humblement votre assistance. \u00d4 divin Soleil, soyez toujours mon unique consolateur et mon appui mis\u00e9ricordieux\u2009; aupr\u00e8s de vous, toutes mes peines sont soulag\u00e9es, toutes mes larmes compt\u00e9es et recueillies. Si vous \u00eates avec moi, Seigneur, quel mal me fera-t-on\u2009? Plus mes sentiments sont vifs, plus profond\u00e9ment je les garde recueillis et voil\u00e9s. Je rends gr\u00e2ce et b\u00e9nis mon Dieu de ce que la vie se montre pour moi si avare de joie\u2009; mais tout ce qui apparemment est impossible devient possible quand on appartient \u00e0 J\u00e9sus. C\u2019est si doux d\u2019\u00eatre broy\u00e9s dans les bras et par la volont\u00e9 de J\u00e9sus. Il n\u2019y a que J\u00e9sus qui conna\u00eet mon martyre et mes larmes. Il n\u2019y a que lui qui peut me\u00a0 consoler et les essuyer.<\/p><p>Je donnerai, jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re obole, mes souffrances \u00e0 l\u2019amour.<\/p><p>Oh que j\u2019ai mal\u2009!&#8230; \u00d4 mon J\u00e9sus, qu\u2019on a fait mal \u00e0 ta petite victime\u2009; mais fiat, j\u2019adore et je m\u2019incline.<\/p><p>Au nom de votre amour et de vos souffrances, mis\u00e9ricordieux J\u00e9sus, pardonnez-leur\u2009! \u00d4 ma petite \u00e2me, prions, prions le divin Ma\u00eetre de r\u00e9pandre dans les esprits et dans les c\u0153urs les vives lumi\u00e8res de la foi.<\/p><p>C\u2019est en enveloppant son \u00e2me de surnaturel qu\u2019on peut entendre et comprendre la voix de Dieu qui vient jusqu\u2019\u00e0 nous.<\/p><p>^ 12 mai 1930 (lundi)<\/p><p>\u00d4 mon Dieu\u2009! Que la vie pr\u00e9sente est lourde \u00e0 mon \u00e2me\u2009! Que la vie est cruelle\u2009! Que le sacrifice est parfois amer et sanglant.<\/p><p>Quand donc irai-je o\u00f9 r\u00e8gne mon Dieu, o\u00f9 habitent les \u00e2mes bienheureuses&#8230; dans l\u2019\u00e9ternelle Lumi\u00e8re, unie \u00e0 l\u2019\u00e9ternel Amour\u2009?<\/p><p>Tout est douleur, mes l\u00e8vres ne s\u2019approchent point du calice des joies. Confiante et aimante, j\u2019accepte le pr\u00e9sent en vivant d\u2019esp\u00e9rance et en m\u2019abreuvant de l\u2019amour du sacrifice. C\u2019est dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9 que je plonge mes regards pour accepter patiemment, paisiblement la souffrance, en remerciant mon Dieu de ce don sans prix.<\/p><p>Je n\u2019ai d\u2019autre but que faire du bien aux \u00e2mes et plaire \u00e0 Dieu et \u00e0 ma divine M\u00e8re et souveraine avocate.<\/p><p>\u00d4 Vierge Sainte, aidez votre pauvre petite enfant \u00e0 plaire \u00e0 J\u00e9sus en tout\u2009!<\/p><p>\u00d4 mon \u00e2me rel\u00e8ve-toi, pleure mais esp\u00e8re, et regarde le ciel. J\u00e9sus a quitt\u00e9 le ciel pour souffrir sur cette terre et porter sa croix&#8230; \u00e0 notre tour, portons la croix, suivons J\u00e9sus en regardant au ciel.<\/p><p>C\u2019est bien le moment de le montrer \u00e0 mon Dieu, \u00e0 J\u00e9sus, en acceptant la grande douleur qu\u2019il m\u2019envoie, dans l\u2019amour le plus g\u00e9n\u00e9reux\u2009! J\u2019attends mon tour sans le demander, m\u2019effor\u00e7ant seulement d\u2019\u00eatre toujours pr\u00eate, en me sanctifiant pour l\u2019amour de celui \u00e0 qui j\u2019appartiens tout enti\u00e8re. La bont\u00e9 de Dieu ne peut tromper nos c\u0153urs, et n\u2019est-ce pas lui qui nous a appris \u00e0 prier, par lequel nous correspondons avec le ciel comme si nous en faisions d\u00e9j\u00e0 partie\u2009?<\/p><p>Jusqu\u2019aux limites du possible et jusqu\u2019au dernier souffle de vie, je continuerai de nourrir et d\u2019enivrer mon \u00e2me des splendides beaut\u00e9s du renoncement et de la douloureuse immolation.<\/p><p>La vie d\u2019ici-bas n\u2019est qu\u2019un douloureux voyage dont nous devons chercher les jalons dans la foi, dans l\u2019amour. Il n\u2019y a rien que je ne sois r\u00e9solue de subir et d\u2019accomplir pour contenter Dieu et travailler \u00e0 sa plus grande gloire\u2009! Dieu supporte et attend, quand nous m\u00e9connaissons ses \u0153uvres&#8230; Comment moi, sa ch\u00e9tive victime, oserais-je me plaindre\u2009? La pens\u00e9e de me plaindre ne m\u2019occupe jamais, je ne m\u2019abandonne pas \u00e0 moi-m\u00eame, non, j\u2019abrite ma solitude des longues heures de la nuit, qui sont toujours les plus douloureuses, sous les regards paternels de mon Dieu, sous les regards maternels de ma douce et divine M\u00e8re. Au contraire, je voudrais toujours que la nuit se prolonge, je ne la trouve point trop longue, jamais je ne m\u2019ennuie. C\u2019est que mon divin bien-aim\u00e9, au lieu de penser \u00e0 moi, m\u2019a fait la gr\u00e2ce de ne penser qu\u2019\u00e0 lui et aux \u00e2mes.<\/p><p>Penser \u00e0 Dieu toujours, \u00e0 moi-m\u00eame jamais\u2009! Que mon c\u0153ur ne sache que pardonner, aimer et b\u00e9nir. Ce ne sont pas des paroles que Dieu nous demande, ce qu\u2019il veut surtout et \u00e0 tout prix, c\u2019est notre c\u0153ur avec tous ses battements, notre vie avec toutes ses actions, notre \u00e2me et tout notre amour. Quand tout nous manque, quand tout nous \u00e9prouve, quand tout nous fait souffrir, nous devons quand m\u00eame dire merci \u00e0 Dieu et l\u2019aimer plus encore, pour qu\u2019il nous soutienne de sa gr\u00e2ce\u2009; car apr\u00e8s une vie de douleur chr\u00e9tiennement, paisiblement support\u00e9e, vie d\u2019\u00e9preuve qu\u2019il aide \u00e0 traverser, ce Dieu, toute bont\u00e9, donne \u00e0 toutes les \u00e2mes qui lui sont fid\u00e8les ou qui le deviennent, le ciel pour h\u00e9ritage et l\u2019immense jouissance de lui-m\u00eame.<\/p><p>Un long acte de patience, la pratique pers\u00e9v\u00e9rante de la plus humble vertu est plus difficile, mais plus m\u00e9ritoire qu\u2019un subit \u00e9lan du c\u0153ur.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, m\u00e9connu, outrag\u00e9, blasph\u00e9m\u00e9 parce que votre amour fut infini et que votre piti\u00e9 pour nous fut sans bornes, en esprit je me prosterne \u00e0 vos pieds et vous reconnais pour mon Dieu et mon unique R\u00e9dempteur, et celui de toutes les \u00e2mes.<\/p><p>^ 16 mai 1930 (vendredi)<\/p><p>Sainte communion. Mon \u00e2me a tressailli de joie en Dieu mon Sauveur\u2009! J\u00e9sus vit v\u00e9ritablement avec moi, J\u00e9sus vit en moi, J\u00e9sus vit par moi\u2009; ma joie est si grande que je suis tout \u00e0 fait impuissante \u00e0 la contenir, mais combien il m\u2019est ineffablement doux de laisser d\u00e9border mon petit c\u0153ur dans Celui de mon divin J\u00e9sus, dans ce br\u00fblant sanctuaire duquel jaillit la mis\u00e9ricorde et o\u00f9 fleurit la douce esp\u00e9rance.<\/p><p>J\u2019invite tous les anges et les saints \u00e0 venir chanter avec moi des cantiques de louange et d\u2019amour.<\/p><p>L\u2019H\u00f4te bien-aim\u00e9 d\u00e9verse en mon c\u0153ur un oc\u00e9an de d\u00e9lices&#8230; cette divine union et fusion d\u2019amour est la force et la vie de mon \u00e2me. J\u00e9sus est l\u2019ami qui me console de tout. C\u2019est lui qui prend et presse si tendrement mon c\u0153ur, avec tant d\u2019amour et une telle force, que je ne peux plus vivre ni respirer que par lui, que pour lui.<\/p><p>Oh\u2009! que tous les battements de mon c\u0153ur ne soient plus que des battements d\u2019amour\u2009! La lumi\u00e8re divine a abondamment p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans mon \u00e2me. C\u2019est Dieu qui m\u2019enseigne, me dirige, me conseille myst\u00e9rieusement, qui transforme toute ma vie et me console par d\u2019ineffables paroles qui p\u00e9n\u00e8trent non seulement mon c\u0153ur, mais vont directement \u00e0 l\u2019\u00e2me, la transpercent et la liqu\u00e9fient dans une union absorbante. La partie sup\u00e9rieure de l\u2019\u00e2me s\u2019\u00e9l\u00e8ve, pour ainsi dire, du milieu du c\u0153ur, par une r\u00e9elle division, inconnue \u00e0 la nature et qui ravit en Dieu&#8230; c\u2019est non seulement quelque chose d\u2019incompr\u00e9hensible dans lequel l\u2019\u00e2me sent et reconna\u00eet le souffle, la beaut\u00e9, la splendeur de l\u2019infini&#8230; J\u00e9sus se manifeste \u00e0 l\u2019\u00e2me par je ne sais quel puissant et merveilleux secret, c\u2019est presque toujours si soudain qu\u2019elle se voit investie, envelopp\u00e9e dans les nu\u00e9es des grandeurs divines, sans s\u2019apercevoir comment elle y a \u00e9t\u00e9 plong\u00e9e\u2009! Mais conna\u00eetre et sentir ainsi est quelque chose de plus s\u00fbr, de plus fort que tout sentiment, que toute connaissance que l\u2019\u00e2me puisse avoir humainement. Les paroles, les r\u00e9v\u00e9lations divines poss\u00e8dent et portent en elles-m\u00eames la v\u00e9rit\u00e9 ineffable et inconcevable par laquelle l\u2019\u00e2me reconna\u00eet la voix du Bien-aim\u00e9. Les r\u00e9v\u00e9lations divines s\u2019imposent, s\u2019insinuent dans l\u2019\u00e2me avec une tr\u00e8s grande force et par une myst\u00e9rieuse puissance.<\/p><p>Les paroles humaines frappent et se font entendre par les oreilles du corps, tandis que les paroles divines ne s\u2019entendent aucunement avec les oreilles du corps, mais frappent uniquement l\u2019entendement de l\u2019\u00e2me. \u00ab\u2009L\u2019on pourrait, si l\u2019on voulait, ne pas entendre une personne qui parle, soit en se bouchant les oreilles\u2009; ou ne l\u2019entendre que d\u2019une fa\u00e7on tr\u00e8s confuse, soit en s\u2019occupant de fa\u00e7on diverse, soit en portant sa pens\u00e9e ailleurs&#8230; mais les paroles divines, on est forc\u00e9 de les entendre, incapacit\u00e9 absolue de faire autrement puisqu\u2019elles sont communiqu\u00e9es, \u00e9mises dans l\u2019\u00e2me m\u00eame, et cela est si vrai que les paroles de Dieu op\u00e8rent toujours ce qu\u2019elles disent, ce qui n\u2019est pas toujours ainsi pour les paroles humaines. Ceci, j\u2019ai pu l\u2019observer chaque fois, car Dieu peut changer subitement une \u00e2me o\u00f9 les m\u00eames paroles humaines auraient \u00e9chou\u00e9 jusque-l\u00e0.\u2009\u00bb<\/p><p>Il est totalement impossible de comparer ou de rapprocher, si peu que ce soit, ces paroles et r\u00e9v\u00e9lations int\u00e9rieures aux paroles que l\u2019imagination pourrait concevoir elle-m\u00eame&#8230; l\u2019imagination ne pouvant avoir l\u2019accent de Dieu. Toujours les enseignements int\u00e9rieurs mettent et produisent dans l\u2019\u00e2me leur effet imm\u00e9diat\u2009: soit qu\u2019elles r\u00e9v\u00e8lent, instruisent, \u00e9clairent ou consolent.<\/p><p>Depuis le moment o\u00f9 j\u2019ai eu le c\u00e9leste et ineffable bonheur de voir quelques rayons de la merveilleuse et souveraine beaut\u00e9 de mon Sauveur, tout ce qui est d\u2019ici-bas m\u2019apparut terne et froid. Quand on a go\u00fbt\u00e9 et joui de la beaut\u00e9 que j\u2019ai vue, quand on a \u00e9t\u00e9 ravi dans l\u2019amour et l\u2019union de Dieu, rien ne peut plus retenir la pens\u00e9e sur la terre. On voudrait mourir imm\u00e9diatement pour n\u2019\u00eatre plus s\u00e9par\u00e9 d\u2019un si grand bien, l\u2019\u00e2me sait qu\u2019il n&rsquo;y a que la mort qui lui permettra de jouir infiniment de cet immense bonheur qui est en Dieu. Mais comme elle sait aussi qu\u2019elle pla\u00eet davantage \u00e0 son Bien-aim\u00e9 en souffrant pour son amour, pour les \u00e2mes, alors elle accepte avec joie cette douloureuse attente, jusqu\u2019au moment o\u00f9 il plaira \u00e0 Celui qui la poss\u00e8de tout enti\u00e8re de la d\u00e9livrer pour l\u2019ab\u00eemer \u00e0 jamais en lui, d\u2019o\u00f9 elle ne pourra plus l\u2019offenser ni lui d\u00e9plaire&#8230; mais l\u2019aimer, le louer, sans fin, sans mesure\u2009! Je suis toute livr\u00e9e \u00e0 l\u2019Amour et je n\u2019ai d\u2019autres d\u00e9sirs que de le suivre, lui ob\u00e9ir avec simplicit\u00e9 et candeur.<\/p><p>Quand je suis pr\u00eate \u00e0 d\u00e9faillir sous l\u2019exc\u00e8s des douleurs, je\u2009l\u00e8ve les yeux sur la croix, j\u2019\u00e9l\u00e8ve mon petit c\u0153ur au ciel, alors je suis heureuse et fortifi\u00e9e&#8230; J\u00e9sus comprend toujours sa petite fleur quand elle est sanglante\u2009; plus je souffre, plus mon c\u0153ur se dilate.<\/p><p>\u00d4 tr\u00e8s sainte Trinit\u00e9\u2009! \u00d4 J\u00e9sus, mon Amour\u2009! Je m\u2019abandonne et je me confonds au pied de votre adorable majest\u00e9\u2009! \u00d4 mon \u00e2me, louons et adorons le Seigneur, parce qu&rsquo;il est bon et que sa mis\u00e9ricorde est infinie.<\/p><p>Ma petite \u00e2me s\u2019\u00e9coule tout enti\u00e8re dans le divin C\u0153ur de J\u00e9sus, et je ne sais plus que lui offrir chaque jour, que l\u2019humble bouquet champ\u00eatre de ma reconnaissance et de mon amour.<\/p><p>Toute \u00e0 J\u00e9sus.<\/p><p>23 juin 1930 (lundi)<\/p><p>C\u2019est l\u2019amour de mon Dieu qui m\u2019envoie ces \u00e9preuves&#8230; Comment ne pas les aimer, comment pourrais-je ne pas les ch\u00e9rir au-dessus de tous les tr\u00e9sors, de tous les biens\u2009? Je suis toute \u00e0 mon divin Roi J\u00e9sus, toute pour lui\u2009; je dois donc recevoir toute chose avec joie et par amour&#8230; tout faire saintement. Je souffre, mais je suis heureuse\u2009; quand on aime Dieu et les \u00e2mes, rien ne co\u00fbte trop\u2009! Dieu est un P\u00e8re infiniment tendre, infiniment compatissant, qui donne toujours le courage et la patience n\u00e9cessaires pour soutenir les \u00e9preuves qu\u2019il envoie.<\/p><p>Console-toi, mon \u00e2me\u2009! chante avec les anges et les saints, parce que ton divin et tout-puissant Ami t\u2019aide et te soutient.<\/p><p>\u00d4 divin Soleil de mon \u00e2me et de ma vie\u2009! me voici dans toute ma petitesse dispos\u00e9e \u00e0 subir encore, \u00e0 souffrir tout ce que me r\u00e9serve ton immense amour. J\u2019accepte, j\u2019embrasse d\u2019avance tout ce que m\u2019enverra ta supr\u00eame bont\u00e9&#8230; toutes les angoisses de la maladie, toutes les \u00e9preuves qui peuvent assaillir mon \u00e2me et tout mon \u00eatre\u2009; mais, en \u00e9change, je te supplie de ramener vers toi les \u00e2mes \u00e9gar\u00e9es. Que tous les miens ob\u00e9issent \u00e0 ta volont\u00e9 ineffable, \u00f4 Dieu tout-puissant\u2009! \u00d4 Seigneur si doux, daigne unir toutes nos \u00e2mes pour les r\u00e9unir toutes un jour dans ta gloire.<\/p><p>Mon Bien-aim\u00e9 semble chaque jour augmenter et multiplier mes souffrances&#8230; mais il redouble aussi chaque jour mon amour\u2009; de sorte que tous les battements de mon c\u0153ur soient des battements de r\u00e9signation et d\u2019amour.<\/p><p>L\u2019\u00e2me an\u00e9antie, perdue, noy\u00e9e en Dieu est sans cesse d\u00e9vor\u00e9e d\u2019un z\u00e8le ardent de lui plaire, de le faire conna\u00eetre, de le faire aimer par toutes les \u00e2mes. Dieu soit b\u00e9ni\u2009!<\/p><p>^ 28 juin 1930 (samedi)<\/p><p>Levons les yeux vers les r\u00e9gions de l\u2019amour infini&#8230; c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on apprend le myst\u00e9rieux secret des larmes, et \u00e0 b\u00e9nir la main incompr\u00e9hensible de Dieu ineffablement bon qui b\u00e9nit toujours quand m\u00eame elle frappe et qu\u2019elle brise ses serviteurs et ses \u00e9lus.<\/p><p>Oh\u2009! que nous connaissons peu le C\u0153ur si aimant du Bon Dieu, le C\u0153ur si tendre de notre P\u00e8re des Cieux\u2009! Qu\u2019elles sont diff\u00e9rentes et qu\u2019elles sont nombreuses aussi les voies par lesquelles Dieu am\u00e8ne les \u00e2mes \u00e0 lui\u2009; qui peut dire ses mis\u00e9ricordes et ses divines compassions au lit de mort de ses serviteurs et de tous ses enfants\u2009? Ah\u2009! que nous sommes chers \u00e0 Dieu\u2009! que nous sommes chers au C\u0153ur de J\u00e9sus.<\/p><p>Dans les ombres de la derni\u00e8re heure, alors que l\u2019\u0153il ne discerne plus rien, que la voix est \u00e9teinte, quand il faut mettre la main sur le c\u0153ur du patient pour se rendre compte s\u2019il y a encore un peu de vie, qui peut savoir ce qui se passe entre l\u2019\u00e2me et son Dieu, qui peut dire avec quelle tendresse il l\u2019appelle\u2009!<\/p><p>J\u00e9sus nous dit et nous redit sans cesse que toute gr\u00e2ce nous sera accord\u00e9e si nous avons une foi sinc\u00e8re\u2009!<\/p><p>Quand donc irai-je \u00e0 mon tour me d\u00e9salt\u00e9rer aux sources intarissables de la lumi\u00e8re et de l\u2019amour\u2009? Quand vous le voudrez, \u00f4 mon Dieu.<\/p><p>Un \u00eatre qui meurt sur la terre, cela para\u00eet peu de chose \u00e0 la masse&#8230; cependant cet \u00eatre de moins, c\u2019est une \u00e2me qui compara\u00eet devant son Cr\u00e9ateur et son Dieu&#8230; c\u2019est un \u00e9lu ou un r\u00e9prouv\u00e9&#8230; Une seule \u00e2me doit-elle nous laisser indiff\u00e9rents et sans piti\u00e9\u2009? Le divin R\u00e9dempteur est mort pour toutes. Nous aussi, qui avons le bonheur de nous dire ses enfants, aidons-le dans cette \u0153uvre des \u00e2mes puisqu\u2019il nous le demande, et sachons mourir pour les unes comme pour les autres quand il le faut.<\/p><p>Ne sommes-nous pas tous les enfants du m\u00eame P\u00e8re\u2009? Chaque fois que la vie fait une nouvelle victime, offrons nos sacrifices, nos souffrances, nos larmes et nos ferventes pri\u00e8res au Seigneur de toute bont\u00e9 et de toute compassion. \u00d4 Dieu mis\u00e9ricordieux\u2009! \u00d4 divin Sauveur des \u00e2mes, ouvrez, je vous en supplie, vos saints Tabernacles \u00e0 l\u2019\u00e2me si ch\u00e8re que vous avez ravie en ce jour \u00e0 nos affections.<\/p><p>Mon Seigneur et mon Dieu, donnez-lui sans retard une vie de bonheur et de repos infini&#8230; \u00e0 vous, mon Dieu, en reviendra toute la gloire.<\/p><p>\u00d4 compatissante Vierge Marie\u2009! \u00f4 ma M\u00e8re, montrez, je vous en conjure, votre immense pouvoir sur le C\u0153ur de votre divin Fils\u2009! Montrez-moi que vous m\u2019aimez, en obtenant \u00e0 celle qui fut aussi un peu ma m\u00e8re ici-bas l\u2019ineffable bonheur du ciel qu\u2019elle a tant m\u00e9rit\u00e9 dans sa vie admirable.<\/p><p>\u00d4 toute puissante et toute aimante Vierge Marie\u2009! \u00f4 mon avocate et ma M\u00e8re, que je suis divinement heureuse en ce jour de faire appel \u00e0 votre ardente charit\u00e9\u2009!&#8230; \u00e0 l\u2019implorer, \u00e0 la b\u00e9nir.<\/p><p>Vierge Sainte, obtenez \u00e0 cette \u00e2me qui v\u00e9cut toujours dans la pi\u00e9t\u00e9, dans l\u2019oubli d\u2019elle-m\u00eame, dans le labeur, le sacrifice, dans l\u2019exercice de la charit\u00e9, dans les pratiques religieuses et la pri\u00e8re.<\/p><p>Souvenez-vous aussi des longues et cruelles souffrances qu\u2019elle a si patiemment accept\u00e9es pendant de longs mois et daignez interc\u00e9der pour elle afin de lui donner bien vite le repos \u00e9ternel.<\/p><p>Amen.<\/p><p>^ 2 juillet 1930 (mercredi)<\/p><p>Sainte communion. Bont\u00e9 et tendresse de J\u00e9sus manifest\u00e9es \u00e0 ma petite \u00e2me. Une fois encore l\u2019amour tout-puissant, la tendresse si suave et si douce dont J\u00e9sus, dans son excessive bont\u00e9, me br\u00fble et m\u2019inonde avec de telles d\u00e9lices par sa divine pr\u00e9sence en mon \u00e2me, en mon c\u0153ur, ont produit l\u2019ineffable division de mon \u00e2me et de mon pauvre corps mortel.<\/p><p>Je crois bien comprendre, ou du moins il me le semble, que le degr\u00e9 de ravissement n\u2019est pas toujours pareil\u2009; il peut \u00eatre plus ou moins intense, plus ou moins \u00e9lev\u00e9, d\u2019une plus ou moins longue dur\u00e9e aussi, ainsi que le veut la volont\u00e9 de Dieu. Il n\u2019est pas au pouvoir de l\u2019\u00e2me ni de le prolonger ni d\u2019en diminuer la dur\u00e9e, pas plus qu\u2019elle ne pourrait en augmenter ou en r\u00e9duire la splendeur et la magnificence.<\/p><p>Rien n\u2019est produit par l\u2019\u00e2me, rien ne vient d\u2019elle, elle n\u2019a qu\u2019un secours\u2009: celui de s\u2019an\u00e9antir et de s\u2019abandonner \u00e0 la force et \u00e0 la majest\u00e9 toute-puissante et si d\u00e9licieuse qui l\u2019enveloppe et qui l\u2019absorbe dans l\u2019union intime.<\/p><p>L\u2019union de l\u2019\u00e2me avec son Dieu, sa participation \u00e0 la gloire du Bien-aim\u00e9 n\u2019atteint pas toujours le m\u00eame sublime degr\u00e9 d\u2019union amoureuse\u2009: son divin Roi ne l\u2019approche pas chaque fois aussi pr\u00e8s de lui\u2009; il ne lui d\u00e9couvre pas toujours la m\u00eame gloire. Il\u2009est celui qui peut tout et \u00e0 qui tout ob\u00e9it. Il lui appartient donc, \u00e0 ce souverain Ma\u00eetre, de se montrer et de se communiquer \u00e0 elle de diff\u00e9rentes fa\u00e7ons et de lui d\u00e9couvrir tous les divins myst\u00e8res de sa gloire, s\u2019il lui pla\u00eet de le faire.<\/p><p>Parfois, ce Dieu d\u2019amour se pla\u00eet \u00e0 tenir l\u2019\u00e2me \u00e0 une certaine distance de lui, comme de lui montrer la gloire qu\u2019il veut lui d\u00e9couvrir de plus loin ou de tout pr\u00e8s. Je ne crois pas me tromper en disant cela, l\u2019ayant compris ainsi\u2009; mais le plus souvent, c\u2019est au sein m\u00eame de la b\u00e9atitude qu\u2019elle est soudainement plong\u00e9e, et c\u2019est tout pr\u00e8s de lui et en lui que J\u00e9sus prend l\u2019\u00e2me et l\u2019enveloppe. C\u2019est du moins ce qui a \u00e9t\u00e9 le plus fr\u00e9quent pour moi. J\u2019ai pu observer aussi que la division de l\u2019\u00e2me et du corps se produit par diff\u00e9rents degr\u00e9s\u2009; enti\u00e8rement ou pas. Je sais aussi, en ayant \u00e9t\u00e9 l\u2019objet, qu\u2019il arrive quelquefois qu\u2019il n\u2019y a pas division mais que l\u2019\u00eatre entier, l\u2019\u00e2me et le corps, participent au ravissement.<\/p><p>Dans cette communion, la division fut tr\u00e8s intense mais tr\u00e8s courte, je crois\u2009; mon \u00e2me fut soudainement enlev\u00e9e avec un amour qui n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 Dieu et qui ne peut \u00eatre compris qu\u2019en lui&#8230; mais je n\u2019eus pas de vision. Dans d\u2019enivrants t\u00e9moignages d\u2019amour, mon divin J\u00e9sus, en me donnant le courage de recevoir, d\u2019accepter et de les lui offrir, me fit des r\u00e9v\u00e9lations bien douloureuses qui se r\u00e9alis\u00e8rent, h\u00e9las\u2009! le jour m\u00eame. Dans sa divine bont\u00e9, J\u00e9sus ne me fit pas conna\u00eetre comment j\u2019allais \u00eatre \u00e9prouv\u00e9e, ni quand, mais de recevoir comme il le voulait la nouvelle croix qu\u2019il m\u2019avait pr\u00e9par\u00e9e&#8230; qu\u2019une \u00e9preuve bien sensible m\u2019attendait et de p\u00e9nibles tourments, mais de lui demeurer bien abandonn\u00e9e, qu\u2019il me soutiendrait, me disant que j\u2019\u00e9tais sa victime et que je n\u2019\u00e9tais qu\u2019\u00e0 lui, qu\u2019il pouvait donc m\u2019\u00e9prouver chaque jour davantage et comme il le voulait.<\/p><p>Je sens sans cesse que je suis toute \u00e0 J\u00e9sus&#8230; je m\u2019offre encore toute \u00e0 lui pour tout ce qu\u2019il demande de moi. \u00d4 J\u00e9sus, mon unique amour, je suis toute \u00e0 vous, toute pour vous\u2009!<\/p><p>Oui, mon tendre J\u00e9sus, je suis \u00e0 vous et ne souhaite que de faire votre adorable volont\u00e9\u2009! Mon Dieu, je vous aime et m\u2019abandonne \u00e0 votre C\u0153ur tout br\u00fblant\u2009! J\u2019adore, je b\u00e9nis vos d\u00e9crets, je sais qu\u2019ils sont toujours pleins d\u2019amour et de bont\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de votre petite victime.<\/p><p>Pourquoi, \u00f4 mon Seigneur, pourquoi, \u00f4 J\u00e9sus, vouloir approcher de votre extr\u00eame grandeur mon extr\u00eame bassesse\u2009? Dans ma petitesse et ma mis\u00e8re sans fin, je me vois impuissante \u00e0 vous remercier comme je le dois et comme je le voudrais, pour vos si grands bienfaits.<\/p><p>\u00d4 divin H\u00f4te de mon \u00e2me, je vous offre tous les honneurs, les louanges et les actions de gr\u00e2ce des \u00e2mes qui sont dans le ciel et sur la terre, les invitant, les suppliant de vous louer et de vous b\u00e9nir avec moi&#8230; C\u2019est surtout ma tendre M\u00e8re et puissante M\u00e9diatrice que je supplie et charge de vous remercier pour moi.<\/p><p>Je vois de plus en plus clairement qu\u2019on ne gagne les \u00e2mes \u00e0 Dieu qu\u2019\u00e0 force de bont\u00e9, qu\u2019\u00e0 force d\u2019amour. L\u2019amour fait toute la joie de mon \u00e2me. C\u2019est par l\u2019amour que je me consomme dans l\u2019unit\u00e9 et la v\u00e9rit\u00e9 qui est Dieu, et que je demeure ab\u00eem\u00e9e dans cet Oc\u00e9an de lumi\u00e8re o\u00f9 je go\u00fbte le divin bonheur de sentir la douce pr\u00e9sence de mon Dieu dans ma petite \u00e2me. Ah\u2009! qu\u2019il fait bon souffrir quand on vit ab\u00eem\u00e9e dans l\u2019amour, et comme le malheur et la souffrance font aimer Dieu.<\/p><p>La partie sup\u00e9rieure de l\u2019\u00e2me reste int\u00e9rieurement recueillie en Dieu, quand m\u00eame la douleur tenaille tout mon \u00eatre, quand m\u00eame aussi je suis oblig\u00e9e de m\u2019occuper ext\u00e9rieurement\u2009! \u00d4 vie de J\u00e9sus en moi, que vous m\u2019\u00eates n\u00e9cessaire, vous seul \u00eates mon refuge, ma patience, mon courage, ma paix et ma consolation.<\/p><p>Sans vous, \u00f4 mon Tr\u00e9sor et mon Tout, ma pauvre petite \u00e2me se dess\u00e9cherait comme une fleur sans eau\u2009; mais avec vous et par vous je me sens de plus en plus \u00e9perdue d\u2019amour et d\u2019abandon.<\/p><p>Que demande le Seigneur de toute bont\u00e9 et de toute mis\u00e9ricorde pour \u00e9tablir sa demeure dans un c\u0153ur\u2009? C\u2019est que ce c\u0153ur se donne sans cesse tout \u00e0 lui, que tous ses battements ne soient que pour lui, afin de lui laisser sans r\u00e9sistance verser l\u2019abondance de sa gr\u00e2ce et de ses bienfaits.<\/p><p>Quelle que soit sa vie et sa condition, l\u2019\u00e2me qui se donne \u00e0 J\u00e9sus jouit d\u2019une paix d\u00e9licieuse qui surpasse tout sentiment.<\/p><p>Si l\u2019on savait comprendre combien est heureuse l\u2019\u00e2me qui sait voir Dieu dans la foi, dans l\u2019amour, et qui l\u2019aime de tout son c\u0153ur.<\/p><p>C\u2019est en tenant toujours int\u00e9rieurement mes regards fix\u00e9s sur la divine bont\u00e9 de J\u00e9sus que je re\u00e7ois le courage et la patience dont j\u2019ai tant besoin. Je veux avoir une \u00e2me qui chante, m\u00eame quand je suis en proie aux plus grandes douleurs.<\/p><p>Pourquoi fr\u00e9mir, puisque je suis la petite victime au c\u0153ur tout donn\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus\u2009?<\/p><p>&lt;\u2009date\u2009?\u2009&gt;<\/p><p>\u00d4 Seigneur\u2009! \u00f4 mon P\u00e8re et mon Dieu\u2009! \u00f4 mon divin J\u00e9sus, je sais que vous ne refuserez pas de me faire conna\u00eetre votre adorable et sublime volont\u00e9\u2009! vous demandant sans cesse de l\u2019accomplir en moi et autour de moi\u2009! \u00d4 Sauveur bien-aim\u00e9, vous \u00eates l\u2019\u00c2me de mon \u00e2me et la Vie de ma vie\u2009; c\u2019est vous, \u00f4 tendre ami, qui disposez de votre petite victime\u2009! \u00c9clairez mon esprit de vos divines lumi\u00e8res, faites sentir \u00e0 mon c\u0153ur aimant ce que je dois faire et dire&#8230; soyez moi en tout.<\/p><p>Que les tourments, les frayeurs, les incertitudes de ma petite \u00e2me si douloureuse me laissent comprendre votre bon plaisir&#8230; je m\u2019abandonne \u00e0 tout. Faites, \u00f4 J\u00e9sus, qu\u2019elles s\u2019\u00e9vanouissent aussit\u00f4t quand je dois r\u00e9pondre \u00e0 une demande, et qu\u2019avec confiance et docilit\u00e9 je m\u2019abandonne \u00e0 vous, vous suppliant de parler par moi.<\/p><p>Je sens venir de poignantes douleurs, de grandes \u00e9preuves\u2009; mais je suis pr\u00eate \u00e0 tout accepter, \u00e0 tout ch\u00e9rir de votre main que j\u2019aime et adore. Les nombreuses preuves d\u2019amour dont vous m\u2019avez favoris\u00e9e sont assez frappantes et \u00e9meuvent si profond\u00e9ment ma petite \u00e2me pour que j\u2019aie toutefois toute confiance en vous seul\u2009!<\/p><p>\u00d4 bont\u00e9 divine, bont\u00e9 ineffable, ne suis-je pas la petite victime qui a donn\u00e9 son c\u0153ur tout \u00e0 vous, l\u2019humble petite fleur que vous avez cueillie dans vos mains\u2009? Vos divins bras m\u2019apparaissent toujours ouverts au fond des malheurs, c\u2019est donc en vous que je me confie et m\u2019\u00e9panche. L\u2019horizon est plein d\u2019alarmes, tout m\u2019attend peut-\u00eatre&#8230; je suis v\u00f4tre, \u00f4 mon Dieu, j\u2019ai confiance dans la paix et dans la foi qui, seule, donne l\u2019esp\u00e9rance et le courage.<\/p><p>Que tout serve au salut des \u00e2mes. Soutenez-moi, \u00f4 mon divin Soleil, r\u00e9chauffez votre petite fleur de vos br\u00fblants rayons, surtout dans les moments o\u00f9 mon pauvre courage n\u2019est pas \u00e0 la hauteur de votre souveraine bont\u00e9, de la t\u00e2che que vous m\u2019avez confi\u00e9e\u2009; alors, quels que soient les coups dont je dois \u00eatre broy\u00e9e, je saurai les recevoir et les accepter avec amour&#8230; car j\u2019esp\u00e8re. J\u2019aime mon Dieu et je suis aim\u00e9e de lui\u2009! Que l\u2019Amour soit b\u00e9ni d\u2019augmenter chaque jour mon martyre, parce que chaque jour il y a l\u2019union de mon \u00e2me et de mon c\u0153ur dans l\u2019offrande de mes douleurs.<\/p><p>Profondeur imp\u00e9n\u00e9trable des vouloirs divins, je vous adore de tout mon c\u0153ur, je sais bien que vous \u00eates la mis\u00e9ricorde et la tendresse m\u00eame, jusque dans vos rigueurs.<\/p><p>Mon sacrifice est doux, l\u2019accomplissant pour le plus grand amour, pour le plus grand r\u00e8gne de Dieu. La temp\u00eate n\u2019habite pas dans le c\u0153ur o\u00f9 vit J\u00e9sus. L\u2019amour transforme en esp\u00e9rance toutes mes douleurs\u2009; que le fruit de mes souffrances se r\u00e9pande sur ma ch\u00e8re paroisse et ma ch\u00e8re France, par l\u2019apostolat de mon p\u00e8re et de mes fr\u00e8res spirituels.<\/p><p>C\u2019est le sacrifice dans le sacrifice, mais plus encore l\u2019amour dans l\u2019amour.<\/p><p>La Vierge Marie, si compatissante, met toujours quelques gouttes de baume divin pour adoucir l\u2019amertume du calice&#8230;<\/p><p>J\u00e9sus, mon amour\u2009! mon c\u0153ur g\u00e9mit, mais mon \u00e2me comprend et b\u00e9nit\u2009; je veux avoir une \u00e2me qui chante m\u00eame dans les plus grandes douleurs. La foi me soutient, l\u2019amour m\u2019embaume et m\u2019\u00e9l\u00e8ve, ravie, et je rends gr\u00e2ce \u00e0 mon Dieu de me donner tant de coups douloureux. Il veut que mon bonheur ne soit qu\u2019au ciel, c\u2019est pourquoi il ne veut pas me permettre de l\u2019oublier (ne m\u2019accordant point de r\u00e9pit). Je ne garde rien pour moi, je donne tout \u00e0 mon Dieu pour qu\u2019il r\u00e9pande tout sur les \u00e2mes&#8230; L\u2019exil m\u2019est long, mais je l\u2019aime, puisqu\u2019il n\u2019est que souffrance, jusqu\u2019au moment o\u00f9 mon \u00e2me s\u2019unira pour toujours \u00e0 son Sauveur&#8230; Le sacrifice double la longueur de l\u2019attente, mais quand sonnera l\u2019heure supr\u00eame, j\u2019oublierai vite toute douleur.<\/p><p>J\u2019invoque pour les \u00e2mes et sur les \u00e2mes les b\u00e9n\u00e9dictions et les lumi\u00e8res d\u2019en-haut\u2009; mon d\u00e9vouement restera toujours inalt\u00e9rable. La charit\u00e9 qui m\u2019anime ne se d\u00e9mentira point, puisque J\u00e9sus lui-m\u00eame y a mis le sceau&#8230;<\/p><p>Qu\u2019il fait bon demeurer dans l\u2019Amour \u00e0 travers toutes les souffrances, tous les tourments qui agitent l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019\u00e2me, pendant que la partie sup\u00e9rieure reste doucement unie et fix\u00e9e en Dieu dans l\u2019oraison et m\u00eame hors de l\u2019oraison. Demeurer consomm\u00e9e dans l\u2019Amour, quel d\u00e9lice inestimable\u2009!<\/p><p>\u00d4 mon \u00e2me\u2009! louons, aimons le Seigneur si bon qui veut bien se servir de nous pour se faire aimer par d\u2019autres \u00e2mes&#8230; Quand une \u00e2me vit dans le recueillement, alors que tant d\u2019autres se dissipent, il lui semble que les divins rayons d\u2019amour et de v\u00e9rit\u00e9, refoul\u00e9s ou d\u00e9laiss\u00e9s par tant d\u2019\u00e2mes, se rassemblent pour venir \u00e0 elle&#8230;<\/p><p>\u00d4 mon divin J\u00e9sus, unique soutien de mon \u00e2me\u2009! c\u2019est vous, vous seul, vous toujours que j\u2019appelle, que je sens pr\u00e8s de moi, qui me r\u00e9pondez dans votre tendresse ineffable\u2009! Vous qui m\u2019aimez&#8230; et que j\u2019aime. \u00d4 Dieu d\u2019amour, \u00f4 Ma\u00eetre ador\u00e9, que tendre et br\u00fblant est pour moi votre C\u0153ur si doux, pour moi surtout qui ne sais vous rendre que de faibles louanges, qui ne sais vous offrir que de pauvres souffrances et l\u2019amour dont vous inondez mon c\u0153ur en un torrent de gr\u00e2ces.<\/p><p>Mon c\u0153ur palpite et vibre de reconnaissance dans une pens\u00e9e continuelle que ce Dieu si grand est non seulement bon, vrai, aimable, mis\u00e9ricordieux, compatissant, mais qu\u2019il nous aime. Il a pour nous plus que de la bont\u00e9. Il a de l\u2019amour et son amour est infini comme lui. L\u2019amour de Dieu, c\u2019est l\u2019amour fort et protecteur d\u2019un p\u00e8re, l\u2019amour sublime d\u2019une m\u00e8re. Il a deux grandes flammes particuli\u00e8res\u2009: la divine passion et la divine jalousie. Hors de cet amour, ceux de la terre ne sont que des ombres bien p\u00e2les. Comment pourrait-il en \u00eatre autrement\u2009? Dieu ne se lasse jamais d\u2019aimer et il ne se rassasie jamais d\u2019\u00eatre aim\u00e9\u2009: \u00ab\u2009Vous aimerez, nous dit-il, le Seigneur votre Dieu de tout votre c\u0153ur, etc&#8230;\u2009\u00bb Voil\u00e0 ce qu\u2019il demande et ce qu\u2019il veut recevoir de nous. Il le demande parce qu\u2019il le donne avant nous.<\/p><p>Notre Dieu est un Dieu jaloux.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, mes d\u00e9lices et ma vie\u2009! je vous aime et j\u2019admire tous vos desseins sur moi.<\/p><p>^ 23 juillet 1930 (mercredi)<\/p><p>J\u2019ai soif de vous, \u00f4 J\u00e9sus\u2009! je soupire apr\u00e8s vous, \u00f4 fontaine d\u2019amour\u2009! Demain, le Pain des anges me sera donn\u00e9\u2009; mon \u00e2me est si heureuse qu\u2019aucun mot, qu\u2019aucune phrase ne peut traduire ce surnaturel bonheur. Que je souffre dans mon corps, dans mon c\u0153ur, dans toute mon \u00e2me tortur\u00e9e de toutes mani\u00e8res par l\u2019esprit infernal\u2009! \u00d4 mon J\u00e9sus, sera-ce la derni\u00e8re fois que vous viendrez \u00e0 moi dans votre sacrement d\u2019amour\u2009? Est-elle sonn\u00e9e, l\u2019heure de l\u2019union \u00e9ternelle \u00e0 laquelle mon \u00e2me soupire avec tant d\u2019ardeur\u2009? Demain sera-t-il le dernier jour o\u00f9 nous serons unis l\u2019un \u00e0 l\u2019autre ici-bas\u2009?&#8230; Il est vrai que la communion est continuelle pour l\u2019\u00e2me qui fait votre volont\u00e9.<\/p><p>Oh que je souffre\u2009! quel douloureux enchev\u00eatrement de choses je sens se d\u00e9rouler, auxquelles je suis impuissante \u00e0 rem\u00e9dier. Je m\u2019en remets \u00e0 vous, \u00f4 mon Dieu\u2009; suppl\u00e9ez vous-m\u00eame \u00e0 tout, je m\u2019abandonne entre vos bras.<\/p><p>Que la souffrance aim\u00e9e est belle, non seulement par elle-m\u00eame, mais surtout \u00e0 cause des fruits qu\u2019elle produit en nous. Quelle suave douceur de vivre participante aux souffrances du Dieu r\u00e9dempteur\u2009!<\/p><p>Console-toi, mon \u00e2me\u2009! chante avec les anges et les saints, parce que ton divin Ami vient te consoler.<\/p><p>C\u2019est vous surtout, \u00f4 M\u00e8re incomparable, que je supplie de d\u00e9truire en moi tout ce qui n\u2019est pas pour J\u00e9sus et \u00e0 J\u00e9sus. Promenez en mon \u00eatre le fer qui \u00e9prouve et le feu qui purifie, afin qu\u2019il n\u2019y ait rien dans mon c\u0153ur qui puisse d\u00e9plaire \u00e0 Celui que ch\u00e9rit mon \u00e2me. \u00d4 puissante Reine, rendez-moi un pur calice d\u2019amour\u2009; ornez, parez mon petit c\u0153ur qui va devenir bient\u00f4t le berceau de votre divin Fils.<\/p><p>\u00d4 mon Amour crucifi\u00e9\u2009! gardez-moi toujours crucifi\u00e9e avec vous. \u00d4 douce Vierge Marie, votre petite enfant a bien mal\u2009! Vous seule connaissez combien elle est heureuse de souffrir autant qu\u2019elle souffre. Que par votre C\u0153ur, \u00f4 tendre M\u00e8re, mon c\u0153ur ne quitte jamais celui de J\u00e9sus.<\/p><p>^ 24 juillet 1930 (jeudi)<\/p><p>Je ne dois vouloir que ce que veut le Bon Dieu, parce qu\u2019il le veut. Je suis toute livr\u00e9e \u00e0 lui. Je suis sa propri\u00e9t\u00e9. Il a donc sur moi un droit absolu.<\/p><p>N\u2019\u00eatre rien, plus rien si ce n\u2019est d\u2019\u00eatre v\u00e9ritablement la chose de Dieu, la petite victime de J\u00e9sus. Je me jette, je me donne et m\u2019abandonne avec ardeur dans l\u2019immensit\u00e9 du bon plaisir divin, d\u00e9gag\u00e9e, d\u00e9livr\u00e9e de tout, du pr\u00e9sent et de l\u2019avenir. Ma vie est toute d\u2019amour et ne veut \u00eatre qu\u2019\u00e0 l\u2019Amour, vivre dans le bien et pour le bien et le r\u00e9pandre autour de moi, heureuse comme les ap\u00f4tres et les martyrs de souffrir pour J\u00e9sus.<\/p><p>Cette nuit, j\u2019ai renouvel\u00e9 l\u2019abandon, l\u2019acceptation, l\u2019offrande \u00e0 l\u2019aimable volont\u00e9 de Dieu, et d\u00e8s lors je me sens tout envelopp\u00e9e d\u2019une nouvelle paix. C\u2019est la paix dans la douleur, la paix dans l\u2019\u00e9preuve, la paix dans la vie surnaturelle. Tout en moi est amour et divine paix, mon \u00e2me et mon c\u0153ur en d\u00e9bordent. Le Sacr\u00e9-C\u0153ur de J\u00e9sus est le purgatoire dont les flammes ardentes purifient ceux qui l\u2019aiment.<\/p><p>N\u2019avoir qu\u2019un d\u00e9sir, un seul\u2009: celui de couvrir nuit et jour ma croix des roses de l\u2019amour, de toutes les fleurs de l\u2019abandon, des joies et des douleurs cach\u00e9es. Quel bonheur profond de vivre v\u00e9ritablement \u00e0 J\u00e9sus et pour lui plaire. Sublime Volont\u00e9 de mon Dieu, soyez ma nourriture\u2009! Mis\u00e9ricordieuse Volont\u00e9 de mon Dieu, soyez mon breuvage\u2009! \u00d4 P\u00e8re\u2009! que votre volont\u00e9 soit faite et non la mienne\u2009! Mon \u00e2me est tout an\u00e9antie en J\u00e9sus\u2009; je me sens de plus en plus \u00e9perdue de reconnaissance. L\u2019amour me p\u00e9n\u00e8tre et me consume. Si l\u2019amour qui est en moi est cause de l\u2019augmentation toujours croissante de mes souffrances, je rends gr\u00e2ces \u00e0 mon Dieu de les multiplier, puisqu\u2019en chacune d\u2019elles grandit mon amour&#8230;<\/p><p>Ah\u2009! si l\u2019on savait comprendre la sublime beaut\u00e9 de cette v\u00e9rit\u00e9\u2009: souffrir en aimant et aimer en souffrant\u2009!<\/p><p>Je serai l\u2019\u00e2me qui s\u2019immole \u00e0 tout, qui laisse tout, qui n\u2019a plus qu\u2019une pens\u00e9e\u2009: accomplir sans rel\u00e2che le bon plaisir divin et le bien des \u00e2mes, de toutes les \u00e2mes.<\/p><p>Rien ne peut rassasier la soif de mon c\u0153ur ici-bas, parce qu\u2019il est tout \u00e0 J\u00e9sus, et tout pour lui. Mon \u00e2me est avide d\u2019un seul tr\u00e9sor\u2009: aimer.<\/p><p>J\u00e9sus est mon ma\u00eetre, je suis son bien\u2009; il peut faire de moi ce qu\u2019il lui pla\u00eet.<\/p><p>\u00d4 bont\u00e9 et amour de J\u00e9sus en moi, soyez \u00e0 jamais b\u00e9nis.<\/p><p>Amen.<\/p><p>^ 25 juillet 1930 (vendredi)<\/p><p>\u00d4 doux bonheur\u2009! le voil\u00e0 donc arriv\u00e9, ce beau jour de sainte communion que j\u2019attends avec une si vive \u00e9motion. Sainte communion\u2009! Ce nom m\u2019\u00e9meut toujours beaucoup, soit quand je l\u2019entends prononcer, soit que je le prononce moi-m\u00eame ou le fasse \u00e9crire. C\u2019est demain, ce jour de joie o\u00f9 J\u00e9sus vient \u00e0 moi et en moi\u2009; aucune parole ne saurait d\u00e9peindre la joie tout int\u00e9rieure que je ressens. Oh merci\u2009! merci, aimable et si doux J\u00e9sus. Oui, je sais et reconnais que Dieu me fait ce jour-l\u00e0 des gr\u00e2ces de choix\u2009; mon p\u00e8re spirituel a bien raison de me le dire\u2009; mais en toute sinc\u00e9rit\u00e9, j\u2019avoue que ce n\u2019est pas \u00e0 cause des gr\u00e2ces particuli\u00e8res que j\u2019y re\u00e7ois que je soupire tant \u00e0 faire la sainte communion\u2009; non, non, je sais bien que je n\u2019y ai aucun droit, c\u2019est pourquoi je n\u2019y attache qu&rsquo;une rare importance. Je les estime \u00e0 un tr\u00e8s haut degr\u00e9 et en rends gr\u00e2ce, et b\u00e9nis mon Dieu. Je sais trop combien il serait ingrat de ma part d\u2019agir autrement. J\u00e9sus daigne vouloir me les accorder, mais s\u2019il lui pla\u00eet de me les retirer&#8230; eh bien\u2009! que sa sainte volont\u00e9 soit faite.<\/p><p>Apprenez-moi, mon Dieu, \u00e0 toujours mieux vous aimer, \u00e0 savoir toujours plus vous plaire en tout ce que vous attendez et demandez de moi.<\/p><p>Je me confesserai juste avant de faire la communion. Vous savez, \u00f4 Dieu d\u2019amour et de toute bont\u00e9, combien votre enfant est arm\u00e9e de bonne volont\u00e9 et confondue de regrets quand elle vous dit et vous r\u00e9p\u00e8te du fond de son c\u0153ur qu\u2019elle se repent am\u00e8rement de tous les p\u00e9ch\u00e9s qu\u2019elle a pu commettre dans tout le cours de sa vie, et qu\u2019elle vous promet de vouloir se corriger de tout ce qui peut vous d\u00e9plaire en elle. Vous savez aussi combien je\u2009suis faible, que je ne puis rien sans vous.<\/p><p>Venez, \u00f4 mon si doux J\u00e9sus, venez dans mon petit c\u0153ur qui a faim et soif de vous recevoir. Rendez-moi bonne, aimante, confiante, ob\u00e9issante comme vous me voulez.<\/p><p>Ah\u2009! quelle joie d\u00e9licieuse\u2009! quel bonheur ineffable quand je puis faire toutes mes pri\u00e8res, toutes mes demandes en m\u2019entretenant avec vous, \u00f4 divin h\u00f4te et le bien-aim\u00e9 de mon \u00e2me\u2009! Le jour o\u00f9 vous \u00eates tout en moi et que je suis toute en vous, je me sens tellement entour\u00e9e, envelopp\u00e9e dans les bras de mon Dieu que je ne puis m\u2019occuper que de lui, ne penser qu\u2019\u00e0 lui, ne vivre que de lui et pour lui. C\u2019est pour moi un tourment horrible lorsque je suis oblig\u00e9e de me pr\u00eater \u00e0 un entretien en dehors de Dieu.<\/p><p>Je sens bien tout ce que J\u00e9sus me donne en se donnant \u00e0 moi. Je suis palpitante et toute saisie de respect et d\u2019amour,\u00a0 tremblante comme une fr\u00eale feuille sous le souffle de l\u2019orage, me demandant ce que j\u2019apporterai et donnerai, moi pauvre petite indigente, \u00e0 ce Dieu qui me comble de gr\u00e2ces, de bont\u00e9 et de mis\u00e9ricorde, \u00e0 ce Dieu plein d\u2019amour qui, en se donnant \u00e0 moi, d\u00e9pose en mon c\u0153ur le sceau des \u00e9lus. Ma crainte n\u2019est que passag\u00e8re\u2009; je sais que J\u00e9sus est l\u2019ami des humbles, des pauvres et des petits, et tout mon \u00eatre soupire apr\u00e8s l\u2019heure o\u00f9 ce divin R\u00e9dempteur va se donner tout entier \u00e0 moi. Je me r\u00e9fugie toute dans les bras maternels de Marie, la suppliant de purifier, de parer elle-m\u00eame mon c\u0153ur qui va \u00eatre le sanctuaire de son divin Fils. Alors j\u2019attends, paisible, rassurant mon \u00e2me de ne pas craindre&#8230; que Celui qui vient \u00e0 elle est lui-m\u00eame la richesse infinie, et qu\u2019il vient les mains pleines de gr\u00e2ces. \u00d4 mon \u00e2me, bien mieux que toi, ce Dieu juste et bon conna\u00eet ta mis\u00e8re et l\u2019ab\u00eeme sans fond de ton indigence, et c\u2019est pour la rendre pure et belle qu\u2019il vient \u00e0 toi.<\/p><p>Plus un vase est vide, plus on y met de liquide\u2009; plus l\u2019\u00e2me est vide pour recevoir J\u00e9sus, plus il l\u2019enrichit et la favorise de ses dons. Tous les d\u00e9sirs de J\u00e9sus sont de combler l\u2019extr\u00eame de notre mis\u00e8re des merveilleux et immortels tr\u00e9sors de sa mis\u00e9ricorde.<\/p><p>Esp\u00e8re, mon \u00e2me, J\u00e9sus va te pardonner tout ce qui a pu lui d\u00e9plaire en toi\u2009; il va t\u2019absoudre et oublier toutes tes n\u00e9gligences, tous tes d\u00e9fauts. C\u2019est lui qui a dit\u2009: \u00ab\u2009Ce sont les malades qui ont besoin du m\u00e9decin et non ceux qui se portent bien.\u2009\u00bb Il a dit aussi\u2009: \u00ab\u2009Laissez venir \u00e0 moi les petits enfants.\u2009\u00bb<\/p><p>Ne tremble pas, mon \u00e2me, J\u00e9sus t\u2019appelle\u2009; va au-devant de lui avec la plus grande confiance, la plus profonde humilit\u00e9, le plus profond repentir de l\u2019avoir contrist\u00e9, lui qui est toute bont\u00e9 pour toi et tout amour.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus\u2009! vous connaissez tous mes sentiments intimes\u2009; vos regards p\u00e9n\u00e8trent mon c\u0153ur\u2009; vous savez que je vous aime.<\/p><p>Ah\u2009! que l\u2019enfer est donc affreux\u2009! que le d\u00e9mon est donc un \u00eatre horrible\u2009! Cette pens\u00e9e me fait demander \u00e0 Dieu dans la plus profonde humilit\u00e9 et de toute l\u2019ardeur de mon \u00e2me, de m\u2019accorder la gr\u00e2ce de l\u2019aimer chaque jour davantage, lui qui n\u2019est que tendresse et supr\u00eame beaut\u00e9, afin que je ne tombe jamais dans cette horrible prison o\u00f9 tout mon d\u00e9sespoir serait de ne jamais le voir et d\u2019\u00eatre \u00e0 jamais s\u00e9par\u00e9e de lui.<\/p><p>Sainte communion. Il est en moi, ce doux tr\u00e9sor que j\u2019aime tant. Oh\u2009! quelle douceur\u2009! j\u2019ai peur de mourir sous l\u2019exc\u00e8s de ce bonheur, mais mon bien-aim\u00e9 est en moi, qu\u2019ai-je \u00e0 craindre\u2009? S\u2019il veut que je meure maintenant dans ses bras, j\u2019en serai bien trop heureuse&#8230; quelle gr\u00e2ce immense\u2009! Poss\u00e9der J\u00e9sus, c\u2019est bien le ciel dans mon c\u0153ur. Peut-on jouir d\u2019un plus grand bienfait, d\u2019un bien plus ineffable que celui de causer avec lui comme avec un ami cher, de sentir qu\u2019il est l\u00e0, de le remercier, de l\u2019implorer, de l\u2019\u00e9couter, de l\u2019entendre, de lui confier toutes mes peines, de lui faire toutes mes recommandations, de lui abandonner tous mes d\u00e9sirs, moi qui suis pourtant si petite, \u00e0 lui, le divin Roi qui est la grandeur et la souverainet\u00e9 infinie. Oh\u2009! je suis heureuse\u2009! Mon Dieu, ayez piti\u00e9 de votre petite victime, gardez-la toute pour vous, toujours en vous\u2009; ayez piti\u00e9 de toutes les personnes qui ont fait la sainte communion aujourd\u2019hui, gardez-les d\u00e9sormais pr\u00e8s de vous.<\/p><p>\u00d4 divin et bien-aim\u00e9 J\u00e9sus\u2009! b\u00e9nissez et comblez de vos divines gr\u00e2ces toutes les \u00e2mes. Faites-vous aimer des pauvres p\u00e9cheurs. A vous, \u00f4 roi tout-puissant, en reviendra toute la gloire.<\/p><p>Amen.<\/p><p>^ 8 ao\u00fbt 1930 (vendredi)<\/p><p>Assomption. Jour de bonheur et de joie quand m\u00eame j\u2019ai beaucoup souffert ce jour. J\u2019ai renouvel\u00e9 mon abandon et ma r\u00e9solution\u2009: \u00eatre toujours et sans r\u00e9serve la v\u00e9ritable enfant de Marie, \u00eatre dans toute la mesure du possible sa docile imitatrice, l\u2019entourer et la faire entourer de respect, de tendresse et d\u2019amour comme me le demande J\u00e9sus. Je veux vivre filialement aupr\u00e8s d\u2019elle en toute confiance et abandon sous ses regards protecteurs jusqu\u2019aux supr\u00eames limites.<\/p><p>Je l\u2019aime tant, la Sainte Vierge, et pour lui prouver mon amour, je dois donc rechercher \u00e0 lui plaire en tout et la consulter int\u00e9rieurement dans tous mes besoins et n\u00e9cessit\u00e9s. Quel d\u00e9licieux et \u00e9mouvant mod\u00e8le que Marie\u2009! C\u2019est par Marie et avec Marie et en Marie que j\u2019irai \u00e0 J\u00e9sus et serai toute \u00e0 lui. Si l\u2019on savait de quelle d\u00e9licieuse et intime union go\u00fbtent et jouissent les \u00e2mes qui vivent dans la compagnie de la divine M\u00e8re de J\u00e9sus, notre M\u00e8re\u2009!<\/p><p>Assomption\u2009! que ce nom est doux \u00e0 ma petite \u00e2me\u2009! Quelle splendide et merveilleuse journ\u00e9e que l\u2019assomption dans le ciel\u2009! Les anges ravis, pleins d\u2019ardeur et de feu, adorent dans un divin silence, fr\u00e9missants d\u2019all\u00e9gresse, d\u2019amour et d\u2019admiration.<\/p><p>En me remettant sans aucune r\u00e9serve sous l\u2019immortel refuge du C\u0153ur immacul\u00e9 de Marie, j\u2019y ai remis avec moi tous ceux que j\u2019aime, tous mes parents, amis, bienfaiteurs, tous ses prot\u00e9g\u00e9s\u2009: Les deux paroisses, toutes les \u00e2mes&#8230; la France et toutes les \u00e2mes qui l\u2019habitent, toutes les \u00e2mes du purgatoire. J\u2019ai la douce confiance que la divine et puissante Marie les enveloppera toutes de sa rayonnante assistance et de sa mis\u00e9ricordieuse charit\u00e9. Louange et b\u00e9n\u00e9diction soient rendues \u00e0 la Vierge Marie sur la terre et dans le ciel.<\/p><p>^ 15 ao\u00fbt 1930 (vendredi)<\/p><p>Sainte communion. Mon c\u0153ur d\u00e9borde et palpite de reconnaissance et d\u2019amour. Quel divin embrassement\u2009! quel embrassement d\u2019amour entre mon \u00e2me et J\u00e9sus. Je poss\u00e8de en moi mon Sauveur et Seigneur J\u00e9sus. Il est r\u00e9ellement pr\u00e9sent dans mon c\u0153ur, lui-m\u00eame me le dit avec ivresse&#8230; j\u2019ai pleur\u00e9 abondamment, mais c\u2019est de joie et d\u2019amour.<\/p><p>Pas de parole ni m\u00eame de pri\u00e8res, cependant int\u00e9rieurement je dis beaucoup de choses \u00e0 J\u00e9sus Hostie.<\/p><p>Faites en moi tout ce qui vous pla\u00eet, \u00f4 c\u00e9leste \u00e9poux de mon \u00e2me\u2009! Vivez et r\u00e9gnez en moi pour toujours. \u00d4 mon unique ami, je\u2009vous b\u00e9nis et vous remercie de toutes vos gr\u00e2ces divines.<\/p><p>\u00d4 M\u00e8re bien aim\u00e9e, aidez votre humble et petite enfant \u00e0 remercier J\u00e9sus des suaves d\u00e9lices r\u00e9pandues dans le secret de mon \u00e2me.<\/p><p>\u00d4 mon J\u00e9sus\u2009! \u00f4 mon Roi ch\u00e9ri\u2009! laissez votre petite victime reposer sur votre C\u0153ur si doux&#8230; Apr\u00e8s quelques heures de d\u00e9licieuse union, J\u00e9sus, qui est mon Ma\u00eetre, a voulu retirer de mon \u00e2me le sentiment si intime de sa pr\u00e9sence. Une impression de vide m\u2019a douloureusement et si soudainement \u00e9treinte que ma pauvre petite \u00e2me n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019une petite fleur ensanglant\u00e9e sur la croix. Toute la journ\u00e9e, mon Sauveur m\u2019a conduite d\u2019\u00e9preuves en \u00e9preuves, de douleurs en douleurs&#8230; \u00f4\u2009! merci. Je vous b\u00e9nis de tout, \u00f4 divin Soleil de mon \u00e2me&#8230; vous avez voulu et il vous a plu que la souffrance et la peine int\u00e9rieure \u00e9galassent mon si grand bonheur\u2009; eh bien\u2009! fiat et tant mieux.<\/p><p>Mon Dieu et mon tout, faites, je vous en conjure, que ma vie soit un incessant acte d\u2019amour et que je ne passe sur la terre qu\u2019en faisant le bien. Je sais qu\u2019un jour pass\u00e9 sans avoir pratiqu\u00e9 une vertu est un jour perdu pour le ciel, quand m\u00eame l\u2019on n\u2019aurait fait aucune faute, mais je sais aussi que les roses du sacrifice et des douleurs pleuvent journellement et abondamment pour moi\u2009; qu\u2019au moins, \u00f4 mon Dieu, je n\u2019en laisse tomber aucune. Faire le bien pour l\u2019amour de Dieu et le faire en tout par amour pour Dieu\u2009! Mon Dieu, vous qui \u00e9coutez toujours la pri\u00e8re des enfants, ne rejetez pas mes supplications, puisque je vous prie du fond de mon c\u0153ur\u2009! \u00d4 mon Dieu, vous le savez, je suis toute \u00e0 vous\u2009; rendez ma vie telle que vous la voulez&#8230; mais laissez-moi vous aimer, vous ch\u00e9rir plus que jamais. Que je reste toujours douce, bonne, humble, calme, m\u00eame dans les moments o\u00f9 je souffre le plus cruellement. Qu\u2019on s\u2019occupe peu de moi qui ne suis rien.<\/p><p>Vierge Sainte, ma bonne M\u00e8re, apprenez-moi \u00e0 bien ob\u00e9ir \u00e0 l\u2019adorable volont\u00e9 de Dieu et que je ne me plaigne jamais de rien. Aidez-moi, soutenez-moi, je vous en prie, pour tenir les promesses que j\u2019ai faites \u00e0 J\u00e9sus.<\/p><p>^ 16 ao\u00fbt 1930 (samedi)<\/p><p>Tout dans mon c\u0153ur est paix, joie, confiance, esp\u00e9rance, amour. \u00d4 mon J\u00e9sus\u2009! gardez-moi toujours dans vos bras bien-aim\u00e9s, vous que j\u2019aime tant\u2009! Comme je me sens heureuse int\u00e9rieurement\u2009! C\u2019est parce que j\u2019eus l\u2019ineffable joie de recevoir J\u00e9sus dans mon c\u0153ur hier. La sainte communion est tout mon r\u00e9confort et mon soutien. Elle est le ciel de mon \u00e2me et mon unique et vrai bonheur dans ma vie de martyre. Oui, mon bien ici-bas, c\u2019est l\u2019amour de mon Dieu, c\u2019est d\u2019\u00eatre unie \u00e0 lui\u2009! Quel ineffable partage en attendant l\u2019union du ciel\u2009! Toutes mes offrandes, toutes mes souffrances, tous mes sacrifices se transforment en pieuses et douces consolations. Ne vivre que de d\u00e9vouement et d\u2019abn\u00e9gation, d\u2019oubli de moi, de pri\u00e8re et de charit\u00e9.<\/p><p>Je b\u00e9nis la souffrance qui me procure le doux avantage de prouver \u00e0 J\u00e9sus que je l\u2019aime, ch\u00e9rissant sa divine volont\u00e9, qui vaut \u00e0 mon \u00e2me une source de jouissances qui ne s\u2019\u00e9puise jamais. Je vous remercie humblement, \u00f4 Dieu d\u2019amour, de toutes vos bont\u00e9s et tendresses pour moi, de toutes les \u00e9preuves qui sont ma couronne. B\u00e9nissez, je vous en conjure, tous mes d\u00e9sirs, toutes mes offrandes \u00e0 la gr\u00e2ce. Amen.<\/p><p>Je b\u00e9nis mon Dieu dans tout ce qu\u2019il voudra de moi. Rien ne me peut co\u00fbter, J\u00e9sus ayant d\u00e9pos\u00e9 dans mon c\u0153ur la blanche fleur de l\u2019immortelle esp\u00e9rance.<\/p><p>Que tous les esprits, tous les c\u0153urs, toutes les bouches s\u2019unissent pour c\u00e9l\u00e9brer les grandeurs et les amabilit\u00e9s infinies du Bon Dieu.<\/p><p>^ 17 ao\u00fbt 1930 (dimanche)<\/p><p>\u00d4 sainte et divine Eucharistie\u2009! \u00d4 mon J\u00e9sus, c\u2019est vous qui \u00eates si pr\u00e8s de moi&#8230; mon c\u0153ur est tendrement \u00e9mu. C\u2019est donc en la divine pr\u00e9sence de J\u00e9sus Hostie que l\u2019humble petite hostie de son amour va faire sa confession et recevoir le grand pardon de toutes ses fautes. Je sens mon c\u0153ur battre si fort que j\u2019arrive \u00e0 pouvoir \u00e0 peine respirer. Un feu tout divin et tout int\u00e9rieur me br\u00fble et ce n\u2019est que la douce pr\u00e9sence de J\u00e9sus en moi qui peut en calmer les trop vives ardeurs.<\/p><p>Quand j\u2019ai dit mes p\u00e9ch\u00e9s et que j\u2019\u00e9coute attentivement les admirables le\u00e7ons, les r\u00e9confortantes paroles et les religieux encouragements que J\u00e9sus me fait par son fid\u00e8le ministre, quand surtout il prononce d\u2019une voix que je sens tr\u00e8s \u00e9mue\u2009: dans un instant, J\u00e9sus va se donner \u00e0 vous, J\u00e9sus va \u00eatre tout \u00e0 vous et vous serez vous-m\u00eame toute \u00e0 lui, il est le grand ami qui va vous consoler, vous combler de ses gr\u00e2ces, vous montrer son amour et sa tendresse infinie\u2009; recueillez-vous, mon enfant, et faites du plus profond de votre c\u0153ur votre acte de contrition, pendant que je vais vous donner l\u2019absolution&#8230; tout mon \u00eatre palpite d\u2019\u00e9motion que je puis \u00e0 peine contenir. Je voudrais pleurer abondamment, mais J\u00e9sus ne me laisse pas toujours le bienfait des larmes \u00e0 ce moment-l\u00e0. Dans son amour il pr\u00e9f\u00e8re, je crois, que je pleure seule avec lui. Je dis aussi tout bas \u00e0 mon Dieu\u2009: pardonnez-moi, mon Dieu, \u00f4 mon P\u00e8re plein de mis\u00e9ricorde pour votre enfant\u2009; pardonnez-moi, \u00f4 J\u00e9sus, je me repens de toute mon \u00e2me de vous avoir contrist\u00e9, vous qui \u00eates la bont\u00e9 m\u00eame, vous qui n\u2019\u00eates que tendresse envers moi, petit grain de sable. Ah\u2009! je vous promets, \u00f4 Bont\u00e9 supr\u00eame, que je ne retomberai plus, que je ne vous offenserai plus&#8230; mais je vous supplie humblement d\u2019aider ma faiblesse.<\/p><p>Apr\u00e8s les puissantes paroles de l\u2019absolution prononc\u00e9es, je\u2009sens le divin pardon de mon Dieu reposer sur moi. Oh\u2009! quelle joie, quel moment incomparable\u2009! celui o\u00f9 J\u00e9sus, pr\u00e8s de mon lit de douleur, attend que mon c\u0153ur soit purifi\u00e9 pour se donner \u00e0 moi dans son sacrement d\u2019amour, gage supr\u00eame de la vie \u00e9ternelle. Il me semble que tout mon pauvre petit \u00eatre s\u2019est effac\u00e9, que ce n\u2019est plus moi, tant le calme profond et la paix divine inonde mon c\u0153ur. Plus rien ne me tourmente, je suis confiante et rassur\u00e9e. Il me semble alors que mon aimable et divine M\u00e8re, les anges et les saints sont pr\u00e9sents dans ma petite chambre, et que J\u00e9sus regarde son humble petite victime avec amour et tendresse. Int\u00e9rieurement, je tombe \u00e0 genoux aux pieds de la Sainte Vierge, lui demandant d\u2019\u00f4ter tout ce qui pourrait, dans mon c\u0153ur, d\u00e9plaire encore \u00e0 J\u00e9sus\u2009; que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 purifi\u00e9e par le sacrement de p\u00e9nitence, mais de me purifier jusqu\u2019\u00e0 la moindre imperfection qui pourrait ternir la demeure de mon Dieu, et de me donner un c\u0153ur tout nouveau, une \u00e2me transparente comme le pur cristal, afin que J\u00e9sus y voie de tous c\u00f4t\u00e9s sa Face adorable. Je la supplie de bien veiller sur son enfant, sur toutes mes bonnes r\u00e9solutions, mes promesses, et de vouloir toujours \u00eatre ma bien-aim\u00e9e m\u00e9diatrice aupr\u00e8s des Trois Personnes de la Sainte Trinit\u00e9.<\/p><p>\u00d4 Marie\u2009! donnez-moi vous-m\u00eame \u00e0 J\u00e9sus\u2009! Oh\u2009! que la sainte communion est bien le plus grand de tous les bonheurs.<\/p><p>J\u00e9sus, l\u2019aimable et doux J\u00e9sus va se donner \u00e0 moi\u2009! Venez, \u00f4 mon bien-aim\u00e9 J\u00e9sus\u2009! Venez, \u00f4 le Dieu de mon c\u0153ur, ma joie, mon amour, ma vie, mon tout\u2009; votre petite \u00e9pouse a faim et soif de vous recevoir, de vous aimer et de se donner toute \u00e0 vous seul.<\/p><p>Je demande \u00e0 ma M\u00e8re ch\u00e9rie de se tenir \u00e0 la porte de mon c\u0153ur pour y recevoir elle-m\u00eame son J\u00e9sus. Je supplie mon ange gardien et tous les saints (notre petit ange que je sens ici tout pr\u00e8s) de prier pour moi et avec moi. Je dis encore \u00e0 J\u00e9sus\u2009: ma petite \u00e2me attend et vous languit\u2009; que vous \u00eates bon, \u00f4 le Roi de mon c\u0153ur, de vouloir venir habiter en moi\u2009!<\/p><p>C\u2019est alors que mon p\u00e8re spirituel qui va me donner J\u00e9sus, s\u2019avance tout pr\u00e8s de mon lit, me laissant contempler l\u2019adorable hostie\u2009; quand il d\u00e9pose sur ma bouche le divin Pain des anges, je ne sais plus ce qui se produit en moi. Il me semble que J\u00e9sus me re\u00e7oit amoureusement dans ses bras, que je m\u2019an\u00e9antis et me fonds sur son C\u0153ur de feu, dans un ravissement et un bonheur supr\u00eame.<\/p><p>Je ne puis expliquer ni rendre ce qui se passe alors\u2009; mon corps n\u2019est plus, l\u2019\u00e2me est tout absorb\u00e9e dans la puissance de son Dieu. Elle est sa chose\u2009; il lui parle, elle r\u00e9pond, le remercie de ses tendresses et de ses bont\u00e9s, qu\u2019elle ne m\u00e9rite pas tant d\u2019amour&#8230; Mais elle lui dit en m\u00eame temps de rester toujours en elle et de la garder toujours toute \u00e0 lui dans cet embrassement plein de divine ivresse. Elle lui dit qu\u2019elle ne peut plus et ne veut plus vivre qu\u2019avec lui et en lui, puisqu\u2019elle est sienne et qu\u2019il la veut sans partage. L\u2019\u00e2me ainsi unie \u00e0 J\u00e9sus lui demande ses gr\u00e2ces, lui confie tous ses besoins, lui recommande ses intentions, tous les siens, tous ceux qu\u2019elle aime\u2009; elle demande pour toutes les \u00e2mes le m\u00eame amour qui la d\u00e9vore elle-m\u00eame\u2009; elle supplie son bien-aim\u00e9 de convertir les p\u00e9cheurs, de rendre ferventes les \u00e2mes ti\u00e8des et mille autres choses semblables. L\u2019\u00e2me est si heureuse avec son Dieu qu\u2019elle oublie tout, n\u2019entend rien de ce qui se passe autour d\u2019elle ; elle se serre non sans frayeur, mais d\u00e9licieusement ravie, contre Celui qui est son tr\u00e9sor, son bien qu\u2019elle a peur de perdre. Elle se sent tout audacieuse pour dire sans voile \u00e0 J\u00e9sus l\u2019amour ardent qu\u2019elle a pour lui, ou plut\u00f4t c\u2019est J\u00e9sus qui lui donne lui-m\u00eame cette sainte hardiesse, afin qu\u2019elle lui prouve cet amour qu\u2019il demande des \u00e2mes et dont son C\u0153ur a une soif ardente&#8230; v\u00e9ritablement elle est au ciel.<\/p><p>Ce bonheur tout surnaturel ne peut se dire\u2009; ce n\u2019est qu\u2019en le go\u00fbtant qu\u2019on peut comprendre ce qu\u2019il est. Je ne puis dire le temps qui s\u2019\u00e9coule dans ce c\u00e9leste entretien\u2009; l\u2019\u00e2me le trouve toujours trop court quand il faut s\u2019arracher \u00e0 ce bonheur si suave et si doux, aux tendresses de J\u00e9sus, et dans cette union o\u00f9 elle se trouve si bien, elle aurait encore tant de choses \u00e0 demander, \u00e0 promettre, \u00e0 recommander. Elle se r\u00e9signe n\u00e9anmoins, sachant bien qu\u2019elle n\u2019a oubli\u00e9 personne, pensant que c\u2019est encore ob\u00e9ir \u00e0 J\u00e9sus, \u00e0 qui elle a promis de ne rien refuser, en revenant sur la terre quand on l\u2019y oblige, mais elle supplie son divin Ma\u00eetre de rester avec elle\u2009; d\u2019ailleurs, elle aspire \u00e0 se retrouver seule et revenir toute \u00e0 son tendre Sauveur&#8230;<\/p><p>Tr\u00e8s souvent, l\u2019intime union se reproduit par intervalle et par diff\u00e9rents degr\u00e9s\u2009; moins enti\u00e8re peut-\u00eatre, quoique Dieu sait bien lui montrer qu\u2019il est le Tout-Puissant et qu&rsquo;il peut la prendre avec lui, pour lui, quand il lui pla\u00eet, aussi souvent qu\u2019il veut, la laissant revenir selon son bon plaisir.<\/p><p>C\u2019est toute renouvel\u00e9e que je ressors de mes communions\u2009; ma faiblesse est toute transform\u00e9e et je me sens capable de ch\u00e9rir tout ce que me demande le divin Roi de mon c\u0153ur, de rendre t\u00e9moignage \u00e0 sa divinit\u00e9, de prouver qu\u2019il est bien le Cr\u00e9ateur, le R\u00e9dempteur et le Ma\u00eetre souverain de toutes choses, qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une seule et vraie doctrine, qui est celle qu\u2019il a lui-m\u00eame enseign\u00e9e\u2026<\/p><p>&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..<\/p><p>(ndle: paroles de Marthe laiss\u00e9es en pointill\u00e9s par le P\u00e8re Faure \u00e0 qui Marthe a dict\u00e9 ce passage. Soit il n\u2019arrivait plus \u00e0 se relire ou ne comprend plus ? Il ne veut pas recopier quelque chose qu\u2019il inventerait.)<\/p><p>Je me soumets g\u00e9n\u00e9reusement, volontairement aux sacrifices, aux douleurs que mon Dieu, dans l\u2019amour qu\u2019il me t\u00e9moigne, daignera m\u2019imposer encore. Je ne veux jamais lui dire non pour rien. Je ne suis point \u00e0 moi, mais \u00e0 lui. Tout son bon\u00a0 plaisir, je souhaite l\u2019accomplir par la m\u00e9diation de la Tr\u00e8s Sainte Vierge Marie.<\/p><p>Mais, \u00f4 J\u00e9sus, apprenez-moi \u00e0 vous aimer de plus en plus toujours.<\/p><p>Dans ma communion, j\u2019ai bien demand\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus de b\u00e9nir mon p\u00e8re, ma maman ch\u00e9rie, de les prot\u00e9ger, de leur donner le courage, la sant\u00e9, de faire que je puisse leur rendre les bont\u00e9s qu\u2019ils ont eues pour moi, les bons soins qu\u2019ils m\u2019ont donn\u00e9s\u2009; je sais qu\u2019il n\u2019est que lui qui peut les r\u00e9compenser. Je demande \u00e9galement avec ferveur et confiance les b\u00e9n\u00e9dictions et les gr\u00e2ces divines pour mes s\u0153urs et fr\u00e8re, mais surtout le v\u00e9ritable esprit de pi\u00e9t\u00e9\u2009; que mes ni\u00e8ces et neveux restent, deviennent bien sages, pieux et bons, afin qu\u2019ils soient la consolation de leurs parents. Ce que je demande surtout, c\u2019est le retour \u00e0 la foi, aux pratiques religieuses de mes bons parents. C\u2019est cela que je demande par-dessus toutes choses au Seigneur, \u00e0 la Sainte Vierge. Je les ch\u00e9ris si profond\u00e9ment et je sais qu\u2019ils seraient si heureux s\u2019ils avaient les secours et les consolations que donne la vraie et sinc\u00e8re consolation [sic]. Ensuite, je recommande \u00e0 Dieu et prie pour tous les pr\u00eatres que je connais, tous ceux qui m\u2019ont fait quelque bien, pour l\u2019\u00e2me de tous les pr\u00eatres et plus particuli\u00e8rement les pr\u00eatres fran\u00e7ais, surtout pour ceux du dioc\u00e8se. Ensuite, je nomme tous mes amis, bienfaiteurs, tous les malades que je connais ou pour lesquels on m\u2019a demand\u00e9 de prier, toutes les \u00e2mes qu\u2019on a confi\u00e9es \u00e0 mes humbles pri\u00e8res, pour les pauvres p\u00e9cheurs, les c\u0153urs afflig\u00e9s, les agonisants, les \u00e2mes du purgatoire, pour les besoins de la sainte Eglise, pour le Souverain Pontife, pour la gu\u00e9rison morale de la France. \u00d4 J\u00e9sus, vous vous donnez tout \u00e0 moi, mais je suis toute \u00e0 vous. Je reconnais toujours plus profond\u00e9ment la sublime beaut\u00e9 de l\u2019apostolat de la souffrance, de l\u2019apostolat par l\u2019amour. Seigneur J\u00e9sus, laissez br\u00fbler en moi le feu de la vraie charit\u00e9, de cette charit\u00e9 sans laquelle tout le reste n\u2019est rien. Dans l\u2019amour et la charit\u00e9, tout se transforme&#8230; on se donne, on s\u2019abandonne, on s\u2019immole pour Dieu, estimant toujours bien plus son bon plaisir au mien. Ceci peut para\u00eetre difficile quelquefois, mais si c\u2019\u00e9tait toujours facile, o\u00f9 serait la preuve d\u2019amour donn\u00e9e \u00e0 Dieu\u2009? car celui qui m\u2019a cr\u00e9\u00e9e, rachet\u00e9e, qui m\u2019aime, me console ne peut exiger de moi une trop grande preuve d\u2019amour. L\u2019\u00e9preuve n\u2019est-elle pas le puissant levier de notre avancement spirituel\u2009? Dieu ne fait souffrir que pour b\u00e9nir. Tout se transfigure pour l\u2019amour [sic] qui poss\u00e8de la foi, la confiance et l\u2019amour. Et puis, la divine Providence n\u2019\u00e9tend-elle pas \u00e0 chaque instant sur les \u00e2mes qui esp\u00e8rent, sa puissante protection\u2009?<\/p><p>Daignez, \u00f4 divin J\u00e9sus, permettre \u00e0 celle que vous avez eu la grande bont\u00e9 d\u2019accueillir au nombre de vos servantes et pour votre bien-aim\u00e9e, de vous exprimer de tout son petit c\u0153ur en cette journ\u00e9e d\u2019amour ses g\u00e9n\u00e9reux remerciements pour les sentiments que vous avez vous-m\u00eame fait na\u00eetre en son c\u0153ur.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus\u2009! permettez que les sublimes vertus de Marie descendent et fructifient dans mon c\u0153ur. Et maintenant, \u00f4 mon Dieu, laissez-moi vous louer avec la foi, l\u2019amour, l\u2019abandon et la flamme d\u2019un c\u0153ur tout embras\u00e9 de vos divins attraits.<\/p><p>\u00ab\u2009T\u00e9moin de ta puissance et s\u00fbr de ta bont\u00e9,<\/p><p>j\u2019attends le jour sans fin de l\u2019immortalit\u00e9.<\/p><p>La mort m\u2019entoure en vain de ses ombres fun\u00e8bres,<\/p><p>ma raison voit le jour \u00e0 travers ses t\u00e9n\u00e8bres.<\/p><p>C\u2019est le dernier degr\u00e9 qui m\u2019approche de toi,<\/p><p>c\u2019est le voile qui tombe entre ta face et moi.\u2009\u00bb\u2009<\/p><p>H\u00e2te pour moi, Seigneur, ce moment que j\u2019implore.<\/p><p>^ 18 ao\u00fbt 1930 (lundi)<\/p><p>Mon Dieu, que vous \u00eates bon\u2009! \u00f4 Seigneur, que votre saint Nom soit b\u00e9ni. Oui, mon Dieu, vous \u00eates infiniment bon pour moi qui ne suis rien\u2009; cependant, combien de bont\u00e9s t\u00e9moign\u00e9es de toutes parts, de secours dont je suis l\u2019objet, de charit\u00e9 dont je suis redevable, j\u2019en suis parfois \u00e9mue jusqu\u2019aux larmes et soupire apr\u00e8s le moment o\u00f9 je me retrouverai seule afin de pouvoir me jeter en esprit aux pieds du Seigneur et de ma tendre M\u00e8re pour donner libre cours \u00e0 la reconnaissance qui d\u00e9borde de mon c\u0153ur, et les supplier de remercier et de r\u00e9compenser, comme eux seuls peuvent le faire, toutes les bonnes \u00e2mes qui me font quelque bien. Je demande de m\u00eame au Seigneur de rendre en bienfaits et b\u00e9n\u00e9dictions aux \u00e2mes qui me font mal, car je sais qu\u2019elles le font sans le savoir et sans le vouloir. Je demande instamment de b\u00e9nir doublement et de combler de ses bont\u00e9s divines les \u00e2mes \u00e0 qui j\u2019aurais pu faire moi-m\u00eame de la peine sans le vouloir. Oh oui, c\u2019est bien sans le vouloir et par ignorance, ne voulant et ne souhaitant que du bien \u00e0 tout le monde.<\/p><p>Et lorsque ma ch\u00e8re maman fut malade, que de d\u00e9vouement\u2009! Que de belles \u00e2mes vous avez, \u00f4 mon Dieu, dans votre troupeau b\u00e9ni\u2009! que de sollicitude autour de nous et de soins pour nous, pour soulager ma petite maman. \u00d4 mon Dieu\u2009! vous seul savez tout ce qu\u2019aura souffert votre petite victime et combien poignante \u00e0 son c\u0153ur a \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9preuve de ne pouvoir soigner et soulager celle qui est si bonne pour moi et \u00e0 qui, apr\u00e8s vous, je dois tout. Je ne pourrai pas prouver ma reconnaissance ni rendre en \u0153uvres sur la terre tant de bienfaits, puisque ma vie est encha\u00een\u00e9e par l\u2019Amour, mais si mon Dieu m\u2019accorde la gr\u00e2ce \u2013\u2009comme j\u2019ai la douce confiance\u2009\u2013 d\u2019aller le rejoindre au ciel bient\u00f4t, je prierai et interc\u00e9derai pour tous selon mes promesses et me souviendrai que je dois les aider \u00e0 gagner le ciel. Ah\u2009! comme je sais bien que J\u00e9sus suppl\u00e9e tout de suite \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 et \u00e0 l\u2019extr\u00eame indigence de son humble petite victime, en consid\u00e9rant tout ce qu\u2019on fait en son nom et au plus petit d\u2019entre les siens, comme fait \u00e0 lui-m\u00eame. L\u2019action m\u2019est refus\u00e9e ici-bas, mais J\u00e9sus me donne d\u2019exercer celle de la pri\u00e8re, de l\u2019amour dans la souffrance, dans les sacrifices inconnus&#8230; Elle para\u00eet st\u00e9rile dans le monde, mais combien f\u00e9conde devant lui. Ma part est bien belle, c\u2019est la part de J\u00e9sus et de Marie, c\u2019est la part des anges dans le ciel qui adorent et qui prient. \u00d4 anges du ciel, bienheureux S\u00e9raphins, ce n\u2019est pas votre bonheur que j\u2019envie, non, c\u2019est votre amour.<\/p><p>Nuit et jour, ma vie se r\u00e9sume en trois mots\u2009: aimer, souffrir, et prier. Apprenez-moi, mon Dieu, \u00e0 ne voir que vous, \u00e0 n\u2019aimer que vous, \u00e0 n\u2019aimer que ce que vous, vous aimez, \u00e0 ne faire que ce que vous voulez\u2009; vous-m\u00eame avez dit, \u00f4 Dieu d\u2019amour\u2009: \u00ab\u2009Mes d\u00e9lices sont d\u2019\u00eatre avec les enfants des hommes.\u2009\u00bb Mes d\u00e9lices aussi, \u00f4 Seigneur, sont d\u2019\u00eatre avec vous. Laissez-moi, donnez-moi de vous le prouver \u00e0 chaque instant.<\/p><p>Penser \u00e0 Dieu, c\u2019est prier. Toute bonne pens\u00e9e, quand l\u2019\u00e2me est en paix, que le c\u0153ur est calme, \u00e9l\u00e8ve et porte au bien, comme la rose laisse toujours de son parfum \u00e0 la main qui la cueille\u2009; mais s\u2019il est des fleurs qui n\u2019ont pas de senteur, il est aussi des pens\u00e9es qui ne laissent rien au c\u0153ur qui les formule. Pour que la pens\u00e9e laisse son parfum dans le c\u0153ur, \u00e9l\u00e8ve l\u2019\u00e2me et soit f\u00e9conde, il faut qu\u2019elle soit pieuse et pure. Le c\u0153ur qui aime n\u2019a pas de peine \u00e0 se tenir \u00e9lev\u00e9 et uni \u00e0 J\u00e9sus. Tr\u00e8s doux J\u00e9sus, donnez \u00e0 toutes les \u00e2mes l\u2019amour des saintes pens\u00e9es et de la pri\u00e8re. Dans le monde entier, il y a une foule de grandes et saintes \u00e2mes qui travaillent \u00e0 la vigne du Seigneur et se d\u00e9vouent \u00e0 la moisson de la charit\u00e9 et de l\u2019apostolat, pour la plus grande gloire de Dieu. Moi qui ne suis qu\u2019une tr\u00e8s petite \u00e2me, je me donne, je m\u2019immole pour son bon plaisir, je veille pr\u00e8s de lui, avec lui, pour le consoler en tout.<\/p><p>Je n\u2019ai qu\u2019une grande ambition, qu\u2019une unique envie, et c\u2019est celle de la modeste petite violette des champs qui, humblement dissimul\u00e9e sous les feuilles, ne se laisse deviner du passant que par son suave parfum, mais ne se montre et n\u2019ouvre sa blanche corolle qu\u2019aux rayons bienfaisants du soleil. Ainsi je ne veux \u00eatre devin\u00e9e et connue que du divin Soleil des \u00e2mes, heureuse dans ses mains protectrices, sous ses divins regards et pour son C\u0153ur bien-aim\u00e9. Oh oui\u2009! ne m\u2019\u00e9panouir qu\u2019avec J\u00e9sus et pour J\u00e9sus&#8230; blanche petite violette dont la vue et le discret parfum lui soient un bonheur, une joie, un d\u00e9dommagement. D\u2019ailleurs, ne suis-je pas toute \u00e0 Dieu, victime d\u2019expiation et de p\u00e9nitence pour les p\u00e9cheurs\u2009? Plus que jamais, je dois vivre dans une puret\u00e9 sans tache de c\u0153ur et d\u2019esprit, afin d\u2019attirer sur moi et sur toutes les \u00e2mes l\u2019abondance des mis\u00e9ricordes et des b\u00e9n\u00e9dictions de Dieu. Que par les m\u00e9rites de mon Sauveur J\u00e9sus, la puissante intercession de Marie, soient rendus efficaces mes souffrances, mes larmes, mes pri\u00e8res, mes sacrifices obscurs. Je rends gr\u00e2ces \u00e0 l\u2019Amour de daigner recevoir et accepter mes souffrances comme un baume de consolation pour son c\u0153ur afflig\u00e9, mes renoncements comme un parfum agr\u00e9able, enfin mon union int\u00e9rieure avec lui pour le gage de mon amour. Je sens bien que je porte sur la tige de mes jours de douleurs les blanches roses du divin amour. Dans toutes mes peines, je reste confiante&#8230; j\u2019attends, je sais que J\u00e9sus est l\u00e0 quand m\u00eame il se cache. Je n\u2019ai pas peur, bien certaine qu\u2019il emp\u00eachera toujours que la douleur m\u2019\u00e9crase, que la tentation m\u2019accable au point de me faire succomber. J\u2019invoque ma divine et tendre M\u00e8re, s\u00fbre qu\u2019elle viendra aupr\u00e8s de son enfant \u00e0 son premier appel, et tout en pleurant quelquefois et en g\u00e9missant, mes souffrances se multipliant toujours, je multiplie mes actes d\u2019offrande, mes pri\u00e8res, ma vie d\u2019amour. Dans son agonie, J\u00e9sus priait toujours. \u00d4 J\u00e9sus\u2009! mes d\u00e9lices et ma vie, \u00f4 le Dieu de mon c\u0153ur\u2009! comme la blanche violette au soleil printanier, je n\u2019avais jamais laiss\u00e9 p\u00e9n\u00e9trer l\u2019int\u00e9rieur de mon \u00e2me que par les rayons du divin Soleil de l\u2019amour.<\/p><p>^ 28 ao\u00fbt 1930 (jeudi)<\/p><p>Oraison, veille de communion. Depuis plusieurs jours, je sais mon bonheur, bonheur qui d\u00e9passe infiniment tous ceux que je puis et pourrais avoir ici-bas. Aussi, tout dans mon c\u0153ur n\u2019est qu\u2019aspiration d\u2019amour, sentiments de contrition et d\u2019humilit\u00e9, actes d\u2019esp\u00e9rance et de reconnaissance. Quand m\u00eame je ne suis pas toujours seule dans la journ\u00e9e, je ne cesse pas d\u2019\u00eatre int\u00e9rieurement unie \u00e0 Dieu, et pendant les heures de nuit, mon union \u00e0 l\u2019Amour est totale\u2009; \u00f4 nuit sanctifiante o\u00f9 tous mes soupirs, mes g\u00e9missements et mes pens\u00e9es sont amour. Je suis toute \u00e0 J\u00e9sus, je ne m\u2019occupe que de lui&#8230; pas de moi. Ce tendre Sauveur m\u2019a fait la gr\u00e2ce de ne penser qu\u2019\u00e0 lui et aux \u00e2mes\u2009; aussi les nuits ne me paraissent jamais longues. Seule celle qui pr\u00e9c\u00e8de une communion me para\u00eet longue \u00e0 cause du bonheur que j\u2019attends, mais courte en m\u00eame temps parce que mon \u00e2me est toute p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e des doux sentiments de recevoir son Cr\u00e9ateur, son R\u00e9dempteur, son Ma\u00eetre, son tendre Epoux. J\u2019invite toujours ma divine M\u00e8re pour pr\u00e9parer mon petit c\u0153ur et le bien disposer \u00e0 recevoir son divin Fils. Plus s\u2019approche l\u2019aurore, plus suave est ma joie, plus grande ma confiance, plus profonde aussi est mon humilit\u00e9. \u00d4 mon \u00e2me\u2009! celui qui est le principe, l\u2019objet, la fin de tout\u2009: de ta foi, de ton esp\u00e9rance, de ton amour, veut se donner \u00e0 toi\u2009; tu ne peux aller \u00e0 lui, alors il vient \u00e0 toi par celui qui est son fid\u00e8le repr\u00e9sentant ici-bas. \u00d4 prodige d\u2019amour et de bont\u00e9\u2009! Le Roi du ciel descend sur la terre\u2009; il suffit de quelques paroles, et aussit\u00f4t la substance se change en son corps divin pour devenir la nourriture des \u00e2mes. Mon c\u0153ur d\u00e9borde d\u2019amour comme un vase trop plein de liquide. Encore un peu de temps et je pourrai tout d\u00e9verser dans le C\u0153ur de mon bien-aim\u00e9, lui confier toutes mes joies, toutes mes peines int\u00e9rieures, toutes mes larmes, lui t\u00e9moigner toute ma reconnaissance, tout mon bonheur, l\u2019adorer au-dedans de moi-m\u00eame, tout lui offrir, agir en tout pour prouver que J\u00e9sus est r\u00e9ellement dans mon c\u0153ur. Tous les jours o\u00f9 je n\u2019ai pas le suave bonheur de recevoir la sainte Eucharistie, et plusieurs fois dans la journ\u00e9e, je fais la communion spirituelle, la communion d\u2019esprit et de c\u0153ur. Dans ma vie de malade, qu\u2019il m\u2019a \u00e9t\u00e9 doux de communier de d\u00e9sir. En communiant ainsi, je ne d\u00e9range pas mon p\u00e8re\u2009; je n\u2019occupe personne, je ne d\u00e9pends que de mon doux J\u00e9sus. Si je n\u2019avais pas su cette mani\u00e8re de faire la communion, je n\u2019aurais pas pu vivre. Ma pri\u00e8re principale dans la communion est de demander au Dieu tout-puissant et distributeur de toutes gr\u00e2ces de me faire avancer dans la voie montante de la croix, d\u2019\u00eatre toujours plus pure, d\u2019augmenter mon amour, car je veux faire par amour tout ce que l\u2019amour me commande. Il n\u2019est point d\u2019autre fa\u00e7on o\u00f9 notre Sauveur nous donne une plus \u00e9clatante preuve de son amour et de sa tendresse que dans le sacrement de l\u2019Eucharistie, dans cet an\u00e9antissement de lui-m\u00eame pour se donner en nourriture \u00e0 nos \u00e2mes.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus\u2009! soyez dans mon c\u0153ur, soyez dans toutes mes \u0153uvres. Qu\u2019importe toutes les douleurs qui m\u2019en co\u00fbtent, elles passeront un jour et la douce pr\u00e9sence de J\u00e9sus en moi rend tout ineffablement d\u00e9licieux.<\/p><p>Mon Sauveur a tout accept\u00e9 pour l\u2019amour de nous, je veux faire tout ce qu\u2019il voudra pour l\u2019amour de lui. Mon c\u0153ur ne pourrait pas \u00eatre plus heureux qu\u2019en mangeant avec amour et patience le pain amer de la tribulation.<\/p><p>Qu\u2019ils sont malheureux, ceux qui souffrent et qui luttent, \u00f4\u2009Dieu si bon\u2009! Pourtant la peine est si douce, le courage si grand pour l\u2019\u00e2me qui pleure pr\u00e8s de vous, sur votre C\u0153ur. Faites, \u00f4\u2009Dieu de toute compassion, que ceux qui souffrent, qui pleurent, qui luttent, tous ceux qui ont faim et soif de votre justice vous connaissent, croient, esp\u00e8rent et vous aiment.<\/p><p>Que d\u2019\u00e2mes qui vivent loin de Dieu seraient de vrais mod\u00e8les de vertus et de m\u00e9rites si elles faisaient de l\u2019amour et de la croix l\u2019objet de leurs actions.<\/p><p>^ 7 septembre 1930 (dimanche)<\/p><p>8 septembre, jour de communion. Il vient \u00e0 moi aujourd\u2019hui celui qui est ma voie, mon soutien et ma vie. C\u2019est Marie, ma si bonne M\u00e8re qui, aujourd\u2019hui, va me donner son doux J\u00e9sus et qui va me donner \u00e0 lui. Comme je suis toute \u00e0 J\u00e9sus par Marie et que l\u2019on pla\u00eet beaucoup \u00e0 J\u00e9sus quand on aime tendrement et fid\u00e8lement sa tendre M\u00e8re, je vais donc m\u2019appliquer avec ardeur chaque jour, \u00e0 jeter des fleurs sur le berceau immacul\u00e9 de Marie\u2009; mes fleurs seront des blanches roses d\u2019amour et de charit\u00e9, des lys de puret\u00e9, des pens\u00e9es pour l\u2019imiter, des violettes d\u2019humilit\u00e9, des p\u00e2querettes d\u2019esp\u00e9rance, des \u0153illets de fid\u00e9lit\u00e9.<\/p><p>\u00d4 M\u00e8re ch\u00e9rie, rendez mon c\u0153ur profond\u00e9ment humble, \u00e9pris de simplicit\u00e9, d\u00e9vor\u00e9 d\u2019amour sacr\u00e9, toujours recueilli. \u00d4\u2009Vierge pure, douce et sainte, faites que je re\u00e7oive J\u00e9sus dans mon \u00e2me avec tout l\u2019amour qu\u2019il d\u00e9sire.<\/p><p>\u00d4 Sauveur J\u00e9sus\u2009! venez et descendez dans mon c\u0153ur. Venez sans retard, \u00f4 Dieu si bon, d\u00e9verser dans mon \u00e2me les puissants attraits qui la ravissent en vous. \u00d4 Roi des rois, Saint des saints\u2009; \u00f4\u2009vous, le d\u00e9sir\u00e9 des nations, radieux Soleil de beaut\u00e9 et d\u2019amour\u2009! \u00d4 gloire et d\u00e9lices\u2009! \u00d4 divin Pain des anges, Seigneur J\u00e9sus\u2009! venez. Tout mon \u00eatre soupire apr\u00e8s vous, mon c\u0153ur vous attend avec respect, mon \u00e2me vous d\u00e9sire avec tendresse. \u00d4 J\u00e9sus, ma vie\u2009! Mon c\u0153ur est bien, bien pauvre, je le sais, pour vous recevoir&#8230; mais vous avez bien voulu na\u00eetre dans l\u2019humble \u00e9table de Bethl\u00e9em, j\u2019esp\u00e8re que vous ne d\u00e9daignerez pas de venir en moi. \u00d4 Vierge si pure, ornez vous-m\u00eame le petit Bethl\u00e9em de mon c\u0153ur.<\/p><p>\u00d4 jour b\u00e9ni\u2009! \u00d4 jour de d\u00e9lices et d\u2019ivresse\u2009! une fois de plus, j\u2019ai go\u00fbt\u00e9 combien le Seigneur est doux, combien sont ineffables et d\u00e9licieuses les joies toutes c\u00e9lestes dont mon \u00e2me a joui par la pr\u00e9sence de mon Dieu dans mon c\u0153ur. Ces d\u00e9lices p\u00e9n\u00e8trent et inondent mon \u00e2me tout enti\u00e8re, ne lui laissant plus aucune puissance\u2009; le divin Ma\u00eetre s\u2019empare de tout et absorbe tout, il n\u2019y a plus rien qui ne soit \u00e0 lui seul. Seul le Tout-Puissant peut donner ce bonheur \u00e0 mon \u00e2me\u2009; seul il peut la contenter pleinement. C\u2019est en lui qu\u2019elle trouve l\u2019infini de l\u2019amour qui la d\u00e9vore, son tendre et bien-aim\u00e9 Epoux qui la poss\u00e8de toute et qu\u2019elle poss\u00e8de enfin pleinement, qu\u2019elle go\u00fbte et dont elle jouit sans ombre. C\u2019est une journ\u00e9e du ciel, ce bonheur est si profond qu\u2019on ne voudrait plus avoir \u00e0 vivre loin de ce Dieu plein d\u2019amour, en qui l\u2019\u00e2me trouve la pl\u00e9nitude de tout. Tout ce qui n\u2019est pas Dieu ou pour lui, lui est \u00e0 d\u00e9go\u00fbt. A tout instant, elle voudrait pouvoir s\u2019\u00e9lancer hors de la prison du corps&#8230; n\u00e9anmoins, elle se r\u00e9signe et accepte avec ardeur le d\u00e9lai que lui impose Celui qu\u2019elle aime, qui la ravit tout enti\u00e8re. Il n\u2019y a rien qu\u2019elle ne soit r\u00e9solue de faire pour le contenter et lui plaire enti\u00e8rement.<\/p><p>\u00d4 mon bien-aim\u00e9, \u00f4 mon Roi plein d\u2019amour, demeurez, vivez et r\u00e9gnez dans tout mon \u00eatre par votre beaut\u00e9, votre bont\u00e9, votre puissance, vos divins attraits, vos charmes incomparables, votre charit\u00e9, votre tendresse infinie qui dilate et fait vibrer d\u2019all\u00e9gresse ma petite \u00e2me et vibrer mon c\u0153ur de paix et d\u2019amour. Mais pourquoi, \u00f4 J\u00e9sus, daignes-tu unir un instant ta grandeur extr\u00eame \u00e0 mon extr\u00eame bassesse\u2009? Mon Dieu\u2009! je d\u00e9sire bien mourir pour t\u2019aimer sans fin, pour jouir de ta glorieuse pr\u00e9sence, n\u00e9anmoins, je ne refuse pas de souffrir et de languir jusqu\u2019au terme choisi par toi, pour t\u2019ob\u00e9ir. Mes souffrances me semblent des roses et mes peines de grandes douceurs, quand je consid\u00e8re mon Sauveur en croix. Oui, j\u2019aime l\u2019affliction, mais je ch\u00e9ris encore \u00e0 un plus haut degr\u00e9 les tourments qui les accompagnent. J\u00e9sus a tout accept\u00e9 pour mon amour, ob\u00e9issant en tout \u00e0 la volont\u00e9 de son P\u00e8re\u2009; j\u2019accepterai et aimerai tout pour l\u2019amour de lui. \u00d4 divine Puissance\u2009! je vous en prie et vous en conjure, accordez le repentir aux p\u00e9cheurs, la pers\u00e9v\u00e9rance \u00e0 tous les chr\u00e9tiens, l\u2019esprit d\u2019union \u00e0 tous et entre tous et le repos \u00e9ternel aux \u00e2mes du purgatoire.<\/p><p>Amen<\/p><p>20 septembre. Je vous adore, je vous b\u00e9nis, je vous aime, \u00f4 tr\u00e8s sainte Trinit\u00e9. \u00d4 J\u00e9sus, mon amour\u2009! ce que vous voulez, je le veux aussi. \u00d4 vie de J\u00e9sus en moi, que tu es belle, douce et agr\u00e9able \u00e0 mon c\u0153ur\u2009! Par vous, les souffrances sont adoucies, les peines chang\u00e9es en suaves consolations. Avec vous, les larmes et les douleurs ne causent aucune inqui\u00e9tude ni d\u00e9go\u00fbt.<\/p><p>Non, je ne suis plus \u00e0 moi\u2009; dans la vie, dans la mort, je suis \u00e0 mon Sauveur J\u00e9sus et toute pour lui seul&#8230; je ne suis plus rien et je n\u2019ai rien, c\u2019est J\u00e9sus qui est tout en moi. Tout ce qui me reste et que je le supplie de me laisser, c\u2019est d\u2019\u00eatre toute \u00e0 lui, et de plus en plus, et de l\u2019aimer comme il me le demande. C\u2019est dans le C\u0153ur adorable de mon Dieu que je puise l\u2019\u00e2me et que je trouve le ciel tout entier. Mes jours sont sillonn\u00e9s de douleurs et jalonn\u00e9s de croix, mais par les d\u00e9licatesses de J\u00e9sus, ils sont tout embaum\u00e9s de la senteur des roses et des violettes. \u00d4 tout aimable Vierge Marie, conseillez votre petite enfant afin qu\u2019elle sache bien accepter et offrir les sacrifices qui sont les plus agr\u00e9ables \u00e0 la divine majest\u00e9 et lui rendre de dignes actions de gr\u00e2ces pour sa grande mis\u00e9ricorde, en laquelle j\u2019esp\u00e8re et je crois. Ah\u2009! si le monde connaissait les douceurs que go\u00fbte une petite \u00e2me aupr\u00e8s de son Dieu\u2009; si l\u2019on savait aussi que la souffrance, quelle qu\u2019elle soit, est la voie la plus s\u00fbre de l\u2019amour, la grande route du ciel, l\u2019\u00e9chelle des m\u00e9rites\u2009! C\u2019est dans les afflictions qu\u2019on fait son vrai chemin de croix.<\/p><p>Aujourd\u2019hui, je devais faire la sainte communion. H\u00e9las\u2009! des circonstances impr\u00e9vues ne m\u2019ont pas permis de go\u00fbter ce supr\u00eame bonheur. Deux jours de d\u00e9lai encore&#8230; que l\u2019attente va \u00eatre longue \u00e0 mon \u00e2me\u2009!&#8230; quel grand nombre d\u2019heures \u00e0 \u00e9grener\u2009!&#8230; mais rien de trop pour recevoir J\u00e9sus\u2009; ce retard permis par lui va me donner l\u2019occasion de mieux pr\u00e9parer mon c\u0153ur \u00e0 ce grand acte. Le sacrifice m\u2019a \u00e9t\u00e9 bien sensible&#8230; mais fiat\u2009! \u00f4 J\u00e9sus\u2009!&#8230; c\u2019est avec joie que j\u2019ai accept\u00e9. Dieu fait bien tout ce qu\u2019il fait.<\/p><p>Mon bonheur a \u00e9t\u00e9 diminu\u00e9, mais non d\u00e9truit. J\u2019ai remplac\u00e9 la communion sacramentelle par la communion spirituelle, comme j\u2019ai coutume de faire. Je sais que J\u00e9sus aime beaucoup \u00eatre re\u00e7u ainsi. C\u2019est avec une ferveur toute sp\u00e9ciale, voulue de Dieu, que je me suis unie \u00e0 J\u00e9sus et offerte par lui au P\u00e8re, ce matin au saint sacrifice de l\u2019autel, ou plut\u00f4t c\u2019est mon p\u00e8re qui m\u2019offrait avec J\u00e9sus, l\u2019agneau sans tache, s\u2019immolant pour satisfaire \u00e0 la divine justice.<\/p><p>Ah\u2009! quand nous assistons au saint office, nous devrions penser, quoique bien agenouill\u00e9s au pied de l\u2019autel, que nous sommes au ciel devant le tr\u00f4ne supr\u00eame de Dieu, avec les anges et les saints.<\/p><p>Derni\u00e8rement, je manifestais au R\u00e9v\u00e9rend P\u00e8re Marie Bernard mon intention de ne plus \u00e9crire \u00e0 X&#8230; que je la sentais trop au-dessus de moi maintenant, que ma v\u00e9n\u00e9ration pour elle m\u2019emp\u00eacherait d\u2019oser le faire, ce qui est tr\u00e8s vrai&#8230; je me sens si d\u00e9pourvue de toute vertu, de tout bien&#8230; Mon unique richesse est mon amour pour Dieu&#8230; je le sens immense, c\u2019est vrai, et tout br\u00fblant en moi. De l\u2019amour, oui, c\u2019est tout ce que je puis donner \u00e0 mon Dieu&#8230; si au moins je savais bien le lui donner&#8230; Ce Dieu de toute tendresse a permis que le R\u00e9v\u00e9rend P\u00e8re ne compr\u00eet pas tr\u00e8s bien le sens de mes paroles quand je lui dis que je n\u2019oserai plus \u00e9crire \u00e0 X&#8230; ce qui le fit me r\u00e9pondre que je n\u2019avais rien \u00e0 lui envier. Oh\u2009! mon bien-aim\u00e9 J\u00e9sus, vous savez bien que je ne l\u2019envie pas, ni que je n\u2019envie personne. Si ma voie est moins parfaite, elle est plus conforme \u00e0 ma petitesse extr\u00eame\u2008; elle est plus simple, moins \u00e9lev\u00e9e, mais elle est aussi plus s\u00fbre&#8230; je sais que Dieu est toute bont\u00e9, qu\u2019il ne nous demande que la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 son adorable volont\u00e9. J\u2019aurais tant aim\u00e9 \u00eatre moi-m\u00eame religieuse. Dieu ne l\u2019a pas voulu, j\u2019\u00e9tais trop faible pour \u00eatre son \u00e9pouse\u2009; mais ne m\u2019a-t-il pas donn\u00e9 une part plus belle encore, parce que plus crucifiante\u2009? Il m\u2019a demand\u00e9 le sacrifice dans le sacrifice. J\u2019ai t\u00e2ch\u00e9, dans toute l\u2019ardeur de ma petite \u00e2me, de lui donner l\u2019amour dans l\u2019amour.<\/p><p>En me faisant religieuse, quand m\u00eame je ne faisais que suivre l\u2019inspiration de mon \u00e2me, c\u2019\u00e9tait en quelque sorte faire un peu ma volont\u00e9, r\u00e9alisant mes plus chers d\u00e9sirs&#8230; et le bon Ma\u00eetre ne voulait que l\u2019abandon \u00e0 ses desseins, que j\u2019ignorais. Je sais bien que ce qui nous vient de la seule volont\u00e9 de Dieu, sans que la n\u00f4tre n&rsquo;y ait aucune part, nous rend plus agr\u00e9ables \u00e0 lui, si nous acceptons de tout notre c\u0153ur et avec amour. Moins il\u2009y a de nous, plus il y a de Dieu&#8230; la douce et pure soumission \u00e0 la sainte volont\u00e9 du Seigneur rend l\u2019\u00e9preuve tr\u00e8s m\u00e9ritoire.<\/p><p>\u00ab\u2009Pourquoi cherches-tu le repos, puisque tu es faite pour la lutte\u2009? Pourquoi cherches-tu le bonheur, puisque tu es n\u00e9e pour la souffrance\u2009?\u2009\u00bb<\/p><p>Je ne veux pas dire qu\u2019en religion je n\u2019aurais eu que repos et satisfaction\u2009! Oh non\u2009! les luttes et les tribulations ne sont nulle part plus grandes qu\u2019au sein de quatre murs&#8230; j\u2019en ai trop fait la longue et am\u00e8re exp\u00e9rience\u2009: afflictions du corps, afflictions du c\u0153ur, afflictions de l\u2019\u00e2me&#8230; tourments intimes, tourments int\u00e9rieurs et ext\u00e9rieurs&#8230; souffrances et douleurs. Je ne fais qu\u2019une \u00e9bauche et ne veux rien d\u00e9velopper&#8230; ma vraie vie de souffrance ne se lira qu\u2019au ciel. Tout se change en joie, tout se transforme dans l\u2019amour de Dieu, c\u2019est lui qui change les t\u00e9n\u00e8bres en aurore. \u00d4 J\u00e9sus, combien doux est ton amour. La vie de malade est bien un isolement dans le monde, et si loin de lui \u2013 vie de religieuse par l\u2019union constante \u00e0 Dieu \u2013 du moins elle en a toutes les aust\u00e9rit\u00e9s, sans en avoir les avantages et les consolations. Autour de moi, rien de tout ce qui fait le bonheur de la religieuse. Ce n\u2019est pas de vivre dans un monast\u00e8re ni de porter l\u2019habit, pas m\u00eame d\u2019avoir prononc\u00e9 des v\u0153ux (quoique tout cela soit parfait) qui importe\u2009; les saints d\u00e9sirs, les sentiments int\u00e9rieurs, l\u2019esprit d\u2019amour sont seuls n\u00e9cessaires. Je suis trop pauvre pour avoir des m\u00e9rites et penser que je poss\u00e8de des vertus. J\u2019aime mieux convenir que Dieu fait en moi de grandes choses et, avec la Vierge Marie, chanter le Magnificat \u00e0 la gloire de Dieu.<\/p><p>Au ciel, on jouit de J\u00e9sus dans l\u2019amour, mais ici-bas on va \u00e0 J\u00e9sus par la croix. Ici-bas, la croix\u2009; au ciel la joie, l\u2019amour partout.<\/p><p>Dieu a voulu qu\u2019ici-bas ma couronne soit d\u2019\u00e9pines\u2009; j\u2019ai confiance qu\u2019en retour il me donnera au ciel des \u00e2mes pour couronne.<\/p><p>Non, je n\u2019envie personne ni ne dois rien envier. J\u00e9sus choisit pour ses \u00e9pouses de grandes et belles \u00e2mes, et moi j\u2019\u00e9tais trop petite et trop imparfaite, mais je sais aussi que c\u2019est souvent par les plus petites \u00e2mes que Dieu fait de grandes choses. C\u2019est sur la croix que sont les vrais missionnaires d\u2019amour.<\/p><p>Je reste donc la simple religieuse au monast\u00e8re de l\u2019amour infini, dans la cl\u00f4ture du bon plaisir de Dieu. \u00d4 mon \u00e2me, b\u00e9nis le Seigneur, oh oui\u2009! b\u00e9nis, b\u00e9nis le Seigneur qui n\u2019a pas d\u00e9daign\u00e9 d\u2019unir \u00e0 lui la bassesse de sa servante\u2009! Chaque jour accro\u00eet la ferveur de mon magnificat d\u2019amour, de reconnaissance, mon \u00e2me d\u00e9couvrant chaque jour des ab\u00eemes de merveilles dans le grand livre du Tr\u00e8s-Haut\u2009! Ah\u2009! qu\u2019il est doux de se sentir sous le regard de Dieu&#8230; qu\u2019importe le lieu, la condition qu\u2019il choisit pour chaque \u00e2me. Tout est marqu\u00e9 dans les plans de la divine sagesse.<\/p><p>C\u2019est en aimant Dieu et en aimant chacun pour lui qu\u2019on forge et qu\u2019on fa\u00e7onne au jour le jour son \u00e2me pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Pourquoi croit-on si peu en ce grand Dieu d\u2019amour qui a promis de veiller sur nous jusqu\u2019\u00e0 la consommation des si\u00e8cles\u2009?<\/p><p>Je voudrais pouvoir dire \u00e0 toutes les \u00e2mes\u2009: regardez le ciel, ne le perdez pas pour quelques ann\u00e9es de vie incertaines&#8230; regardez l\u2019enfer, et ne vous y plongez pas pour toute l\u2019\u00e9ternit\u00e9 pour quelques moments de plaisir.<\/p><p>^ 20 septembre 1930 (samedi)<\/p><p>Sainte communion. Apr\u00e8s une attente prolong\u00e9e, voici enfin l\u2019aurore d\u2019une journ\u00e9e de paix, de joie, de bonheur que rien ne pourra alt\u00e9rer. J\u00e9sus, le Ma\u00eetre tout-puissant, lui qui trouve des imperfections jusque dans ses anges, vient prendre place dans mon petit c\u0153ur.<\/p><p>Venez, \u00f4 le Dieu de mon c\u0153ur, mon bonheur et ma joie\u2009! Venez, donnez-moi votre amour\u2009; sur vous seul je puis m\u2019appuyer en toute confiance.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus\u2009! soyez mon refuge, vous qui \u00eates ma joie\u2009; venez dans le c\u0153ur qui vous aime, qui est et sera \u00e0 vous. Venez, prenez-le, fondez-le dans le v\u00f4tre. Ah\u2009! que ne puis-je vous faire aimer de toutes les \u00e2mes comme je vous aime. \u00d4 M\u00e8re de mon Dieu\u2009! \u00d4 ma douce esp\u00e9rance et mon soutien toujours, aidez-moi \u00e0 aimer et \u00e0 faire aimer ce Dieu si bon qui va descendre en moi et que vous d\u00e9sirez si ardemment nous voir aimer. Venez, \u00f4 J\u00e9sus\u2009! Bien-aim\u00e9, tout en moi vous appelle et a soif d\u2019\u00eatre \u00e0 vous.<\/p><p>\u00d4 Bont\u00e9, Beaut\u00e9 supr\u00eame, tout en moi est de vous. Ce n\u2019est pas les miettes de ma tendresse et les restes de mon c\u0153ur que je d\u00e9sire vous donner\u2009; je vous ai aim\u00e9, je vous aime et veux vous aimer d\u2019un amour de feu et de folie. \u00d4 J\u00e9sus, ma vie\u2009! \u00d4 le bien-aim\u00e9 de mon c\u0153ur, votre petite victime n\u2019a d\u2019autre application ni d\u2019autre ardeur que celle de vous aimer uniquement, g\u00e9n\u00e9reusement, infiniment, \u00e9ternellement. J\u2019ai tant besoin de vous\u2009! Tout mon \u00eatre a besoin de vous. \u00d4 J\u00e9sus, restez dans mon c\u0153ur, je veux vous garder. \u00d4 Roi de gloire, vous \u00eates mon prisonnier\u2009; je vous poss\u00e8de, vous \u00eates tout \u00e0 moi, faites que je grandisse chaque jour en sagesse, en bont\u00e9, en r\u00e9signation\u2009; que je disparaisse, qu\u2019il ne reste plus que l\u2019amour vivant et r\u00e9gnant en moi. Vous \u00eates mon mod\u00e8le et je cherche tant \u00e0 vous imiter. \u00d4 J\u00e9sus, vous avez \u00e9t\u00e9 doux et humble de c\u0153ur\u2009; je veux l\u2019\u00eatre \u00e0 mon tour. Vous avez aim\u00e9 tout le monde, m\u00eame vos plus cruels ennemis, vous avez pri\u00e9 pour tous, donnez-moi de vous imiter, c\u2019est cela que je veux.<\/p><p>\u00d4 Marie, vous qui f\u00fbtes la parfaite imitatrice de la vie de J\u00e9sus, obtenez-moi la gr\u00e2ce d\u2019\u00eatre fid\u00e8le \u00e0 tous mes engagements. Tout aimante Vierge Marie, vous qui m\u2019avez donn\u00e9 J\u00e9sus et qui me donnez \u00e0 lui&#8230; donnez-moi sans retour. Etre \u00e0 Dieu en toutes choses m\u2019est tout, rester ignor\u00e9e dans l\u2019humble sph\u00e8re o\u00f9 sa bont\u00e9 me veut\u2009; gravir toujours le droit chemin qui m\u00e8ne \u00e0 la lumi\u00e8re en souffrant, c\u2019est vrai, en pleurant aussi&#8230; mais ne suis-je pas dans les bras du Tout-Puissant\u2009?<\/p><p>L\u2019amour donne des ailes&#8230;<\/p><p>Dieu est l\u2019ami qui me console et par qui je veux \u00eatre. On aime d\u2019autant plus qu\u2019on conna\u00eet davantage. Le v\u00e9ritable amour ne consiste pas en des exclamations, des oh\u2009! des ah\u2009! Non, c\u2019est cette s\u00e8ve int\u00e9rieure qui coule incessante, en tous sens, qui fait germer et m\u00fbrir la vraie moisson \u00e9vang\u00e9lique. La vraie pi\u00e9t\u00e9 n\u2019est ni dans des mots ni dans des formes\u2009; l\u2019amour parfait n\u2019est pas l\u2019amour savant.<\/p><p>L\u2019absence de sentiments ext\u00e9rieurs n\u2019exclut en rien les d\u00e9licatesses du c\u0153ur ni la grande sensibilit\u00e9 de l\u2019\u00e2me\u2009; au contraire, plus on s\u2019enfonce dans la lumi\u00e8re, plus l\u2019\u00eatre entier devient sensible, vibrant\u2009; seulement plus profond, plus envelopp\u00e9 dans le voile divin qui transforme tout en sacrifice, en abn\u00e9gation, d\u2019o\u00f9 r\u00e9sulte la grande paix de l\u2019\u00e2me, la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 d\u2019esprit. La gr\u00e2ce agit tout \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur\u2009; ce qui est de l\u2019ext\u00e9rieur est terne et fugitif.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus\u2009! laissez-moi d\u00e9verser sur mes parents, sur ceux que j\u2019aime, sur les \u00e2mes que vous voulez, les effluves de votre C\u0153ur.<\/p><p>Sainte journ\u00e9e, puisses-tu ne pas finir.<\/p><p>Mon Dieu, en vous demandant vos gr\u00e2ces pour moi et pour les \u00e2mes pour lesquelles je prie, je n\u2019oublie surtout pas vos pr\u00eatres dispensateurs de vos myst\u00e8res et de vos dons. Permettez-moi, Seigneur, de vous recommander particuli\u00e8rement celui auquel vous avez confi\u00e9 la direction de mon \u00e2me. Daignez, je vous en prie, orner son \u00e2me des belles vertus d\u2019un saint\u2009; accordez-lui l\u2019esprit de d\u00e9tachement, d\u2019abn\u00e9gation, de foi, de charit\u00e9, de douceur et d\u2019humilit\u00e9\u2009; guidez toutes ses actions, afin qu\u2019\u00e9tant un fid\u00e8le ministre, il re\u00e7oive de vous la r\u00e9compense promise \u00e0 ceux qui se sont consacr\u00e9s et d\u00e9vou\u00e9s \u00e0 votre gloire, au salut des \u00e2mes. Mon Dieu\u2009! qui avez voulu me donner un soutien dans ma faiblesse, un consolateur dans mes souffrances, un ami dans mes afflictions, un guide pour mon \u00e2me, j\u2019implore en ce jour pour lui vos surabondantes b\u00e9n\u00e9dictions\u2009; communiquez-lui vos c\u00e9lestes lumi\u00e8res, pour qu\u2019il me conduise jusqu\u2019aux sommets. Enflammez son c\u0153ur pour qu\u2019il enflamme le mien. Donnez-lui le z\u00e8le, la bont\u00e9, la patience, la prudence n\u00e9cessaires\u2009; faites que je lui sois bien ob\u00e9issante, que je sois sa joie ici-bas et sa couronne au ciel. Ces gr\u00e2ces, \u00f4 mon Dieu, je vous les demande pour notre Saint-P\u00e8re le pape, pour tous les \u00e9v\u00eaques, surtout celui qui est charg\u00e9 du dioc\u00e8se, pour tous les pr\u00eatres de la sainte Eglise, plus sp\u00e9cialement pour celui \u00e0 qui est confi\u00e9e la direction de la paroisse, sp\u00e9cialement pour ceux qui ont le plus besoin de pri\u00e8res et pour lesquels vous m\u2019avez demand\u00e9 de prier&#8230; \u00d4 ma bonne et mis\u00e9ricordieuse M\u00e8re, prenez et gardez-moi \u00e0 J\u00e9sus, plongez-moi, et \u00e0 jamais, dans le C\u0153ur de J\u00e9sus, dans cette fournaise o\u00f9 je puise la vie, ne me laissez de libert\u00e9 que pour m\u2019envoler vers J\u00e9sus, quand viendra l\u2019heure choisie par lui.<\/p><p>^ 22 septembre 1930 (lundi)<\/p><p>Je suis \u00e0 vous pour faire votre volont\u00e9, \u00f4 mon Dieu, et me conformer \u00e0 votre bon plaisir. N\u2019\u00eatre qu\u2019un c\u0153ur&#8230; qu\u2019une \u00e2me&#8230; n\u2019\u00eatre qu\u2019amour. Il est doux de prier&#8230; je prie tant, moi qui ne puis que cela\u2009! La pri\u00e8re est une puissance autant qu\u2019une consolation. Elle est mon appui dans mon inactivit\u00e9 pr\u00e9sente, invoquant sur les \u00e2mes les b\u00e9n\u00e9dictions de Dieu. Qu\u2019importe l\u2019heure de la moisson, pourvu que le bien s\u2019accomplisse, que partout fleurisse la foi et que dans tous les c\u0153urs s\u2019allume la vive flamme de l\u2019amour. Quand une \u00e2me est g\u00e9n\u00e9reuse envers Dieu, il l\u2019est aussi envers elle, s\u00fbr moyen d\u2019\u00eatre combl\u00e9e davantage. Oh oui\u2009! donnons largement et lib\u00e9ralement \u00e0 Celui qui donne sans mesure. Ah\u2009! si nous savions le don de Dieu, et tout l\u2019infini que contient chacun de ses dons, nous irions de perfection en perfection.<\/p><p>Journ\u00e9e\u2009; nuit d\u2019oraison et de Lumi\u00e8re. Quand m\u00eame je ne suis pas seule, je ne cesse pas d\u2019\u00eatre unie \u00e0 Dieu en esprit\u2009! Ah\u2009! c\u2019est bien dans le silence des cr\u00e9atures que Dieu parle \u00e0 l\u2019\u00e2me, et sa parole est si douce, si merveilleuse que l\u2019\u00e2me, transport\u00e9e, transfigur\u00e9e, ne voudrait plus jamais avoir \u00e0 entendre une autre voix. Dieu va droit au c\u0153ur. C\u2019est si simple et si doux de parler au Seigneur, de demander au Seigneur\u2009! Je n\u2019ai jamais consid\u00e9r\u00e9 les bont\u00e9s, les tendresses que J\u00e9sus m\u2019a t\u00e9moign\u00e9es comme des biens qui soient \u00e0 moi ou pour moi, mais uniquement comme de purs effets de sa grande charit\u00e9 et de sa divine mis\u00e9ricorde. Je crois aussi que c\u2019est parce que je suis la plus imparfaite que ce Dieu si bon me prodigue tant de gr\u00e2ces. Louanges lui soient rendues pour tant de bienfaits. Mon Dieu\u2009! que votre volont\u00e9 soit faite.<\/p><p>^ 29 septembre 1930 (lundi)<\/p><p>Mon Dieu\u2009! je crois que tout ce qui arrive est juste et bon pour ceux qui croient en votre amour et qui savent comprendre. Oh\u2009! cet apr\u00e8s-midi\u2009! qu\u2019il m\u2019a fait mal\u2009! Mon Dieu\u2009! je vous aime\u2009! Ayez piti\u00e9 de moi\u2009! Que j\u2019ai mal dans mon \u00e2me, dans mon c\u0153ur, dans mon corps, ma pauvre t\u00eate semble bris\u00e9e. Je ne sais plus rien&#8230; que souffrir. Souffrir, se raidir contre la douleur&#8230; Jour de sacrifice, de renoncement, de lutte&#8230; mais je sais que pour vaincre, il faut savoir souffrir&#8230; Je sens une telle lassitude en moi&#8230; la douleur crie si fort&#8230; et personne pour m\u2019aider. Il me semble que je touche au dernier degr\u00e9 de mes forces. \u00d4 mon Amour crucifi\u00e9\u2009! n\u2019est-ce pas vous qui m\u2019apprenez jour par jour \u00e0 m\u2019oublier\u2009? Quand verrai-je mon Dieu dans la terre des vivants\u2009? Soutenez-moi, \u00f4 J\u00e9sus. Ici-bas la douleur ne finit jamais\u2009; quand elle a meurtri le corps et le c\u0153ur, elle meurtrit l\u2019\u00e2me\u2009; quand elle a meurtri le c\u0153ur, elle meurtrit de nouveau l\u2019\u00e2me et le corps. Elle est le ressort qui soul\u00e8ve de la terre, elle rend l\u2019\u00e2me c\u00e9leste. Dieu se penche vers elle pour la soutenir, et l\u2019ange des saintes esp\u00e9rances descend pour la fortifier et la consoler.<\/p><p>Quand on suit J\u00e9sus dans la voie douloureuse, la voie des souffrances et des larmes, on apprend bien vite que le Dieu qui afflige est aussi le Dieu qui console de tout, et ce qui appara\u00eet le plus aust\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire le renoncement, le sacrifice, n\u2019effraie plus le c\u0153ur qui aime Dieu et n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 lui. Ce n\u2019est plus un fardeau ni un joug, mais plut\u00f4t un autel. Rien n\u2019est beau devant Dieu que l\u2019oblation de soi-m\u00eame quand on souffre.<\/p><p>La souffrance r\u00e9compense, obtient et satisfait pour tant de choses\u2009! De toute mon \u00e2me douloureuse, de tout mon c\u0153ur meurtri, mon corps tortur\u00e9 de souffrances, les yeux aveugl\u00e9s de larmes, je baise amoureusement votre main, \u00f4 mon Dieu.<\/p><p>^ 1er octobre 1930 (mercredi)<\/p><p>Sainte communion. Il va se donner \u00e0 moi dans un instant, Celui qui gu\u00e9rit, console, rel\u00e8ve, b\u00e9nit\u2009; Celui qui est paix, va la rendre \u00e0 mon c\u0153ur trop d\u00e9chir\u00e9 et p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de tourments affreux.<\/p><p>Seigneur, aidez-moi, consolez-moi, ranimez-moi, prenez-moi avec vous dans vos plaies adorables. La sainte communion est la vie qui fait revivre mon c\u0153ur. Divine Eucharistie\u2009! \u00d4 myst\u00e8re divin\u2009! \u00d4 prodige de vie\u2009! J\u00e9sus en moi\u2009! Le C\u0153ur de mon Dieu bat dans le mien. Je me repose dans son c\u0153ur, il repose dans le mien. Un Dieu consent \u00e0 cela. \u00d4 myst\u00e8re imp\u00e9n\u00e9trable, ab\u00eeme de d\u00e9lices et d\u2019amour. \u00ab\u2009Enfin je l\u2019ai trouv\u00e9, celui que mon c\u0153ur aime. Je l\u2019ai trouv\u00e9, je ne le quitte plus.\u2009\u00bb<\/p><p>Ce serait doux de mourir dans ces ineffables instants. Redescendre de Dieu, revenir sur cette terre est plus terrible \u00e0 l\u2019\u00e2me que mille morts. Tout c\u0153ur humain, fait pourtant d\u2019affection, semble de glace et de bronze pour l\u2019\u00e2me ayant go\u00fbt\u00e9 ce c\u0153ur \u00e0 c\u0153ur avec Dieu. Que tout est fade et terne hors de Dieu et loin de Dieu. Quand donc finira mon exil\u2009?&#8230; je souffre tant&#8230; ce sera peut-\u00eatre bient\u00f4t. \u00d4 mon \u00e2me\u2009! esp\u00e8re, pr\u00e9pare-toi \u00e0 ce jour sans couchant o\u00f9 tu na\u00eetras \u00e0 la vie, o\u00f9 je ne me s\u00e9parerai plus de vous, \u00f4 mon Dieu et mon tout. D\u00e9livrez-moi, Seigneur. D\u00e9livrez-moi, \u00f4\u2009J\u00e9sus, car je languis d\u2019amour. Cependant, \u00f4 mon Dieu\u2009! dans vos divines voies, partout je veux vous suivre. J\u2019accepte vos desseins, je les v\u00e9n\u00e8re et je les aime, je me soumets \u00e0 tous vos d\u00e9crets, mais restez et vivez en moi. \u00d4 J\u00e9sus\u2009! je ne veux \u00eatre rien pour moi, rien pour tous&#8230; toute pour vous. Ne suis-je pas la petite fleur de votre C\u0153ur aimant, petite hostie d\u2019amour, perdue dans l\u2019infini de votre lumi\u00e8re et dans les ardentes \u00e9treintes de votre divin amour\u2009? Amen.<\/p><p>^ 3 octobre 1930 (vendredi)<\/p><p>Tout devient de plus en plus myst\u00e8re pour moi&#8230; mais qu\u2019ai-je besoin de savoir\u2009? Ce n\u2019est pas \u00e0 moi ni \u00e0 personne \u00e0 sonder les secrets de Dieu. Je n\u2019ai qu\u2019\u00e0 adorer, accepter, b\u00e9nir et m\u2019abandonner pleinement \u00e0 la Providence.<\/p><p>Si le Seigneur me veut encore ici, c\u2019est que j\u2019ai encore bien besoin de me sanctifier pour me sauver. Je mangerai encore le pain de la douleur\u2009; les raisons de Dieu sont des myst\u00e8res que je ne dois pas p\u00e9n\u00e9trer. Adorer sous le voile.<\/p><p>\u00d4 Vierge Marie, faites que je sois chaque jour plus docile, plus patiente, plus simple. Qu\u2019on m\u2019ignore et qu\u2019on m\u2019oublie\u2009; je ne demande pas que Dieu fasse en moi des choses visibles, mais uniquement d\u2019\u00eatre une humble petite enfant douce et humble de c\u0153ur.<\/p><p>Mon Seigneur et mon Dieu\u2009! \u00e0 vous je m\u2019abandonne. Vous me voulez ici\u2009? J\u2019y demeure et ne ferai rien pour en sortir. Si vous me voulez ailleurs, je le veux. Je sais, \u00f4 J\u00e9sus, que toujours et partout vous me garderez pour vous.<\/p><p>Ma vie est tiss\u00e9e de renoncements, de douleurs, mais, \u00f4 Vouloir divin\u2009! les renoncements, les douleurs sont \u00e0 mon \u00e2me les plus tendres baisers de J\u00e9sus. \u00ab\u2009Si quelqu\u2019un veut venir apr\u00e8s moi, qu\u2019il se renonce lui-m\u00eame.\u2009\u00bb \u00d4 J\u00e9sus\u2009! mon tendre Ma\u00eetre, renoncez-moi vous-m\u00eame en tout. Souffrir de tout, en tout avec vous est en m\u00eame temps ma joie et mes d\u00e9lices. Toutes mes ardeurs se dirigent vers vous. Je dois souvent passer au travers des \u00e9pines, et douloureusement meurtrir mon c\u0153ur. Epines, plaies et douleurs ne font que ranimer mon courage et donner de nouvelles forces \u00e0 mon \u00e2me\u2009! Les plus malheureux sont les plus aim\u00e9s du Bon Dieu.<\/p><p>Etre malade, c\u2019est \u00eatre vou\u00e9e aux humiliations, aux privations, aux mis\u00e8res&#8230; cependant humiliations, privations et mis\u00e8res sont chang\u00e9es en autant de lampes ardentes pour l\u2019\u00e2me qui veut aimer Dieu.<\/p><p>Non, le chemin du ciel n\u2019a rien d\u2019effrayant\u2009; quelle qu\u2019en soit l\u2019obscurit\u00e9, il n\u2019y a pas lieu de se d\u00e9courager jamais. Oh\u2009! que je voudrais savoir dire, affirmer que les souffrances s\u2019illuminent pour les petites \u00e2mes qui s\u2019abandonnent au Seigneur. \u00ab\u2009Si quelqu\u2019un est petit, qu\u2019il vienne \u00e0 moi et je serai moi-m\u00eame sa force et sa consolation.\u2009\u00bb Touchante v\u00e9rit\u00e9, car il est tr\u00e8s vrai que l\u2019\u00e2me docile \u00e0 la gr\u00e2ce se confie joyeusement \u00e0 Celui qui ne peut nous \u00e9garer.<\/p><p>Peut-on souffrir, peut-on pleurer, peut-on languir, entour\u00e9 d\u2019un ami si compatissant, d\u2019un p\u00e8re si tendre, d\u2019un \u00e9poux si aimant que lui\u2009? Non\u2009! personne mieux que lui ne peut comprendre et apaiser. Les consolations humaines sont bien froides \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celles de Dieu. Tout appui humain est un roseau trop fragile pour soutenir assez bien ceux qui souffrent. Dieu, qui a soutenu l\u2019infini de toutes les douleurs, peut seul toutes les adoucir.<\/p><p>L\u2019amour cis\u00e8le les c\u0153urs, l\u2019amour purifie, la douleur pacifie.<\/p><p>\u00d4 mon J\u00e9sus\u2009! qu\u2019elle souffre ta petite victime, mais qu\u2019elle t\u2019aime autant que tu lui as donn\u00e9 d\u2019amour. Loin de toi elle ne pourrait vivre ni souffrir. \u00d4 J\u00e9sus\u2009! garde-moi pour jamais, je t\u2019appartiens. Donne-moi la patience, le calme en tout.<\/p><p>Ne regardons ni trop en avant ni trop en arri\u00e8re&#8230; mais toujours en haut.<\/p><p>De mon Dieu, je suis le calice\u2009; ma mission est de le faire aimer en d\u00e9bordant d\u2019amour\u2009; il faut donc que je saisisse toutes les occasions pour r\u00e9pandre lumi\u00e8re et v\u00e9rit\u00e9. Mon Dieu\u2009! donnez-moi d\u2019utiliser vos dons abondants\u2009; \u00e0 vous, Seigneur, l\u2019honneur de les r\u00e9partir dans les \u00e2mes. B\u00e9nissez mes d\u00e9sirs, mes efforts, mes communions, mon amour. Je n\u2019ai d\u2019autre vue que vos vues. Celui qui, ici-bas, donne la souffrance, nous en console au ciel.<\/p><p>Je vous b\u00e9nis, mon Dieu, et vous rends gr\u00e2ce de m\u2019avoir accord\u00e9 le don inappr\u00e9ciable de la r\u00e9signation surnaturelle, aussi chaque jour vibre plus haut en mon \u00e2me le cantique de la reconnaissance.<\/p><p>^ 8 octobre 1930 (mercredi)<\/p><p>Dimanche. Cette journ\u00e9e s\u2019est pass\u00e9e dans une sainte et bien pieuse joie que seul Dieu peut inspirer. \u00d4 J\u00e9sus, radieuse aurore des \u00e2mes qui vous aiment, illuminez ma voie.<\/p><p>Demain, je vais recevoir la plus grande gr\u00e2ce qui peut \u00eatre accord\u00e9e ici-bas&#8230; puisque mon Sauveur et mon Dieu va venir \u00e0 moi. Que demander \u00e0 J\u00e9sus, si ce n\u2019est qu\u2019il s\u2019empare tellement de mon petit c\u0153ur, qui tout entier lui appartient, qu\u2019il ne respire et ne palpite qu\u2019en lui. Plus on donne \u00e0 J\u00e9sus, plus on aime \u00e0 lui donner et plus on aime \u00e0 lui donner, plus il aime \u00e0 combler.<\/p><p>R\u00e9solution\u2009: Redoubler de ferveur envers J\u00e9sus Eucharistie et d\u2019amour envers la Sainte Vierge.<\/p><p>^ 12 octobre 1930 (dimanche)<\/p><p>Sainte communion. \u00d4 merveille et bont\u00e9\u2009! Que le Seigneur est admirable dans tout ce qu\u2019il fait, particuli\u00e8rement dans l\u2019Eucharistie. Avec elle, nous recevons toute la grandeur et la majest\u00e9 de Dieu, toute la pl\u00e9nitude de sa divinit\u00e9, toutes les vertus, toutes les perfections de sa tr\u00e8s sainte humanit\u00e9, toute sa bont\u00e9 et sa lib\u00e9ralit\u00e9, toute sa mis\u00e9ricorde et tout son amour, enfin tous ses m\u00e9rites, qui sont inconcevables. Notre c\u0153ur devient le temple vivant de sa divinit\u00e9, autant de fois que nous le recevons humblement. Combien ce doux Sauveur est jaloux de poss\u00e9der \u00e0 lui seul le c\u0153ur dans lequel il a r\u00e9sid\u00e9 corporellement\u2009; et il prend ses d\u00e9lices quand le c\u0153ur lui reste fid\u00e8le, et il trouve ses d\u00e9lices en lui.<\/p><p>Qu\u2019une \u00e2me est heureuse dans ce seul \u00e0 seul avec son Sauveur, dans le sanctuaire de ce temple spirituel qu\u2019est son c\u0153ur.<\/p><p>Que je ne sois pas moins jalouse de garder mon c\u0153ur tout \u00e0 Dieu qu\u2019il ne l\u2019est lui-m\u00eame de le poss\u00e9der sans partage.<\/p><p>Non, le Seigneur, dans toute sa bont\u00e9 et sa tendresse, ne pouvait nous donner rien de plus que de se donner \u00e0 nous\u2009; nous ne pouvons nous-m\u00eames rien lui donner de mieux que notre c\u0153ur et tous les tr\u00e9sors de notre c\u0153ur.<\/p><p>J\u00e9sus dans mon \u00e2me\u2009! J\u00e9sus, le pain de qui je vis, l\u2019eau vive qui apaise l\u2019ardeur de ma soif\u2009!<\/p><p>Vierge Sainte\u2009! ma douce esp\u00e9rance, aujourd\u2019hui venez \u00e0 mon aide, pr\u00e9parez mon \u00e2me, ornez-la de vos divines vertus autant qu\u2019une pauvre cr\u00e9ature puisse en \u00eatre orn\u00e9e\u2009; qu\u2019en tout, j\u2019accomplisse parfaitement la sainte volont\u00e9 de Dieu, et que j\u2019observe dans toute sa sublimit\u00e9 la charit\u00e9 par l\u2019amour. Apprenez-le moi bien, \u00f4 Vierge\u2009!<\/p><p>Esprit Saint, accordez \u00e0 mon \u00e2me indigente vos dons pr\u00e9cieux, afin qu\u2019\u00e0 l\u2019instant o\u00f9 J\u00e9sus va descendre, il y trouve autant d\u2019amour qu\u2019il en d\u00e9sire.<\/p><p>Mon Roi, mon Seigneur, mon Dieu\u2009! je ne suis qu\u2019une petite victime, une petite hostie qui veut unir son sacrifice au v\u00f4tre \u00e0 l\u2019autel\u2009; faites que je l\u2019unisse bien. Donnez-moi la simplicit\u00e9, la fid\u00e9lit\u00e9, la pers\u00e9v\u00e9rance et toujours plus d\u2019amour, une plus solide union dans l\u2019oraison et la sainte communion, une humilit\u00e9 plus profonde, une charit\u00e9 plus parfaite et la patience la plus douce. Que je vive toute fix\u00e9e en vous.<\/p><p>\u00d4 Roi des c\u0153urs, je suis faible, bien faible\u2009; soutenez ma faiblesse, animez mon courage. Vous \u00eates ma force, je\u2009m\u2019abandonne \u00e0 vous&#8230; Divin \u00e9poux de mon \u00e2me, ce que vous voulez, je vous le donne. Seigneur\u2009! est-il assez pr\u00eat, ce petit c\u0153ur qui va devenir votre tr\u00f4ne\u2009?<\/p><p>Marie, pleine de bont\u00e9, depuis longtemps vous avez plein pouvoir sur votre enfant, faites les derniers pr\u00e9paratifs pendant que j\u2019attends J\u00e9sus, que mes l\u00e8vres appellent et b\u00e9nissent, demandent de faire en mon c\u0153ur le m\u00eame miracle qu\u2019il op\u00e8re dans la sainte Hostie.<\/p><p>Maintenant, Seigneur, descendez dans le c\u0153ur de votre enfant\u2009; il lui tarde de vous remercier, de vous dire ses secrets\u2009! \u00d4 J\u00e9sus\u2009! ma vie et mon courage, venez, j\u2019ai tant besoin de vous pour r\u00e9sister aux attaques du d\u00e9mon et rester vaillante et aimable envers tous. Soyez mon mod\u00e8le&#8230; vous l\u2019\u00eates&#8230;. mais faites que je vous imite\u2009! J\u2019esp\u00e8re tout de votre bont\u00e9\u2009!<\/p><p>J\u2019ai vu, je poss\u00e8de&#8230; j\u2019appartiens \u00e0 mon Sauveur J\u00e9sus. \u00d4 J\u00e9sus mon Sauveur\u2009! Allumez dans mon c\u0153ur le feu de votre amour. Seigneur\u2009! mon \u00e2me et mon c\u0153ur se dilatent de paix et de joie en chantant vos louanges.<\/p><p>Oh\u2009! la vie de mon c\u0153ur, \u00f4 charme si doux,<\/p><p>mon \u00e2me est embaum\u00e9e d\u2019un amour pur, sinc\u00e8re.<\/p><p>Rendez-la, \u00f4 J\u00e9sus, un peu digne de vous,<\/p><p>communiquez-lui toujours vos divines lumi\u00e8res.<\/p><p>\u00d4 mon \u00e2me\u2009! loue ton adorable Ma\u00eetre, et que tous les c\u0153urs l\u2019aiment et le b\u00e9nissent en ce jour avec toi.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus\u2009! mon Sauveur\u2009! douce victime d\u2019amour,<\/p><p>vous remplissez mon c\u0153ur de joie, d\u2019all\u00e9gresse,<\/p><p>vous \u00eates mon espoir \u00e0 chaque instant du jour<\/p><p>et changez en d\u00e9lices mes plus grandes tristesses.<\/p><p>Source de toutes b\u00e9n\u00e9dictions, fournaise de lumi\u00e8re, je vous adore. Vous qui d\u00e9sirez notre salut avec une ardeur si grande, daignez rappeler de leurs \u00e9garements ceux qui vivent loin de vous\u2009; augmentez l\u2019amour de ceux qui vous aiment, la fid\u00e9lit\u00e9 de ceux qui vous servent, l\u2019abandon de ceux qui sont v\u00f4tres.<\/p><p>\u00d4 mon c\u00e9leste \u00e9poux, si tendre et si aimable,<\/p><p>votre amour m\u2019a bless\u00e9e d\u2019un trait vif et puissant\u2009;<\/p><p>Charit\u00e9 de mon Dieu, soyez-moi favorable,<\/p><p>montrez-vous pour mon \u00e2me doux et compatissant.<\/p><p>Divin Sauveur, vous qui n\u2019avez eu que bont\u00e9 pour vos ennemis, faites na\u00eetre en nos c\u0153urs la beaut\u00e9 du pardon, l\u2019oubli des injures, la r\u00e9signation dans les injustices, l\u2019unanime charit\u00e9.<\/p><p>De votre amour, J\u00e9sus, tous les saints se nourrissent,<\/p><p>de vos tr\u00e9sors divins embaumez tous mes jours,<\/p><p>et qu\u2019embras\u00e9e de vos feux, je ne respire qu\u2019amour.<\/p><p>Faites qu\u2019\u00e0 votre Nom tous les c\u0153urs s\u2019attendrissent.<\/p><p>Vous, si complaisant, si pr\u00e9venant dans votre amour, soyez la vie de nos c\u0153urs ici-bas, pour \u00eatre notre bonheur dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9\u2009; unissez-nous \u00e0 votre vie souffrante, afin que nous puissions\u20091 et m\u00e9ritions de participer \u00e0 la joie de votre vie glorieuse.<\/p><p>J\u00e9sus, liez nos c\u0153urs dans une double cha\u00eene,<\/p><p>de vos mains, \u00f4 Marie, scellez-en les doux n\u0153uds<\/p><p>pour que mon abandon soit \u00e9gal \u00e0 ma peine,<\/p><p>et que mon plus d\u2019amour en augmente les feux.<\/p><p>Souffrir, pour aimer, dans les bras de J\u00e9sus. Divin ami, je laisse mon c\u0153ur dans votre c\u0153ur, gardez-le pour vous seul.<\/p><p>\u00c2mes qui lirez ces lignes, aimez, suivez toujours J\u00e9sus.<\/p><p>^ 13 octobre 1930 (lundi)<\/p><p>Dimanche. Ce soir, je suis \u00e0 bout, effondr\u00e9e sous le poids d\u2019une journ\u00e9e trop p\u00e9nible. Oh\u2009! quelle journ\u00e9e\u2009! ou plut\u00f4t quel apr\u00e8s-midi. La matin\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 si belle, si consolante, pr\u00e8s de l\u2019autel. Le C\u0153ur de J\u00e9sus est si riche de gr\u00e2ces et de tendresse.<\/p><p>Je suis lasse&#8230; je souffre&#8230; mon corps est bris\u00e9, j\u2019ai la t\u00eate en feu, mon c\u0153ur est d\u00e9chir\u00e9 de sanglots&#8230; je ne puis rien&#8230; que souffrir. Pourquoi vient-on si nombreux \u00e0 moi, et que vient-on faire pr\u00e8s de moi qui ne suis qu\u2019une pauvre petite malade, comme il y en a tant, et qui savent mieux souffrir que moi&#8230; plus patientes, plus paisibles et avec moins de gr\u00e2ces, qui suis bien trop petite et incapable d\u2019agir sans Dieu. Et pourquoi va-t-on si peu \u00e0 Celui qui est tout, qui donne tout, qui console et conseille en tout\u2009? On ne s\u2019agenouille cependant jamais en pr\u00e9sence du Saint Sacrement sans recevoir lumi\u00e8re et r\u00e9confort. Ah\u2009! si on savait ma pauvret\u00e9, mon ignorance, on me laisserait bien seule sans s\u2019occuper de moi. Comme on m\u2019oublierait vite\u2009! C\u2019est \u00e0 ceux qui sont capables et qualifi\u00e9s qu\u2019il faut demander, et non aux petits qui n\u2019ont pas assez pour eux-m\u00eames, et qui vont puiser pr\u00e8s de ceux qui enseignent.<\/p><p>On veut des tr\u00e9sors et on s\u2019\u00e9loigne de la richesse\u2009; on veut \u00eatre combl\u00e9 et on ne va pas \u00e0 Celui qui donne.<\/p><p>J\u2019ai mal partout, j\u2019ai mal de tout, mais je vous aime, \u00f4 mon Dieu\u2009!&#8230; Avec mes douleurs, mes larmes, faites de l\u2019amour, sauvez-nous tous&#8230; J\u00e9sus\u2009!&#8230; je vous aime&#8230; sauvez une \u00e2me. J\u00e9sus Sauveur, faites-moi sauveur avec vous. Dieu et Seigneur de mon \u00e2me, vous qui ne voulez pas qu\u2019on vienne tant \u00e0 moi, faites cesser ces choses\u2009; que je reste ignor\u00e9e des autres et de moi\u2009; gardez-moi pour vous seul dans la simplicit\u00e9 et l\u2019humilit\u00e9. Vous l\u2019avez dit, \u00f4 J\u00e9sus\u2009: je suis la petite fleur de votre C\u0153ur\u2009; \u00e0 votre petite violette, gardez-lui tout son parfum&#8230; elle n\u2019est pas \u00e0 elle ni \u00e0 personne, elle est \u00e0 vous&#8230; \u00d4 divin prisonnier d\u2019amour, cachez-moi en vous comme une petite hostie perdue dans l\u2019ab\u00eeme de votre C\u0153ur de flamme et de lumi\u00e8re. On me plaint de ne pouvoir pas lire, j\u2019en souffre si peu maintenant. Les livres paraissent si froids quand on a J\u00e9sus qui dirige et instruit de la vraie science de l\u2019amour et de la v\u00e9rit\u00e9. N\u2019est-ce pas le livre complet, toujours ouvert&#8230; et toujours ouvert \u00e0 tous\u2009? J\u00e9sus est le livre vivant du chr\u00e9tien. Qu\u2019on a \u00e0 apprendre de J\u00e9sus au Calvaire, de J\u00e9sus en croix, de J\u00e9sus prisonnier d\u2019amour\u2009! C\u2019est lui mon livre unique\u2009; c\u2019est lui qui m\u2019a appris l\u2019art divin de souffrir\u2009; qui pourrais-je chercher hors de Celui qui est la voie, la v\u00e9rit\u00e9 et la vie\u2009? Il enseigne, guide, reprend, corrige.<\/p><p>Pourquoi me plaint-on\u2009? Ce n\u2019est pas la compassion, c\u2019est la plainte. Si l\u2019on savait que l\u2019amour peut tout changer de face, m\u00eame les plus grandes amertumes&#8230; Non, non, on ne peut comprendre ni conna\u00eetre l\u2019immense amour de J\u00e9sus pour le c\u0153ur qu\u2019il retient en ses mains.<\/p><p>Quand on est choisi de Dieu, on a souvent un sombre et long Calvaire \u00e0 gravir, mais c\u2019est \u00e0 ceux-l\u00e0 que sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es les gloires du Thabor. Souvent le sacrifice plonge l\u2019\u00e2me dans la lumi\u00e8re d\u2019en-haut, d\u2019o\u00f9 elle voit clairement la vanit\u00e9, l\u2019\u00e9troitesse des choses d\u2019ici-bas, la grandeur des biens \u00e9ternels et l\u2019unique beaut\u00e9 de l\u2019amour divin.<\/p><p>Mon Dieu\u2009! en vous je me confie\u2009; soutenez ma faiblesse, \u00e9levez mon amour, toujours.<\/p><p>^ 19 octobre 1930 (dimanche)<\/p><p>Chaque jour est fait de souffrances, mais depuis quelque temps, c\u2019est bien plus sensible encore. Mon \u00e2me est plong\u00e9e dans l\u2019amertume, croix de l\u2019\u00e2me trois fois plus grande que toutes celles qui atteignent le corps et le c\u0153ur. Elles sont bien de plus en plus vraies, les paroles du Seigneur, que tout doit tourner pour moi en souffrances et humiliations. Pourquoi cela\u2009? Mais uniquement parce que vous le voulez, mon Dieu.<\/p><p>Cette visite&#8230; mais surtout les deux lettres qui ont suivi\u2009; je les ai re\u00e7ues en plein c\u0153ur&#8230; Qu\u2019elles m\u2019ont fait mal, \u00f4 mon Dieu\u2009; nul ne conna\u00eetra avec quel joyeux \u00e9lan je vous ai donn\u00e9 ces roses teintes de mon sang. Les fleurs de l\u2019amour et de la douleur donnent tout leur parfum sans bruit de paroles, sans \u00e9clat de parade.<\/p><p>On me croit attach\u00e9e \u00e0 ce que je ne suis pas\u2009; on me croit int\u00e9ress\u00e9e dans ce que je ne suis point du tout. Ah\u2009! si on pouvait soup\u00e7onner \u00e0 quel point tout m\u2019est indiff\u00e9rent et, je dirais, insipide\u2009? Dieu m\u2019est t\u00e9moin que je n\u2019ai pas aim\u00e9 Madame&#8230; pour ce qu\u2019elle a fait pour moi, ni pour ce qu\u2019elle me donne ou m\u2019apporte\u2009; c\u2019est son \u00e2me uniquement qui m\u2019est ch\u00e8re. Elle peut venir les mains vides, je l\u2019aimerais autant et plus encore. Je l\u2019aime pour elle-m\u00eame, pour Dieu surtout, et non pour ses dons.<\/p><p>Je pourrais citer une de ses phrases lors de sa derni\u00e8re visite, pour d\u00e9montrer qu\u2019on se trompe en y voyant des vues ext\u00e9rieures. Je pr\u00e9f\u00e8re garder le silence, \u00e0 l\u2019imitation de J\u00e9sus, mon divin mod\u00e8le, devant ses juges. J\u2019ai tant cultiv\u00e9 cette blanche fleur\u2009! Et puis, j\u2019avoue ne rien comprendre \u00e0 cette s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 dont je suis victime. Une peine fait toujours mal, mais lorsqu\u2019elle est une \u00e9preuve et non une punition m\u00e9rit\u00e9e, par l\u2019acceptation g\u00e9n\u00e9reuse et l\u2019offrande \u00e0 Dieu, son amertume se transforme en douceur. \u00d4 J\u00e9sus, qui formez les \u00e2mes \u00e0 la vertu, ayez piti\u00e9 de moi. Je vois avec douleur combien les esprits surnaturels s\u2019enfoncent lamentablement dans la mati\u00e8re\u2009!!!&#8230;<\/p><p>On devient saint en s\u2019oubliant. Devenir sainte, c\u2019est mon devoir\u2009; Dieu m\u2019y appelle. Il l\u2019attend, il le veut de moi\u2009; oh\u2009! je le d\u00e9sire et le veux pour moi. La saintet\u00e9 vient de Dieu et remonte \u00e0 Dieu. C\u2019est lui qui agit et soutient, ne demandant \u00e0 l\u2019\u00e2me que la confiance, l\u2019effort, la docilit\u00e9 dans l\u2019amour. J\u00e9sus choisit une \u00e2me humble, faible, petite, il la prend dans ses bras&#8230; la met sur son c\u0153ur\u2009; si elle comprend, si elle s\u2019abandonne \u00e0 lui, il la fait \u00e0 son image. La confiance et l\u2019amour sanctifient\u2009; l\u2019important est d\u2019aimer en toute confiance. Qu\u2019elle est belle et touchante, la mission des petites \u00e2mes, petites gouttes de ros\u00e9e du ciel, elles re\u00e7oivent du Seigneur le secret divin de faire avec lui sans louange, sans bruit, sans vouloir d\u2019humaines r\u00e9compenses, de grandes choses pour son amour, pour le ciel. Hostie de R\u00e9demption.<\/p><p>&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..<\/p><p>(ndle: cf. pointill\u00e9s pr\u00e9c\u00e9dents. Ils correspondent \u00e0 des paroles de Marthe laiss\u00e9es en pointill\u00e9s par le P\u00e8re Faure \u00e0 qui Marthe a dict\u00e9 ce passage. Soit il n\u2019arrivait plus \u00e0 se relire ou ne comprend plus ? Il ne veut pas recopier quelque chose qu\u2019il inventerait.)<\/p><p>Je rel\u00e8ve un point de la conversation cit\u00e9e plus haut, o\u00f9 il fut question de la vie d\u2019union \u00e0 J\u00e9sus par Marie, d\u2019aimer J\u00e9sus en allant \u00e0 Marie, de faire r\u00e9gner J\u00e9sus en nous par Marie. Quoi de plus essentiel\u2009? Dieu nous a donn\u00e9 J\u00e9sus par Marie, donc il faut aller \u00e0 Marie pour atteindre J\u00e9sus. \u00ab\u2009Nul ne va \u00e0 mon P\u00e8re sans ma permission, nul ne peut venir jusqu\u2019\u00e0 moi sans venir par ma M\u00e8re&#8230;\u2009\u00bb Marie n\u2019est pas l\u2019auteur de la gr\u00e2ce, mais elle est Reine du monde de la gr\u00e2ce. Bien au-dessus des anges, rien ne lui reste voil\u00e9. Elle p\u00e9n\u00e8tre les confins de la Trinit\u00e9, les confins de la divinit\u00e9. L\u2019amour du Seigneur pour sa sainte M\u00e8re est incomparable. La Vierge est tout sur le C\u0153ur de Dieu, elle en est la tr\u00e9sori\u00e8re bien-aim\u00e9e, la m\u00e9diatrice toujours agr\u00e9\u00e9e, la distributrice toujours approuv\u00e9e, la distributrice vigilante et souveraine. L\u2019\u00e2me qui choisit Marie pour avocate est s\u00fbre que ses pri\u00e8res, ses demandes seront exauc\u00e9es. J\u00e9sus ne refuse rien \u00e0 Marie. Elle n\u2019a pas besoin de demander\u2009: elle puise. Tout droit lui est conc\u00e9d\u00e9. Le Seigneur a mis en elle toutes ses complaisances. Marie est la Vierge puissante, la Vierge pleine de bont\u00e9, la Porte du ciel&#8230; Notre Dame d\u2019amour. Elle \u00e9coute la pri\u00e8re qui jaillit du c\u0153ur pur, humble, simple et confiant. On ne peut faire r\u00e9gner J\u00e9sus dans les c\u0153urs, dans les familles, dans les paroisses et dans la patrie, qu\u2019en \u00e9tablissant, en propageant le r\u00e8gne divinement bienfaisant de Marie. Aimer Marie, c\u2019est rendre \u00e0 Dieu un honneur incalculable, c\u2019est combler d\u2019hommage et de gloire le divin C\u0153ur de J\u00e9sus. Qui aime vraiment Marie peut s\u2019estimer bien heureux, car il est s\u00fbr d\u2019\u00eatre aim\u00e9 du Sauveur. Ah\u2009! si l\u2019on pouvait concevoir toutes les merveilles op\u00e9r\u00e9es par Marie dans les \u00e2mes\u2009!&#8230; Dire que Marie est Reine du ciel et de la terre est tr\u00e8s beau, tr\u00e8s vrai\u2009; dire qu\u2019elle est M\u00e8re de tous les c\u0153urs, m\u00e9diatrice de toutes les causes qui p\u00e9n\u00e8trent au ciel, est plus sublime encore.<\/p><p>Le point de la conversation \u00e9tait ceci\u2009: on va tr\u00e8s facilement \u00e0 J\u00e9sus parce qu\u2019il est Roi, parce qu\u2019il est Dieu, mais pour comprendre la d\u00e9votion \u00e0 Marie, il faut avant tout avoir l\u2019attrait de l\u2019humilit\u00e9, vu qu\u2019il n\u2019est rien d\u2019extraordinaire dans sa vie, sauf sa pr\u00e9sence sublime au Calvaire.<\/p><p>Marie ne fit pas de miracle par elle-m\u00eame, c\u2019est vrai, tout reste simple, obscur, cach\u00e9, accessible \u00e0 toute cr\u00e9ature.<\/p><p>Cette absence d\u2019extraordinaire dans la vie de la Reine du ciel est la plus pure merveille. Et puis\u2009! qu\u2019en savons-nous\u2009? Dieu voulant nous donner la Sainte Vierge pour mod\u00e8le, pour exemple, a voulu que, sur la terre, sa vie f\u00fbt plus imitable qu\u2019admirable&#8230; Il voulait que toutes les \u00e2mes puissent se sauver par J\u00e9sus et Marie.<\/p><p>Si, dans la vie de la Sainte Vierge, il n\u2019\u00e9tait parl\u00e9 que de faits \u00e9clatants et sublimes, d\u2019actes merveilleux, combien peu d\u2019\u00e2mes oseraient la prendre pour mod\u00e8le. D\u2019ailleurs, c\u2019est sur sa vie int\u00e9rieure, toute faite de parfaite union \u00e0 Dieu, qu\u2019il faut baser la n\u00f4tre. Cette faveur, nous ne saurions la m\u00e9riter, mais nous pouvons l\u2019obtenir de notre M\u00e8re mis\u00e9ricordieuse par la pri\u00e8re de confiance et l\u2019amour. L\u2019\u00e2me unie \u00e0 Marie avance tous les jours vers les sommets de la perfection. Quel exemple de vie int\u00e9rieure \u00e0 puiser dans la vie d\u2019\u00e2me de Marie\u2009! En elle se trouve la pl\u00e9nitude de l\u2019esp\u00e9rance, de la vie et de la vertu.<\/p><p>Notre-Seigneur a dit\u2009: \u00ab\u2009Le royaume des cieux n\u2019est pas pour les orgueilleux.\u2009\u00bb \u00ab\u2009Nul n\u2019entrera dans la sainte Patrie s\u2019il n\u2019est rev\u00eatu de puret\u00e9 et d\u2019innocence.\u2009\u00bb Rien ne prouve mieux que Marie est notre mod\u00e8le de choix. La saintet\u00e9 est aux \u00e2mes qui aiment vraiment Marie.<\/p><p>Je voudrais pouvoir \u00e9crire encore longuement\u2009; il y aurait tant \u00e0 dire sur Marie, et de si belles choses, mais je m\u2019en tiendrai l\u00e0\u2009; je me sens trop malhabile, trop nulle\u2009; j\u2019aime mieux la pratique que le d\u00e9veloppement, la vertu que l\u2019\u00e9loquence, laissant aux esprits dou\u00e9s l\u2019honneur de faire des descriptions. Du reste, mon c\u0153ur est vraiment en lambeaux pour avoir trop saign\u00e9 \u2013 ce c\u0153ur que les douleurs et la vie ont tant tortur\u00e9. Dieu conna\u00eet le nombre de fois qu\u2019on aura plong\u00e9 et retourn\u00e9 le couteau dans la plaie.<\/p><p>Beaucoup croient que les souffrances physiques n\u2019atteignent pas le c\u0153ur, et en parlent comme telles. Pense-t-on que les souffrances morales ne suivent pas les souffrances physiques\u2009? Oh\u2009! si, et combien\u2009! Tout devient m\u00eame plus poignant pour l\u2019\u00eatre qui, d\u00e9j\u00e0, est \u00e0 la merci de la douleur.<\/p><p>Oui, mon Dieu\u2009! de vous seul est connu tout ce que vous demandez \u00e0 l\u2019\u00e2me que vous prenez pour vous. \u00d4 mon c\u00e9leste ami\u2009! tout seul vous connaissez dans quel bain vous avez plong\u00e9, dans quelle prison vous avez enferm\u00e9, de quel feu vous avez purifi\u00e9, de quelle eau vous avez lav\u00e9, avec quel instrument vous aurez cisel\u00e9\u2009 votre petite cr\u00e9ature.<\/p><p>Elle vous rend gr\u00e2ces et vous b\u00e9nit d\u2019avoir pos\u00e9 votre main sur son c\u0153ur, d\u2019avoir emp\u00each\u00e9 ses l\u00e8vres de s\u2019entrouvrir pour parler\u2009; si peu en aurait-elle dit, elle aurait pu vous d\u00e9plaire. Y\u2009aurait-il pour elle plus grande d\u00e9solation\u2009?<\/p><p>Perdre tout en Dieu\u2009! que c\u2019est bon\u2009! Vous savez\u2009! cela suffit. Rien dans mon \u00eatre ne sera rest\u00e9 sans tourment. Oh\u2009! qu\u2019elle s\u2019est bien r\u00e9alis\u00e9e cette pri\u00e8re de mon c\u0153ur\u2009: \u00ab\u2009\u00d4 J\u00e9sus, douceur ineffable, changez pour moi en amertume toutes les consolations de la terre.\u2009\u00bb J\u2019ai eu froid, j\u2019ai eu peur, j\u2019ai souffert, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 incomprise, d\u00e9laiss\u00e9e&#8230; Derri\u00e8re un front calme, derri\u00e8re un sourire, que de sanglots \u00e9touff\u00e9s, que de douleurs tues, que de g\u00e9missements refoul\u00e9s pour l\u2019amour de Dieu et pour ne point peiner. J\u2019aurai connu l\u00e0 ce que c\u2019est que se vaincre dans la souffrance en priant. L\u2019amour m\u2019a tout appris. Si l\u2019amour humain est capable de faire accomplir de grandes choses pour l\u2019\u00eatre qui est l\u2019objet de cet amour, combien plus ardent est l\u2019amour qui se rapporte \u00e0 Dieu. L\u2019amour divin et la foi en cet amour permettent de tout accepter en paix. J\u00e9sus converse avec l\u2019\u00e2me souffrante qui l\u2019aime.<\/p><p>Mon Dieu et mon Refuge, merci de m\u2019avoir donn\u00e9 une nature si ardente, un c\u0153ur si vibrant, une \u00e2me si paisible. Merci de m\u2019avoir appris \u00e0 garder le silence. C\u2019est bien \u00e0 vous que je le dois, mon Dieu\u2009! Petite fleur du silence, reste toujours au fond de mon c\u0153ur.<\/p><p>L\u2019Amour n\u2019\u00e9pargne pas, mais il r\u00e9compense. Rien n\u2019est m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 la confiance, mais rien ne l\u2019\u00e9branle. Une petite \u00e2me aime tout recevoir de son bien-aim\u00e9.<\/p><p>J\u00e9sus, elle t\u2019appartient, celle que la vie accable,<\/p><p>Tout pr\u00e8s de toi elle trouve la piti\u00e9.<\/p><p>Elle s\u2019appuie, paisible, sur ton c\u0153ur adorable.<\/p><p>De ses tourments, tu en prends la moiti\u00e9.<\/p><p>Toi, tu la caresses quand elle verse des larmes,<\/p><p>Tu es sa joie et son bonheur en tout.<\/p><p>De la souffrance, tu lui apprends les charmes<\/p><p>Toi, \u00f4 J\u00e9sus\u2009! qui souffres avec nous tous.<\/p><p>\u00d4 Dieu, sur l\u2019autel de la douleur aussi bien que sur l\u2019autel des d\u00e9lices, je chanterai un hymne \u00e0 ton nom\u2009; sur la harpe des larmes am\u00e8res aussi bien que sur la cithare de la joie, je chanterai \u00e0 jamais ta mis\u00e9ricorde, ta tendresse, ta bont\u00e9 sans \u00e9gale&#8230; Dieu n\u2019\u00e9claire pas seulement notre vie, il en est le foyer.<\/p><p>Demain, visite du Seigneur. Demain, je vais go\u00fbter le bonheur \u00e0 sa source.<\/p><p>Mon doux J\u00e9sus, ma joie et mon amour,<\/p><p>Fais de mon c\u0153ur ton bienheureux s\u00e9jour.<\/p><p>^ 26 octobre 1930 (dimanche)<\/p><p>Sainte communion. Je sens non seulement l\u2019appel de J\u00e9sus aux joies de la sainte communion, mais qu\u2019il m\u2019y sollicite, me commande de le recevoir. A qui irais-je pour aimer plus ardemment qu&rsquo;\u00e0 lui, l\u2019ami parfait, l\u2019ami g\u00e9n\u00e9reux, l\u2019ami toujours fid\u00e8le\u2009?<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, pr\u00e9sent dans l\u2019Eucharistie, soyez le bonheur, la sant\u00e9 de ceux que j\u2019aime et leur \u00e9ternelle r\u00e9compense. H\u00f4te ador\u00e9, je vous demande pour moi d\u2019emporter plus avant toujours mon petit c\u0153ur dans le v\u00f4tre.<\/p><p>Oh\u2009! les d\u00e9lices de cette journ\u00e9e\u2009! Oh\u2009! la joie de mon c\u0153ur rempli d\u2019all\u00e9gresse en Dieu\u2009! Je l\u2019ai re\u00e7u. Il est en moi. Quand l\u2019aube appara\u00eet, mon c\u0153ur peureux, tout tremblant, impatient, murmure\u2009: \u00ab\u2009Que Dieu arrive et qu\u2019aussit\u00f4t ses ennemis soient dissip\u00e9s.\u2009\u00bb Mon roi vient prendre possession de son tr\u00f4ne, qui est mon c\u0153ur, et je suis si heureuse qu\u2019au lieu de n\u2019\u00eatre qu\u2019humble, tendre, tremblante comme je voudrais rester, je ne sens plus en moi que sentiment de joie, d\u2019amour, de reconnaissance. Que mon d\u00e9fenseur, mon soutien, ma force en ce monde et mon salut pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9 vienne \u00e0 moi\u2009! Mon \u00e2me est toute transport\u00e9e, mon c\u0153ur d\u00e9borde d\u2019une ferveur si grande\u2009!&#8230; Pourrait-il en \u00eatre autrement\u2009? Je poss\u00e8de un tr\u00e9sor incomparable. Il m\u2019est fait un plus grand honneur qu\u2019il en fut accord\u00e9 au roi proph\u00e8te&#8230; Ce qu\u2019il faut avec ces merveilles, c\u2019est produire des fruits&#8230; glaner des \u00e9pis&#8230; cueillir des grappes. Je sens avec bonheur que toutes les puissances de ma petite \u00e2me sont intimement unies, \u00e9troitement enlac\u00e9es \u00e0 Celui qui est venu en moi avec tant de mis\u00e9ricorde. C\u2019est en ma\u00eetre souverain qu\u2019il a press\u00e9 sur son C\u0153ur sa petite servante et pris possession de son petit royaume. Douce est la pr\u00e9sence de J\u00e9sus, consolante pour l\u2019\u00e2me accabl\u00e9e et souffrante\u2009; elle lui apporte une soudaine paix, un pur et c\u00e9leste bonheur. D\u00e9lices qu\u2019aucune parole ne peut exprimer. Dans ces heures toujours trop courtes au gr\u00e9 de l\u2019\u00e2me, le divin Ma\u00eetre \u00e0 qui l\u2019on a tout immol\u00e9, tout livr\u00e9, suscite toujours de nouvelles vigueurs pour l\u2019aider \u00e0 traverser chaque nouvelle \u00e9preuve. Tout ce courage, cette sublime ardeur est puis\u00e9e \u00e0 la source m\u00eame. Il n\u2019en ressort aucun m\u00e9rite personnel\u2009; tout est don de Dieu et lui appartient. Bien malheureuse serait l\u2019\u00e2me s\u2019il lui venait de penser qu\u2019elle y est pour quelque chose.<\/p><p>Mon Dieu\u2009! Faites que je vive docilement vos conseils, vos inspirations, qu\u2019en tout je sache attendre l\u2019heure de votre Providence.<\/p><p>Seigneur J\u00e9sus\u2009! je suis \u00e0 vous et vous \u00eates mon Dieu. Mon c\u0153ur est v\u00f4tre, soyez aussi jaloux de le garder pour vous, qu\u2019il est jaloux de se garder \u00e0 vous.<\/p><p>Soutenez toutes ses saintes r\u00e9solutions, vous qui \u00eates mon Ma\u00eetre.<\/p><p>\u00d4 Dieu\u2009! recevez mes louanges, mes adorations, tout mon amour. H\u00e9las\u2009! que puis-je vous rendre, moi qui suis si pauvre, si petite, mais je me sens si riche du d\u00e9sir de voir toutes les \u00e2mes vous consacrer leur c\u0153ur, leurs \u0153uvres, leurs actions. Je fais le tour du monde et vais chercher et recueillir, pour vous les offrir, toutes les bonnes actions, grandes et petites, les \u0153uvres, les travaux, les peines, les douleurs, les larmes, les \u00e9preuves de toutes sortes, les d\u00e9solations, les souffrances, les soupirs des \u00e2mes qui ne pensent pas, qui oublient ou ne savent pas vous les offrir\u2009; vous consacrer les joies, les esp\u00e9rances, les consolations, les succ\u00e8s, les bonheurs, les abondances de biens, toutes les gr\u00e2ces, les bienfaits qui, tous, sont l\u2019effet de votre paternit\u00e9 et bont\u00e9 envers nous, qu\u2019elles ne savent reconna\u00eetre, vous attribuer, ne regardant jamais en haut\u2009; toutes les pri\u00e8res faites trop en h\u00e2te, sans attention, celles r\u00e9cit\u00e9es sur le bout des l\u00e8vres et qui, pour cause, ne p\u00e9n\u00e8trent pas jusqu\u2019\u00e0 vous, les communions faites sans v\u00e9ritable amour, avec trop peu de respect ou n\u00e9gligence\u2009: je vous apporte tout et vous offre tout, \u00f4 Dieu infiniment bon et mis\u00e9ricordieux, daignez les accepter et les agr\u00e9er, vous \u00e0 qui tout appartient, de qui tout d\u00e9coule, vers qui tout doit retourner. Soyez lou\u00e9, b\u00e9ni de toutes les cr\u00e9atures qui furent, sont et seront jusqu\u2019\u00e0 la consommation des si\u00e8cles.<\/p><p>Que Dieu est doux et complaisant\u2009! qu\u2019il est sensible et d\u00e9licat envers sa petite victime. Il ne craint pas, lui le Seigneur de toutes choses, de pr\u00e9venir celle qui cependant est sienne, sur qui il a tous les droits, des \u00e9preuves que, dans l\u2019ombre, il pr\u00e9pare pour elle. Ce que Dieu ne peut obtenir des \u00e2mes par la pri\u00e8re, la p\u00e9nitence, il l\u2019obtient par l\u2019\u00e9preuve et la souffrance de celles qui sont siennes.<\/p><p>Tout ce qui vient de Dieu est v\u00e9rit\u00e9\u2009; connaissant ma faiblesse et mon peu de vertu, il ne m\u2019enverrait pas cette grande \u00e9preuve si mon \u00e2me ne devait pas en tirer un salutaire avancement. Tout mon bonheur est de me livrer \u00e0 la volont\u00e9 supr\u00eame du Seigneur, comme l\u2019enfant s\u2019abandonne dans les bras de sa m\u00e8re, comme l\u2019\u00e9pi de bl\u00e9 se laisse dorer par les br\u00fblants rayons du soleil. Je donne mon c\u0153ur au Dieu que j\u2019aime en toute confiance et amour, le suppliant d\u2019allumer, plus ardent toujours, le feu sacr\u00e9 de l\u2019abandon.<\/p><p>A brebis tondue, Dieu mesure le vent. A enfant docile, on fait des caresses. Je m\u2019abandonne \u00e0 ses desseins sur moi, \u00e0 cette \u00e9preuve, \u00e0 toute sa dur\u00e9e, m\u00eame si elle doit \u00eatre prolong\u00e9e le reste de mes jours. J\u2019ai confiance en celui qui guide dans la v\u00e9rit\u00e9.<\/p><p>P\u00e9n\u00e9tr\u00e9e de mon impuissance et du peu que je suis, j\u2019implore humblement votre divine protection. \u00d4 divin H\u00f4te de mon \u00e2me, soyez mon soutien, inclinez votre C\u0153ur vers le mien, \u00e9tendez votre bras tout-puissant pour me prot\u00e9ger contre l\u2019infernal ennemi qui cherche toujours \u00e0 s\u00e9duire et corrompre.<\/p><p>Marie, pleine de gr\u00e2ces, tr\u00e9sori\u00e8re divine, donnez-moi la v\u00e9ritable confiance envers Dieu et l\u2019humble d\u00e9fiance de moi-m\u00eame. \u00d4 M\u00e8re bien-aim\u00e9e, je me confie \u00e0 vous. P\u00e9n\u00e9trez mon c\u0153ur de l\u2019humilit\u00e9 la plus profonde, de la charit\u00e9 la plus ardente, de la joie la plus surnaturelle. Ma M\u00e8re Marie, douce et humble de c\u0153ur, rendez-moi semblable \u00e0 vous. Je suis une servante inutile, p\u00e9n\u00e9trez-moi de ma nullit\u00e9, de mon inutilit\u00e9.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, source de vie, accordez-moi le pardon de tous mes p\u00e9ch\u00e9s, puis donnez-moi la vie de l\u2019amour, la vie de la gr\u00e2ce, la vie surnaturelle. \u00d4 C\u0153ur insondable, myst\u00e8re de douleur et d\u2019amour, est-ce assez que je vous connaisse et que je vive dans la contemplation de vos myst\u00e8res\u2009? Non\u2009! mon Dieu, manifestez-vous au monde et \u00e0 chacun\u2009; que toutes les \u00e2mes qui vous connaissent vous fassent conna\u00eetre et comprendre. R\u00e9v\u00e9lez aux \u00e2mes la beaut\u00e9 de vos myst\u00e8res. Que vos pr\u00eatres soient \u00e9pris, avides de leur montrer ce qui vous r\u00e9v\u00e8le, vous d\u00e9couvre \u00e0 l\u2019intelligence, au c\u0153ur.<\/p><p>Oh\u2009! piti\u00e9 mon Dieu\u2009! manifestez-vous \u00e0 tous.<\/p><p>^ 7 novembre 1930 (vendredi)<\/p><p>Amour&#8230; paix&#8230; et foi&#8230; Oh\u2009! qu\u2019il fait bon prier&#8230;. \u00e9couter&#8230;. vivre en esprit dans le ciel, foyer de beaut\u00e9 et d\u2019amour. Vie int\u00e9rieure intense, sentiment continuel de la divine pr\u00e9sence de mon Dieu en moi. J\u00e9sus est mon tr\u00e9sor, mon bonheur, ma joie, ma vie, mon tout\u2009! Mes d\u00e9lices sont de penser \u00e0 J\u00e9sus, de l\u2019aimer, l\u2019adorer, vivre toute en J\u00e9sus, pour ne pas vivre en moi\u2009; rien ne peut plus occuper mon esprit ni contenter mon c\u0153ur que J\u00e9sus. Son amour remplit tout.<\/p><p>\u00d4 mon \u00e2me, n\u2019oublie pas un moment Celui qui ne t\u2019oublie jamais. C\u2019est si doux de tenir fid\u00e8le compagnie et d\u2019adorer J\u00e9sus en mon \u00e2me. \u00d4 mon Roi bien-aim\u00e9, \u00f4 Ma\u00eetre et Sauveur, soyez \u00e0 jamais tout pour ma petite \u00e2me, et je serai bien contente. Mon \u00e2me tressaille d\u2019amour en J\u00e9sus son soutien. Je ne veux \u00eatre qu\u2019une petite \u00e2me messag\u00e8re d\u2019amour, de bont\u00e9, de lumi\u00e8re. Je vois combien les moyens sont nombreux pour porter les \u00e2mes au service de Dieu. L\u2019amour ouvre chaque fois une nouvelle souffrance, une nouvelle \u00e9preuve en mon c\u0153ur, mais J\u00e9sus donne chaque jour un nouvel \u00e9lan \u00e0 mon \u00e2me.<\/p><p>Tout sert quand on aime, et je reconnais que, dans son infinie tendresse, mon aimable Seigneur fait en sorte que je puisse tirer profit de tout. Je ne m\u2019en \u00e9tonne pas, c\u2019est l\u2019\u0153uvre de Dieu et non la mienne.<\/p><p>Plong\u00e9e, h\u00e9las\u2009! dans l\u2019inaction physique, ma vie reste tr\u00e8s intense\u2009; beaucoup plus m\u00eame, parce que je vis de la vie de mon \u00e2me. Je ne suis que la petite victime au c\u0153ur tout donn\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus\u2009; il ne faut donc vouloir que ce qui lui pla\u00eet&#8230; J\u00e9sus est mon \u00e2me et ma vie.<\/p><p>Le Seigneur me distribue bien des \u00e9preuves de toutes esp\u00e8ces, et au travers de beaucoup de fatigues, de peines et de d\u00e9go\u00fbts, mon union int\u00e9rieure augmente&#8230;<\/p><p>En moi, c\u2019est un m\u00e9lange de joie et de douleur. Je puis dire avec saint Paul, avec une bien moins grande perfection que lui\u2009: \u00ab\u2009Je surabonde de joie au milieu de la tribulation.\u2009\u00bb<\/p><p>La souffrance est l\u2019instrument parfait qui transforme les \u00e2mes.<\/p><p>^ 10 novembre 1930 (lundi)<\/p><p>Mon Dieu\u2009! faites en moi et de moi tout ce que vous voulez, pourvu que vous grandissiez mon amour. Soyez moi tout.<\/p><p>Mes jours et mes nuits s\u2019\u00e9coulent dans la lumi\u00e8re et l\u2019amour\u2009: que de lumi\u00e8re cr\u00e9e l\u2019obscurit\u00e9\u2009! L\u2019amour qui m\u2019envahit progresse toujours&#8230; que Dieu en soit b\u00e9ni\u2009!<\/p><p>En Dieu, tout est sans mesure\u2009; l\u2019\u00e2me qui s\u2019est livr\u00e9e ne sait pas jusqu\u2019o\u00f9 l\u2019amour l\u2019emm\u00e8nera. L\u2019amour est un feu consumant qui propage son action dans les \u00e2mes.<\/p><p>Je sens que je poss\u00e8de un tr\u00e9sor que Dieu veut distribuer par moi. Pour cela&#8230; oubli de moi toujours plus parfait&#8230; que je disparaisse compl\u00e8tement et sans r\u00e9veil dans la volont\u00e9 de Dieu et que lui seul apparaisse.<\/p><p>\u00ab\u2009Mes d\u00e9sirs ne sont pas vos d\u00e9sirs, mes vues ne sont pas vos vues.\u2009\u00bb<\/p><p>Seigneur, mon Dieu\u2009! Je vous en conjure, faites que je rayonne sur ceux qui m\u2019entourent\u2009; donnez-leur la lumi\u00e8re, \u00e9clairez-les par moi, communiquez-vous \u00e0 eux par moi, donnez-vous \u00e0 eux \u00e0 travers moi&#8230;<\/p><p>Je surabonde de gr\u00e2ces\u2009! Comme j\u2019ai tout donn\u00e9 et abandonn\u00e9 \u00e0 Dieu, ne gardant rien pour moi, rien \u00e0 moi, je suis heureuse \u00e0 la pens\u00e9e que Celui qui en est devenu possesseur recueille tout pour le d\u00e9verser dans les \u00e2mes qu\u2019il lui pla\u00eet et que lui-m\u00eame choisit.<\/p><p>Je voudrais que les \u00e2mes du monde entier puissent aimer Dieu comme je l\u2019aime, que toutes chantent avec moi l\u2019hymne de la reconnaissance et de l\u2019amour.<\/p><p>Pour l\u2019aimer, il faut avant tout le conna\u00eetre&#8230; \u00ab\u2009Mon Dieu, que votre r\u00e8gne arrive\u2009!\u2009\u00bb Je voudrais que Dieu enseigne \u00e0 toutes les \u00e2mes, comme \u00e0 moi, et leur apprenne le secret tout divin d\u2019utiliser g\u00e9n\u00e9reusement leurs souffrances \u2013 quels qu\u2019en soient la nature, le degr\u00e9, la profondeur \u2013 volontairement, rien par force&#8230; tout par amour, sans chercher \u00e0 savoir le pourquoi de la douleur, mais remonter \u00e0 Celui qui l\u2019envoie\u2009; ne pas regarder que la blessure, voir la main qui l\u2019a faite&#8230; la panse, la gu\u00e9rit.<\/p><p>L\u2019enseignement divin ne se communique pas ext\u00e9rieurement\u2009; il ne se voit ni se s\u2019entend. Invisible et sans bruit, Dieu encourage d\u2019une fa\u00e7on tout int\u00e9rieure. Il se fait sentir, conna\u00eetre et non voir, au c\u0153ur qui se r\u00e9signe et accepte. Il se fait comprendre, non entendre, \u00e0 l\u2019\u00e2me qui a confiance et s\u2019abandonne, sinon joyeusement du moins paisiblement, en toute confiance.<\/p><p>Ah\u2009! si l\u2019on savait jusqu\u2019o\u00f9 va l\u2019amour de Dieu pour les \u00e2mes\u2009! Et combien est suave et douce la soumission \u00e0 Celui qui peut tout vouloir de nous&#8230; quand il en a d\u00e9cid\u00e9 ainsi, rien ne peut faire d\u00e9vier les desseins de Dieu sur une \u00e2me&#8230; On n&rsquo;est malheureux que de ce que l\u2019on refuse \u00e0 Dieu.<\/p><p>Sur la croix dans la joie, par l\u2019amour&#8230; Sur la croix, c\u2019est \u00eatre immol\u00e9e sur le m\u00eame lit o\u00f9 expira le Sauveur des hommes&#8230; Pourquoi nous affliger et murmurer, quand il faudrait s\u2019incliner et remercier ce Dieu qui veut bien nous rev\u00eatir des m\u00eames livr\u00e9es que son Fils bien-aim\u00e9, et lui dire du plus profond de notre c\u0153ur\u2009: fiat\u2009!<\/p><p>C\u2019est sur la croix que Notre-Seigneur a op\u00e9r\u00e9 ses plus grands miracles, c\u2019est par la croix, par l\u2019effusion de son sang pr\u00e9cieux qu\u2019il sauve les p\u00e9cheurs, par la croix qu\u2019il ouvre la porte \u00e0 ceux qui, d\u00e9j\u00e0 morts, ne pouvaient aller au ciel, sur la croix qu\u2019il pardonne \u00e0 tous, sur la croix qu\u2019il rach\u00e8te le plus grand sc\u00e9l\u00e9rat, sur la croix qu\u2019il donne sa Sainte M\u00e8re \u00e0 tous les mortels. S\u2019il a donn\u00e9 des preuves sublimes de sa bont\u00e9, de sa divine charit\u00e9, de sa mis\u00e9ricorde, de son amour, en gu\u00e9rissant les malades, en les convertissant, en ressuscitant les morts, en d\u00e9livrant les poss\u00e9d\u00e9s, ce n\u2019est que sur la croix qu\u2019il livre en entier les r\u00e9servoirs d\u2019amour que contient son C\u0153ur, et cela jusqu\u2019\u00e0 la consommation des si\u00e8cles, o\u00f9 il donne \u00e0 tous libre entr\u00e9e quand nous voulons venir \u00e0 lui, libre acc\u00e8s pour puiser sans fin, toute permission pour en faire notre demeure. Il y a bien le grand myst\u00e8re de l\u2019Eucharistie, le plus beau des miracles, mais il n\u2019a eu sa pleine confirmation que par la mort sur la croix. Que de grandes choses renferm\u00e9es en ces quelques heures \u00e0 jamais f\u00e9condes.<\/p><p>En livrant son divin Fils \u00e0 la cruaut\u00e9 des hommes, Dieu nous montre combien il lui a fallu d\u2019amour pour le sacrifier.<\/p><p>Dieu s\u2019afflige quand il nous fait mal. Lui qui est infiniment plus tendre que toutes les cr\u00e9atures \u00e0 la fois, fait voir combien il nous aime, puisque pour notre bonheur (\u00e9ternel), son amour n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 nous affliger. Dieu agit plus en p\u00e8re en nous envoyant des croix qu\u2019en nous donnant des joies\u2009; jamais son amour n&rsquo;est plus grand que lorsqu\u2019il sacrifie.<\/p><p>Craignons, dans cette vie, d\u2019\u00eatre trop longtemps heureux. Qu\u2019importe si, en souffrant avec r\u00e9signation, avec amour, nous m\u00e9ritons le ciel. Pour accepter et aimer la souffrance, il faut avoir la foi qui illumine toutes choses, la confiance toute filiale qui ne raisonne pas&#8230; qui aime&#8230; parce qu\u2019elle voit en Dieu un P\u00e8re juste et saint&#8230; mais si bon.<\/p><p>Pour que l\u2019amour domine la crainte, il faut contracter l\u2019habitude de vivre en la pr\u00e9sence de Dieu. Tout serait si beau dans la vie si Dieu en \u00e9tait le centre&#8230; le sommet.<\/p><p>Prier pour qu\u2019il y ait plus de joie au ciel aujourd\u2019hui pour la conversion d\u2019un p\u00e9cheur.<\/p><p>Etre de plus en plus rayon bienfaisant&#8230; rayonnant sur les \u00e2mes en d\u00e9bordant d\u2019amour.<\/p><p>Dieu veut que je l\u2019aide \u2013 non que je lui sois utile \u2013 mais pour augmenter ma part de bonheur au ciel. Tout pour Dieu, rien pour moi. Abandonn\u00e9e \u00e0 Dieu, j\u2019abandonne tout \u00e0 lui&#8230; pour que son r\u00e8gne arrive&#8230; que sa volont\u00e9 soit faite&#8230; pour qu\u2019il sauve les p\u00e9cheurs&#8230; pour qu\u2019il touche les c\u0153urs les plus endurcis, les \u00e2mes les plus rebelles \u00e0 sa gr\u00e2ce, pour qu\u2019il fasse \u00e9clater son amour partout, pour qu\u2019il allume dans les c\u0153urs la joie int\u00e9rieure qu\u2019\u00e9prouvent ceux qui l\u2019aiment, pour h\u00e2ter le bonheur des \u00e2mes du purgatoire, de ces ch\u00e8res \u00e2mes qui attendent de nous la joie de voir Dieu. Je m\u2019offre \u00e0 lui pour les grandes causes de notre m\u00e8re la sainte Eglise, son Souverain Pontife.<\/p><p>Tout en silence, par la souffrance, l\u2019amour\u2009; appliquer aussi mes souffrances pour les pauvres malades qui ne se r\u00e9signent pas, pour les agonisants&#8230; penser aux m\u00e8res de famille que j\u2019aime tant.<\/p><p>Mon Seigneur et mon Dieu\u2009! je vous aime dans toutes mes souffrances. Je vous aime dans tout ce que vous faites en moi et de moi.<\/p><p>Oh\u2009! qu\u2019il fait bon se laisser faire par Dieu et se livrer sans retour \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9\u2009: abandon.<\/p><p>Tout \u00e0 Dieu, rien \u00e0 moi&#8230; Tout de lui, rien de moi. Non, je ne veux plus rien savoir, rien vouloir&#8230; je ne sais plus qu\u2019aimer. C\u2019est de l\u2019amour que provient la gr\u00e2ce et le d\u00e9veloppement de toute vertu.<\/p><p>C\u2019est parfois dans la plus humble bassesse que la grandeur de Dieu se compla\u00eet. Myst\u00e8re divin compris pleinement qu\u2019au ciel.<\/p><p>Mon Dieu\u2009! faites que je sois utile&#8230; utile \u00e0 mon prochain&#8230; utile \u00e0 tous&#8230; que je travaille au bonheur de tous.<\/p><p>D\u00e9border de pri\u00e8res, de d\u00e9tachement, de sacrifices et d\u2019amour.<\/p><p>Par mes yeux \u00e9teints \u00e0 la lumi\u00e8re, \u00e9clairez les esprits et les c\u0153urs.<\/p><p>Je cueille des fleurs le long de ma route.<\/p><p>Seigneur J\u00e9sus\u2009! que je m\u2019\u00e9l\u00e8ve, que je monte de plus en plus vers vous&#8230; pr\u00e8s de vous&#8230; jusqu\u2019\u00e0 vous.<\/p><p>Ne me laissez ralentir par rien, pour rien. Que soit toujours plus rapide mon ascension d\u2019amour.<\/p><p>Qui peut et que peut arr\u00eater une \u00e2me que Dieu garde, soutient, attire pour l\u2019\u00e9lever toute \u00e0 lui\u2009?<\/p><p>Mon Dieu\u2009! donnez-moi d\u2019inspirer aux \u00e2mes la grandeur de la vie divine, de la vie surnaturelle.<\/p><p>^ 14 novembre 1930 (vendredi)<\/p><p>Sainte communion. Le soleil s\u2019est cach\u00e9, aucune \u00e9toile ne scintille plus au firmament de mon \u00e2me qui est tout enti\u00e8re noy\u00e9e dans la douleur. Je n\u2019aper\u00e7ois plus aucune clart\u00e9, aucun horizon. Pourvu que J\u00e9sus m\u2019aide et soit content et glorifi\u00e9 en moi par le mal qui me broie&#8230; C\u2019est par amour que Dieu nous crucifie&#8230; Il faut vraiment que cet amour soit grand pour mon \u00e2me. Je me trouve si petite&#8230; si indigne de ma vocation de souffrance&#8230; Si aimer c\u2019est souffrir&#8230; bienheureuse suis-je d\u2019avoir re\u00e7u de Dieu la gr\u00e2ce d\u2019aimer en souffrant&#8230; il pourrait tellement en \u00eatre autrement sans J\u00e9sus, sans son amour, sans sa mis\u00e9ricordieuse \u00e9treinte.<\/p><p>Je suis lasse de la terre&#8230; les consolations de la terre ne m\u2019atteignent plus que pour augmenter mes douleurs\u2009; celles du ciel me sont retir\u00e9es. Cependant, \u00f4 merveille de la foi et de l\u2019amour, mon \u00e2me est dans une paix profonde. J\u00e9sus est en moi&#8230; il est ma vie&#8230; il est mon Sauveur, ma lumi\u00e8re\u2009; mon \u00e2me est tout enti\u00e8re noy\u00e9e dans sa volont\u00e9 adorable. J\u2019esp\u00e8re tout de son infinie bont\u00e9, de cette bont\u00e9 particuli\u00e8re envers ma mis\u00e8re. Je sais qu\u2019il dispose tout pour mon plus grand bien&#8230; c\u2019est pourquoi, m\u00eame si je me sens seule, abandonn\u00e9e de lui, sans force sur la croix, qu\u2019il ne me reconna\u00eet plus pour sienne\u2009; quand m\u00eame je ne puis plus rien, que je ne ressens rien, je crois que l\u2019\u00e9tat poignant o\u00f9 je me trouve et tout ce qui m\u2019arrive est l\u2019\u0153uvre magnifique de l\u2019amour, aussi je le pr\u00e9f\u00e8re toujours aux plus hauts degr\u00e9s de consolations. Tout enti\u00e8re entre ses bras, livr\u00e9e \u00e0 sa volont\u00e9 sainte, j\u2019aime toutes ces inexprimables douleurs qui me rendent un peu semblable \u00e0 lui, J\u00e9sus, notre Dieu plein d\u2019amour et de tendresse.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus\u2009! \u00e0 votre C\u0153ur je confie tout\u2009: mon \u00e2me, mes intentions, mes peines les plus profondes, toutes mes occupations int\u00e9rieures. Je vous confie toutes les grandes causes actuelles, la France, toutes les \u00e2mes.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus\u2009! je compte sur vous, parce que je me confie en vous, je m\u2019abandonne \u00e0 vous. \u00d4 C\u0153ur d\u2019amour, je crains tout de ma faiblesse, mais j\u2019esp\u00e8re tout de votre puissance. Un Dieu ne peut abandonner le faible ouvrage de ses mains\u2009; un p\u00e8re ne peut oublier son enfant, un sauveur ne peut laisser perdre le prix de son sang. J\u00e9sus, mon Dieu, soyez en mon \u00e2me un gardien fid\u00e8le&#8230; un puissant d\u00e9fenseur. Soutenez ma faiblesse dans les adversit\u00e9s\u2009; gardez mon \u00e2me contre toutes pens\u00e9es mauvaises qui pourraient l\u2019effleurer, je vous en supplie, Seigneur.<\/p><p>^ 26 novembre 1930 (mercredi)<\/p><p>Souffrir aujourd\u2019hui, ma croix d\u2019aujourd\u2019hui&#8230; l\u2019aimer&#8230; l\u2019embrasser, en r\u00e9p\u00e9tant tout bas\u2009: mon Dieu\u2009!&#8230; je l\u2019aime. Avec elle vous m\u2019\u00e9levez \u00e0 vous.<\/p><p>Tout est facile \u00e0 l\u2019\u00e2me qui s\u2019abandonne d\u2019instant en instant \u00e0 la divine \u00e9treinte de son J\u00e9sus. C\u2019est lui qui change en or divin toutes nos actions&#8230; toutes nos larmes&#8230; toutes nos souffrances&#8230; toutes nos afflictions&#8230;<\/p><p>Il n\u2019y a pas de secret pour \u00eatre \u00e0 Dieu, si ce n\u2019est celui de se servir de tout ce qui se pr\u00e9sente&#8230; de tout ce qu\u2019il envoie. Tout m\u00e8ne \u00e0 cette union enti\u00e8re, tout perfectionne et sanctifie (except\u00e9 le p\u00e9ch\u00e9 et ce qui n\u2019est pas le devoir). Rejeter loin de soi la d\u00e9fiance, la peur, la crainte, mais, avec J\u00e9sus et Marie, aimer la volont\u00e9 adorable de Dieu si mis\u00e9ricordieux et si aimable.<\/p><p>Tout par amour&#8230; et tout sera divin&#8230; tout diviniser pour que tout soit sanctifi\u00e9&#8230; aimer pour expier&#8230; aimer pour m\u00e9riter&#8230; aimer pour supporter&#8230; aimer pour consoler&#8230; aimer pour comprendre&#8230; aimer pour donner&#8230; aimer pour s\u2019oublier&#8230; aimer pour pardonner&#8230; aimer pour aimer&#8230; aimer pour gu\u00e9rir&#8230; aimer pour rena\u00eetre \u2026<\/p><p>&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;<\/p><p>(ndle: cf. pointill\u00e9s pr\u00e9c\u00e9dents. Ils correspondent \u00e0 des paroles de Marthe laiss\u00e9es en pointill\u00e9s par le P\u00e8re Faure \u00e0 qui Marthe a dict\u00e9 ce passage. Soit il n\u2019arrivait plus \u00e0 se relire ou ne comprend plus ? Il ne veut pas recopier quelque chose qu\u2019il inventerait.)<\/p><p>Je n\u2019ai ni qualit\u00e9, ni force, ni courage&#8230; je ne suis qu\u2019imperfection, que faiblesse. J\u2019ai J\u00e9sus pour soutien&#8230; pour voie, pour vie, pour consolation et esp\u00e9rance.<\/p><p>J\u2019\u00e9prouve des douleurs tr\u00e8s vives de toutes parts, principalement dans la t\u00eate, l\u2019estomac et le dos. Sans J\u00e9sus, ce serait intol\u00e9rable&#8230; Avec lui, je dis\u2009: fiat et merci&#8230; alors tout m\u2019est doux et bon.<\/p><p>J\u00e9sus poss\u00e8de toute ma bonne volont\u00e9, toute ma faiblesse, j\u2019ai confiance en son appui. Je souffre, mais j\u2019aime et je crois&#8230; je dois souvent prendre mon c\u0153ur \u00e0 deux mains pour ne pas ployer compl\u00e8tement\u2009; les souffrances succ\u00e8dent aux souffrances, l\u2019amour triomphant et plus fort succ\u00e8de \u00e0 l\u2019amour&#8230; toujours.<\/p><p>J\u00e9sus me demande de ne point trembler, ni craindre. C\u2019est pourquoi, \u00f4 mon \u00e2me, ce Dieu si aim\u00e9 ne t\u2019\u00e9crasera jamais d\u2019une croix trop lourde \u00e0 porter. La confiance absolue est la base de tout.<\/p><p>Sur la croix, missionnaire d\u2019amour&#8230; calice, pour contenir l\u2019amour, aux bords trop pleins, pour d\u00e9border sur le monde.<\/p><p>Tout \u00e0 J\u00e9sus&#8230; pour que tout soit de J\u00e9sus\u2009!<\/p><p>\u00d4 Marie, ma bonne M\u00e8re, dites \u00e0 J\u00e9sus qu\u2019il est doux \u00e0 mon \u00e2me, ce baiser de la douleur. Vierge pure, Vierge sainte, M\u00e8re aimante&#8230; apprenez-moi le pur amour de la croix. \u00d4 amour immacul\u00e9 de Marie, r\u00e9chauffez&#8230; rallumez&#8230; purifiez mon amour.<\/p><p>Voici l\u2019aurore, il est six heures bient\u00f4t. J\u00e9sus vient \u00e0 moi&#8230; je ne puis aller \u00e0 lui, alors lui vient \u00e0 moi&#8230; Il vient pour moi&#8230; oui, il vient&#8230; je l\u2019attends. Oh\u2009! que mon c\u0153ur vibre fort.<\/p><p>Le Roi du ciel et de la terre, le Cr\u00e9ateur des anges et des hommes, le Ma\u00eetre souverain de tout ce qui est et sera, veut bien, comme chez Lazare, prendre place sous le toit de mes chers et bons parents. C\u2019est le grand roi, devenant l\u2019h\u00f4te d\u2019une humble chaumi\u00e8re. Je sais, \u00f4 Dieu d\u2019amour, que nous ne sommes pas dignes&#8230; mais une seule de vos paroles peut suffire&#8230; C\u2019est la supr\u00eame grandeur s\u2019unissant, par le plus sublime des dons, \u00e0 l\u2019infinie bassesse&#8230; Seigneur J\u00e9sus\u2009! je le sais et le sens mieux encore, que je suis pauvre, malade et sans vertu. Si vous voulez, vous pouvez me gu\u00e9rir\u2009; une seule parole de vous et je le serai&#8230; dites-la, cette parole, \u00f4 le saint et unique ami de mon \u00e2me\u2009; je vous le demande avec les sentiments de l\u2019humilit\u00e9 la plus profonde, dans ce moment solennel o\u00f9 mon \u00e2me veut \u00eatre unie \u00e0 vous\u2009; o\u00f9 votre C\u0153ur divin et mon petit c\u0153ur ne vont faire qu\u2019un seul. J\u2019ai h\u00e2te et soif de me r\u00e9pandre dans le Seigneur. Mon Dieu\u2009! donnez \u00e0 mon \u00e2me sa nourriture. Donnez-moi votre pain de lumi\u00e8re et d\u2019amour.<\/p><p>Esprit Saint, Dieu de lumi\u00e8re, enveloppez mon \u00e2me de vos sublimes clart\u00e9s&#8230; qu\u2019elle soit toute submerg\u00e9e par votre amour. \u00d4\u2009ma\u00eetre, \u00f4 sauveur, \u00f4 roi, \u00f4 ami, \u00f4 mon Dieu, donnez-vous \u00e0 moi, et que je vous garde en moi. Donnez-vous \u00e0 moi pour que je vous adore, pour que je vous aime au prix de tout ce que j\u2019ai, de tout ce que je suis. Je vous consacre mon \u00e2me et tout mon amour. Je vous sacrifie mon c\u0153ur, toutes ses pens\u00e9es et ses ardeurs. Je les perds en vous, \u00f4 J\u00e9sus, gardez-les pour toujours.<\/p><p>^ 5 d\u00e9cembre 1930 (vendredi)<\/p><p>M\u00eame jour, le soir. Journ\u00e9e intimement unie \u00e0 Dieu sans rien de sensible et de doux. Que J\u00e9sus soit content, et c\u2019est tout. Je suis sans r\u00e9serve entre les mains de Dieu qui dirige les \u00e9v\u00e9nements et chaque \u00e9v\u00e9nement de notre vie, et tout ce qui est fait par lui est bien et bon, quelles qu\u2019en soient la forme et la rigueur apparente. Quand on regarde en avant, mais surtout en haut, avec les yeux du c\u0153ur, on ne tremble pas. On n\u2019a pas peur quand on aime, quand on s\u2019est donn\u00e9, et cela pour toujours.<\/p><p>Ce qu\u2019on appelle vie, ici-bas, n\u2019est pas la vie, ce n\u2019est que le chemin plus ou moins court, plus ou moins p\u00e9nible qui m\u00e8ne \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p><p>Plaire \u00e0 Dieu en tout&#8230; veiller sur moi, sur toutes mes actions, \u00eatre charitable et utile \u00e0 tous, n\u2019agir que par ses ordres divins&#8230; travailler sous ses yeux&#8230; pour son amour&#8230; toujours plus et toujours mieux, sans perdre aucune des divines inspirations qui me sont donn\u00e9es. Elles sont aussi nombreuses que les battements de mon c\u0153ur.<\/p><p>\u00ab\u2009Du m\u00e9pris de vos divines inspirations, d\u00e9livrez-nous, Seigneur.\u2009\u00bb Non pas seulement du m\u00e9pris, mais simplement de tout aveuglement de mon esprit pour vos divines inspirations, d\u00e9livrez-moi, \u00e9pargnez-moi, Seigneur, dans tous les devoirs que j\u2019ai \u00e0 remplir envers moi d\u2019abord, envers le prochain ensuite, dans tous les sacrifices et dans chaque sacrifice que j\u2019ai \u00e0 faire, dans les souffrances que j\u2019ai \u00e0 endurer pour embrasser la croix, sous toutes ses formes, en l\u2019aimant toujours d\u2019un amour grandissant, reconnaissant pour toutes les gr\u00e2ces que j\u2019ai \u00e0 cueillir pour les faire fructifier, car toute indiff\u00e9rence, quelque l\u00e9g\u00e8re qu\u2019elle soit, est un nuage qui emp\u00eache la joie de rayonner dans le c\u0153ur.<\/p><p>\u00d4 Marie\u2009! ma tendre M\u00e8re\u2009! que votre C\u0153ur veille sur moi, que le mien prie pour que la volont\u00e9 de Dieu soit faite, que son r\u00e8gne arrive, et que son saint nom soit b\u00e9ni. Amen.<\/p><p>^ 5 d\u00e9cembre 1930 (vendredi)<\/p><p>F\u00eate de l\u2019Immacul\u00e9e Conception. Belle journ\u00e9e aujourd\u2019hui\u2009; c\u2019est la f\u00eate privil\u00e9gi\u00e9e de Marie, f\u00eate qu\u2019elle doit aimer entre toutes ses f\u00eates. C\u2019est pourquoi, nous devons la c\u00e9l\u00e9brer avec la plus grande ferveur, le plus tendre amour\u2009; tant de faveurs sont attach\u00e9es \u00e0 cette f\u00eate b\u00e9nie\u2009! Gloire \u00e0 vous, \u00f4 mon Dieu, qui nous avez donn\u00e9 Marie pour M\u00e8re&#8230; Honneur et gloire aussi \u00e0 vous, \u00f4\u2009Marie. \u00d4 vous, la bien-aim\u00e9e du Seigneur, permettez que j\u2019unisse mes faibles hommages d\u2019admiration, de respect et de gloire aux esprits c\u00e9lestes, \u00e0 toutes les saintes \u00e2mes de la terre qui c\u00e9l\u00e8brent votre Conception Immacul\u00e9e.<\/p><p>Je vous loue, \u00f4 Marie\u2009! Que toute la terre et les cieux admirent votre puret\u00e9 sans tache, \u00f4 Vierge M\u00e8re du Sauveur\u2009! Faites que dans le monde entier toutes les \u00e2mes coupables aient recours \u00e0 vous, \u00f4\u2009divin refuge des p\u00e9cheurs, que tous les c\u0153urs chr\u00e9tiens s\u2019unissent pour c\u00e9l\u00e9brer et proclamer hautement votre conception toute divine.<\/p><p>\u00d4 Immacul\u00e9e Vierge Marie\u2009! M\u00e8re de notre Sauveur, votre cl\u00e9mence et votre puissance s\u2019\u00e9tendent sur tous les mortels comme une aurore bienfaisante. \u00d4 M\u00e8re de mis\u00e9ricorde, soyez le secours, le soutien de tous les pauvres afflig\u00e9s, la consolation de ceux qui pleurent, le rem\u00e8de des malades, je vous en supplie, \u00f4 Marie.<\/p><p>Vous qui \u00eates la fille bien-aim\u00e9e de Dieu le P\u00e8re, la M\u00e8re immacul\u00e9e de Dieu le Fils, l\u2019\u00e9pouse de l\u2019Esprit Saint, vous que l\u2019archange a salu\u00e9e pleine de gr\u00e2ces, soyez notre avocate, demandez mis\u00e9ricorde pour les p\u00e9cheurs.<\/p><p>\u00d4 Marie, soyez l\u2019\u00e9toile qui me guide, ma lumi\u00e8re dans les t\u00e9n\u00e8bres, mon courage dans l\u2019\u00e9preuve, mon refuge dans la douleur. \u00d4 Marie pleine de cl\u00e9mence, \u00f4 ma M\u00e8re, ne m\u2019abandonnez jamais. Obtenez-moi de partager bient\u00f4t votre bonheur dans la f\u00e9licit\u00e9 des anges et des saints.<\/p><p>Par vos mains toutes pures, Dieu r\u00e9pand l\u2019abondance de ses gr\u00e2ces et de ses faveurs\u2009: Marie, mon esp\u00e9rance, priez pour moi et je serai sauv\u00e9e. N\u2019obtenez-vous pas, par vos pri\u00e8res, tout ce que vous voulez\u2009? J\u2019en suis indigne, je le sais, mais je sais aussi que vous n\u2019abandonnez jamais ceux qui aiment.<\/p><p>\u00d4 Vierge\u2009! plus pure que le ciel, prot\u00e9gez-moi, prot\u00e9gez ma famille ch\u00e9rie, prot\u00e9gez tous vos enfants, comblez-nous de vos faveurs, ornez-nous de vos vertus. Vous \u00eates notre avocate, demandez mis\u00e9ricorde pour vos pauvres p\u00e9cheurs.<\/p><p>Que tous les c\u0153urs et toutes les \u00e2mes s\u2019unissent pour c\u00e9l\u00e9brer avec amour votre Immacul\u00e9e Conception, \u00f4 Marie\u2009!<\/p><p>Les peines augmentent, la nuit devient plus \u00e9paisse, \u00f4 ma bonne M\u00e8re, dites bien \u00e0 J\u00e9sus, quand m\u00eame il reste cach\u00e9, que je veux tout et accepte tout jusqu\u2019au dernier soupir, si tel est son secret. De ma confiance en lui jaillissent les \u00e9tincelles qui illuminent le chemin dans lequel je dois avancer. Mon ambition, vous la savez, tr\u00e8s Sainte M\u00e8re, c\u2019est d\u2019\u00eatre toujours plus humble, en aimant toujours plus. Qu\u2019importe \u00e0 l\u2019amour l\u2019\u00e9preuve que Dieu lui demande\u2009! Quand on aime, on trouve tout bien, rien n\u2019arr\u00eate, rien ne rebute, rien ne co\u00fbte. Ce qui fatigue ceux qui n\u2019aiment pas fait la force des autres.<\/p><p>Les nuages de l\u2019\u00e2me passent comme ceux du firmament. Profond\u00e9ment unie \u00e0 Dieu, j\u2019aime mieux mon prochain, particuli\u00e8rement les pauvres, les pauvres de c\u0153ur, ceux que personne n\u2019aime, ne cherche \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer, \u00e0 comprendre.<\/p><p>\u00d4 Vierge pleine de bont\u00e9, douce compagne de ceux qui pleurent, qu\u2019avec vous je sois un peu la consolatrice des afflig\u00e9s.<\/p><p>Une parole de bont\u00e9 est une caresse \u00e0 l\u2019\u00e2me. Je suis bien pauvre, mais le tr\u00e9sor de ma M\u00e8re est un tr\u00e9sor incomparable. Je lui tends la main comme une petite mendiante au riche compatissant, et la supplie, au nom de J\u00e9sus, de me donner quelque chose.<\/p><p>Je donne \u00e0 tous, me dit Marie, et ne demande pour cela qu\u2019un c\u0153ur aimant et bien fid\u00e8le. Il ne suffit pas de nous consacrer et de nous donner toutes enti\u00e8res et sans r\u00e9serve une fois \u00e0 Marie, nous sommes si faibles, si fragiles, que nous avons toujours tendance \u00e0 quitter ses bras. C\u2019est donc chaque jour qu\u2019il faut nous donner et nous remettre sous son manteau maternel, sous sa blanche lumi\u00e8re.<\/p><p>Ainsi nous pouvons dire\u2009: Marie est ma M\u00e8re pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p><p>^ 8 d\u00e9cembre 1930 (lundi)<\/p><p>Sainte communion. Quelle pesanteur en mon \u00e2me\u2009! Il me semble que je suis incapable de toute action g\u00e9n\u00e9reuse. J\u2019\u00e9prouve au plus intime de moi-m\u00eame ce qu\u2019\u00e9prouvent les membres engourdis par le froid. Je ne puis plus rien, je ne sais plus rien\u2009! Une douleur insurmontable envahit mon \u00e2me. Comme il faut, aux membres engourdis par le froid, la douce et p\u00e9n\u00e9trante chaleur du feu, \u00e0 mon \u00e2me douloureuse, languissante et pleine d\u2019angoisses, c\u2019est vous qu\u2019il lui faut, \u00f4 mon si doux J\u00e9sus. Venez en moi, \u00f4 le seul soutien de mon \u00e2me. Soutenez ma faiblesse, \u00f4 mon Sauveur J\u00e9sus. J\u2019unis mon obscurit\u00e9 \u00e0 la v\u00f4tre (obscurit\u00e9 qui est d\u2019autant plus sensible \u00e0 ma petite \u00e2me que la lumi\u00e8re a \u00e9t\u00e9 plus ardente), lorsque prostern\u00e9, la face contre terre, au jardin des Olives, vous ne receviez pour toute consolation qu\u2019un calice \u00e0 boire et une croix \u00e0 porter. Envoyez-moi votre ange en ce moment solennel. Mon Sauveur J\u00e9sus, gardez mon \u00e2me et sauvez-moi, car en vous j\u2019ai mis toute ma confiance. J\u2019esp\u00e8re en vous, Seigneur\u2009!<\/p><p>Les \u00e9preuves sont des b\u00e9n\u00e9dictions d\u00e9guis\u00e9es, elles sont la confirmation d\u2019un gage de tendresse. Je sais qu\u2019on peut beaucoup plus obtenir par le renoncement et la souffrance que par la r\u00e9alisation de nos plus grands d\u00e9sirs. La grande question de la vie n\u2019est pas de faire ce que nous voudrions, mais bien de savoir et de faire ce que Dieu demande et veut faire de nous. C\u2019est aimer vraiment Dieu que de le laisser commander en soi, par soi&#8230; son divin commandement est toujours un commandement d\u2019amour.<\/p><p>Restez avec moi, Seigneur, ne me quittez plus&#8230;<\/p><p>Restez avec moi, Seigneur, parce que je vous aime\u2009!<\/p><p>^ 13 d\u00e9cembre 1930 (samedi)<\/p><p>\u00d4 Dieu\u2009! quelle d\u00e9solation\u2009! quelle terrible \u00e9preuve pour l\u2019\u00e2me qui vous aime, de ne pas savoir si l\u2019amour pour lequel elle lutte, souffre et combat, n\u2019est pas tout \u00e0 fait \u00e9teint en elle\u2009; mais cela, c\u2019est la condition de l\u2019amour, de l\u2019amour divin, de faire souffrir et combattre par l\u2019amour obscur l\u2019\u00e2me qui aime v\u00e9ritablement Dieu, sans lui laisser sentir la douceur de cet amour pour lequel elle lutte et s\u2019est donn\u00e9e \u00e0 lui.<\/p><p>Par l\u2019oraison et la confiance en Dieu, l\u2019\u00e2me r\u00e9siste et patiente dans toutes les \u00e9preuves en vivant toujours par lui dans l\u2019union humble et parfaite. Malgr\u00e9 la douleur, malgr\u00e9 la peine, je veux toujours garder du soleil dans mon \u00e2me. Je demande au Seigneur, Soleil de v\u00e9rit\u00e9 et de vie, de b\u00e9nir toutes mes pens\u00e9es, mes actes, mes souffrances, toute ma vie, tout ce qui fait ma vie, pour que de plus en plus les fruits de mon \u00e2me soient des fruits \u00e9ternels. C\u2019est en b\u00e2tissant sur le roc et en semant dans la terre f\u00e9conde qu\u2019on r\u00e9colte la moisson de la paix et des joies promises \u00e0 tous les c\u0153urs fid\u00e8les.<\/p><p>La douleur est un don du ciel qui, en unissant notre c\u0153ur \u00e0 celui de J\u00e9sus, nous d\u00e9tache de tout. La nuit est si noire que l\u2019ombre d\u2019une \u00e9tincelle de l\u2019amour de Dieu serait pour mon \u00e2me un vrai rayon de soleil. Fiat voluntas tua\u2009! je vous aime et cela me suffit. Ah\u2009! que toutes nos pauvres industries sont peu de choses quand Dieu semble ne plus attiser ce feu\u2009: l\u2019amour. Tout ce que nous pouvons y mettre ne sont que des brins de paille qui, pas plut\u00f4t allum\u00e9s, sont \u00e9teints. Dieu seul est le ma\u00eetre de ce feu, lui seul peut en aviver les flammes.<\/p><p>A d\u00e9faut du feu si suave et si doux de l\u2019amour, j\u2019ai toujours, tr\u00e8s ardent en moi, le feu purifiant de la douleur. Oui, la souffrance est un feu dont les flammes s\u2019\u00e9tendent sur le monde.<\/p><p>^ 13 d\u00e9cembre 1930 (samedi)<\/p><p>No\u00ebl\u2009! No\u00ebl&#8230; c\u2019est J\u00e9sus R\u00e9dempteur\u2009! Que pouvons-nous contempler de plus beau\u2009? que pouvons-nous admirer de plus sublime\u2009? que pouvons-nous adorer de plus merveilleux que la naissance du Fils de Dieu, J\u00e9sus, venu apporter et allumer le feu (son Feu) sur la terre\u2009? Quand une \u00e9tincelle de cet amour a jailli dans un c\u0153ur, il incendie l\u2019\u00e2me du d\u00e9sir de conna\u00eetre et d\u2019aimer ce Dieu toujours plus&#8230; de l\u2019aimer sans partage, comme il veut qu\u2019on l\u2019aime. Dieu s\u2019abaissant jusqu\u2019\u00e0 la cr\u00e9ature, pour lui permettre d\u2019aller jusqu\u2019\u00e0 lui. De son ciel de gloire, il descend \u00e0 la cr\u00e8che, de la cr\u00e8che \u00e0 l\u2019immolation de la croix, de la croix \u00e0 l\u2019an\u00e9antissement de l\u2019autel, de l\u2019autel dans le c\u0153ur de sa cr\u00e9ature. C\u2019est le sommet, c\u2019est la possibilit\u00e9 de l\u2019union parfaite. Il ne pouvait donner plus, il\u2009n\u2019a pas voulu donner moins. L\u2019Amour a d\u00e9pass\u00e9 les paroles. A\u2009nous de donner, en nous donnant sans partage.<\/p><p>Dieu le P\u00e8re, qui avez envoy\u00e9 votre Fils bien-aim\u00e9 sur la terre pour notre R\u00e9demption, afin que de la cr\u00e8che \u00e0 la croix, du berceau \u00e0 la tombe, il soit la voie lumineuse sur laquelle notre \u00e2me doit se fixer&#8230;<\/p><p>Dieu le Fils, notre divin R\u00e9dempteur, principe de la vie immortelle, guidez-nous jusqu\u2019\u00e0 vous.<\/p><p>Aimons le R\u00e9dempteur et sa R\u00e9demption.<\/p><p>Dieu le Saint-Esprit, coop\u00e9rateur de ce prodige d\u2019amour, par votre action puissante, r\u00e9v\u00e9lez-nous les merveilles de l\u2019au-del\u00e0.<\/p><p>Soyez toujours le flambeau de ma vie.<\/p><p>Ah\u2009! si on comprenait l\u2019action des dons du Saint-Esprit dans les \u00e2mes, merveille de l\u2019amour, clart\u00e9 supr\u00eame qui oriente les \u00e2mes dociles \u00e0 se laisser guider.<\/p><p>\u00d4 Marie, montrez-nous la cr\u00e8che, montrez-nous la croix, montrez-nous l\u2019autel, montrez-nous J\u00e9sus.<\/p><p>Aimer la v\u00e9rit\u00e9, ob\u00e9ir \u00e0 la lumi\u00e8re, tout est l\u00e0\u2009: c\u2019est la vraie doctrine. Il ne suffit pas d\u2019avoir des inspirations, des \u00e9blouissantes lumi\u00e8res, il faut r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019appel de Dieu.<\/p><p>Seigneur, mon Dieu\u2009! rendez plus vives les sources myst\u00e9rieuses qui jaillissent en mon \u00e2me. Que je vous d\u00e9couvre partout et vous contemple de plus en plus. En dehors de vous, tout m\u2019est si secondaire\u2009! avec vous, je poss\u00e8de tout.<\/p><p>Baignez mon \u00e2me dans la lumi\u00e8re, mon c\u0153ur dans l\u2019amour, ma vie dans l\u2019abandon\u2009; ce qui est\u2009: croire, aimer, souffrir, surnaturaliser, immortaliser ma vie\u2009; tout est l\u00e0.<\/p><p>^ No\u00ebl 1930<\/p><p>Sainte communion. Gloria in excelsis Deo. Venez \u00f4 J\u00e9sus\u2009! Si mon c\u0153ur est aussi pauvre que la cr\u00e8che, il ne sera pas froid comme elle. Venez, aimable J\u00e9sus, je vous aimerai\u2009; venez, \u00f4 J\u00e9sus, ouvrez-moi les bras.<\/p><p>Vous seul, \u00f4 Dieu d\u2019amour, savez dire les mots qui soulagent et qui transfigurent les inconsolables douleurs.<\/p><p>Qu\u2019il fait bon passer du monde visible au monde invisible\u2009! Peut-on attacher ses yeux sur ce Dieu d\u2019amour tout ruisselant de lumi\u00e8re, peut-on le contempler, resplendissant de gloire et de beaut\u00e9, sans d\u00e9sirer le ciel avec ardeur\u2009? et sans profond\u00e9ment soupirer dans l\u2019attente de ce bienheureux s\u00e9jour\u2009? Peut-on aspirer \u00e0 atteindre ce bonheur sans accepter de tout souffrir dans cette courte vie pour le m\u00e9riter\u2009? Les souffrances sont le chemin qui m\u00e8ne droit au ciel. Ce qui ne co\u00fbte rien ne produit rien. Rien n\u2019est comparable \u00e0 la souffrance pour \u00e9largir le c\u0153ur qu\u2019elle a bris\u00e9.<\/p><p>Bonne est la souffrance, quand elle nous fait voir le peu que vaut la vie, la bri\u00e8vet\u00e9 du temps\u2009! Bonne est la souffrance, puisqu\u2019elle fut choisie par J\u00e9sus et qu\u2019il voulut mourir dans ses bras sanglants. Qui aura v\u00e9cu avec J\u00e9sus \u00e0 la peine sera accompagn\u00e9 par lui \u00e0 l\u2019honneur.<\/p><p>Que peut et qui peut arr\u00eater une \u00e2me que Dieu garde, soutient et attire, pour la faire monter jusqu\u2019\u00e0 lui\u2009? \u00ab\u2009Sursum corda\u2009\u00bb\u2009; que chacun de mes soupirs soit un soupir d\u2019amour et monte \u00e0 Dieu comme le parfum de l\u2019encens. L\u2019amour, c\u2019est le repos dans la lumi\u00e8re et la vertu. L\u2019amour triomphe de tout sur tout, c\u2019est par lui qu\u2019on acquiert l\u2019immortalit\u00e9. Comme les oiseaux migrateurs, lorsque vient l\u2019hiver, partent pour les r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es, mon \u00e2me, assoiff\u00e9e d\u2019infini, aspire \u00e0 un plus chaud soleil. Il faut attendre et attendre&#8230; c\u2019est souffrir\u2009; mais attendre le bonheur \u00e9ternel, n\u2019est-ce pas d\u00e9j\u00e0 jouir\u2009? C\u2019est \u00e0 la fois douleur et douceur pour l\u2019\u00e2me.<\/p><p>Oraison du soir.<\/p><p>Toute ma vie \u00e0 moi, c\u2019est d\u2019aimer. Tout mon \u00eatre est plong\u00e9 dans l\u2019amour. Vous, rien que vous, \u00f4 J\u00e9sus&#8230; votre C\u0153ur&#8230; votre amour&#8230; votre r\u00e8gne dans les \u00e2mes. Vous aimer, travailler pour vous, avec vous, par vous&#8230; que ma vie soit votre vie\u2009! Vous aimer, vous faire aimer.<\/p><p>Montrer J\u00e9sus aimant, pour qu\u2019il soit J\u00e9sus aim\u00e9\u2009! Oh\u2009! je l\u2019aime\u2009! J\u2019aime tant J\u00e9sus et les \u00e2mes\u2009! Il fait tout en moi, il me donne l\u2019amour&#8230; je veux donner l\u2019amour. Il me donne la bont\u00e9&#8230; je veux donner la bont\u00e9. Il me donne sa mis\u00e9ricorde&#8230; je veux \u00eatre mis\u00e9ricordieuse. Il me donne la charit\u00e9&#8230; c\u2019est la charit\u00e9 que je dois donner. Il r\u00e9pand en moi des torrents d\u2019amour, je veux donner, donner l\u2019amour sans mesure.<\/p><p>Aimer mon Dieu jalousement&#8230; passionn\u00e9ment&#8230; \u00e0 la folie&#8230; ma religion avec d\u00e9lire&#8230; la France de toutes mes forces.<\/p><p>De tout notre c\u0153ur, aimons ardemment J\u00e9sus\u2009; il est l\u2019ami parfait, l\u2019ami g\u00e9n\u00e9reux, l\u2019ami toujours pr\u00e9sent. Unissons nos \u00e2mes, enla\u00e7ons nos c\u0153urs, tendons les mains, entourons J\u00e9sus et Marie.<\/p><p>^ 29 d\u00e9cembre 1930 (lundi)<\/p><p>Voici la fin de l\u2019ann\u00e9e 1930 qui s\u2019ach\u00e8ve dans l\u2019union intime de mon \u00e2me avec Dieu. Tout mon \u00eatre a subi une transformation aussi myst\u00e9rieuse que profonde. Ann\u00e9e d\u2019\u00e9preuves, ann\u00e9e de douleurs&#8230; ann\u00e9e de gr\u00e2ces et d\u2019amour. Mon bonheur actuel sur mon lit d\u2019infirme est profond, durable, parce que divin. Oui, l\u2019ann\u00e9e a \u00e9t\u00e9 douloureuse par la permanence des souffrances, f\u00e9conde aussi je l\u2019esp\u00e8re. N\u2019est-ce pas sur les ruines de la sant\u00e9 que l\u2019\u00e2me ressuscite\u2009? Je pense \u00e0 la route parcourue depuis le d\u00e9but de ma maladie\u2009; de cette pens\u00e9e, il n\u2019en ressort que de l\u2019amour, de la reconnaissance envers Dieu si mis\u00e9ricordieux et si bon. Quel travail\u2009! quelle ascension Dieu a op\u00e9r\u00e9e en moi, mais que de soubresauts de c\u0153ur, que d\u2019agonies de volont\u00e9 il faut pour mourir \u00e0 soi\u2009!<\/p><p>Chang\u00e9e\u2009! je le suis, tout \u00e0 ma plus grande confusion, mais tout \u00e0 la plus grande louange de Dieu. S\u2019il y a du bien en moi, c\u2019est uniquement la gr\u00e2ce de Dieu qui l\u2019op\u00e8re. Oui, je suis chang\u00e9e et bien morte aux choses de la terre, mais suis-je bien morte \u00e0 moi-m\u00eame et rev\u00eatue de J\u00e9sus seul\u2009? Ne reste-t-il pas un peu de vie \u00e0 moi\u2009? Accomplis-je bien tous mes devoirs, fais-je bien tout ce que Dieu exige de moi\u2009? Suis-je \u00e9minemment fid\u00e8le \u00e0 ses plus petits vouloirs en moi\u2009?<\/p><p>Un regard sur J\u00e9sus en croix&#8230; et j\u2019ai compris.<\/p><p>Amour\u2009! \u00f4 feu qui ranime autant qu\u2019il consume\u2009! qui vivifie autant qu\u2019il d\u00e9vore&#8230; accomplissez votre \u0153uvre.<\/p><p>L\u2019amour me m\u00e8ne et me conduit, je n\u2019ai que la douceur de me laisser mener par ce chemin lumineux si peu suivi, parce que si peu connu. Quand les \u00e9pines sont nombreuses, J\u00e9sus soutient de plus pr\u00e8s, ce qui fait avancer malgr\u00e9 les blessures. Confiance et courage\u2009! J\u00e9sus se fait si tendre et si bon pour une petite \u00e2me ensanglant\u00e9e, prenant sur lui tout le p\u00e9nible de l\u2019\u00e9preuve, en ne laissant que le m\u00e9rite de le suivre sans r\u00e9sistance.<\/p><p>L\u2019\u00e2me qui aime Dieu jouit\u2009; oui, l\u2019amour de Dieu r\u00e9jouit. La maladie retranche nos moyens d\u2019actions, mais elle en cr\u00e9e d\u2019autres plus g\u00e9n\u00e9reux, plus difficiles aussi&#8230; peu compris, mais si peu \u00e9tudi\u00e9s.<\/p><p>Il y a des \u00e2mes vou\u00e9es \u00e0 l\u2019inaction ext\u00e9rieure (dans les clo\u00eetres, par la seule volont\u00e9 de Dieu). Il y en a aussi, et bien nombreuses, qui sont vou\u00e9es \u00e0 l\u2019inaction par la maladie, l\u2019infirmit\u00e9. Celles-ci aussi bien que celles-l\u00e0 travaillent silencieusement sur un champ vaste et inconnu. C\u2019est la pri\u00e8re, le renoncement, la souffrance unis \u00e0 l\u2019action. Tout se compl\u00e8te. Dieu est le Ma\u00eetre de toutes les \u00e2mes, et pour chacune le Ma\u00eetre de tous les jours.<\/p><p>Ascension\u2009! Ascension, toujours plus\u2009! toujours mieux. Sursum corda\u2009!<\/p><p>J\u00e9sus, ma vie\u2009! Pourquoi \u00eates-vous si peu aim\u00e9\u2009? Oh\u2009! que mes jours ne soient plus qu\u2019un grand cri d\u2019amour et de douleur pour ceux qui ne vous aiment pas et ont peur de souffrir. J\u2019ach\u00e8ve l\u2019ann\u00e9e dans un chant de reconnaissance. Un Te Deum, un Magnificat, un Gloria in excelsis&#8230; Soyez b\u00e9ni, mon Dieu, de vos bont\u00e9s pour moi. Soyez b\u00e9ni, J\u00e9sus, pour m\u2019avoir port\u00e9e si tendrement le long du chemin. Esprit Saint, soyez b\u00e9ni pour avoir si merveilleusement illumin\u00e9 ma voie.<\/p><p>Deo gratias\u2009!<\/p><p>^ 31 d\u00e9cembre 1930 (mercredi)<\/p><p>Parce Domine, parce populo tuo&#8230; Miserere mei Deus s.c.d&#8230; Je te b\u00e9nis et te salue, aurore de l\u2019ann\u00e9e nouvelle\u2009; je sais que tu es un don de Dieu\u2009!<\/p><p>Que me r\u00e9serve cette nouvelle ann\u00e9e\u2009? Je l\u2019ignore et ne veux point le savoir non plus. Je m\u2019abandonne au secours qui, jamais, ne m\u2019a manqu\u00e9.<\/p><p>Ma premi\u00e8re pens\u00e9e est un cri du c\u0153ur\u2009: \u00ab\u2009Mon Dieu, soyez b\u00e9ni dans tout ce que vous me demandez\u2009; j\u2019accepte, j\u2019aime tout.\u2009\u00bb Celui qui est la Force aidera, enveloppera ma faiblesse.<\/p><p>Ce qui importe, c\u2019est de ne rien vouloir et de tout accepter, rien demander, tout aimer. C\u2019est le fiat chaque jour renouvel\u00e9&#8230; C\u2019est l\u2019ascension douloureuse, mais chr\u00e9tiennement joyeuse, sans arr\u00eat ni retour&#8230; C\u2019est l\u2019amour toujours plus, sous le soleil du bon plaisir divin.<\/p><p>Oui, je veux bien souffrir tout ce que mon Dieu voudra encore, jusqu\u2019au soir o\u00f9 son amour mis\u00e9ricordieux murmurera \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de mon \u00e2me\u2009: c\u2019est assez, viens, c\u2019est l\u2019heure\u2009! Mais qu\u2019il m\u2019\u00f4te tout pouvoir de l\u2019offenser et de lui d\u00e9plaire. Tout m\u2019est \u00e9galement bon\u2009; je veux tout, parce que je ne veux rien. Je ne veux rien, parce que je veux tout&#8230; je ne puis rien, parce que je puis tout&#8230; je peux tout, parce que je ne puis rien. Oui, je peux tout ce que veut de moi J\u00e9sus. La main dans sa main bien-aim\u00e9e, les yeux sous son regard qui ne me quitte pas, je poursuivrai ma route, longue ou courte. Fiat.<\/p><p>Je m\u2019abandonne en toute simplicit\u00e9 et amour en J\u00e9sus mis\u00e9ricordieux. Il sait mieux que moi tous mes besoins et tout ce qu\u2019il Lui faut. Que cela me suffise.<\/p><p>Ne rien regretter de ce qui a \u00e9t\u00e9 ou pas \u00e9t\u00e9\u2009; rien n\u2019est inutile, tout sert \u00e0 quelque chose. Je b\u00e9nis et b\u00e9nirai mon Dieu de tout ce que je suis, de tout ce que j\u2019ai fait ou plut\u00f4t de tout ce qu\u2019il a fait par moi&#8230; pour moi. Tous mes actes, je les veux rayonnants, divins. Tous sont m\u00fbris dans le face \u00e0 face avec Dieu. Que seul son amour les guide. Esprit Saint, \u00e9clairez ma route, afin que je ne marche pas dans les t\u00e9n\u00e8bres. Ma volont\u00e9 est de passer, l\u2019\u00e2me fix\u00e9e en haut, toujours plus haut, non pour que la mont\u00e9e me soit moins douloureuse, ni pour moins sentir les tourments\u2009; non plus pour qu\u2019elle soit moins p\u00e9nible, mais plus c\u00e9leste. C\u2019est si bon de regarder le ciel et d\u2019aimer Dieu\u2009! Oh\u2009! non, je ne d\u00e9sire rien&#8230; que Dieu. Je ne travaille que pour Dieu. Mon Dieu m\u2019a vaincue par son amour. Il m\u2019a ravie par sa beaut\u00e9, par sa bont\u00e9 surtout, par sa splendeur aussi.<\/p><p>Il m\u2019appelle \u00e0 lui\u2009! Demeurer et vivre plus haut que les affections de la terre\u2009; en haut, toujours\u2009! que c\u2019est bon. Je ne m\u2019appartiens plus&#8230; j\u2019appartiens \u00e0 J\u00e9sus, \u00e0 Marie. Oui, je suis toute \u00e0 Dieu, avant tout, puis je dois \u00eatre toute \u00e0 mes devoirs, \u00e0 l\u2019ob\u00e9issance, \u00e0 la charit\u00e9.<\/p><p>Le soir. Que mon r\u00f4le reste dans l\u2019ombre, simple, inconnu, mais que je ne perde pas une minute de cette vie que Dieu prolonge. Qu\u2019elle soit sainte et f\u00e9conde comme mon J\u00e9sus le veut. Le temps est une monnaie pr\u00e9cieuse, mise entre nos mains par le Bon Dieu. Chaque instant bien employ\u00e9 vaut l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Nous volons \u00e0 Dieu ce que nous ne lui donnons pas. Qu\u2019il agisse en ma\u00eetre, en roi&#8230; quand il lui pla\u00eet&#8230; dans la mesure qu\u2019il lui pla\u00eet.<\/p><p>Qu\u2019il est doux de s\u2019appuyer, de se confier en Dieu seul. Souffrir avec patience et amour les grandes et les moins grandes souffrances, sans rien d\u00e9sirer que l\u2019acceptation amoureuse de la volont\u00e9 divine dans le moment et les jours suivants. Tout m\u2019est aimable et apaisant, mais que de soubresauts de c\u0153ur, que d\u2019agonies de volont\u00e9 pour mourir.<\/p><p>Nouvelle \u00e9preuve qui germe\u2009! Mon Dieu\u2009! faites que je l\u2019accepte dans le plus humble amour et que j\u2019en tire tout le bien que votre bont\u00e9 y a enferm\u00e9.<\/p><p>^ 1er janvier 1931 (jeudi)<\/p><p>Jesu, spes paenitentibus, quam pius es petentibus, quam bonus te quaerentibus sed quid invenientibus\u2009? \u00d4 J\u00e9sus, espoir des c\u0153urs p\u00e9nitents, que vous \u00eates mis\u00e9ricordieux pour ceux qui vous invoquent, que vous \u00eates bon pour ceux qui vous cherchent, et pour ceux qui vous aiment, que n\u2019\u00eates-vous pas, \u00f4 J\u00e9sus\u2009!<\/p><p>Je suis triste&#8230; tant de choses p\u00e8sent sur mon c\u0153ur, J\u00e9sus, J\u00e9sus, mon tout&#8230; il pleut sur mon c\u0153ur&#8230; il y pleut des afflictions, et par les afflictions il y pleut aussi des lumi\u00e8res. Qu\u2019il n\u2019y ait plus dans mon c\u0153ur qu\u2019indulgente bont\u00e9\u2009; la vie mortelle de J\u00e9sus se r\u00e9sume en deux mots\u2009: \u00ab\u2009amour, mis\u00e9ricorde\u2009\u00bb. Que la mienne en soit toujours plus une vivante r\u00e9plique. Tout est possible, et m\u00eame facile, \u00e0 l\u2019\u00e2me qui aime et qui veut fermement. Elle devient toujours plus parfaite, mon invocation\u2009: \u00ab\u2009Mon Dieu, changez pour moi en amertume toutes les consolations de la terre.\u2009\u00bb Les afflictions,\u00a0 les m\u00e9disances, les faux rapports m\u2019auront fait conna\u00eetre toute la douceur, toute la beaut\u00e9 sup\u00e9rieure du pardon.<\/p><p>Je sens bien, \u00f4 J\u00e9sus, que je pardonne comme vous avez pardonn\u00e9 et que j\u2019oublie. Personne n\u2019est m\u00e9chant&#8230; tout cela est voulu de Dieu. La souffrance apprend \u00e0 aimer, elle fait aimer\u2009; de plus, elle \u00e9pure nos fautes, elle sanctifie notre \u00e2me.<\/p><p>La souffrance agrandit le c\u0153ur qu\u2019elle a bris\u00e9. Mon J\u00e9sus, venez, aidez-moi.<\/p><p>N\u2019oublions pas que nous devons travailler ici-bas \u00e0 acqu\u00e9rir deux choses\u2009: la vertu pour nous et le bonheur des autres\u2009; \u00eatre bon et saint, et rendre heureux autour de nous.<\/p><p>Recevoir la croix, c\u2019est recevoir J\u00e9sus Notre-Seigneur, qui ne donne jamais sa croix sans donner son amour. Refuser la croix, c\u2019est refuser le ciel. La douleur fut le pain quotidien de la vie mortelle de J\u00e9sus et de Marie. C\u2019est de vous, \u00f4 ma M\u00e8re, comme de votre divin Fils, que j\u2019ai appris l\u2019art divin de souffrir. Faites, J\u00e9sus, que tout en moi exhale le divin parfum de la pi\u00e9t\u00e9, de la bont\u00e9, de la charit\u00e9 dans votre amour.<\/p><p>Ah\u2009! si les malheureux savaient mieux souffrir\u2009! Si les heureux savaient mieux aimer, une aurore de bont\u00e9 et d\u2019union r\u00e9gnerait dans le monde, et la paix promise aux \u00e2mes de bonne volont\u00e9 rayonnerait dans toutes les \u00e2mes.<\/p><p>\u00d4 P\u00e8re\u2009! notre P\u00e8re\u2009! vous qui \u00eates le Bon Dieu, que nous sommes loin de cette v\u00e9rit\u00e9\u2009!<\/p><p>Dans toute condition, dans chaque \u00e9tat, pour tous, il y a chaque jour une croix \u00e0 porter, au moins une\u2009; mais un jour sans croix serait un jour sans m\u00e9rite, un jour sans croix serait un jour qui ne serait pas pour le ciel.<\/p><p>Chaque matin, baisons avec amour notre crucifix en promettant \u00e0 J\u00e9sus de porter patiemment, g\u00e9n\u00e9reusement ce jour, la croix de ce jour.<\/p><p>Seigneur, ayez piti\u00e9 de nous, de moi aussi, pauvre p\u00e9cheresse, ayez piti\u00e9, mon Dieu\u2009!<\/p><p>J\u00e9sus, J\u00e9sus seul\u2009! Rien ne m\u2019attire plus que le grand ciel bleu et le saint autel.<\/p><p>^ 3 janvier 1931 (samedi)<\/p><p>Vie int\u00e9rieure toute cach\u00e9e sous le doux regard de Marie \u00e0 Nazareth.<\/p><p>Ma bonne M\u00e8re\u2009! je vous donne mon intelligence pour qu\u2019elle \u00e9tudie vos grandeurs, ma m\u00e9moire pour qu\u2019elle n\u2019oublie pas vos bienfaits, toutes mes pens\u00e9es pour qu\u2019elles soient toutes \u00e0 vous, mon c\u0153ur pour vous aimer toujours. J\u00e9sus\u2009! soyez ma force, soyez ma joie, soyez mon bonheur. Je suis de plus en plus charm\u00e9e, \u00e9prise, avide de Dieu seul. Que je suis heureuse quand je ne suis qu\u2019avec Dieu, lorsque rien n\u2019interrompt mon seul \u00e0 seul avec lui, o\u00f9 je ne vis que d\u2019amour, que par l\u2019amour. Seule dans ma petite chambre, toute seule avec Dieu seul, alors que je r\u00e9pands mon \u00e2me dans le Seigneur. Douce \u00e0 mon \u00e2me est la po\u00e9sie de la solitude, le grand silence \u00e9loquent dans l\u2019Amour supr\u00eame, dans la douleur, le sacrifice et les divins baisers de J\u00e9sus, pr\u00e9mices des rendez-vous \u00e9ternels.<\/p><p>D\u2019o\u00f9 me vient cette soif de plus en plus ardente de lumi\u00e8re et de v\u00e9rit\u00e9\u2009? Ce besoin de me rapprocher toujours plus de la beaut\u00e9 de Dieu\u2009? Plus aucun calme, aucun repos, aucune joie ne peut plus entrer en moi autre que de Dieu seul. Tout m\u2019est rien, tout m\u2019est vain en dehors de Dieu. Tout me lasse.<\/p><p>Toi seul, \u00f4 Dieu, peux contenter mon \u00e2me\u2009! Aimer J\u00e9sus comme l\u2019aimait Marie. Aimer Marie comme l\u2019aimait J\u00e9sus\u2009!<\/p><p>^ 6 janvier 1931 (mardi)<\/p><p>Sainte communion. Divin enfant J\u00e9sus, mon seul amour, je\u2009vous apporte le don des bergers\u2009: mon c\u0153ur, mon amour et ma muette adoration. Mon \u00e2me est toute d\u00e9faillante, tant mes d\u00e9sirs d\u2019\u00eatre unie \u00e0 J\u00e9sus sont excessifs.<\/p><p>Par J\u00e9sus, avec J\u00e9sus, en J\u00e9sus&#8230; tout s\u2019\u00e9l\u00e8ve dans l\u2019\u00e9blouissement, le rayonnement de sa divine lumi\u00e8re. Joie profonde, enti\u00e8re, confiante, absolue qui ne vient de rien, ni de personne&#8230; mais de Dieu seul qui vit&#8230; agit&#8230; et commande en moi\u2009!<\/p><p>Mon \u00e2me est si fortement \u00e9blouie de J\u00e9sus, envelopp\u00e9e de J\u00e9sus, baign\u00e9e en J\u00e9sus, qu\u2019elle se perd de vue, pour ne plus voir que son bien-aim\u00e9.<\/p><p>C\u2019est avec le ciel que je vis le plus souvent&#8230; que je converse le plus famili\u00e8rement dans la solitude de mes jours et de mes nuits. C\u2019est dans l\u2019\u00e9l\u00e9vation de l\u2019Esprit qu\u2019on go\u00fbte et conna\u00eet la v\u00e9rit\u00e9, mais l\u2019union \u00e0 Dieu, la vie int\u00e9rieure&#8230; le d\u00e9tachement sont possibles dans toutes les voies&#8230; accessibles \u00e0 toutes les \u00e2mes&#8230; que tout, aujourd\u2019hui, soit pour votre amour, \u00f4 divin J\u00e9sus, je vous offre tout par le C\u0153ur Immacul\u00e9 de Marie.<\/p><p>^ 9 janvier 1931 (vendredi)<\/p><p>J\u2019ai de plus en plus l\u2019attrait d\u2019aimer Dieu \u00ab\u2009en esprit et en v\u00e9rit\u00e9\u2009\u00bb. L\u2019oraison est \u00e0 l\u2019esprit ce que l\u2019\u00e2me est au corps. Quand l\u2019\u00e2me se retire du corps (\u00e0 la mort), toute vie physique dispara\u00eet, et quand on ne fait plus oraison, il n\u2019y a plus de vie int\u00e9rieure possible. Il en est de la vie de l\u2019\u00e2me comme de la vie du corps. Un enfant ne grandit et ne se d\u00e9veloppe que dans la mesure o\u00f9 on l\u2019alimente\u2009; l\u2019\u00e2me se d\u00e9veloppe et ne vit qu\u2019\u00e0 proportion qu\u2019on la nourrit. La pri\u00e8re est pour l\u2019\u00e2me ce qu\u2019une pluie r\u00e9guli\u00e8re est \u00e0 un jardin que dess\u00e8chent les rayons ardents du soleil\u2009; elle lui donne et lui maintient la fra\u00eecheur du ciel dont elle a un besoin constant.<\/p><p>Quand je prie seule, mes pri\u00e8res ne sont ni articul\u00e9es ni balbuti\u00e9es, et cependant mon esprit est constamment plong\u00e9 en Dieu, perdu en lui, si j\u2019ose m\u2019exprimer ainsi. Je jouis de la pr\u00e9sence sensible de Dieu en moi.<\/p><p>Avec ses intimes, Dieu se pla\u00eet \u00e0 parler tout bas. Il aime l\u2019\u00e2me qui l\u2019\u00e9coute et lui parle sans bruit. Qu\u2019y-a-t-il de plus beau que ce qui ne se voit pas, ne s\u2019entend pas\u2009! Dans l\u2019amour, ce qui se dit tout bas a infiniment plus de valeur que ce qui s\u2019articule tout haut et se comprend bien mieux. Vivre au-dedans de son \u00e2me&#8230; toutes les lumi\u00e8res divines sont l\u00e0\u2009! Prier en dedans.<\/p><p>Des profondeurs de la douleur jaillissent et s\u2019\u00e9l\u00e8vent les plus profondes et les plus f\u00e9condes pri\u00e8res. C\u2019est en nous amenant au fond de notre \u00e2me que la douleur nous fait monter sur les hauteurs&#8230; jusqu\u2019\u00e0 l\u2019infini&#8230; jusqu\u2019\u00e0 Dieu\u2009!<\/p><p>Que le silence est bon, f\u00e9cond avec Dieu\u2009; c\u2019est la fusion dans l\u2019amour infini&#8230; l\u2019amour de l\u2019\u00e2me ardente que rien n\u2019absorbe, rien n\u2019arr\u00eate, rien ne retient ni ne limite. Il ne faut jamais rester au seuil de son \u00e2me, il faut rentrer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, y descendre, y r\u00e9fl\u00e9chir, y\u2009m\u00e9diter, y travailler et s\u2019y laisser travailler&#8230; face \u00e0 face avec Dieu\u2009! Que de pauvres humains qui ne vivent jamais avec leur \u00e2me et restent au seuil toute leur vie. Que de saintes pens\u00e9es effleurent notre esprit sans le p\u00e9n\u00e9trer\u2009; elles ressemblent aux \u00e9paves qui flottent sur l\u2019oc\u00e9an et que le vent emporte. Pour qu\u2019une v\u00e9rit\u00e9 devienne n\u00f4tre, il ne faut point y passer rapidement dessus, mais s\u2019y arr\u00eater, y r\u00e9fl\u00e9chir, s\u2019y fixer.<\/p><p>Contempler Dieu longuement&#8230; le contempler tout le temps&#8230; L\u2019\u00e2me devient belle en se nourrissant de la beaut\u00e9&#8230; elle devient bonne en s\u2019abreuvant \u00e0 la bont\u00e9&#8230; elle devient aimante en s\u2019inondant dans l\u2019Amour. N\u2019\u00eatre qu\u2019amour dans la douleur.<\/p><p>La Beaut\u00e9&#8230; c\u2019est Dieu\u2009! La Bont\u00e9&#8230; c\u2019est Dieu\u2009! l\u2019Amour&#8230; c\u2019est Dieu.<\/p><p>Une seule \u00e2me de beaut\u00e9 suffit pour purifier bien des souillures\u2009!&#8230; une seule \u00e2me de bont\u00e9 suffit pour racheter bien des laideurs\u2009! Une seule \u00e2me d\u2019amour suffit pour faire sombrer bien des haines.<\/p><p>&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;<\/p><p>(ndle: cf. pointill\u00e9s pr\u00e9c\u00e9dents. Ils correspondent \u00e0 des paroles de Marthe laiss\u00e9es en pointill\u00e9s par le P\u00e8re Faure \u00e0 qui Marthe a dict\u00e9 ce passage. Soit il n\u2019arrivait plus \u00e0 se relire ou ne comprend plus ? Il ne veut pas recopier quelque chose qu\u2019il inventerait.)<\/p><p>Chercher Dieu, c\u2019est la foi&#8230; le trouver, c\u2019est l\u2019esp\u00e9rance&#8230; le conna\u00eetre, c\u2019est l\u2019amour&#8230; le sentir, c\u2019est la paix\u2009; le go\u00fbter, c\u2019est la joie&#8230; le poss\u00e9der&#8230; c\u2019est l\u2019ivresse.<\/p><p>La foi est un don de Dieu\u2009: on ne se donne pas la foi, on la demande&#8230; C\u2019est croire \u00e0 tout ce que contient le saint Evangile comme r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par Notre-Seigneur lui-m\u00eame, \u00e0 toutes les v\u00e9rit\u00e9s enseign\u00e9es par la sainte Eglise&#8230; et les mettre en pratique. La foi est le flambeau de la vie \u00e9clairant nos esp\u00e9rances, nous amenant \u00e0 l\u2019amour de Dieu.<\/p><p>La foi, c\u2019est croire sans voir, mais parce que Dieu a parl\u00e9, et avoir confiance\u2009; c\u2019est voir dans les t\u00e9n\u00e8bres par la lumi\u00e8re qui est Dieu. Croire \u00e0 Dieu, simplement en th\u00e9orie, n\u2019est pas la foi&#8230; la foi, c\u2019est croire par la pratique et vivre ce que l\u2019on croit. Il n\u2019y a que cette foi qui soul\u00e8ve les \u00e2mes. Que de chr\u00e9tiens sont peu chr\u00e9tiens pour ne pas r\u00e9aliser leur foi\u2009; r\u00e9aliser, c\u2019est pratiquer ce qu\u2019on poss\u00e8de. Que nous servirait d\u2019avoir un tr\u00e9sor si nous n\u2019en savions pas l\u2019existence\u2009?<\/p><p>L\u2019esp\u00e9rance, c\u2019est reconna\u00eetre les gr\u00e2ces que Dieu nous fait dans l\u2019attente des biens qu\u2019il nous promet\u2009; c\u2019est la pleine confiance qu\u2019en vivant pieusement, vertueusement ici-bas, nous aurons part aux r\u00e9compenses, au bonheur des \u00e9lus.<\/p><p>L\u2019amour, c\u2019est la fid\u00e9lit\u00e9, la conformit\u00e9, la pens\u00e9e continuelle au Dieu que l\u2019on aime. L\u2019amour fait voir Dieu dans la plus humble chose&#8230; c\u2019est vivre pr\u00e8s de Dieu en craignant le p\u00e9ch\u00e9, ennemi de Dieu. L\u2019amour peut tenir lieu de tout. Hors l\u2019amour, tout le reste n\u2019est rien, ne porte \u00e0 rien. L\u2019amour pur et vrai n\u2019a point de mesure\u2009; rien ne l\u2019emp\u00eache de grandir, les adversit\u00e9s, les douleurs sont un feu qui le pousse. L\u2019amour vrai n\u2019est pas celui qui charme&#8230; mais bien celui qui rend humble, d\u00e9tach\u00e9, qui porte au recueillement, au devoir.<\/p><p>La paix, c\u2019est un sentiment suave et profond dans l\u2019\u00e2me, lequel ne vient que de Dieu, et qui n\u2019est donn\u00e9 qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2me qui vit dans l\u2019union avec lui. La paix durable et profonde na\u00eet dans la pri\u00e8re et plus souvent dans la souffrance\u2009; elle est semblable \u00e0 un ruisseau qui coule limpide, calme et paisible, entre deux rives fleuries. C\u2019est bon la paix, meilleur, mille fois, que le succ\u00e8s\u2009: je te donne ma paix, je te laisse ma paix&#8230; garde-la bien&#8230; ne trouble pas celle de tes fr\u00e8res.<\/p><p>La joie, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 l\u2019aurore de la moisson que r\u00e9colteront tous les c\u0153urs fid\u00e8les \u00e0 Dieu. Elle est souvent le fruit d\u2019une longue patience, le rayon divin que Dieu projette dans une \u00e2me qui lui appartient, qui ne lui refuse rien et sait \u00eatre son amie. On ne peut se donner la joie, mais on peut toujours se tenir dans la paix.<\/p><p>L\u2019ivresse, c\u2019est la jouissance m\u00eame de Dieu qui fait que tout le ciel est dans l\u2019\u00e2me et l\u2019\u00e2me vit de la Vie. C\u2019est go\u00fbter en cette vie les d\u00e9lices enivrantes de l\u2019\u00e9ternelle Patrie dans l\u2019union amoureuse, dans l\u2019intimit\u00e9 avec J\u00e9sus. Il fait bon avec vous, Ma\u00eetre&#8230; restons.<\/p><p>Ascension\u2009! J\u00e9sus est mon guide dans les sentiers surnaturels qui m\u00e8nent aux sommets invisibles. C\u2019est J\u00e9sus que je vois en tout, que je trouve en tout. Me perdre de plus en plus en lui pour n\u2019\u00eatre plus qu\u2019une transparence de lui.<\/p><p>Esprit Saint, Dieu de Lumi\u00e8re, enveloppez mon \u00e2me de vos \u00e9blouissantes clart\u00e9s&#8230; qu\u2019elle soit toute submerg\u00e9e dans les feux de l\u2019amour. \u00d4 J\u00e9sus\u2009! vous seul dans ma vie.<\/p><p>^ 15 janvier 1931 (jeudi)<\/p><p>Sainte communion. Quelle douce \u00e9motion, quelle ineffable joie a apport\u00e9e en mon \u00e2me la divine et douce pr\u00e9sence de J\u00e9sus Hostie\u2009! J\u2019ai confi\u00e9 \u00e0 ce Bien-aim\u00e9 tous ceux qui me sont chers\u2009; je\u2009lui ai tout confi\u00e9, tout remis, tout livr\u00e9. Me redonnant toute \u00e0 lui pour la suite et la fin qu\u2019il veut de moi&#8230; pour moi. J\u2019ai longtemps parl\u00e9 \u00e0 ce divin H\u00f4te et lui, s\u2019emparant de mon \u00e2me tout enti\u00e8re, l\u2019a mise en la c\u00e9leste pr\u00e9sence de sa grandeur, de sa majest\u00e9, de sa gloire infinie, lui montrant tant de splendeur, lui d\u00e9couvrant tant de lumi\u00e8re, lui r\u00e9v\u00e9lant tant de merveilles de son amour qu\u2019elle en reste d\u00e9licieusement \u00e9perdue, \u00e9blouie, immat\u00e9riellement heureuse et soulag\u00e9e en tout. Pourquoi de tels moments ont-ils une fin ?&#8230; pourquoi un si beau jour a-t-il un couchant\u2009? Pourquoi Dieu ne me laisse-t-il pas mourir de bonheur en ces heures du ciel\u2009? Je puis vivre toujours intime&#8230; Dieu est toujours avec moi. Le d\u00e9sert, dit-on, est une terre b\u00e9nie pour se sanctifier&#8230; notre c\u0153ur est un sanctuaire divin pour nous recueillir\u2009! Quelles profondes Th\u00e9ba\u00efdes il y a en nous pour y entendre la voix de Dieu. Les \u00e2mes qui aiment savent trouver partout la solitude pour vivre int\u00e9rieures.<\/p><p>Que Dieu nous aime\u2009! son amour d\u00e9borde de partout. Il\u2009suffit d\u2019ouvrir les yeux&#8230; de les porter vers lui&#8230; et de voir. Quel ab\u00eeme d\u2019amour\u2009!<\/p><p>Qu\u2019on aimerait Dieu si, chaque matin, on savait lui dire\u2009: je ne sais pas, Seigneur, ce que sera cet aujourd\u2019hui&#8230; tel que vous l\u2019avez fait et le voulez pour moi&#8230; je veux qu\u2019il vous appartienne&#8230; je vous laisse, mon Dieu, tout cr\u00e9dit en moi\u2009; donnez-moi vous-m\u00eame la docilit\u00e9, l\u2019abandon qu\u2019il me faut pour correspondre pleinement, ce jour, \u00e0 tous vos divins vouloirs que j\u2019ignore, mais que j\u2019accepte g\u00e9n\u00e9reusement. Je sais que ce que vous me demanderez sera en rapport avec ce que vous me donnerez, tant physiquement que surnaturellement. Que cette journ\u00e9e, \u00f4 mon divin Sauveur, soit toute pour votre amour\u2009; je vous l\u2019offre et vous l\u2019abandonne par le C\u0153ur Immacul\u00e9 de Marie.<\/p><p>Tout ce qu\u2019on confie \u00e0 Dieu est bien confi\u00e9, tout ce qu\u2019on lui offre est bien re\u00e7u, tout ce qu\u2019on lui donne est bien plac\u00e9, et entre ses mains tout devient tr\u00e9sor&#8230; La plus grande erreur de la vie est de ne pas reconna\u00eetre assez le prix et la gravit\u00e9 de cette vie, de n\u2019en pas apprendre assez la valeur, de n\u2019en comprendre pas assez le pourquoi dans toutes ses circonstances, de ne pas puiser assez profond dans les tr\u00e9sors qu\u2019elle renferme pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9. De la vie, il faut en faire quelque chose de bien&#8230; et de tr\u00e8s bien. L\u2019activit\u00e9 est indispensable soit par le travail, soit par la souffrance. Tendre continuellement au mieux&#8230; l\u2019ambition sur ce point est une vertu. Nul ne donne sa mesure par un autre\u2009; il faut donner par soi avec l\u2019aide de Dieu. Dieu veut de nous de la volont\u00e9 dans la faiblesse, du renoncement dans le besoin, de l\u2019amour dans nos douleurs, de la patience dans l\u2019adversit\u00e9.<\/p><p>Que tout serait beau si chacune de nos pri\u00e8res, de nos souffrances \u00e9tait appliqu\u00e9e \u00e0 la cause de Dieu.<\/p><p>^ 19 janvier 1931 (lundi)<\/p><p>Si l\u2019on devient tr\u00e8s cultiv\u00e9 en \u00e9tudiant beaucoup, on devient \u00e9galement tr\u00e8s simple en s\u2019humiliant profond\u00e9ment. Les \u00e2mes n\u2019entreront au ciel que simplement par\u00e9es d\u2019humilit\u00e9. L\u2019humiliation est le chemin de l\u2019humilit\u00e9, comme la patience est celui de la paix, la confiance celui de l\u2019amour, l\u2019abandon et l\u2019oubli de soi celui de la lumi\u00e8re et du bonheur. L\u2019humilit\u00e9 est la connaissance de soi en Dieu, la v\u00e9rit\u00e9 est la connaissance de Dieu en lui-m\u00eame et en nous. De ces deux vertus na\u00eet l\u2019esp\u00e9rance.<\/p><p>C\u2019est la foi qui rattache l\u2019homme \u00e0 l\u2019infini, \u00e0 Dieu et \u00e0 son prochain, qu\u2019il a le devoir d\u2019aimer comme lui-m\u00eame. Que notre foi soit haute, profonde, r\u00e9elle, vraie. Pour adorer, louer, b\u00e9nir et aimer Dieu ainsi qu\u2019il le m\u00e9rite, l\u2019exige et comme nous le devons, la croyance ne suffit pas. Il faut avoir de son immense grandeur, de sa souverainet\u00e9 infinie et de son amour pour nous, de sa gloire, de sa puissance et de ses perfections, une id\u00e9e ample et tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e, des sentiments purs et saints.<\/p><p>Il ne faut pas vouloir une v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 notre mesure, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 notre fa\u00e7on de voir, de juger, de comprendre. N\u2019ayons pas cette foi mesquine, \u00e9troite, banale qui paralyse nos \u00e9nergies, nos dispositions surnaturelles et met en danger la foi des autres. Notre foi doit \u00eatre simple et claire, pieuse et intelligente. Il faut \u00e9tudier, r\u00e9fl\u00e9chir pour se faire des convictions, des id\u00e9es s\u00fbres, se donner la peine d\u2019aller jusqu\u2019au fond de soi-m\u00eame, de ses croyances. Connaissant bien notre religion, nous l\u2019aimerons davantage, parce que nous en comprendrons toute la beaut\u00e9 et nous saurons la d\u00e9fendre si on l\u2019attaque devant nous. C\u2019est notre vie tout enti\u00e8re qui doit prouver la sublimit\u00e9 de notre religion.<\/p><p>Laissons-nous poss\u00e9der et p\u00e9n\u00e9trer de la v\u00e9rit\u00e9 par la V\u00e9rit\u00e9 qui nous d\u00e9passe de si haut. Elle n\u2019est pas de nous, elle est pour nous\u2009; allons \u00e0 elle. Dirigeons nos \u00e2mes vers ce phare, centre de lumi\u00e8re et d\u2019amour. Nous sommes pour la V\u00e9rit\u00e9 et non la V\u00e9rit\u00e9 pour nous.<\/p><p>Il ne faut pas se rechercher pour soi, ni pour quelque chose ni pour rien\u2009; mais toujours rechercher Dieu pour lui et le reconna\u00eetre en tout, d\u2019un c\u0153ur sinc\u00e8re, par une volont\u00e9 droite. Il\u2009faut \u00eatre plus que des \u00e2mes de v\u00e9rit\u00e9, il faut \u00eatre dans la v\u00e9rit\u00e9, nous nourrir de la v\u00e9rit\u00e9 qui est pour nous. Il faut croire \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 pour en vivre, croire aux \u00e2mes de v\u00e9rit\u00e9 pour les estimer, les aimer. N\u2019ayons pas une foi vague qui repose sur les divers \u00e9v\u00e9nements des jours ou sur l\u2019humeur du moment. Ce qui vient de nous est folie, ce qui vient de Dieu est v\u00e9rit\u00e9.<\/p><p>Si l\u2019on connaissait la sollicitude toute particuli\u00e8re et l\u2019amour de Dieu pour chaque cr\u00e9ature, et comme il nous ouvre son c\u0153ur chaque fois que le n\u00f4tre n\u2019en peut plus, comme on croirait en lui, comme on l\u2019aimerait et irait pour tout \u00e0 lui&#8230; cela toujours. C\u2019est merveilleux la foi, croire quand on ne voit pas&#8230; parce qu\u2019on sait que Dieu a dit\u2009; savoir sans voir fait jaillir toute une lumi\u00e8re dans l\u2019\u00e2me qui nous r\u00e9v\u00e8le \u00e0 son rayonnement tout un monde que nous portons en nous et que nous ne soup\u00e7onnions m\u00eame pas. L\u2019exemple de la foi fait na\u00eetre la croyance.<\/p><p>Qui dira ce que peut et fait la foi dans les c\u0153urs, dans les \u00e2mes, dans la peine, dans la joie, dans la maladie et surtout \u00e0 la mort\u2009? Pr\u00e9f\u00e9rons toujours la foi du c\u0153ur \u00e0 la foi intellectuelle. La foi intellectuelle \u00e9l\u00e8ve l\u2019esprit, la foi du c\u0153ur p\u00e9n\u00e8tre l\u2019\u00e2me. La foi du c\u0153ur peut devenir une foi tr\u00e8s intelligente. On perfectionne plus sa foi par les pieux sentiments du c\u0153ur que par les recherches intellectuelles.<\/p><p>Grand Dieu\u2009! ayez piti\u00e9 de la faiblesse de notre foi. Quand le rayon divin s\u2019est pos\u00e9 sur une \u00e2me, si elle veut, si elle est docile et confiante, il n\u2019en sortira plus.<\/p><p>Dieu qui nous a sauv\u00e9s une fois par le sacrifice de sa vie, nous sanctifie suivant notre correspondance \u00e0 ses gr\u00e2ces.<\/p><p>La maladie est pleine de lumi\u00e8re et de v\u00e9rit\u00e9\u2009; la v\u00e9rit\u00e9 est lumi\u00e8re et la lumi\u00e8re est Dieu.<\/p><p>Je me sens toute noy\u00e9e, toute perdue dans la lumi\u00e8re. Mon Dieu\u2009! plongez-moi de plus en plus dans la vertu d\u2019humilit\u00e9. Vouloir par amour ce que Dieu veut est tout le secret de la saintet\u00e9\u2009: voir tout venir de Dieu, aller de tout \u00e0 lui, c\u2019est la foi, l\u2019esp\u00e9rance et la paix. La paix est l\u2019\u00e9tat journalier de mon \u00e2me, dans un continuel acte d\u2019amour. Que je sois plus ou moins douloureuse, cela importe peu\u2009; le seul important est de ne pas d\u00e9vier l\u2019ordre de la volont\u00e9 de Dieu et de m\u2019y conformer pleinement, profond\u00e9ment, toujours affectueusement.<\/p><p>Plus je m\u2019enfonce dans l\u2019amour, plus je vis pr\u00e8s de Dieu, plus j\u2019ai confiance et plus aussi je vois que l\u2019Amour infini nous r\u00e9serve des surprises mis\u00e9ricordieuses.<\/p><p>^ 25 janvier 1931 (dimanche)<\/p><p>Je sens continuellement le regard de mon Dieu pos\u00e9 sur mon \u00e2me, paix inexprimable, profonde et durable\u2009: c\u2019est celle de Dieu. Etre seule avec Dieu seul sous le rayonnement de son divin regard, de son amour. Que c\u2019est bon\u2009! La souffrance me d\u00e9couvre tous les jours de nouveaux et divins horizons, qui sont pour moi un commencement du ciel. J\u2019ai la croix partout et chaque jour je souffre des douleurs folles\u2009; sans J\u00e9sus ce serait parfois intol\u00e9rable\u2009; avec son aide et par lui je dis de tout mon c\u0153ur\u2009: \u00ab\u2009Je vous l\u2019offre, parce que je vous aime\u2009\u00bb.<\/p><p>Je pense, j\u2019accepte, je souffre, j\u2019aime&#8230; je pense \u00e0 Dieu, aux merveilles sans nombre qu\u2019il place \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s et que nous ne comprenons pas, parce que nous ne savons pas les voir. J\u2019\u00e9coute la voix divine qui parle \u00e0 mon \u00e2me. Je souffre, parce que je pense \u00e0 la grande indigence des \u00e2mes. Je souffre parce que j\u2019aime&#8230; j\u2019aime\u2009! voil\u00e0 pourquoi je souffre.<\/p><p>Le matin, j\u2019offre ma journ\u00e9e pour qu\u2019une \u00e2me ne tombe pas dans une faute mortelle. Le soir, j\u2019offre ma nuit dans la m\u00eame intention.<\/p><p>J\u2019aime&#8230; oui j\u2019aime tant le Bon Dieu et les \u00e2mes\u2009! J\u2019ai peur de moi, peur de ma faiblesse, c\u2019est pourquoi chaque jour je redis \u00e0 Dieu\u2009: gardez-moi, perdez-moi en vous. Il est vrai et je sais que l\u2019extr\u00eame faiblesse, le bon Ma\u00eetre est toujours pr\u00eat \u00e0 l\u2019envelopper de sa force. Si je suis rien, Dieu est tout. Il faut et il est sage de douter de nous, mais pas de douter de Dieu avec nous. Tout est possible, tout est accessible \u00e0 l\u2019\u00e2me confiante\u2009; on est si fort quand on aime et puis il est si bon d\u2019\u00eatre petit. Quand on aime on ne s\u2019arr\u00eate pas \u00e0 des riens pour des riens, on va \u00e0 Celui qui est tout.<\/p><p>Faites, Seigneur, que je vous suive partout, au Thabor et au Calvaire, calme et souriante, en adorant vos voies les plus myst\u00e9rieuses comme les plus impr\u00e9vues. Je veux bien tout, je le puis avec votre aide et par votre secours, en ne quittant pas la main b\u00e9nie de Marie. Ma vie int\u00e9rieure est toute faite de confiance, d\u2019oraison et d\u2019amour.<\/p><p>Il y a des journ\u00e9es de seul \u00e0 seul en Dieu. Il y a aussi des journ\u00e9es de face \u00e0 face, d\u2019\u00e2me \u00e0 \u00e2me o\u00f9 l\u2019H\u00f4te int\u00e9rieur affirme sa pr\u00e9sence d\u2019une fa\u00e7on \u00e0 la fois si douce et si imp\u00e9rieuse. C\u2019est comme un triomphe.<\/p><p>^ 26 janvier 1931 (lundi)<\/p><p>Sainte communion. Ecrirai-je un peu aujourd\u2019hui, pour donner les divins parfums qui embaument mon \u00e2me\u2009? Communion bien consolante et remplie de joie. Mes bons parents y assistaient, les deux \u00eatres que je ch\u00e9ris le plus ici-bas. Pour tous ceux qui me sont bien chers, fr\u00e8re, s\u0153urs et beaucoup d\u2019autres que je voudrais tant pouvoir entourer autrement. Faites, mon Dieu, que je leur sois n\u00e9cessaire en tout.<\/p><p>Dieu envahit tout l\u2019int\u00e9rieur de mon \u00e2me. Je ne suis plus rien, lui seul est tout\u2009; c\u2019est l\u2019exc\u00e8s de ma mis\u00e8re plong\u00e9e dans sa mis\u00e9ricorde. \u00d4 bienheureuse union de l\u2019\u00e2me avec Dieu\u2009! Mon Dieu, donnez-moi d\u2019en go\u00fbter toutes les douceurs, d\u2019en comprendre tout le m\u00e9rite, d\u2019en conna\u00eetre toute la beaut\u00e9, d\u2019en respirer tout l\u2019infini. Votre volont\u00e9, mon Dieu, je l\u2019aime, elle me donne \u00e0 vous.<\/p><p>Que mon \u00e2me ne soit plus qu\u2019une transparence de Dieu\u2009; m\u2019effacer&#8230; n\u2019\u00eatre plus. Du surnaturel, toujours du surnaturel et rien que cela dans ma vie. Tout en Dieu, rien \u00e0 moi\u2009; que je ne sois plus en moi&#8230; que je ne sois plus qu\u2019en vous.<\/p><p>Je suis contente, mon Dieu, parce que vous m\u2019aimez et que vous voulez bien que je vous aime\u2009! Courage, confiance, en aimant toujours plus&#8230; Mon Dieu\u2009! donnez-moi toujours la patience, la vraie\u2009; amour et patience, c\u2019est le secret de toute vie chr\u00e9tienne. Ce qui me co\u00fbte le plus, c\u2019est la peine que j\u2019impose aux miens, surtout \u00e0 ma ch\u00e8re maman. Voil\u00e0 juste deux ans d\u2019incapacit\u00e9 enti\u00e8re. Quel sanglant renoncement\u2009; je crois, j\u2019ai compris, je sais que tout est bienfait de Dieu. Confiance\u2009! tout est l\u00e0. Je souffre, mais je suis confiante et soumise \u00e0 tout\u2009! Le plus douloureux et le plus co\u00fbteux pour moi, c\u2019est l\u2019inaction absolue. Quelle souffrance pour moi qui \u00e9tais rest\u00e9e si active dans la douleur\u2009! Etre incapable, quand il serait si bon d\u2019agir, d\u2019aider, de seconder, de soulager.<\/p><p>Mon Dieu\u2009! donnez \u00e0 mon abandon, \u00e0 mon inactivit\u00e9, un d\u00e9bordement, une activit\u00e9 profonde qui corresponde et d\u00e9passe les plus laborieuses t\u00e2ches.<\/p><p>Etre un petit c\u0153ur vivant dans le C\u0153ur de Dieu\u2009! Semer, donner, faire fructifier mes talents (dons de Dieu) pour l\u2019\u00e9ternelle moisson&#8230; r\u00e9aliser ma mission. Par nous-m\u00eames, nous ne sommes rien. Dieu, dans sa bont\u00e9, devance nos d\u00e9sirs, il vient \u00e0 la rencontre de nos appels. Constater le peu que nous sommes, par le peu que nous pouvons, est une vertu excellente pour pouvoir beaucoup mieux et pour monter bien haut&#8230; ou descendre souvent bien profond&#8230; tout au fond de notre n\u00e9ant.<\/p><p>Se renoncer de tout en tout pour s\u2019unir \u00e0 Dieu, qui exige \u00e0 la limite la plus compl\u00e8te abn\u00e9gation&#8230; s\u2019unir \u00e0 tous, pour s\u2019unir en Dieu.<\/p><p>Ne pas \u00eatre \u00e0 Dieu que pour soi&#8230; ne pas \u00eatre exclusif. S\u2019il y a des moments de seul \u00e0 seul avec Dieu que rien ne doit interrompre, il y a des seuls avec Dieu qui sont de vraies r\u00e9unions, de mondiales soci\u00e9t\u00e9s. Ne regardons pas que notre \u00e2me, il faut voir autour et plus haut. L\u2019\u0153uvre de Dieu dans les \u00e2mes est immense&#8230; chaque \u00e2me sur la terre peut devenir un \u00e9lu\u2009!<\/p><p>Vive Marie\u2009! r\u00e9p\u00e8tent les anges.<\/p><p>Que cet \u00e9cho du ciel soit notre mot de route\u2009; \u00e9tablissons en Marie notre paix, notre bonheur, notre confiance, notre amour, et avec les anges chantons aussi\u2009: vive Marie\u2009!<\/p><p>Louons Marie en tout et toujours\u2009; toujours elle console&#8230; toujours elle soutient&#8230; toujours elle nous guide, toujours elle interc\u00e8de.<\/p><p>Invoquons Marie dans nos peines, nos difficult\u00e9s, dans nos joies et nos consolations. Honorons Marie\u2009! son amour le r\u00e9clame. Elle nous aime comme J\u00e9sus, infiniment, continuellement, maternellement.<\/p><p>Que \u00ab\u2009vive Marie, je l\u2019aime\u2009!\u2009\u00bb soit notre cri de foi, notre cri d\u2019esp\u00e9rance, notre cri de confiance, notre cri d\u2019amour. Aimer Marie&#8230; c\u2019est la paix et la joie. Vive Marie\u2009! c\u2019est le chant de louange et d\u2019all\u00e9gresse des \u00e2mes qui aiment. Chantons-le sans cesse, c\u2019est un chant du ciel, c\u2019est un chant d\u2019amour.<\/p><p>Le C\u0153ur de Marie est un tr\u00e9sor qui donne tout, ne demandant, pour r\u00e9pandre ses richesses, qu\u2019une \u00e2me aimante, g\u00e9n\u00e9reuse et fid\u00e8le\u2009; tendons-lui les mains, en lui demandant, au nom de son divin Fils, de nous donner chaque jour une nouvelle vertu.<\/p><p>Tout ici-bas est court, le temps emporte tout, except\u00e9 l\u2019amour de Dieu pour nous. L\u2019\u00e9ternit\u00e9 est faite des vertus de notre vie.<\/p><p>^ 2 f\u00e9vrier 1931 (lundi)<\/p><p>Pour rien ni pour tout, je ne voudrais changer mon \u00e9tat de victime et d\u2019hostie de J\u00e9sus crucifi\u00e9, qui est celui o\u00f9 me veut la volont\u00e9 de Celui qui est Ma\u00eetre et Ma\u00eetre souverain en chacun de nous.<\/p><p>Mon \u00e2me est tout enti\u00e8re inond\u00e9e dans cette volont\u00e9 crucifiante.<\/p><p>Matin et soir, je supplie le Seigneur de se glorifier en moi par mes souffrances et mes douleurs. Je reconnais que Dieu m\u2019aime non seulement d\u2019un amour infini, mais d\u2019un amour de choix, puisqu\u2019il daigne vouloir en sa bont\u00e9 immuable m\u2019associer \u00e0 ses douleurs divines, me prendre sur sa croix avec lui, me faire boire \u00e0 son calice, me presser dans ses bras, me garder sur son C\u0153ur d\u00e9vor\u00e9 d\u2019amour.<\/p><p>Ah\u2009! je me sens bien au-dessous de ma sublime vocation&#8230; qu\u2019il faut que J\u00e9sus use de patience avec moi\u2009!<\/p><p>Etre intimement unie \u00e0 J\u00e9sus, c\u2019est \u00eatre crucifi\u00e9e\u2009; l\u2019\u00e2me unie \u00e0 J\u00e9sus dans l\u2019\u00e9treinte de la croix go\u00fbte des joies que beaucoup ne connaissent pas\u2009; elle est aussi broy\u00e9e dans des souffrances qu\u2019ils ignorent toujours.<\/p><p>Notre-Seigneur a tant de demi-amis qui veulent bien recevoir les douceurs qu\u2019on go\u00fbte \u00e0 son service, mais refusent de partager ses souffrances, ses abandons\u2009; c\u2019est pourquoi son C\u0153ur se dilate quand il trouve des \u00e2mes qui le laissent faire, s\u2019imprimant si profond\u00e9ment en elles qu\u2019elles vont jusqu\u2019\u00e0 dire\u2009: ce n\u2019est plus moi qui vis, c\u2019est J\u00e9sus crucifi\u00e9 qui vit en moi.<\/p><p>Oui\u2009! ma vie c\u2019est J\u00e9sus&#8230; mon autel, c\u2019est sa croix&#8230; mon occupation, la patience dans l\u2019amour de sa volont\u00e9 adorable&#8230; ma vocation, la souffrance&#8230; mon activit\u00e9, l\u2019amour. Je d\u00e9borde de vie int\u00e9rieure\u2009; tout souffre en moi&#8230; c\u2019est le vrai baiser de J\u00e9sus en mon \u00e2me&#8230; celui dans lequel il met le plus de tendresse. Reconnaissante et ravie, apr\u00e8s et avec J\u00e9sus, je dis\u2009:<\/p><p>Fiat, \u00f4 mon Dieu, et merci de tout\u2009!<\/p><p>J\u2019aime ma croix, j\u2019aime mes souffrances&#8230; j\u2019aime mes renoncements, j\u2019aime la sainte et aimable volont\u00e9 de Dieu. L\u2019enfant g\u00e2t\u00e9 de la douleur, m\u00eame dans le plus amer calice, trouve des bonheurs profonds pour le c\u0153ur, des joies ineffables pour l\u2019\u00e2me.<\/p><p>Que J\u00e9sus soit content, qu\u2019il soit connu, qu\u2019il r\u00e8gne et soit aim\u00e9.<\/p><p>^ 7 f\u00e9vrier 1931 (samedi)<\/p><p>Faites-moi entrer, \u00f4 Seigneur, dans un redoublement d\u2019amour, d\u2019immolation, de renoncement int\u00e9rieur. Que ce soit mon mandement de Car\u00eame. Que pendant toute cette sainte Quarantaine, je vous d\u00e9dommage de tout mon possible des outrages, des indiff\u00e9rences des hommes.<\/p><p>Enlevez-moi, si vous le voulez, les douceurs, les consolations que je go\u00fbte \u00e0 ne vivre que de vous, que pour vous. Si cela vous pla\u00eet, faites la nuit en mon \u00e2me. Je vous verrai toujours quand m\u00eame, \u00f4 doux Seigneur, par la foi, par l\u2019amour par-dessus tout, m\u00eame dans les plus grandes souffrances. Embrasez et mortifiez le c\u0153ur de vos fid\u00e8les, \u00f4 mon Dieu, pour qu\u2019ils consolent votre C\u0153ur.<\/p><p>Seigneur juste et bon\u2009! je me suis confi\u00e9e \u00e0 vous sans partage, abandonn\u00e9e, sans marchander, \u00e0 tout ce que vous voulez exiger de moi. Je ne vous demande qu\u2019une chose\u2009: d\u2019avoir piti\u00e9 de mon extr\u00eame faiblesse. Soutenez-moi, je ne puis rien sans votre secours. Que je m\u2019efforce sans rel\u00e2che \u00e0 vous faire conna\u00eetre, puis aimer, par mon entourage. S\u2019il le faut, que je redouble de renoncement, d\u2019amour, d\u2019offrande, de pri\u00e8re, d\u2019oubli de moi-m\u00eame, afin de m\u00e9riter pour tous.<\/p><p>Courage, mon \u00e2me\u2009! \u00f4 mon \u00e2me\u2009! ce qui t\u2019est refus\u00e9 ici-bas te sera donn\u00e9 l\u00e0-haut.<\/p><p>Fiat, \u00f4 mon Dieu et sur toute la ligne.<\/p><p>^ 19 f\u00e9vrier 1931 (jeudi)<\/p><p>Plus grande fatigue depuis quelques jours, plus sombre aussi int\u00e9rieurement. Comme il y a des jours de lumi\u00e8res, il y a aussi des jours de t\u00e9n\u00e8bres, et comme il y a des minutes privil\u00e9gi\u00e9es, il\u2009y a des heures de d\u00e9faillance&#8230; et c\u2019est \u00e0 ces heures-l\u00e0 que J\u00e9sus vient le plus pr\u00e8s\u2009; je le sais, je le crois, j\u2019en ai la confiance. Une \u00e2me profonde triomphe du corps auquel elle reste unie. Je voudrais \u00eatre cette \u00e2me&#8230; que je sois cette \u00e2me. Mon Dieu\u2009! sera-ce pour bient\u00f4t, l\u2019\u00e9ternel rendez-vous\u2009? A quelle heure viendra la mort, \u00e0 quel soir\u2009?&#8230; je ne le sais ni ne veux point le savoir. J\u2019aime&#8230; cela me suffit.<\/p><p>Dieu s\u2019incline, se penche sur ceux qui lui crient\u2009: \u00ab\u2009Ayez piti\u00e9 de nous, Seigneur, si vous voulez, vous pouvez, ayez piti\u00e9.\u2009\u00bb Amour de mon Dieu, j\u2019ai confiance en vous.<\/p><p>Le secours de Dieu est toujours pr\u00eat\u2009; n\u2019attendons pas le temps qui n\u2019attend pas. Utilisons l\u2019heure en la divinisant. Attendre, c\u2019est rester en route. Oh\u2009! n\u2019y restons pas.<\/p><p>Marchons&#8230; montons, tant pis, tant mieux si nous sommes essouffl\u00e9s&#8230; au ciel nous respirerons&#8230; Sursum corda&#8230; toujours plus d\u2019amour\u2009! Ascension\u2009! jusqu\u2019au terme. Apr\u00e8s la croix, J\u00e9sus promet le ciel\u2009; par lui, des fleurs cro\u00eetront sur nos \u00e9pines et par ces fleurs, Marie nous sauvera.<\/p><p>Que de bienfaits, que de fruits l\u2019\u00e2me retire de la solitude\u2009! Plaise \u00e0 Dieu de me fournir souvent, souvent des jours de recueillement absolu, n\u2019ayant besoin que de tranquillit\u00e9&#8230; seule avec Dieu, entre mes bons parents et mon fr\u00e8re.<\/p><p>Sans la patience, il n\u2019y a point de paix et point de paix, il n\u2019y a point de bonheur. Il faut s\u2019appliquer \u00e0 avoir toujours la paix en nous, dans les joies et dans les douleurs.<\/p><p>Je n\u2019ai qu\u2019une ambition&#8230; \u00eatre humble toujours plus. Je n\u2019ai qu\u2019un d\u00e9sir&#8230; d\u2019aimer toujours mieux.<\/p><p>\u00d4 Marie, vous qui, de toutes les m\u00e8res, \u00eates la plus aimante, croyez \u00e0 mon amour.<\/p><p>^ Dimanche 22 f\u00e9vrier 1931<\/p><p>Sainte communion. Aujourd\u2019hui encore j\u2019ai eu, \u00f4 merveille, l\u2019insigne honneur de recevoir mon Dieu. Ce jour m\u2019apporte la surabondance des joies profondes, de celles qui durent. Mon Dieu, transformez-moi en vous\u2009! Je voudrais n\u2019\u00eatre plus que l\u2019ombre de votre volont\u00e9. Je m\u2019incline aux plus sombres angoisses comme aux plus grandes lumi\u00e8res. Il le faut\u2009! Je le veux. Accepter et aimer l\u2019in\u00e9vitable qui ne veut ni ne peut changer, tout en esp\u00e9rant contre toute esp\u00e9rance. Ce qui console dans la souffrance, c\u2019est de n\u2019avoir ni d\u00e9couragement nourri, ni illusion&#8230; toujours l\u2019esp\u00e9rance. Amour et confiance\u2009: tout est l\u00e0\u2009; c\u2019est le secret de toute vie chr\u00e9tienne, de toute vie consacr\u00e9e et unie \u00e0 Dieu.<\/p><p>Ce que j\u2019entrevois, ce que j\u2019ai vu est si beau, si grand, lumineux, infiniment\u2009! Ce que j&rsquo;entends, ce que je ressens au-dedans de mon \u00eatre intime est si profond, si suave et si doux que je ferme les yeux pour mieux entendre et mieux voir. Je ne veux rien perdre ni enfouir, mais r\u00e9colter pour donner, cueillir pour r\u00e9pandre.<\/p><p>Tout ce que vous faites, mon Dieu, est bien juste et sage\u2009! Tout change quand on y met Dieu\u2009! Que tout est beau quand il y a Dieu\u2009! Que tout est divin, vu en Dieu.<\/p><p>Les volont\u00e9s de Dieu sont bonnes, toujours&#8230; bonnes dans leur principe, bonnes dans leur fin, bonnes en tout, bonnes partout. Sachons voir.<\/p><p>Que chacune de mes pri\u00e8res, de mes souffrances soit appliqu\u00e9e \u00e0 la cause de Dieu. De m\u00eame qu\u2019une goutte d\u2019eau tomb\u00e9e dans l\u2019oc\u00e9an participe \u00e0 son volume et \u00e0 son immensit\u00e9, de m\u00eame la volont\u00e9 d\u2019une petite \u00e2me qui se conforme \u00e0 celle de Dieu devient participante \u00e0 sa gloire et au d\u00e9veloppement de son r\u00e8gne&#8230; toute \u00e0 Dieu, plus \u00e0 moi.<\/p><p>Toute lumi\u00e8re qui vient de Dieu est un d\u00e9p\u00f4t \u00e0 transmettre, un tr\u00e9sor \u00e0 faire valoir, une merveille \u00e0 r\u00e9pandre.<\/p><p>Ouvrir tout grand mon c\u0153ur vers Dieu pour recevoir, l\u2019ouvrir du c\u00f4t\u00e9 de la cr\u00e9ature pour donner.<\/p><p>^ 24 f\u00e9vrier 1931 (mardi)<\/p><p>Me voil\u00e0 tout pr\u00e8s de Dieu, dans son immensit\u00e9. Tout ce que mon \u00e2me voit, tout ce qu\u2019elle entend, tout ce qui l\u2019enveloppe me r\u00e9v\u00e8le sa puissance supr\u00eame, infinie&#8230; et semble me r\u00e9duire \u00e0 rien&#8230; rien&#8230; perdue en Dieu\u2009! Ah\u2009! que c\u2019est bon\u2009!<\/p><p>Je veux \u00eatre, de J\u00e9sus, son jardin de d\u00e9lices, ce terrain de choix o\u00f9 il se repose dans ses fatigues, sa demeure de pr\u00e9dilection, son champ d\u2019action.<\/p><p>Je ne serai que la petite main-d\u2019\u0153uvre travaillant sous les yeux du Ma\u00eetre, par son ordre&#8230; ramassant des fruits immortels.<\/p><p>Ce qui se voit est de la vie, ce qui ne se voit pas est pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Mon Dieu, faites qu\u2019\u00e9tant toujours plus faible, je sois toujours plus courageuse\u2009!&#8230; que je ne m\u2019appuie que sur vous et cherche en vous seul la consolation&#8230; C\u2019est la f\u00e9condit\u00e9 qui fait le prix des grands sacrifices. C\u2019est l\u2019amour qui rend la souffrance sup\u00e9rieure \u00e0 tout. C\u2019est la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 qui donne de la valeur \u00e0 nos actions. C\u2019est l\u2019ob\u00e9issance qui sanctifie nos devoirs&#8230; Ne faire que du divin, que de l\u2019\u00e9ternel.<\/p><p>Vierge Sainte, ma bonne M\u00e8re, donnez-moi la main toujours, jusqu\u2019au sommet de mon ascension d\u2019amour.<\/p><p>^ 27 f\u00e9vrier 1931 (vendredi)<\/p><p>Ce matin, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019infinie d\u00e9licatesse et \u00e0 l\u2019immense bont\u00e9 de Dieu pour mon \u00e2me, j\u2019ai eu la joie non seulement d\u2019assister et d\u2019entendre la sainte Messe, il a daign\u00e9 permettre que j\u2019y participe par une fervente et intime communion spirituelle\u2009! Quelle action de gr\u00e2ce\u2009!<\/p><p>Les faveurs de Dieu imposent des obligations, de la reconnaissance. Recevant, il faut rendre&#8230; Il donne, il faut donner.<\/p><p>L\u2019\u00e9glise\u2009! quel lieu propice \u00e0 la pri\u00e8re, aux profondes inspirations&#8230; et puis on y prie comme il est dit\u2009: tous en ch\u0153ur, et la fervente pri\u00e8re devient le chemin de la perfection&#8230; la voie du ciel. Que j\u2019aime prier seule avec Dieu\u2009!<\/p><p>Mon Dieu\u2009! vous \u00e0 qui tout est possible, vous qui par amour op\u00e9rez tant de miracles, op\u00e9rez-les en moi, ces miracles d\u2019amour et de mis\u00e9ricorde, pour moi et pour toutes les \u00e2mes qui me sont ch\u00e8res. A vous, mon Dieu, en reviendra tout l\u2019honneur et toute la gloire.<\/p><p>Gloire \u00e0 Dieu seul et paix aux \u00e2mes qui aiment. Sacrifier mes go\u00fbts, m\u00eame les plus l\u00e9gitimes, pour le bonheur des miens, de mon prochain et pour la joie plus grande de voir Dieu connu et aim\u00e9.<\/p><p>Faire plaisir \u00e0 ceux qui viennent \u00e0 moi. Donner mes efforts un par un et dans le pain quotidien de la douleur\u2009; les plus petits comme les plus grands vont au C\u0153ur de Dieu. Dans la souffrance, l\u2019effort dans l\u2019amour est la base de nos m\u00e9rites\u2009; Dieu n\u2019accorde ses dons qu\u2019au prix de nos vertueux efforts, mais souvent Dieu nous arrache ce que nous ne lui donnons pas. L\u2019effort est une vertu, et toute vertu est une \u00e9l\u00e9vation de notre \u00e2me vers Dieu.<\/p><p>Faire de tout une \u00e9l\u00e9vation\u2009; plus l\u2019\u00e2me s\u2019\u00e9l\u00e8ve, plus elle rayonne de la beaut\u00e9 acquise \u00e0 la lumi\u00e8re divine, plus aussi elle rend gr\u00e2ce \u00e0 Dieu qui cherche sa gloire dans toutes ses cr\u00e9atures.<\/p><p>Dieu prend sous sa protection toute sp\u00e9ciale les \u00e2mes qui veulent vivre sous ses ordres.<\/p><p>Dieu r\u00e9pand ses bienfaits sur ceux qui le servent fid\u00e8lement. Il attire sur son C\u0153ur ceux qui l\u2019aiment et qui viennent \u00e0 lui.<\/p><p>Le soir. R\u00e9union du Tiers-Ordre aujourd\u2019hui.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus\u2009! que votre C\u0153ur soit mon refuge et mon lieu d\u2019instruction. Mon \u00e9loignement de l\u2019\u00e9glise a co\u00fbt\u00e9 \u00e0 mon \u00e2me&#8230; plus maintenant. Depuis longtemps, le sens des choses ext\u00e9rieures m\u2019attire peu, je dirais pas\u2009; ce qui est int\u00e9rieur et profond, ce qui \u00e9l\u00e8ve, a seul tous mes attraits. Je m\u2019unis et adore si bien et mieux en esprit et en v\u00e9rit\u00e9. L\u2019ext\u00e9rieur s\u2019efface, ce qui demeure, c\u2019est la pr\u00e9sence et l\u2019union \u00e0 Dieu. Acceptons ce que Dieu nous refuse, quand m\u00eame que ce soit pour lui. C\u2019est toujours perdre peu pour gagner tout. La volont\u00e9 de Dieu est un myst\u00e8re imp\u00e9n\u00e9trable\u2009; admirons ce que nous ne comprenons pas. Dieu nous cache ce qu\u2019il a pr\u00e9vu et ce qu\u2019il veut de nous, comme il nous cache son immensit\u00e9. Il ne nous montre que peu \u00e0 peu, et il nous demande d\u2019accomplir jour par jour ce qu\u2019il veut de nous. L\u2019avenir est \u00e0 lui, comme la science et la lumi\u00e8re.<\/p><p>Tout ce qui est ind\u00e9finiment douloureux \u00e0 la nature est profitable au d\u00e9tachement de l\u2019\u00e2me. C\u2019est dans la souffrance que la foi est lumi\u00e8re, que l\u2019esp\u00e9rance s\u2019affirme, que l\u2019amour grandit.<\/p><p>Chaque soir, au pied de l\u2019autel, je vais d\u00e9poser mes joies, mes larmes et mes souffrances dans l\u2019action de gr\u00e2ces.<\/p><p>Vive J\u00e9sus\u2009! Vive Marie\u2009!<\/p><p>^ 1er mars 1931 (dimanche)<\/p><p>N&rsquo;\u00eatre \u00e0 Dieu qu\u2019un oui vivant&#8230; \u00eatre un agneau de Dieu, dans une union \u00e0 lui sans reprise.<\/p><p>Ajouter incapacit\u00e9 avec pauvret\u00e9, nous trouverons z\u00e9ro. Pour Dieu\u2009: ajoutons puissance et amour et nous trouverons tout. Oh oui\u2009! \u00e9galer rien pour que Dieu \u00e9gale tout.<\/p><p>Seigneur, je vous donne tout, et tout avec amour\u2009! Qui dira les joies que go\u00fbte une \u00e2me qui vit toute en Dieu, toute pour lui\u2009? Elle n\u2019a pas besoin des joies du dehors, l\u2019\u00e2me unie \u00e0 Dieu\u2009!<\/p><p>Mon \u00e2me et mon c\u0153ur ne sont point faits pour ce qui est fini\u2009; ils sont de plus en plus assoiff\u00e9s, de moins en moins rassasi\u00e9s.<\/p><p>Je n&rsquo;ai soif que de Dieu, j\u2019ai faim de lui seul.<\/p><p>^ 4 mars 1931 (mercredi)<\/p><p>Demain, sainte communion. Pr\u00e9parons les voies du Seigneur&#8230; et largement, droitement. Videz, \u00e9purez, purifiez, sacrifiez.<\/p><p>Que J\u00e9sus allume un grand incendie, d\u00e9truisant \u00e0 jamais les racines et leurs germes. Il faut que tout soit libre et plaisant pour celui qui est la Voie, la V\u00e9rit\u00e9 et la Vie.<\/p><p>Quelle belle journ\u00e9e de pr\u00e9paration pour communier, dans ce v\u00e9ritable Seul \u00e0 seule avec Dieu. Que cette communion soit&#8230; de pardon, de r\u00e9paration, de sanctification et non de consolation&#8230; que je me corrige de tout.<\/p><p>1er vendredi de mars. \u00d4 Cor amoris victima. \u00d4 J\u00e9sus, rendez-moi comme vous\u2009: douce, humble, patiente, charitable, aimante.<\/p><p>\u00d4 Dieu\u2009! vous, Seigneur, qui de tous les c\u0153urs \u00eates le plus aimant, croyez \u00e0 mon amour.<\/p><p>Sainte communion. Doux banquet pour mon \u00e2me. Chaque fois qu\u2019il se renouvelle, il produit en moi un bonheur plus parfait, un amour plus grand pour la sainte Eucharistie.<\/p><p>Plaisir si profond que divin de voir cet amour progresser dans mon c\u0153ur et tout poss\u00e9der. J\u00e9sus a allum\u00e9 l\u2019incendie, non seulement celui qui d\u00e9truit, mais celui qui r\u00e9pand, propage et produit. Qu\u2019il br\u00fble maintenant tr\u00e8s vite et \u00e9l\u00e8ve tr\u00e8s haut l\u2019\u00e2me dont il est le ma\u00eetre. Mon c\u0153ur est tout br\u00fblant au-dedans de moi&#8230; tout br\u00fblant d\u2019amour de Dieu, tout br\u00fblant d\u2019amour pour les \u00e2mes. Je me sens un c\u0153ur pour aimer un monde. Que cet amour s\u2019\u00e9tende \u00e0 tous&#8230; qu\u2019il soit universel. Oui, aimer jusqu\u2019\u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efsme, c\u2019est la mesure de l\u2019amour. Mon Dieu\u2009! vous, qui avez cr\u00e9\u00e9 mon c\u0153ur et qui le poss\u00e9dez tout entier, savez jusqu\u2019o\u00f9 il est capable d\u2019aimer et tout ce qu\u2019il aime.<\/p><p>Mon Dieu\u2009! qui avez fait sentir \u00e0 mon c\u0153ur et r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 mon \u00e2me l\u2019immensit\u00e9 de votre amour pour moi, vous qui m\u2019avez prise et reprise tant de fois\u2009! je comprends&#8230; j\u2019ai compris. Fiat&#8230; merci mon Dieu.<\/p><p>^ 6 mars 1931 (vendredi)<\/p><p>Ne faire que de l\u2019ascension&#8230; monter droit vers la lumi\u00e8re&#8230; n\u2019\u00eatre que profonde. Ce qui ne vient pas de l\u2019int\u00e9rieur ne vaut rien. Tout ce qui surnage se volatilise.<\/p><p>J\u2019ai un besoin constant de J\u00e9sus\u2009!&#8230; que je vois, que j\u2019aime, que je veux&#8230; Je ne d\u00e9pends plus que de son action et de sa volont\u00e9\u2009!<\/p><p>Mon Seigneur et mon Dieu\u2009! que par la force de votre amour et le secours de votre puissance, je devienne une plus fid\u00e8le copie de vos divines perfections. C\u2019est facile \u00e0 ma faiblesse puisque, en tout et toujours, vous \u00eates ma lumi\u00e8re descendue du ciel, illuminant ma route. Oui, que je trouve toujours du travail en moi-m\u00eame&#8230; que je m\u2019\u00e9tudie, m\u2019examine, me corrige. Que je diminue, que j\u2019ajoute, retranche et d\u00e9truise. Pauvre petite servante d\u2019amour\u2009! je sais que je suis un bien mauvais sculpteur, un bien imparfait peintre.<\/p><p>A Dieu de me sculpter, de me ciseler, de me fa\u00e7onner. A lui d\u2019enlever et de d\u00e9truire tout ce qui peut d\u00e9plaire \u00e0 son C\u0153ur, \u00e0 son amour, \u00e0 sa saintet\u00e9\u2009! Je me remets dans les mains de sa bont\u00e9, de sa mis\u00e9ricorde et de sa charit\u00e9.<\/p><p>Parlez, Seigneur, votre servante \u00e9coute.<\/p><p>Oh\u2009! cherchons le ciel&#8230; tout le reste passe&#8230; seul il demeure\u2009! Cherchons le ciel, nous qui ne pouvons retrouver la sant\u00e9, nous qui n\u2019avons pas le bonheur d\u2019agir&#8230; cherchons le ciel.<\/p><p>^ 8 mars 1931 (dimanche)<\/p><ol><li>M. D. G.<\/li><\/ol><p>Troisi\u00e8me cahier<\/p><p>Souvenez-vous, Reine du saint Rosaire<\/p><p>Refrain<\/p><p>Souvenez-vous, Reine du saint Rosaire,<\/p><p>Du coeur en peine qui esp\u00e8re et qui prie,<\/p><p>De l&rsquo;\u00e2me aimante isol\u00e9e sur la terre<\/p><p>Souvenez-vous, souvenez-vous, M\u00e8re ch\u00e9rie<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 1\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 2<\/p><p>Lys Immacul\u00e9,\u00a0\u00a0 Doux Coeur de Marie,<\/p><p>\u00d4 Rose embaum\u00e9e\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Notre \u00e2me ravie<\/p><p>Des Jardins \u00e9ternels.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Vous chante \u00e0 genoux<\/p><p>Vers vous, bonne M\u00e8re, Une humble louange<\/p><p>Notre aim\u00e9 rosaire\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Unie \u00e0 l&rsquo;Archange<\/p><p>Monte en pressants appels.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Sur un ton bien doux.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 3\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 4<\/p><p>Vous r\u00e9gnez glorieuse\u00a0\u00a0\u00a0 Vers vous nos pri\u00e8res<\/p><p>Et mis\u00e9ricordieuse\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 S&rsquo;envolent, l\u00e9g\u00e8res,<\/p><p>Sur nos pauvres coeurs.\u00a0 Pour fleurir aux Cieux.<\/p><p>Guidez notre voile\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Embrasez nos \u00e2mes<\/p><p>\u00d4 mystique Etoile\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 De vos pures flammes,<\/p><p>Dans les saintes splendeurs.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 M\u00e8re, exaucez nos voeux.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 5\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 6<\/p><p>Pour J\u00e9sus Hostie\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 A tous ceux qui pleurent,<\/p><p>Donnez-nous, Marie,\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Qui souffrent et qui meurent,<\/p><p>Toujours plus d&rsquo;amour.\u00a0\u00a0 Ouvrez vos deux bras,<\/p><p>Son Coeur nous appelle, Montrez-vous propice,<\/p><p>Il nous veut fid\u00e8les\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C\u00e9leste Protectrice,<\/p><p>A ses banquets chaque jour.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 A vos enfants dans les combats.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 7\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 8<\/p><p>Rendez l&rsquo;esp\u00e9rance,\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Votre peuple implore<\/p><p>L&rsquo;amour, la confiance\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Une gr\u00e2ce encore<\/p><p>Aux coeurs des Fran\u00e7ais. De vos c\u00e9lestes faveurs.<\/p><p>C&rsquo;est le voeu supr\u00eame\u00a0\u00a0\u00a0 Soyez favorable,<\/p><p>De l&rsquo;\u00e2me qui aime\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00d4 M\u00e8re admirable,<\/p><p>L&rsquo;union et la paix.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 A tous les p\u00e9cheurs.<\/p><p>Refrain<\/p><p>Priez pour nous, Vierge du saint Rosaire,<\/p><p>Du haut du Ciel, penchez-vous jusqu&rsquo;\u00e0 nous,<\/p><p>Ecoutez les accents de notre humble pri\u00e8re,<\/p><p>Priez pour nous, M\u00e8re, priez pour nous.<\/p><p>Sainte Th\u00e9r\u00e8se, daigne sourire<\/p><p>Refrain<\/p><p>Au Ciel elle est mont\u00e9e, emport\u00e9e par les anges,<\/p><p>Par\u00e9e d&rsquo;innocence, de gr\u00e2ces et de faveurs.<\/p><p>Honorons ses vertus, c\u00e9l\u00e9brons ses louanges,<\/p><p>Sur nous, sur nous, elle jettera des fleurs.<\/p><p>1er couplet<\/p><p>L&rsquo;on dit partout que le Tr\u00e8s Saint-P\u00e8re<\/p><p>Confie ses oeuvres \u00e0 son puissant secours,<\/p><p>Pr\u00e8s du Tr\u00e8s-Haut, elle est sa messag\u00e8re,<\/p><p>Son coeur, sur elle, repose avec amour.<\/p><p>2\u00e8me<\/p><p>Gloire \u00e0 J\u00e9sus\u2009! Dans son blanc sanctuaire<\/p><p>Les \u00e2mes y trouvent l&rsquo;esp\u00e9rance et la paix.<\/p><p>C&rsquo;est la r\u00e9ponse qu&rsquo;elle fait \u00e0 leur pri\u00e8re,<\/p><p>C&rsquo;est Dieu, par elle, nous comblant de bienfaits.<\/p><p>3\u00e8me<\/p><p>Les yeux fix\u00e9s sur ta tr\u00e8s sainte image<\/p><p>Je prie heureuse, devant toi prostern\u00e9e,<\/p><p>Garde en mon coeur une paix sans nuage<\/p><p>De tes doux feux je me sens tout embras\u00e9e.<\/p><p>4\u00e8me<\/p><p>\u00d4 Bienheureuse\u2009! Quelle magnificence\u2009!<\/p><p>Quelle aur\u00e9ole pare ton front radieux\u2009!<\/p><p>Ce jour fait na\u00eetre en mon coeur l&rsquo;esp\u00e9rance<\/p><p>Bient\u00f4t, ma Soeur, combleras-tu mes voeux\u2009?<\/p><p>5\u00e8me<\/p><p>Prot\u00e8ge-nous dans nos sombres vall\u00e9es,<\/p><p>Vois nos angoisses, \u00e9coute nos douleurs.<\/p><p>Reviens sourire \u00e0 tes soeurs exil\u00e9es,<\/p><p>Reviens, Th\u00e9r\u00e8se, viens, rends heureux nos coeurs.<\/p><p>6\u00e8me<\/p><p>En effeuillant sur nous la blanche rose,<\/p><p>Ton voeu supr\u00eame est plus immense encor\u2019<\/p><p>C&rsquo;est qu&rsquo;en Dieu seul chaque \u00e2me se repose<\/p><p>En son amour par un mystique essor.<\/p><p>^ 3 octobre 1931 (samedi)<\/p><p>Jour de communion. \u00d4 Dieu tout amour, Dieu de ma vie\u2009! Je vous offre toutes les pri\u00e8res de J\u00e9sus, toutes les peines et les immolations de son Coeur, toutes ses douleurs, tout le sang qu&rsquo;il a r\u00e9pandu pour la sanctification et le salut de mon \u00e2me&#8230; pour le salut des p\u00e9cheurs qu&rsquo;il d\u00e9sire avec tant d&rsquo;ardeur et que je d\u00e9sire avec lui.<\/p><p>Je vous les offre pour mes chers et bons parents afin que, comme moi, ils aient part \u00e0 vos bont\u00e9s, \u00e0 vos mis\u00e9ricordes, \u00e0 vos b\u00e9n\u00e9dictions et \u00e0 la r\u00e9demption de votre divin Fils.<\/p><p>Pour mes amis, afin que J\u00e9sus et J\u00e9sus seul soit l&rsquo;unique parfum de notre belle amiti\u00e9. Que toujours son Coeur soit entre le n\u00f4tre, ou plut\u00f4t que le n\u00f4tre soit dans le sien dans tous nos rapports intimes.<\/p><p>Pour mes bienfaiteurs naturels et spirituels, \u00f4 P\u00e8re, rendez-leur \u00e0 tous le bien qu&rsquo;ils me font.<\/p><p>Je vous supplie, \u00f4 P\u00e8re bien-aim\u00e9, de r\u00e9compenser en dons divins tous mes bienfaiteurs et amis inconnus. Laissez descendre \u00e0 flots sur toutes les \u00e2mes et sur chacune, vos gr\u00e2ces et vos richesses.<\/p><p>Ce qu&rsquo;en ce moment mon coeur implore et d\u00e9sire ardemment, Dieu aimable et plein de tendresse pour les coeurs qui vous aiment, c&rsquo;est le pardon et la r\u00e9mission de toutes mes fautes et l&#8217;embrasement de tout mon \u00eatre dans le feu de votre charit\u00e9.<\/p><p>Je r\u00e9clame encore votre b\u00e9n\u00e9diction avant la communion qui va purifier, sanctifier, pacifier mon \u00e2me dans les doux embrassements de l&rsquo;amour.<\/p><p>Dans quelle impression de dess\u00e8chement je vais oser m&rsquo;approcher de J\u00e9sus Eucharistie aujourd&rsquo;hui\u2009; mais lui-m\u00eame a dit, \u00f4 ma pauvre \u00e2me, que ce n&rsquo;\u00e9tait point pour combler de tr\u00e9sors les grands et ceux qui sont dans l&rsquo;abondance qu&rsquo;il \u00e9tait descendu de son ciel, mais pour consoler les petits et rassasier les affam\u00e9s et les assoiff\u00e9s. Souvenez-vous, \u00f4 chaste Epoux des \u00e2mes, Coeur ineffablement aimant, que vous avez promis de gu\u00e9rir toutes les plaies de nos \u00e2mes par les m\u00e9rites de vos cinq plaies.<\/p><p>Quand vous venez dans mon coeur, \u00f4 tendre Ma\u00eetre, vous le fondez si bien dans l&rsquo;amour que je ne sens plus que le v\u00f4tre. Daignez, Seigneur, vous qui \u00eates le Tout-Puissant, r\u00e9aliser dans tout mon \u00eatre ce que vous faites si bien et si fr\u00e9quemment en moi\u2009; fondez-moi, perdez-moi en vous ; j&rsquo;ai soif de dispara\u00eetre et de dispara\u00eetre en vous seul.<\/p><p>Je ne vous demande pas d&rsquo;en voir le miracle, ni m\u00eame de le sentir&#8230; faites qu&rsquo;il soit.<\/p><p>Qu&rsquo;\u00e0 force de vous aimer et de vivre en union avec vous, je ne sois plus et ne le sois plus en rien. Vous seul, \u00f4 mon Roi, au-dessus de toute sensibilit\u00e9, de toute douceur, de tout amour. \u00d4 Vierge Immacul\u00e9e\u2009! \u00f4 M\u00e8re pleine de gr\u00e2ces, faites-moi part de votre joie pure et suave, lorsque vous portiez J\u00e9sus dans votre sein virginal, lorsque aussi vous le pressiez tendrement sur votre coeur\u2009; mais faites-moi part surtout du bonheur ineffable que vous \u00e9prouviez quand il se donnait \u00e0 vous par l&rsquo;Eucharistie.<\/p><p>Quelles profondes t\u00e9n\u00e8bres enveloppent mon \u00e2me\u2009! Mais je suis dans la paix, dans la joie de l&rsquo;abandon, et je m&rsquo;attache \u00e0 la pure foi.<\/p><p>Ma croix est une croix d&rsquo;amour\u2009!<\/p><p>Et je surabonde de joie, parce que je surabonde de souffrances\u2009; mon \u00e2me se plaint plut\u00f4t d&rsquo;en manquer que d&rsquo;en trop avoir. Ni les douleurs, ni les \u00e9preuves, ni les afflictions et ni m\u00eame la mort ne peuvent affaiblir les ardeurs profondes de l&rsquo;amour v\u00e9ritable\u2009; il s&rsquo;accro\u00eet d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il est priv\u00e9 d&rsquo;expansion et d&rsquo;expression ext\u00e9rieures.<\/p><p>L&rsquo;abondance des paroles ne peut rassasier l&rsquo;\u00e2me\u2009; c&rsquo;est la pi\u00e9t\u00e9 de la vie qui grandit le c\u0153ur, et la puret\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me qui affermit dans la confiance en Dieu.<\/p><p>Que J\u00e9sus soit consol\u00e9 et r\u00e9joui par ma communion, c&rsquo;est tout ce que j&rsquo;envie et r\u00e9clame&#8230; sa joie est mon unique joie.<\/p><p>Qu&rsquo;il soit glorifi\u00e9 d&rsquo;avoir permis que je ne ressente jamais aucune vraie consolation aupr\u00e8s des cr\u00e9atures et de ne me laisser go\u00fbter de bonheur que dans le recueillement en lui. Dieu seul toujours&#8230; c&rsquo;est si bon\u2009!<\/p><p>\u00d4 mon Seigneur \u00e0 jamais b\u00e9ni, me voici toute petite chose entre vos bras, laissez-moi reposer sur votre Coeur et je serai consol\u00e9e.<\/p><p>Mon doux J\u00e9sus\u2009! faites que l&rsquo;amour de votre Coeur enflamme \u00e0 tout jamais mon coeur et qu&rsquo;ainsi morte \u00e0 tout, je ne vive que dans votre amour. Ouvrez-moi votre Coeur, \u00f4 mon Roi, pour que j&rsquo;y entre et ne fasse qu&rsquo;une seule chose avec vous. Pour votre joie, pour votre gloire, je ne demande que la croix, la croix toute nue, la pure souffrance.<\/p><p>Vous me l&rsquo;avez donn\u00e9e, \u00f4 mon Dieu, et je l&rsquo;aime, puisque je dois y accomplir avec vous un sacrifice r\u00e9dempteur.<\/p><p>^ 29 ao\u00fbt 1931 (samedi)<\/p><p>Seigneur mon Dieu, consolateur supr\u00eame de l&rsquo;\u00e2me dans l&rsquo;exil, pr\u00e9venez-moi de tout aveuglement sur moi-m\u00eame.<\/p><p>Devant vous je reste sans voix, mais mon amour parle \u00e0 votre Coeur bien plus intimement que par des paroles.<\/p><p>Il me semble que mon \u00e2me est de plus en plus ensevelie dans la nuit profonde. Plus de voie, plus de clart\u00e9, c&rsquo;est l&rsquo;ab\u00eeme effrayant. Supplice des supplices, Dieu para\u00eet lui-m\u00eame s&rsquo;\u00eatre retir\u00e9. L&rsquo;aurais-je contrist\u00e9 par quelque infid\u00e9lit\u00e9\u2009? J&rsquo;ai peut-\u00eatre bless\u00e9 l&rsquo;Amour infini\u2009? Que faire\u2009? Qui voudra le chercher avec moi, qui me le rendra\u2009?<\/p><p>Quel d\u00e9sert\u2009! Quel vide\u2009! \u00d4 P\u00e8re, \u00f4 Epoux de mon \u00e2me\u2009! \u00f4\u2004Coeur de mon coeur\u2009! venez, revenez\u2009! voyez mon coeur, entendez-le g\u00e9mir de toutes ses blessures d&rsquo;amour. Il est tout v\u00f4tre, venez le consoler, le gu\u00e9rir, car il br\u00fble, \u00e0 la fois, et il languit d&rsquo;amour.<\/p><p>Dieu est Amour\u2009! Dieu est pl\u00e9nitude\u2009! Rien d&rsquo;amer n&rsquo;est donc fait par lui dans notre \u00e2me sans motif d&rsquo;amour.<\/p><p>J&rsquo;aime \u00e0 penser que chaque souffrance intime \u2013 et qu&rsquo;elles sont intimes\u2009! \u2013 est une joie donn\u00e9e \u00e0 J\u00e9sus, que m\u00eame l&rsquo;impression de vide et de d\u00e9laissement et ce qui semble \u00eatre perdu est d&rsquo;autant plus d\u00e9licieux \u00e0 lui offrir que ce sont les fruits de l&rsquo;abandon \u00e0 tous ses divins vouloirs. Oh\u2009! il m&rsquo;est bien doux de penser que si le jardin intime de ma vie (le petit ciel de d\u00e9lices de J\u00e9sus) me para\u00eet d\u00e9sert et triste, c&rsquo;est alors que le Bien-aim\u00e9 s&rsquo;y prom\u00e8ne avec joie d&rsquo;amour, cueillant en son Coeur toutes les fleurs que je ne vois pas, faisant ses d\u00e9lices de respirer tous les parfums que je ne sens pas, jouissant des douceurs que je ne connais pas.<\/p><p>Oh\u2009! si je n&rsquo;avais pas une Maman au ciel, tout me serait plus torturant encore\u2009; mais de penser que J\u00e9sus n&rsquo;a voulu na\u00eetre de la Sainte Vierge que pour nous donner une M\u00e8re et de lui dire\u2009: \u00ab\u2009Maman\u2009!\u2009\u00bb, il me semble qu&rsquo;elle ne peut r\u00e9sister \u00e0 ce cri d&rsquo;amour, et que de toute sa maternelle tendresse elle se penche sur sa douloureuse enfant.<\/p><p>Mon Dieu\u2009! par J\u00e9sus et Marie, je vous offre toutes mes souffrances, il n&rsquo;y a que vous qui en connaissiez la profonde douleur.<\/p><p>Un petit enfant malade ne demande pas qu&rsquo;on le d\u00e9livre de ses souffrances&#8230; Il g\u00e9mit silencieusement son mal. Il ne demande pas \u00e0 \u00eatre soulag\u00e9, il ne sait pas si l&rsquo;on peut et s&rsquo;il doit \u00eatre soulag\u00e9. Il subit \u00e9galement et la maladie et le rem\u00e8de qu&rsquo;on lui donne, sans savoir ni comprendre. Ainsi dois-je faire dans toutes mes afflictions\u2009: je dois savoir aimer et attendre, tout comme le petit enfant malade, et recevoir et l&rsquo;\u00e9preuve et la consolation, devraient-elles finir demain ou se prolonger jusqu&rsquo;au dernier jour de ma vie.<\/p><p>C&rsquo;est cela la paix, la f\u00e9licit\u00e9 parfaite sans m\u00e9lange d&rsquo;humain.<\/p><p>L&rsquo;accomplissement de notre abandon dans l&rsquo;amour est la mesure de notre sanctification.<\/p><p>^ 1er septembre 1931 (mardi)<\/p><p>Sainte communion. Le bonheur a fleuri en mon \u00e2me comme fleurissent les p\u00e2querettes sur les prairies de mai. Oh\u2009! que je suis heureuse, mon \u00e2me porte en son calice J\u00e9sus\u2009!<\/p><p>J&rsquo;ai pleur\u00e9 d&rsquo;\u00e9motion, d&rsquo;attendrissement jusqu&rsquo;au moment o\u00f9, apr\u00e8s une pri\u00e8re tr\u00e8s fervente, l&rsquo;H\u00f4te ador\u00e9 de mon \u00e2me m&rsquo;a compl\u00e8tement saisie, absorb\u00e9e en lui, sans que rien \u00e0 l&rsquo;avance ne me l&rsquo;ait laiss\u00e9 pr\u00e9voir.<\/p><p>\u00d4 Lumi\u00e8re et Vie\u2009! je vous aime et vous rends gr\u00e2ce, vous qui avez approch\u00e9 mes l\u00e8vres assoiff\u00e9es de cette Source qui d\u00e9salt\u00e8re, qui enivre les bienheureux dans le ciel.<\/p><p>J&rsquo;ai go\u00fbt\u00e9 Dieu, et Dieu m&rsquo;a donn\u00e9 ses douceurs, et Dieu s&rsquo;est donn\u00e9 \u00e0 moi. Avec quel ardent d\u00e9sir je l&rsquo;ai appel\u00e9 et re\u00e7u dans le petit tabernacle de mon coeur, son ciel de d\u00e9lices, ce Dieu vivant et \u00e9ternel qui, sous la Pr\u00e9sence eucharistique, se donne \u00e0 mon \u00e2me comme une pr\u00e9cieuse nourriture, une ros\u00e9e rafra\u00eechissante, une douce consolation\u2009!<\/p><p>J&rsquo;ai le droit de demander beaucoup et de tout esp\u00e9rer de mon cher et doux J\u00e9sus, en me gardant bien tout enti\u00e8re \u00e0 lui qui est l\u00e0, tout entier en moi. Cette vie intime d&rsquo;union et d&rsquo;amour, c&rsquo;est ma vie.<\/p><p>Je crois pouvoir dire que, depuis bien longtemps d\u00e9j\u00e0, il n&rsquo;y a pas eu un jour o\u00f9 j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 moins consol\u00e9e que dans ma communion de ce jour. Je n&rsquo;ai senti qu&rsquo;en intime douleur la divine pr\u00e9sence de J\u00e9sus&#8230; Ni je ne m&rsquo;en \u00e9tonne, ni je ne me lamente. N&rsquo;\u00e9tait-ce pas d&rsquo;ailleurs le v\u00e9h\u00e9ment d\u00e9sir de mon coeur de recevoir mon tr\u00e8s aimant Seigneur pour ses d\u00e9lices et sa jouissance \u00e0 lui\u2009? Souffrir pour Celui qui est ma vie, mon bonheur et mon tout, m&rsquo;est une b\u00e9atitude. C&rsquo;est, je crois, une fa\u00e7on d\u00e9licate de sa part pour me garder toujours en action de gr\u00e2ce.<\/p><p>Le recueillement apr\u00e8s la communion n&rsquo;est pas moins important que dans la pr\u00e9paration, et ne doit pas s&rsquo;\u00e9teindre.<\/p><p>Si notre aimable Seigneur ne demande que l&rsquo;amour, la ferveur et l&rsquo;humble sentiment de nous-m\u00eames avec la contrition parfaite de nos fautes pour le recevoir dignement, par sa gr\u00e2ce et sa grande mis\u00e9ricorde, j&rsquo;en avais en abondance, il me semble.<\/p><p>C&rsquo;est un sentiment si d\u00e9licieux \u00e0 l&rsquo;\u00e2me de se pr\u00e9parer \u00e0 recevoir l&rsquo;Aim\u00e9\u2009; mais ce serait insuffisant encore si la bonne Sainte Vierge ne venait \u00e0 notre appel l&rsquo;attendre avec nous.<\/p><p>Moins je suis favoris\u00e9e de douceur et de consolation dans mes communions, plus je recueille des fruits abondants de gr\u00e2ces. C&rsquo;est chaque fois un nouvel embrasement d&rsquo;amour dans tout mon \u00eatre. Pourquoi J\u00e9sus m&rsquo;a-t-il fait tant de gr\u00e2ces\u2009?&#8230; et pourquoi veut-il que je l&rsquo;aime si fort, si fort, disais-je jadis au p\u00e8re de mon \u00e2me\u2009?<\/p><p>Tout \u00e0 la louange et \u00e0 la gloire de Dieu\u2009! C&rsquo;est tout ce que je sais d\u00e9sirer. Petit rien inutile, je puis quand m\u00eame y participer pour une part en d\u00e9veloppant sans cesse en moi les merveilleuses vertus dont, par charit\u00e9, il enrichit ma vie, en mettant \u00e0 profit les dons pr\u00e9cieux que me d\u00e9partit le ciel.<\/p><p>Ma seule valeur, ma seule beaut\u00e9 est de rester bien petite \u00e0 ma place voulue par Dieu, tout adorante et silencieuse en la nuit de la terre, comme l&rsquo;\u00e9toile jette sa lumi\u00e8re sur l&rsquo;ombre du sein du firmament.<\/p><p>Puisque la petite lampe plac\u00e9e devant le Tr\u00e8s Saint Sacrement suffit \u00e0 maintenir assez de lumi\u00e8re pour qu&rsquo;il ne fasse pas tout \u00e0 fait obscur dans le sanctuaire, et que sa pr\u00e9sence est suffisante \u00e0 ce que Notre-Seigneur ne soit pas tout \u00e0 fait solitaire, une petite \u00e2me qui rayonne la vertu et l&rsquo;amour doit pouvoir, elle aussi, donner assez de lumi\u00e8re et de chaleur pour r\u00e9jouir et consoler J\u00e9sus de tous les d\u00e9laissements, oublis ou m\u00e9pris de ses cr\u00e9atures, et emp\u00eacher l&rsquo;incroyance et l&rsquo;inconnaissance d&rsquo;envahir le monde.<\/p><p>Je n&rsquo;ai pas \u00e0 moissonner des honneurs et \u00e0 r\u00e9colter des succ\u00e8s, mais \u00e0 me sanctifier de plus en plus dans la v\u00e9rit\u00e9, afin de r\u00e9aliser parfaitement ma vocation de victime et d&rsquo;hostie.<\/p><p>Je veux obtenir par mes souffrances de quoi me faire une belle carri\u00e8re apostolique apr\u00e8s ma mort, jusqu&rsquo;\u00e0 la fin des temps. Oui, jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du monde je serai l&rsquo;ap\u00f4tre de l&rsquo;Amour. Aussi longtemps qu&rsquo;il restera sur la terre des hommes qui souffriront, qui lutteront, qui chemineront dans l&rsquo;erreur, j&rsquo;interc\u00e9derai en leur faveur, je viendrai les aimer, les secourir, leur montrer leur v\u00e9ritable Patrie. Ma tendresse pour les \u00e2mes disposera sans \u00e9puisement de toutes les gr\u00e2ces du Bon Dieu. Si je jette les yeux sur les ann\u00e9es \u00e9coul\u00e9es, je me dis\u2009: je pourrais \u00eatre sainte, je devrais l&rsquo;\u00eatre&#8230; cependant les divines mis\u00e9ricordes continuent. Je ne vis que par l&rsquo;ardent d\u00e9sir d&rsquo;y r\u00e9pondre pleinement, de tout faire par amour, pour mourir d&rsquo;amour\u2009! Les souffrances physiques, les tortures morales agissent si bien sur mon activit\u00e9 spirituelle&#8230; Je compte surtout sur ma M\u00e8re bien-aim\u00e9e pour me garder plus que jamais humble, docile, confiante et bien petite, afin que le Bon Dieu soit bien libre en mon \u00e2me\u2009; car l&rsquo;humilit\u00e9, l&rsquo;abandon \u00e0 la volont\u00e9 divine, c&rsquo;est la base et le centre de l&rsquo;union intime et f\u00e9conde avec J\u00e9sus.<\/p><p>Obscure et ignor\u00e9e, ce sera mon privil\u00e8ge dans le ciel. Sans nom, sans gloire connue de la terre, je veillerai sur les miens, si chers, sur tous, par\u00e9e que de la belle couronne de ma grande mission qui se poursuivra plus rayonnante, plus vaste encore, connue que de ceux que je viendrai visiter, fortifier, encourager, relever, et encore ne sauront-ils pas toujours que c&rsquo;est moi&#8230; si souvent je leur demeurerai invisible.<\/p><p>J&rsquo;ai tout donn\u00e9 \u00e0 Dieu sans garder de r\u00e9serve, jetant tout \u00e0 la minute pr\u00e9sente dans son Sein paternel. Quand j&rsquo;irai vers lui, je retrouverai tout un tr\u00e9sor, non simplement centupl\u00e9 mais mille fois multipli\u00e9, \u00e0 r\u00e9pandre dans les \u00e2mes.<\/p><p>Mon Seigneur et mon Dieu\u2009! augmentez pour moi en amertume toutes les consolations de ce monde.<\/p><p>Changez aussi en tortures mes souffrances et immolations.<\/p><p>Usez encore de mis\u00e9ricordes avec moi. Vous l&rsquo;avez fait bien souvent et de fa\u00e7on si merveilleuse.<\/p><p>Fondez mon coeur dans l&rsquo;humilit\u00e9 et la charit\u00e9 de votre Coeur, \u00f4 mon J\u00e9sus bien-aim\u00e9. Rien ne m&rsquo;est doux que vous seul et je ne go\u00fbte de joie qu&rsquo;\u00e0 vous aimer.<\/p><p>Le bonheur est facile avec Dieu, et se sanctifier est simple&#8230; il suffit d&rsquo;aimer\u2009; et tout en moi chante le cantique de l&rsquo;amour\u2009! J\u00e9sus, oh\u2009! que je l&rsquo;aime&#8230; Mon Dieu, je vous aime\u2009!<\/p><p>Par l&rsquo;union de mon \u00e2me \u00e0 la v\u00f4tre et la fusion de nos coeurs dans l&rsquo;amour, que je ne fasse qu&rsquo;une m\u00eame chose avec vous.<\/p><p>\u00d4 divine Trinit\u00e9 que j&rsquo;adore\u2009! Immensit\u00e9 o\u00f9 mon \u00e2me s&rsquo;ab\u00eeme et se perd\u2009! Soyez le foyer qui toujours me d\u00e9vore&#8230; l&rsquo;Amour qui me consume&#8230; le radieux Soleil qui illumine mes pas\u2009!<\/p><p>7 septembre 1931 (lundi)<\/p><p>Sainte communion. Oh\u2009! qu&rsquo;elle est immense, l&rsquo;abondance des gr\u00e2ces que Dieu r\u00e9pand sur ceux qui l&rsquo;aiment, sur les siens, quand il vient les visiter par les sacrements.<\/p><p>Oh\u2009! qu&rsquo;il est profond et enthousiasmant le myst\u00e8re de l&rsquo;Eucharistie. Ce Dieu \u00e9ternel des si\u00e8cles, que les bienheureux contemplent face \u00e0 face dans sa divinit\u00e9 glorieuse et dont la beaut\u00e9 les enchante, est descendu si vivant dans mon coeur, p\u00e9n\u00e9trant tout mon \u00eatre des tendresses de sa mis\u00e9ricorde, des flammes de sa charit\u00e9, avec une telle ardeur que je me sens toute purifi\u00e9e, toute transform\u00e9e en lui. Ma vie, c&rsquo;est la vie de J\u00e9sus, la seule que je veux et dois vivre.<\/p><p>Combien divines doivent \u00eatre mes pens\u00e9es, saintes, mes paroles\u2009! Combien chaste doit \u00eatre mon corps, pur et aimant, mon coeur ; immacul\u00e9e, mon \u00e2me qui est la demeure aim\u00e9e d&rsquo;un Dieu.<\/p><p>Rien de sensible \u00e0 mon \u00e2me ne s&rsquo;est produit, rien de visible ne s&rsquo;est manifest\u00e9&#8230; je reste dans les t\u00e9n\u00e8bres.<\/p><p>Il me semble que cette tr\u00e8s sensible \u00e9preuve est un grand t\u00e9moignage d&rsquo;amour de la part de Dieu, qui voit une utile n\u00e9cessit\u00e9 \u00e0 ne pas nous laisser enfoncer trop loin dans les lumi\u00e8res de la contemplation, la faiblesse de notre nature pouvant des fois ne pas y r\u00e9sister longtemps\u2009; du moins lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de petites \u00e2mes comme moi.<\/p><p>Dieu veut \u00e9prouver notre amour qui doit \u00eatre fait ici-bas surtout de foi obscure.<\/p><p>Oh\u2009! je suis heureuse dans cette immense douleur\u2009! Je suis de plus en plus consum\u00e9e, \u00e9perdue d&rsquo;amour.<\/p><p>J\u00e9sus est doux et humble. Son amour n&rsquo;est pas terrible, il\u2009est un feu tr\u00e8s doux qui br\u00fble toujours et ne ti\u00e9dit jamais, une lumi\u00e8re qui ne s&rsquo;\u00e9teint pas&#8230; Il est la vie qui remplit l&rsquo;\u00eatre. Mais il aime agir secr\u00e8tement et myst\u00e9rieusement, sans se laisser voir, sans se faire sentir&#8230; et j&rsquo;ajoute, en proportion de notre fid\u00e9lit\u00e9 et docilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;action de la gr\u00e2ce, selon l&rsquo;intimit\u00e9 de notre union avec lui.<\/p><p>Amour et gloire \u00e0 Dieu seul, au sein de ma vie obscure. On n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait dans les t\u00e9n\u00e8bres quand on met ses pas dans les pas de J\u00e9sus et qu&rsquo;on revit en soi avec lui la nuit du Golgotha, la journ\u00e9e du Calvaire.<\/p><p>Notre tr\u00e8s doux Seigneur para\u00eet vouloir de plus en plus me confirmer sa victime par la souffrance et m&rsquo;unir, m&rsquo;associer plus intimement \u00e0 sa vie douloureuse, en m&rsquo;inspirant d&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s forte de le supplier de m&rsquo;accorder ces deux gr\u00e2ces avant ma mort\u2009: celle de souffrir dans mon \u00eatre intime et sensible tout ce qu&rsquo;il d\u00e9sire m&rsquo;imposer, me faire sentir encore des cruelles souffrances qui l&rsquo;ont d\u00e9chir\u00e9, tortur\u00e9, ensanglant\u00e9 dans son \u00e9pouvantable Passion, et des douleurs qui transperc\u00e8rent l&rsquo;\u00e2me et le coeur si aimant de sa tendre M\u00e8re, puis de m&#8217;embraser tout enti\u00e8re de cet amour passionn\u00e9 des \u00e2mes qui l&rsquo;a fait mourir sur la Croix.<\/p><p>J&rsquo;eus aussit\u00f4t la pleine certitude que j&rsquo;\u00e9tais exauc\u00e9e. J\u00e9sus m&rsquo;\u00e9treint si fort, si fort que je me sens \u00e0 tout moment d\u00e9faillir&#8230; oui, j&rsquo;\u00e9touffe, mais c&rsquo;est d&rsquo;amour.<\/p><p>\u00d4 Lumi\u00e8re et Vie de ma vie, tout ce que vous voulez de moi, je l&rsquo;accepte en toute simplicit\u00e9 et humilit\u00e9 de coeur.<\/p><p>Mon Dieu, \u00e0 vous je m&rsquo;immole et m&rsquo;abandonne avec amour. Mais vous connaissez ma mis\u00e8re et ma faiblesse extr\u00eame, je ne puis tout qu&rsquo;avec vous\u2009; gardez-moi si bien en vous seul que je n&rsquo;agisse que par vos commandements et sous vos inspirations. Il\u2009n&rsquo;y a plus que votre parole qui compte.<\/p><p>17 septembre 1931 (jeudi)<\/p><p>Qu&rsquo;il est bon et d\u00e9licieux d&rsquo;avoir nuit et jour la pens\u00e9e de la pr\u00e9sence de Dieu, la joie de l&rsquo;aimer et la consolation d&rsquo;en \u00eatre aim\u00e9e\u2009! Quelle f\u00e9licit\u00e9 insoup\u00e7onn\u00e9e\u2009: aimer, \u00eatre aim\u00e9e de Celui qui est l&rsquo;Amour. \u00d4 divine Trinit\u00e9\u2009! vous \u00eates mon clo\u00eetre et la prisonni\u00e8re de mon amour\u2009!<\/p><p>Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;union dans la vision et les consolations&#8230; mais c&rsquo;est l&rsquo;union dans les d\u00e9lices de la paix.<\/p><p>Si j&rsquo;aime, comme toutes les \u00e2mes, ses douces et suaves tendresses, je l&rsquo;aime plus encore dans la croix sanglante, la pure souffrance. C&rsquo;est lui ma joie et mon amour. Je go\u00fbte un bien plus immense bonheur \u00e0 l&rsquo;aimer qu&rsquo;\u00e0 jouir de ses faveurs.<\/p><p>C&rsquo;est la nuit de la foi dans la nuit de Dieu. Mais la divine paix subsiste, profonde, toute rayonnante de confiance et d&rsquo;abandon au Christ J\u00e9sus. Mon \u00e2me est toute p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e et comme envelopp\u00e9e de paix divine, de vie divine. Je sens que demeure en moi, avec moi, la pr\u00e9sence cach\u00e9e, mais r\u00e9elle, de Celui qui est l&rsquo;Ame, le Coeur, le Centre, le Foyer de mon amour.<\/p><p>Serait-il possible qu&rsquo;une petite \u00e2me qui garde en elle la pr\u00e9sence intime de J\u00e9sus se laiss\u00e2t effleurer par des pens\u00e9es d\u00e9primantes\u2009? Pourrait-elle ne pas \u00eatre toute \u00e0 la joie, l&rsquo;enfant qui ch\u00e9rit Marie, en ce beau jour o\u00f9 l&rsquo;Eglise en f\u00eate c\u00e9l\u00e8bre l&rsquo;heureuse nativit\u00e9 de la Reine des cieux\u2009?<\/p><p>Marie est la ravissante aurore annon\u00e7ant au monde la tr\u00e8s proche arriv\u00e9e du divin Soleil&#8230; le Messie tant attendu. Elle est l&rsquo;astre b\u00e9ni illuminant d&rsquo;esp\u00e9rance la nuit de l&rsquo;exil. Elle est l&rsquo;\u00e9toile du soir, nous pr\u00e9c\u00e9dant dans la voie de l&rsquo;abandon \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu. Elle est le blanc lys dont les puissantes racines \u00e9touffent les haines, les petitesses, les rancoeurs et dont le suave parfum entra\u00eene mystiquement les \u00e2mes \u00e0 l&rsquo;odeur de ses resplendissantes vertus. Elle est la maison d&rsquo;or o\u00f9 J\u00e9sus, l&rsquo;Agneau sans tache, prit un corps mortel. Elle est l&rsquo;arche d&rsquo;alliance qui unit l&rsquo;homme exil\u00e9 \u00e0 son Cr\u00e9ateur. Elle est la toute-puissante et mis\u00e9ricordieuse M\u00e9diatrice qui veille avec un tendre amour sur ses enfants tr\u00e8s chers et sur les pauvres p\u00e9cheurs\u2009: car elle l&rsquo;aime aussi, l&rsquo;enfant de ses douleurs.<\/p><p>Elle est enfin, elle, la plus haute \u00e9lue de la Trinit\u00e9 Sainte, la parfaite Ma\u00eetresse, le moyen unique, tr\u00e8s simple et tout pacifiant de grandir en humilit\u00e9, en amour, et de p\u00e9n\u00e9trer toujours plus loin, toujours plus avant dans l&rsquo;intimit\u00e9 divine. J\u00e9sus nous dit\u2009: vous \u00eates \u00e0 moi quand vous \u00eates \u00e0 ma M\u00e8re.<\/p><p>Cette M\u00e8re bien-aim\u00e9e me fut plus qu&rsquo;une \u00e9toile\u2009: elle est un phare devant mes pas. Avide de ses vertus, je m&rsquo;ab\u00eeme en sa contemplation. Elle est un mod\u00e8le si complet, si imitable et tellement admirable\u2009!<\/p><p>C&rsquo;est par sa m\u00e9diation toute maternelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 son \u00e9cole, mais surtout par ses lumineuses inspirations que j&rsquo;ai p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 si avant dans les profondeurs des grands myst\u00e8res de la foi, l&rsquo;esp\u00e9rance et la charit\u00e9, que je m&rsquo;abandonne de plus en plus docilement \u00e0 l&rsquo;action divine.<\/p><p>Maintenant, c&rsquo;est la vie toute en Dieu avec Marie, par Marie pleine de gr\u00e2ces et de saintet\u00e9.<\/p><p>L&rsquo;intime union de nos vies ne va que maternellement et filialement se resserrant chaque jour, si bien que le coeur si pur de la Sainte Vierge est devenu le coeur de son enfant\u2009! Oh\u2009! d\u00e9licieux myst\u00e8re.<\/p><p>La tr\u00e8s Sainte Vierge Marie est la b\u00e9nie entre toutes les femmes, la Vierge \u00e9lue entre toutes. Parce qu&rsquo;elle fut la plus pure ? oui, peut-\u00eatre. Mais surtout parce qu&rsquo;elle fut la plus humble. Elle n&rsquo;est devenue la Reine du ciel, le mod\u00e8le de tous les saints qu&rsquo;apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 la plus parfaite, la plus douloureusement martyris\u00e9e dans son \u00eatre intime. Etant n\u00e9e pour \u00eatre l&rsquo;auguste M\u00e8re de J\u00e9sus, elle devint aussi grande sainte qu&rsquo;elle sut \u00eatre Sainte M\u00e8re. Elle eut le don de faire accorder la saintet\u00e9 de sa vie \u00e0 sa dignit\u00e9 de M\u00e8re de Dieu.<\/p><p>Que cette admirable et adorable cr\u00e9ature qui fut si fid\u00e8le, si belle dans ses difficiles et d\u00e9licieux devoirs, nous soit ch\u00e8re au-dessus de tous les saints\u2009; non seulement quand sa f\u00eate rayonne au firmament de l&rsquo;Eglise&#8230; mais chaque jour, \u00e0 chaque instant. Je\u2009voudrais que sa spiritualit\u00e9 si parfaite et si simple, son ob\u00e9issance de fille bien-aim\u00e9e du P\u00e8re, sa d\u00e9licate prudence de Vierge, son tendre amour de M\u00e8re, sa pure affection d&rsquo;\u00e9pouse, sa gracieuse et suave bont\u00e9 pour tous \u00e9clatent de toutes parts, afin que le monde sache que le surnaturel n&rsquo;\u00e9tiole pas les humaines affections, qu&rsquo;il ne fait au contraire que d\u00e9velopper, grandir, sanctifier et diviniser les merveilleuses qualit\u00e9s du coeur.<\/p><p>La religion veut le coeur si &lt;\u00a0\u00a0\u00a0 &gt; et pur, et non vide et dur\u2009!<\/p><p>Ce serait faire injure \u00e0 Dieu de croire et m\u00eame de penser qu&rsquo;il y a en ce monde des conditions et des \u00e9tats contraires \u00e0 la saintet\u00e9. Le Christ J\u00e9sus s&rsquo;est fait caution pour tous\u2009! C&rsquo;est donc que toute chose a \u00e9t\u00e9 dispos\u00e9e, que les facilit\u00e9s n\u00e9cessaires, des dispositions personnelles ont \u00e9t\u00e9 mises partout et donn\u00e9es \u00e0 chacun pour se sanctifier et se sauver.<\/p><p>\u00d4 Reine puissante et bonne\u2009! je vous supplie de r\u00e9pandre vos c\u00e9lestes parfums sur notre ch\u00e8re France. Faites fleurir, je vous prie, de purs et beaux lys sur son sol b\u00e9ni de vos faveurs.<\/p><p>\u00d4 M\u00e8re bien-aim\u00e9e\u2009! je me livre pleinement \u00e0 vous. Vous savez, douce Maman, que je suis trop petite pour \u00eatre un lys. Donnez-m&rsquo;en seulement la blancheur, le symbole et le parfum.<\/p><p>J&rsquo;admire la ravissante splendeur du lys, mais je pr\u00e9f\u00e8re cultiver dans mon \u00e2me les discr\u00e8tes et exquises vertus de la violette. Toujours un peu plus humble&#8230; toujours un peu plus simple.<\/p><p>\u00d4 Vierge, avec les miens je vous confie tous les pieux d\u00e9sirs des \u00e2mes fid\u00e8les ; que toutes celles qui font le bien le fassent pour l&rsquo;amour de Dieu seul. Que toutes se sentent soutenues par les merveilleux bienfaits de votre gr\u00e2ce, aid\u00e9es par vos encouragements, prot\u00e9g\u00e9es dans les dangers, consol\u00e9es dans leurs oraisons, secourues dans leurs angoisses.<\/p><p>Faites-nous vivre d&rsquo;une vie tellement divine, dans un recueillement si intime que nous soyons dignes d&rsquo;aimer, de poss\u00e9der, de jouir de Dieu et de lui chanter de joyeuses actions de gr\u00e2ces.<\/p><p>Piti\u00e9, \u00f4 Reine\u2009! Piti\u00e9, \u00f4 M\u00e8re\u2009! piti\u00e9 pour tous ceux qui demandent mis\u00e9ricorde et secours.<\/p><p>La Sainte Vierge exhale partout les d\u00e9licieux parfums du ciel. Belle de la beaut\u00e9 de Dieu, elle est f\u00e9conde de la f\u00e9condit\u00e9 de Dieu. Sa splendeur incomparable extasie la vue en ravissant le coeur.<\/p><p>^ 8 septembre 1931 (mardi)<\/p><p>\u00ab\u2009Mon Dieu, je vous rends gr\u00e2ce de ce que vous avez r\u00e9v\u00e9l\u00e9 ces choses aux petits\u2009!\u2009\u00bb<\/p><p>\u00ab\u2009Vous g\u00e9mirez et vous verserez des larmes ; par moi, vos tristesses seront chang\u00e9es en joies.\u2009\u00bb<\/p><p>Dieu ne frappe jamais dans le vide, ni jamais en vain&#8230; toujours en p\u00e8re. Il se fait le plus tendre des p\u00e8res avec ceux qui se sont donn\u00e9s \u00e0 lui et s&rsquo;abandonnent par-dessus tout \u00e0 son adorable volont\u00e9, voie certaine d&rsquo;union et de sanctification.<\/p><p>Le coeur est l&rsquo;expression vivante et palpitante, le foyer de tous nos sentiments.<\/p><p>Le coeur est une harpe sensible, la main qui l&rsquo;effleure le fait aussit\u00f4t vibrer&#8230; plus souvent g\u00e9mir et souffrir.<\/p><p>Le coeur est un vase sacr\u00e9, l&rsquo;amour divin le fait souvent souffrir&#8230; toujours louer et b\u00e9nir.<\/p><p>Nouvelles croix morales et combien d\u00e9chirantes. Ne pas les laisser transpara\u00eetre pour pas qu&rsquo;on s&rsquo;en aper\u00e7oive&#8230; pour n&rsquo;attrister personne.<\/p><p>Ce n&rsquo;est pas pour \u00eatre consol\u00e9e, ni pour attirer l&rsquo;attention que je suis toute \u00e0 Dieu, ni m\u00eame pour recevoir d&rsquo;encouragement du c\u00f4t\u00e9 humain&#8230; N&rsquo;ai-je pas tout re\u00e7u en abondance dans ma derni\u00e8re communion\u2009? Que de gr\u00e2ces et de faveurs r\u00e9pandues dans mon \u00e2me ; j&rsquo;en suis comme inond\u00e9e, de ce bonheur trop grand, trop profond, et je me sens plus vaillante que jamais pour continuer, dans la plus pure union \u00e0 J\u00e9sus, sa grande \u0152uvre d&rsquo;amour.<\/p><p>Ne laisser le flot douloureux d\u00e9border que dans le Coeur du bon Ma\u00eetre, qui le conna\u00eet, en sait l&rsquo;invisible martyre. Tout pour l&rsquo;amour de Dieu\u2009! Tout par amour et dans l&rsquo;amour, en union \u00e0 Marie, M\u00e9diatrice compatissante.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, qui \u00eates la force des martyrs, soyez le courage et la consolation de toutes vos petites victimes.<\/p><p>C&rsquo;est J\u00e9sus qui apporte du ciel \u00e0 ses hosties souffrantes ce que personne ne saurait leur donner&#8230; lui qui les inonde de joies incomparables, qui les enrichit de forces morales merveilleuses quand tout devrait les porter \u00e0 d\u00e9faillir.<\/p><p>La souffrance est tout un monde de myst\u00e8re et de miracles&#8230; tout un ab\u00eeme de merveilles. Elle est expiatrice, sanctifiante et r\u00e9paratrice plus que tout. Elle est m\u00e9diatrice et r\u00e9demptrice, si nous savons bien l&rsquo;accepter, l&rsquo;aimer, l&rsquo;offrir \u00e0 Dieu pour nous, pour tous.<\/p><p>Il en est de certaines douleurs comme de certaines joies\u2009: elles ne se montrent, ne se r\u00e9v\u00e8lent qu&rsquo;\u00e0 J\u00e9sus&#8230; tout bas&#8230; et \u00e0 J\u00e9sus crucifi\u00e9 qui les \u00e9coute, voit ce qu&rsquo;elles contiennent d&rsquo;amour pour lui, de profit pour nous, d&rsquo;aide surnaturelle \u00e0 tous ceux qui se donnent, se d\u00e9vouent \u00e0 faire rayonner dans le monde \u00ab\u2009la paix du Christ dans le r\u00e8gne du Christ\u2009\u00bb.<\/p><p>N&rsquo;\u00eatre que clou\u00e9e sur la Croix n&rsquo;est pas assez&#8230; Il est mieux encore d&rsquo;\u00eatre crucifi\u00e9e avec J\u00e9sus dans le secret de son coeur, dans l&rsquo;intime de son \u00e2me. Souffrances de l&rsquo;\u00e2me, souffrances du coeur, souffrances du corps&#8230; rien ne manque chaque jour, le tr\u00e9sor est au complet. Quelles c\u00e9lestes richesses\u2009!<\/p><p>Une victime d&rsquo;amour doit sans cesse \u00eatre martyris\u00e9e dans son corps, frapp\u00e9e en plein coeur, transperc\u00e9e dans son \u00e2me.<\/p><p>C&rsquo;est si bon d&rsquo;\u00eatre une hostie d&rsquo;amour\u2009!<\/p><p>Laisser Dieu libre d&rsquo;agir en moi&#8230; me laisser faire par lui, par le prochain, par les \u00e9v\u00e9nements, en demeurant humble, confiante, ob\u00e9issante \u00e0 Dieu.<\/p><p>Laisser \u00e0 Dieu toute libert\u00e9 d&rsquo;action\u2009! Quelle d\u00e9livrance d&rsquo;inqui\u00e9tude\u2009! Quelle moisson de joies et d&rsquo;esp\u00e9rance\u2009! Oh, que l&rsquo;abandon \u00e0 l&rsquo;Amour est n\u00e9cessaire, f\u00e9cond, lumineux et saint\u2009!<\/p><p>Oh\u2009! que J\u00e9sus m&rsquo;a donc aim\u00e9e aujourd&rsquo;hui\u2009!&#8230; L&rsquo;\u00e9treinte a \u00e9t\u00e9 si forte, sanglante un peu m\u00eame. L&rsquo;Epoux pare sa petite victime de ses blessures d&rsquo;amour.<\/p><p>\u00d4 oui, oui, \u00f4 J\u00e9sus\u2009! Vos clous, je les veux dans mes mains, je les veux dans mes pieds\u2009; votre couronne d&rsquo;\u00e9pines, je la veux autour de mon front\u2009; votre fiel, je le veux dans ma bouche\u2009; votre lance, je la veux dans mon coeur\u2009! Vous \u00eates descendu de la Croix, c&rsquo;est pour que j&rsquo;y prenne votre place\u2009! Oui, Seigneur, je la veux votre Croix&#8230; vous me l&rsquo;avez donn\u00e9e en dot\u2009! Je la veux avec tous ses tr\u00e9sors\u2009!<\/p><p>Que je sois votre \u00e9pouse toute marqu\u00e9e des douleurs et de la puret\u00e9 de Marie. Qu&rsquo;y a-t-il que nous ne ferions pas, si nous savions nous donner \u00e0 J\u00e9sus, \u00e0 son amour crucifiant&#8230; si nous voulions nous p\u00e9n\u00e9trer de lui, ne faire qu&rsquo;un avec lui.<\/p><p>Quelle vocation nous est r\u00e9serv\u00e9e\u2009! Quelle noble mission s&rsquo;ouvre devant chaque \u00e2me, et qu&rsquo;elle se doit de r\u00e9aliser dans une profonde union \u00e0 Dieu\u2009!<\/p><p>Livrons-nous sans r\u00e9serve \u00e0 cette mission divine, non seulement en vue de nous pr\u00e9parer une \u00e9ternit\u00e9 bienheureuse, mais surtout pour que le Dieu qui nous a tant aim\u00e9s soit glorifi\u00e9 par nous et par beaucoup, beaucoup d&rsquo;autres \u00e2mes que nous l&rsquo;aurons aid\u00e9 \u00e0 sauver.<\/p><p>C&rsquo;est si bon, si bon immens\u00e9ment, de se donner \u00e0 Dieu et de tout lui donner aux intentions de la Sainte Eglise, du Souverain Pontife et en faveur des \u00e2mes&#8230; d&rsquo;\u00eatre son hostie de louange et d&rsquo;amour quand on est sa victime.<\/p><p>Fiat quand Dieu nous choisit&#8230; Fiat s&rsquo;il nous martyrise&#8230;. Fiat au sommet du Thabor&#8230; Fiat sur le chemin du Calvaire. Fiat dans les bras de la Croix&#8230; Fiat et merci, toujours.<\/p><p>\u00d4 Dieu vivant dans mon coeur, vous savez combien je vous aime.<\/p><p>^ 27 septembre 1931 (dimanche)<\/p><p>Mon Seigneur et mon Dieu\u2009! quelque douloureuse soit l&rsquo;\u00e9preuve envoy\u00e9e, la consolation refus\u00e9e, j&rsquo;ai confiance et je vous aime. Tout pour votre amour, \u00f4 mon Dieu\u2009!<\/p><p>La petite victime, immol\u00e9e par la main de l&rsquo;Amour, baise avec ivresse le bois de son sacrifice. Elle ne peut baiser la terre pour les p\u00e9cheurs&#8230; mais elle baise la Croix de son bien-aim\u00e9 J\u00e9sus.<\/p><p>Vous, Seigneur, en qui mon \u00e2me trouve tout son bonheur et sa joie, donnez-moi d&rsquo;\u00eatre toujours plus agr\u00e9able \u00e0 votre Coeur. Le flot d\u00e9solant continue sa course, mais les joies saintes et les gr\u00e2ces sont abondantes aussi.<\/p><p>Faisons toujours passer la mis\u00e9ricorde avant le sacrifice&#8230; la\u2009bont\u00e9 avant la p\u00e9nitence.<\/p><p>Nos plus pr\u00e9cieux instruments de p\u00e9nitence sont mis autour de nous, pr\u00e8s de nous, en nous, par les soins de la Providence. Enfants de l&rsquo;amour infini de Dieu, nous ne devrions jamais nous imposer un r\u00f4le, mais nous le laisser humblement imposer par lui.<\/p><p>L&rsquo;archange Gabriel, envoy\u00e9 \u00e0 Marie, ne lui dit point\u2009: Voulez-vous faire ceci, ou ainsi\u2009? mais\u2009: Par la vertu du Tr\u00e8s-Haut, vous concevrez un&#8230;, vous serez la M\u00e8re du Fils de Dieu. La mission vient du Ciel. La Vierge accepte, quelle qu&rsquo;en sera la suite. En P\u00e8re infiniment bon, Dieu a pr\u00e9par\u00e9 de toute \u00e9ternit\u00e9 une mission pour chaque \u00e2me. A nous de nous laisser prendre, de nous donner quand il nous appelle, et non de nous imposer.<\/p><p>L&rsquo;\u00e9preuve est un pr\u00e9sent du Ciel qui nous r\u00e9v\u00e8le ce que nous sommes et nous apprend comment devenir parfaits.<\/p><p>Tout progr\u00e8s moral na\u00eet de la pens\u00e9e, et toute vertu si\u00e8ge dans notre coeur, au sommet de notre conscience\u2009; c&rsquo;est pourquoi nous ne savons encore rien quand nous n&rsquo;avons pas souffert.<\/p><p>C&rsquo;est cette \u00e9cole de la souffrance qui rapproche de Dieu, qui facilite l&rsquo;intimit\u00e9 avec le Christ J\u00e9sus et qui emm\u00e8ne si loin \u00ab\u2009dans les profondeurs de la sagesse et de la science de Dieu\u2009\u00bb, qui faisait dire \u00e0 sainte Th\u00e9r\u00e8se de l&rsquo;Enfant-J\u00e9sus\u2009: \u00ab\u2009Je suis encore bien jeune, et cependant il me semble avoir l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;un vieillard.\u2009\u00bb<\/p><p>Oh\u2009! laisser toujours ignorer mes souffrances\u2009: qu&rsquo;elles restent un foyer cach\u00e9 semant des gr\u00e2ces et des joies c\u00e9lestes.<\/p><p>Il suffit souvent d&rsquo;une seule \u00e2me de foi pour la faire rayonner partout\u2009; d&rsquo;une seule \u00e2me de lumi\u00e8re pour dissiper bien des t\u00e9n\u00e8bres\u2009; d&rsquo;une seule \u00e2me de charit\u00e9 pour la voir d\u00e9border de toutes parts.<\/p><p>Heureuse l&rsquo;\u00e2me que la souffrance et l&rsquo;amour unissent \u00e0 J\u00e9sus crucifi\u00e9\u2009! Car, plus elle laisse le Christ-Hostie imprimer en elle sa douloureuse et silencieuse ressemblance, plus elle s&rsquo;unit \u00e0 son amour expiateur, r\u00e9parateur et r\u00e9dempteur dont il a tant soif, plus elle a de joie plein le coeur le long du chemin.<\/p><p>\u00d4 mon tendre Ami\u2009! laissez-moi vous aimer&#8230; laissez-moi vous consoler&#8230; laissez-moi vous donner.<\/p><p>Il faut m\u00e9riter les consolations du Bon Dieu, dit-on, sans lui demander de nous consoler.<\/p><p>Vous seul, \u00f4 mon Ma\u00eetre, m&rsquo;\u00eates une assez grande consolation pour que je n&rsquo;en d\u00e9sire aucune autre. Mon \u00e2me, malgr\u00e9 ses t\u00e9n\u00e8bres, est dans une paix \u00e9tonnante et dans le sentiment tr\u00e8s pr\u00e9cis de la pr\u00e9sence de Dieu. Je sais que toutes nos afflictions atteignent son Coeur, mais il est tr\u00e8s juste que nous ne comprenions pas toujours.<\/p><p>Que servirait la vie, si Dieu ne nous laissait pas la foi, et que vaudrait-elle sans la Croix\u2009?<\/p><p>Nos souffrances sont les messag\u00e8res des secrets de Dieu qui r\u00e9serve \u00e0 chaque \u00e2me des jours de bonheur, mais il veut un peu nous les laisser gagner, pour \u00eatre \u00e0 m\u00eame de pouvoir dire lorsqu&rsquo;ils seront venus\u2009: par mon abandon tout fait de confiance, d&rsquo;humilit\u00e9 et d&rsquo;amour, je me suis aid\u00e9 \u00e0 les gagner, \u00e0 en jouir.<\/p><p>\u00d4 M\u00e8re de la divine gr\u00e2ce, puissante Vierge Marie\u2009! je ne veux point avoir peur, non, pour rien. Si la temp\u00eate mugit, mena\u00e7ante, si la vague \u00e9cumante m&rsquo;aveugle et m&rsquo;arr\u00eate, si la douleur souffle en rafale, si l&rsquo;horizon se couvre de noirs nuages, j&rsquo;ai confiance&#8230; oui, quand m\u00eame et toujours.<\/p><p>N&rsquo;\u00eates-vous pas, \u00f4 bonne M\u00e8re, l&rsquo;Etoile d&rsquo;or qui brille dans les plus inqui\u00e9tants orages\u2009? Reine de paix, qui apaisez tout de votre voix harmonieuse\u2009?<\/p><p>Coeur Immacul\u00e9 de Marie, gardez-moi bien humble et bien pure\u2009!<\/p><p>^ 29 septembre 1931 (mardi)<\/p><p>Le dernier sourire de sainte Th\u00e9r\u00e8se<\/p><p>Pure comme les anges qui entourent sa couche,<\/p><p>La sainte va mourir&#8230; et va mourir d&rsquo;amour.<\/p><p>Un ineffable sourire a paru sur sa bouche,<\/p><p>Th\u00e9r\u00e8se va \u00eatre emport\u00e9e au bienheureux s\u00e9jour.<\/p><p>Elle souffre\u2009! oh combien\u2009!&#8230; mais la sainte all\u00e9gresse<\/p><p>Fait tressaillir son coeur par l&rsquo;amour consum\u00e9.<\/p><p>Elle sait que l&rsquo;heure approche, la charit\u00e9 la presse\u2009;<\/p><p>Elle va le voir enfin\u2009! J\u00e9sus, son bien-aim\u00e9\u2009!<\/p><p>Jaloux de sa beaut\u00e9, le Ciel nous la r\u00e9clame.<\/p><p>Un dernier trait de feu va l&rsquo;unir \u00e0 J\u00e9sus.<\/p><p>Elle sent passer en elle la ravissante flamme<\/p><p>\u2013 Le voici consomm\u00e9, son d\u00e9sir \u00e9perdu.<\/p><p>Sur un ordre d&rsquo;en-haut, les c\u00e9lestes phalanges<\/p><p>S&#8217;empressent autour d&rsquo;elle dans une joie extr\u00eame.<\/p><p>Elle voit leurs ailes d&rsquo;or, elle entend leurs louanges,<\/p><p>Dans un souffle, elle murmure\u2009: \u00f4 J\u00e9sus, je t&rsquo;aime.<\/p><p>Qui saura nous redire le langage sublime<\/p><p>Des anges, ravis, l&#8217;emportant dans les Cieux\u2009?<\/p><p>L&rsquo;insondable myst\u00e8re reste un profond ab\u00eeme.<\/p><p>\u2013 Ses vertus en ce jour se r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 nos yeux.<\/p><p>Elle ne parcourra plus, semant des sacrifices,<\/p><p>Les paisibles all\u00e9es du monial jardin.<\/p><p>\u00d4 promesses d&rsquo;amour\u2009! \u00d4 joyeuses d\u00e9lices\u2009!<\/p><p>Elle appara\u00eet bient\u00f4t, des roses dans la main.<\/p><p>Partout on l&rsquo;implore, partout on la contemple,<\/p><p>Elle se montre si bonne en ses gracieux attraits\u2009!<\/p><p>On la pare au logis, comme dans un beau temple.<\/p><p>Son coeur r\u00e9pand sur tous des gr\u00e2ces et des bienfaits.<\/p><p>Pr\u00e8s du divin Agneau tu r\u00e8gnes, radieuse,<\/p><p>Epouse aim\u00e9e de J\u00e9sus, au s\u00e9jour des mortels.<\/p><p>De ta splendeur, l&rsquo;Eglise est fi\u00e8re et glorieuse,<\/p><p>Et t&rsquo;\u00e9l\u00e8ve avec art de magnifiques autels.<\/p><p>Heureuse \u00e9lue du Ciel, notre douce esp\u00e9rance\u2009;<\/p><p>Garde en nos coeurs la foi, la confiance et l&rsquo;amour.<\/p><p>Fais donc aimer \u00e0 tous Dieu et puis la France<\/p><p>Nous t&rsquo;en supplions, \u00f4 Th\u00e9r\u00e8se, en ce jour\u2009!<\/p><p>^ 30 septembre 1931 (mercredi)<\/p><p>Sainte communion. L&rsquo;amour m&rsquo;enveloppe\u2009! Je me sens tout inond\u00e9e, envahie d&rsquo;amour. Mon \u00e2me est tout enti\u00e8re ensevelie, absorb\u00e9e dans cette immensit\u00e9 de flammes&#8230; Je me perds en Dieu.<\/p><p>A ma faim toujours avide, vous vous \u00eates donn\u00e9e comme une bien-aim\u00e9e nourriture, \u00f4 Manne divine.<\/p><p>A l&rsquo;ardente soif de mon coeur, vous vous \u00eates donn\u00e9e comme une eau de pur d\u00e9lice, \u00f4 Fontaine sacr\u00e9e.<\/p><p>A votre faim, \u00e0 votre soif ardente, \u00f4 mon grand Assoiff\u00e9 d&rsquo;amour, je me donne en breuvage, je m&rsquo;en fais l&rsquo;aliment. Aux flammes de votre pur amour&#8230; \u00e0 tous vos bons plaisirs&#8230; que j&rsquo;en sois la douce victime\u2009! Mon Dieu, \u00e0 vous je m&rsquo;offre en holocauste.<\/p><p>\u00d4 bonheur\u2009! je ne suis plus que la petite hostie des d\u00e9sirs de J\u00e9sus. Mon doux bien-aim\u00e9\u2009! vivez tout entier en votre petite hostie, afin qu&rsquo;elle vive enti\u00e8rement en vous. Fondez-la dans la fournaise de votre charit\u00e9. Elle est \u00e0 vous, elle est toute pour vous&#8230; qu&rsquo;elle soit votre consolation et votre joie incessante.<\/p><p>Elle veut que toutes les fois o\u00f9 vos divins regards s&rsquo;abaisseront d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment sur cette pauvre terre, vous trouviez toujours \u00e0 les reposer en elle pour oublier toutes vos douleurs, y gravant chaque fois plus profond\u00e9ment la beaut\u00e9 de votre face, y laissant plus vivante votre divine ressemblance, \u00f4 mon grand D\u00e9sol\u00e9\u2009!<\/p><p>Je ne sais plus rien demander avec ardeur, except\u00e9 l&rsquo;accomplissement parfait de la volont\u00e9 de Dieu sur mon \u00e2me, afin de me conduire de mani\u00e8re digne de lui, et lui plaire en toutes choses. Pour que de jour en jour, d&rsquo;ascension en ascension, je l&rsquo;aime toujours plus fort, je monte toujours plus vite et plus haut et m&rsquo;enfonce toujours plus profond dans son intimit\u00e9 adorable. Oui, mon Dieu, vous m&rsquo;avez prise pour vous tout enti\u00e8re, c&rsquo;est \u00e0 vous de me diriger.<\/p><p>Je ne sais plus que chanter les infinies bont\u00e9s de J\u00e9sus pour moi ; je ne veux plus que b\u00e9nir ses tendresses.<\/p><p>Tout mon d\u00e9sir est d&rsquo;aimer J\u00e9sus \u00e0 la folie. Oui, c&rsquo;est l&rsquo;amour seul qui m&rsquo;attire.<\/p><p>Oraison du soir. Quand donc, \u00f4 Dieu tout amour, me donnerez-vous la joie immense d&rsquo;une profonde communion d&rsquo;\u00e2me avec les chers miens, surtout avec mes parents aim\u00e9s\u2009? d&rsquo;une m\u00eame foi dans une vie tout orient\u00e9e vers vous pour eux comme pour moi\u2009?<\/p><p>Agr\u00e9ez, je vous en supplie, mes pri\u00e8res, mes nombreux sacrifices, \u00e0 cette intention\u2009: souffrir, offrir, donner pour arracher \u00e0 la divine mis\u00e9ricorde cette gr\u00e2ce tant d\u00e9sir\u00e9e. Je sais que l&rsquo;heure heureuse sonnera ni plus t\u00f4t, ni plus tard qu&rsquo;elle n&rsquo;est fix\u00e9e.<\/p><p>Fiat\u2009! les jours d&rsquo;attente sont des jours de gr\u00e2ces\u2009!<\/p><p>Mes efforts sont vains, mon action n&rsquo;est rien\u2009; je ne me fais aucune illusion \u00e0 ce sujet. Aussi ne sont-ils qu&rsquo;une aveugle esp\u00e9rance en Celui qui b\u00e9nit, transforme et sauve.<\/p><p>La pri\u00e8re et la souffrance sont la forme sup\u00e9rieure et f\u00e9conde de l&rsquo;action, seule activit\u00e9 disponible et possible \u00e0 ma profonde mis\u00e8re. Quel puissant apostolat peut exercer la souffrance, puisqu&rsquo;il n&rsquo;est vu et connu que de Dieu seul en faveur des \u00e2mes\u2009!<\/p><p>J&rsquo;abandonne \u00e0 Dieu les fruits de mes pri\u00e8res et souffrances pour la gloire de son Nom, pour l&rsquo;honneur de sa Passion, pour la confirmation de la foi et le triomphe de l&rsquo;Amour.<\/p><p>Pourquoi est-ce que le fardeau de ma croix, qui devrait rendre difficile mon ascension, impossible ma joie, m&rsquo;entra\u00eene au contraire plus que je ne la porte\u2009? Mais c&rsquo;est tout simplement parce que j&rsquo;aime ma petitesse et mon impuissance et que je pousse ma confiance jusqu&rsquo;aux limites extr\u00eames\u2009; alors la vertu du Christ habite en moi. Plus je suis faible, plus je sens que je suis forte\u2009! Mon \u00e2me est toute pleine de la volont\u00e9 de J\u00e9sus&#8230; Voil\u00e0 pourquoi je suis toujours dans une paix profonde.<\/p><p>Une \u00e2me ne s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve vraiment bien que par la croix, parce qu&rsquo;avec la croix on a toujours le Bon Dieu avec soi\u2009! Quel r\u00e9confort de communier sans cesse \u00e0 J\u00e9sus crucifi\u00e9\u2009!<\/p><p>Seigneur, daignez accorder la gr\u00e2ce d&rsquo;une conversion sinc\u00e8re aux chers \u00eatres dont je vous supplie de faire de vrais et profonds chr\u00e9tiens.<\/p><p>Quand le Seigneur choisit ce qui n&rsquo;est vraiment rien pour attirer et r\u00e9duire \u00e0 n\u00e9ant ce qui est, c&rsquo;est toujours dans la mesure o\u00f9 ce rien se compla\u00eet dans son abjection, dans les infirmit\u00e9s de sa chair, afin de le laisser, lui seul, d\u00e9ployer librement son infinie puissance&#8230; Rien de grand ne se fait sans une grande humilit\u00e9.<\/p><p>\u00ab\u2009Gloria in excelsis Deo\u2009!\u2009\u00bb<\/p><p>Aimer&#8230; r\u00e9parer&#8230; m&rsquo;oublier&#8230; me sanctifier, pour mourir pacifi\u00e9e.<\/p><p>Souffrir avec J\u00e9sus, toujours pr\u00e9sent dans mon \u00e2me par la gr\u00e2ce. Souffrir avec J\u00e9sus Hostie&#8230; n&rsquo;est vraiment pas souffrir. Ou plut\u00f4t, je suis contente de souffrir et je me r\u00e9jouis dans mes souffrances, parce que cela pla\u00eet au Bon Dieu.<\/p><p>\u00ab\u2009Je me glorifie maintenant dans les maux que je souffre, sachant que j&rsquo;ach\u00e8ve en moi ce qui manque \u00e0 la Passion du Christ pour son corps qui est l&rsquo;Eglise\u2009\u00bb&#8230; et pour ses membres qui sont les \u00e2mes.<\/p><p>^ 3 octobre 1931 (samedi)<\/p><p>Cette f\u00eate solennelle du saint Rosaire restera doublement grav\u00e9e dans mon coeur. Ne le restera-t-elle pas plus inoubliablement, plus profond\u00e9ment encore dans le coeur de ma bien aim\u00e9e Soeur Marie-Th\u00e9r\u00e8se\u2009? Ce jour b\u00e9ni, objet de ses immenses d\u00e9sirs, de ses pures ardeurs, des longs et pressants appels de son \u00e2me aimante et si bien donn\u00e9e, qui l&rsquo;aura faite la v\u00e9ritable \u00e9pouse du Seigneur J\u00e9sus\u2009!<\/p><p>Ce n&rsquo;est point sur la terre, ni avec des pens\u00e9es de la terre, qu&rsquo;elle a d\u00fb le vivre, mais uniquement avec le ciel et dans le ciel.<\/p><p>\u00ab\u2009C&rsquo;est parce que je t&rsquo;ai aim\u00e9e d&rsquo;un amour constant que je t&rsquo;ai choisie pour mon \u00e9pouse et que je me veux \u00e0 toi.\u2009\u00bb<\/p><p>Combien rempli d&rsquo;ivresse dut \u00eatre le moment de la mystique alliance, quand l&rsquo;Epoux divin, la b\u00e9nissant lui-m\u00eame de sa main royale, lui dit dans le secret\u2009: \u00ab\u2009Viens, \u00e9pouse du Christ, recevoir la couronne que ton Seigneur t&rsquo;a pr\u00e9par\u00e9e de toute \u00e9ternit\u00e9.\u2009\u00bb Puis, c&rsquo;est l&rsquo;enivrant baiser de l&rsquo;Epoux qui rayonne d&rsquo;all\u00e9gresse, \u00e0 sa bien-aim\u00e9e, c&rsquo;est celui aussi de la Sainte Vierge Marie qui, \u00e0 son tour, b\u00e9nit son enfant et la comble de ses gr\u00e2ces.<\/p><p>Donn\u00e9e \u00e0 J\u00e9sus par Marie, notre si tendre M\u00e8re\u2009! Quelle ineffable et surhumaine joie pour l&rsquo;\u00e2me favoris\u00e9e de ce doux privil\u00e8ge\u2009!<\/p><p>Elles ont eu leur pleine confirmation pour moi, ces paroles de la Sainte Ecriture\u2009: \u00ab\u2009Tout arrive au bien de ceux qui aiment Dieu.\u2009\u00bb Oh oui\u2009! on ne s&rsquo;aime bien que lorsqu&rsquo;on s&rsquo;aime en Dieu\u2009; et on ne peut jamais \u00eatre mieux unis qu&rsquo;en lui\u2009! Quel \u00e9tonnant et ravissant myst\u00e8re que la rencontre, le rendez-vous des \u00e2mes en Dieu\u2009!<\/p><p>Aurions-nous \u00e9t\u00e9 plus unies avec ma soeur Marie-Th\u00e9r\u00e8se, si j&rsquo;avais assist\u00e9 autrement que par l&rsquo;esprit et le coeur \u00e0 sa Profession\u2009? Oh non, et je suis s\u00fbre qu&rsquo;elle-m\u00eame a \u00e9prouv\u00e9 combien, par Lui, l&rsquo;union de nos \u00e2mes \u00e9tait plus r\u00e9elle. L&rsquo;union des \u00eatres qui s&rsquo;aiment dans le Christ n&rsquo;est jamais aussi profonde, aussi intime que lorsqu&rsquo;elle se fait dans l&rsquo;amour, sans m\u00e9lange de t\u00e9moignages naturels, ceux-ci g\u00eanant plut\u00f4t la v\u00e9ritable union qui a sa source dans le Coeur de J\u00e9sus.<\/p><p>Je ne nommerai point ici les nombreux pr\u00e9sents que j&rsquo;ai pri\u00e9 J\u00e9sus d&rsquo;offrir \u00e0 ma soeur aim\u00e9e, non, je ne les nommerai pas, ils resteront un bien d\u00e9licieux \u00e9change d&rsquo;amour entre le Coeur de J\u00e9sus et le coeur de son \u00e9pouse bien-aim\u00e9e.<\/p><p>J&rsquo;ai confiance qu&rsquo;en ce jour si beau, elle non plus ne m&rsquo;a pas oubli\u00e9e, et je sais que Notre-Seigneur ne refuse rien \u00e0 ses \u00e9pouses le jour de leur noce. Ma joie n&rsquo;est pas du tout \u00e9go\u00efste puisqu&rsquo;elle vient de l&rsquo;amour de J\u00e9sus, notre Ma\u00eetre ador\u00e9.<\/p><p>\u00d4 Dieu si infiniment bon\u2009! gardez ma soeur ch\u00e9rie bien longuement, tr\u00e8s souvent et toujours sur votre Coeur, et qu&rsquo;elle y trouve toujours repos, force, consolation, pl\u00e9nitude et&#8230; joie.<\/p><p>Pressez-la bien tendrement dans vos bras pour la remercier de toutes les pri\u00e8res, offrandes, sacrifices qu&rsquo;elle vous a offerts en vue de la sanctification de mon \u00e2me par l&rsquo;amour.<\/p><p>Ce matin, je trouvais long mon terrestre exil. Pourquoi\u2009?&#8230; Ce n&rsquo;est pas cependant que je d\u00e9sire et demande la fin de mes grandes souffrances, ni que je voudrais moins souffrir. Oh non\u2009! je ne le souhaite pas du tout, mais uniquement d&rsquo;\u00eatre bien amoureusement ob\u00e9issante \u00e0 toutes les volont\u00e9s divines.<\/p><p>Si cela fait plaisir au Bon Dieu, je consens volontiers \u00e0 voir ma vie de souffrances physiques et intimes se prolonger longtemps encore\u2009! C&rsquo;est en lui que je puise la force qui me fait l&rsquo;aimer toujours plus&#8230; et c&rsquo;est en lui que j&rsquo;esp\u00e8re. Je ne vois pas ce que j&rsquo;aurais de plus apr\u00e8s ma mort, que je ne poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0 maintenant&#8230; Au ciel, je verrai, je contemplerai le Bon Dieu face \u00e0 face, c&rsquo;est vrai, mais quant \u00e0 \u00eatre avec lui, j&rsquo;y suis pleinement sur la terre.<\/p><p>Oh\u2009! je ne suis pas du tout malheureuse\u2009! Le Bon Dieu me donne juste ce que je puis porter&#8230; Et des gr\u00e2ces toutes sp\u00e9ciales sont mesur\u00e9es \u00e0 mes besoins, puisque c&rsquo;est lui, le Bon Dieu, qui m&rsquo;a appel\u00e9e \u00e0 cette vie d&rsquo;amour par la souffrance que j&rsquo;aime de plus en plus. Il me donne donc tout ce qu&rsquo;il faut \u00e0 ma pauvret\u00e9 pour r\u00e9aliser ma belle vocation.<\/p><p>Il ne faut pas \u00eatre trop press\u00e9e de mourir pour m&rsquo;en aller au ciel, s&rsquo;il y a plus d&rsquo;amour pour mon Dieu et plus de charit\u00e9 pour les \u00e2mes \u00e0 demeurer sur la terre. L&rsquo;heure heureuse sonnera&#8230; un jour&#8230; peut-\u00eatre bient\u00f4t\u2009!&#8230; Mais je veux bien \u00eatre encore une hostie souffrante, et comme J\u00e9sus en croix laisser couler goutte \u00e0 goutte le sang de mon coeur.<\/p><p>Quand vous le voudrez, Seigneur, vous m&rsquo;appellerez et&#8230; je serai heureuse. Vous \u00eates mort sur la croix pour moi, je veux y vivre jusqu&rsquo;\u00e0 mon dernier soupir pour vous.<\/p><p>Au ciel, dit-on, nous ferons plus de bien qu&rsquo;ici-bas, c&rsquo;est tr\u00e8s probable. Au ciel, nous moissonnerons. Nos souffrances, nos m\u00e9rites, nos sacrifices cach\u00e9s auront alors atteint leur plein \u00e9panouissement, nous ferons aimer l&rsquo;Amour&#8230; mais ce ne sera toujours que dans la mesure o\u00f9 nous aurons obtenu, aim\u00e9 dans la douleur.<\/p><p>Tant que le Bon Dieu ne m&rsquo;appelle pas, c&rsquo;est qu&rsquo;il veut de moi encore quelque chose. C&rsquo;est vrai que sur la terre nous lui donnons, et qu&rsquo;au ciel nous ne faisons plus que r\u00e9pandre. Une seule \u00e2me qui prie, qui souffre, qui aime, qui s&rsquo;abandonne avec J\u00e9sus et comme J\u00e9sus pour satisfaire \u00e0 l&rsquo;Amour cr\u00e9ateur et r\u00e9dempteur, par l&rsquo;expiation, le renoncement, l&rsquo;immolation, console mille fois plus le Coeur du bon Ma\u00eetre que ne peuvent le d\u00e9chirer mille malheureux qui le m\u00e9prisent.<\/p><p>Que faut-il pour consoler et r\u00e9jouir le Seigneur\u2009? Des \u00e2mes aimantes et fid\u00e8les \u00e0 la gr\u00e2ce&#8230; des \u00e2mes g\u00e9n\u00e9reuses&#8230; des \u00e2mes sacerdotales. Ah\u2009! si nous savions tout ce que son Coeur aimant peut recueillir d&rsquo;amour dans un soupir de douleur, une souffrance cach\u00e9e, une privation qui co\u00fbte, un sacrifice joyeusement consenti, un sourire qui cache des larmes.<\/p><p>Chaque minute donn\u00e9e \u00e0 Dieu par amour est un pas vers la saintet\u00e9. Je le r\u00e9p\u00e8te, une once de souffrances vaut infiniment plus que toutes les richesses et tous les contentements du monde.<\/p><p>J&rsquo;aurais mille langues, que je n&rsquo;arriverais pas \u00e0 exprimer les bienfaits que la souffrance apporte \u00e0 l&rsquo;\u00e2me en laquelle Dieu agit librement. Ma vie de souffrances et de pur amour, ma vie de victime et d&rsquo;hostie de louange, je l&rsquo;offre \u00e0 Dieu pour tous, afin que tous soient un en lui, qu&rsquo;ils soient tous transform\u00e9s dans la lumi\u00e8re.<\/p><p>C&rsquo;est \u00e0 chaque instant que l&rsquo;ardent et v\u00e9h\u00e9ment d\u00e9sir de sauver les \u00e2mes, toutes les \u00e2mes, en aimant J\u00e9sus \u00e0 la folie, jaillit de mon coeur bless\u00e9 par la charit\u00e9.<\/p><p>Si, par impossible, la divine Justice me demandait de prolonger ma vie de souffrances du corps et de l&rsquo;\u00e2me jusqu&rsquo;\u00e0 la fin des temps, m\u00eame pour une seule \u00e2me, je sens que je n&rsquo;h\u00e9siterais pas \u00e0 dire joyeusement oui. Persuad\u00e9e que J\u00e9sus me continuera jusqu&rsquo;\u00e0 la fin son tout-puissant et bien-aim\u00e9 secours, si jusqu&rsquo;\u00e0 la fin je m&rsquo;abandonne avec une enti\u00e8re confiance \u00e0 son adorable amour, \u00e0 sa mis\u00e9ricorde infinie, sans avoir plus de m\u00e9rites que maintenant&#8230; Tout en moi est l&rsquo;oeuvre du Tr\u00e8s-Haut\u2009!<\/p><p>Oh\u2009! que le Bon Dieu me rend heureuse\u2009! Plus je me sens petite et incapable de rien, pour rien, plus il se pla\u00eet \u00e0 me combler de faveurs et de gr\u00e2ces \u00e9tonnantes. Loin de m&rsquo;en glorifier, je me r\u00e9jouis au contraire de ce que toutes ses gr\u00e2ces et faveurs vraiment miraculeuses augmentent encore la lumi\u00e8re sur mon n\u00e9ant, et ma reconnaissance envers Dieu si infiniment et si universellement riche. Et je le b\u00e9nis de se montrer pour moi si prodigue.<\/p><p>\u00ab\u2009Pour moi, le Christ est ma vie.\u2009\u00bb Mes yeux et mon coeur, tout mon \u00eatre est plein de lui, et un besoin me br\u00fble, me d\u00e9vore\u2009: le montrer.<\/p><p>H\u00e9las\u2009! ce n&rsquo;est pas vous tout entier, Seigneur, que je montrerai\u2009; ce n&rsquo;est qu&rsquo;un simple rayon de votre divinit\u00e9, une simple goutte de l&rsquo;Oc\u00e9an de votre vie, une simple \u00e9tincelle de la Fournaise de votre amour. Mais j&rsquo;esp\u00e8re que ce rayon fera aimer le Foyer dont je viens, que cette goutte fera aimer l&rsquo;Oc\u00e9an dont je sors, que cette \u00e9tincelle fera aimer le Brasier dont je suis. J&rsquo;ai confiance que l&rsquo;abandon de ma vie dans les mains de l&rsquo;amour et de la volont\u00e9 adorable de Dieu sera un jour pour tous un \u00ab\u2009Sursum corda\u2009\u00bb.<\/p><p>Je confie toutes choses \u00e0 ma M\u00e8re bien-aim\u00e9e, et je m&rsquo;abandonne enti\u00e8rement dans ses bras, afin qu&rsquo;elle m&rsquo;aide \u00e0 sanctifier et \u00e0 offrir \u00e0 Dieu chaque minute qu&rsquo;il me donne dans tout ce qu&rsquo;elle contient.<\/p><p>Et vous, mon p\u00e8re, au saint autel chaque matin, offrez, je vous prie, la toute petite hostie que je suis \u00e0 la grande et divine Hostie pour les \u00e2mes\u2009; afin qu&rsquo;avec J\u00e9sus, mais par J\u00e9sus et en d\u00e9pendance tr\u00e8s \u00e9troite avec J\u00e9sus, Dieu puisse tirer de sa petite hostie toute la louange et la gloire qu&rsquo;il en attend, et les \u00e2mes, toutes les gr\u00e2ces dont elles ont besoin. Placez-la toujours comme une lampe autour du calice, et m\u00ealez au sang r\u00e9dempteur et sanctificateur toutes les intentions et aussi les mis\u00e8res de votre humble enfant. Vous savez qu&rsquo;\u00e0 ce moment plus qu&rsquo;\u00e0 nul autre, nos \u00e2mes sont tr\u00e8s intimement unies, et que je me redonne tout enti\u00e8re par vos mains ou par les mains de la Tr\u00e8s Sainte Vierge, pour que vous fassiez et que bien d&rsquo;autres avec vous fassent beaucoup, beaucoup de bien.<\/p><p>Oui, mon p\u00e8re, j&rsquo;offre beaucoup de mes souffrances \u00e0 vos intentions\u2009! Au-del\u00e0 de l&rsquo;autel, je vous reste unie avec tout mon coeur, dans les Coeurs aimants de J\u00e9sus et Marie.<\/p><p>^ 7 octobre 1931 (mercredi)<\/p><p>Je chante l&rsquo;amour et la reconnaissance\u2009; j&rsquo;implore le pardon et la mis\u00e9ricorde\u2009!<\/p><p>Je surabonde de souffrances, mais je surabonde aussi de joie. Mon \u00e2me est si heureuse dans les douleurs qu&rsquo;elle se plaint toujours d&rsquo;en manquer.<\/p><p>Qui chemine dans la voie de la souffrance n&rsquo;a d&rsquo;autre d\u00e9sir que de se consacrer au service de Dieu avec un pur amour, et le pur amour augmente \u00e0 mesure que s&rsquo;accro\u00eet la vraie souffrance. La souffrance est fille de l&rsquo;amour ; elle en est aussi le plus pur t\u00e9moignage. Voil\u00e0 pourquoi l&rsquo;\u00e2me aimante se r\u00e9jouit de la souffrance et se trouve toujours indigne de souffrir.<\/p><p>On doit souvent penser et peut-\u00eatre m\u00eame croire, autour de moi, que je nage dans les consolations, tant je demeure calme et souriante, tant tout mon \u00eatre est vibrant d&rsquo;enthousiasme.<\/p><p>Il n&rsquo;en est pas toujours ainsi cependant. J\u00e9sus se cache quelquefois dans ce petit ciel de mon \u00e2me. A certains moments, il semble m\u00eame s&rsquo;en \u00eatre absent\u00e9 et je ne sais vraiment plus si je suis bien entre ses bras&#8230; Je n&rsquo;en suis s\u00fbre que par ma volont\u00e9 \u00e0 vouloir y demeurer toujours.<\/p><p>Ce sont des jours sans soleil, des nuits sans \u00e9toile, mais remplis de paix, de cette paix inalt\u00e9rable et divine qui extasie l&rsquo;\u00e2me et emparadise le coeur, qui rend pr\u00e9cieux et l\u00e9ger tout ce qui est p\u00e9nible et fait trouver suave et d\u00e9licieux ce qu&rsquo;il y a de plus amer.<\/p><p>\u00d4 profondeurs\u2009! ab\u00eeme insondable des terribles exigences de Dieu\u2009! Oui c&rsquo;est tr\u00e8s vrai, la voie la plus difficile est rendue facile par l&rsquo;abandon et l&rsquo;amour. Mais qu&rsquo;on ne s&rsquo;\u00e9tonne pas si l&rsquo;Amour a des exigences terribles, des douceurs \u00e9crasantes. \u00ab\u2009Je suis Celui qui suis&#8230;\u2009\u00bb \u00ab\u2009J&rsquo;\u00e9monde le sarment, m\u00eame lorsqu&rsquo;il porte du fruit, afin qu&rsquo;il en produise davantage.\u2009\u00bb<\/p><p>Que c&rsquo;est bon quand l&rsquo;\u00e2me agonise avec J\u00e9sus au noir Jardin de Geths\u00e9mani\u2009! Je ne demande donc pas la fin de cette \u00e9preuve. Je n&rsquo;aime et ne veux que cette nuit douloureuse si elle est la joie, le soulagement et la consolation de J\u00e9sus, tellement certaine qu&rsquo;il a fait et fera toujours plus ma volont\u00e9 (en fait surtout d&rsquo;amour pour lui et pour les \u00e2mes) en proportion de ce que je ferai la sienne, selon la parole de sainte Th\u00e9r\u00e8se de l&rsquo;Enfant-J\u00e9sus. Je parle souvent d&rsquo;elle. Elle est pour moi \u00ab\u2009une grande soeur\u2009\u00bb si intime, dont la doctrine toute d&rsquo;amour fut si bienfaisante \u00e0 mon \u00e2me \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des grandes t\u00e9n\u00e8bres et de la non moins grande solitude o\u00f9 je me trouvais. Sa vie, Histoire d&rsquo;une \u00c2me, ouverte quelquefois au hasard, me donnait des solutions pleines de lumi\u00e8re et d&rsquo;\u00e0-propos.<\/p><p>Toujours souffrir, sans demander des adoucissements ni la mort\u2009! Je b\u00e9nirais le Bon Dieu s&rsquo;il voulait me faire reprendre la vie ordinaire, comme je le b\u00e9nis de ce qu&rsquo;il fait maintenant.<\/p><p>J&rsquo;abandonne le pr\u00e9sent et l&rsquo;avenir \u00e0 sa mis\u00e9ricorde infinie, toujours toute d&rsquo;amour en chacune de nos \u00e2mes.<\/p><p>C&rsquo;est trop souvent parce qu&rsquo;ils pensent au pass\u00e9 et se pr\u00e9occupent de l&rsquo;avenir que beaucoup se d\u00e9couragent et se d\u00e9sesp\u00e8rent.<\/p><p>Tout par amour et dans l&rsquo;amour\u2009! Ma vie, c&rsquo;est l&rsquo;amour. Je\u2009ne sais plus qu&rsquo;une chose&#8230; vous aimer, \u00f4 Trinit\u00e9 bienheureuse, \u00f4 Unit\u00e9 de mon Dieu\u2009! \u00f4 mon J\u00e9sus\u2009! depuis si longtemps je ne m&rsquo;appartiens plus&#8230; je suis totalement livr\u00e9e \u00e0 son action pour faire et laisser faire en tout et pour tout le Bon Plaisir de Dieu. C&rsquo;est J\u00e9sus, lui seul, qui vit et agit en moi. Plus je lui deviens unie, plus aussi j&rsquo;aime passionn\u00e9ment les \u00e2mes, plus j&rsquo;en ai soif.<\/p><p>Les souffrances, les joies sont pour moi des occasions de m&rsquo;abandonner sans r\u00e9serve aucune aux puissants attraits de la gr\u00e2ce, d&rsquo;aimer \u00e9galement toutes les terribles exigences de l&rsquo;Amour, sans jamais les sacrifier, sans jamais y mettre d&rsquo;opposition et de r\u00e9sistance naturelle. Par moi-m\u00eame je ne puis&#8230; mais \u00ab\u2009je peux tout en Celui qui me fortifie \u00bb.<\/p><p>Les \u00e2mes qui veulent s&rsquo;engager r\u00e9solument dans la voie de l&rsquo;humble abandon doivent se montrer fid\u00e8le \u00e0 cet abandon actif, qui est une disposition h\u00e9ro\u00efque de suivre en tout J\u00e9sus Christ et d&rsquo;accomplir all\u00e8grement sous la puissance de sa charit\u00e9 toute oeuvre et toute perfection.<\/p><p>C&rsquo;est entrer, pour ainsi dire, dans les d\u00e9sirs, les puissances du Seigneur, c&rsquo;est se laisser prendre, c&rsquo;est se mettre \u00e0 la disposition de la souveraine volont\u00e9 de Dieu qui m\u00e8ne sans obstacles jusqu&rsquo;aux sommets de la Montagne de l&rsquo;Amour.<\/p><p>Le divin Ma\u00eetre nous r\u00e9p\u00e8te\u2009: \u00ab\u2009Apprenez de moi&#8230;\u2009\u00bb Quoi donc\u2009? A cr\u00e9er des mondes, dit saint Augustin, \u00e0 faire des miracles\u2009?&#8230; Simplement \u00ab\u2009\u00e0 \u00eatre doux et humbles de coeur&#8230;\u2009\u00bb De coeur&#8230; c&rsquo;est-\u00e0-dire non sur les l\u00e8vres, mais au fond, au coeur de vous-m\u00eames. Avec quelle douce joie j&rsquo;ai remis \u00e0 J\u00e9sus toute ma volont\u00e9&#8230; et je priais le P\u00e8re de s&#8217;emparer de toutes mes facult\u00e9s intimes et naturelles pour m&rsquo;\u00e9tablir d\u00e9finitivement en lui, sans que rien ne puisse jamais troubler ma paix et me faire sortir de lui, mon unique Bien. De telle sorte que je ne fasse plus jamais d&rsquo;actions humaines et personnelles, mais des oeuvres toutes divines, inspir\u00e9es et dirig\u00e9es par l&rsquo;Esprit d&rsquo;amour\u2009; ce qui, pour moi, signifie ne plus agir par moi-m\u00eame, mais dans la soumission parfaite aux influences de l&rsquo;Esprit Saint, aux mouvements de la gr\u00e2ce, en demeurant toujours sous l&#8217;empire de Dieu.<\/p><p>On n&rsquo;est consum\u00e9 par l&rsquo;Amour qu&rsquo;autant qu&rsquo;on est donn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Amour. Mon Dieu, je vous aime\u2009! Je suis v\u00f4tre\u2009! Mon coeur est v\u00f4tre\u2009! Je suis toute v\u00f4tre\u2009! Oh\u2009! faites que je vous aime, que je vous aime par votre amour et par l&rsquo;amour de Marie, ma Maman bien-aim\u00e9e.<\/p><p>^ 9 octobre 1931 (vendredi)<\/p><p>Oui, le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses\u2009! Et la plus grande de toutes, c&rsquo;est de m&rsquo;avoir montr\u00e9 \u00e0 nu ma petitesse, mon n\u00e9ant en toutes choses.<\/p><p>Ah\u2009! que je b\u00e9nis le Seigneur de m&rsquo;avoir fait l&rsquo;immense gr\u00e2ce de ne pas m&rsquo;amuser \u00e0 cueillir sur ma route les fleurs enchanteresses des douceurs et des consolations sensibles, mais d&rsquo;avancer, d\u00e9bordante de confiance et d&rsquo;amour, dans le droit sentier des renoncements, o\u00f9 les roses odorantes sont toujours enrichies de longues \u00e9pines.<\/p><p>Un bonheur n&rsquo;est du reste jamais sans \u00e9pines, si beau que s&rsquo;ouvre le chemin. \u00ab\u2009Combien est \u00e9troite la porte et resserr\u00e9e la voie qui conduit \u00e0 la Vie, et combien peu la trouvent.\u2009\u00bb Mais le \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb dit au devoir, ce qui veut dire \u00e0 Dieu, devient toujours et tr\u00e8s vite, quand on y pers\u00e9v\u00e8re, un \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb limpide et joyeux, un \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb lumineux et plein d&rsquo;id\u00e9al.<\/p><p>Tout le ciel n&rsquo;est-il pas d\u00e9j\u00e0 dans le \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb d&rsquo;un coeur plein d&rsquo;amour\u2009? Tout l&rsquo;enfer n&rsquo;est-il pas d&rsquo;avance dans le \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb d&rsquo;un coeur vide d&rsquo;amour\u2009?<\/p><p>Saint Paul commente\u2009: \u00ab\u2009Ceux qui sont \u00e0 J\u00e9sus Christ ont crucifi\u00e9 la chair avec ses convoitises&#8230;\u2009\u00bb<\/p><p>\u00ab\u2009Ne vous laissez pas s\u00e9duire par ce qui est \u00e9lev\u00e9, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble\u2009!&#8230;\u2009\u00bb Se laisser attirer\u2009!&#8230; que c&rsquo;est bon et que c&rsquo;est beau\u2009! \u00ab\u2009Plus tu es humble, sois humble en toutes choses, et tu trouveras gr\u00e2ce devant Dieu.\u2009\u00bb Car Dieu r\u00e9siste aux superbes, mais il donne sa gr\u00e2ce aux humbles.<\/p><p>Les gr\u00e2ces de la s\u00e9duction divine sont donn\u00e9es aux humbles et \u00e0 ceux qui ont cette inclination \u00e0 l&rsquo;humilit\u00e9.<\/p><p>S&rsquo;humilier devant Dieu volontairement, \u00ab\u2009qui veut que nulle chair ne se glorifie en sa pr\u00e9sence\u2009\u00bb\u2009; accepter avec joie \u2013 ou tout au moins avec un calme profond \u2013 surtout l&rsquo;humiliation subie, c&rsquo;est souvent un moyen qui permet d&rsquo;avancer \u00e0 grands pas dans la vertu d&rsquo;humilit\u00e9.<\/p><p>Toutes les volont\u00e9s de Dieu sur nous sont toutes des volont\u00e9s d&rsquo;amour. Que n&rsquo;avons-nous que nous n&rsquo;ayons re\u00e7u, et, puisque nous l&rsquo;avons re\u00e7u, pourquoi nous en glorifier comme si nous ne l&rsquo;avions pas re\u00e7u\u2009?<\/p><p>Ces pens\u00e9es profondes et personnelles, ces flammes de l&rsquo;intelligence, ces ardents d\u00e9sirs du coeur auxquels nous nous attachons quelquefois, sont des richesses d&#8217;emprunt, des tr\u00e9sors mis \u00e0 notre disposition et demeurent les tr\u00e9sors du Bon Dieu. Saint Paul nous assure que nous ne pouvons m\u00eame pas, sans le secours du Saint-Esprit, donner \u00e0 Dieu le doux nom de P\u00e8re.<\/p><p>Mon choix est fait depuis longtemps, je sais o\u00f9 m&rsquo;attire l&rsquo;amour&#8230; Ce n&rsquo;est pas \u00e0 la premi\u00e8re place, mais \u00e0 la toute derni\u00e8re que je m&rsquo;\u00e9lance. Je laisse le pharisien s&rsquo;enorgueillir et je r\u00e9p\u00e8te, le coeur rempli de confiance, l&rsquo;humble pri\u00e8re du pauvre, du cher, du touchant publicain.<\/p><p>C&rsquo;est par cet aveu de notre grande mis\u00e8re que notre justification commence ; c&rsquo;est aussi par o\u00f9 se consomme la vraie saintet\u00e9 pour nous. Je n&rsquo;ai rien que je n&rsquo;aie re\u00e7u. Tout ce qui peut y avoir de bon en moi, c&rsquo;est ce qu&rsquo;y a mis mon bien-aim\u00e9 J\u00e9sus, autrement je serais comme le petit enfant qui a peur dans le noir, qui fr\u00e9mit sous les coups r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de la souffrance, et comme c&rsquo;est quelquefois la douleur qui m&rsquo;entoure et que c&rsquo;est de plus en plus par la voie douloureuse que J\u00e9sus me conduit&#8230; chemin que j&rsquo;aime, parce qu&rsquo;il l&rsquo;a choisi pour lui et qu&rsquo;il a mis en mon \u00e2me tout l&rsquo;amour, toute la folle passion pour l&rsquo;y suivre, et qu&rsquo;il me donne toute l&rsquo;ardeur qu&rsquo;il me faut pour r\u00e9aliser cette sublime vocation.<\/p><p>Mais, avec J\u00e9sus, s&rsquo;humilier, c&rsquo;est monter\u2009! \u00ab\u2009Qui s&rsquo;abaisse, sera exalt\u00e9 au jour de ma visite.\u2009\u00bb Mais cette voie parfaite d\u00e8s le commencement a des degr\u00e9s, des mesures diff\u00e9rentes. \u00ab\u2009Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon P\u00e8re.\u2009\u00bb Etre dans la maison du P\u00e8re, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 beaucoup. Cependant, les \u00e9tages y sont diff\u00e9rents, et jusqu&rsquo;\u00e0 la fin il y a pour tous et toujours des ascensions possibles. Car l&rsquo;amour est un ab\u00eeme infini qui n&rsquo;a son plein d\u00e9ploiement qu&rsquo;aux cieux.<\/p><p>\u00ab\u2009Sursum corda\u2009!\u2009\u00bb Monter toujours, les yeux fix\u00e9s tout en haut, l&rsquo;\u00e2me d\u00e9gag\u00e9e de tout, avec l&rsquo;ardent et unique d\u00e9sir d&rsquo;aimer toujours plus. Monter plus haut toujours, dans l&rsquo;ab\u00eeme de feu, dans les chastes embrassements de l&rsquo;Amour, dans cet Infini unique et vivant qui, de plus en plus irr\u00e9sistiblement, m&rsquo;attire&#8230; Aussi loin, aussi avant que Dieu m&rsquo;en fait la gr\u00e2ce.<\/p><p>J&rsquo;aime\u2009! J&rsquo;ai soif d&rsquo;aimer\u2009! Je veille, je prie, et au milieu de l&rsquo;ivresse, quand les d\u00e9lices m&rsquo;inondent, j&rsquo;ai soif de la saintet\u00e9, de la puret\u00e9, de la souffrance. Je les veux, je les appelle \u00ab\u2009virginum martyrum\u2009\u00bb, et ce volontaire d\u00e9sir qui ne d\u00e9faille jamais m&rsquo;entra\u00eene \u00e0 l&rsquo;amour, \u00e0 toujours plus d&rsquo;amour.<\/p><p>\u00d4 myst\u00e8re, myst\u00e8re, mais puissante r\u00e9alit\u00e9&#8230; Je sais, je sais que je suis faite pour Dieu, et que nous sommes tous faits pour l&rsquo;aimer et le conna\u00eetre dans notre mesure, et que le Christ J\u00e9sus est l&rsquo;Epoux qui veut notre amour. Et je lui donne le mien avec une ardeur, une tendresse, un d\u00e9sir sans mesure.<\/p><p>Le divin, le surnaturel est ma vie plus que l&rsquo;air que je respire. Conduite, attir\u00e9e par Dieu, mon \u00e2me s&rsquo;y plonge sans fin&#8230; s&rsquo;en arracher lui devient un v\u00e9ritable tourment.<\/p><p>Toute \u00e0 Dieu pour l&rsquo;aimer&#8230; lui et toutes les \u00e2mes\u2009: celles des pauvres et des humbles, des \u00e9gar\u00e9s et des incroyants.<\/p><p>C&rsquo;est en nous d\u00e9vouant pour les \u00e2mes que nous satisfaisons un peu \u00e0 notre dette d&rsquo;amour envers lui.<\/p><p>Il m&rsquo;arrive encore bien des faiblesses. Je ne me mets pas toujours aussi promptement que je le voudrais au-dessus des riens de la terre&#8230; Alors je rentre en moi-m\u00eame et l\u00e0, je me dis \u00e0 la lumi\u00e8re c\u00e9leste\u2009: H\u00e9las\u2009! j&rsquo;en suis donc au premier point comme autrefois&#8230; Je ne sais donc rien faire dans la vraie perfection que Dieu demande. \u00d4 mon \u00e2me, quelle confusion\u2009! Je n&rsquo;ai donc aucune vertu\u2009? Mais je me dis cela sans tristesse, sans d\u00e9couragement.<\/p><p>C&rsquo;est si doux de sentir \u00e0 fond sa faiblesse, de ne se faire forte et tr\u00e8s forte que de Dieu, de ne compter que sur lui, l&rsquo;\u00e9ternelle Justice, mais non moins l&rsquo;\u00e9ternelle Bont\u00e9.<\/p><p>Toute ma grandeur est d&rsquo;aimer saintement, passionn\u00e9ment, immens\u00e9ment le Bon Dieu. Mon coeur est de plus en plus affam\u00e9 de cette volont\u00e9. Si mon \u00eatre n&rsquo;\u00e9tait pas ainsi envahi, rempli \u00e0 l&rsquo;avance des d\u00e9sirs de Dieu, s&rsquo;il fallait qu&rsquo;il le f\u00fbt par les sentiments de joie ou de tristesse qui se succ\u00e8dent si vite dans notre vie, ce serait un fleuve de douleurs bien amer. Ces alternatives, si elles effleurent mon \u00e2me, ne font que la toucher fugitivement\u2009! C&rsquo;est pourquoi je suis toujours dans la paix&#8230; et quelle paix\u2009! Souffrir fait ma joie. Pourquoi, me dit-on bien souvent\u2009? Mais tout simplement parce que c&rsquo;est la joie de Dieu.<\/p><p>Ne lui avais-je pas demand\u00e9 autrefois, s&rsquo;il ne voulait pas me gu\u00e9rir, de ne pas me laisser un moment sans souffrances physiques, sans tortures morales&#8230; la demande est surpass\u00e9e.<\/p><p>Qu&rsquo;on ne se fasse pas de peine pour moi\u2009: je suis comme ressuscit\u00e9e par l&rsquo;amour. J&rsquo;en suis venue \u00e0 ne pouvoir m\u00eame plus souffrir, parce que toute souffrance m&rsquo;est douce\u2009; tellement que, souvent, je ne sais m\u00eame plus si je suis encore sur la terre ou si je suis dans le ciel.<\/p><p>Des jours comme aujourd&rsquo;hui, le ciel ne me semble pas loin du tout, et je ne sais m\u00eame plus si j&rsquo;en veux. Ceci est de peu d&rsquo;importance et se r\u00e9sume par plus d&rsquo;amour.<\/p><p>Avec J\u00e9sus que j&rsquo;aime et qui m&rsquo;aime, \u00ab\u2009je puis tout\u2009\u00bb&#8230; Oui, je puis tout ce que r\u00e9clame, ce qu&rsquo;exige sa tr\u00e8s sainte Volont\u00e9. Le petit J\u00e9sus se montre peu \u00e0 mon \u00e2me\u2009; le Christ J\u00e9sus, dans toute sa pl\u00e9nitude. C&rsquo;est tout \u00e0 fait sur le Coeur perfor\u00e9 du Christ que je me repose, je me sens comme participante au sacrifice du Christ. Souvent je l&rsquo;appelle. L&rsquo;union est d&rsquo;autant plus profonde et go\u00fbt\u00e9e que sa vie en moi est plus libre, plus enti\u00e8re. Dieu en nous\u2009! Quelle splendide merveille\u2009!&#8230; Vivre avec Dieu la vie m\u00eame de Dieu&#8230; plus grand myst\u00e8re, et si \u00e9tonnamment v\u00e9ritable que souvent, par exc\u00e8s de joie, je suis tir\u00e9e hors de moi-m\u00eame, haletante, vibrante d&rsquo;all\u00e9gresse et d&rsquo;amour.<\/p><p>C&rsquo;est la vie du ciel d\u00e9j\u00e0 go\u00fbt\u00e9e en ce monde\u2009! Aussi, le mot \u00ab\u00a0bonheur\u00a0\u00bb \u00e0 propos de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 ne me rend rien.<\/p><p>Qu&rsquo;il soit toujours plus vivant, plus Ma\u00eetre en moi, ce Dieu humble et doux de Coeur qui a voulu se laisser supplicier sur la croix pour mon \u00e2me.<\/p><p>Bont\u00e9, Beaut\u00e9 supr\u00eame\u2009! je vous aime\u2009; faites que rien de moi ne soit pas \u00e0 vous&#8230; rendez mon amour toujours plus amour\u2009!&#8230;<\/p><p>C&rsquo;est en Dieu que tous les probl\u00e8mes se solutionnent, que tous les obstacles s&rsquo;affranchissent, que tous les horizons s&rsquo;illuminent, que toutes t\u00e9n\u00e8bres se font jour&#8230; je viens encore d&rsquo;en avoir une profonde certitude. Quelle paix\u2009! Quel charme immense go\u00fbte l&rsquo;\u00e2me qui se tait et \u00e9coute la voix de J\u00e9sus terrible et doux qui pr\u00e9vient, conseille, avertit&#8230; la voix imp\u00e9rieuse qui r\u00e9p\u00e8te\u2009: \u00ab\u2009Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas.\u2009\u00bb La voix bien-aim\u00e9e qui murmure en secret\u2009: \u00ab\u2009N&rsquo;amassez pas de tr\u00e9sors sur la terre, confiez-les au ciel o\u00f9 ni le ver (c&rsquo;est-\u00e0-dire le p\u00e9ch\u00e9) ni la rouille (c&rsquo;est-\u00e0-dire le remords) n&rsquo;y auront prise.\u2009\u00bb<\/p><p>Ce n&rsquo;est pas que je m&rsquo;applique \u00e0 me faire un tr\u00e9sor dans le ciel\u2009; mon tr\u00e9sor \u00e0 moi, c&rsquo;est l&rsquo;amour. J&rsquo;abandonne \u00e0 Dieu toutes choses \u00e0 mesure, ou plut\u00f4t je le supplie de vouloir tout accepter et de disposer de tout selon son Coeur et selon les d\u00e9sirs de la Sainte Vierge, cette tendre M\u00e8re \u00e0 qui je confie toutes choses.<\/p><p>Ma vie est un r\u00e9sum\u00e9\u2009: amour et souffrances&#8230; recevoir et r\u00e9pandre.<\/p><p>Tout pour l&rsquo;amour de Dieu\u2009!<\/p><p>\u00d4 M\u00e8re bien-aim\u00e9e, j&rsquo;ai confiance, j&rsquo;esp\u00e8re en vous\u2009!<\/p><p>^ 11 octobre 1931 (dimanche)<\/p><p>Sainte communion. \u00d4 Puissance infinie\u2009! \u00d4 Sagesse\u2009! \u00d4\u2009Cl\u00e9mence\u2009! Voici mon Dieu qui vient \u00e0 moi en cette belle matin\u00e9e d&rsquo;automne.<\/p><p>J&rsquo;en reste \u00e9mue et confondue\u2009! Comment ne pas \u00eatre toute vibrante et remu\u00e9e par tant de confiance, \u00e9cras\u00e9e par tant d&rsquo;amour\u2009?<\/p><p>Si je consid\u00e8re l&rsquo;immensit\u00e9 de ma mis\u00e8re, je suis toute boulevers\u00e9e et an\u00e9antie\u2009! Mais si j&rsquo;interroge mon coeur tout br\u00fblant de d\u00e9sirs, si j&rsquo;\u00e9coute les cris, les tendres appels de mon \u00e2me \u00e9perdue de joie, je tressaille d&rsquo;amour et d&rsquo;all\u00e9gresse sous l&rsquo;influence de l&rsquo;Esprit Saint. \u00ab\u2009Jesu-Hostia\u2009\u00bb. Je sens comme une vague br\u00fblante qui envahit tout mon \u00eatre&#8230; c&rsquo;est la douce pr\u00e9sence de mon Dieu, plus sensible que jamais&#8230; c&rsquo;est sa voix bien-aim\u00e9e qui enivre mon \u00e2me de joie&#8230; c&rsquo;est la ch\u00e8re intimit\u00e9 dans l&rsquo;union et l&rsquo;amour&#8230; c&rsquo;est le d\u00e9licieux myst\u00e8re qui me plonge dans une profonde et longue extase.<\/p><p>Je suis si pauvre, \u00f4 grand Dieu, que je n&rsquo;ai rien moi-m\u00eame \u00e0 vous offrir qui soit digne de vous \u00eatre offert, en retour de ce grand don de votre amour. Mais je poss\u00e8de en moi un tr\u00e9sor infini, et ce tr\u00e9sor unique et divin, \u00f4 P\u00e8re mis\u00e9ricordieux et bon, je vous l&rsquo;offre tout entier pour mes besoins personnels et intentionnels, pour toutes les \u00e2mes qui sont plus intimement unies \u00e0 la mienne, et pour toutes les \u00e2mes de l&rsquo;univers. Et comme les fruits d&rsquo;une communion sont in\u00e9puisables, en vertu des m\u00e9rites infinis de J\u00e9sus Christ, l&rsquo;Amour r\u00e9dempteur, et dont [sic] je puis disposer \u00e0 loisir, je vous l&rsquo;offre en faveur de l&rsquo;Eglise militante, pour tous les besoins de l&rsquo;Eglise souffrante, et pour la gloire de l&rsquo;Eglise triomphante.<\/p><p>\u00d4 P\u00e8re, accordez-moi, je vous en supplie, toutes les gr\u00e2ces que vous savez m&rsquo;\u00eatre n\u00e9cessaires pour me trouver chaque jour au degr\u00e9 d&rsquo;amour et d&rsquo;humilit\u00e9 o\u00f9 vous me voulez, et o\u00f9 vous voulez ceux que j&rsquo;aime. Je vous abandonne mes intentions les plus ch\u00e8res et les d\u00e9pose au pied de votre Tr\u00f4ne de gloire, vous demandant pour nous tous, avant toutes choses, l&rsquo;amour de nos devoirs et l&rsquo;abandon filial \u00e0 votre adorable volont\u00e9. Daignez accueillir, je vous prie, mes faibles actions de gr\u00e2ces avec mes demandes, unies \u00e0 celles de mon bien-aim\u00e9 J\u00e9sus et de ma M\u00e8re ch\u00e9rie.<\/p><p>\u00d4 P\u00e8re souverainement aimable, ne regardez plus maintenant votre pauvre petite enfant qu&rsquo;en Marie, la M\u00e8re de la divine gr\u00e2ce, par laquelle vous la voyez sans cesse unie \u00e0 J\u00e9sus-Victime, J\u00e9sus-Hostie. Ah\u2009! je voudrais tellement montrer \u00e0 tous le Christ plein d&rsquo;amour et de mis\u00e9ricorde, pour les attirer \u00e0 Dieu. Je voudrais voir tous les peuples abjurer l&rsquo;erreur et venir s&rsquo;agenouiller au pied de J\u00e9sus-Eucharistie, l&rsquo;aimer comme je l&rsquo;aime.<\/p><p>Qu&rsquo;il est doux de contempler cette vivante Hostie, en laquelle chacun peut trouver le secours et les gr\u00e2ces dont il a besoin pour honorer et glorifier Dieu.<\/p><p>Je veux demeurer moi-m\u00eame tout ensevelie en lui, afin que J\u00e9sus, et J\u00e9sus tout seul, vive \u00e0 tout jamais en moi, et que Dieu puisse toujours faire en la petite victime et hostie que je suis, son unique bon plaisir.<\/p><p>On ne peut aimer sans br\u00fbler de la soif de faire aimer l&rsquo;Amour. \u00d4 mon Roi ador\u00e9\u2009! vous, mon Tr\u00e9sor et mon Tout\u2009! vous, les d\u00e9lices et la Vie des \u00e2mes qui vous aiment, donnez-vous, demeurez en moi toujours, pour que je vous montre, pour que je vous donne \u00e0 tous.<\/p><p>Les plus \u00e9paisses t\u00e9n\u00e8bres se transforment vite en un splendide plein midi, quand J\u00e9sus-Hostie vient prendre possession de mon coeur.<\/p><p>Quel m\u00e9lodieux chant d&rsquo;amour quand mon coeur, tout rempli de la divine pr\u00e9sence, jouit pleinement des suaves douceurs de l&rsquo;amour qui effacent toutes les autres.<\/p><p>Quelle d\u00e9licieuse rencontre\u2009! Quelle ineffable union\u2009! Les battements de mon coeur ne sont &lt; plus ? &gt;, les enivrantes joies de mon \u00e2me en d\u00e9lire sont toutes une m\u00eame harmonie avec l&rsquo;\u00c2me et le Coeur de l&rsquo;H\u00f4te ador\u00e9. J&rsquo;ai le sentiment que se reproduit de plus en plus vive en moi la ressemblance du Christ, que se refl\u00e8te aussi plus pure, plus magnifique, l&rsquo;immensit\u00e9 de Dieu. Chaque communion est une transformation.<\/p><p>Quelle intime ivresse pour la petite \u00e2me emport\u00e9e dans l&rsquo;Infini, vivant au sein de l&rsquo;ab\u00eeme de feu, de pouvoir aimer, chanter, adorer, se r\u00e9jouir des merveilles admirables que Dieu op\u00e8re dans les \u00eatres, dans les \u00e2mes, dans le monde de la nature, sur toute la terre et dans le ciel. Mais ce n&rsquo;est pas avec des mots qu&rsquo;on peut parler des richesses de Dieu, ni avec un pinceau qu&rsquo;on peut peindre son \u00e9clatante beaut\u00e9.<\/p><p>Cette communion a \u00e9t\u00e9 \u00e0 mon \u00e2me un bonheur n\u00e9 dans une \u00e9poque fertile en douleurs, en tourments de toutes mani\u00e8res.<\/p><p>Qui a go\u00fbt\u00e9 aux intimes douceurs de l&rsquo;amour de Dieu, ne saurait vivre sans continuelles souffrances tant qu&rsquo;il ne jouira pas des \u00e9ternels embrassements de l&rsquo;Amour, du face \u00e0 face tant d\u00e9sir\u00e9 o\u00f9 la tendre &lt;\u2009union\u2009?\u2009&gt; ne conna\u00eet plus de borne. Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce bonheur de souffrir, toutes les joies, tous les contentements sont des illusions. A Dieu la gloire de m&rsquo;ensevelir et de si bien me faire dispara\u00eetre en lui. Heureuse exp\u00e9rience que je fais chaque jour.<\/p><p>A Dieu la gloire de m&rsquo;avoir si douloureusement fait souffrir son absence&#8230; surtout cette nuit pass\u00e9e. A partir de minuit et longtemps dans la nuit, souffrances mortelles, aridit\u00e9 compl\u00e8te, violents assauts de Satan&#8230; je glissais dans la d\u00e9solation. Pass\u00e9, pr\u00e9sent\u2009: tout me paraissait du temps perdu.<\/p><p>Aucune protection, impossibilit\u00e9 m\u00eame d&rsquo;appeler. Quel effrayant vacarme de la part des d\u00e9mons. L&rsquo;un d&rsquo;eux, d&rsquo;un aspect horrible, me criait d&rsquo;une voix \u00e9pouvantable\u2009: \u00ab\u2009Maudite que tu es, laisse tout ou tu me le payeras cher\u2009!\u2009\u00bb Je tremblais de tous mes membres sans pouvoir appeler \u00e0 mon aide. Au bout d&rsquo;un moment qui me parut une \u00e9ternit\u00e9, j&rsquo;invoquais J\u00e9sus et Marie, murmurant du fond du coeur\u2009: \u00ab\u2009Seigneur mon Dieu, \u00f4 ma bonne M\u00e8re, en vous j&rsquo;esp\u00e8re, en vous j&rsquo;ai mis toute ma confiance, avec votre gr\u00e2ce je ne crains rien.\u2009\u00bb Puis, pronon\u00e7ant les paroles du signe de croix, je protestais ne vouloir rien d&rsquo;autre que la sainte volont\u00e9 de Dieu. Alors le Tentateur disparut.<\/p><p>N&rsquo;est-ce point l\u00e0 encore une merveille de la grande bont\u00e9 de Dieu pour mon \u00e2me\u2009? Il a voulu me montrer jusqu&rsquo;o\u00f9 irait ma d\u00e9tresse s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait \u00ab\u2009mon tout\u2009\u00bb incessamment&#8230; Mais c&rsquo;est surtout, peut-\u00eatre, afin de mieux me faire jouir de l&rsquo;immense bienfait de sa visite qui laisse mon \u00e2me dans la lumi\u00e8re\u2009: je n&rsquo;ai qu&rsquo;\u00e0 fermer les yeux pour revoir cette clart\u00e9, cette beaut\u00e9.<\/p><p>Qu&rsquo;il soit fait en tout, le divin vouloir de mon Dieu\u2009!<\/p><p>Oh\u2009! que dans ces magnifiques heures toutes du ciel, j&rsquo;ai implor\u00e9, conjur\u00e9 le Seigneur de b\u00e9nir, de multiplier, de transformer l&rsquo;apostolat paroissial de mon p\u00e8re spirituel. Et me tournant vers la Reine des ap\u00f4tres et des confesseurs, je l&rsquo;ai profond\u00e9ment suppli\u00e9e de mettre en son coeur tout ce qui est pur et saint, noble et divin, la priant d&rsquo;\u00eatre le phare de sa vie sacerdotale, son admirable inspiratrice et sa maternelle protectrice dans les jours heureux et douloureux de son sublime minist\u00e8re.<\/p><p>Que je l&rsquo;ai implor\u00e9e, cette M\u00e8re compatissante, de garder mon coeur toujours humble et aimant comme aujourd&rsquo;hui, pur et odorant comme un lys qu&rsquo;elle puisse sans cesse offrir \u00e0 Dieu.<\/p><p>Faire une faute volontaire, affliger J\u00e9sus qui a confiance en sa petite victime et qui l&rsquo;aime avec une immense tendresse, oh non\u2009! je n&rsquo;oserais plus rester aupr\u00e8s de lui, je n&rsquo;oserais plus l&rsquo;appeler dans mon coeur, moi qui lui demande cependant de ne pas laisser s&rsquo;\u00e9couler un seul instant sans venir se reposer dans sa demeure aim\u00e9e.<\/p><p>Oh\u2009! je sens que mon \u00e2me ne pourrait consentir \u00e0 commettre la moindre faute sans se sentir adult\u00e8re\u2009!<\/p><p>Je ne suis pas s\u00fbre de ne point commettre de p\u00e9ch\u00e9 grave\u2009; mais j&rsquo;ai le droit d&rsquo;attendre de la mis\u00e9ricorde de Dieu que cet \u00e9pouvantable malheur n&rsquo;arrivera jamais, si je suis bien fid\u00e8le et bien attentive \u00e0 la gr\u00e2ce.<\/p><p>Il y a un profond sentiment qui an\u00e9antit le p\u00e9ch\u00e9&#8230; c&rsquo;est l&rsquo;amour\u2009! De plus en plus, je me laisse faire, afin que le Bon Dieu soit bien libre en mon \u00e2me. Oui, toujours et de plus en plus, le silence et l&rsquo;abandon pour n&rsquo;\u00e9couter et ne comprendre que lui, et faire de ma vie de souffrance, de ma vivante immolation, un recueillement dans l&rsquo;amour, et aussi dans la sainte all\u00e9gresse, pour attendre le ciel\u2009!<\/p><p>^ 13 octobre 1931 (mardi)<\/p><p>Oh\u2009! que je suis bien la petite \u00e2me de toutes les \u00e2mes\u2009! La\u2009petite \u00e2me embras\u00e9e, d\u00e9vor\u00e9e d&rsquo;amour\u2009: pour les pauvres, les petits, les souffrants, les afflig\u00e9s, les faibles, les d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s&#8230; les chers p\u00e9cheurs.<\/p><p>J&rsquo;aime aussi d&rsquo;un bien tendre amour ceux que les opinions, la religion, tiennent \u00e9loign\u00e9s de moi. Ceux qui m\u00e9disent de moi, qui me m\u00e9prisent, voudraient me faire souffrir. N&rsquo;est-ce pas ceux-l\u00e0 qui, sans le vouloir, sans le savoir, sans le comprendre, me comblent le plus de d\u00e9lices, s&rsquo;ils arrivent \u00e0 me combler de souffrances, et remplissent mes mains des plus magnifiques perles, des plus lourdes grappes que, dans mon amour, je puisse offrir \u00e0 Dieu pour le salut de leur \u00e2me\u2009? Qu&rsquo;il les b\u00e9nisse, ce P\u00e8re plus doux qu&rsquo;une m\u00e8re, et que, comme moi, il les comble de bonheur.<\/p><p>Depuis longtemps d\u00e9j\u00e0, j&rsquo;ai fix\u00e9 mon \u00e2me sur les sommets les plus \u00e9lev\u00e9s de l&rsquo;amour, dans l&rsquo;Infini divin. Et je ne vois en tout ceci que la tendre sollicitude de mon c\u00e9leste P\u00e8re qui veut m&rsquo;entendre lui dire, vibrante et enthousiasm\u00e9e\u2009: \u00f4\u2009! merci, merci mon Dieu.<\/p><p>Comme Dieu dissimule sa divinit\u00e9 sous les faibles apparences de l&rsquo;humanit\u00e9&#8230; qu&rsquo;il fait dispara\u00eetre le triomphe de la Croix sous l&rsquo;ignominie du supplice&#8230; qu&rsquo;il continue de voiler son auguste pr\u00e9sence sous l&rsquo;humble apparence du Pain eucharistique, ainsi l&rsquo;affliction subie est un pr\u00e9sent de choix, dont la divine beaut\u00e9 est amoureusement voil\u00e9e sous la vague des turpitudes humaines.<\/p><p>Ce sont encore des fleurs empourpr\u00e9es des vives couleurs de l&rsquo;amour qui poussent entre les galets du chemin, et dont on peut toujours faire hommage au Seigneur si on ne peut les cueillir.<\/p><p>Lorsque, les yeux fix\u00e9s sur le divin Crucifi\u00e9 d&rsquo;amour, lui disant de tout mon \u00eatre endolori mon fervent et muet merci, je crois voir son tendre regard se poser sur moi pour me b\u00e9nir&#8230; il me semble entendre cette voix intime, qui s&rsquo;\u00e9chappe de son Coeur plut\u00f4t que de ses l\u00e8vres, murmurer au-dedans de moi\u2009: \u00ab\u2009Ne t&rsquo;\u00e9tonne pas&#8230; ne te plains pas&#8230; ne refuse rien surtout\u2009; r\u00e9jouis-toi du bonheur que je t&rsquo;accorde en t&rsquo;appelant \u00e0 souffrir avec moi, comme moi et pour moi, un peu de ce que j&rsquo;ai voulu souffrir autrefois pour ton amour.\u2009\u00bb \u00d4 Croix, qui portez la Lumi\u00e8re et la Vie\u2009! Que vous donnez de grandes le\u00e7ons \u00e0 l&rsquo;\u00e2me qui vous contemple\u2009! Que vous r\u00e9pandez de pr\u00e9cieux parfums dans celle qui vous accepte\u2009! Que vous inondez de joie et comblez de faveurs c\u00e9lestes celle qui vous embrasse et qui vous aime. N&rsquo;est-ce pas ceux qui me font mal, qui contristent le Bon Dieu, qui ont le plus n\u00e9cessairement besoin que je les fasse participer aux lumi\u00e8res, \u00e0 l&rsquo;amour, aux richesses que je re\u00e7ois d&rsquo;en-haut, \u00e0 cette tendre union avec Dieu que jamais encore peut-\u00eatre je n&rsquo;avais sentie \u00e0 un si extr\u00eame degr\u00e9\u2009?<\/p><p>Je ne suis point faite pour jouer la com\u00e9die de l&rsquo;amour, mais pour aimer, pas plus que je ne suis marchande des gr\u00e2ces divines\u2009; non, je n&rsquo;en suis que la bien pauvre petite messag\u00e8re, r\u00e9pandant dans le silence et l&rsquo;amour, les divines richesses que mon \u00e2me, continuellement ouverte sur l&rsquo;infini, re\u00e7oit en surabondance, sans mesurer, sans compter, sans craindre douleurs et sacrifice&#8230; sans m&rsquo;arr\u00eater \u00e0 savoir qui en favorise le divin Donateur, ni comment en dispose Marie, la maternelle dispensatrice de toutes les gr\u00e2ces. Qu&rsquo;importe les souffrances qui torturent, les \u00e9pines qui d\u00e9chirent, quand J\u00e9sus recueille chaque goutte de sang dans la coupe immense de son Coeur plein d&rsquo;amour.<\/p><p>Prions pour ceux qui sont m\u00e9chants, qui s&rsquo;\u00e9garent dans les v\u00e9nalit\u00e9s. Ils sont tellement malheureux d&rsquo;oublier que la vie n&rsquo;est donn\u00e9e par Dieu \u00e0 l&rsquo;homme que pour se perfectionner, comme elle est donn\u00e9e \u00e0 la fleur pour fleurir ; que la parole ne lui est laiss\u00e9e que pour \u00eatre bienfaisante ; que l&rsquo;action ne lui est permise que pour faire noblement son devoir avec puret\u00e9 d&rsquo;intention&#8230; donc avec amour.<\/p><p>Nous ne r\u00e9fl\u00e9chissons jamais assez sur la gravit\u00e9 et l&rsquo;importance de cette vie, sur le retentissement de nos paroles&#8230; \u00e0 la port\u00e9e de nos actes\u2009; et nous frappons J\u00e9sus en plein Coeur.<\/p><p>Sur tout l&rsquo;oc\u00e9an humain, l&rsquo;enfer suscite la temp\u00eate. Conjurons-la par la pri\u00e8re, le renoncement, le sacrifice\u2009; c&rsquo;est un imp\u00e9rieux devoir d&rsquo;amour.<\/p><p>Nous, les amis intimes du Coeur agonisant et eucharistique de J\u00e9sus, nous, les petites victimes du Roi m\u00e9connu et tant outrag\u00e9, soyons ses bienheureuses sentinelles, et engageons-nous \u00e0 veiller, \u00e0 expier, \u00e0 r\u00e9parer en esprit d&rsquo;adoration eucharistique et\u00a0 de r\u00e9paration sociale. Ah\u2009! je voudrais \u00eatre r\u00e9duite en miettes et comme expropri\u00e9e, pour le bien universel des \u00e2mes.<\/p><p>Comment\u2009! Les amusements frivoles, les plaisirs dangereux et coupables, le p\u00e9ch\u00e9 m\u00eame auraient leur droit acquis, et pas la r\u00e9paration d&rsquo;amour, cet amour de d\u00e9dommagement dont le Ma\u00eetre tant offens\u00e9 a tant soif\u2009? Le Ma\u00eetre ador\u00e9, priant pour nous son P\u00e8re, lui demande que nous soyons \u00ab\u2009un\u2009\u00bb en Eux, comme Ils sont un Eux-m\u00eames. Que tous soient consomm\u00e9s dans l&rsquo;unit\u00e9 d&rsquo;amour.<\/p><p>Combien la pri\u00e8re de J\u00e9sus pour tous les siens est ardente, combien elle est passionn\u00e9e, combien elle est confiante, combien elle est sainte\u2009; n&rsquo;ayant qu&rsquo;un d\u00e9sir\u2009: la gloire de Dieu et la sanctification des \u00e2mes\u2009! Prions comme lui, et nos pri\u00e8res seront bien faites\u2009! Vivons enti\u00e8rement avec lui, et notre vie sera f\u00e9conde et r\u00e9demptrice\u2009!<\/p><p>Il faut agir, r\u00e9agir par l&rsquo;amour\u2009! Envelopper le prochain, quel qu&rsquo;il f\u00fbt, quel qu&rsquo;il soit, du r\u00e9seau d&rsquo;une h\u00e9ro\u00efque charit\u00e9, par le rayonnement d&rsquo;une vie parfaite&#8230; Ce ne sont pas des paroles qu&rsquo;il faut aux incroyants, aux \u00e9gar\u00e9s&#8230; ils ont besoin de vertus qui resplendissent, qui les \u00e9clairent, les attirent. Le rayonnement qui descend sur les p\u00e9cheurs, les exemples d&rsquo;une vie toute proche de la saintet\u00e9 ont une force de s\u00e9duction et de persuasion incomparable.<\/p><p>Oh\u2009! si nous voulions, que de prodigues seraient ramen\u00e9s au foyer\u2009; que d&rsquo;aveugles spirituels recouvreraient la vue\u2009; que d&rsquo;ignorants chercheraient la v\u00e9rit\u00e9\u2009; que de paralytiques seraient gu\u00e9ris\u2009; que d&rsquo;\u00e2mes seraient combl\u00e9es, en r\u00e9compense de leur vie tout immol\u00e9e, toute consacr\u00e9e \u00e0 Dieu&#8230; Surtout, que de sanglots \u00e9chapp\u00e9s au Coeur si aimant de J\u00e9sus seraient ainsi transform\u00e9s en joie ineffable.<\/p><p>Tout pacte d&rsquo;amour entre J\u00e9sus et une \u00e2me sera un jour pay\u00e9 par des merveilles de gr\u00e2ces, des d\u00e9luges de mis\u00e9ricorde\u2009!<\/p><p>C&rsquo;est le moment de rayonner plus que jamais, afin de sauver les \u00e2mes\u2009!&#8230; de semer en votre nom, \u00f4 J\u00e9sus\u2009!&#8230; pour que vous moissonniez une gloire immense\u2009!<\/p><p>Il faut savoir \u00eatre un petit rayon sur la terre pour vouloir \u00eatre une lumi\u00e8re immortelle.<\/p><p>Il faut vouloir \u00eatre une lampe dans l&rsquo;Eglise militante, pour devenir une \u00e9toile dans l&rsquo;Eglise triomphante, c&rsquo;est-\u00e0-dire demeurer humble, effac\u00e9e, silencieuse, une \u00e2me \u00ab\u2009toute cach\u00e9e en Dieu avec le Christ J\u00e9sus\u2009\u00bb&#8230; n&rsquo;appartenir qu&rsquo;\u00e0 lui seul, docile et bien fid\u00e8le \u00e0 tous ses d\u00e9sirs d&rsquo;amour.<\/p><p>C&rsquo;est dans l&rsquo;union \u00e0 Dieu qu&rsquo;on se sanctifie&#8230; c&rsquo;est par l&rsquo;union \u00e0 Dieu qu&rsquo;on rayonne sur le monde des \u00e2mes. L&rsquo;\u00e2me chr\u00e9tienne peut tout, mais \u00ab\u2009en Celui qui la fortifie\u2009\u00bb.<\/p><p>La fleur la plus belle n&rsquo;est pour rien dans sa beaut\u00e9, la plante n&rsquo;intervient pas dans l&rsquo;effet de ses vertus, l&rsquo;une et l&rsquo;autre sont ce que le Cr\u00e9ateur les a faites.<\/p><p>Nos oeuvres en elles-m\u00eames n&rsquo;ont aucun m\u00e9rite&#8230; c&rsquo;est l&rsquo;amour qui les inspire qui nous sanctifie.<\/p><p>Recueillir avec douceur et avec amour, sans rien laisser perdre de ce qu&rsquo;elle contient, chaque minute que Dieu me donne pour le lui offrir. Ce serait si triste de tout recevoir de l&rsquo;Amour et de ne pas tout donner \u00e0 l&rsquo;Amour.<\/p><p>^ 17 octobre 1931 (samedi)<\/p><p>Un feu continuel et tr\u00e8s doux se consume lentement en moi. On dirait que de jour en jour grandit dans mon coeur, dans mon \u00e2me, dans tout mon \u00eatre, le martyre de l&rsquo;amour.<\/p><p>Merci, \u00f4 merci, mon Dieu\u2009! Comme vous voulez aujourd&rsquo;hui&#8230; demain&#8230; tous les jours&#8230;<\/p><p>Je n&rsquo;aime et ne veux qu&rsquo;une chose\u2009: l&rsquo;acquiescement affectueux \u00e0 toutes vos sollicitudes, la conformit\u00e9 parfaite \u00e0 tous vos divins vouloirs. En vous, Seigneur, je trouve force, pl\u00e9nitude, confiance et&#8230; joie toujours.<\/p><p>Ne donnons pas \u00e0 J\u00e9sus que des plaintes, des douleurs. Il a droit et il veut voir de la joie, des sourires et m\u00eame l&rsquo;all\u00e9gresse dans notre amour. Je deviens uniform\u00e9ment tr\u00e8s gaie et tr\u00e8s contente, avec ce principe que \u00ab\u2009les d\u00e9mons n&rsquo;ont aucune emprise sur le serviteur du Christ qu&rsquo;ils voient toujours rempli d&rsquo;une sainte all\u00e9gresse\u2009; que si, au contraire, son \u00e2me est \u00e9plor\u00e9e, d\u00e9sol\u00e9e, inqui\u00e8te, facilement elle se laissera absorber dans la tristesse, ou entra\u00eener vers les vaines joies.\u2009\u00bb<\/p><p>Lorsque dans la souffrance un cri de douleur \u00e9chappe \u00e0 la fragilit\u00e9 de notre nature qui cependant se soumet, Dieu l&rsquo;\u00e9coute en bon P\u00e8re, et il en a piti\u00e9&#8230; Mais nous avons, nous pouvons lui donner bien mieux\u2009: ce sont nos joies, et non nos plaintes, qui encha\u00eenent son Coeur.<\/p><p>Souffrir avec amour&#8230; c&rsquo;est aussi jouir par amour\u2009!&#8230;<\/p><p>Dans toutes mes peines comme dans toutes mes joies, j&rsquo;ai toujours su en b\u00e9nir et en remercier le Seigneur. Voil\u00e0 pourquoi j&rsquo;ai obtenu de lui des gr\u00e2ces merveilleuses, des faveurs \u00e9tonnantes&#8230; un amour si grand, que j&rsquo;en suis tout embras\u00e9e.<\/p><p>L&rsquo;Amour s&rsquo;est laiss\u00e9 gagner, et voil\u00e0 le secret de mes souffrances\u2009! J&rsquo;ai trouv\u00e9 l&rsquo;Amour, et voil\u00e0 le secret de mon bonheur\u2009!<\/p><p>Dans mes souffrances et mes immolations, je n&rsquo;ai fait qu&rsquo;un r\u00eave\u2009: me perdre&#8230; je n&rsquo;ai eu qu&rsquo;une ambition\u2009: devenir un surcro\u00eet de joie et de consolation pour J\u00e9sus\u2009; non par d\u00e9sir d&rsquo;attirer plus particuli\u00e8rement sur moi les regards de la divine Trinit\u00e9&#8230; au contraire, j&rsquo;aime couvrir ma croix, qui se teinte de sang, des blanches violettes de l&rsquo;humilit\u00e9, des p\u00e2querettes de la simplicit\u00e9, des roses du silence.<\/p><p>Ah\u2009! si l&rsquo;on savait tout ce qu&rsquo;une \u00e2me peut r\u00e9colter d&rsquo;amour par son effort \u00e0 demeurer toujours souriante, \u00e0 se montrer toujours heureuse de tout.<\/p><p>On peut supporter beaucoup en ne s&rsquo;occupant pas de ses souffrances&#8230; autant que la chose est possible&#8230; Et quand cela est difficile, le Seigneur qui est la force des faibles, le courage des humbles, la joie de ceux qui l&rsquo;aiment, veille et vient au secours de notre bonne volont\u00e9&#8230; alors on peut tout, et bien mieux encore.<\/p><p>Que c&rsquo;est beau et bon, les rencontres des \u00e2mes qui se rapprochent, s&rsquo;unissent pour mutuellement s&rsquo;aider, s&rsquo;\u00e9difier, se sanctifier\u2009! Cet heureux contact est une divine semence communiqu\u00e9e par une \u00e2me \u00e0 une autre \u00e2me qui, t\u00f4t ou tard, germera, cro\u00eetra, avantageusement f\u00e9cond\u00e9e, dans l&rsquo;intime union \u00e0 Dieu.<\/p><p>Leur ambition est une\u2009: amasser d&rsquo;abondants tr\u00e9sors de vertus, se perfectionner, arriver \u00e0 la saintet\u00e9, pour la gloire de Dieu&#8230; et produire des fruits de gr\u00e2ce en faveur de toutes les \u00e2mes.<\/p><p>Entre \u00e2mes qui se p\u00e9n\u00e8trent, \u00e9prises d&rsquo;un m\u00eame id\u00e9al mystique, vibrant d&rsquo;une m\u00eame harmonie, consum\u00e9es par un m\u00eame amour, leur rapprochement n&rsquo;a qu&rsquo;un but&#8230; Dieu, et Dieu seul ; leur entretien, o\u00f9 pour tout th\u00e8me il n&rsquo;est question que de la pri\u00e8re, de la souffrance, de la mort, du ciel&#8230; et surtout de confiance, d&rsquo;amour et d&rsquo;abandon en notre intime et bien-aim\u00e9 J\u00e9sus, ne peut \u00eatre que d&rsquo;un immense profit. Pour moi particuli\u00e8rement, qui me sens et me vois si ignorante et si petite aupr\u00e8s des autres \u00e2mes consacr\u00e9es au Seigneur&#8230; Mais j&rsquo;aime tant \u00e0 le reconna\u00eetre, pour me confondre et m&rsquo;enfoncer toujours et toujours davantage dans mon n\u00e9ant&#8230; pour avancer tr\u00e8s vite et tr\u00e8s fort&#8230; pour monter toujours et sans fin, tremblante peut-\u00eatre, mais d\u00e9lirante de bonheur, au souffle myst\u00e9rieux de l&rsquo;Infini qui, de plus en plus irr\u00e9sistiblement, m&rsquo;entra\u00eene.<\/p><p>Les grandes \u00e2mes, dit-on, \u00ab\u2009portent les petites sur leurs ailes\u2009\u00bb&#8230; et c&rsquo;est tr\u00e8s vrai&#8230; mais ma petitesse est bien plus rassur\u00e9e encore de se sentir emport\u00e9e sur les ailes toutes-puissantes de l&rsquo;Aigle divin. Loin de moi la pens\u00e9e d&rsquo;\u00e9tablir de parall\u00e8le entre les cr\u00e9atures et moi, si ce n&rsquo;est pour les juger bien meilleures. Une petitesse \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;une autre m\u00eame grande petitesse, qu&rsquo;est-ce\u2009? Je ne m&rsquo;absorbe pas \u00e0 regarder ni \u00e0 c\u00f4t\u00e9, ni en bas, mais plus haut toujours. C&rsquo;est la vue du seul vrai grand Dieu qui m&rsquo;\u00e9crase. \u00ab\u2009Je suis Celui qui fut toujours l&rsquo;Etre.\u2009\u00bb Ce qui m&rsquo;\u00e9crase et me tourmente \u00e0 la fa\u00e7on d&rsquo;un fer rouge, c&rsquo;est cette r\u00e9plique de J\u00e9sus terrible et doux\u2009: \u00ab\u2009Avant qu&rsquo;Abraham f\u00fbt, je suis&#8230;\u2009\u00bb \u00ab\u2009Je ne donnerai pas ma gloire \u00e0 un autre.\u2009\u00bb A lui tout honneur et toute gloire\u2009!<\/p><p>Je reconnais parfaitement que rien en moi n&rsquo;\u00e9tait capable d&rsquo;attirer les regards de J\u00e9sus, de ravir son Coeur, que seul son amour m&rsquo;a combl\u00e9e de biens, et si le Tout-Puissant a fait en mon \u00e2me de grandes choses, c&rsquo;est uniquement par mis\u00e9ricorde.<\/p><p>Ce qui me rel\u00e8ve et me rend m\u00eame audacieuse apr\u00e8s m&rsquo;avoir terrifi\u00e9e, c&rsquo;est cette exclamation entendue il n&rsquo;y a pas tr\u00e8s longtemps, et qui est tomb\u00e9e sur mon \u00e2me comme un baume bienfaisant\u2009: \u00ab\u2009Qui est comme le Seigneur notre Dieu, qui habite tr\u00e8s haut et qui s&rsquo;incline sur ce qui est bas\u2009!\u2009\u00bb<\/p><p>Car si Dieu est jaloux de sa gloire, il est gagn\u00e9 par une \u00e2me vide d&rsquo;elle-m\u00eame, jalouse de sa jalousie \u00e0 lui, f\u00e9conde de sa f\u00e9condit\u00e9 \u00e0 lui. Il se laisse attirer \u00e0 son tour vers ce qui est si bas, si bas. Il se penche avec tendresse sur la bassesse de sa servante, pour l&rsquo;encourager, la fortifier et l&rsquo;unir \u00e0 lui. D\u00e8s lors, c&rsquo;est le \u00ab\u2009Gloire \u00e0 Dieu au plus haut des cieux\u2009\u00bb&#8230; et pour l&rsquo;\u00e2me, c&rsquo;est la paix sur la terre\u2009! Et quelle paix\u2009!<\/p><p>Quand Dieu a parl\u00e9, il n&rsquo;y a plus d&rsquo;\u00e9chappatoire possible\u2009! Oh\u2009! cet apr\u00e8s-midi donn\u00e9 dans une pleine libert\u00e9 d&rsquo;esprit et de coeur. Ma joie profonde, mon amour fortifiait ma tendresse, la faisait plus pr\u00e9venante, plus attirante. J&rsquo;ai tout ce temps port\u00e9 ma souffrance avec une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 \u00e9tonnante\u2009; elle \u00e9tait dans tout mon \u00eatre comme une puissance, comme un moyen de mieux me donner\u2009! Cependant ai-je \u00e9t\u00e9 assez humble, assez expansive&#8230; ou trop\u2009?&#8230; J&rsquo;aime peu me livrer. Je n&rsquo;aime pas et je ne peux pas\u2009; ce n&rsquo;est pas ma mani\u00e8re&#8230; je n&rsquo;aime bien que la simplicit\u00e9.<\/p><p>J&rsquo;aime quelquefois avoir de ces rapprochements, de ces affections, qui n&rsquo;en sont pas parce qu&rsquo;elles n&rsquo;ont qu&rsquo;une fin\u2009: J\u00e9sus\u2009! J\u00e9sus\u2009!&#8230; Et puis le Bon Dieu sait bien que ma nature infirme, mon incapacit\u00e9 en rien, a besoin de ces soutiens sup\u00e9rieurs. Il\u2009m&rsquo;est bien doux de penser qu&rsquo;on prie pour moi\u2009; qu&rsquo;on me laisse l\u00e0 toute veillante en mon amour, toute adorante pr\u00e8s du bien-aim\u00e9 Prisonnier d&rsquo;amour, toute livr\u00e9e au bon plaisir de Dieu. Ah\u2009! que ce Ma\u00eetre si cher est bien l\u00e0, tr\u00e8s particuli\u00e8rement, le parfait mod\u00e8le des toutes petites \u00e2mes toutes donn\u00e9es, g\u00e9n\u00e9reusement abandonn\u00e9es \u00e0 l&rsquo;action divine.<\/p><p>Ma vocation \u00e0 moi n&rsquo;est pas de briller en flots de paroles, mais de convaincre par des exemples v\u00e9cus&#8230; et non des exemples lus\u2009! \u00ab\u2009Ne t&rsquo;inqui\u00e8te pas de ne pouvoir lire\u2009; c&rsquo;est moi qui veux \u00eatre ton unique flambeau.\u2009\u00bb<\/p><p>C&rsquo;est donc \u00e0 ce parfait mod\u00e8le que je m&rsquo;instruis, \u00e0 cette lumi\u00e8re que je me guide. Maintenant je vis si bien de lui, qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus que sa parole qui compte.<\/p><p>Le Seigneur m&rsquo;a donn\u00e9 pour divine action la souffrance, en union \u00e0 lui\u2009; et pour exercices spirituels, la pri\u00e8re et l&rsquo;oraison\u2009! Et\u2009c&rsquo;est par le moyen de ce pieux exercice o\u00f9 je ne cesse de lui ouvrir la porte de mon \u00eatre, que s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e et que se continue l&rsquo;union la plus intime.<\/p><p>Gloire \u00e0 Dieu qui, par l&rsquo;oraison et l&rsquo;amour, a ouvert l&rsquo;infini \u00e0 mon \u00e2me.<\/p><p>C&rsquo;est sur son Coeur que je veux \u00eatre ap\u00f4tre, y puisant tout ce que je veux&#8230; c&rsquo;est l\u00e0 que je puis, de plus en plus, devenir pour toutes les \u00e2mes la petite \u00e2me au grand coeur.<\/p><p>Tout dans l&rsquo;amour et pour Dieu seul\u2009!&#8230;<\/p><p>Il faut jouir de l&rsquo;immense bonheur de vivre J\u00e9sus seul, de vivre de J\u00e9sus seul, pour en sentir toute l&rsquo;amertume et la divine ivresse. Plus une \u00e2me est attir\u00e9e par Dieu au centre du R\u00e9el, plus alors elle s&rsquo;ouvre largement aux pures et saintes affections, outre les parents, famille et amis dont la tendresse va aux limites extr\u00eames\u2009!&#8230; Que d&rsquo;erreurs \u00e0 ce sujet cependant\u2009!&#8230;<\/p><p>J&rsquo;ignore l&rsquo;heureux effet qu&rsquo;a pu produire cette rencontre dans ces ch\u00e8res \u00e2mes soeurs. Mais que c&rsquo;\u00e9tait bon de parler de Dieu, de son amour et m\u00eame du devoir tout court, avec ces belles \u00e2mes si g\u00e9n\u00e9reuses. Je reste profond\u00e9ment \u00e9mue. Leur grande charit\u00e9 envers moi m&rsquo;a touch\u00e9e plus que je ne saurais le dire et d&rsquo;ailleurs, comme tout ce qui est pur et saint, a fait battre en moi la Vie. La Vie, qui est Dieu&#8230; Dieu, l&rsquo;amour et&#8230; notre Centre.<\/p><p>Il me semble que la Vie monte en moi, et j&rsquo;ai conscience d&rsquo;une lumi\u00e8re dans tout mon \u00eatre. Je me sens inond\u00e9e de lumi\u00e8re, dans la lumi\u00e8re et dans une ardeur d&rsquo;amour infini&#8230; Je comprends que tout mon \u00eatre est en Dieu.<\/p><p>\u00a0^ 20 octobre 1931 (mardi)<\/p><p>\u00d4 P\u00e8re de ma vie\u2009! \u00d4 cher Epoux de mon \u00e2me\u2009! \u00d4 Coeur de mon coeur\u2009! venez&#8230; Oh\u2009! venez dans mon coeur\u2009!<\/p><p>Un feu ardent br\u00fble dans tout mon \u00eatre, et je me sens d\u00e9vor\u00e9e d&rsquo;une soif ardente. Laissez, \u00f4 Ma\u00eetre ador\u00e9, jaillir dans ma poitrine alt\u00e9r\u00e9e tous les rafra\u00eechissements qui satisfont mon amour\u2009!<\/p><p>Ce n&rsquo;est pas parce que je souffre, que je vous appelle et vous demande de venir, \u00f4 mon Roi et mon Dieu&#8230; c&rsquo;est parce que je vous aime\u2009! Vous, rien que vous peut remplir mon coeur et rassasier mon \u00e2me.<\/p><p>Avec vous, je ne souffre plus, ou plut\u00f4t j&rsquo;oublie que je souffre&#8230; puisque je vous aime et que j&rsquo;esp\u00e8re en votre amour, doux espoir de ma vie.<\/p><p>Comment ne pas aimer Celui qui nous aime tant et nous a aim\u00e9s de toute \u00e9ternit\u00e9\u2009! Celui qui nous a cr\u00e9\u00e9s, sauv\u00e9s, rachet\u00e9s&#8230; et qui nous donne tout. Ce Dieu qui nous a form\u00e9 une \u00e2me, pure image de ses perfections, de ses grandeurs et de sa beaut\u00e9&#8230; participante \u00e0 la vie divine.<\/p><p>Le Verbe s&rsquo;est fait chair pour que, par le moyen de son Humanit\u00e9, l&rsquo;homme atteign\u00eet la divinit\u00e9\u2009! \u00ab\u2009Je suis la voie, nul ne va \u00e0 mon P\u00e8re que par moi\u2009! Je suis la V\u00e9rit\u00e9, nul ne peut se vanter de croire \u00e0 mon P\u00e8re, s&rsquo;il ne croit en m\u00eame temps \u00e0 moi\u2009! Je suis la Vie, nul ne sera ressuscit\u00e9 si je ne ressuscite moi-m\u00eame\u2009!&#8230;\u2009\u00bb Pourquoi le Seigneur se donne-t-il \u00e0 nous sinon pour nous unir \u00e0 lui\u2009?<\/p><p>Par attrait surnaturel, et surtout par don d&rsquo;amour, l&rsquo;\u00e2me s&rsquo;unit au Christ, Homme-Dieu, pour se consommer en Dieu.<\/p><p>Tout le bonheur de l&rsquo;\u00e2me aimante est de vivre en l&rsquo;ineffable compagnie de Dieu&#8230; Dieu seul et l&rsquo;\u00e2me seule. Dieu dans l&rsquo;\u00e2me et l&rsquo;\u00e2me en Dieu&#8230; Dieu \u00e0 l&rsquo;\u00e2me et l&rsquo;\u00e2me \u00e0 Dieu, \u00e9coutant les confidences, recevant les ordres divins dans le grand silence de l&rsquo;invisible. Quoi de plus ineffable, de plus d\u00e9licieux pour elle, si elle comprend l&rsquo;\u00e9tendue de son bonheur et si elle l&rsquo;utilise\u2009?<\/p><p>Chaque minute qui passe me donne Dieu&#8230; chacune de ces minutes doit me trouver toute \u00e0 lui. Quel affront, pour J\u00e9sus, de l&rsquo;avoir en moi tout entier et de ne pas lui \u00eatre enti\u00e8rement unie\u2009! Mais, nous ne pouvons conna\u00eetre les sublimes ascensions de l&rsquo;amour parfait que si nous descendons souvent dans le puits sans fond du juste m\u00e9pris de nous-m\u00eames.<\/p><p>Pour vivre avec Dieu, il faut vivre au-dedans de soi, ce qui ne signifie pas vivre pour soi, renferm\u00e9, r\u00e9tr\u00e9ci, exclusif. Non, l&rsquo;union \u00e0 Dieu, au contraire, agrandit le coeur, dilate l&rsquo;esprit&#8230; elle id\u00e9alise l&rsquo;\u00eatre. La perfection, la divinisation de notre vie s&rsquo;obtient en approfondissant plut\u00f4t qu&rsquo;en s&rsquo;ext\u00e9riorisant&#8230; En se dilatant, et non pas en s&rsquo;\u00e9parpillant.<\/p><p>Les heures ne sont sanctifi\u00e9es que si nous gardons le sentiment de la pr\u00e9sence r\u00e9elle de Dieu et conservons intacte la pens\u00e9e de lui \u00eatre unie, car il est besoin d&rsquo;une attention incessante pour saisir le merveilleux travail de la gr\u00e2ce dans notre \u00e2me.<\/p><p>Heureuse l&rsquo;\u00e2me solitaire qui garde intime la pr\u00e9sence du Ma\u00eetre bien-aim\u00e9 qui lui enseigne la science de la vie et la remplit de ses divines b\u00e9atitudes.<\/p><p>Oui heureuse, bienheureuse l&rsquo;\u00e2me peupl\u00e9e d&rsquo;infini (de Dieu V\u00e9rit\u00e9 et Immensit\u00e9), toujours dans l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;action de gr\u00e2ce et dans un acte prolong\u00e9 d&rsquo;amour pour son Dieu qui vit et r\u00e8gne souverainement en elle.<\/p><p>Quelles splendeurs \u00e0 contempler\u2009! Quelles eaux in\u00e9puisablement f\u00e9condes \u00e0 recevoir&#8230; pour les r\u00e9pandre.<\/p><p>Dieu seul pr\u00e8s de moi, en moi&#8230; Lui seul et moi et&#8230; toujours. \u00d4 Vie divine\u2009! Vie d&rsquo;amour\u2009! Vie toute de merveilles et de miracles\u2009! descends et monte en moi, sois l&rsquo;attrait de mes yeux, l&rsquo;occupation de ma pens\u00e9e, le d\u00e9lice de mes nuits&#8230; le foyer de tous mes actes.<\/p><p>Ici-bas, le Coeur \u00e0 coeur, l&rsquo;\u00c2me \u00e0 \u00e2me avec le Christ-Hostie, \u00e0 la louange de la divine Trinit\u00e9&#8230; au ciel, le face \u00e0 face.<\/p><p>^ 2 novembre 1931 (lundi)<\/p><p>Sainte communion. Que faire, que mettre dans mon coeur pour y recevoir Celui que j&rsquo;ai si longuement appel\u00e9, et qui vient \u00e0 moi pour me remplir des feux de sa charit\u00e9, des eaux f\u00e9condes de sa gr\u00e2ce&#8230; pour faire de moi \u00ab\u00a0un\u00a0\u00bb avec lui\u2009?<\/p><p>Nous ensemble, dans ce nouveau Bethl\u00e9em \u2013 pas froid celui-ci, puisque l&rsquo;amour l&#8217;embrase, le consume \u2013 tout rayonnant de paix et de joie sainte, de confiance et de puret\u00e9.<\/p><p>Le sacrement de l&rsquo;Eucharistie est le foyer d&rsquo;excellence qui \u00e9tablit, d\u00e9veloppe, grandit, fait abonder et triompher en nous la vie surnaturelle, et ouvre notre \u00e2me \u00e0 une toujours plus profonde intelligence des myst\u00e8res divins.<\/p><p>L&rsquo;\u00e2me qui a faim, qui a soif d&rsquo;intime union avec Dieu, est avide de la communion sacramentelle, qui facilite son ascension dans la vie mystique.<\/p><p>Le ciel en moi\u2009! Le ciel en mon \u00e2me\u2009! Mais ce ne peut \u00eatre possible\u2009?&#8230; C&rsquo;est trop beau, c&rsquo;est trop de bonheur\u2009! Bient\u00f4t ce sera vrai cependant\u2009!&#8230;<\/p><p>\u00d4 P\u00e8re\u2009! \u00d4 Verbe\u2009! \u00d4 Saint-Esprit\u2009! je tombe en adoration, et mon \u00e2me est d\u00e9j\u00e0 comme emport\u00e9e par l&rsquo;extase aux pieds de Dieu&#8230; Dieu unique et v\u00e9ritable, \u00ab\u00a0Un\u00a0\u00bb en trois Personnes et trois sans \u00eatre divis\u00e9.<\/p><p>\u00d4 ma Vie, \u00f4 ma Lumi\u00e8re et mon Amour\u2009! Je sais maintenant que ma douce Trinit\u00e9 me poss\u00e8de pleinement dans son amour. Je suis l&rsquo;\u00e9pouse de la divine Trinit\u00e9\u2009!&#8230; La Trinit\u00e9 a bais\u00e9 mon \u00e2me\u2009! \u00d4 ma M\u00e8re bien-aim\u00e9e, rev\u00eatez-moi de vos ang\u00e9liques vertus, et que je sois une petite hostie toute \u00e0 la louange de la Trinit\u00e9. Toi, mon \u00e2me, que dis-tu de cette incompr\u00e9hensible merveille\u2009? Crois-tu avoir tout entier en toi Celui que l&rsquo;ampleur des mondes cr\u00e9\u00e9s est impuissante \u00e0 contenir, et te sens-tu capable de t&rsquo;unir \u00e0 cet objet infini\u2009? Oui, tu trembles, parce que non simplement tu le crois, mais tu saisis, tu vis cette ineffable v\u00e9rit\u00e9.<\/p><p>Qu&rsquo;as-tu \u00e0 donner en retour de tant de gratitude\u2009?&#8230; rien&#8230; Mais le Seigneur n&rsquo;exige qu&rsquo;une r\u00e9ponse\u2009: amour&#8230; amour\u2009! Aimer et comme lui, jusqu&rsquo;au don total, jusqu&rsquo;\u00e0 la consommation supr\u00eame.<\/p><p>Oh\u2009! sentir la br\u00fblure ind\u00e9finissable du baiser sacr\u00e9 de la communion, sentir et entendre palpiter le Coeur du Bien-aim\u00e9 dans les profondeurs silencieuses de son \u00eatre, contempler ses traits adorables, jouir de ses ardeurs divines, \u00e9couter ses intimes confidences, s&rsquo;ab\u00eemer en sa pl\u00e9nitude, fondre, dispara\u00eetre dans son infinie majest\u00e9. Quel d\u00e9licieux an\u00e9antissement\u2009!&#8230;<\/p><p>\u00ab\u2009Tes appels ont fait tressaillir mon Coeur. C&rsquo;est moi qui ai fait devancer le jour, pour me donner \u00e0 toi plus t\u00f4t, tant j&rsquo;ai h\u00e2te et soif de descendre dans ton coeur. M&rsquo;aimes-tu\u2009?&#8230;\u2009\u00bb \u2013 Oui, Seigneur, je vous aime\u2009! \u00ab\u2009J&rsquo;ai soif\u2009! J&rsquo;ai soif d&rsquo;\u00eatre aim\u00e9\u2009! Qui voudra satisfaire \u00e0 ma soif\u2009?&#8230; M&rsquo;aimes-tu\u2009?&#8230;\u2009\u00bb \u2013 \u00d4 Dieu tout Amour, qu&rsquo;elles vous le disent, mes souffrances&#8230; qu&rsquo;elles vous r\u00e9pondent, toutes les blessures de mon coeur creus\u00e9es par la main de l&rsquo;Amour\u2009! Seigneur, vous \u00eates l&rsquo;Amour, je vous aime donc par tout votre amour\u2009!<\/p><p>Quels longs et indicibles \u00e9panchements de tendresse\u2009! \u00ab\u2009Tu es toute mienne et je te veux encore plus mienne, pour cela je te ferai encore plus victime.\u2009\u00bb Qu&rsquo;elle s&rsquo;accomplisse en moi votre tr\u00e8s sainte volont\u00e9, \u00f4 mon divin J\u00e9sus\u2009!<\/p><p>\u00ab\u2009Je veux qu&rsquo;apr\u00e8s moi et comme moi, tu apaises par la souffrance et l&rsquo;expiation la juste col\u00e8re de Dieu outrag\u00e9 sans r\u00e9serve par l&rsquo;ingratitude des hommes. J&rsquo;ai besoin que tu m&rsquo;aides \u00e0 arracher les \u00e2mes des griffes de Satan, en achevant en toi ma Passion r\u00e9demptrice. Attends-toi \u00e0 de grands tourments, \u00e0 de tr\u00e8s dures souffrances, puisque tu es toujours parmi les \u00e9pines et que je t&rsquo;ai mise sur ma croix. L&rsquo;ennemi fait de plus en plus de grands efforts pour t&rsquo;avoir, mais sois bien confiante, je suis toujours avec toi.\u2009\u00bb \u00d4 divin Torrent des c\u00e9lestes volupt\u00e9s, je me donne sans r\u00e9serve \u00e0 vos ardeurs divines\u2009; permettez-moi de vous demander une gr\u00e2ce encore\u2009: celle de ne pas vous faire de la peine, de ne pas vous offenser le long du chemin&#8230; \u00e0 tout le reste, je dis fiat\u2009!<\/p><p>\u00ab\u2009J&rsquo;ai sur toute la terre de nombreuses petites victimes comme toi, qui font aussi leurs d\u00e9lices de mes pers\u00e9cutions, de mes opprobres, des douleurs de ma croix. Elles sont les bien-aim\u00e9es de mon P\u00e8re, les pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es de ma tendre M\u00e8re, qui en est la gardienne.<\/p><p>Mais combien plus nombreux sont, parmi mes amis, ceux qui refusent de porter la croix, qui fuient devant elle ; combien innombrables sont ceux qui ne prient pas\u2009! Que d&rsquo;amour indignement m\u00e9pris\u00e9\u2009! Que de gr\u00e2ces inutilis\u00e9es\u2009!&#8230; Avec toi, je me soulage et je me d\u00e9dommage des outrages que je re\u00e7ois, des affronts que je subis, des refus que je rencontre, moi, l&rsquo;Amour infini\u2009!<\/p><p>C&rsquo;est pourquoi je t&rsquo;inonde de plus en plus de gr\u00e2ces, je creuse en toi des ab\u00eemes immenses, pour te remplir des eaux bouillonnantes de mon amour\u2009!&#8230; Tu es ma victime, par toi je veux r\u00e9pandre toutes les gr\u00e2ces qui ont \u00e9t\u00e9 refus\u00e9es.<\/p><p>Je r\u00e9serve au monde entier, et particuli\u00e8rement \u00e0 la France, des tr\u00e9sors de lumi\u00e8res, des d\u00e9luges de gr\u00e2ces&#8230; Jusqu&rsquo;\u00e0 la fin des temps, je ferai des prodiges, rien ne saurait m&rsquo;arr\u00eater, ni la f\u00e9rocit\u00e9 des d\u00e9mons ni la r\u00e9sistance des hommes&#8230; je les terrasserai.<\/p><p>Je me choisirai des \u00e2mes pour les recevoir, je me ferai des victimes pour me payer tous ces prodiges&#8230;\u2009\u00bb<\/p><p>Oh\u2009! ces d\u00e9bordements de gr\u00e2ces\u2009! ces envahissements de lumi\u00e8res\u2009! ces \u00e9panchements de l&rsquo;amour\u2009! ces confidences divines\u2009!&#8230; Je voudrais pouvoir m&rsquo;y d\u00e9rober&#8230; fondre&#8230; n&rsquo;\u00eatre plus. Avec cela, une volont\u00e9 infinie d&rsquo;attachement \u00e0 Dieu, heureuse d&rsquo;acheter au prix de tout ce qu&rsquo;il voudra, de tout ce que je poss\u00e8de, ce tr\u00e9sor d&rsquo;amour que je trouve cach\u00e9 en lui.<\/p><p>Je souffre, non pas d&rsquo;aimer trop&#8230; mais de ne pas savoir aimer&#8230; et parce que je me vois de plus en plus impuissante, de plus en plus indigne \u00e0 aimer l&rsquo;Amour.<\/p><p>Impuissance sans mesure, indignit\u00e9 effrayante&#8230; aspirations, d\u00e9sirs irr\u00e9sistibles de poss\u00e9der cet Amour, toujours plus grand que le contenant qui le re\u00e7oit&#8230; toujours plus haut que les deux mains tendues du d\u00e9sir. Amour qui d\u00e9sesp\u00e8re et qui attire&#8230; amour dont la souffrance fait vivre et dont l&rsquo;ivresse fait mourir. Amour qui d\u00e9salt\u00e8re autant qu&rsquo;il br\u00fble\u2009; car comment n&rsquo;\u00eatre pas consum\u00e9 en un fugitif instant dans ces torrents de flammes\u2009?<\/p><p>Rien n&rsquo;est \u00e0 la fois plus d\u00e9licieux et plus torturant que l&rsquo;Amour\u2009! Mais pourquoi, Seigneur, d\u00e9fendiez-vous \u00e0 Marie-Madeleine de vous approcher et de vous toucher au sortir du tombeau, et faites-vous ineffablement reposer en vous comme en un lit chaste et divin, une cr\u00e9ature aussi ingrate que moi\u2009? Si j&rsquo;\u00e9tais vous, \u00f4 J\u00e9sus, ce n&rsquo;est pas moi que j&rsquo;aurais choisie\u2009! Je\u2009n&rsquo;aurais pas choisi une ingrate\u2009!&#8230; \u00ab\u2009Mais moi, je t&rsquo;ai choisie, au contraire je le ferai encore plus souvent. Tu es ma petite joie.\u2009\u00bb Mais, Seigneur, et les autres\u2009?&#8230; \u00ab\u2009Ne t&rsquo;inqui\u00e8te pas. Il est dans la nature du souverain Bien de donner abondamment, lib\u00e9ralement, \u00e0 toutes les cr\u00e9atures, leur mesure de jouissance et d&rsquo;amour, et de combler, en les d\u00e9passant, tous leurs d\u00e9sirs&#8230; sans \u00e9puisement. Je suis tien&#8230; je t&rsquo;aime, dit J\u00e9sus, reste avec moi, ton Dieu et ton Epoux.\u2009\u00bb Puis il\u2009me b\u00e9nit, et les confidences furent achev\u00e9es.<\/p><p>Ma joie est trop immense, mon bonheur est trop intime pour s&rsquo;exprimer au dehors.<\/p><p>\u00d4 Dieu, mon Amour\u2009! creusez en moi des ab\u00eemes de mis\u00e9ricordes et de charit\u00e9\u2009! Rendez-moi docile et bien souple \u00e0 tous vos d\u00e9sirs, fid\u00e8le \u00e0 vos inspirations, humblement abandonn\u00e9e \u00e0 votre sage conduite&#8230; pr\u00eate \u00e0 tous les devoirs, jusque dans l&rsquo;oubli du repos sans rien laisser trop para\u00eetre&#8230; sans me lasser de souffrir\u2009! Vous l&rsquo;avez dit, je suis votre ins\u00e9parable\u2009!<\/p><p>Ne rien savoir refuser au Bon Dieu\u2009!<\/p><p>Ne jamais rien recevoir de lui sans d\u00e9sirer vouloir le partager imm\u00e9diatement avec une \u00e2me.<\/p><p>Il n&rsquo;y a que Dieu qui puisse mettre et fixer ces pens\u00e9es dans notre \u00e2me.<\/p><p>\u00d4 admirable et charitable M\u00e8re\u2009! faites-moi aimer J\u00e9sus comme vous l&rsquo;aimez, et que cet amour soit tout le bonheur de ma vie et ma confiance au moment de ma mort\u2009!<\/p><p>C\u00e9lestes choeurs des anges, qui chantez et contemplez face \u00e0 face Dieu au plus haut des cieux&#8230; et vous, bienheureuses phalanges de saints et de saintes, rest\u00e9s inconnus du monde, accompagnez-moi, remerciez, louez, glorifiez Celui qui fait gr\u00e2ce \u00e0 la plus pauvre de ses cr\u00e9atures, d&rsquo;un amour infini.<\/p><p>^ 6 novembre 1931 (vendredi)<\/p><p>Sainte communion. Ce jour a \u00e9t\u00e9 un vrai d\u00e9lice du Paradis\u2009! Quel \u00e9panouissement\u2009! Quel chant enthousiasm\u00e9 dans l&rsquo;\u00e2me qui, tout embras\u00e9e, poss\u00e9d\u00e9e par une vive flamme, est emport\u00e9e par le d\u00e9sir et l&rsquo;amour sur les hauteurs de la contemplation\u2009; dans l&rsquo;\u00e2me qui, par volont\u00e9 de Celui qui est l&rsquo;Amour m\u00eame, est offerte et configur\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2me et au sacrifice du Christ-Hostie venu tout vivant dans son esprit et dans son coeur, et en lequel elle chante, sous l&rsquo;action directe de l&rsquo;Esprit Saint, l&rsquo;admirable concert des gloires du Cr\u00e9ateur.<\/p><p>\u00ab\u2009Gloire \u00e0 Dieu au plus haut des cieux\u2009\u00bb et paix sur la terre aux \u00e2mes, ses dociles servantes&#8230; r\u00e9pondent les anges.<\/p><p>Quelle consolation pour les tr\u00e8s pauvres petites \u00e2mes, de trouver en J\u00e9sus-Hostie tout l&rsquo;amour, toute l&rsquo;ardeur dont elles ont tant besoin pour louer, chanter et glorifier Dieu.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, c&rsquo;est bien pour jamais que vous \u00eates tout \u00e0 moi et que je suis toute \u00e0 vous. Je poss\u00e8de en moi J\u00e9sus, et en lui je demeure&#8230; non pour y vivre ma vie&#8230; mais pour vivre de la sienne, et ne cesser de lui ouvrir tout mon \u00eatre et de m&rsquo;absorber en lui.<\/p><p>C&rsquo;est lui qui l&rsquo;affirme\u2009: \u00ab\u2009Je suis l&rsquo;Amour en personne, je t&rsquo;aime, je te mets tout enti\u00e8re dans mon Coeur. Tu es mon \u00e9pouse, l&rsquo;\u00e9pouse de mon Coeur.\u2009\u00bb<\/p><p>Vivre de Dieu, en Dieu seul\u2009! C&rsquo;est \u00e9lever bien haut son \u00e2me au-dessus des riens de la terre&#8230; c&rsquo;est se fixer sur les sommets des r\u00e9alit\u00e9s \u00e9blouissantes, dans la lumi\u00e8re transformante, au seul nom de J\u00e9sus&#8230; c&rsquo;est reposer en lui dans les d\u00e9lices de l&rsquo;union parfaite. Union o\u00f9, sans limite, s&rsquo;\u00e9claire l&rsquo;intelligence, illumin\u00e9e de plus en plus par son souverain Bien \u00e0 mesure qu&rsquo;il se montre \u00e0 elle et lui donne une connaissance plus haute de ses perfections infinies\u2009; union o\u00f9 sans r\u00e9serve la volont\u00e9 se donne, de plus en plus p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e d&rsquo;un profond sentiment d&rsquo;humilit\u00e9 et d&rsquo;un absolu d\u00e9tachement des choses de la terre, avec l&rsquo;ardent d\u00e9sir d&rsquo;acheter au prix de toutes les souffrances et m\u00eame du martyre, pour elle et pour toutes les cr\u00e9atures, le bonheur du ciel.<\/p><p>De cette union d&rsquo;amour, de cette douce intimit\u00e9 avec Dieu dans les d\u00e9lices du ciel et de la terre, l&rsquo;\u00e2me aimante n&rsquo;en peut plus revenir, du moins pas enti\u00e8rement&#8230; et toujours divinement transform\u00e9e.<\/p><p>Comme l&rsquo;amour la remplit, l&rsquo;absorbe, l&rsquo;enchante et si bien qu&rsquo;elle ne peut sentir, go\u00fbter, jouir d&rsquo;autre chose, elle y trouve toujours d&rsquo;admirables secrets de grandir en amour, et des moyens pour aimer davantage.<\/p><p>Rien n&rsquo;est obstacle \u00e0 son amour. Et non seulement elle s&rsquo;y d\u00e9voue tout enti\u00e8re, mais l&rsquo;amour qui l&rsquo;unit \u00e0 son Bien-aim\u00e9 ne cesse de lui inspirer en toutes choses, dans les plus moindres choses et par tous les d\u00e9tails de sa vie, un sublime mouvement qui la porte \u00e0 l&rsquo;aimer toujours plus. Elle s&rsquo;aide de tout pour aimer, et elle se passe aussi de tout quand il le faut&#8230; quand tout lui manque&#8230; elle aime et&#8230; l&rsquo;amour lui suffit de tout.<\/p><p>\u00d4 Dieu tout amour\u2009! \u00d4 Verbe, que l&rsquo;amour a fait chair pour supprimer toute impossibilit\u00e9 d&rsquo;union entre Dieu et l&rsquo;homme&#8230; que l&rsquo;amour continue d&rsquo;immoler chaque jour, que l&rsquo;amour rend prisonnier, Pain de vie, et o\u00f9 son infinie tendresse, si nous la laissons faire, accomplit en nous conformit\u00e9 de vie, de nom, de ressemblance&#8230; La transformation se fait dans l&rsquo;amour, mais la saintet\u00e9 s&rsquo;op\u00e8re par l&rsquo;humilit\u00e9\u2009!<\/p><p>La croix et la sainte Hostie, myst\u00e8res incomparables d&rsquo;humilit\u00e9 et d&rsquo;amour, sont les deux flambeaux illuminant le chemin de ma vie, les deux grandes ailes guidant mes oraisons, soutenant mon ascension.<\/p><p>Pour les gr\u00e2ces incessantes, les faveurs miraculeuses accord\u00e9es \u00e0 mon \u00e2me, pour toutes les ferventes pri\u00e8res qui, s&rsquo;\u00e9levant de mon coeur, sont mont\u00e9es vers le v\u00f4tre, et que dans votre admirable bont\u00e9 vous avez exauc\u00e9es ou que, par plus d&rsquo;amour, vous avez laiss\u00e9es sans r\u00e9ponse,<\/p><p>je vous b\u00e9nis, mon Dieu\u2009!<\/p><p>Pour les heures si bonnes, les joies si pures que j&rsquo;ai go\u00fbt\u00e9es dans la douceur de l&rsquo;union et de l&rsquo;amour, et dont le bienfaisant souvenir ne s&rsquo;effacera plus jamais de mon \u00e2me,<\/p><p>je vous b\u00e9nis, mon Dieu\u2009!<\/p><p>Pour m&rsquo;avoir destin\u00e9e, comme un vase d&rsquo;\u00e9lection, \u00e0 recevoir les ardeurs de votre divine charit\u00e9, pour m&rsquo;avoir si souvent inspir\u00e9 comment devenir toute v\u00f4tre&#8230; et m&rsquo;avoir sollicit\u00e9e avec tant de douceur \u00e0 vouloir toujours rester votre petite victime sur l&rsquo;enclume des terribles sollicitations de l&rsquo;Amour,<\/p><p>je vous b\u00e9nis, mon Dieu\u2009!<\/p><p>Seigneur, je m&rsquo;abandonne entre vos mains, je suis v\u00f4tre \u00e0 jamais\u2009!<\/p><p>Je vis aussit\u00f4t mon lit transform\u00e9 en une grande croix \u00e9pineuse, transformation qui s&rsquo;est faite d\u00e9j\u00e0 bien des fois, et qui s&rsquo;op\u00e8re chaque fois plus torturante parce qu&rsquo;avec toujours plus d&rsquo;amour.<\/p><p>\u00ab\u2009C&rsquo;est l\u00e0 que maintenant je te veux\u2009\u00bb, dit aussit\u00f4t une voix int\u00e9rieure.<\/p><p>Le changement fut soudain. La v\u00e9h\u00e9mence de la souffrance \u00e9tait telle qu&rsquo;elle m&rsquo;occasionnait de tr\u00e8s p\u00e9nibles tremblements\u2009; tous mes membres tremblaient et je sentais que le coeur me br\u00fblait.<\/p><p>Impossible \u00e0 dire quelle \u00e9tait ma torture int\u00e9rieure, mais je crus vraiment que j&rsquo;allais mourir. Je ne pouvais que dire\u2009: Seigneur je vous aime\u2009! Tout pour votre amour, \u00f4 mon Dieu\u2009! Mais donnez-moi Marie, ma tendre M\u00e8re, et donnez-moi \u00e0 elle\u2009!<\/p><p>Mon Dieu me fit comprendre alors par voie de communication que toute ma paix et ma f\u00e9licit\u00e9 seraient dans l&rsquo;humilit\u00e9, dans l&rsquo;attention continuelle \u00e0 l&rsquo;intime pr\u00e9sence de Dieu et dans la conformit\u00e9 parfaite \u00e0 son divin vouloir.<\/p><p>Je sentais en m\u00eame temps rena\u00eetre mon courage de souffrir, et j&rsquo;implorais la m\u00e9diation toute maternelle de la Sainte Vierge\u2009!<\/p><p>^ 14 novembre 1931 (samedi)<\/p><p>Encore Seigneur\u2009! Encore davantage\u2009! Quel heureux m\u00e9lange d&rsquo;\u00e9preuves et de croix\u2009!<\/p><p>Mais, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9preuve et la croix qui met toute sa valeur \u00e0 notre vie surnaturelle.<\/p><p>L&rsquo;Aigle ador\u00e9 ne pose jamais son aile sur une \u00e2me sans lui donner, avec le vrai baiser, de la douleur. Et puisque rien de grand ne se fait en nous sans la souffrance\u2009!<\/p><p>Ave Crux amoris spes unica\u2009!<\/p><p>Tout ce qui humilie, purifie&#8230; tout ce qui crucifie, sanctifie&#8230; tout ce qui unit \u00e0 J\u00e9sus, divinise\u2009!<\/p><p>Ah\u2009! qu&rsquo;il est doux d&rsquo;\u00eatre chr\u00e9tien quand la maladie est la croix de tous les jours et que l&rsquo;on passe des mois et des ann\u00e9es sur un lit de souffrance\u2009!<\/p><p>Le renoncement, le sacrifice, voil\u00e0 le fond de la perfection, le mot\u20091 sup\u00e9rieur de toute action haute et f\u00e9conde.<\/p><p>Savoir s&rsquo;humilier, savoir s&rsquo;oublier, savoir s&rsquo;immoler, savoir se donner, savoir se perdre, savoir se prodiguer et se mettre \u00e0 la disposition de tous, en acceptant avec joie et avec amour\u2009: injure, ingratitude, fatigues, souffrances, abandon, en s&rsquo;\u00e9levant au-dessus de la nature, affaiblie et endolorie&#8230; plus haut que nos sens tortur\u00e9s et martyris\u00e9s. Tout sert&#8230; tout nous aide \u00e0 parvenir au ciel\u2009! donc fiat toujours et toujours fiat\u2009! Amen\u2009! Alleluia\u2009!<\/p><p>La souffrance et la p\u00e9nitence sont deux armes de salut mises dans les mains de la vaillante arm\u00e9e des \u00e9pouses du Christ J\u00e9sus d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 prier, \u00e0 combattre pour la paix et l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;Eglise, pour le Vicaire supr\u00eame du Christ, pour tous les autres pasteurs qui partagent avec lui le poids tout divin, mais si redoutable, du gouvernement des \u00e2mes, pour la d\u00e9fense et le r\u00e9tablissement des vertus morales chr\u00e9tiennes dans l&rsquo;univers et pour le salut des \u00e2mes. Le coeur d&rsquo;une petite victime d&rsquo;amour doit sans cesse \u00eatre broy\u00e9 dans une couronne d&rsquo;\u00e9pines, travers\u00e9 de la croix, transperc\u00e9 d&rsquo;une lance, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de sept glaives et ne montrer que de vives flammes.<\/p><p>Le Christ-Hostie est le mod\u00e8le dont je dois reproduire tous les traits, revivre toutes les immolations. Il ne faut jamais \u00eatre exclusif dans nos douleurs. A c\u00f4t\u00e9 de nos souffrances, mettons toujours les souffrances des autres\u2009; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nos pleurs, mettons toujours les larmes des autres\u2009; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nos afflictions, sachons mettre les peines des autres. Chaque \u00e2me a dans sa vie des pages qu&rsquo;elle ignore et qui sont \u00e9crites par les m\u00e9rites, les pri\u00e8res, les p\u00e9nitences, les souffrances d&rsquo;autres \u00e2mes.<\/p><p>Oh\u2009! que je suis donc int\u00e9rieurement bris\u00e9e et tortur\u00e9e. Jour et nuit, tout mon \u00eatre g\u00e9mit dans le feu, tourment\u00e9 par la souffrance et plus encore tortur\u00e9 par l&rsquo;amour\u2009! Et dans tout cela, combien peu de tranquillit\u00e9 accord\u00e9e\u2009? D&rsquo;o\u00f9 vient que, comme malgr\u00e9 moi, mon visage sourit \u00e0 mon entourage quand il voudrait pleurer, ma langue parle quand elle voudrait rester muette, mon esprit s&rsquo;int\u00e9resse aux besoins, aux peines des autres quand il voudrait se renfermer\u2009? D&rsquo;o\u00f9 vient donc que j&rsquo;ai tant soif de solitude, et je dirais de calme ext\u00e9rieur, et qu&rsquo;une voix int\u00e9rieure parle aussit\u00f4t plus haut que mon d\u00e9sir de retraite et l&rsquo;an\u00e9antit imm\u00e9diatement\u2009? D&rsquo;o\u00f9 vient que je suis si spontan\u00e9ment \u00e0 la disposition de tous\u2009?&#8230; Est-ce la petite sainte Th\u00e9r\u00e8se qui s\u00e8me de roses \u00ab\u2009la petite voie de simplicit\u00e9, de confiance et d&rsquo;amour\u2009\u00bb pour m&rsquo;entra\u00eener plus s\u00fbrement parmi les ronces, les souffrances, les agonies de la \u00ab\u00a0grande\u00a0\u00bb\u2009?&#8230; Est-ce la Sainte Vierge qui me dirige de plus en plus amoureusement vers les ascensions courageuses\u2009? Ou bien vous, Seigneur, qui me faites agir ainsi, sourire, parler avec douceur, me m\u00ealer \u00e0 la vie ordinaire patiemment, alors m\u00eame que la fatigue atteint les limites extr\u00eames\u2009?<\/p><p>Ressembler \u00e0 J\u00e9sus, modeler ma vie sur la sienne. Imiter Marie, Vierge tr\u00e8s fid\u00e8le, Vierge sacerdotale, aimer dans leur amour&#8230; demeurer en union avec elle, attentive en la compagnie de ma royale Famille&#8230;. c&rsquo;est tout mon id\u00e9al\u2009!<\/p><p>Dieu nous p\u00e9n\u00e8tre de son influence pour nous modeler \u00e0 son image, pour nous faire entrer plus avant dans la consid\u00e9ration de ses attributs divins&#8230; Il ne se fait des victimes que pour les p\u00e9n\u00e9trer de ses tendresses.<\/p><p>Oh\u2009! c&rsquo;est bien vrai, je ne voudrais pas moins souffrir, puisque moins souffrir aboutirait \u00e0 moins aimer&#8230; et \u00e0 moins \u00eatre aim\u00e9e\u2009! A\u2009vivre, \u00e0 souffrir, \u00e0 mourir&#8230; je m&rsquo;abandonne\u2009! C&rsquo;est tout ce que Dieu veut, que j&rsquo;aime&#8230; Je m&rsquo;en remets aveugl\u00e9ment \u00e0 lui, par Marie\u2009! Mon abandon, je le veux illimit\u00e9.<\/p><p>\u00ab\u2009Sois attentive \u00e0 me plaire et&#8230; je serai attentif \u00e0 combler tes demandes les plus ch\u00e8res.\u2009\u00bb<\/p><p>Pour cette douloureuse affaire, lui seul peut v\u00e9ritablement agir, efficacement intervenir\u2009!<\/p><p>Oui, toi seul, \u00f4 J\u00e9sus, qu&rsquo;avec amour et tremblement mes l\u00e8vres nomment, p\u00e9n\u00e8tres tout au fond de mon \u00eatre&#8230; Toi seul tu sais&#8230; Toi seul tu vois&#8230; Toi seul, \u00f4 Dieu, peux comprendre l&rsquo;ab\u00eeme de ma douleur, et c&rsquo;est toute ma paix\u2009!<\/p><p>\u00d4 M\u00e8re ch\u00e9rie, apprenez-moi \u00e0 souffrir avec toujours plus d&rsquo;amour. \u00d4 P\u00e8re, Seigneur du ciel et de la terre, remplissez la coupe de mon \u00e2me de la fra\u00eeche ros\u00e9e de vos gr\u00e2ces et de vos plus paternelles b\u00e9n\u00e9dictions.<\/p><p>^ 23 novembre 1931 (lundi)<\/p><p>Nuit d&rsquo;amour\u2009! Nuit de mortelles souffrances\u2009! Nuit de courage&#8230; nuit de fid\u00e8le union \u00e0 Dieu.<\/p><p>Oh\u2009! cette union toujours grandissante&#8230; Cette intimit\u00e9 toujours plus divine, toujours plus c\u00e9leste, toujours plus communicative\u2009! Qu&rsquo;elle me met souvent hors de moi\u2009! Si lumineux est devenu, dans l&rsquo;amour, le sentiment de la bien-aim\u00e9e pr\u00e9sence de mon Dieu, et si vive la conscience de lui \u00eatre unie, qu&rsquo;il en r\u00e9sulte tr\u00e8s fr\u00e9quemment la suspension des puissances int\u00e9rieures et m\u00eame l&rsquo;insensibilit\u00e9 des sens ext\u00e9rieurs, sous une forme plus ou moins compl\u00e8te.<\/p><p>Mon Dieu, faites que je ne m&rsquo;inqui\u00e8te et ne m&rsquo;occupe pas de moi\u2009!&#8230; le moins qu&rsquo;il peut \u00eatre possible.<\/p><p>Aimer&#8230; prier&#8230; souffrir&#8230; et me taire\u2009! Laisser \u00e0 tout jamais l&rsquo;amour et la gr\u00e2ce de Dieu accomplir en tout mon \u00eatre leur oeuvre d&rsquo;amour, afin d&rsquo;\u00eatre toujours la douceur, le repos, la petite hostie de joie du cher Ma\u00eetre et doux Roi de mon \u00e2me&#8230; tout son ciel de d\u00e9lices.<\/p><p>Ne conna\u00eetre ni murmure, ni d\u00e9faillance, ni plainte\u2009! N&rsquo;avoir qu&rsquo;un \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb \u00e0 toutes les douleurs et qu&rsquo;un chant d&rsquo;all\u00e9gresse dans toutes les agonies.<\/p><p>Ensevelir mes souffrances, ne pas plus m&rsquo;alarmer de leurs multiples accroissements que l&rsquo;arbre de la feuille qui tombe, dans l&rsquo;unique pens\u00e9e que je ne suis jamais seule. Car, avec le fleuve de vie, de lumi\u00e8re et d&rsquo;amour qui, nuit et jour, se d\u00e9verse en mon \u00e2me, je porte en moi la source jaillissante, tout l&rsquo;oc\u00e9an divin.<\/p><p>Dieu ne se s\u00e9pare jamais de ses dons, en nous les donnant il se donne avec eux. Comme la m\u00e8re qui \u00e9treint dans ses bras le tout petit enfant dans lequel elle se retrouve elle-m\u00eame, ainsi Dieu ne peut voir l&rsquo;\u00e2me qu&rsquo;il s&rsquo;est assimil\u00e9e sans s&rsquo;aimer en elle et sans vouloir s&rsquo;unir \u00e0 elle, afin de poursuivre lui-m\u00eame son oeuvre cr\u00e9atrice et sanctifiante.<\/p><p>\u00ab\u2009Celui-l\u00e0 qui m&rsquo;aime, annon\u00e7ait J\u00e9sus, mon P\u00e8re et moi nous l&rsquo;aimerons et nous ferons en lui notre demeure.\u2009\u00bb<\/p><p>Ainsi donc, souffrir avec J\u00e9sus et comme J\u00e9sus en si royale compagnie, c&rsquo;est si enivrant, si doux que ce n&rsquo;est vraiment plus souffrir\u2009! Je l&rsquo;ai dit, l&rsquo;amour a ressuscit\u00e9 mon \u00e2me. Avant, j&rsquo;allais dans la foi, mais maintenant c&rsquo;est la r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est l&rsquo;exp\u00e9rience. Je suis venue \u00e0 ne plus pouvoir souffrir, parce que toute souffrance m&rsquo;est une douce ivresse&#8230; Je meurs de souffrance et je renais pour souffrir encore. Je suis une malade d&rsquo;amour, je suis malade de l&rsquo;amour de Dieu et de l&rsquo;amour des \u00e2mes, de toutes les \u00e2mes de l&rsquo;univers.<\/p><p>J\u00e9sus m&rsquo;a donn\u00e9 un coeur pour aimer un monde\u2009!<\/p><p>Ma principale, pour ne pas dire unique activit\u00e9, c&rsquo;est la vie int\u00e9rieure fervente, ardente&#8230; c&rsquo;est l&rsquo;amour\u2009! J&rsquo;ai \u00e0 me pr\u00eater, bien s\u00fbr, \u00e0 d&rsquo;autres devoirs et \u00e0 d&rsquo;autres occupations, mais ils me prennent sans m&rsquo;absorber.<\/p><p>Ma vie de miracle s&rsquo;affirme plus merveilleuse de jour en jour. Le surnaturel, le divin envahit mon \u00e2me.<\/p><p>Je le sais, j&rsquo;en suis s\u00fbre, c&rsquo;est pour avoir voulu fondre ma vie naturelle dans ma vie surnaturelle et divine, que j&rsquo;ai re\u00e7u, d\u00e9j\u00e0 en ce monde, ce centuple merveilleux promis par Notre-Seigneur \u00e0 l&rsquo;\u00e2me g\u00e9n\u00e9reuse qui fait ma joie, m\u00eame dans les plus grandes douleurs. Oh\u2009! que je suis heureuse\u2009! Et que Dieu est infini dans sa mis\u00e9ricorde et dans son amour\u2009!<\/p><p>Que le Seigneur est admirable\u2009! Qu&rsquo;il est grand et magnanime \u00e0 mon \u00e9gard de me traiter en \u00e9pouse la plus aim\u00e9e et en vraie victime.<\/p><p>Seule l&rsquo;intense union \u00e0 Dieu par l&rsquo;oraison peut nous garder sans d\u00e9faillance dans l&rsquo;humble attitude de la donation sans r\u00e9serve et dans l&rsquo;amour de Dieu.<\/p><p>On ne vit dans l&rsquo;amour de Dieu qu&rsquo;en disparaissant soi-m\u00eame et en lui laissant toute libert\u00e9 d&rsquo;action. Pour \u00eatre v\u00e9ritablement victime d&rsquo;amour, il faut se livrer totalement \u00e0 l&rsquo;amour et se laisser d\u00e9vorer par son feu jusqu&rsquo;\u00e0 la consommation parfaite&#8230; Toutes ces grandes choses r\u00e9alis\u00e9es en moi par l&rsquo;amour vont s&rsquo;\u00e9panouissant de plus en plus tous les jours\u2009!<\/p><p>Oh\u2009! ces regards de J\u00e9sus, pos\u00e9s sur mon \u00e2me\u2009!&#8230; Mais si heureux que soit J\u00e9sus de briller comme un astre \u00e9tincelant d&rsquo;amour et de v\u00e9rit\u00e9 aux yeux de l&rsquo;\u00e2me qui s&rsquo;en va, toute vibrante d&rsquo;all\u00e9gresse, \u00e0 travers les durs sentiers de la perfection, qui gravit le coeur plein d&rsquo;esp\u00e9rance les rudes \u00e9tapes du Calvaire, tour \u00e0 tour courb\u00e9e sous le poids de ses fautes ou les yeux lev\u00e9s vers l&rsquo;\u00e9ternelle Patrie de la lumi\u00e8re, il se pla\u00eet, pour fortifier la vertu dans l&rsquo;\u00e2me aim\u00e9e et pour \u00e9prouver son amour, \u00e0 l&rsquo;envelopper des t\u00e9n\u00e8bres et des angoisses de son agonie, des amertumes et des souffrances de sa Passion, \u00e0 laquelle il veut doublement l&rsquo;associer.<\/p><p>D&rsquo;ailleurs, le jour ne peut ind\u00e9finiment durer, et n\u00e9cessairement la nuit le suit et le pr\u00e9c\u00e8de. Il faut plus que des irradiations de lumi\u00e8re pour \u00e9panouir divinement une \u00e2me, il faut des t\u00e9n\u00e8bres et des d\u00e9solations\u2009; il faut plus que la vie, il faut des \u00e9preuves et des tourments&#8230; il faut la mort.<\/p><p>Le Seigneur donne \u00e0 tous ses roses et ses \u00e9pines, \u00e0 tous l&rsquo;amer calice et la coupe divine, le pain de vie et l&rsquo;\u00e9ponge de fiel\u2009!<\/p><p>Dans toutes mes souffrances, ma vie est un bonheur et Dieu est un P\u00e8re infiniment trop d\u00e9licat, trop doux. Et J\u00e9sus\u2009! J\u00e9sus\u2009! Je ne peux pas dire\u2009?&#8230; Il est l&rsquo;Epoux plein de tendresse qui \u00e9treint ses victimes sous les terribles baisers de l&rsquo;immolation, en les fondant de bonheur\u2009! Car partout o\u00f9 il met la croix, il y met de l&rsquo;esp\u00e9rance et l&rsquo;amour. Oui, la souffrance est l&rsquo;\u00e9preuve, mais l&rsquo;\u00e9preuve, c&rsquo;est le ciel\u2009!&#8230;<\/p><p>^ 28 novembre 1931 (samedi)<\/p><p>Sainte communion. \u00d4 cher Ma\u00eetre et doux Roi de mon \u00e2me. \u00d4 Splendeur ineffable\u2009! Beaut\u00e9 sans mesure\u2009! Divinit\u00e9 parfaite\u2009! Epoux plein d&rsquo;amour\u2009! Quelle douceur et quelle all\u00e9gresse j&rsquo;\u00e9prouve en mon \u00e2me de me savoir tout enti\u00e8re \u00e0 vous\u2009! Rendez-moi toute braise pour vous aimer autant que vous demandez d&rsquo;amour&#8230; toute flamme pour vous faire aimer autant que le r\u00e9clame votre ineffable charit\u00e9, \u00f4 divin assoiff\u00e9 de nos coeurs&#8230; pour vous faire aimer de tous, maintenant et toujours\u2009! Je veux plus que jamais et mieux que jamais donner tout l&rsquo;or de mes pri\u00e8res, les diamants de mes souffrances, la myrrhe de mes sacrifices, les tr\u00e9sors de mes renoncements et de mon amour, pour aider, sauver les \u00e2mes et les donner \u00e0 J\u00e9sus, Roi d&rsquo;amour\u2009!<\/p><p>\u00d4 mon Amour, mon Tr\u00e9sor et mon Tout, quand donc vous aimerai-je\u2009? Il est temps, Seigneur, que je vous aime\u2009! Je ne puis pas ne pas vous aimer, moi qui suis v\u00f4tre&#8230; moi qui suis toute v\u00f4tre, \u00f4 mon bien-aim\u00e9.<\/p><p>\u00d4 mon \u00e2me\u2009! adore et b\u00e9nis le Seigneur, ton Ma\u00eetre et ton Dieu\u2009!<\/p><p>Chante les extraordinaires merveilles op\u00e9r\u00e9es en toi\u2009: il t&rsquo;a cr\u00e9\u00e9e fille de son amour, il t&rsquo;a adopt\u00e9e au Bapt\u00eame, il t&rsquo;a pardonn\u00e9 toutes tes fautes, il t&rsquo;a voulue pour lui seul, il t&rsquo;a ressuscit\u00e9e dans son amour, il se donne \u00e0 toi pour t&rsquo;assimiler \u00e0 lui, pour que tu sois sa copie fid\u00e8le, pour que tu disparaisses en lui et deviennes un autre lui-m\u00eame&#8230; un autre Jesus Hostia\u2009!&#8230;<\/p><p>Que vous donner, \u00f4 mon Roi ador\u00e9\u2009! Que vous donner en \u00e9change, que faire pour vous t\u00e9moigner plus d&rsquo;amour, pour vous rendre plus d&rsquo;honneur\u2009?&#8230; par quoi vous prouver mon bonheur\u2009?<\/p><p>\u00ab\u2009D&rsquo;abord, m&rsquo;aimes-tu\u2009?\u2009\u00bb \u2013 \u00d4 mon J\u00e9sus, mais vous savez bien que je vous aime, et que je n&rsquo;aime que vous seul, mon Tr\u00e9sor et ma Vie\u2009!<\/p><p>\u00ab\u2009Pourquoi m&rsquo;aimes-tu\u2009?&#8230;\u2009\u00bb \u2013 Seigneur, vous \u00eates l&rsquo;Amour, l&rsquo;Amour ne veut \u00eatre aim\u00e9 que par l&rsquo;Amour, c&rsquo;est donc par vous, \u00f4\u2009mon Amour, que je vous aime\u2009!<\/p><p>\u00ab\u2009Mais, comment m&rsquo;aimes-tu\u2009?&#8230;\u2009\u00bb \u2013 D&rsquo;un amour aussi grand que le v\u00f4tre, puisque c&rsquo;est par votre amour que je vous aime\u2009!<\/p><p>Mon Dieu, je vous aime par votre amour\u2009!&#8230;<\/p><p>\u00ab\u2009Crois-tu m&rsquo;aimer comme ce s\u00e9raphin\u2009?&#8230;\u2009\u00bb \u2013 Je ne peux vous r\u00e9pondre, mais vous savez comment je vous aime\u2009!&#8230; Qu&rsquo;il vous le dise, mon coeur\u2009! \u00ab\u2009Cette \u00e2me, \u00f4 S\u00e9raphins, est ma bien douce aim\u00e9e\u2009!\u2009\u00bb<\/p><p>Tr\u00e8s Sainte Vierge, M\u00e8re de mon bel Amour\u2009! \u00d4 S\u00e9raphins aux coeurs de braise, saints du ciel et de la terre, laissez ma pauvre petitesse s&rsquo;unir \u00e0 votre grandeur pour aimer, louer, glorifier notre magnanime Seigneur\u2009!<\/p><p>Une seule chose m&rsquo;envahit, m&rsquo;inonde, me poss\u00e8de&#8230; l&rsquo;Amour de mon Dieu\u2009! Je br\u00fble et je languis d&rsquo;amour.<\/p><p>La communion de ce jour a \u00e9t\u00e9 une belle journ\u00e9e d&rsquo;amour, un surcro\u00eet de bonheur dans lequel j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet des plus ineffablement pures, chastes et divines caresses de mon H\u00f4te ch\u00e9ri.<\/p><p>Ce J\u00e9sus ador\u00e9 m&rsquo;attirant doucement, amoureusement sur son Coeur \u00e9tincelant comme un soleil de l&rsquo;autre monde, et jusqu&rsquo;\u00e0 ses l\u00e8vres lumineuses o\u00f9, dans un cri d&rsquo;amour, je lui dis\u2009: \u00f4 Coeur de mon coeur, \u00f4 ma Vie, je ne suis que pauvret\u00e9, que mis\u00e8re&#8230; mais je vous aime\u2009! Mon J\u00e9sus je vous redonne mon coeur. Et J\u00e9sus de me r\u00e9pondre\u2009: \u00ab\u2009Je le prends, puisqu&rsquo;il est mien.\u2009\u00bb \u2013 Mais, mon tendre Ma\u00eetre, comment ferais-je pour vous aimer si je n&rsquo;ai plus mon coeur\u2009?&#8230; \u00ab\u2009C&rsquo;est moi, me dit-il, qui suis ta vie et ton coeur.\u2009\u00bb<\/p><p>En effet, mon coeur \u00e9tait plong\u00e9, enfonc\u00e9, fondu dans cet Oc\u00e9an de feu, dans ce Paradis de d\u00e9lices, et il me semble tr\u00e8s v\u00e9ritablement que je ne vis plus que par le Coeur divin.<\/p><p>Quand m\u00eame je supplie mon bien-aim\u00e9 Seigneur de ne plus se montrer \u00e0 moi, de ne plus me faire tant de gr\u00e2ces, protestant de mon indignit\u00e9 et r\u00e9p\u00e9tant qu&rsquo;il sait bien que ce que je veux c&rsquo;est \u00eatre l&rsquo;amante, l&rsquo;amante de la croix&#8230; mais il se d\u00e9clare le Ma\u00eetre, et les communications se poursuivent.<\/p><p>C&rsquo;est dans ce moment d&rsquo;amour extr\u00eame qu&rsquo;il m&rsquo;a fait conna\u00eetre que la grande faveur qui venait de m&rsquo;\u00eatre accord\u00e9e, je la devais uniquement (comme tout, absolument tout du reste) \u00e0 sa pure bont\u00e9, et \u00e0 cause de mon filial amour envers sa tendre et divine M\u00e8re, que je fonds toujours avec le sien.<\/p><p>Il daigna aussi me r\u00e9v\u00e9ler comment cette tout aimable souveraine, que nous aimons invoquer sous le titre qui lui est tr\u00e8s cher de puissante Tr\u00e9sori\u00e8re de toutes les gr\u00e2ces, par sa m\u00e9diation toute maternelle, nous rapproche, nous ouvre, nous fait entrer dans l&rsquo;ab\u00eeme infini de l&rsquo;adorable Amour, et comment elle nous fait p\u00e9n\u00e9trer toujours plus avant dans la douce intimit\u00e9 de Dieu.<\/p><p>Ne pouvant nous unir \u00e0 J\u00e9sus que par sa douce M\u00e8re, nous ne pouvons non plus arriver et \u00eatre agr\u00e9ables \u00e0 Dieu le P\u00e8re et nous prosterner au pied du Tr\u00f4ne de sa souveraine grandeur qu&rsquo;accompagn\u00e9s et unis \u00e0 notre tr\u00e8s aimant R\u00e9dempteur, et comme transform\u00e9s, fondus en lui, afin de pouvoir, par son divin secours, aimer, honorer, adorer dignement la toute-puissante Majest\u00e9 et avoir part \u00e0 ses surabondantes b\u00e9n\u00e9dictions et \u00e0 son intarissable tendresse, avec le Coeur, par le Coeur, dans le Coeur du Fils bien-aim\u00e9 en lequel il a mis ses divines complaisances. Toute offrande, toute pri\u00e8re \u00e0 la Trinit\u00e9 adorable, pr\u00e9sent\u00e9e en J\u00e9sus et par J\u00e9sus m\u00e9diateur supr\u00eame, est incomparablement ennoblie de ses vertus divines et se trouve ainsi transform\u00e9e par son amour en un ind\u00e9finissable profit.<\/p><p>R\u00e9jouis-toi, \u00f4 mon \u00e2me, ton J\u00e9sus ador\u00e9 t&rsquo;a pr\u00eat\u00e9&#8230; ou plut\u00f4t t&rsquo;a d\u00e9pos\u00e9e, dans son Coeur br\u00fblant de flammes, pour l&rsquo;amour et la louange du Dieu trois fois saint qui ne veut et ne peut \u00eatre aim\u00e9 et glorifi\u00e9 dignement que par lui.<\/p><p>Je ne saurais dire le temps de ces longs \u00e9panchements de tendresse, ces communications dans la plus douce intimit\u00e9, ces effusions d&rsquo;amour entre mon \u00e2me et son bien-aim\u00e9. Je crois cependant \u00eatre rest\u00e9e longtemps ab\u00eem\u00e9e dans l&rsquo;amour et la contemplation des attributs divins, des saints myst\u00e8res, sans que rien d&rsquo;ext\u00e9rieur ne vienne frapper mon entendement.<\/p><p>Ce que je sais bien et puis affirmer \u2013 \u00ab\u2009gloire \u00e0 Dieu seul\u2009\u00bb gr\u00e2ce aussi aux tendresses de ma M\u00e8re ch\u00e9rie \u2013 c&rsquo;est que dans chaque communion, J\u00e9sus grandit en moi, qu&rsquo;il vit plus seul en moi, que je suis plus pleinement ensevelie en Dieu, perdue en son amour et plus amoureusement livr\u00e9e \u00e0 son c\u00e9leste bon plaisir.<\/p><p>Tout pour l&rsquo;amour de Dieu seul et par Marie, ma douce Maman\u2009! Mon \u00e2me, baign\u00e9e dans la lumi\u00e8re, inond\u00e9e de gr\u00e2ces, s&rsquo;ouvre de jour en jour plus largement, plus divinement aux grandes v\u00e9rit\u00e9s \u00e9ternelles. L&rsquo;au-del\u00e0 divin est pour elle plus qu&rsquo;une assurance de foi, c&rsquo;est une r\u00e9alit\u00e9 vivante, une exp\u00e9rience magnifique.<\/p><p>Je demeure sur la terre, mais c&rsquo;est dans le ciel que je vis.<\/p><p>Quelle ineffable jouissance, dans l&rsquo;\u00e2me martyre de l&rsquo;Amour, de se laisser tout simplement envahir, travailler par J\u00e9sus, d&rsquo;adh\u00e9rer \u00e0 lui dans un profond amour.<\/p><p>Aimer plus passionn\u00e9ment et plus fort tous les jours\u2009!<\/p><p>Ces presque intarissables et affectueux \u00e9changes avec Dieu, qui ne font que mieux \u00e9clairer mon intelligence sur ma grande pauvret\u00e9, loin de me d\u00e9courager, me donnent au contraire une plus confiante audace envers mon tendre P\u00e8re. Je\u2009suis le n\u00e9ant, c&rsquo;est vrai, mais il est l&rsquo;infini\u2009; je suis le p\u00e9ch\u00e9, mais il est le pardon\u2009; je suis la bassesse, mais il est la grandeur\u2009; je suis l&rsquo;indigence, mais il est la richesse&#8230; De tout, je sais qu&rsquo;il est riche pour deux&#8230; qu&rsquo;il l&rsquo;est surabondamment pour tous, \u00e0 la seule condition de se faire mendiant avec lui.<\/p><p>Ce qui m&rsquo;\u00e9crase, c&rsquo;est la vue du seul vrai grand Dieu, c&rsquo;est son \u00e9ternelle majest\u00e9 qui me r\u00e9duit, c&rsquo;est sa parole qui me terrifie\u2009: \u00ab\u2009Je suis&#8230; et tu n&rsquo;es pas&#8230;\u2009\u00bb Mais son amour me s\u00e9duit, il\u2009m&rsquo;enivre, sa mis\u00e9ricorde me confond, elle me donne des ailes.<\/p><p>S&rsquo;il est glorieux de sa gloire, loin de l&rsquo;\u00e9loigner de nous, notre mis\u00e8re le gagne, l&rsquo;attire, car il est venu pour la gu\u00e9rir. Il nous regarde aimer notre bassesse, et sur elle il d\u00e9ploie librement son infinie puissance.<\/p><p>Je n&rsquo;ai qu&rsquo;un seul d\u00e9sir, celui d&rsquo;aimer\u2009! d&rsquo;aimer \u00e0 la folie\u2009! Je n&rsquo;ai besoin de rien\u2009: qu&rsquo;\u00eatre tout amour, que grandir en amour pour finir en beaut\u00e9.<\/p><p>L&rsquo;amour seul m&rsquo;attire. Je ne d\u00e9sire plus la souffrance&#8230; je la poss\u00e8de, et par elle j&rsquo;ai cru souvent toucher le rivage du ciel\u2009! Aujourd&rsquo;hui je ne sais plus rien demander \u00e0 J\u00e9sus avec ardeur, except\u00e9 l&rsquo;accomplissement parfait de son adorable volont\u00e9 sur mon \u00e2me et son amour infini.<\/p><p>Oh\u2009! l&rsquo;amour, ce feu ardent qui me consume\u2009! Que j&rsquo;aimerais le communiquer \u00e0 tous\u2009! J&rsquo;aimerais que tous et tous participent \u00e0 mon bonheur, que tous et tous soient p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s de cet amour qui me br\u00fble, et dont le supplice d\u00e9passe en douceur tout ce qu&rsquo;on en peut dire.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, la joie et l&rsquo;amour de ma vie\u2009! Faites que toutes les \u00e2mes qui fr\u00f4leront la mienne aient leur part \u00e0 l&rsquo;enivrant bonheur que j&rsquo;\u00e9prouve\u2009!<\/p><p>Coeur Immacul\u00e9 de ma M\u00e8re, obtenez que la toute petite hostie soit toujours plus la joie de son J\u00e9sus ch\u00e9ri, la grande et divine Hostie pour les \u00e2mes.<\/p><p>^ 4 d\u00e9cembre 1931 (vendredi)<\/p><p>J\u00e9sus mon Dieu\u2009! Divine victime de mon salut, gardez-moi bien victime de votre amour\u2009!<\/p><p>\u00d4 mon Roi, ma b\u00e9atitude et mon tout\u2009! Je vous donne tout, et avec joie, mais donnez-moi des \u00e2mes&#8230; chaque jour une \u00e2me. Que par ma vie toute de souffrance, de renoncement et d&rsquo;amour, chaque jour une \u00e2me soit sauv\u00e9e du p\u00e9ril&#8230; que chaque jour une \u00e2me revienne \u00e0 son Dieu&#8230; que chaque jour une \u00e2me s&rsquo;abandonne \u00e0 J\u00e9sus, l&rsquo;Amour inconnu.<\/p><p>Que par le d\u00e9bordement de mon amour tout divin, chaque jour une \u00e2me soit amen\u00e9e \u00e0 s&rsquo;approcher des sacrements, source jaillissante de lumi\u00e8re et de gr\u00e2ces, Pain de vie, oc\u00e9an d&rsquo;amour qui purifie, sanctifie, divinise, b\u00e9atifie les \u00e2mes par sa substance m\u00eame. Mon Dieu, agr\u00e9ez ce d\u00e9sir, acceptez mon offrande, accueillez ma demande, exaucez ma pri\u00e8re.<\/p><p>Mon Seigneur et mon Dieu\u2009! ce n&rsquo;est plus une \u00e2me que votre petite victime vous demande, c&rsquo;est tous les jours trois \u00e2mes\u2009! Donnez-les moi, pour que je vous les donne.<\/p><p>Votre amour, \u00f4 mon Roi, l&rsquo;amour des \u00e2mes, ne font qu&rsquo;un dans mon coeur&#8230; C&rsquo;est pour qu&rsquo;elles se donnent tout enti\u00e8res \u00e0 vous que je me donne sans r\u00e9serve pour elles.<\/p><p>\u00d4 ma belle mission\u2009: expier, r\u00e9parer, racheter les \u00e2mes\u2009!&#8230;<\/p><p>Aimer et faire aimer l&rsquo;Amour\u2009!<\/p><p>Mon bien-aim\u00e9, mon J\u00e9sus\u2009! \u00e0 votre tr\u00e8s pauvre petite victime, donnez-lui votre Coeur\u2009; ce n&rsquo;est qu&rsquo;avec votre Coeur que je puis recevoir et donner votre amour.<\/p><p>^ 9 d\u00e9cembre 1931 (mercredi)<\/p><p>Divin Enfant J\u00e9sus\u2009! ayez piti\u00e9 des gens tout seuls, ayez piti\u00e9 des \u00e2mes solitaires. Recueillez-les tous, prenez-les toutes avec vous en ce soir de f\u00eate, en cette nuit d&rsquo;amour, en cette aurore de paix et d&rsquo;esp\u00e9rance, afin que leur coeur endolori, leur \u00e2me en d\u00e9tresse trouvent un refuge pr\u00e8s du plus aimant, du plus doux, du plus tendre, du seul tout-puissant et vrai ami.<\/p><p>Si je les sais, si je les sens blottis pr\u00e8s de vous, \u00f4 mon Roi, toutes mes souffrances seront fondues, oubli\u00e9es dans l&rsquo;amour.<\/p><p>Saint Enfant de la cr\u00e8che, qui apportez la b\u00e9n\u00e9diction et la joie sur la terre, venez dans les \u00e2mes qui vous attendent, vous appellent, faites en elles votre ciel, votre demeure aim\u00e9e, votre maison de repos, votre cr\u00e8che b\u00e9nie\u2009!<\/p><p>Vivez intime dans celles que d\u00e9vorent les flammes ardentes de votre charit\u00e9, en divinisant leur activit\u00e9, en les comblant de vos gr\u00e2ces, en les inondant de vos lumi\u00e8res, en les enivrant des eaux de votre amour et de vos c\u00e9lestes volupt\u00e9s.<\/p><p>La paix, la joie du ciel, l&rsquo;union \u00e0 J\u00e9sus, la consommation dans l&rsquo;unit\u00e9 divine, je l&rsquo;ai r\u00e9clam\u00e9e, implor\u00e9e dans toute sa pl\u00e9nitude, pour tous et en particulier. Oh oui\u2009! j&rsquo;ai \u00e9videmment demand\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus de r\u00e9pandre sur son peuple ses plus abondantes b\u00e9n\u00e9dictions, ses plus douces faveurs, ses gr\u00e2ces divines, celles qui nous attirent, nous donnent \u00e0 lui et nous le font aimer sans partage.<\/p><p>\u00ab\u2009Le ciel vient s&rsquo;unir \u00e0 la terre.\u2009\u00bb C&rsquo;est No\u00ebl\u2009! la nuit accueillante et pr\u00e9destin\u00e9e pour demander au Seigneur gr\u00e2ce et pardon pour tous les p\u00e9ch\u00e9s de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p><p>Chaque fois que j&rsquo;implore piti\u00e9 et mis\u00e9ricorde pour les p\u00e9ch\u00e9s de la faible humanit\u00e9, mon doux bien-aim\u00e9, me montrant \u00e0 d\u00e9couvert l&rsquo;ab\u00eeme infini de sa mis\u00e9ricordieuse charit\u00e9, me r\u00e9p\u00e8te d&rsquo;une voix que l&rsquo;amour et la douleur fait trembler\u2009: \u00ab\u2009Va, dis et redis \u00e0 tous combien je les aime. R\u00e9p\u00e8te-leur que je pardonne tout, sauf de douter de mon amour.\u2009\u00bb<\/p><p>La douce voix reprend\u2009: \u00ab\u2009A toi, mon aim\u00e9e, je demande l&rsquo;amour, la r\u00e9paration d&rsquo;amour, la souffrance, le martyre d&rsquo;amour\u2009!&#8230;\u2009\u00bb Vous le voulez encore, \u00f4 mon doux J\u00e9sus\u2009? Je m&rsquo;en r\u00e9jouis\u2009! Vous aimer pour tous ceux qui ne vous aiment pas, r\u00e9parer pour tous ceux qui vous d\u00e9solent, quelle faveur inexprimable\u2009!<\/p><p>Je me sens tellement de plus en plus au-dessous de mon r\u00f4le de victime expiatrice et r\u00e9demptrice.<\/p><p>Que ma petite \u00e2me obtienne pour tous de votre in\u00e9puisable charit\u00e9&#8230; amour et pardon.<\/p><p>Pour faire sentir aux \u00e2mes la douceur de vos caresses, les bienfaits de votre tendresse, les d\u00e9lices de votre amour, \u00ab\u2009\u00d4 Jesu dulcis\u2009! \u00d4 Jesu pie\u2009!\u2009\u00bb, donnez-moi votre Esprit, donnez-moi votre amour, donnez-moi votre Coeur\u2009!&#8230; \u00d4 J\u00e9sus, donnez-vous \u00e0 moi par Marie\u2009!<\/p><p>\u00d4 mon divin ami\u2009! c\u00e9leste fleur germ\u00e9e dans le sein virginal de Marie, par l&rsquo;abondante pluie de vos gr\u00e2ces, faites fleurir dans mon \u00e2me un surcro\u00eet de consolation et de bonheur pour vous&#8230; un surcro\u00eet d&rsquo;amour et d&rsquo;humilit\u00e9 pour moi, un surcro\u00eet de souffrances et de peines.<\/p><p>Je sens en moi des d\u00e9sirs immenses de fid\u00e9lit\u00e9, de docilit\u00e9, de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, d&rsquo;abandon plein d&rsquo;amour \u00e0 tous vos divins d\u00e9sirs. Vous-m\u00eame m&rsquo;avez dit un jour\u2009: \u00ab\u2009Sur toi j&rsquo;ai d&rsquo;infinis d\u00e9sirs.\u2009\u00bb<\/p><p>Que la vertu fleurisse dans notre demeure et dans tous les foyers chr\u00e9tiens\u2009! \u00ab\u2009Gloria in excelsis Deo. Et in terra pax hominibus bonae voluntatis.\u2009\u00bb Oh\u2009! quelle douce all\u00e9gresse\u2009! quelle vive r\u00e9jouissance\u2009! quelle surhumaine lumi\u00e8re \u00e9claire l&rsquo;\u00e2me qui chemine, exil\u00e9e dans sa prison de la terre, loin de son J\u00e9sus, d&rsquo;unir ses joyeux accents \u00e0 la symphonie des musiciens c\u00e9lestes en cette nuit de Paradis, pour chanter les grandes merveilles de l&rsquo;Amour\u2009!<\/p><p>\u00ab\u2009Gloire \u00e0 Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes sur lesquels veille la divine Bont\u00e9\u2009!\u2009\u00bb<\/p><p>Quelle v\u00e9rit\u00e9\u2009!&#8230; Quelle esp\u00e9rance\u2009!&#8230; Quel ciel\u2009! Est-il besoin de davantage, pour faire revivre dans tous les coeurs la foi, la confiance et l&rsquo;amour, que ces magnifiques paroles longuement m\u00e9dit\u00e9es\u2009!<\/p><p>Les cieux se sont pench\u00e9s sur nos \u00e2mes, r\u00e9pandant d&rsquo;en-haut leur douce ros\u00e9e. Les anges et les saints tressaillent d&rsquo;all\u00e9gresse \u00e0 ce spectacle nouveau, \u00ab\u2009Gloire et gloire \u00e0 Dieu\u2009!\u2009\u00bb La Vierge M\u00e8re a redonn\u00e9 \u00e0 la terre la Vie, la Lumi\u00e8re et l&rsquo;Amour, fruit b\u00e9ni de sa virginit\u00e9\u2009! Son blond J\u00e9sus&#8230; le doux Messie&#8230; l&rsquo;Hostie vivante de notre salut. \u00ab\u2009Venite adoremus\u2009!\u2009\u00bb L&rsquo;amour, qui fait tant de prodiges, vient de faire un prodige nouveau&#8230; le Sauveur du monde repose sur un corporal de paille.<\/p><p>\u00ab\u2009Laus tibi Christe\u2009\u00bb<\/p><p>Le cantique chant\u00e9 par les anges autour de la cr\u00e8che o\u00f9 naquit J\u00e9sus Homme-Dieu, nous r\u00e9v\u00e8le ce qu&rsquo;il faut croire, aimer et d\u00e9sirer pour avoir la paix sur la terre, et il nous indique dans quelles dispositions nous le devons. Il nous affirme que ceux qui ont la foi, l&rsquo;esp\u00e9rance et la charit\u00e9 en conna\u00eetront la v\u00e9rit\u00e9 m\u00eame en ce monde, et qu&rsquo;ils en verront le plein \u00e9panouissement dans les cieux.<\/p><p>Que de beaut\u00e9, que de lumi\u00e8re, que de divin se refl\u00e8te en mon \u00e2me. Le feu, la joie, l&rsquo;amour du ciel est venu jusqu&rsquo;\u00e0 moi, en moi. Mon pauvre corps palpitant, saisi, ne sentait plus, ne comptait plus, bien que tout mon \u00eatre \u00e9tait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9, poss\u00e9d\u00e9 de cette splendeur, de cette flamme, en jouissait. Dans l&rsquo;exc\u00e8s de ma joie j&rsquo;ai cri\u00e9\u2009: \u00f4 P\u00e8re, \u00f4 mon J\u00e9sus, \u00f4 Esprit Saint\u2009!&#8230; \u00d4 ma bien douce Trinit\u00e9\u2009!<\/p><p>La croix&#8230; toujours la croix, la royale croix si martyrisante et si ch\u00e8re sur laquelle mon \u00e2me s&rsquo;agenouille, tout mon \u00eatre s&rsquo;abandonne en un continuel Vendredi saint. Mais au-dessus de la croix, c&rsquo;est le ciel, le firmament irradi\u00e9 de lumi\u00e8re, anim\u00e9 de mille feux.<\/p><p>\u00d4 mon J\u00e9sus ador\u00e9, je me redonne et me consacre \u00e0 vous\u2009!<\/p><p>Vous m&rsquo;avez dit, Seigneur, que les amants de la croix ont \u00e0 jamais pour demeure votre divin Coeur. Que je suis donc heureuse d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;amante, l&rsquo;amante de la croix, et je signe mon bonheur de toutes mes souffrances.<\/p><p>A chaque nouvelle croix o\u00f9 je dis oui et merci, je vois au ciel de la vie int\u00e9rieure tant de merveilles \u00e9blouissantes, tant de vraies joies pour mon Dieu&#8230; son amour qui incendie tout dans sa flamme amoureuse, l&rsquo;amour des \u00e2mes, rayonnant et si pur&#8230; la beaut\u00e9 du sacrifice, les joies de l&rsquo;abandon, les douceurs de la confiance, les d\u00e9lices de l&rsquo;amour, les r\u00eaves de perfection morale, la mont\u00e9e aux mystiques ascensions.<\/p><p>Dans l&rsquo;\u00e2me souffrante et crucifi\u00e9e, bien des moments sont des moments du ciel\u2009! La face adorable du divin Agonisant devient bien vite rayonnante de gloire, un vrai ciel d&rsquo;all\u00e9gresse pour le regard qui ne se laisse point rebuter par le voile de mort dont elle est comme recouverte.<\/p><p>Il n&rsquo;est d&rsquo;affliction si grande, de martyre si douloureux, sans qu&rsquo;il n&rsquo;y soit m\u00eal\u00e9 quelques suaves notes des c\u00e9lestes harmonies, et m\u00eame quelquefois toute une hymne d&rsquo;ivresse, dans l&rsquo;\u00e2me vivante et vibrante. J\u00e9sus est tout \u00e0 moi et je suis toute \u00e0 lui. Le Seigneur est avec moi. Il est ma joie&#8230; il est mon ciel&#8230; il est toute la f\u00e9licit\u00e9 de ma vie\u2009! Je l&rsquo;aime trop pour qu&rsquo;il m&rsquo;abandonne.<\/p><p>Non\u2009! ma confiance en l&rsquo;\u00e9ternelle Bont\u00e9 de Dieu et \u00e0 son incommensurable mis\u00e9ricorde ne peut chanceler ou diminuer.<\/p><p>A mesure que les afflictions se multiplient, que les souffrances s&rsquo;accentuent et se compliquent, je sens ma confiance devenir plus ardente. J\u00e9sus, oui, J\u00e9sus seul est ma douce et invariable esp\u00e9rance\u2009; lors m\u00eame qu&rsquo;on me donnerait l&rsquo;assurance de ma r\u00e9probation \u00e9ternelle, j&rsquo;esp\u00e8rerais toujours et quand m\u00eame en lui, parce que rien ne peut me s\u00e9parer de son amour.<\/p><p>Le Bon Dieu pourrait me tuer, il ne saurait tuer mon amour&#8230; Il ne peut que m&rsquo;en faire heureusement mourir.<\/p><p>Qu&rsquo;elle est pure et c\u00e9leste, ma joie\u2009! Qu&rsquo;il est profond et divin, mon bonheur\u2009! Dans mon \u00e2me, vrai d\u00e9luge d&rsquo;amour.<\/p><p>No\u00ebl\u2009! No\u00ebl\u2009! Quel spectacle divin\u2009! Marie et Joseph qui m&rsquo;invitent \u00e0 l&rsquo;adoration pr\u00e8s du cher berceau\u2009! J\u00e9sus, ses deux petits bras tendus, m&rsquo;attirant toute \u00e0 lui, se suspendant \u00e0 moi&#8230; J\u00e9sus qui me demande de rester avec lui. L&rsquo;Amour qui se donne&#8230; l&rsquo;Amour qui s&rsquo;immole&#8230; L&rsquo;Amour qui s&rsquo;unit.<\/p><p>C&rsquo;est un vrai bonheur d&rsquo;enfant que j&rsquo;\u00e9prouve \u00e0 me blottir dans les bras maternels de ma M\u00e8re ch\u00e9rie, pour vivre en sa douce compagnie dans l&rsquo;union et l&rsquo;amour de J\u00e9sus, sous les divins regards du P\u00e8re.<\/p><p>^ 25 d\u00e9cembre 1931 (vendredi)<\/p><p>Le rassasiement de mon \u00e2me dans la communion creuse inconsid\u00e9r\u00e9ment ma faim, augmente les tourments de ma soif, d\u00e9vor\u00e9e de s&rsquo;unir \u00e0 J\u00e9sus, l&rsquo;Amour inconnu.<\/p><p>Cette fois, la privation se fait longue, douloureuse, d\u00e9sesp\u00e9rante.<\/p><p>Dans les profondeurs de mon \u00e2me, je sens des r\u00e9serves in\u00e9puisables. Il n&rsquo;en est pas de m\u00eame de ma faiblesse qui est extr\u00eame.<\/p><p>Je le sais, et je sens bien mieux que je suis trop petite pour pouvoir quoi que ce soit si mon bien-aim\u00e9 n&rsquo;est avec moi, s&rsquo;il ne me tient pour ainsi dire dans ses bras&#8230; s&rsquo;il ne me garde continuellement dans son Coeur. Lui seul est mon bien, mon tout&#8230; mon unique tout.<\/p><p>Oh\u2009! c&rsquo;est vrai&#8230; je n&rsquo;en puis plus sans J\u00e9sus\u2009!<\/p><p>A tout prix, il me faut la dilatation du coeur, l&rsquo;\u00e9panchement de l&rsquo;intime amiti\u00e9 dans l&rsquo;union d&rsquo;amour, par la communion sacramentelle, pour r\u00e9aliser pleinement ma vocation de victime d&rsquo;amour, d&rsquo;hostie de louange&#8230; pour que J\u00e9sus seul vive tout entier en moi \u2013 J\u00e9sus, Victime souffrante, J\u00e9sus Hostie vivante \u2013 dans la plus parfaite ressemblance, dans la plus pure imitation de son myst\u00e8re\u2009!<\/p><p>Que j&rsquo;ai h\u00e2te de refaire mes forces \u00e0 la source jaillissante dont J\u00e9sus est la f\u00e9condit\u00e9 intarissable, tant je br\u00fble, tant j&rsquo;ai soif de ce rafra\u00eechissement. Si mon sacrifice doit se prolonger encore&#8230; j&rsquo;attendrai en paix, dans la nuit du d\u00e9sir, le Soleil de l&rsquo;amour, mais dans une mortelle agonie.<\/p><p>Ce n&rsquo;est pas pour des faveurs et des consolations sensibles que je soupire, J\u00e9sus, non pas\u2009; je n&rsquo;ai faim et soif que de souffrances&#8230; je n&rsquo;ai faim et soif que de vertu&#8230; que de J\u00e9sus et de J\u00e9sus seul. Les rigueurs de la privation me feraient mourir si je ne vivais de l&rsquo;irr\u00e9sistible espoir que bient\u00f4t le grand bonheur que je d\u00e9sire me sera certainement accord\u00e9.<\/p><p>Je me sens si faible que, sans ce c\u00e9leste feu qui me ranime et me soutient autant qu&rsquo;il me consume, je ne pourrais r\u00e9sister.<\/p><p>Une personne qui n&rsquo;est point d\u00e9vor\u00e9e de ce divin d\u00e9sir ne peut comprendre les souffrances qu&rsquo;\u00e9prouve l&rsquo;\u00e2me avide, affam\u00e9e de l&rsquo;Eucharistie, lorsqu&rsquo;elle en est priv\u00e9e, impuissante \u00e0 rassasier sa faim.<\/p><p>\u00d4 J\u00e9sus, mon tendre Amour\u2009!&#8230; c&rsquo;est vous que demandent mes larmes, c&rsquo;est vous que r\u00e9clament les soupirs de mon coeur&#8230; c&rsquo;est de vous et de vous seul que mon \u00e2me est alt\u00e9r\u00e9e.<\/p><p>A l&rsquo;aurore naissante de la nouvelle ann\u00e9e, plus que jamais livr\u00e9e et unie \u00e0 mon Dieu, filialement je poursuis ma course, ne laissant plus jaillir de mon coeur tout embras\u00e9 des feux c\u00e9lestes, et mieux encore de mon \u00e2me ouverte sur l&rsquo;infini, qu&rsquo;un unanime cantique d&rsquo;amour, l&rsquo;hymne ardente d&rsquo;une incessante action de gr\u00e2ce. D&rsquo;\u00e9trennes, j&rsquo;en ai \u00e9t\u00e9 abondamment, surabondamment combl\u00e9e tous ces jours\u2009! A la fa\u00e7on divine, bien entendu. J\u00e9sus est de plus en plus prodigue de ses parfums d&rsquo;amour\u2009!&#8230; La coupe est pleine jusqu&rsquo;au bord, pleine \u00e0 d\u00e9border\u2009! Quelle divine ivresse\u2009!&#8230;<\/p><p>Souffrir pour J\u00e9sus est si bon, si doux que je suis loin de me plaindre de la tr\u00e8s douloureuse immolation o\u00f9 son amour m&rsquo;incline si fort.<\/p><p>Pour tout le ciel et la terre, pour toutes leurs joies et leurs d\u00e9lices, je ne voudrais refuser de boire la plus petite goutte du calice que m&rsquo;offre sa main bien-aim\u00e9e, tellement je suis s\u00fbre que les \u00e9v\u00e9nements douloureux qui se succ\u00e8dent, les souffrances physiques, les douleurs intimes \u2013 et qu&rsquo;elles sont intimes\u2009! \u2013 ne sont qu&rsquo;un pur d\u00e9sir de son Coeur, qu&rsquo;une plus grande affirmation de son amour pour mon \u00e2me, qu&rsquo;une d\u00e9licate invitation \u00e0 la saintet\u00e9\u2009! Les peines profondes, les \u00e9preuves surnaturelles ne sont pour la plupart que le signe de b\u00e9n\u00e9dictions proches, ou le couronnement de grandes faveurs pass\u00e9es.<\/p><p>Ce n&rsquo;est pas parce que J\u00e9sus cueille et fait siens tous mes petits d\u00e9sirs que je l&rsquo;aime. Oh non\u2009! je l&rsquo;aime parce qu&rsquo;il est Dieu, parce qu&rsquo;il est l&rsquo;Amour\u2009! Et c&rsquo;est parce que je dis fiat et que je suis contente de tout ce qu&rsquo;il fait, que je dis amen \u00e0 tout ce qu&rsquo;il veut, qu&rsquo;il me rend si heureuse&#8230;<\/p><p>Tiraill\u00e9e par tous les bouts, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 longtemps avant de m&rsquo;\u00e9tablir \u00e0 ce supr\u00eame degr\u00e9 d&rsquo;abandon. Maintenant j&rsquo;y suis tout \u00e0 fait. Mon cher J\u00e9sus m&rsquo;a prise tout enti\u00e8re et m&rsquo;a mise l\u00e0, sur sa croix. Peut-on r\u00eaver plus grand honneur, plus grand bonheur&#8230; plus immuable joie, puisqu&rsquo;elle vient d&rsquo;en-haut\u2009!<\/p><p>J\u00e9sus s&rsquo;est fait prodigue de pr\u00e9sents&#8230; \u00e0 moi d&rsquo;\u00eatre prodigue d&rsquo;offrandes. Chaque minute qui passe a co\u00fbt\u00e9 un opprobre, une souffrance \u00e0 son Coeur, chacune est teinte de son sang r\u00e9dempteur, et des minutes si pr\u00e9cieuses \u00e0 sa tendresse ne doivent se vivre que tiss\u00e9es de fils d&rsquo;amour, qu&#8217;embaum\u00e9es de sacrifices, qu&rsquo;\u00e9maill\u00e9es de roses empourpr\u00e9es du sang de mon coeur.<\/p><p>Rien, pas m\u00eame un soupir, ne doit \u00e9chapper \u00e0 mon holocauste quotidien, moi qui suis victime d&rsquo;amour.<\/p><p>Je me sens toujours consum\u00e9e du m\u00eame grand d\u00e9sir\u2009: que le saint Evangile soit lu, \u00e9tudi\u00e9, v\u00e9cu&#8230; pr\u00each\u00e9, infus\u00e9 \u00e0 tous. Qu&rsquo;il soit le guide pr\u00e9cieux, lumineux&#8230; la vie de tous.<\/p><p>On ne peut vivre en vrai enfant de Dieu si on ne s&rsquo;applique pas \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer, \u00e0 approfondir la beaut\u00e9, la v\u00e9rit\u00e9 haute et simple des myst\u00e8res. Non pour l&rsquo;unique intention de savoir, mais pour conna\u00eetre, pour comprendre, pour s&rsquo;instruire\u2009; afin de soutenir sa foi quand il le faut&#8230; et diviniser sa vie.<\/p><p>Toute la religion chr\u00e9tienne est dans l&rsquo;union de l&rsquo;\u00e2me \u00e0 Dieu par J\u00e9sus Christ ; rien de plus, tout est l\u00e0. \u00ab\u2009Nul ne vient \u00e0 mon P\u00e8re que par moi\u2009\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans conna\u00eetre sa doctrine, sans s&rsquo;unir \u00e0 lui, sans vivre de sa vie.<\/p><p>L&rsquo;Eglise est une unique \u00ab\u00a0Maison de famille\u00a0\u00bb dans laquelle on donne \u00e0 tous ceux qui les d\u00e9sirent, les enseignements, les secours, les lumi\u00e8res, les sacrements n\u00e9cessaires \u00e0 entretenir dans l&rsquo;\u00e2me la vie spirituelle (la vie du divin mod\u00e8le J\u00e9sus) que nous sommes oblig\u00e9s de reproduire en nous, imitation sans laquelle on ne peut \u00eatre pr\u00e9destin\u00e9.<\/p><p>Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;imitation possible sans amour, et on ne s&rsquo;unit bien que dans la ressemblance.<\/p><p>Pourquoi l&rsquo;amour de Dieu qui br\u00fble tant de milliers de coeurs, laisse-t-il si froids tant de milliers d&rsquo;autres\u2009?<\/p><p>Mais pourquoi donc ceux qui connaissent, qui poss\u00e8dent ce grand secret de la Vie, ne sont-ils pas plus avides de le communiquer, d&rsquo;en nourrir, d&rsquo;en faire vivre ceux qui l&rsquo;ignorent\u2009?<\/p><p>\u00ab\u2009Va, dis aux hommes ce que le Seigneur a fait pour toi, comment, dans son amour, il s&rsquo;est donn\u00e9 \u00e0 toi\u2009!&#8230; Ils fuient \u00e0 mesure que je les poursuis, c&rsquo;est pourquoi ils ne me trouvent pas.\u2009\u00bb<\/p><p>Les \u00e2mes ne regardent plus vers le ciel, parce qu&rsquo;elles n&rsquo;en voient pas la voie lumineuse. Elles se perdent faute de connaissance. Elles vivent sans amour, faute d&rsquo;en savoir la source.<\/p><p>A ce monde devenu insensible \u00e0 la voix de Dieu, il faut lui faire entendre sa parole. Il faut savoir affirmer par le t\u00e9moignage d&rsquo;une vie toute de saintet\u00e9 et d&rsquo;amour\u2009; le monde a surtout besoin de voir des exemples, le rayonnement d&rsquo;une vie parfaite. Car, comment peut-on donner aux autres ce qu&rsquo;on ne para\u00eet pas poss\u00e9der pleinement, vivre parfaitement\u2009? Comment embraser les autres si on n&rsquo;est soi-m\u00eame un brasier\u2009?<\/p><p>La foi vivante, intransigeante, tout en ayant l&rsquo;air de choquer, d&rsquo;irriter, parce qu&rsquo;elle g\u00eane, touche quand m\u00eame ; elle s&rsquo;impose, elle \u00e9claire, elle am\u00e8ne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p><p>Si j&rsquo;\u00e9tais pr\u00eatre, je crois que j&rsquo;enseignerais toujours la m\u00eame doctrine, que j&rsquo;attirerais toujours vers le m\u00eame id\u00e9al\u2009: l&rsquo;amour de Dieu, les heureuses cons\u00e9quences de l&rsquo;amour.<\/p><p>Que ne le suis-je, pr\u00eatre ou missionnaire\u2009! J&rsquo;irais, la croix sur la poitrine, \u00e0 travers le monde, jeter, donner mon \u00e2me, mon coeur, mon sang, ma vie, pour la confirmation de la foi, pour le triomphe du Christ Roi\u2009! Pour qu&rsquo;il r\u00e8gne\u2009!&#8230;<\/p><p>H\u00e9las\u2009! je ne puis penser \u00eatre pr\u00eatre ou missionnaire\u2009! Mais si la maladie me retient, s&rsquo;il m&rsquo;est interdit d&rsquo;enseigner la Parole de v\u00e9rit\u00e9, je puis du moins travailler au r\u00e8gne de J\u00e9sus, Roi d&rsquo;amour, par la voix de la souffrance et de la pri\u00e8re, par l&rsquo;abandon de ma vie de malade. Je puis \u00eatre lumi\u00e8re dans les t\u00e9n\u00e8bres, amour dans le silence, et satisfaire ainsi mes ardents d\u00e9sirs de donner beaucoup, beaucoup d&rsquo;\u00e2mes \u00e0 J\u00e9sus, avec l&rsquo;intime conviction de les lui donner par mon offrande perp\u00e9tuelle \u00e0 sa justice.<\/p><p>Tout pour J\u00e9sus, et pour J\u00e9sus seul\u2009!<\/p><p>Quand finira mon martyre\u2009?&#8230; A vivre ou mourir, je m&rsquo;abandonne, bien que ce soit la mort que j&rsquo;envie, et non la vie. En cueillant mon \u00e2me, J\u00e9sus comblerait tous mes voeux\u2009; mais je ne dois rien demander, rien faire pour h\u00e2ter mon impatience, pour avancer l&rsquo;heure heureuse de la douce rencontre de mon \u00e2me d\u00e9livr\u00e9e de son enveloppe (cette fois) avec son Dieu.<\/p><p>Il ne faut point avoir l&rsquo;air d&rsquo;\u00eatre trop press\u00e9 de mourir, m&rsquo;a-t-on dit\u2009; en effet, les jours d&rsquo;attente sont des jours de gr\u00e2ces qui nous permettent de donner beaucoup \u00e0 J\u00e9sus. Tout mon bonheur au ciel sera d&rsquo;avoir aim\u00e9 dans la souffrance, comme mon ardeur sur la terre est d&rsquo;adh\u00e9rer \u00e0 la volont\u00e9 divine et de m&rsquo;y adapter \u00e0 chaque instant.<\/p><p>L&rsquo;\u00e9preuve est longue et bien douloureuse\u2009! Mais plus immense, plus prolong\u00e9 en sera aussi le bienfait. Amour et f\u00e9condit\u00e9 ne font qu&rsquo;une m\u00eame chose en Dieu.<\/p><p>C&rsquo;est si bon de s&rsquo;abandonner\u2009! De n&rsquo;\u00eatre que ce que Dieu veut, dans les bras de Dieu.<\/p><p>Les tr\u00e8s pauvres petites \u00e2mes, conscientes de leur petitesse, de leur incapacit\u00e9 en rien si Dieu ne le veut pas, sont les profond\u00e9ment g\u00e2t\u00e9es de son amour, et c&rsquo;est aux toutes petites \u00e2mes qu&rsquo;il aime \u00e0 se r\u00e9v\u00e9ler et \u00e0 communiquer ses secrets.<\/p><p>Qu&rsquo;importe de qui Dieu se sert pour sa gloire\u2009!&#8230; puisqu&rsquo;il n&rsquo;a besoin de personne.<\/p><p>Pour laisser Dieu agir librement, il faut se quitter volontairement. Toute difficult\u00e9 \u00e0 l&rsquo;action de la gr\u00e2ce r\u00e9side au-dedans de nous\u2009; c&rsquo;est notre incorrigible orgueil qu&rsquo;il faut d\u00e9raciner, c&rsquo;est le tr\u00f4ne de notre moi qu&rsquo;il faut briser.<\/p><p>Il faut mourir \u00e0 soi pour vivre de J\u00e9sus et pour donner J\u00e9sus.<\/p><p>Il faut se faire d\u00e9plaisir \u00e0 soi pour faire plaisir \u00e0 J\u00e9sus et pour \u00eatre \u00e0 la disposition de tous, pour \u00eatre le pain vivant de chacun. Mais on ne parvient au terme de l&rsquo;union parfaite que par la voie de l&rsquo;humilit\u00e9 et de l&rsquo;amour.<\/p><p>L&rsquo;amour trouve Dieu en s&rsquo;\u00e9levant jusqu&rsquo;\u00e0 son Coeur\u2009; l&rsquo;humilit\u00e9 le rencontre et s&rsquo;unit \u00e0 lui en descendant dans les profondeurs intimes de son n\u00e9ant.<\/p><p>Pour que la V\u00e9rit\u00e9 se montre, il faut \u00eatre bien pur&#8230; mais surtout bien petit.<\/p><p>L&rsquo;\u00e2me toute donn\u00e9e \u00e0 Dieu, toute sacrifi\u00e9e \u00e0 sa gloire est une victime crucifi\u00e9e, par l&rsquo;amour. L&rsquo;\u00e2me qui, pour l&rsquo;amour de Dieu, s&rsquo;immole, se donne, est une vivante hostie.<\/p><p>\u00ab\u2009Je vous rends gr\u00e2ce, P\u00e8re tr\u00e8s saint, de ce que vous avez cach\u00e9 ces choses aux prudents et aux superbes et de ce que vous les avez r\u00e9v\u00e9l\u00e9es aux petits. Oui, P\u00e8re, je vous b\u00e9nis parce qu&rsquo;il vous a plu ainsi.\u2009\u00bb Emouvante parole, capable de transformer une vie, de r\u00e9nover, de faire du monde une grande antichambre du ciel, si le monde \u00e9tait capable de l&rsquo;entendre.<\/p><p>Oh\u2009! que le filial abandon de la cr\u00e9ature est donc sensible et cher \u00e0 Dieu, et qu&rsquo;il lui est doux de s&rsquo;entendre appeler\u2009: P\u00e8re&#8230; mon P\u00e8re\u2009!<\/p><p>C&rsquo;est tellement, tellement ineffablement bon aussi de se sentir l&rsquo;enfant du Bon Dieu et de lui dire \u00ab\u2009mon P\u00e8re, mon Dieu\u2009\u00bb, tout haut et tout bas, dans la certitude de trouver en lui un P\u00e8re plein de tendresse qui, incessamment pench\u00e9 sur notre bassesse, l&rsquo;attire, l&rsquo;entoure et l&rsquo;unit \u00e0 lui.<\/p><p>Qu&rsquo;il soit b\u00e9ni, ce P\u00e8re plus doux qu&rsquo;une m\u00e8re, et que tous ceux qui l&rsquo;aiment soient ravis de joie.<\/p><p>^ 12 janvier 1932 (mardi)<\/p><p>Sainte communion. La longue et douloureuse attente est pass\u00e9e. Voici l&rsquo;apparition tant aim\u00e9e&#8230; J\u00e9sus&#8230; lui enfin\u2009! Le seul vrai grand Dieu que l&rsquo;univers est impuissant \u00e0 contenir, qui vient se faire mon Prisonnier&#8230; mon Prisonnier d&rsquo;amour.<\/p><p>J\u00e9sus, \u00e0 la fois Homme et Dieu\u2009! Dieu, ins\u00e9parable des tr\u00e9sors infinis de sa divinit\u00e9\u2009; Homme, avec les gr\u00e2ces captivantes de son humanit\u00e9 glorifi\u00e9e.<\/p><p>J&rsquo;avais tant pri\u00e9 la Sainte Vierge, et avec une si grande ferveur\u2009! En proie aux flammes ardentes qui me d\u00e9vorent, \u00e0 l&rsquo;irr\u00e9sistible d\u00e9sir qui me fait d\u00e9faillir, d&rsquo;un seul \u00e9lan je voudrais me pr\u00e9cipiter vers ce rafra\u00eechissement qui m&rsquo;apaise et dans lequel je retrouve force et vie nouvelle.<\/p><p>Les rem\u00e8des de la terre ne peuvent atteindre un mal trop profond, il n&rsquo;y a que les rem\u00e8des divins qui sont favorables et pr\u00e9cieux \u00e0 mon \u00e2me.<\/p><p>Seule la mort pourra consommer ma souffrance d&rsquo;aimer et de faire aimer J\u00e9sus, l&rsquo;Amour inconnu.<\/p><p>Tout feu pour aimer&#8230; toute flamme pour faire aimer\u2009! Je me sens de plus en plus affam\u00e9e de ce d\u00e9sir, ou plut\u00f4t c&rsquo;est Dieu qui en br\u00fble par moi\u2009; et pour satisfaire ce besoin qui me d\u00e9vore, il n&rsquo;y a rien que je ne sois dispos\u00e9e \u00e0 faire, \u00e0 sacrifier, \u00e0 immoler avec joie. Donner, d\u00e9penser, \u00e9puiser, multiplier, consumer mes forces d&rsquo;amour.<\/p><p>Quel langage faudrait-il employer pour parler de J\u00e9sus, de sa tendresse, de ses bont\u00e9s infinies\u2009? Quelle amante osa jamais parler de son amour \u00e0 un autre qu&rsquo;\u00e0 son bien-aim\u00e9\u2009?<\/p><p>A lui, je le dis si bien et si facilement&#8230; je l&rsquo;aime tant\u2009! C&rsquo;est si simple, si doux de montrer tout mon amour, toute ma flamme, de donner toute mon immense tendresse ; mais maintenant je ne puis pas, je n&rsquo;ose pas.<\/p><p>Ce que Dieu fait sentir et entendre \u00e0 l&rsquo;\u00e2me saintement passionn\u00e9e d&rsquo;amour dans laquelle il repose, ce qu&rsquo;il lui r\u00e9v\u00e8le dans cette amoureuse intimit\u00e9, elle ne peut ni le dire, ni le d\u00e9peindre sans le d\u00e9colorer affreusement. Tous les mots sont brutaux et sans effet, semblant plut\u00f4t nier qu&rsquo;exprimer la v\u00e9rit\u00e9, la beaut\u00e9, la vie, la richesse, l&rsquo;infini qui est en Dieu.<\/p><p>Tout est trop merveilleux, ineffablement trop beau&#8230; trop incomparable. L&rsquo;Amour est au-dessus de toutes paroles&#8230; Le surnaturel est insaisissable, ind\u00e9finissable.<\/p><p>Je dois cependant malgr\u00e9 l&rsquo;immense peine, malgr\u00e9 les insurmontables difficult\u00e9s que j&rsquo;en \u00e9prouve, ob\u00e9ir avec autant d&rsquo;humilit\u00e9 aux prescriptions du directeur \u00e0 qui mon Dieu m&rsquo;a fait la grande gr\u00e2ce d&rsquo;ouvrir mon \u00e2me, que je mettrais de joie \u00e0 ne le point faire s&rsquo;il ne m&rsquo;en faisait un pressant devoir.<\/p><p>Les joyeux transports que je ressens lorsque je puis contempler des yeux la rayonnante hostie, deviennent de l&rsquo;ivresse au moment de la communion. Et aussit\u00f4t qu&rsquo;elle est d\u00e9pos\u00e9e sur mes l\u00e8vres alt\u00e9r\u00e9es, c&rsquo;est alors le ciel entier qui descend instantan\u00e9ment en moi, s&rsquo;exhalant bient\u00f4t en une f\u00e9licit\u00e9 d\u00e9passant mes pauvres capacit\u00e9s de jouissance.<\/p><p>Je d\u00e9faille, j&rsquo;agonise, il me semble, sous le saisissement de l&#8217;emprise divine qui m&rsquo;accapare et me tire vivement hors de moi-m\u00eame. Il me semble que mon coeur s&rsquo;ouvre, que mon \u00e2me s&rsquo;en va, emport\u00e9e par la vague puissante qui a fondu tout \u00e0 coup sur elle. Je la sens monter dans ce souffle ineffable, comme on voit monter l&rsquo;encens dans l&rsquo;azur.<\/p><p>Si mon bien-aim\u00e9 ne me soutenait de son puissant secours, s&rsquo;il ne m&rsquo;encourageait de sa tendresse, je comprends qu&rsquo;il me serait impossible de r\u00e9sister \u00e0 ses ardeurs d&rsquo;amour.<\/p><p>Aujourd&rsquo;hui, je dis et je chante\u2009: le ciel entier s&rsquo;est pench\u00e9 sur mon \u00e2me.<\/p><p>Comment Dieu op\u00e8re-t-il un si \u00e9tonnant prodige\u2009?&#8230; Myst\u00e8re\u2009! Je ne puis le comprendre. Ce que je sais tr\u00e8s bien, c&rsquo;est que je vis en pleine r\u00e9alit\u00e9.<\/p><p>Je sens que je suis faite et appel\u00e9e pour aimer, \u00eatre aim\u00e9e, dans la plus pure, la plus compl\u00e8te, la plus ineffable union d&rsquo;amour avec Celui que je nomme \u00e0 la fois mon P\u00e8re, mon Dieu, mon Epoux bien-aim\u00e9, mon J\u00e9sus et mon tout.<\/p><p>J&rsquo;entends de plus en plus souvent et plus nettement toujours la voix qui m&rsquo;appelle \u00e0 l&rsquo;amour.<\/p><p>Qu&rsquo;un tel amour soit possible et qu&rsquo;il reste inconnu, ignor\u00e9 ou m\u00e9pris\u00e9 d&rsquo;un si grand nombre\u2009; qu&rsquo;il laisse indiff\u00e9rentes les multitudes\u2009; qu&rsquo;une telle union soit offerte \u00e0 tous, qu&rsquo;elle les appelle tous et soit donn\u00e9e \u00e0 tous et que si peu la recherchent, la demandent\u2009! Quelle angoisse\u2009! Quel terrible malheur\u2009! Quelle singuli\u00e8re insensibilit\u00e9\u2009! Ah\u2009! le grand malheur de notre temps, c&rsquo;est la n\u00e9gligence, c&rsquo;est l&rsquo;erreur.<\/p><p>Pourquoi ne pas donner tout son coeur, toute son \u00e2me \u00e0 la pens\u00e9e de Dieu\u2009? Pourquoi ne pas se livrer enti\u00e8rement, sans r\u00e9serve et sans retour, \u00e0 l&rsquo;Amour, \u00e0 l&rsquo;union divine\u2009?<\/p><p>J\u00e9sus fait pour nous des choses incomparables, sublimes\u2009! Qui peut les voir, les vivre sans \u00eatre saisi d&rsquo;\u00e9tonnement, sans fondre, sans pleurer d&rsquo;admiration, de gratitude et d&rsquo;amour\u2009?<\/p><p>Nous baignons dans un Oc\u00e9an de mis\u00e9ricorde et d&rsquo;amour, et sans le savoir.<\/p><p>L&rsquo;\u00e2me divine jette des flots de lumi\u00e8re, des fleuves de charit\u00e9 sur l&rsquo;\u00e2me humaine, mais qu&rsquo;il y a peu d&#8217;embrasement, qu&rsquo;il y a peu d&rsquo;\u00e9merveillement\u2009!<\/p><p>Me voici seule enfin, seule avec J\u00e9sus seul, dans le grand silence de la nuit, dans le silence des cr\u00e9atures et de la nature si favorable \u00e0 l&rsquo;intimit\u00e9, \u00e0 l&rsquo;union d&rsquo;amour et qui b\u00e9atifie si bien toute f\u00e9licit\u00e9 int\u00e9rieure, mettant dans l&rsquo;\u00e2me une atmosph\u00e8re d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9.<\/p><p>J&rsquo;\u00e9prouve une vraie peine \u00e0 voir quelqu&rsquo;un un jour de communion, tellement j&rsquo;ai crainte de laisser para\u00eetre ou deviner \u00e0 ceux \u00e0 qui je parle les d\u00e9lices enivrantes qui m&rsquo;inondent l&rsquo;\u00eatre. J&rsquo;ai peur surtout d&rsquo;\u00eatre soudainement envahie par un ravissement, manquant de simplicit\u00e9, de confiance bien s\u00fbr\u2009! Mais que devinerait-on si j&rsquo;\u00e9tais tout \u00e0 coup emport\u00e9e par l&rsquo;extase, moi qui voudrais tant que le grand secret de ma vie reste de tous inconnu\u2009?<\/p><p>Il me semble que si Dieu le voulait, il pourrait me faire les m\u00eames gr\u00e2ces sans que personne ne s&rsquo;aper\u00e7oive de rien\u2009; ce qui \u2013\u2009gloire lui soit rendue \u2013 s&rsquo;est produit maintes et maintes fois.<\/p><p>Ah\u2009! qu&rsquo;ils sont chastes et doux, les entretiens avec J\u00e9sus\u2009! Qu&rsquo;elle est pure, dans son enti\u00e8re intimit\u00e9, l&rsquo;union avec lui\u2009!<\/p><p>Quelle ivresse dans ses paroles\u2009! Quelle divine passion dans son amour, dans son regard\u2009! Quelles d\u00e9lices en lui\u2009!&#8230;<\/p><p>J&rsquo;aimerais faire de la th\u00e9ologie pour p\u00e9n\u00e9trer plus avant la beaut\u00e9 des myst\u00e8res. Mais je sais qu&rsquo;une heure de contemplation, d&rsquo;union \u00e0 Dieu me donne davantage que les plus savantes lectures ; qu&rsquo;elle est plus sanctifiante, plus f\u00e9conde que les oeuvres les plus \u00e9clatantes.<\/p><p>Mon clo\u00eetre, ma solitude, c&rsquo;est ma divine Trinit\u00e9. Ma cellule intime, c&rsquo;est J\u00e9sus l&rsquo;Amour inconnu, c&rsquo;est son Coeur bless\u00e9 d&rsquo;amour, cette demeure, ignor\u00e9e du grand nombre, o\u00f9 l&rsquo;on vit et on aime comme dans le ciel. C&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;astre de feu o\u00f9, jour et nuit, je me plonge tout enti\u00e8re\u2009; le miroir ineffablement pur dans lequel je contemple l&rsquo;auguste Trinit\u00e9 que j&rsquo;aime et que j&rsquo;adore\u2009!<\/p><p>\u00d4 mon P\u00e8re, qu&rsquo;il est doux de n&rsquo;apprendre plus rien que de la bouche m\u00eame de J\u00e9sus, de ne go\u00fbter que sa divine compagnie, de ne se donner qu&rsquo;\u00e0 ses embrassements d&rsquo;amour et d&rsquo;attendre en paix tout son vouloir et son bon plaisir\u2009! C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il veut sa petite victime.<\/p><p>Ma vie d&rsquo;amour dans l&rsquo;union des Trois Divines Personnes s&rsquo;affirme plus intime, plus profonde, plus famili\u00e8re en moi tous les jours, et si naturellement qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas une pri\u00e8re, une pens\u00e9e, un acte qui ne me la donne dans toute sa pl\u00e9nitude&#8230; souvent m\u00eame les choses les plus ordinaires.<\/p><p>Je puis m&rsquo;y livrer \u00e0 tout instant et \u00e0 tout aise, sans qu&rsquo;autour de moi personne ne puisse rien remarquer.<\/p><p>Ces quelques jours, je pensais\u2009: avant, j&rsquo;allais dans la foi, je cherchais la lumi\u00e8re\u2009; maintenant, \u00f4 myst\u00e8re, c&rsquo;est le r\u00e9el, c&rsquo;est l&rsquo;ineffable. Je fais plus que sentir, plus que conna\u00eetre\u2009: je go\u00fbte, je vois, je comprends&#8230; je vis dans la lumi\u00e8re.<\/p><p>Quelle surhumaine lumi\u00e8re\u2009! Quelle illumination de Thabor \u00e9claire chaque \u00e9tape de mon chemin de douleurs.<\/p><p>Votre amour, \u00f4 mon Dieu, faites-le sentir, donnez-le \u00e0 toutes les \u00e2mes comme vous l&rsquo;avez donn\u00e9 \u00e0 moi ; ouvrez \u00e0 toutes votre Coeur comme vous l&rsquo;avez ouvert \u00e0 moi-m\u00eame, et qu&rsquo;elles entrent par cette porte d&rsquo;amour et ne fassent qu&rsquo;une seule chose avec vous, et que je ne fasse avec elles, en vous, qu&rsquo;une seule et m\u00eame chose avec vous.<\/p><p>^ 16 janvier 1932 (samedi)<\/p><p>Sainte communion. Tous les secrets de la vraie Vie, toutes les vertus, toute la perfection se puisent \u00e0 la Source de tout bien&#8230; s&rsquo;immergent au Foyer de tout amour, qui est J\u00e9sus Christ, \u00e9ternelle, infaillible v\u00e9rit\u00e9\u2009! Heureuse l&rsquo;\u00e2me pour qui tout le ciel est dans la petite hostie\u2009!<\/p><p>Heureuse, bienheureuse l&rsquo;\u00e2me dont l&rsquo;amoureuse aspiration, la continuelle occupation s&rsquo;en va \u00e0 J\u00e9sus pour s&rsquo;unir, se consommer en Dieu.<\/p><p>\u00d4 douce Eucharistie, sacrement adorable, \u00e2me et vie de mon \u00e2me, gage d&rsquo;amour du grand Roi\u2009! Objet de mes v\u00e9h\u00e9ments d\u00e9sirs, de mes intarissables demandes.<\/p><p>\u00d4 ma passion&#8230; \u00f4 ma foi&#8230; \u00f4 ma joie\u2009! \u00f4 mon ambition, mes d\u00e9lices et mon paradis\u2009! Que ne puis-je, que ne sais-je, en vous aimant, vous faire aimer de l&rsquo;amour de feu et de folie dont je vous aime\u2009!<\/p><p>Oui, je voudrais donner, r\u00e9pandre mon amour dans les \u00e2mes, pour que toutes connaissent la douce et pure ivresse du v\u00e9ritable amour, et qu&rsquo;elles jouissent du bonheur tout divin d&rsquo;aimer.<\/p><p>Ah\u2009! je comprends pourquoi la merveilleuse puissance de J\u00e9sus, Dieu d&rsquo;amour, a, par un \u00e9mouvant miracle de son incomparable charit\u00e9, choisi un moyen bien digne de son Coeur pour se donner \u00e0 nous, pour nous unir \u00e0 lui en laissant un voile d&rsquo;obscurit\u00e9 envelopper dans l&rsquo;Eucharistie sa royale splendeur comme d&rsquo;un manteau de tendresse\u2009; afin que nos faibles coeurs, nos fragiles \u00e2mes, notre extr\u00eame indigence puissent s&rsquo;approcher de son auguste Pr\u00e9sence sans \u00eatre effondr\u00e9s, terrifi\u00e9s d&rsquo;\u00e9pouvante, frapp\u00e9s d&rsquo;impuissance par l&rsquo;\u00e9clat insoutenable de sa gloire et de sa divinit\u00e9, par les ardeurs de son amour, non moins infini sous ces apparences cach\u00e9es, mais d\u00e9licieusement mesur\u00e9 \u00e0 notre capacit\u00e9 de r\u00e9sistances, ou mieux\u2009: \u00e0 notre inf\u00e9riorit\u00e9 de cr\u00e9atures.<\/p><p>Longue et pure union de tendresse et d&rsquo;amour\u2009! C\u00e9dant aux pressantes sollicitudes de mon bien-aim\u00e9, je m&rsquo;abandonne sans r\u00e9sistance, dans le bonheur et la joie de l&rsquo;\u00e9pouse, \u00e0 tous ses d\u00e9sirs, \u00e0 ses divines jouissances\u2009! Oh, je ne crois pas m&rsquo;\u00eatre refus\u00e9e \u00e0 ses embrassements d&rsquo;amour.<\/p><p>Mon Dieu et mon tout\u2009! Lui, si vivant en moi, si Ma\u00eetre de moi\u2009; tellement \u00e0 moi, qu&rsquo;il est tout moi, ou plut\u00f4t je suis toute par lui&#8230; toute en lui&#8230; je me fonds en sa divinit\u00e9, dans la joie d&rsquo;\u00eatre sienne, et bien sienne \u00e0 jamais.<\/p><p>J&rsquo;aime et je suis aim\u00e9e\u2009! La douce protestation vient de l&rsquo;H\u00f4te ch\u00e9ri\u2009:<\/p><p>\u00ab\u2009C&rsquo;est toi ma joie, mon lit de repos&#8230; c&rsquo;est toi mon ciel o\u00f9 je prends mes d\u00e9lices, o\u00f9 je suis aim\u00e9.\u2009\u00bb Puis, me montrant encore une fois son Coeur plus rayonnant que mille soleils, son Coeur, fournaise ardente de charit\u00e9, oc\u00e9an de feu, firmament de beaut\u00e9, paradis de jouissances&#8230; son Coeur, immensit\u00e9 que rien ne limite, son Coeur o\u00f9 je vois tant \u2013 \u00f4 bonheur\u2009! \u2013 de saintes \u00e2mes, et o\u00f9 je me vois moi-m\u00eame au centre, pendant que j&rsquo;entends la voix qui ne peut tromper\u2009: \u00ab\u2009C&rsquo;est l\u00e0 que je te tiens toujours&#8230; c&rsquo;est l\u00e0 ton s\u00e9jour \u00e9ternel\u2009!\u2009\u00bb<\/p><p>\u00ab\u2009J&rsquo;ai soif d&rsquo;\u00eatre aim\u00e9, de me faire aimer\u2009! Qui veut soulager ma soif, qui veut m&rsquo;apporter ma boisson d&rsquo;amour, mon breuvage des \u00e2mes\u2009? Qui veut me faire hommage de tous les coeurs humains, qui veut m&rsquo;aider dans mon Oeuvre r\u00e9demptrice\u2009?\u2009\u00bb<\/p><p>Moi, mon J\u00e9sus, je soulagerai votre soif par mon amour, j&rsquo;obtiendrai votre boisson, votre breuvage par l&rsquo;humiliation, par la souffrance et je vous l&rsquo;apporterai tout palpitant, tout bouillonnant de vie dans la coupe de mon coeur. Je suis votre victime d&rsquo;amour&#8230; Je serai votre victime ap\u00f4tre\u2009! Je vous aime\u2009! Je vous ferai aimer\u2009!<\/p><p>Ce divin aveu, parti comme un jet de flamme, comme un sanglot \u00e9chapp\u00e9 au Coeur tout aimant de J\u00e9sus, a produit dans tout mon \u00eatre un embrasement nouveau, resserrant encore les liens tr\u00e8s \u00e9troits d&rsquo;une union d\u00e9j\u00e0 si parfaite et me laisse davantage pleine de vie surnaturelle, de vie divine&#8230; plus hors de moi\u2009!&#8230;<\/p><p>Je sens mon \u00e2me en transport dans mon pauvre corps d\u00e9chir\u00e9 par la souffrance.<\/p><p>Emue et toute vibrante d&rsquo;enthousiasme, j&rsquo;ai rendu gr\u00e2ce&#8230; j&rsquo;ai implor\u00e9 la souffrance. Oh\u2009! comme jamais\u2009!&#8230; Suppliant mon Seigneur ador\u00e9 de faire revivre en moi le d\u00e9sir de souffrir et l&rsquo;amour pour bien souffrir&#8230; toujours, sans jamais demander de soulagement ni physique ni moral, sans vouloir rien d&rsquo;autre qu&rsquo;\u00eatre de plus en plus amoureusement, de plus en plus fid\u00e8lement abandonn\u00e9e \u00e0 son adorable volont\u00e9\u2009! Et je crois en toute simplicit\u00e9 que le Ma\u00eetre bien-aim\u00e9 aime ainsi sa servante.<\/p><p>Voil\u00e0 les joies que go\u00fbte mon \u00e2me devenue tr\u00e8s docile \u00e0 la main divine\u2009: l&rsquo;amour dans la souffrance&#8230; Voici le bonheur dont jouit cette \u00e2me devenue bien petite\u2009: la paix dans l&rsquo;union sacr\u00e9e.<\/p><p>Je voudrais que beaucoup connaissent combien le Seigneur est doux, combien est d\u00e9licieuse l&rsquo;union parfaite avec lui, et pleins d&rsquo;amour les \u00e9panchements intimes que son immense tendresse \u00e9tablit entre lui et l&rsquo;\u00e2me aim\u00e9e.<\/p><p>Prolongeant mon action de gr\u00e2ce, j&rsquo;ai \u00e9tendu ma pri\u00e8re sur tous et sur chacun.<\/p><p>Pour mon p\u00e8re spirituel, j&rsquo;ai pri\u00e9 ardemment et avec affection\u2009! Je ne saurais trop me rappeler toutes les pri\u00e8res que j&rsquo;ai faites en sa faveur, je me souviens cependant avoir demand\u00e9 pour lui une vie int\u00e9rieure tr\u00e8s vivante, tr\u00e8s intense, une sainte ardeur dans son apostolat, afin que son activit\u00e9 soit bienfaisante et b\u00e9nie du ciel.<\/p><p>Je sais que la parole est radicalement impuissante \u00e0 faire jaillir la plus petite \u00e9tincelle de foi, le plus petit rayon divin dans un coeur et dans une \u00e2me, si Dieu n&rsquo;en f\u00e9conde directement l&rsquo;action et ne trouve parfaite docilit\u00e9 et fid\u00e9lit\u00e9 dans l&rsquo;\u00e2me de son ap\u00f4tre. Newman a dit que les conversions d\u00e9pendent plus de la valeur morale de l&rsquo;ap\u00f4tre que de l&rsquo;\u00e9vidence de ses raisons. Et, en effet, la vraie sagesse ne consiste pas dans la mani\u00e8re d&rsquo;enseigner le prochain, mais dans l&rsquo;ensemble d&rsquo;une conduite parfaitement pure, d&rsquo;une vie parfaitement chr\u00e9tienne.<\/p><p>Que le Ma\u00eetre ador\u00e9 prenne tout \u00e0 fait et garde tout entier dans son amour mon p\u00e8re spirituel.<\/p><p>Ce m\u00eame soir, alors que j&rsquo;\u00e9tais toute en adoration, pour la r\u00e9paration d&rsquo;amour, aux pieds du cher et divin Crucifi\u00e9, sans mouvement, sans parole&#8230; aimant dans l&rsquo;ardeur du silence&#8230; je fus tout \u00e0 coup envelopp\u00e9e d&rsquo;une lumi\u00e8re et comme plong\u00e9e dans cette lumi\u00e8re\u2009! Et sans pr\u00e9paration, sans recherche de sentiments, sans m\u00eame un d\u00e9sir, un appel, la douce et douloureuse image du Sauveur mourant se montrait \u00e0 mon \u00e2me avec une pr\u00e9cision, une nettet\u00e9 qui ne pouvait laisser l&rsquo;ombre d&rsquo;un doute. N\u00e9anmoins, je repoussais vivement la vision, craignant que ce ne fut un mirage diabolique. Mais les yeux tendrement fix\u00e9s sur moi, il me dit avec un accent de reproche\u2009: \u00ab\u2009Je ne suis pas le d\u00e9mon, comme tu le penses, je suis ton J\u00e9sus, ton \u00e9poux bien-aim\u00e9, je viens ranimer tes forces et te confirmer dans mes souffrances&#8230; je suis \u00e0 toi.\u2009\u00bb<\/p><p>Quant \u00e0 la description\u2009: le saint corps de l&rsquo;Homme-Dieu \u00e9tait d&rsquo;une blancheur diaphane, les traits du cher visage tr\u00e8s expressifs, tr\u00e8s beaux malgr\u00e9 l&#8217;empreinte d&rsquo;une douleur, d&rsquo;une tristesse immense provoqu\u00e9es, me semblait-il, par d&rsquo;autres tortures, plus cruelles, que celles qui laminaient son divin corps.<\/p><p>Au bout d&rsquo;un moment, le sang se mit \u00e0 couler abondamment de son front couronn\u00e9 d&rsquo;\u00e9pines, se r\u00e9pandant sur sa face \u00e9maci\u00e9e\u2009; \u00e9galement et plus abondamment encore de la blessure de son Coeur transperc\u00e9 et aussi de ses mains, de ses pieds&#8230; de toutes les blessures de son corps qui sont si nombreuses qu&rsquo;on ne saurait les compter, baignant m\u00eame la croix qui se d\u00e9tachait, sombre et s\u00e9v\u00e8re, dans l&rsquo;immense lumi\u00e8re qui l&rsquo;entourait. Tr\u00e8s vivement impressionn\u00e9e, terrifi\u00e9e m\u00eame, mais tr\u00e8s calme, je consid\u00e9rais longuement avec un sentiment de peine, la d\u00e9solante apparition, et plus je fixais (int\u00e9rieurement) la sanglante image de mon Dieu Sauveur, plus alors la lumi\u00e8re dans laquelle elle m&rsquo;\u00e9tait montr\u00e9e devenait \u00e9blouissante. Emue comme on ne peut le dire, je fondais en larmes de piti\u00e9 et d&rsquo;admiration, de pardon et de repentir, ne pensant plus dans mon intelligence du vrai qu&rsquo;\u00e0 d\u00e9dommager, \u00e0 r\u00e9parer tant de souffrances, \u00e0 s\u00e9cher tant de sang, \u00e0 fermer tant de blessures dont les jouissances coupables, le crime sont cause.<\/p><p>Par sacrifice ou par une crainte non encore enti\u00e8rement \u00e9vanouie, je cherchais \u00e0 m&rsquo;arracher \u00e0 la contemplation, pour me livrer uniquement \u00e0 la ferveur de la pri\u00e8re vocale, mais non par refus de la souffrance.<\/p><p>Et je reprenais\u2009: \u00ab\u2009Ce n&rsquo;est pas des visions que je veux, mais les souffrances de mon J\u00e9sus, la croix nue. Mon J\u00e9sus bien-aim\u00e9, venez \u00e0 mon secours\u2009!&#8230;\u2009\u00bb<\/p><p>\u00ab\u2009C&rsquo;est moi, ton J\u00e9sus bien-aim\u00e9. Dis-moi tout ce que tu d\u00e9sires.\u2009\u00bb \u2013 \u00ab\u2009Ce que je veux, \u00f4 mon Seigneur, c&rsquo;est la douleur de mes fautes, pass\u00e9es et pr\u00e9sentes ; c&rsquo;est la gr\u00e2ce de ne plus vous offenser et de bien me conna\u00eetre ; c&rsquo;est la gr\u00e2ce d&rsquo;expier, de r\u00e9parer pour le genre humain et de travailler avec vous \u00e0 sa r\u00e9demption.\u2009\u00bb<\/p><p>N&rsquo;\u00e9tant pas de force \u00e0 lutter contre la toute-puissance de Dieu, j&rsquo;\u00e9tais ramen\u00e9e, sans r\u00e9sistance d&rsquo;ailleurs, aux pieds du bon Ma\u00eetre, que du fond de mon humilit\u00e9 je couvrais de baisers et de pleurs, en protestant de mon fid\u00e8le amour et suppliant J\u00e9sus, dans ma tendresse vivante, de m&rsquo;attirer tout enti\u00e8re sur sa croix, sur la sienne, non seulement pour en partager l&rsquo;opprobre, les tourments, la soif, l&rsquo;agonie&#8230; puis la mort\u2009; mais d&rsquo;en descendre lui-m\u00eame pour m&rsquo;y clouer \u00e0 sa place\u2009!<\/p><p>Gr\u00e2ce aussit\u00f4t obtenue, parce que, au m\u00eame instant, inond\u00e9e, noy\u00e9e dans une sorte d&rsquo;ivresse, je me vis en moins de temps qu&rsquo;il ne faut pour le dire, toute transform\u00e9e, configur\u00e9e en Notre-Seigneur, comme si tout mon \u00eatre s&rsquo;\u00e9tait \u00e9coul\u00e9, fondu en lui\u2009!&#8230; Je n&rsquo;\u00e9tais plus&#8230; je ne vivais plus\u2009! La couronne d&rsquo;\u00e9pines, les clous des mains, des pieds, la lance ac\u00e9r\u00e9e p\u00e9n\u00e9traient, transper\u00e7aient si violemment mon coeur, ma chair, qu&rsquo;il me semblait \u00eatre cribl\u00e9e, travers\u00e9e d&rsquo;outre en outre, tandis que j&rsquo;\u00e9tais plong\u00e9e, tout mon \u00eatre, dans un ab\u00eeme de feu. Feu de douleur bien plus que d&rsquo;amour\u2009! \u00d4 Dieu, quel tourment\u2009! J&rsquo;\u00e9prouvais une torture si grande que je crus en mourir.<\/p><p>Jamais je ne m&rsquo;\u00e9tais trouv\u00e9e dans un \u00e9tat de si compl\u00e8te transformation en l&rsquo;adorable humanit\u00e9 souffrante et aimante de J\u00e9sus. De J\u00e9sus assimilant, absorbant, \u00e9puisant, fondant tout mon \u00eatre en lui\u2009! Une minute&#8230; une seconde de plus et mon \u00e2me brisait sa mortelle enveloppe.<\/p><p>Cette v\u00e9ritable configuration en la ressemblance du sacrifice de J\u00e9sus crucifi\u00e9 qui s&rsquo;est faite par un mystique embrasement de l&rsquo;amour divin, me laisse fort heureusement sans marques ext\u00e9rieures. A l&rsquo;heure o\u00f9 sont trac\u00e9es ces lignes, les souffrances sont toujours tr\u00e8s vives, \u00e0 l&rsquo;\u00e9gal d&rsquo;un feu me br\u00fblant tout enti\u00e8re, mais plus vivement dans la poitrine, la t\u00eate, les jambes et les bras, tout en demeurant invisibles\u2009; sinon les souffrances, du moins la marque des souffrances\u2009! Vive J\u00e9sus\u2009!<\/p><p>Et vive Marie, ma douce Maman\u2009! Car c&rsquo;est \u00e0 sa m\u00e9diation toute maternelle que je dois cette fois encore de ne garder aucune marque apparente. Mais on n&rsquo;est pas assimil\u00e9e \u00e0 la divine personne du Verbe, sans devenir un autre lui-m\u00eame. On n&rsquo;est pas jet\u00e9e dans le brasier consumant de l&rsquo;Amour sans en ressortir renouvel\u00e9e pour toujours\u2009!<\/p><p>Vie nouvelle, dans un surcro\u00eet d&rsquo;abandon et d&rsquo;amour\u2009! Plus que jamais livr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;action transformante de l&rsquo;Esprit Saint&#8230; \u00e0\u2009J\u00e9sus, au Christ-Hostie, pour devenir conforme \u00e0 son image et \u00e0 sa ressemblance\u2009; car nul ne peut entrer dans la demeure du P\u00e8re que semblable \u00e0 son Fils. Pour les petites \u00e2mes pr\u00e9destin\u00e9es, le\u2009Thabor se trouve sur le Calvaire. Oh\u2009! qu&rsquo;importe la souffrance et la croix puisque j&rsquo;ai l&rsquo;amour&#8230; l&rsquo;amour par-dessus tout. L&rsquo;amour germe dans la pluie des larmes et s&rsquo;\u00e9panouit sous les br\u00fblants rayons de la douleur, l&rsquo;amour m\u00fbrit dans les baisers d&rsquo;un fiat tout divin.<\/p><p>Amour appris, amour compris, amour v\u00e9cu&#8230; amour enfin rayonnant, d\u00e9bordant \u00e0 la faveur des parfums de toutes mes roses enrichies d&rsquo;\u00e9pines\u2009! Pauvres, p\u00e2les mots pour parler d&rsquo;un si grand miracle&#8230; d&rsquo;ailleurs pourquoi des mots\u2009? N&rsquo;est-ce pas bien mieux de s&rsquo;agenouiller devant l&rsquo;oeuvre op\u00e9r\u00e9e par l&rsquo;Amour m\u00eame, de la p\u00e9n\u00e9trer, de la voir, de la sentir jusqu&rsquo;au fond, pour la r\u00e9aliser jusqu&rsquo;au bout\u2009? Je n&rsquo;attache pas autrement de l&rsquo;importance \u00e0 cette vision mentale, le fruit seul est digne d&rsquo;attention et d&rsquo;envie. Si j&rsquo;en parle \u00e0 qui je le dois, c&rsquo;est pour ob\u00e9ir et pour demander conseil, lumi\u00e8re, encouragement. Si quelquefois j&rsquo;y pense, c&rsquo;est pour mieux ouvrir les yeux sur ma mis\u00e8re, pour aimer davantage et pour glorifier Dieu\u2009!<\/p><p>Vous seul, \u00f4 mon Dieu, mon Roi\u2009! Vous seul toujours et&#8230; toujours vous seul, par Marie ma M\u00e8re ch\u00e9rie\u2009!<\/p><p>^ 26 janvier 1932 (mardi)<\/p><p>Adoration fervente, intimit\u00e9 profonde, affectueux \u00e9changes, c\u00e9lestes communications entre les Trois Divines Personnes et mon \u00e2me.<\/p><p>Je vis dans la Trinit\u00e9 et je me vois en elle\u2009! Quel silence\u2009! Quel repos\u2009! Voil\u00e0 l&rsquo;attrait supr\u00eame, pr\u00e8s de qui tout le reste n&rsquo;est rien&#8230; Voil\u00e0 l&rsquo;Incomparable en qui je trouve tout&#8230; Voil\u00e0 l&rsquo;incompr\u00e9hensible myst\u00e8re&#8230; Voil\u00e0 ma belle vie, voil\u00e0 mon bel amour\u2009!<\/p><p>\u00d4 divine Trinit\u00e9\u2009! \u00d4 Unit\u00e9 de mon Dieu\u2009! \u00d4 Joie\u2009! \u00d4 Douceur\u2009! \u00d4 Amour\u2009! \u00d4 mon Tout\u2009! Emportez-moi sans cesse plus avant dans votre intimit\u00e9 sacr\u00e9e, dans votre immensit\u00e9, dans l&rsquo;infinie splendeur de votre si doux myst\u00e8re o\u00f9, sans pr\u00e9texte, sans plus de d\u00e9monstration, je m&rsquo;abandonne pleinement, heureuse d&rsquo;acheter, au prix de n&rsquo;importe quel martyre, cette abondance de vie, ce tr\u00e9sor d&rsquo;amour que je trouve cach\u00e9 en vous\u2009!<\/p><p>Envahissement complet de la gr\u00e2ce en moi\u2009!<\/p><p>\u00d4 bienheureuse\u2009! \u00f4 ma bien douce Trinit\u00e9\u2009!<\/p><p>^ 28 janvier 1932 (jeudi)<\/p><p>Sainte communion. Mon \u00e2me et mon corps tressaillent, ivres, ravis de joie dans le Dieu vivant, attir\u00e9s en lui comme par un aimant d&rsquo;amour\u2009! Et dans cette joie, cette union, cette possession qui n&rsquo;est que d\u00e9lices, qu&rsquo;ivresse, que d\u00e9faillance d&rsquo;amour, vives \u00e9treintes, \u00e9panchements intimes et familiers, an\u00e9antissement, effondrement de tout mon \u00eatre dans une douceur, une tendresse infinies, dans l&rsquo;amour ineffablement pur, chaste et divin.<\/p><p>Dans l&rsquo;amour si vibrant qui n&rsquo;est qu&rsquo;agenouillement de l&rsquo;\u00e2me, qu&rsquo;all\u00e9gresse.<\/p><p>Heureuse, bienheureuse l&rsquo;\u00e2me de tout abandon, parce que J\u00e9sus, son royal \u00e9poux qui se veut tout \u00e0 elle, la veut toute \u00e0 lui&#8230; la veut toute pour lui.<\/p><p>\u00d4 Coeur de mon coeur\u2009! \u00f4 mon \u00c2me\u2009! \u00f4 ma Vie\u2009! \u00f4 mon cher Amour\u2009! J&rsquo;ai connu aujourd&rsquo;hui l&rsquo;intimit\u00e9 absolue avec J\u00e9sus. Nos vies si bien m\u00eal\u00e9es, fondues, confondues dans l&rsquo;union la plus pure et cependant si distinctes l&rsquo;une de l&rsquo;autre. Mon Dieu, mon Dieu, qu&rsquo;il est en moi et que je suis en lui\u2009! Tout en moi, tout de moi est son Oeuvre d&rsquo;amour\u2009! L&rsquo;amour a transform\u00e9 mon \u00e2me. Quel \u00e9tonnement que ces deux vies si une, et si distinctes, quand l&rsquo;int\u00e9rieure est un intense brasier.<\/p><p>J\u00e9sus me veut, je suis \u00e0 lui&#8230; je reste en lui. Ext\u00e9rieurement, rien n&rsquo;est plus, ne compte plus, tandis qu&rsquo;une vie, un amour immense remplissait mon \u00e2me.<\/p><p>J&rsquo;\u00e9tais dans l&rsquo;amour, ivre d&rsquo;amour, ivre de J\u00e9sus, ivre de jouissance\u2009! J&rsquo;aimais, sans plus m\u00eame oser dire de paroles d&rsquo;amour, je ne pensais pas que moi, on m&rsquo;aimait, mais que J\u00e9sus, en moi, lui le Verbe d&rsquo;amour, lui le tendre \u00e9poux de mon \u00e2me, lui le bien-aim\u00e9 du P\u00e8re, recevait ses embrassements d&rsquo;amour, cet amour de feu qui est l&rsquo;Esprit Saint. Mon pauvre \u00eatre de mis\u00e8re connaissait cette merveille, admirait, jouissait de tout par la vertu de l&rsquo;Esprit, dans l&rsquo;\u00e9ternel amour.<\/p><p>Quand on sort de l&rsquo;amour pour chercher Dieu, on re\u00e7oit au centuple l&rsquo;amour\u2009! Et quel amour sans fin, sans limite\u2009! \u00d4 J\u00e9sus\u2009! \u00f4\u2009mon Dieu, \u00f4 Trinit\u00e9 auguste\u2009!&#8230; je vis dans votre amour. Je ne sais plus qu&rsquo;aimer, et mon amour grandit toujours\u2009!<\/p><p>J&rsquo;aimerais pouvoir tout dire \u00e0 mon p\u00e8re spirituel, mais comment faire\u2009? Quelques minutes apr\u00e8s la communion, avant de m&rsquo;abandonner aux d\u00e9lices de l&rsquo;union et de l&rsquo;amour, aux divines caresses de J\u00e9sus, je me remettais entre ses mains pour qu&rsquo;il offre au P\u00e8re mon coeur tout \u00e0 lui, mon coeur tout embras\u00e9 de son amour, mon \u00e2me et mon esprit si heureux et si bien donn\u00e9s, mon corps livr\u00e9 par lui \u00e0 toutes les douleurs, \u00e0 toutes les immolations, \u00e0 tous ses divins bons plaisirs. Apr\u00e8s une \u00e9treinte passionn\u00e9e, dans un geste plein de douceur et de majest\u00e9, il m&rsquo;offrait au P\u00e8re comme un pur calice plein de Lui ; Dieu le P\u00e8re, \u00e0 la fois si puissant et si doux, tendrement pench\u00e9 sur sa servante, ne voyait plus en elle que le Fils bien-aim\u00e9 en qui il a mis toutes ses complaisances.<\/p><p>Emerveill\u00e9e, stup\u00e9faite, d\u00e9lirante de joie, \u00e9perdue, ivre d&rsquo;amour, j&rsquo;ai cri\u00e9\u2009: \u00d4 Dieu mon P\u00e8re, \u00f4 mon J\u00e9sus si cher, \u00f4\u2009Saint-Esprit, qui me br\u00fblez et m&rsquo;inondez de vos feux\u2009! L&rsquo;amour, la tendresse me porte, me soul\u00e8ve&#8230; tout mon \u00eatre est pris, poss\u00e9d\u00e9 sans fin.<\/p><p>Que j&rsquo;aime\u2009! Que j&rsquo;aime\u2009! C&rsquo;est toute ma pri\u00e8re\u2009: aimer plus, pour aimer mieux encore&#8230; pour vivre et mourir d&rsquo;amour.<\/p><p>Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;hostie sacrement sans hostie sacrifice, mais j&rsquo;ai la douce et ferme conviction que j&rsquo;ai su donner \u00e0 J\u00e9sus qui le r\u00e9clame, hostie pour Hostie.<\/p><p>Je crois que je commence \u00e0 savoir communier\u2009!<\/p><p>Quelle vivante action de gr\u00e2ce ensuite\u2009! Quels \u00e9lans du coeur\u2009! Quelle ferveur d&rsquo;\u00e2me\u2009! Quel amour dans ma pri\u00e8re\u2009! J&rsquo;ai pri\u00e9, pri\u00e9 pour tous. En faveur de l&rsquo;Eglise et de son chef souverain que j&rsquo;aime de toute mon \u00e2me, pour les chers, chers miens et pour tous mes amis, pour tous ceux que je dois et veux aimer&#8230; pour tous ceux que J\u00e9sus m&rsquo;a donn\u00e9s, et qu&rsquo;il me demande d&rsquo;aider (spirituellement). Br\u00fblant d&rsquo;amour, emport\u00e9e par un saint d\u00e9sir, je me jetai dans les bras de la Sainte Vierge ma M\u00e8re pour la remercier, la b\u00e9nir, elle qui m&rsquo;a donn\u00e9 J\u00e9sus, elle \u00e0 qui je dois mon bonheur.<\/p><p>J&rsquo;ai fait effort pour \u00e9crire, mais je sais que je dis mal. C&rsquo;est trop au-dessus de toutes paroles, trop, infiniment trop au-dessus de l&rsquo;\u00eatre. Il n&rsquo;y a pas de mots qui puissent dire les douceurs de l&rsquo;intimit\u00e9 divine, les d\u00e9lices de ces instants b\u00e9nis.<\/p><p>Et puis, parler de J\u00e9sus, de mon amour, c&rsquo;est me plonger en lui, c&rsquo;est me fondre, c&rsquo;est m&rsquo;enivrer aussit\u00f4t.<\/p><p>Souvent, dans mes conversations, je n&rsquo;ose m\u00eame pas prononcer le Nom si doux de J\u00e9sus, j&rsquo;h\u00e9site m\u00eame quelquefois \u00e0 le nommer en priant, surtout si je ne suis pas seule. Mon coeur est tellement dilat\u00e9 par l&rsquo;amour, tout mon \u00eatre vibre si fort \u00e0 la seule pens\u00e9e du tabernacle, \u00e0 la pens\u00e9e de tout ce que ce Ma\u00eetre ador\u00e9 a fait pour nous, de tout ce qu&rsquo;il a fait pour moi en particulier, et continue de faire, que j&rsquo;ai peur, si pour un moment je cessais de m&rsquo;appartenir, de me contr\u00f4ler (comme derni\u00e8rement), d&rsquo;\u00eatre soudainement saisie, entra\u00een\u00e9e par une force irr\u00e9sistible. Ce qui m&rsquo;arr\u00eate, c&rsquo;est bien cela\u2009: j&rsquo;ai peur du ravissement\u2009; et devant la possibilit\u00e9 de ce r\u00e9sultat, qu&rsquo;\u00e0 tort ou \u00e0 raison je crains, je m&rsquo;efforce de perdre l&rsquo;impression de la bien-aim\u00e9e pr\u00e9sence dans une attention solennelle \u00e0 la Trinit\u00e9 tr\u00e8s Haute\u2009! Mais je m&rsquo;oublie vite\u2009! Et comme tout en moi est amour, vivant, puissant amour, au sein de l&rsquo;Amour m\u00eame, je ne retrouve que plus ardents encore tous mes sentiments, toute ma passion d&rsquo;aimer. Que ce beau jour d&rsquo;union et d&rsquo;amour soit donn\u00e9 pour le bonheur et la sanctification de ceux qui aiment.<\/p><p>Et que Dieu fasse de moi un foyer pour purifier le monde et embraser les \u00e2mes.<\/p><p>^ 2 f\u00e9vrier 1932 (mardi)<\/p><p>Sentiment profond de la pr\u00e9sence de Dieu en moi, qui m&rsquo;inonde de lumi\u00e8res, me comble de faveurs incessantes\u2009! Oh\u2009! comme j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 aim\u00e9e aujourd&rsquo;hui\u2009!&#8230; Et que mon Dieu est donc infini en bont\u00e9, en douceur, en richesse&#8230; surtout en amour.<\/p><p>Que donner en \u00e9change de si grands biens\u2009? Que faire pour lui, pour mieux l&rsquo;aimer encore\u2009? Tout ce qu&rsquo;il veut, quand il veut, comme il veut. C&rsquo;est ma plus belle pri\u00e8re&#8230; c&rsquo;est toute ma r\u00e9ponse&#8230; c&rsquo;est ma seule parole d&rsquo;amour.<\/p><p>Plus de douleur dans plus d&rsquo;amour, et dans quel abandon\u2009!<\/p><p>Quelle douce paix en moi et quelle f\u00e9licit\u00e9 sans m\u00e9lange\u2009! Quel don de tout mon \u00eatre\u2009! Quel oubli des souffrances, des peines, des fatigues dans cet abandon \u00e0 l&rsquo;Amour\u2009! Quelles heureuses larmes\u2009! Quelle surhumaine abondance de joie dans toute cette vague de douleurs\u2009!<\/p><p>Tout mon \u00eatre est livr\u00e9 \u00e0 d&rsquo;incompr\u00e9hensibles tourments\u2009! Mais combien plus sensibles, plus excessifs encore sont-ils dans mon \u00e2me tortur\u00e9e, incendi\u00e9e d&rsquo;une insatiable soif d&rsquo;amour.<\/p><p>Je nage dans les souffrances, c&rsquo;est vrai, mais mon si doux J\u00e9sus met tant de beaut\u00e9, tant d&rsquo;infini dans ma pauvre petite vie, que je vogue, que je plane bien haut au-dessus de tous mes maux, en cette r\u00e9alit\u00e9 vivante et merveilleuse, en l&rsquo;ab\u00eeme c\u00e9leste.<\/p><p>Les pires afflictions ne sauraient atteindre mon bonheur, ni effleurer la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de mon \u00e2me, puis je dis\u2009: que peut-il advenir, que peut-il m&rsquo;arriver\u2009? Mon bien-aim\u00e9, lui le saint, le pur, le seul vrai Dieu et unique ami, lui l&rsquo;Amour m\u00eame, est avec moi\u2009; je l&rsquo;aime et je re\u00e7ois son amour\u2009; mon \u00eatre entier est entre ses bras.<\/p><p>Je suis v\u00f4tre, \u00f4 mon J\u00e9sus\u2009! Je suis votre petite victime et votre vivante hostie, pour \u00eatre en vous, par Marie ma M\u00e8re bien-aim\u00e9e, la louange de la Tr\u00e8s Sainte Trinit\u00e9\u2009! Adorable mission et si \u00e9mouvante \u00e0 remplir\u2009! Il me semble de moins en moins possible qu&rsquo;une telle surabondance de gr\u00e2ces, un tel embrasement d&rsquo;amour soit donn\u00e9 pour la seule joie, la seule r\u00e9compense de ma sainte ardeur \u00e0 aimer, de mon abandon \u00e0 tous les vouloirs divins\u2009! Je suis p\u00e9cheresse, je suis n\u00e9ant, je suis \u00ab\u00a0besoin\u00a0\u00bb, et si dans ses vues \u00e9ternelles Dieu a jug\u00e9 bon d&rsquo;abaisser ses regards sur ce qu&rsquo;il y a de plus bas, c&rsquo;est qu&rsquo;il l&rsquo;a marqu\u00e9e pour quelque chose qu&rsquo;il sait.<\/p><p>Et puisque, dans le Corps mystique de l&rsquo;Eglise, c&rsquo;est [sic] les plus faibles de ses membres qui sont les plus n\u00e9cessaires, laissons encore la main divine creuser, tailler en secret dans le vif, en vue des r\u00e9coltes \u00e0 venir. Les plus beaux fruits de gr\u00e2ces puisent leur s\u00e8ve dans le f\u00e9cond tr\u00e9sor de la souffrance, comme la plante puise la vie dans le sol d\u00e9tremp\u00e9 par la pluie.<\/p><p>Mon Dieu, gardez-moi pour le bien le plus invisible, le plus ignor\u00e9, faites agir mes souffrances, faites servir tant d&rsquo;amour.<\/p><p>Toute mon \u00e2me est remplie d&rsquo;une douceur si pure, d&rsquo;une pens\u00e9e si haute, d&rsquo;une si sainte all\u00e9gresse que ni l&rsquo;amour, ni les jouissances, ni les consolations de la terre accumul\u00e9es, n&rsquo;en ont jamais donn\u00e9 \u00e0 personne d&rsquo;aussi vraies, d&rsquo;aussi profondes\u2009!&#8230;<\/p><p>J&rsquo;aime et je suis dans l&rsquo;abondance des biens c\u00e9lestes.<\/p><p>Qu&rsquo;il est bon de vivre au-dessus de sa souffrance et comme hors de soi. De jouir et&#8230; de souffrir de J\u00e9sus\u2009! Vous, rien que vous, \u00f4 J\u00e9sus\u2009! Vous seul, \u00f4 ma Vie\u2009!<\/p><p>On respire si bien sur les hauts sommets de l&rsquo;id\u00e9al, entra\u00een\u00e9s par l&rsquo;Amour \u00e0 toujours plus d&rsquo;amour.<\/p><p>Je puis, avec vous, \u00f4 J\u00e9sus, dire et chanter dans mes peines que je suis bienheureuse, et, dans mon \u00e2me ravie, je chante, je\u2009b\u00e9nis, j&rsquo;exalte le Seigneur\u2009! Alleluia\u2009! Alleluia\u2009! Et gloire \u00e0 Dieu.<\/p><p>Ah\u2009! je comprends le d\u00e9couragement, l&rsquo;irritation, la r\u00e9volte m\u00eame dans l&rsquo;\u00e9preuve pour ceux qui n&rsquo;ont pas la foi\u2009! Avec la plus petite \u00e9tincelle de vraie lumi\u00e8re, je ne sais plus voir, je ne puis plus admettre que la patience, la douceur, le libre acquiescement de la volont\u00e9, l&rsquo;abandon plein d&rsquo;amour, le don complet de soi\u2009; et cela est possible \u00e0 chacun de nous.<\/p><p>Il suffit tout simplement de vouloir, de s&rsquo;humilier et de bien prier pour s&rsquo;\u00e9lever jusqu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9signation parfaite, jusqu&rsquo;au fiat supr\u00eame et laisser monter son \u00e2me vers les sommets radieux, seuls accessibles \u00e0 l&rsquo;amour, o\u00f9 nous attendent tant de merveilles insoup\u00e7onn\u00e9es.<\/p><p>Alors, arriv\u00e9 l\u00e0, que ne peut-on endurer\u2009! Que ne peut-on porter\u2009! Que ne peut-on p\u00e2tir\u2009!<\/p><p>S&rsquo;offrir, se donner, se livrer \u00e0 l&rsquo;Amour\u2009! c&rsquo;est attirer Dieu, c&rsquo;est poss\u00e9der cet Amour. C&rsquo;est s&rsquo;unir \u00e0 J\u00e9sus, c&rsquo;est consommer sa vie dans la vie divine.<\/p><p>Il n&rsquo;y a pas de patience vraie sans v\u00e9ritable amour, et le v\u00e9ritable amour augmente \u00e0 mesure que s&rsquo;accro\u00eet la vraie patience.\u2009<\/p><p>Il faut vraiment vivre dans l&rsquo;amour de Dieu, et \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;inaction par la maladie, pour sentir \u00e0 fond son n\u00e9ant, son impuissance, sa mis\u00e8re, son incapacit\u00e9 naturelle et surnaturelle \u00e0 bien faire.<\/p><p>\u00ab\u2009Sans moi vous ne pouvez rien\u2009\u00bb pas m\u00eame l&rsquo;aimer, pas m\u00eame nous donner \u00e0 lui, nous unir \u00e0 lui, vivre, fondre, dispara\u00eetre en lui, s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait lui-m\u00eame par sa divine action l&rsquo;animateur, le continuateur, le conservateur, le sanctificateur de notre vie, le Tout dans notre \u00e2me et le Tout de notre \u00eatre. \u00ab\u2009Sans moi vous ne pouvez \u00eatre.\u2009\u00bb \u00ab\u2009Je suis Celui qui suis.\u2009\u00bb Et il affirme\u2009: \u00ab\u2009Vous n&rsquo;avez rien que vous ne receviez de moi.\u2009\u00bb<\/p><p>Le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses, il m&rsquo;a fait des gr\u00e2ces extraordinaires et la plus grande entre toutes, c&rsquo;est d&rsquo;avoir creus\u00e9 en moi des ab\u00eemes immenses, c&rsquo;est de m&rsquo;avoir appris, de m&rsquo;avoir fait sentir, conna\u00eetre et passer par tout cela. Lui, rien que lui, peut remplir mon \u00eatre et dilater mon \u00e2me.<\/p><p>Ah\u2009! je sens bien que ce qui ravit le plus le Coeur paternel du Bon Dieu dans sa petite servante, c&rsquo;est de me voir aimer n&rsquo;\u00eatre rien, n&rsquo;\u00eatre plus ; c&rsquo;est ma joie parfaite dans toutes les lourdes croix qui s&rsquo;abattent sur moi, c&rsquo;est mon esp\u00e9rance aveugle en sa mis\u00e9ricordieuse charit\u00e9&#8230; c&rsquo;est enfin ma confiance pouss\u00e9e jusqu&rsquo;aux limites extr\u00eames.<\/p><p>Je sens de plus en plus ma pauvret\u00e9 sans fond&#8230; mais je sens bien mieux encore mon infinie richesse en Dieu seul\u2009! J&rsquo;aime et je b\u00e9nis sans fin\u2009!<\/p><p>^ 7 f\u00e9vrier 1932 (dimanche)<\/p><p>Sainte communion. \u00d4 vie d&rsquo;amour\u2009! Vie de J\u00e9sus en moi\u2009! Puissant myst\u00e8re\u2009! Ineffable esp\u00e9rance\u2009! Divine pl\u00e9nitude\u2009! Comme me l&rsquo;avait dit mon p\u00e8re, j&rsquo;ai communi\u00e9 dans le feu, dans le feu de l&rsquo;amour.<\/p><p>Au moment o\u00f9 ma l\u00e8vre s&rsquo;ouvrait de plaisir et de joie \u00e0 l&rsquo;hostie sainte, une douce voix r\u00e9sonna\u2009: \u00ab\u2009C&rsquo;est moi, je descends dans mon ciel\u2009!\u2009\u00bb L&rsquo;hostie re\u00e7ue \u00e9tait un feu qui br\u00fbla ma l\u00e8vre, qui br\u00fblait mon coeur, qui br\u00fblait mes membres&#8230; qui br\u00fblait tout mon \u00eatre\u2009! Et quel feu, quel amour\u2009! Quel pur et immense amour&#8230; amour unique, infini. On le sent fait pour embraser le monde dans ses belles et puissantes flammes, par ses suaves et mystiques parfums, par son ampleur, sa profondeur, sa hauteur, son intensit\u00e9.<\/p><p>Le feu de l&rsquo;amour est rest\u00e9 longtemps en moi, me br\u00fblant de fa\u00e7on ind\u00e9finissable\u2009; ou plut\u00f4t c&rsquo;est moi qui \u00e9tais plong\u00e9e dans ce feu de l&rsquo;adorable, de l&rsquo;irr\u00e9sistible amour\u2009! Amour terrible et si suavement d\u00e9licieux dans lequel j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 favoris\u00e9e de toutes les divines tendresses, depuis celles de l&rsquo;\u00e9pouse sur le Coeur de son royal Epoux, \u00e0 celles du petit enfant sur les genoux de son P\u00e8re, dans les bras de sa M\u00e8re. Le Seigneur est venu, me prenant dans sa bont\u00e9, dans sa charit\u00e9, me laissant savoir que j&rsquo;\u00e9tais non seulement servante, esclave de son amour, comme j&rsquo;aime toujours \u00e0 m&rsquo;appeler (me trouvant tout simplement indigne d&rsquo;un autre nom) mais \u00e9pouse, amante, enfant pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e\u2009! \u00d4 folie incompr\u00e9hensible d&rsquo;un Dieu\u2009! \u00d4 aveuglement de son amour\u2009! Qui ne serait pas saisie, humili\u00e9e, \u00e9perdue, ravie d&rsquo;admiration\u2009! Qui ne fondrait pas de bonheur, de reconnaissance\u2009! J&rsquo;ai pleur\u00e9, pri\u00e9, glorifi\u00e9, b\u00e9ni, dans l&rsquo;\u00e9motion, dans l&rsquo;all\u00e9gresse. \u00d4 Amour\u2009! vous \u00eates l&rsquo;Amour, la Charit\u00e9, la V\u00e9rit\u00e9 qui seule demeure.<\/p><p>Dans l&rsquo;Amour\u2009! Dans l&rsquo;Amour\u2009! Je suis dans l&rsquo;Amour&#8230; je fais un avec l&rsquo;Amour&#8230; je le porte en moi&#8230; je vis de lui en Lui. Mon \u00eatre entier br\u00fble d&rsquo;amour, avec une ivresse, une intensit\u00e9 incomparable.<\/p><p>Seigneur J\u00e9sus\u2009! faites que je fasse conna\u00eetre et aimer votre amour en vous portant en moi\u2009! Faites-moi sainte, \u00f4 mon bien-aim\u00e9\u2009!&#8230; Toute connaissance, toute puissance, toute joie, toute vie est dans l&rsquo;amour.<\/p><p>\u00d4 mon si doux J\u00e9sus\u2009! associez-moi plus encore \u00e0 toutes vos douleurs, \u00e0 vos plus grandes tortures, pour que je sois bien s\u00fbre (et je le suis) que ma mis\u00e8re vous aime, vous seul et non pas vos douceurs, votre amour seulement. Rendez-moi digne de souffrir pour votre Nom, pour votre r\u00e8gne.<\/p><p>\u00d4 jours b\u00e9nis, jours trop beaux, jours trop heureux de ma vie\u2009! Mon Dieu, oubliez-moi dans ma petitesse, mon Dieu \u00e9loignez-vous de ma mis\u00e8re\u2009!<\/p><p>Dans ces jours de ravissement, dans ces jours de ciel, ce n&rsquo;est pas de sentir, de voir Dieu qui me para\u00eet \u00eatre alors le miracle\u2009! Ce qui m&rsquo;\u00e9tonne bien davantage, c&rsquo;est qu&rsquo;apr\u00e8s, lorsque toute p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e, tout absorb\u00e9e et remplie de la douce pr\u00e9sence, je puisse encore entendre, voir les choses de la terre, parler, m&rsquo;occuper et sans effort sacrifier ma joie, mon unique amour, pour m&rsquo;oublier, me donner, me mettre \u00e0 la disposition de tous, offrant, abandonnant tout ce qui fait mon bonheur pour que d&rsquo;autres \u00e2mes soient visit\u00e9es, consol\u00e9es et comme moi, plus que moi, embras\u00e9es d&rsquo;amour&#8230; pour que comme \u00e0 moi, plus qu&rsquo;\u00e0 moi, J\u00e9sus se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 elles.<\/p><p>Il n&rsquo;est pas possible que l&rsquo;amour divin, l&rsquo;union \u00e0 J\u00e9sus ne fasse pas \u00e9pouser devoirs et sacrifices avec all\u00e9gresse\u2009; et je sens que c&rsquo;est la puret\u00e9 de cet amour, la vive impression de cette ch\u00e8re pr\u00e9sence, qui coule en moi comme un parfum, une flamme, une force qui m&rsquo;envahit, me fait agir&#8230; qui me met dans le coeur, pour toutes les cr\u00e9atures, une douceur, une charit\u00e9, une affection que rien ne saurait emp\u00eacher.<\/p><p>Il est loin, le temps o\u00f9 je demandais \u00e0 J\u00e9sus de me d\u00e9tacher de tout et de me prendre, de m&rsquo;unir \u00e0 lui, de me perdre en lui et de m&rsquo;y garder. Maintenant sa vie est tellement ma vie, l&rsquo;\u00e2me de ma vie, que j&rsquo;ai besoin de m&rsquo;en arracher sans cesse pour me pr\u00eater \u00e0 tout. Ce n&rsquo;est plus moi qui suis&#8230; c&rsquo;est J\u00e9sus qui \u00ab\u2009est\u2009\u00bb pleinement en moi. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e2me et la vie de ma vie.<\/p><p>Souvent un simple appel de tendresse, un \u00e9lan du coeur, le seul Nom du bien-aim\u00e9, me fait sentir aussit\u00f4t le bonheur si pur de sa pr\u00e9sence et pour que je connaisse la plus douce intimit\u00e9.<\/p><p>Le Coeur de mon bien-aim\u00e9 bat dans mon coeur\u2009! Puissante merveille et tellement vraie\u2009; plus vraie que tout ce que je connais, sais et vois&#8230; que tout ce que j&rsquo;en pourrais dire.<\/p><p>Ma vie continue \u00e0 \u00eatre un bienfait, un miracle de tous les jours, une b\u00e9n\u00e9diction, une mis\u00e9ricorde sans fin. Mon Dieu\u2009! vous me rendez trop heureuse dans mes souffrances\u2009! Aimer est bien d\u00e9j\u00e0 assez bon, assez beau.<\/p><p>Mon Dieu me laissera-t-il encore longtemps sur la terre\u2009? Il ne me le semble pas, ma vie est si \u00e9trange, tellement \u00e9trange et tellement belle\u2009! Mais qu&rsquo;importe \u00e0 une petite victime crucifi\u00e9e, \u00e0 une petite hostie immol\u00e9e par la main de l&rsquo;Amour&#8230; cette nuit, demain, plus tard s&rsquo;il le veut&#8230; je suis dans sa volont\u00e9&#8230; rien que sa chose.<\/p><p>Qu&rsquo;importe, si par Marie et en Marie ma M\u00e8re bien-aim\u00e9e, je sais aimer, vivre, souffrir et tout faire par pur amour&#8230; et pour mourir d&rsquo;amour\u2009!<\/p><p>15 f\u00e9vrier 1932 (lundi)<\/p><p>Aujourd&rsquo;hui encore, l&rsquo;amour m&rsquo;a mise dans l&rsquo;immense fournaise, au centre d&rsquo;une merveille encore inconnue.<\/p><p>Pendant un long moment, les traits de feu abondaient si press\u00e9s, si br\u00fblants, que je pensais mourir de douleur, de d\u00e9lices dans ce tourment b\u00e9ni. Je ne saurais dire maintenant ce que j&rsquo;ai \u00e9prouv\u00e9, ressenti dans l&rsquo;immensit\u00e9 divine. N&rsquo;ayant rien pu faire noter tout de suite, je ne le pourrais qu&rsquo;en cherchant, en me rappelant, en rassemblant mes souvenirs et je ne veux pas ainsi.<\/p><p>Il faut que ce soit sur le vif, alors que les mots coulent presque sans les penser et comme dict\u00e9s, guid\u00e9s par une inspiration, une lumi\u00e8re qui n&rsquo;est pas de ce monde.<\/p><p>Je puis dire cependant qu&rsquo;avec mon d\u00e9sir toujours grandissant de savoir, de conna\u00eetre, de p\u00e9n\u00e9trer plus avant dans la divinit\u00e9 (d\u00e9sir qui est en moi un appel, qui fait battre mon coeur violemment), je m&rsquo;enfon\u00e7ais toujours et toujours dans la mer de feu qui, \u00e0 mesure, devenait aussi plus intense. Un attrait, une flamme montaient, montaient en moi, en m\u00eame temps que je me sentais attir\u00e9e vers une lumi\u00e8re, quelque chose d&rsquo;inconnu, et ceci avec une telle puissance, un tel impr\u00e9vu, qu&rsquo;il me semblait que j&rsquo;entrais comme en Dieu, tout mon \u00eatre ab\u00eem\u00e9, noy\u00e9 dans cet Oc\u00e9an de beaut\u00e9, de saintet\u00e9 et de tout amour.<\/p><p>Apr\u00e8s de grands \u00e9lans de ferveur, de reconnaissance, je demandais gr\u00e2ce et repos dans l&rsquo;amour\u2009; mais, plusieurs fois, la torturante et douce impression se renouvelait. Un feu ardent me br\u00fblait et je me sentais entra\u00een\u00e9e \u00e0 plus d&rsquo;amour, plus de d\u00e9sirs.<\/p><p>Qu&rsquo;il s&rsquo;accomplisse en tout, le divin vouloir\u2009!<\/p><p>\u00d4 Immensit\u00e9 sans rivage\u2009! \u00d4 Vie de Dieu\u2009! Quel myst\u00e8re\u2009! Quelle richesse\u2009! Quel infini\u2009! Quel ab\u00eeme\u2009! Je suis encore toute transport\u00e9e d&rsquo;admiration, d&rsquo;\u00e9merveillement&#8230; mon &lt; \u00e2me\u2009? &gt; ne peut plus sortir de l&rsquo;extase. Oh\u2009! que tout est beau\u2009! Que tout est grand et magnifique\u2009! Que tout est pur, lumineux et divin\u2009!&#8230; Oui, tout est plus beau, infiniment plus vrai que tout ce qu&rsquo;on peut dire, lire, \u00e9crire et imaginer, que tout ce qu&rsquo;on peut d\u00e9sirer, deviner, pressentir, entrevoir. Oh\u2009! troublante et ravissante grandeur de Dieu\u2009! J&rsquo;ai vu l&rsquo;amour, la lumi\u00e8re, les consolations, les gr\u00e2ces, les bienfaits du Seigneur pleuvoir sur le monde, plus serr\u00e9s, plus press\u00e9s que la pluie, que les puissants rayons d&rsquo;un soleil de midi.<\/p><p>Dans son amour de P\u00e8re, Dieu met dans notre coeur \u00e0 tous des gr\u00e2ces de lumi\u00e8re et de force pour nous retirer de l&rsquo;ab\u00eeme, pour nous attirer \u00e0 lui et nous transformer dans la lumi\u00e8re.<\/p><p>Oserais-je le dire\u2009? Les hommes vivent en pleine fournaise d&rsquo;amour et ils restent froids, ils portent en eux ce grand tr\u00e9sor de l&rsquo;amour et ils n&rsquo;aiment pas\u2009; ils sont inond\u00e9s d&rsquo;inspirations c\u00e9lestes et ils les n\u00e9gligent\u2009; ils sont favoris\u00e9s de toutes les gr\u00e2ces spirituelles n\u00e9cessaires pour conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9 qui sauve et qui fait vivre, et ils la repoussent\u2009; ils sont aim\u00e9s et ils ne le savent pas. Oui, Dieu aime les hommes d&rsquo;un amour infini, et les hommes blessent son amour infini.<\/p><p>Le monde est plein d&rsquo;aveugles, de superbes qui demandent la lumi\u00e8re en se tournant du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;ombre&#8230; qui disent vouloir aimer en fermant obstin\u00e9ment leur coeur \u00e0 l&rsquo;unique et v\u00e9ritable amour, \u00e0 Celui qui, seul, peut les p\u00e9n\u00e9trer, les \u00e9clairer, les rassasier&#8230;leur mettre des ailes\u2009! Mais on sent l&rsquo;amour trop pur, on le refuse, on sait la lumi\u00e8re trop belle, on ne veut pas la fixer.<\/p><p>Quelle immense folie de se contenter de choses banales, de s&rsquo;attacher \u00e0 des riens, de chercher la paix, le bonheur o\u00f9 ils ne sont pas et de m\u00e9priser l&rsquo;adorable et belle v\u00e9rit\u00e9 qui est pour tous\u2009!<\/p><p>J&rsquo;appelle \u00e9troites les pens\u00e9es qui ne peuvent rayonner que sur un petit espace, j&rsquo;appelle vaines les ambitions qui n&#8217;embrassent que le temps, j&rsquo;appelle abject l&rsquo;amour qui demeure fix\u00e9 \u00e0 la terre.<\/p><p>Est-il cependant id\u00e9al plus beau, d\u00e9lices plus ineffables que de se donner \u00e0 Dieu et de n&rsquo;appartenir qu&rsquo;\u00e0 Dieu\u2009? Et n&rsquo;est-ce pas en vivant dans l&rsquo;amoureuse observance de sa merveilleuse doctrine et dans sa bien douce intimit\u00e9, qu&rsquo;on poss\u00e8de la paix et la f\u00e9licit\u00e9 que le monde ne saurait offrir\u2009?<\/p><p>Ah\u2009! la paix, comme la lumi\u00e8re, n&rsquo;est qu&rsquo;en Dieu seul ; elle est le festin perp\u00e9tuel de l&rsquo;\u00e2me humble et pacifi\u00e9e.<\/p><p>Je sais bien, h\u00e9las\u2009! que ces cris de mon \u00e2me incendi\u00e9e d&rsquo;amour, inond\u00e9e d&rsquo;infini, ne peuvent convertir (je sais qu&rsquo;il n&rsquo;y a que Dieu qui peut cela), mais ils peuvent n\u00e9anmoins \u00e9mouvoir, toucher, attirer vers les hauts horizons, dans l&rsquo;Infini vivant ; ils peuvent obtenir plus d&rsquo;attention, plus de consciente bonne volont\u00e9, plus de lumi\u00e8re sur le secret de notre destin\u00e9e, \u00e0 ceux qui appellent en eux la vraie Vie&#8230; plus d&rsquo;amour pur aussi\u2009!<\/p><p>Que faire, \u00f4 mon J\u00e9sus si cher\u2009? Que faire pour qu&rsquo;on vous cherche, pour qu&rsquo;on vous aime&#8230; et pour que le feu que vous \u00eates venu apporter sur la terre, selon votre divin d\u00e9sir, embrase l&rsquo;univers\u2009? Quelle souffrance de ne pouvoir se faire entendre, se faire croire, quand cependant on mourrait avec tant de joie pour affirmer\u2009!<\/p><p>\u00d4 doux Seigneur\u2009! si c&rsquo;est mal d&rsquo;exalter vos merveilles, de chanter votre amour, vous qui \u00eates le Ma\u00eetre, \u00e9teignez ma voix, enlevez-moi tout moyen\u2009! Mais n&rsquo;est-ce pas vous, \u00f4 J\u00e9sus, qui venez mettre votre amour en moi, afin que je vous aime d&rsquo;un amour semblable au v\u00f4tre\u2009?<\/p><p>D&rsquo;ailleurs, je ne relate toutes ces choses que pour mon p\u00e8re spirituel, et je sais qu&rsquo;il saura garder mon cher et grand secret. Ecrire pour lui, \u00e9crire pour lui ob\u00e9ir, c&rsquo;est prier encore.<\/p><p>Que mon coeur chante sans fin le pur cantique de l&rsquo;amour, et que je vous suive, \u00f4 mon bien-aim\u00e9, pas \u00e0 pas et par amour, unie \u00e0 Marie ma bien douce M\u00e8re, jusque dans les hauteurs de votre gloire. Que toutes les puissances de mon \u00e2me s&rsquo;\u00e9puisent \u00e0 vous louer et \u00e0 vous b\u00e9nir, et qu&rsquo;elles se consument de bonheur et d&rsquo;amour.<\/p><p>^ 16 f\u00e9vrier 1932 (mardi)<\/p><p>Ce matin, dans l&rsquo;union \u00e0 la Messe, pas de grandes, de profondes douceurs dans l&rsquo;union \u00e0 J\u00e9sus. Un peu d&rsquo;\u00e9tonnement tout d&rsquo;abord, puisqu&rsquo;il est l\u00e0&#8230; que je le sens&#8230; et qu&rsquo;il fait battre mon coeur pr\u00e9cipitamment.<\/p><p>Aux pieds de J\u00e9sus que j&rsquo;aime, de J\u00e9sus dont j&rsquo;ai go\u00fbt\u00e9 si abondamment l&rsquo;amour, j&rsquo;ai pri\u00e9 \u2013 oh\u2009! de toute mon \u00e2me \u2013 abandonnant toutes joies, toutes consolations, toutes d\u00e9lices pour mieux l&rsquo;aimer&#8230; mieux me donner encore.<\/p><p>A l&rsquo;autel, en m&rsquo;offrant avec J\u00e9sus au P\u00e8re \u00e9ternel pour la sanctification et le salut des \u00e2mes sacerdotales, pour la fid\u00e9lit\u00e9 et la divinisation de leur vie, j&rsquo;ai dit\u2009: \u00ab\u2009Prenez, offrez-moi avec vous, Seigneur mon Dieu, et je ne serai pas refus\u00e9e.\u2009\u00bb Et la gr\u00e2ce est venue en moi comme un fleuve de vie\u2009! Et c&rsquo;est \u00e0 nouveau la paix, la douceur, le calme, la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 dans ma pauvre petite \u00e2me. Longtemps je suis rest\u00e9e \u00e0 b\u00e9nir Dieu, \u00e0 remercier, \u00e0 aimer la Sainte Vierge ma M\u00e8re\u2009; et c&rsquo;est dans ce recueillement prolong\u00e9 de tout mon \u00eatre que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 saisie non d&rsquo;un ravissement, mais d&rsquo;un long fr\u00e9missement de douleur, me laissant le pressentiment de peines, de souffrances \u00e0 venir et toutes proches.<\/p><p>Qu&rsquo;elles viennent, je les appelle dans mon corps, dans mon coeur, dans mon \u00e2me et d\u00e9j\u00e0 je les b\u00e9nis, ces messag\u00e8res d&rsquo;amour, ces m\u00e9diatrices incomparables des gr\u00e2ces d&rsquo;en haut.<\/p><p>Qu&rsquo;y-a-t-il qu&rsquo;une petite \u00e9pouse de J\u00e9sus, une petite amante de la croix ne puisse endurer\u2009? Une seule chose importe et est n\u00e9cessaire\u2009: pour ainsi dire obliger le Bon Dieu \u00e0 nous combler de ses divines faveurs\u2009: s&rsquo;abandonner avec une enti\u00e8re confiance \u00e0 sa mis\u00e9ricorde infinie. J&rsquo;ai toujours compt\u00e9, mais plus maintenant que jamais, sur la toute mis\u00e9ricordieuse puissance de J\u00e9sus qui jamais, jamais n&rsquo;a d\u00e9\u00e7u l&rsquo;esp\u00e9rance illimit\u00e9e que j&rsquo;ai mise en son amour. Je compte sur lui sans cesse, assur\u00e9e que s&rsquo;il me trouve chaque jour fid\u00e8le au degr\u00e9 d&rsquo;humilit\u00e9 et d&rsquo;amour o\u00f9 il me veut, il\u2009me sera lui-m\u00eame tr\u00e8s fid\u00e8le jusqu&rsquo;\u00e0 la fin.<\/p><p>\u00d4 Vierge, M\u00e8re pleine de gr\u00e2ce et de bont\u00e9\u2009! \u00d4 ma Reine\u2009! \u00d4 ma douce Maman\u2009! soutenez-moi, aidez-moi, venez \u00e0 moi dans mes jours de mis\u00e8res.<\/p><p>^ 20 f\u00e9vrier 1932 (samedi)<\/p><p>Longue union \u00e0 J\u00e9sus dans l&rsquo;amour. Je ne trouve pas de mots assez forts pour exprimer la douceur, l&rsquo;intimit\u00e9, la familiarit\u00e9, la pl\u00e9nitude infinie de cette union, que resserre encore mon \u00e9tat de souffrance.<\/p><p>Si je ne sentais pas si fervent et je dirais si puissant en moi le d\u00e9sir, le go\u00fbt profond de la saintet\u00e9, le sens de la vie parfaite, je crois que je n&rsquo;oserais pas \u00e9crire les fortes, les intimes impressions de ma journ\u00e9e silencieuse et solitaire, \u00e0 peine entrecoup\u00e9e par les quelques all\u00e9es et venues de ma d\u00e9vou\u00e9e maman, quelques paroles avec elle \u00e9chang\u00e9es, qui n&rsquo;interrompent en rien l&rsquo;union amoureuse avec J\u00e9sus.<\/p><p>Il y avait des jours que je n&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 si seule avec lui\u2009! \u00d4 sainte et divine journ\u00e9e\u2009! Qu&rsquo;il est beau&#8230; qu&rsquo;il est merveilleusement beau, l&rsquo;amour qui fleurit sous la ros\u00e9e des larmes et des douleurs.<\/p><p>Ma petite chambre est un vrai ciel de d\u00e9lices int\u00e9rieures, une antichambre du Paradis, o\u00f9 dans le recueillement, l&rsquo;action de gr\u00e2ce&#8230; j&rsquo;aime, je go\u00fbte, je jouis de Dieu.<\/p><p>\u00d4 Coeur de mon coeur\u2009! \u00d4 mon bien-aim\u00e9\u2009! \u00d4 ma Vie\u2009! Que ne me gardez-vous nuit et jour, et toujours tout ensevelie, absorb\u00e9e en vous dans votre solitaire prison au tabernacle, louant et glorifiant Dieu\u2009!<\/p><p>Oh\u2009! que du moins je vive toujours veillante en mon esprit et en mon coeur o\u00f9 vous \u00eates si vivant, et tout amour, et que je vous demeure enti\u00e8rement unie et sans cesse occup\u00e9e de vous.<\/p><p>La seule pens\u00e9e de mon amour me fait par moment d\u00e9faillir. J&rsquo;entends mon coeur qui bat tr\u00e8s fort quand je murmure\u2009: J\u00e9sus, tout bas, et m\u00eame quand je le dis tout haut.<\/p><p>Mon Dieu, ma paix, ma f\u00e9licit\u00e9 et ma vie\u2009! Je suis bien avec vous&#8230; mais je ne suis bien qu&rsquo;avec vous.<\/p><p>Dans la pri\u00e8re, je me sens comme emport\u00e9e hors de moi&#8230; loin de tout&#8230; tout mon \u00eatre ab\u00eem\u00e9 dans la seule id\u00e9e de Dieu. Plus j&rsquo;ai de lumi\u00e8re sur les myst\u00e8res cach\u00e9s dans la Passion, la croix et la mort de J\u00e9sus, plus m&rsquo;est intimement\u2009 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e la saintet\u00e9, la grandeur, la science, l&rsquo;amour de Dieu. Plus j&rsquo;entre surtout dans la connaissance profonde des doux myst\u00e8res de l&rsquo;Incarnation de Notre-Seigneur et des moyens admirables qu&rsquo;il a employ\u00e9s pour accomplir l&rsquo;Oeuvre sublime de la R\u00e9demption de l&rsquo;humanit\u00e9, plus aussi je suis t\u00e9moin ou favoris\u00e9e de gr\u00e2ces et de prodiges ineffables, mieux je comprends que je n&rsquo;ai rien vu, que je ne sais rien de l&rsquo;immensit\u00e9 et de la gloire de Dieu et du bonheur qu&rsquo;il r\u00e9serve \u00e0 ceux qui l&rsquo;aiment. Il ne me semble pas que je puisse \u00eatre tent\u00e9e d&rsquo;une pens\u00e9e d&rsquo;orgueil, du plus petit d\u00e9sir de louange, dans cet \u00e9tat d&rsquo;immolation, \u00e0 ce degr\u00e9 d&rsquo;amour et d&rsquo;abandon, tellement je vois la bassesse de mon n\u00e9ant, tellement je sens \u00e0 fond l&rsquo;immensit\u00e9 de ma mis\u00e8re. Je suis trop dans le coeur de J\u00e9sus o\u00f9 je jouis des douceurs, des d\u00e9lices de la Trinit\u00e9, pour que quelque chose soit \u00e0 m\u00eame de me s\u00e9parer de son amour. A l&rsquo;\u00e2me fid\u00e8le et toute donn\u00e9e, rien n&rsquo;est obstacle, ni emp\u00eachement \u00e0 son humilit\u00e9, \u00e0 sa sanctification, tout est \u00e9l\u00e9vation et divine ascension&#8230; tout est moyen pour l&rsquo;entra\u00eener \u00e0 l&rsquo;amour, pour la transformer en amour et devenir l&rsquo;Amour m\u00eame.<\/p><p>Aujourd&rsquo;hui j&rsquo;ai vu, j&rsquo;ai go\u00fbt\u00e9, j&rsquo;ai connu combien le Seigneur est tout-puissant dans ceux qu&rsquo;il aime, et combien il est magnifique et doux d&rsquo;aimer et&#8230; d&rsquo;\u00eatre aim\u00e9e.<\/p><p>En toute v\u00e9rit\u00e9, je puis dire et prouver que je suis sans r\u00e9serve un \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;Amour.<\/p><p>\u00d4 myst\u00e8re\u2009! \u00d4 pur et grand myst\u00e8re\u2009! Avec quelle g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, avec quelle douceur et quelle ob\u00e9issance J\u00e9sus se donne\u2009! On ne le veut pas, on ne l&rsquo;appelle pas, voil\u00e0 tout&#8230; Ou bien on l&rsquo;appelle sans vrai d\u00e9sir, sans amour, sans foi. J\u00e9sus a dit cependant\u2009: \u00ab\u2009Je ne vous laisserai pas orphelins.\u2009\u00bb Oh\u2009! si nous avions la foi\u2009! Si elle \u00e9tait notre vie\u2009!<\/p><p>Seigneur, augmentez notre foi\u2009! Qu&rsquo;elle soit vivante, v\u00e9cue, d\u00e9bordante et, par vous, toute-puissante.<\/p><p>Si je suis l&rsquo;ostensoir de Dieu, si je veux le faire aimer, le voir r\u00e9gner, je dois le porter en moi, non comme un mort dans son linceul, mais comme l&rsquo;hostie dans l&rsquo;ostensoir.<\/p><p>^ 26 f\u00e9vrier 1932 (vendredi)<\/p><p>Sainte communion. \u00ab\u2009\u00d4 Jesu Hostia\u2009\u00bb C&rsquo;est dans les bras de J\u00e9sus que j&rsquo;ai re\u00e7u J\u00e9sus dans ce temple minuscule de mon coeur, que je me suis nourrie de sa pure chair, que j&rsquo;ai bu le sang de ma R\u00e9demption.<\/p><p>P\u00e9n\u00e9tr\u00e9e par ces dignes paroles de David\u2009: \u00ab\u2009L&rsquo;oeuvre que j&rsquo;entreprends est grande, disait-il\u2009; ce n&rsquo;est pas \u00e0 un homme que je pr\u00e9pare une demeure, c&rsquo;est \u00e0 Dieu m\u00eame.\u2009\u00bb Et moi, ce n&rsquo;est pas \u00e0 un homme, pas m\u00eame \u00e0 un saint, ni m\u00eame \u00e0 un ange que j&rsquo;ai l&rsquo;exaltante joie de pr\u00e9parer une demeure aim\u00e9e, un lit de repos&#8230; un ciel\u2009; c&rsquo;est au Roi des rois, c&rsquo;est au Roi d&rsquo;amour qui vient dans mon pauvre coeur d&rsquo;une mani\u00e8re autrement plus intime, plus r\u00e9elle, plus sensible que dans le temple de J\u00e9rusalem.<\/p><p>Sur l&rsquo;heureux jour si longtemps esp\u00e9r\u00e9, mille fois appel\u00e9, un voile de tristesse tentait d&rsquo;en obscurcir l&rsquo;\u00e9panouissant bonheur. Non que j&rsquo;aie \u00e0 trembler pour des fautes graves\u2009! oh non, je sens \u2013 et gr\u00e2ce \u00e0 Dieu \u2013 que mon \u00e2me ne pourrait tomber dans aucun p\u00e9ch\u00e9 sans se sentir adult\u00e8re, c&rsquo;est ce qui me rassure quand \u2013 pens\u00e9e atroce \u2013 je crois avoir bless\u00e9 l&rsquo;Amour infini\u2009! Mais il \u00e9chappe tant de petites choses \u00e0 notre imperfection, capables de maculer la limpidit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me&#8230; et je veux pour J\u00e9sus \u00eatre aussi pure qu&rsquo;un blanc lys. Je suis loin d&rsquo;ignorer surtout, que J\u00e9sus est infiniment plus contrist\u00e9 des petites n\u00e9gligences de l&rsquo;\u00e2me, son amie, que des fautes m\u00eame tr\u00e8s graves de ses ennemis. Mais je sais aussi que lorsque l&rsquo;\u00e2me aim\u00e9e vient, apr\u00e8s chaque petite ind\u00e9licatesse, se jeter avec un repentir plein d&rsquo;amour dans les bras de son Seigneur, le suppliant humblement de lui pardonner et de lui rendre son innocence, son Coeur qui n&rsquo;est qu&rsquo;amour et mis\u00e9ricorde tressaille aussit\u00f4t d&rsquo;une all\u00e9gresse qui d\u00e9passe de beaucoup sa douleur.<\/p><p>Il me semble entendre \u00e0 mon tour dans le secret de mon \u00e2me ses paroles \u00e0 sa bien-aim\u00e9e, sainte Marguerite-Marie\u2009: \u00ab\u2009Donne-moi tes p\u00e9ch\u00e9s pour que je te les pardonne.\u2009\u00bb Et je donne tout\u2009: mes p\u00e9ch\u00e9s, mes faiblesses, mon intime mis\u00e8re&#8230; tout et moi-m\u00eame. Non moins rassur\u00e9e par le r\u00e9cit de sainte Th\u00e9r\u00e8se qui, dans son langage inspir\u00e9, dit aussi qu&rsquo;\u00ab\u2009on ne peut jeter ses fautes avec une filiale confiance dans le brasier d\u00e9vorant de l&rsquo;amour sans qu&rsquo;elles soient consum\u00e9es sans retour\u2009\u00bb. J&rsquo;avais compris\u2009: pousser plus loin deviendrait un manque de confiance, serait un outrage jet\u00e9 \u00e0 la face de J\u00e9sus, \u00e0 J\u00e9sus qui pardonne tout, mais pas de douter de son amour.<\/p><p>En cette minute d&rsquo;une gravit\u00e9 \u00e9ternelle, un souffle myst\u00e9rieux, c\u00e9leste est pass\u00e9 en moi, un souffle de paix divine, de vie divine.<\/p><p>Dans un p\u00e9n\u00e9trant regard sur l&rsquo;\u00e2me de sa petite cr\u00e9ature, J\u00e9sus avait fondu tout ce qui pouvait l&rsquo;enlaidir, arrach\u00e9 tout ce qui pouvait encombrer le lieu de son s\u00e9jour. La voix bien aim\u00e9e, la\u2009voix bien connue, murmure en secret\u2009: \u00ab\u2009Te voici maintenant pure et plus belle qu&rsquo;un lys. Tu es mon lys&#8230; je viens\u2009!\u2009\u00bb A ce moment, je sentis mon \u00e2me s&rsquo;ouvrir comme une fleur, en d\u00e9gageant des parfums tr\u00e8s doux. Je ne crois pas qu&rsquo;ils furent sentis au-dehors, il\u2009est des merveilles que J\u00e9sus op\u00e8re pour lui tout seul.<\/p><p>Dans un baiser d&rsquo;amour, il allait consommer l&rsquo;union supr\u00eame, l&rsquo;union tant d\u00e9sir\u00e9e, et emporter sur son Coeur, faire asseoir \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, l&rsquo;humble petite victime de son amour, sa petite crucifi\u00e9e.<\/p><p>Palpitante de joie, toute vibrante d&rsquo;\u00e9motion et d&rsquo;amour, je me jetai dans les bras de J\u00e9sus mon Dieu, selon la d\u00e9licate recommandation du pr\u00eatre d\u00e9vou\u00e9 (Abb\u00e9 D&#8230;) auquel je dois cette journ\u00e9e du ciel.<\/p><p>Ma communion sans joie sensible, je veux dire sans joie qui effraie parce que trop excessive, a \u00e9t\u00e9 la plus fervente que j&rsquo;ai jamais faite&#8230; du moins je le crois\u2009! Quelles ardeurs d&rsquo;amour\u2009! Quelle vivante tendresse monte des secrets ab\u00eemes du coeur\u2009! Et\u2009c&rsquo;est cet amour, cette immense tendresse dont je ne saurais dire les douceurs toujours nouvelles si profondes, si pures, qui a fait que j&rsquo;ai cru m&rsquo;unir \u00e0 J\u00e9sus pour la premi\u00e8re fois, me donner \u00e0 lui pour la premi\u00e8re fois.<\/p><p>Apr\u00e8s ma grande tristesse, comme mon amour, mon d\u00e9sir d&rsquo;amour est plus ardent, plus fort dans sa sainte passion, dans sa beaut\u00e9\u2009! Je comprends dans le seul \u00e0 seul, dans l&rsquo;intimit\u00e9 absolue avec le bien-aim\u00e9 par communication directe, que malgr\u00e9 que je sois un rien vil et abject, je suis son aim\u00e9e, son amante, son \u00e9pouse, son associ\u00e9e dans son oeuvre r\u00e9demptrice.<\/p><p>Mon Dieu\u2009! aim\u00e9e, amante, \u00e9pouse du Roi d&rsquo;amour, oui, je sens que je le suis, et d&rsquo;une ind\u00e9finissable, d&rsquo;une incompr\u00e9hensible pr\u00e9f\u00e9rence, puisque je le suis par la souffrance, par la croix, dont je rends gr\u00e2ces et dont j&rsquo;aime les douceurs, les torturantes douleurs.<\/p><p>Je ne sais pourquoi, ni comment, mais je suis heureuse, heureuse comme on doit l&rsquo;\u00eatre dans le ciel&#8230; et ce que je veux, c&rsquo;est la gloire de mon Dieu. \u00ab\u2009Je t&rsquo;ai choisie pour une grande \u0152uvre, me dit-il un jour lointain d\u00e9j\u00e0, mais pour mon amour tu endureras un long et tr\u00e8s douloureux martyre\u2009!\u2009\u00bb \u00d4 divine crucifixion\u2009! Votre amour, \u00f4 Seigneur, a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 tout mon \u00eatre. Ah\u2009! je b\u00e9nis les \u00e9v\u00e9nements, les circonstances, les vouloirs divins qui m&rsquo;ont valu tout ce bonheur d&rsquo;amour, une union si compl\u00e8te \u00e0 J\u00e9sus, et qui fait de ce jour, un jour \u00e0 nul autre pareil, un jour que je n&rsquo;osais m\u00eame plus r\u00eaver et dont je r\u00eavais sans cesse&#8230; un vrai No\u00ebl.<\/p><p>Plus d&rsquo;angoisse, plus d&rsquo;oppression, plus de nuit dans ma vie intime. Dans l&rsquo;amour, j&rsquo;ai retrouv\u00e9 la f\u00e9licit\u00e9 radieuse, la pleine possession de Dieu. Mes jours et mes nuits ne sont qu&rsquo;une vivante action de gr\u00e2ce, un acte de pur amour pour mon Dieu. Dans l&rsquo;amour j&rsquo;adh\u00e8re, je parle \u00e0 l&rsquo;Amour, je fais un avec l&rsquo;Amour. Je me sens absorb\u00e9e par l&rsquo;Amour, consum\u00e9e dans sa pure flamme\u2009! J&rsquo;aime&#8230;<\/p><p>Aimer, c&rsquo;est tout l\u00e0. Aimer, c&rsquo;est l&rsquo;essence, la fleur, le fruit, le produit de la vie&#8230; c&rsquo;est le d\u00e9bordement f\u00e9cond de l&rsquo;\u00e2me. Vivre d&rsquo;amour, pour mourir d&rsquo;amour, quand Dieu aura dit\u2009: c&rsquo;est l&rsquo;heure\u2009! Toute saintet\u00e9, toute vie parfaite est dans l&rsquo;amour\u2009! Toute valeur d&rsquo;\u00eatre est une valeur d&rsquo;amour.<\/p><p>Dieu saint, Dieu puissant, Dieu d&rsquo;amour\u2009! B\u00e9nissez-moi et b\u00e9nissez chacune de vos cr\u00e9atures.<\/p><p>^ 10 mars 1932 (jeudi)<\/p><p>Dieu de la vie, de la lumi\u00e8re, Dieu de l&rsquo;amour\u2009! \u00d4 mon Clo\u00eetre, \u00f4 ma bien douce Trinit\u00e9\u2009! Je porte en moi cet incomparable prodige, ou plut\u00f4t je vis dans sa splendeur, ensevelie dans l&rsquo;ombre admirable de son Immensit\u00e9.<\/p><p>Mon coeur chante, prie, b\u00e9nit aujourd&rsquo;hui avec une ardeur, un enthousiasme sans fin.<\/p><p>Dans un tel jaillissement d&rsquo;amour, un tel rayonnement de lumi\u00e8re, un tel envahissement de la gr\u00e2ce, il me semble que je ne serai plus triste, que je ne tremblerai plus jamais. Cependant, comme j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 languissante, l\u00e2che, il faut dire, les premiers jours de la semaine\u2009! Quelle souffrance\u2009! Quel manque de vie\u2009! Quel d\u00e9sert dans mon \u00e2me, malgr\u00e9 sa ferveur\u2009! On aurait dit que tous les anges et les saints s&rsquo;\u00e9taient concert\u00e9s pour me cacher Dieu, pour me faire souffrir de son absence. Je crois plut\u00f4t qu&rsquo;ils voulaient savoir si je garderais toujours la m\u00eame inalt\u00e9rable esp\u00e9rance.<\/p><p>C&rsquo;est vrai, je suis bien faible pour savoir rester debout sans l&rsquo;incomparable bienfait de la communion eucharistique\u2009; mais c&rsquo;est parce que je suis bien petite et toute sacrifi\u00e9e \u00e0 l&rsquo;amour et au bon plaisir divin, que je n&rsquo;ai pas \u00e9t\u00e9 autrement effray\u00e9e, que j&rsquo;ai pu pousser ma confiance jusqu&rsquo;aux plus extr\u00eames limites et demeurer apparemment calme, sereine, quand l&rsquo;\u00eatre entier g\u00e9mit et frissonne dans la souffrance qui brise, qui torture. Supplice des supplices\u2009: se croire loin de Dieu, abandonn\u00e9e de Dieu, se savoir faite pour la vie et se croire destin\u00e9e \u00e0 la mort, condamn\u00e9e \u00e0 \u00eatre rejet\u00e9e de l&rsquo;Amour \u00e0 jamais.<\/p><p>Si ces derniers jours je n&rsquo;ai absolument pas go\u00fbt\u00e9 le vif sentiment de son amoureuse pr\u00e9sence, pas senti sa merveilleuse et prodigieuse action dans mon \u00e2me, ceci peut bien en \u00eatre ma faute, car sa vie est en moi pour toujours. Je le poss\u00e8de, je touche \u00e0 lui, je le porte en moi, je br\u00fble de son feu. Mon coeur n&rsquo;agit, ne bat que par les battements de son Coeur\u2009!&#8230; Oh\u2009! prodige d&rsquo;amour&#8230; J\u00e9sus m&rsquo;a donn\u00e9 son Coeur.<\/p><p>Mon Dieu, \u00f4 fleuve d&rsquo;intarissables ivresses\u2009! \u00d4 Coeur de mon coeur\u2009! Mon coeur trop \u00e9mu ne va-t-il pas se rompre, se briser des joies d&rsquo;une vraie victime\u2009? Joies tremp\u00e9es dans le sang bien plus que dans les douceurs du miel, de ces m\u00eames joies qui habitaient dans le coeur de la grande victime du Calvaire lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;enivrait de la douleur qui lui co\u00fbtait la vie pour sauver le monde.<\/p><p>Cette nuit j&rsquo;ai veill\u00e9, repos\u00e9 dans l&rsquo;amour, ne pensant qu&rsquo;\u00e0 J\u00e9sus, sans d\u00e9sir de savoir, de conna\u00eetre autre chose. Cependant, plusieurs fois saisie, transport\u00e9e d&rsquo;une ferveur excessive, je disais \u00e0 mon divin Ami\u2009: \u00ab\u2009\u00d4 J\u00e9sus, all\u00e9gresse des coeurs, tendre \u00e9poux des \u00e2mes, vous qui vous \u00eates si bien empar\u00e9 de moi, absorbez ma vie, fondez-la dans l&rsquo;amour, afin que sans cesse et tout enti\u00e8re, je m&rsquo;\u00e9coule et j&rsquo;aille me perdre dans les profondeurs ineffables de votre Trinit\u00e9.\u2009\u00bb<\/p><p>A ce moment, j&rsquo;eus pleine conscience d&rsquo;une lumi\u00e8re magnifique\u2009; sans rien de tangible, de tr\u00e8s pr\u00e9cis, je sentais mon \u00e2me envahie de lumi\u00e8re, dans la lumi\u00e8re et dans l&rsquo;amour, et j&rsquo;avais la d\u00e9licieuse impression que tout mon \u00eatre \u00e9tait attir\u00e9 en Dieu.<\/p><p>\u00d4 myst\u00e8re\u2009! myst\u00e8re\u2009! je ne comprends pas, je ne sais pas dire ; ce que je puis affirmer, c&rsquo;est que J\u00e9sus grandit, se reproduit magnifiquement en moi, avec une r\u00e9alit\u00e9 aussi visible que merveilleusement admirable. C&rsquo;est l&rsquo;union compl\u00e8te\u2009! Union d&rsquo;autant plus profonde, plus pleine et plus go\u00fbt\u00e9e aussi, que sa vie humaine, sa vie eucharistique est en moi plus parfaite, plus libre.<\/p><p>Je n&rsquo;ai pas de peine, donc pas de m\u00e9rite \u00e0 n&rsquo;aimer que lui, \u00e0 ne penser qu&rsquo;\u00e0 lui, \u00e0 lui ouvrir tout mon \u00eatre. J&rsquo;ai trop conscience de lui \u00eatre unie.<\/p><p>Que je me livre \u00e0 l&rsquo;oraison ou que je sois occup\u00e9e \u00e0 autre chose, malgr\u00e9 la souffrance et l&rsquo;\u00e9preuve int\u00e9rieure, je le suis par la pens\u00e9e, dans tous ses myst\u00e8res.<\/p><p>\u00d4 Vie abondante, immense qui remplit mon coeur&#8230; qui me fait tressaillir tout enti\u00e8re. Il me semble que, de jour en jour, je m&rsquo;enfonce en Dieu davantage, et que mon si cher J\u00e9sus sollicite mon amour avec une avidit\u00e9, une exigence, une passion jamais encore \u00e9prouv\u00e9es. Instants trop beaux et trop vite \u00e9coul\u00e9s. Quel r\u00e9veil, de quitter l&rsquo;invisible, le divin r\u00e9el et d&rsquo;ouvrir les yeux \u00e0 ce monde\u2009!<\/p><p>Oh\u2009! certes, ce n&rsquo;est pas pour demeurer dans l&rsquo;union \u00e0 Dieu que des efforts me sont n\u00e9cessaires, mais bien pour m&rsquo;arracher \u00e0 cette douce pr\u00e9sence pour ob\u00e9ir aux obligations de la vie courante, bien que celle-ci soit toute p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e, toute fondue dans ma vie surnaturelle. Tellement, que je puis remplir tous mes petits devoirs journaliers sans jamais quitter ma c\u00e9leste, ma royale Famille&#8230; m\u00eame en conversation.<\/p><p>La belle lumi\u00e8re s&rsquo;est \u00e9vanouie \u00e0 mes yeux, mais une autre lumi\u00e8re plus incomparable, plus puissante reste allum\u00e9e dans mon \u00e2me, l&rsquo;irradie de ses feux\u2009!&#8230; J&rsquo;ai trouv\u00e9 l&rsquo;Amour.<\/p><p>Dans ma solitude, instinctivement je ferme les yeux et je suis dans la contemplation, la plus douce union. Il le faut, je les ouvre et je suis \u00e0 mon devoir en Dieu qui est Tout Entier en ses moindres bons plaisirs. J\u00e9sus est au fond de tout moi et tout me le donne\u2009!<\/p><p>La mission des tr\u00e8s pauvres petites \u00e2mes (que je suis) est la plus douce, la plus rayonnante et souvent la plus bienfaisante. Imitant le silence, l&rsquo;immobilit\u00e9, l&rsquo;obscurit\u00e9 volontaires de J\u00e9sus-Hostie, leur ineffable mod\u00e8le, elles se sacrifient, elles s&rsquo;immolent comme lui par amour et par charit\u00e9, afin d&rsquo;obtenir beaucoup des \u00e2mes, de toutes les \u00e2mes, en faveur de Dieu.<\/p><p>Je veux demeurer en J\u00e9sus, par Marie ma M\u00e8re ch\u00e9rie, la petite hostie de louange de l&rsquo;auguste Trinit\u00e9.<\/p><p>11 mars 1932 (vendredi)<\/p><p>Par l&rsquo;amour, l&rsquo;\u00e9motion, la souffrance, par la vision j&rsquo;ai refait avec J\u00e9sus le chemin de la croix. J&rsquo;en ai eu la force d&rsquo;amour, j&rsquo;en ai re\u00e7u la gr\u00e2ce&#8230; je l&rsquo;ai suivi, j&rsquo;\u00e9tais l\u00e0. Une vive p\u00e9n\u00e9tration, une lumi\u00e8re int\u00e9rieure rendait visible \u00e0 mon \u00e2me, sensible \u00e0 tout mon \u00eatre, chaque \u00e9v\u00e9nement, chaque tourment de la nuit terrible.<\/p><p>\u00d4 nuit\u2009! \u00e9pouvantable nuit\u2009! nuit de douleurs, de volupt\u00e9s et de pleurs. Terrifi\u00e9e d&rsquo;effroi, j&rsquo;ai assist\u00e9 \u00e0 la terrible, terrible Passion du Sauveur. Je l&rsquo;ai vu successivement subir tous les supplices, depuis l&rsquo;agonie au Jardin, jusqu&rsquo;au crucifiement du Golgotha, y compatissant d&rsquo;un coeur d\u00e9chir\u00e9, sanglant\u2009; y participant, les exp\u00e9rimentant dans leur horreur, dans leur douleur, dans leur amour&#8230; surtout dans l&rsquo;amour.<\/p><p>J&rsquo;ai connu sa souffrance de l&rsquo;isolement qui broie, qui terrifie le coeur\u2009; j&rsquo;ai eu des frissons d&rsquo;\u00e9pouvante, des sueurs d&rsquo;agonie\u2009; j&rsquo;ai bu au calice d&rsquo;amertume\u2009; j&rsquo;ai douloureusement tressailli sous les fouets invisibles qui cinglaient mes chairs, sous les \u00e9pines qui s&rsquo;enfon\u00e7aient profond\u00e9ment dans mes tempes\u2009; des blessures cach\u00e9es qui br\u00fblent toujours plus atrocement mes mains, mes pieds, mon coeur. Et de toute mon \u00e2me, de tout mon \u00eatre tortur\u00e9 des supplices de la Passion, des \u00ab\u2009oui\u2009\u00bb ardents, des \u00ab\u2009oui\u2009\u00bb enthousiasm\u00e9s fleurissaient.<\/p><p>\u00ab\u2009Oui, P\u00e8re, votre volont\u00e9 est aussi la mienne.\u2009\u00bb Je ne saurais vivre autrement que dans l&rsquo;amour de J\u00e9sus, dans les peines de J\u00e9sus, dans les immolations de J\u00e9sus\u2009; souffrir sa Passion et ses agonies, pour \u00eatre expiatrice et r\u00e9demptrice et conqu\u00e9rante avec J\u00e9sus, comme J\u00e9sus.<\/p><p>Pour vivre tout J\u00e9sus, pour devenir totalement J\u00e9sus, il faut vouloir \u00eatre J\u00e9sus crucifi\u00e9. Il faut se laisser tour \u00e0 tour d\u00e9pouiller, attirer, attacher sur la croix du doux bien-aim\u00e9, et demander, consentir \u00e0 n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;une \u00e2me, un coeur, une chair de souffrances pour tous avec lui.<\/p><p>Dans ma soif d&rsquo;amour et de donner des \u00e2mes \u00e0 J\u00e9sus, j&rsquo;ai laiss\u00e9 maintes fois sa main divine graver au fer et au feu, jusqu&rsquo;aux plus intimes profondeurs de mon \u00e2me, ces deux mots si sublimes et si doux qui de plus en plus sont devenus ma vie, tout le r\u00e9sum\u00e9 de ma vie\u2009: victime et hostie.<\/p><p>Ce n&rsquo;est plus suaves d\u00e9lices, immenses d\u00e9lices, profondes ivresses d&rsquo;amour, merveilleuses clart\u00e9s, divine b\u00e9atitude dans mon \u00e2me, mais tourments extr\u00eames, agonie d&rsquo;amour&#8230; c&rsquo;est la croix nue&#8230; la pure souffrance\u2009! L&rsquo;amour, la souffrance m&rsquo;\u00e9treignent de plus en plus\u2009! Je souffre une intense passion d&rsquo;amour, un excessif d\u00e9sir qui me br\u00fble le coeur. Je souffre d&rsquo;amour, je br\u00fble d&rsquo;amour, j&rsquo;agonise dans l&rsquo;ab\u00eeme de cet Oc\u00e9an de feu, sans que la plus petite fra\u00eecheur vienne en calmer la br\u00fblure, sans que la plus petite douceur vienne en temp\u00e9rer l&rsquo;amertume&#8230; et cela m&rsquo;est si tendrement bon\u2009!<\/p><p>Chaque souffrance qui nous \u00e9treint, chaque sacrifice qui nous immole, chaque angoisse qui nous jette dans les t\u00e9n\u00e8bres, dans la nuit de l&rsquo;abandon et de l&rsquo;agonie, chaque ab\u00eeme effrayant qui se creuse dans notre coeur comme pour y engloutir tous nos petits bonheurs et toutes nos esp\u00e9rances, chaque supr\u00eame d\u00e9solation qui nous semble le dernier \u00ab\u2009consummatum est\u2009\u00bb est une vie nouvelle que le divin Ma\u00eetre inocule en notre \u00e2me. Il a vaincu la mort et l&rsquo;aiguillon de la mort et, triomphateur supr\u00eame depuis sa R\u00e9surrection glorieuse, il fait passer dans les \u00e2mes les m\u00eames agonies mortelles. Il ne les enferme dans la nuit des tombeaux que pour les ressusciter \u00e0 l&rsquo;amour et les faire sortir plus pleines de vie apr\u00e8s les avoir ensevelies.<\/p><p>Seigneur J\u00e9sus, faites parler votre sang et vos m\u00e9rites, faites parler vos souffrances et toutes les voix de vos plaies pour ces \u00e2mes que vous avez rachet\u00e9es ; obtenez cette gr\u00e2ce de votre P\u00e8re\u2009! Pour moi, doux Seigneur, apr\u00e8s vous et unie \u00e0 vous, je suis pr\u00eate \u00e0 toutes les tortures et je demande que mon martyre soit sans fin ni repos, si ce martyre doit vous aider \u00e0 sauver vos \u00e2mes et vous les donner en boisson \u00e0 votre soif. \u00d4 J\u00e9sus, J\u00e9sus, qu&rsquo;elles soient v\u00f4tres, toutes les \u00e2mes\u2009; offrez votre sang, offrez vos souffrances, et mon sang et mes souffrances avec les v\u00f4tres.<\/p><p>La vie ne serait rien, si nous ne pouvions nous en servir pour souffrir et si nous ne savions l&#8217;employer pour aimer.<\/p><p>Vouloir la croix, \u00e9treindre la croix, baiser la croix, souffrir en croix, c&rsquo;est jouir en J\u00e9sus seul, dans le profond secret de son myst\u00e8re, de tout l&rsquo;amour dont mon \u00e2me a tant soif.<\/p><p>Je suis quelquefois \u00e9tonn\u00e9e de r\u00e9sister si longtemps \u00e0 ce martyre de tous les jours. Non que je trouve trop grande ma part de douleurs&#8230; j&rsquo;admire au contraire sans arriver \u00e0 comprendre, sans chercher non plus, l&rsquo;immense amour qui a port\u00e9 J\u00e9sus \u00e0 m&rsquo;aimer au point de vouloir partager avec moi les souffrances de sa vie, les horreurs de son agonie, les tortures de sa Passion, de sa croix.<\/p><p>J&rsquo;ai dit \u00ab\u00a0un peu\u00a0\u00bb, car nos souffrances sont vraiment si peu de chose en face de l&rsquo;immensit\u00e9 des siennes pour nous. Pour moi, je conviens par tous les c\u00f4t\u00e9s que rien, rien en moi n&rsquo;\u00e9tait \u00e0 m\u00eame d&rsquo;attirer ses divins regards. Je reconnais que c&rsquo;est par mis\u00e9ricorde seulement qu&rsquo;il m&rsquo;a combl\u00e9e de ses plus grandes faveurs&#8230; Et la plus grande de toutes, c&rsquo;est de m&rsquo;avoir montr\u00e9 cela.<\/p><p>Si J\u00e9sus se fait bourreau quelquefois (c&rsquo;est lui qui s&rsquo;est nomm\u00e9 ainsi \u00e0 moi), il montre qu&rsquo;il ne l&rsquo;est que par pl\u00e9nitude d&rsquo;amour, que pour redevenir l&rsquo;ami tr\u00e8s doux. Il ne frappe que pour p\u00e9n\u00e9trer nos coeurs de sa bont\u00e9 et les ouvrir \u00e0 l&rsquo;irruption de sa tendresse.<\/p><p>Si je dois quitter ce monde par la mort la plus terrifiante, la plus crucifiante, elle peut venir, je serai pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 suivre son captivant appel, et quand le ciel s&rsquo;ouvrira pour m&rsquo;accueillir, j&rsquo;oserai alors penser que c&rsquo;est bien mon tour de tomber pour toujours dans les bras de mon P\u00e8re. Il me semble qu&rsquo;au ciel je serai tout pr\u00e8s de ceux que j&rsquo;aurai aim\u00e9s, de tous ceux qui m&rsquo;ont fait du bien, surtout celui de m&rsquo;avoir guid\u00e9e vers le Bon Dieu. A mon tour, par Marie, je les guiderai \u00e0 J\u00e9sus, l&rsquo;\u00e9ternel Amour, je leur apprendrai, je les exciterai \u00e0 aimer toujours et toujours davantage, je les aiderai \u00e0 se perdre totalement en lui, \u00e0 devenir \u00ab\u2009un\u2009\u00bb avec lui. Combien alors je leur prouverai \u00e0 tous ma reconnaissance. En attendant, c&rsquo;est la pri\u00e8re, la souffrance, l&rsquo;immolation, la lutte, l&rsquo;exil de la terre. Au ciel, o\u00f9 je demeurerai \u00e0 jamais petit brasier toujours ardent au sein de l&rsquo;Amour infini, je continuerai ma belle mission de faire aimer l&rsquo;Amour, de semer des vocations surnaturelles. Il me semble que mon d\u00e9sir ira toujours grandissant apr\u00e8s ma mort jusqu&rsquo;\u00e0 la fin des temps, mon br\u00fblant d\u00e9sir de faire descendre sur tous, les tr\u00e9sors in\u00e9puisables de ma M\u00e8re Immacul\u00e9e, et d&rsquo;ouvrir par elle \u00e0 toutes les \u00e2mes les celliers divins. De l\u00e0-haut, j&rsquo;ai l&rsquo;intuition que je les entendrai mieux, que je ferai mieux encore.<\/p><p>Ah\u2009! le ciel, comme il est pr\u00e8s et comme il est loin\u2009! Pourtant, je n&rsquo;en peux plus\u2009!&#8230; Mais je sens que c&rsquo;est peu de chose pour la toute-puissance de Dieu, qui se fait le tout incessant de mon immense faiblesse.<\/p><p>Aux gr\u00e2ces immenses de Dieu, il faut une part immense de souffrance. De l&rsquo;amour\u2009! Rien que de l&rsquo;amour\u2009! C&rsquo;est \u00e7a mourir, monter \u00e0 chaque instant plus haut, se laisser consumer par l&rsquo;amour jusqu&rsquo;\u00e0 ne plus pouvoir en vivre.<\/p><p>Mourir, c&rsquo;est mon d\u00e9sir&#8230; ce serait mon bonheur, mais je ne dois pas demander \u00e0 mourir, c&rsquo;est mieux dans ma voie d&rsquo;abandon, et je sais que si c&rsquo;est le vouloir de J\u00e9sus, cela peut aller tr\u00e8s fort et tr\u00e8s vite.<\/p><p>Il n&rsquo;y a que l&rsquo;Amour qui puisse faire souffrir \u00e0 ce point\u2009! Vivre c&rsquo;est souffrir, car partout o\u00f9 l&rsquo;on vit par l&rsquo;amour, on vit de la souffrance. J&rsquo;accepte encore la vie, j&rsquo;accepte la souffrance, je ne veux d&rsquo;autre couche que la croix.<\/p><p>Je suis une crucifi\u00e9e, mais je suis une crucifi\u00e9e d&rsquo;amour\u2009! La Sainte Vierge ne me quitte plus maintenant\u2009! Comme elle s&rsquo;est fait d\u00e9licieusement ma Maman cette nuit, dans les terribles assauts des esprits immondes qui, sans cesse, revenaient \u00e0 la charge, m&rsquo;aveuglant, m&rsquo;\u00e9touffant de fum\u00e9e et de flammes, me pers\u00e9cutant sans tr\u00eave ni r\u00e9pit\u2009!<\/p><p>Rien ne leur co\u00fbte pour exasp\u00e9rer mes souffrances, pour supplicier mes regards, pour me torturer l&rsquo;\u00e2me et le coeur par leurs blasph\u00e8mes odieux, et si je leur crie de se taire, en m&rsquo;effor\u00e7ant de ne plus les entendre, plus stridentes, plus impies deviennent leurs impr\u00e9cations. Terrifi\u00e9e, horrifi\u00e9e de douleur et d&rsquo;effroi, je leur r\u00e9p\u00e8te de me frapper, de me broyer s&rsquo;ils le veulent, mais qu&rsquo;ils cessent d&rsquo;insulter mon Seigneur et mon Dieu.<\/p><p>Ni hommes, ni b\u00eates, leurs difformit\u00e9s d\u00e9chirent les yeux. Esprits immondes, ils sont affreux comme le p\u00e9ch\u00e9 qui est une abomination. Oh\u2009! que je le dise ici, la grande douleur des damn\u00e9s, c&rsquo;est la vue de Satan, de l&rsquo;horrible Satan, comme le grand bonheur des \u00e9lus est la contemplation de l&rsquo;enivrante beaut\u00e9 de Dieu.<\/p><p>Dieu fort, Dieu saint, Dieu immortel, par Marie, M\u00e8re de J\u00e9sus et notre M\u00e8re, pardonnez-moi mes p\u00e9ch\u00e9s, faites-moi mis\u00e9ricorde, faites mis\u00e9ricorde \u00e0 tout le monde. Ouvrez \u00e0 tous la porte du ciel, pour qu&rsquo;\u00e9ternellement nous puissions chanter avec vous au s\u00e9jour bienheureux le doux chant du Magnificat.<\/p><p>^ Vendredi saint 25 mars 1932<\/p><p>Alleluia\u2009! Alleluia\u2009! \u00ab\u2009Visitez-nous, Dieu de Lumi\u00e8re\u2009! \u00bb<\/p><p>Le coeur douloureux se tait quand il a trop \u00e0 dire\u2009! Faudrait-il parler maintenant ou s&rsquo;il est mieux de garder le silence, de semer humblement et puis d&rsquo;attendre encore, dans la pri\u00e8re, la douceur, l&rsquo;amour et l&rsquo;abandon de ma vie de victime et d&rsquo;hostie, l&rsquo;heure, la minute qui n&rsquo;appartient et qui n&rsquo;est connue que de Dieu, pour les chers aveugles que sont encore&#8230;&#8230;&#8230;.. et qui peut devenir un chemin de Damas.<\/p><p>J&rsquo;ai confiance autant que j&rsquo;aime\u2009! Non, personne ne saurait m&rsquo;effrayer \u00e0 ce sujet, j&rsquo;en sais trop sur l&rsquo;amour et sur la mis\u00e9ricorde de Dieu. Je suis s\u00fbre que tous ces milliers d&rsquo;obstacles qui ont l&rsquo;air de barri\u00e8res infranchissables s&rsquo;ab\u00eemeront comme une goutte d&rsquo;eau jet\u00e9e dans un brasier ardent, quand J\u00e9sus le voudra.<\/p><p>Oui, P\u00e8re, toute bont\u00e9 et tout amour\u2009! Je le sais, tous ceux qui me sont les plus chers, ceux dont mon coeur d\u00e9sol\u00e9 aurait le plus besoin, vous pouvez me les enlever, vous pouvez permettre qu&rsquo;ils restent \u00e9loign\u00e9s de moi, se retirent de moi\u2009! Vous \u00eates le juste Ma\u00eetre, \u00f4 mon Dieu. Fiat voluntas tua\u2009! Je suis toute \u00ab\u2009oui\u2009\u00bb \u00e0 la volont\u00e9 d&rsquo;amour qui me poss\u00e8de, toute \u00ab\u2009oui\u2009\u00bb \u00e0 la divine passion de J\u00e9sus quelle qu&rsquo;en soit, quelle qu&rsquo;en devienne l&rsquo;amoureuse exigence.<\/p><p>J\u00e9sus\u2009! J\u00e9sus\u2009! je le chante sur tous les tons, je l&rsquo;appelle de toutes les voix, je l&rsquo;aime de tout mon amour\u2009! J\u00e9sus\u2009! J\u00e9sus seul\u2009!<\/p><p>Mon p\u00e9ch\u00e9, c&rsquo;est de trop vouloir la ch\u00e8re, la douce pr\u00e9sence et de la d\u00e9sirer sans cesse. Quelquefois j&rsquo;ai peur, comme ce matin, je demande pardon en protestant que je ne veux rien d&rsquo;autre que la volont\u00e9 de Dieu, m\u00eame et surtout dans mes plus grands d\u00e9sirs d&rsquo;amour.<\/p><p>Seigneur mon Dieu, je m&rsquo;abandonne enti\u00e8rement par Marie, ma M\u00e8re bien-aim\u00e9e, \u00e0 votre volont\u00e9 adorable\u2009! Tirez vous-m\u00eame de votre tr\u00e8s pauvre petite chose tout le bien, tout l&rsquo;amour, toute la louange et toute la gloire que vous d\u00e9sirez.<\/p><p>Oui, P\u00e8re, oui, et toujours oui, et&#8230; toujours merci\u2009!<\/p><p>Je ne sais si en ce moment je pourrais souffrir plus&#8230; mais je ne voudrais pas moins souffrir. Je br\u00fble, je saigne\u2009; c&rsquo;est la croix sanglante, torturante&#8230; je veux tout ce qu&rsquo;il veut.<\/p><p>La souffrance est la r\u00e9ponse de l&rsquo;amour, elle en est aussi la r\u00e9compense. Vivre crucifi\u00e9e, c&rsquo;est vivre en beaut\u00e9.<\/p><p>Je surabonde de souffrances, mais mon \u00e2me surabonde de joies dans toutes ses tribulations.<\/p><p>Ma joie d&rsquo;amour est si grande, si grande que je n&rsquo;ose y mesurer les douleurs que j&rsquo;endure&#8230; et le Coeur de J\u00e9sus n&rsquo;arr\u00eate pas de m&rsquo;inonder.<\/p><p>Tout en moi est feu spirituel, chant c\u00e9leste, douceur d&rsquo;amour, divine b\u00e9atitude.<\/p><p>\u00d4 divine Charit\u00e9\u2009! jetez sur mon p\u00e8re malade ce m\u00eame regard d&rsquo;amour que vous avez laiss\u00e9 tomber sur l&rsquo;\u00e2me de Magdeleine, et sur nous tous, p\u00e9cheurs, quand vous agonisiez sur la croix. \u00d4 Verbe de Lumi\u00e8re et de V\u00e9rit\u00e9\u2009! r\u00e9v\u00e9lez-vous \u00e0 son \u00e2me. Qu&rsquo;elle vous cherche, qu&rsquo;elle vous d\u00e9sire, qu&rsquo;elle vous voie, qu&rsquo;elle ait soif et faim de vous, son bien supr\u00eame\u2009; afin que par une faveur toute sp\u00e9ciale de votre infinie charit\u00e9, et en vertu de sa vie laborieusement remplie, de toutes ses souffrances morales et physiques et de tout le bien qu&rsquo;il a pu faire, il ait la joie de vous conna\u00eetre, de vous aimer, de s&rsquo;unir \u00e0 vous et m\u00e9rite d&rsquo;aller un jour vous contempler, vous b\u00e9nir de vos grandes mis\u00e9ricordes dans l&rsquo;\u00e9ternelle Patrie de l&rsquo;amour.<\/p><p>Que faire, que donner, que promettre pour cela\u2009?&#8230; Ne rien refuser \u00e0 Dieu&#8230; tout me refuser, pour tout obtenir.<\/p><p>\u00d4 bonne M\u00e8re\u2009! vous si bienfaisante, si compatissante et toujours si maternellement dispos\u00e9e en faveur de vos pauvres enfants de la terre, ne restez pas insensible \u00e0 la poignante d\u00e9tresse, \u00e0 la pure tendresse de votre enfant\u2009; penchez-vous sur son si cher papa pour le soulager, le gu\u00e9rir. Descendez jusqu&rsquo;\u00e0 lui, parlez \u00e0 son \u00e2me, \u00f4 M\u00e8re la plus tendre, aidez-la \u00e0 aimer, et elle s&rsquo;ouvrira \u00e0 un vrai et f\u00e9cond repentir.<\/p><p>Aidez-nous tous, \u00f4 M\u00e8re des douleurs, dans ces jours de mis\u00e8res et de larmes\u2009! Etendez sur nous votre manteau d&rsquo;amour et portez \u00e0 J\u00e9sus nos suppliantes demandes, et que par vous descendent en nos \u00e2mes, avec ses b\u00e9n\u00e9dictions, les gr\u00e2ces n\u00e9cessaires pour accomplir dans un fiat g\u00e9n\u00e9reux l&rsquo;adorable volont\u00e9 du Tr\u00e8s-Haut.<\/p><p>Rien n&rsquo;\u00e9l\u00e8ve et ne purifie, rien ne grandit et ne sanctifie comme le baiser sacr\u00e9 de la douleur.<\/p><p>Dieu remplit le coeur, il met l&rsquo;abondance dans l&rsquo;\u00e2me quand on a les mains vides.<\/p><p>^ Lundi de P\u00e2ques 28 mars 1932<\/p><p>Dieu sait tout, il peut tout, il conna\u00eet l&rsquo;ab\u00eeme de ma douleur&#8230; et il m&rsquo;aime.<\/p><p>Pour bien vivre, bien donner ce jour, j&rsquo;ai besoin de gr\u00e2ces, de courage, car chaque instant m&rsquo;apporte des douleurs, des angoisses&#8230; chaque instant met mon coeur sous la roue du pressoir.<\/p><p>Qu&rsquo;importe la douleur, le poids lourd de la journ\u00e9e\u2009! Qu&rsquo;importe l&rsquo;affliction et mes insuffisances\u2009! Qu&rsquo;importe l&rsquo;humiliation, l&rsquo;accablant labeur, quand on aime J\u00e9sus, J\u00e9sus par-dessus tout, et si par lui et unie \u00e0 lui je puis \u00eatre utile au bien commun.<\/p><p>Qu&rsquo;importe de pleurer quand on aime\u2009!<\/p><p>Non, pas de plainte\u2009! non, pas de crainte\u2009! De l&rsquo;amour, rien que de l&rsquo;amour. Il faut aimer J\u00e9sus dans la jubilation.<\/p><p>La petite \u00e9pouse du divin Crucifi\u00e9 n&rsquo;a pas le droit de craindre la mortelle agonie de Geths\u00e9mani et les ensanglantements du Calvaire. Aujourd&rsquo;hui, je n&rsquo;ose m\u00eame pas dire \u00ab\u2009Seigneur, augmentez mon amour afin que ma vie soit davantage le reflet, l&rsquo;image de la v\u00f4tre\u2009; augmentez mon amour, afin que je vive uniquement et intimement de vous\u2009; augmentez mon amour afin que je sache f\u00e9conder ce grand don de la souffrance que vous m&rsquo;avez confi\u00e9\u2009; augmentez mon amour, afin que je vous aime autant que vous m&rsquo;aimez\u2009!\u2009\u00bb tant il m&rsquo;est donn\u00e9 d&rsquo;aimer plus ardemment toujours, tant mon coeur se dilate, tant mon \u00e2me s&rsquo;immerge, se d\u00e9lecte dans la divinit\u00e9.<\/p><p>Je vis de J\u00e9sus, en J\u00e9sus, par Marie, dans la Trinit\u00e9\u2009! J\u00e9sus est l&rsquo;\u00e2me de ma vie, la vie de mon \u00e2me et c&rsquo;est dans l&rsquo;union et l&rsquo;amour, dans la communion parfaite d&rsquo;existence avec lui que je puis tout aimer, tout souffrir&#8230; et tout taire.<\/p><p>C&rsquo;est si bon de n&rsquo;avoir qu&rsquo;une r\u00e9ponse \u00e0 toutes les douleurs, qu&rsquo;un chant de reconnaissance dans toutes les agonies\u2009: Mon Dieu\u2009! mon J\u00e9sus\u2009!&#8230; je vous adore et je vous aime\u2009! \u00d4 ma Trinit\u00e9, je me perds en vous\u2009! Mes souffrances sont physiques, elles sont morales, elles sont plus encore cet amour consumant, cet amour de feu et de folie, ce supplice tout divin, parce que si pleinement d\u00e9licieux.<\/p><p>\u00d4 P\u00e8re infiniment doux\u2009! \u00d4 M\u00e8re la plus tendre\u2009! donnez-moi J\u00e9sus sans cesse, car c&rsquo;est sans cesse que j&rsquo;ai besoin d&rsquo;une place dans son Coeur.<\/p><p>^ 29 mars 1932 (mardi)<\/p><p>Je ne puis m&rsquo;appliquer \u00e0 rien, ni me fixer \u00e0 rien. Je n&rsquo;ai d&rsquo;ardeur que pour prier sans parole.<\/p><p>P\u00e8re saint\u2009! soutenez-moi, ayez piti\u00e9 de moi, donnez-moi du courage. Ce matin, j&rsquo;ai pleur\u00e9 d&rsquo;amour, de tendresse. J&rsquo;ai g\u00e9mi, pri\u00e9 pour les p\u00e9cheurs dont j&rsquo;aime de plus en plus passionn\u00e9ment les \u00e2mes, les appelant, leur donnant mon coeur, le tournant vers eux, le leur ouvrant comme si je pouvais leur donner J\u00e9sus, comme si je pouvais ravir leurs \u00e2mes et les donner en breuvage au Seigneur. Ce soir, je ne sais rien donner, envahie que je suis d&rsquo;un vague, d&rsquo;une m\u00e9lancolie profonde, n&rsquo;\u00e9prouvant que le vif sentiment de mon inutilit\u00e9. Rester l\u00e0 aux pieds du Ma\u00eetre, fermer les yeux, aimer tr\u00e8s, tr\u00e8s fort, attendre, c&rsquo;est tout\u2009!&#8230; De toutes fa\u00e7ons je souffre, mais sans d\u00e9faillance. Ma pens\u00e9e reste au-dessus de moi-m\u00eame, de mon amour, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e, remplie de Dieu.<\/p><p>Vraiment je suis loin de la saintet\u00e9, loin du degr\u00e9 de perfection que J\u00e9sus demande, loin des hauts sommets o\u00f9 il\u2009m&rsquo;attend. Je devrais m&rsquo;en d\u00e9soler et me reprocher ce manque de vie, cet \u00e9tat de langueur, et l&rsquo;attribuer \u00e0 mon peu de ferveur, \u00e0 mes grandes imperfections, \u00e9tant donn\u00e9 l&rsquo;\u00e9tonnant degr\u00e9 o\u00f9 j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet des pr\u00e9venances divines et l&rsquo;incompr\u00e9hensible amour dont J\u00e9sus m&rsquo;a aim\u00e9e. Eh bien non\u2009! Loin de me d\u00e9soler, loin d&rsquo;\u00eatre atterr\u00e9e de mes impuissances, de mes faiblesses qui ne sont ni voulues, ni recherch\u00e9es, je me fais plus petite encore et je me jette en toute confiance et simplicit\u00e9 dans les bras de l&rsquo;immense charit\u00e9 de mon Dieu, en protestant que je suis pr\u00eate \u00e0 tous les martyres pour r\u00e9pondre en toute pl\u00e9nitude et jusqu&rsquo;au bout \u00e0 ses divins vouloirs.<\/p><p>Je comprends que Dieu ne nous aime jamais tant que lorsqu&rsquo;il semble nous priver de tout, de ce tout qui est lui-m\u00eame. Donner par pur amour, sans int\u00e9r\u00eat de ne rien recevoir en \u00e9change, est si enthousiasmant\u2009! Des profondeurs de la douleur monte la joie\u2009! Je l&rsquo;avoue, les nombreuses lumi\u00e8res que j&rsquo;ai eues sur mon n\u00e9ant ont \u00e9t\u00e9 plus pr\u00e9cieuses \u00e0 ma vie surnaturelle, \u00e0 ma consommation dans l&rsquo;unit\u00e9 d&rsquo;amour, que toutes les plus grandes r\u00e9v\u00e9lations sur l&rsquo;invisible.<\/p><p>Il est souvent bien instructif, le livre de nous-m\u00eames\u2009! Je me dis enfin, que si je plais \u00e0 J\u00e9sus dans ce pauvre \u00e9tat, je dois savoir en \u00eatre heureuse et l&rsquo;en b\u00e9nir. Tout lui sert \u00e0 lui, pour faire progresser les \u00e2mes dans la saintet\u00e9 quand elles gardent comme base solide l&rsquo;humilit\u00e9 dans la plus parfaite charit\u00e9. L&rsquo;am\u00e8re \u00e9preuve se change vite en c\u00e9lestes volupt\u00e9s d\u00e8s qu&rsquo;on l&#8217;embrasse avec ardeur et qu&rsquo;on s&rsquo;abandonne \u00e0 l&rsquo;Amour avec la plus aimante docilit\u00e9. Le seul acte de consentir \u00e0 \u00eatre ainsi \u00e9cras\u00e9e, broy\u00e9e, immol\u00e9e par J\u00e9sus l&rsquo;Amour infini est, je crois, une pri\u00e8re tr\u00e8s, tr\u00e8s forte.<\/p><p>Une seule chose compte\u2009: le libre abandon \u00e0 Dieu de toutes nos pens\u00e9es, puissances et facult\u00e9s&#8230; Une seule suffit \u00e0 sanctifier, \u00e0 diviniser notre vie et celles de nos fr\u00e8res\u2009: son amoureuse action dans nos \u00e2mes. Dieu en lui-m\u00eame, et Dieu en tout&#8230; Dieu en nous et Dieu \u00e0 nous, comme nous sommes en Dieu\u2009! Voil\u00e0 tout l&rsquo;id\u00e9al, toute la saintet\u00e9, tout le ciel\u2009!<\/p><p>^ 30 mars 1932 (mercredi)<\/p><p>Que j&rsquo;ai eu de pauvres heures encore aujourd&rsquo;hui\u2009! Mon \u00e2me doucement appuy\u00e9e sur le Coeur de J\u00e9sus, je lui dis\u2009: \u00ab\u2009Oh oui, oui Seigneur\u2009! qu&rsquo;il soit fait en tout votre divin vouloir\u2009!\u2009\u00bb<\/p><p>Je sens m\u00eame tr\u00e8s vivement que ce d\u00e9sir est en moi comme un feu, comme une passion\u2009; mais aussit\u00f4t il para\u00eet m&rsquo;enlever tout ce qui est lui. C&rsquo;est-\u00e0-dire tout&#8230; tout ce qui fait la joie, le bonheur, l&rsquo;amour de ma vie.<\/p><p>Je crois n\u00e9anmoins que dans cette l\u00e2chet\u00e9 je n&rsquo;ai su n\u00e9gliger aucun effort, ni sacrifier le plus petit d\u00e9sir de me perdre en lui&#8230; d&rsquo;attendre, et de me laisser envahir. Mais je n&rsquo;avais pas la force, peut-\u00eatre pas le courage, d&rsquo;\u00eatre aussi ardente, aussi g\u00e9n\u00e9reuse, aussi donn\u00e9e, manquant sans doute envers lui de cette innocence d&rsquo;enfant qui pla\u00eet tant \u00e0 son Coeur. Il est vrai que je me suis bien vite anim\u00e9e dans une volont\u00e9 de courage et une grande humilit\u00e9, et alors, petite victime sur la croix de toutes les douleurs, j&rsquo;ai remis mon \u00e2me \u00e0 Dieu mon P\u00e8re, ma petite \u00e2me qui repose \u00e0 jamais dans son sein paternel, le suppliant de me faire mourir tout de suite si je devais l&rsquo;offenser, si je devais le blesser dans son amour infini. Et la vie ardente, abondante est revenue, plus envahissante que jamais. Je suis \u00e9perdue, dilat\u00e9e, ravie, folle d&rsquo;amour, ivre de Dieu, de la puret\u00e9, de la grandeur, de l&rsquo;immensit\u00e9 de sa vie.<\/p><p>Tout mon \u00eatre br\u00fble d&rsquo;un embrasement nouveau\u2009! Je rayonne d&rsquo;all\u00e9gresse&#8230; Mon Dieu, je vous aime, buvez \u00e0 votre petite coupe\u2009! \u00d4 ma si tendre M\u00e8re, aidez-moi \u00e0 reposer amoureusement sur le Coeur de mon Dieu, de mon J\u00e9sus, m\u00eame si c&rsquo;est la nuit, m\u00eame si je ne l&rsquo;entends pas et m\u00eame s&rsquo;il veut que je ne sente plus si je suis sienne&#8230; Il me donne tant de moyens d&rsquo;aimer&#8230; et d&rsquo;aimer toujours davantage, aujourd&rsquo;hui et encore plus demain. Vous seule, \u00f4 douce M\u00e9diatrice, pouvez lui dire l&rsquo;affection, la tendresse, l&rsquo;in\u00e9branlable amour de sa petite \u00e9pouse. Je n&rsquo;en veux pas d&rsquo;autres que vous pour le lui faire savoir&#8230; parlez vous-m\u00eame \u00e0 la Trinit\u00e9. \u00ab\u2009Heureux les coeurs purs\u2009\u00bb parce qu&rsquo;ils tressaillent de joie en Dieu\u2009! Cette nuit, j&rsquo;ai go\u00fbt\u00e9 la douceur des larmes pleur\u00e9es dans les bras de J\u00e9sus.<\/p><p>Heureuses les \u00e2mes fid\u00e8les \u00e0 l&rsquo;amour, parce qu&rsquo;elles peuvent reposer sur le Coeur de l&rsquo;\u00e9poux.<\/p><p>En penchant ma t\u00eate, j&rsquo;aurais pu l&rsquo;appuyer sur la ch\u00e8re \u00e9paule offerte \u00e0 ma douleur, tout pr\u00e8s du divin visage que je sentais tendrement inclin\u00e9 vers le mien. Je n&rsquo;ai pas os\u00e9 le faire, ni ouvrir les yeux pour le contempler, lui mon doux bien-aim\u00e9, trop \u00e9motionn\u00e9e\u2009; mais je suis s\u00fbre de la r\u00e9alit\u00e9 du miracle, oui je suis s\u00fbre de l&rsquo;humaine pr\u00e9sence de J\u00e9sus \u00e0 mon c\u00f4t\u00e9, de l&rsquo;avoir nomm\u00e9 dans mon coeur de son nom si doux de J\u00e9sus. J&rsquo;en ai pour certitude, pour t\u00e9moignage de la v\u00e9rit\u00e9, la vive impression que j&rsquo;\u00e9prouvais, alors que j&rsquo;\u00e9tais loin de m&rsquo;attendre \u00e0 cela, et l&rsquo;amoureuse \u00e9treinte o\u00f9 je me suis sentie si puissamment et si d\u00e9licieusement press\u00e9e, et mon grand souci comme miraculeusement dissip\u00e9 et l&rsquo;ineffa\u00e7able souvenir qui demeure si pr\u00e9cis en moi.<\/p><p>Depuis mon dernier grand voeu d&rsquo;abandon \u00e0 l&rsquo;Amour, jamais J\u00e9sus ne m&rsquo;\u00e9tait apparu ext\u00e9rieurement, je veux dire que j&rsquo;ai tr\u00e8s peu eu de visions corporelles. Les apparitions divines se manifestent presque toujours \u00e0 mon \u00e2me.<\/p><p>Ce jour d&rsquo;amour, ce jour de mes voeux d&rsquo;abandon \u00e0 l&rsquo;Amour, qui en fait un jour unique dans ma vie de souffrances, j&rsquo;avais contempl\u00e9 de mes yeux \u00e9blouis la merveilleuse vision. Cette fois-ci je n&rsquo;ai fait qu&rsquo;\u00e9prouver le fait dans mon \u00eatre intime et sensible que c&rsquo;\u00e9tait lui, bien lui, \u00f4 Christ, \u00f4 mon Christ J\u00e9sus.<\/p><p>\u00d4 belle nuit\u2009! Sainte nuit\u2009! Nuit d&rsquo;esp\u00e9rance, nuit de larmes et d&rsquo;amour\u2009! Il faut avoir trembl\u00e9 pour un \u00eatre aim\u00e9, pour vivre pleinement cette d\u00e9livrance.<\/p><p>En \u00e9change des douceurs dont J\u00e9sus est la source pure, intarissable, au milieu m\u00eame des plus grandes douleurs, des plus poignantes \u00e9preuves, ce Ma\u00eetre ador\u00e9 se pla\u00eet \u00e0 puiser dans l&rsquo;\u00e2me qui l&rsquo;aime les amertumes souvent angoissantes que son amour y d\u00e9verse \u00e0 longs flots. Car on ne peut aimer sans souffrir.<\/p><p>Ce n&rsquo;est pas en vain qu&rsquo;on aura pleur\u00e9, ni en vain qu&rsquo;on aura tant souffert. Notre-Seigneur, qui ne permet tout que pour notre bonheur, se sert souvent de l&rsquo;\u00e9preuve pour le r\u00e9aliser.<\/p><p>Qui console et pardonne<\/p><p>Qui jamais n&rsquo;abandonne<\/p><p>Qui toujours a piti\u00e9,<\/p><p>La divine charit\u00e9.<\/p><p>Je remercie la Vierge toute-puissante et toujours si compatissante pour son invisible mais si touchante assistance, pour m&rsquo;avoir aid\u00e9e \u00e0 supporter sans une minute de d\u00e9faillance, et en les b\u00e9nissant, des tourments sans tr\u00eave.<\/p><p>Je suis heureuse, je me r\u00e9jouis, mais en pleurant d&rsquo;amour, de reconnaissance. Et dans mon coeur o\u00f9 sont si profond\u00e9ment imprim\u00e9es les plaies du divin Crucifi\u00e9, chante le Magnificat de l&rsquo;action de gr\u00e2ce.<\/p><p>^ 4 avril 1932 (lundi)<\/p><p>L&rsquo;amour jaillit de mon coeur comme un ardent merci\u2009!<\/p><p>Remercier est si bon, quand pendant des jours et des nuits ab\u00eem\u00e9e aux pieds du Tout-Puissant, l&rsquo;implorant de tout son \u00eatre, fr\u00e9missant de douleur, on a trembl\u00e9 pour le salut d&rsquo;un \u00eatre aim\u00e9. En nous visitant par l&rsquo;\u00e9preuve, le Seigneur a voulu nous \u00e9pargner. Je veux croire au miracle pour un autre miracle.<\/p><p>La confiance, l&rsquo;espoir immense palpite et monte en moi, malgr\u00e9 le glaive de feu enfonc\u00e9 dans mon coeur.<\/p><p>\u00d4 Christ de paix\u2009! Christ d&rsquo;amour\u2009! \u00d4 mon J\u00e9sus\u2009! craindrais-je la souffrance, craindrais-je la douleur et l&rsquo;effort, quand vous \u00eates l\u00e0\u2009! Mon Dieu\u2009! je vous abandonne tout, je n&rsquo;ai pas \u00e0 me pr\u00e9occuper de ceci ou de cela et ni de l&rsquo;avenir, je sais que toutes vos volont\u00e9s sur nous sont des volont\u00e9s d&rsquo;amour et que tout est voulu pour l&rsquo;am\u00e9lioration et la sanctification de nos \u00e2mes.<\/p><p>Je ne veux qu&rsquo;aimer, je ne dois que b\u00e9nir et accepter ce qui arrivera pour votre r\u00e9ponse.<\/p><p>\u00d4 M\u00e8re, source d&rsquo;amour et de puret\u00e9, rayonnez dans nos \u00e2mes\u2009! Pour que nous ne fussions point la proie des flammes \u00e9ternelles, \u00f4 toute-puissante Vierge Marie, d\u00e9fendez-nous vous-m\u00eame au jour du jugement.<\/p><p>L&rsquo;enfer peut reprendre les armes, redoubler d&rsquo;audace, cr\u00e9er des raisons, des oppositions impr\u00e9vues, il ne saurait r\u00e9ussir \u00e0 \u00e9branler, \u00e0 mettre une ombre sur ma confiance.<\/p><p>Rien ne fait plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment reculer l&rsquo;astucieux serpent que la confiance qui s&rsquo;alimente dans l&rsquo;amour.<\/p><p>Je ne vis plus que de la pens\u00e9e que nous serons exauc\u00e9s dans le sens le meilleur. J&rsquo;ai dit \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb, voulant parler de toutes les ch\u00e8res et saintes \u00e2mes qui ont pri\u00e9 et qui prient en union avec nous. \u00d4 Amour, vous \u00eates l&rsquo;amour, l&rsquo;amour qui se donne, l&rsquo;amour qui demeure apr\u00e8s toutes choses.<\/p><p>Ce matin, j&rsquo;ai pens\u00e9, j&rsquo;ai aim\u00e9, pr\u00e8s du saint autel, mes amis, les amis de J\u00e9sus, l&rsquo;\u00e9poux des \u00e2mes qui, en lui, tressaillent d&rsquo;all\u00e9gresse. Grande douceur d&rsquo;amour dans l&rsquo;union \u00e0 J\u00e9sus pr\u00e8s du saint autel o\u00f9 par une gr\u00e2ce, une faveur incomparable, mon \u00e2me s&rsquo;adapte si bien.<\/p><p>Mes pri\u00e8res ferventes d&rsquo;abord deviennent sans parole, mes yeux se voilent, mes oreilles se durcissent, mes l\u00e8vres sont sans mouvement, mon corps se perd, pendant qu&rsquo;une vive et profonde intuition me rend visibles \u00e0 l&rsquo;esprit des choses que je ne vois pas. Je sens mon amour devenir plus ardent, plus fort, plus intime, plus br\u00fblant tous les jours.<\/p><p>Je sens, je go\u00fbte, je p\u00e9n\u00e8tre les myst\u00e9rieuses et sublimes profondeurs de la grandeur et de la science de Dieu\u2009!&#8230; J&rsquo;ai exp\u00e9riment\u00e9 l&rsquo;amour. J&rsquo;ai vu \u00e0 sa lumi\u00e8re, comme en un miroir infiniment pur, de quel amour Dieu m&rsquo;a aim\u00e9e, moi si abjecte, moi son petit instrument qui ne sut pas toujours lui \u00eatre tr\u00e8s docile.<\/p><p>Longue journ\u00e9e fervente. J&rsquo;ai pri\u00e9 en souffrant, en parlant. Pri\u00e8res de souffrances, pri\u00e8res d&rsquo;amour. Je vibre d&rsquo;all\u00e9gresse\u2009!&#8230; Plus que d&rsquo;habitude, je me sens pleine de vie surnaturelle, de vie divine, toute p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e, toute poss\u00e9d\u00e9e, envahie par elle.<\/p><p>Dans un supr\u00eame \u00e9lan de tout mon \u00eatre, je me redonnais \u00e0 Dieu pour une nouvelle assimilation, une plus compl\u00e8te configuration au sacrifice du Christ&#8230; Et j&rsquo;ai connu cette union, cette myst\u00e9rieuse transformation, comme une puissante r\u00e9alit\u00e9.<\/p><p>\u00d4 Vie immense\u2009! \u00d4 incompr\u00e9hensible merveille\u2009! Je suis en Dieu, je reste en lui\u2009! J&rsquo;aime et vis par J\u00e9sus. Sa vie, son amour palpite, bouillonne en tout mon \u00eatre sous la pouss\u00e9e d&rsquo;une s\u00e8ve plus chaude. La petite \u00e9pouse est bien pour jamais en Marie unie \u00e0 son \u00e9poux, \u00e0 sa royale Famille.<\/p><p>Longtemps, je suis rest\u00e9e en pri\u00e8re, pour mieux jouir dans l&rsquo;extase du doux mouvement de la Vie. Elle est en moi, elle monte et bat non seulement dans mon coeur, mais jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de mes membres. Je l&rsquo;appelle, elle r\u00e9pond \u00e0 mon d\u00e9sir.<\/p><p>\u00d4 Christ\u2009! Vous \u00eates ma vie\u2009! Soyez de plus en plus ma vie\u2009!<\/p><p>Revenue \u00e0 moi, j&rsquo;ai pens\u00e9 que c&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre mal d&rsquo;appeler, de d\u00e9sirer la ch\u00e8re pr\u00e9sence, de vouloir la transformation compl\u00e8te. Tremblante de peur, j&rsquo;ai demand\u00e9 pardon, suppliant le P\u00e8re d&rsquo;\u00e9loigner de moi toute consolation, toute douceur, de me retirer tout ce qui fait mon bonheur, tout ce qui peut \u00eatre joie, ivresse et d\u00e9lice pour moi dans l&rsquo;union, lui r\u00e9p\u00e9tant de ne plus me faire de faveur, de ne me laisser que le feu de l&rsquo;amour, de ne me donner J\u00e9sus que dans ses souffrances et dans ses agonies.<\/p><p>Ce n&rsquo;est pas des visions et des consolations que je d\u00e9sire. Ce que je veux, c&rsquo;est la douleur de toutes les fautes de ma vie, et de plus grandes lumi\u00e8res sur ma mis\u00e8re. Je n&rsquo;implore que des souffrances, que des croix, les plus invisibles, mais les plus douloureuses.<\/p><p>Tout perdre, je le veux bien si je peux et dois aimer plus encore, pour monter, m&rsquo;enfoncer sans fin dans l&rsquo;Oc\u00e9an d&rsquo;amour&#8230; jusqu&rsquo;au sommet de l&rsquo;union divine.<\/p><p>Je compte sur la protection de la Sainte Vierge pour me garder infiniment petite, mais infiniment aimante, chaque jour plus petite et plus aimante, le petit rien vivant de silence, d&rsquo;humilit\u00e9, de renoncement, de simplicit\u00e9&#8230; surtout d&rsquo;amour. De plus en plus, je me laisse faire.<\/p><p>Dieu est amour, et c&rsquo;est dans son amour que je m&rsquo;an\u00e9antis en tout. C&rsquo;est en lui que je retrouve toute mon ardeur, tous mes sentiments de tendresse et d&rsquo;amour, toute ma force pour souffrir. C&rsquo;est l\u00e0, dans ce Foyer de Vie, que j&rsquo;ai discern\u00e9 de quelle richesse est la double gr\u00e2ce des vertus de patience et d&rsquo;amour que Dieu demande pour arriver au sommet de la perfection\u2009; et comment, par notre faute, nous retardons notre ascension dans le divin et paralysons sa sublime action dans notre \u00e2me.<\/p><p>&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.<\/p><p>(ndle : des pointill\u00e9s sont dans le cahier, sur toute la largeur d\u2019une ligne \u00e9crite)<\/p><p>Je n&rsquo;ai pas sommeil, je n&rsquo;ai pas faim, je n&rsquo;ai pas soif. Je ne suis affam\u00e9e, avide que d&rsquo;aimer, que de souffrir et de travailler pour Dieu seul. Non que je compte sur des oeuvres ext\u00e9rieures, mais sur le silence du renoncement, de la souffrance et de l&rsquo;amour en tout.<\/p><p>Je ne suis impatiente, alt\u00e9r\u00e9e que de me nourrir de votre saint Corps, \u00f4 J\u00e9sus, mon Dieu.<\/p><p>Oh\u2009! ce d\u00e9sir fou qui m&rsquo;use et me d\u00e9vore\u2009! Pourquoi j&rsquo;en meurs et en renais sans cesse\u2009? Mon \u00e2me en est toute bris\u00e9e, mais elle a conscience, dans l&rsquo;amour et l&rsquo;ob\u00e9issance, qu&rsquo;elle s&rsquo;offre dans ce feu \u00e0 une oeuvre sacr\u00e9e que Dieu seul voit et conna\u00eet.<\/p><p>Il faut vraiment un amour fou de la part du Seigneur pour permettre que la souffrance, tourment pour l&rsquo;\u00eatre, devienne \u00e0 l&rsquo;\u00e2me un supplice ineffable, une incompr\u00e9hensible jouissance.<\/p><p>Depuis la nuit b\u00e9nie, je m&rsquo;abandonne plus souvent \u00e0 la joie de reposer amoureusement sur le Coeur de mon J\u00e9sus&#8230; L\u00e0, j&rsquo;aime et je chante, l\u00e0 j&rsquo;oublie tout et je pense \u00e0 tous.<\/p><p>Qu&rsquo;il me garde bien sa petite crucifi\u00e9e, sa vivante hostie dans les bras de la croix, sur l&rsquo;autel du sacrifice, et que je me donne bien \u00e0 lui toute.<\/p><p>Je veux \u00eatre toute la joie de ses yeux, tout son repos, tout son ciel, ses plus ch\u00e8res d\u00e9lices d&rsquo;amour, \u00e0 J\u00e9sus qui est tout mon coeur, toute mon \u00e2me&#8230; mon unique et mon tout\u2009!<\/p><p>Je suis heureuse, j&rsquo;ai tellement bu au calice de fiel et d&rsquo;amertume de la juste indignation de Dieu, aujourd&rsquo;hui. C&rsquo;est une vraie nuit du Jeudi saint, dans mon \u00e2me et dans mon coeur.<\/p><p>De joie, je me suis jet\u00e9e dans les bras de ma bonne M\u00e8re pour remercier J\u00e9sus, J\u00e9sus si bon, si doux, si empress\u00e9 \u00e0 mon d\u00e9sir, \u00e0 mon amour.<\/p><p>\u00d4 M\u00e8re, source d&rsquo;amour, donnez-moi de garder bien vivant dans mon \u00e2me le souvenir des douleurs et de la mort de J\u00e9sus, de participer dans tout mon \u00eatre, durant toute ma vie, \u00e0 ses mortelles tristesses, \u00e0 sa cruelle passion, \u00e0 toutes ses tortures d&rsquo;amour\u2009; plong\u00e9e dans l&rsquo;oc\u00e9an de vos indicibles douleurs, plus rudes \u00e0 supporter que la mort.<\/p><p>P\u00e8re \u00e9ternel\u2009! recevez-moi, par amour de votre divin Fils qui vit, agit, prie et souffre en moi et avec moi. Ne me regardez plus que comme cach\u00e9e dans son Coeur, couverte de ses plaies, baign\u00e9e dans son sang et charg\u00e9e de ses m\u00e9rites infinis.<\/p><p>^ 14 avril 1932 (jeudi)<\/p><p>Sainte communion. Mon Dieu et mon \u00e9poux est descendu dans ma poitrine en feu comme un fleuve de gr\u00e2ces, comme une onde de vie. Des d\u00e9lices infinies, des flots jaillissants coulaient en moi\u2009: la saintet\u00e9, l&rsquo;amour, la vertu de Dieu. \u00d4 doux\u2009! \u00d4 tr\u00e8s doux Seigneur\u2009! il \u00e9tait temps d&rsquo;ouvrir vos deux bras \u00e0 ma d\u00e9tresse. Il\u2009\u00e9tait temps \u00e0 vous de me vouloir, \u00e0 moi de vous avoir.<\/p><p>Est-ce vraiment possible que ce J\u00e9sus tout feu et tout flamme qui m&rsquo;enlace d&rsquo;une si vivante \u00e9treinte et dont la divine passion fait tressaillir mon coeur d&rsquo;un amour plus fort que la mort, qui remplit mon \u00e2me de sa pl\u00e9nitude magnifique, soit Celui que j&rsquo;ai re\u00e7u dans l&rsquo;Eucharistie\u2009?<\/p><p>Quelle sublime et substantielle union\u2009! Quels mystiques et enivrants embrassements d&rsquo;amour au fond de moi-m\u00eame\u2009!<\/p><p>Je ne sais comment cette fois-ci, sans le voir, sans lui parler, j&rsquo;ai joui de l&rsquo;\u00e9couter, de m&rsquo;entretenir avec lui dans la plus confiante, la plus douce familiarit\u00e9. Lui, s&rsquo;\u00e9panchant divinement en moi, m&rsquo;entourant, m&rsquo;inondant de ses gr\u00e2ces, de ses tendresses. Et pour que nous soyons encore plus seuls, plus l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre, plus dans la solitude qui ne veut \u00eatre troubl\u00e9e par rien, il m&rsquo;attire tout \u00e0 fait dans son Coeur, m&#8217;emportant toujours et toujours plus avant dans les splendeurs magnifiques de son immensit\u00e9.<\/p><p>Quelle adorable f\u00e9licit\u00e9, d&rsquo;en \u00eatre l\u00e0, tout aimante, tout adorante, toute b\u00e9atifi\u00e9e, dans le grand silence de son amour\u2009!<\/p><p>L\u00e0, mon \u00e2me est comme un enfant dans les bras, sur le coeur de sa m\u00e8re, dans un abandon, dans un apaisement, une ivresse infinie.<\/p><p>L&rsquo;amour est \u00e0 l&rsquo;\u00e2me ce que la lumi\u00e8re et la ros\u00e9e sont \u00e0 la fleur\u2009; il la nuance, il la dilate et l&rsquo;\u00e9panouit.<\/p><p>\u00d4 parfaite b\u00e9atitude du s\u00e9jour bienheureux, je vous porte en moi\u2009! J&rsquo;aper\u00e7ois, au-dessus de tout l&rsquo;\u00eatre, dans le silence sacr\u00e9 de l&rsquo;Incompr\u00e9hensible, votre clart\u00e9 vivante, \u00e9blouissante, non dans toute sa magnifique pl\u00e9nitude, mais je puis \u00e0 toute minute me rapprocher, m&rsquo;enfoncer dans votre profondeur admirable et me laisser emporter toujours et toujours plus loin dans l&rsquo;ab\u00eeme ineffable de votre glorieux \u00e9panouissement.<\/p><p>Ah\u2009! qu&rsquo;elle est donc belle, qu&rsquo;elle est grande, enthousiasmante, l&rsquo;ind\u00e9niable, l&rsquo;inestimable r\u00e9alit\u00e9 du monde invisible r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par le Christ. A l&rsquo;infini et aux splendeurs de la vie divine auxquelles il nous invite, il nous convie \u00e0 participer, vient s&rsquo;ajouter l&rsquo;id\u00e9al de justice et de bont\u00e9 que nous avons mission de r\u00e9aliser.<\/p><p>En entrouvrant devant nos regards les r\u00e9gions \u00e9blouissantes de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, il r\u00e9pond pleinement \u00e0 notre passion, \u00e0 notre soif de vie. En mettant la charit\u00e9 pour loi supr\u00eame de notre activit\u00e9, il\u2009r\u00e9pond magnifiquement \u00e0 notre besoin, \u00e0 notre puissance d&rsquo;aimer. En nous appelant tous \u00e0 la saintet\u00e9, il r\u00e9pond merveilleusement aux d\u00e9sirs ardents que nous avons de nous \u00e9lever par la foi et l&rsquo;amour vers les sommets inconnus.<\/p><p>Il faut apprendre \u00e0 vivre par l&rsquo;\u00e2me, \u00e0 n&rsquo;agir que par l&rsquo;\u00e2me, et nous entra\u00eener \u00e0 regarder toutes les choses de la vie, \u00e0 utiliser toutes nos \u00e9nergies pour les diviniser.<\/p><p>Si l&rsquo;on savait ce que c&rsquo;est que conna\u00eetre, aimer, poss\u00e9der, jouir de Dieu, vivre dans l&rsquo;adorable union du P\u00e8re, Fils et Saint-Esprit&#8230; Mais les paroles sont totalement impuissantes \u00e0 expliquer ce grand myst\u00e8re.<\/p><p>Qui pourra jamais, en un texte assez lumineux, faire entrevoir au commun des \u00e2mes, ce que sera dans le ciel, ce que peut \u00eatre, ce qu&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 en ce monde, au sommet du parfait d\u00e9tachement, l&rsquo;ineffable jouissance d&rsquo;\u00eatre, par Marie Vierge tr\u00e8s pure, v\u00e9ritablement unie \u00e0 la divine Trinit\u00e9\u2009?<\/p><p>Dieu seul, par la vertu de l&rsquo;Esprit Saint, peut toucher, attendrir, se r\u00e9v\u00e9ler, se communiquer avec fruit, donner la notion parfaite des grandes v\u00e9rit\u00e9s de la foi, des splendides merveilles de l&rsquo;au-del\u00e0. Je le supplie de le faire.<\/p><p>Je le supplie de s&rsquo;imposer, de se manifester aux \u00e2mes.<\/p><p>Je le comprends de mieux en mieux, l&rsquo;amour est plus \u00e9loquent, plus irr\u00e9sistible que tout pour ouvrir le Coeur aimant de Dieu et en obtenir les gr\u00e2ces les plus grandes.<\/p><p>Une \u00e2me peut et fait plus par son amour que par sa pens\u00e9e, son savoir, ses actions, ses oeuvres et ses paroles.<\/p><p>L&rsquo;amour\u2009! quelle simplification de tout et quelle clart\u00e9 sur tout\u2009! L&rsquo;amour\u2009! c&rsquo;est quelque chose de splendide, et le d\u00e9vouement de soi, l&rsquo;immolation de soi, la perte de soi, c&rsquo;est si doux\u2009!<\/p><p>Ah\u2009! je sens bien que j&rsquo;apprends \u00e0 chanter le Bon Dieu\u2009! Si je n&rsquo;ai pas les paroles de feu d&rsquo;un saint Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise, je n&rsquo;en ai pas un moins in\u00e9branlable, un moins br\u00fblant amour.<\/p><p>L&rsquo;amour est un fardeau l\u00e9ger qui ne p\u00e8se pas \u00e0 celui qui le porte, mais le rend au contraire plus fort, plus ail\u00e9. Il r\u00e9jouit dans les souffrances, dans les \u00e9preuves, comme dans les joies et les consolations\u2009; par lui, on est vainqueur des d\u00e9mons, par lui encore ceux qui combattent contre la chair et le monde sont affranchis de tout mal. Il est un vin de d\u00e9lices qui enivre les vrais amants de Dieu, un feu sacr\u00e9 qui fait exulter d&rsquo;all\u00e9gresse. Ainsi le coeur qui aime parfaitement n&rsquo;\u00e9prouve ni douleur, ni chagrin. Il n&rsquo;est ni triste, ni troubl\u00e9, car l&rsquo;amour rend parfait, tandis que la douleur d\u00e9prime, alanguit.<\/p><p>L&rsquo;amour est donc ce que la cr\u00e9ature a re\u00e7u de plus doux et de plus utile. Rien n&rsquo;est \u00e0 la fois plus agr\u00e9able et plus aimable devant Dieu. Non seulement il ravit l&rsquo;\u00e2me, il encha\u00eene l&rsquo;\u00eatre par les liens de la sagesse et de la douceur et l&rsquo;unit \u00e0 Dieu pour la consommer en Dieu, mais encore il an\u00e9antit les mauvais d\u00e9sirs, il\u2009emp\u00eache de se laisser prendre aux fausses douceurs et de tomber dans l&rsquo;erreur des convoitises.<\/p><p>Par l&rsquo;amour, le coeur se dilate ; par l&rsquo;amour, l&rsquo;\u00e2me triomphe, par l&rsquo;amour, notre vie est fortifi\u00e9e, affermie.<\/p><p>Je n&rsquo;ai pas trouv\u00e9 de demeure meilleure et plus douce que celle o\u00f9 l&rsquo;amour m&rsquo;unit \u00e0 mon bien-aim\u00e9, et de nous deux ne fait plus qu&rsquo;un.<\/p><p>Lou\u00e9, lou\u00e9 soit J\u00e9sus pour tout ce qu&rsquo;il a fait d&rsquo;immense, d&rsquo;infini, dans une pauvre petite \u00e2me mis\u00e9rable\u2009!<\/p><p>C&rsquo;est trop merveilleux, ineffablement trop beau, trop au-dessus de l&rsquo;intelligence\u2009; je n&rsquo;ose pas, je ne peux pas y penser sans verser des pleurs.<\/p><p>Mon Dieu\u2009! \u00e9loignez-vous de moi, qui ne suis qu&rsquo;une pauvre p\u00e9cheresse.<\/p><p>J&rsquo;ai le pressentiment tr\u00e8s s\u00fbr, tr\u00e8s clair, que je vais savoir des choses plus fortes, plus belles, plus hautes encore\u2009! Que la gr\u00e2ce de Dieu soit avec moi.<\/p><p>\u00d4 Beaut\u00e9 supr\u00eame\u2009! Amour digne d&rsquo;\u00eatre chant\u00e9\u2009! Apr\u00e8s m&rsquo;avoir admise avec tant de condescendance \u00e0 prendre part au festin des \u00e9lus, \u00e0 m&rsquo;enivrer d&rsquo;infini au fleuve in\u00e9puisable des volupt\u00e9s c\u00e9lestes, laissez-moi vivre dans l&rsquo;obscurit\u00e9 de la terre, la vie m\u00eame du ciel\u2009! Toute mon \u00e2me s&rsquo;ouvre aux purs baisers de Dieu\u2009!&#8230;<\/p><p>^ 16 avril 1932 (samedi)<\/p><p>Sainte communion. J&rsquo;ai peu de facilit\u00e9 et de possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire, je n&rsquo;en ai pas le d\u00e9sir. Je ne peux plus en douter, apr\u00e8s ma communion du matin, tant j&rsquo;ai \u00e9treint d&rsquo;infini et savour\u00e9 de nouvelles ivresses au centre de moi-m\u00eame.<\/p><p>Mais je veux mentalement b\u00e9nir, chanter, glorifier, exalter le Seigneur dans toutes ses infinies complaisances, dans tout ce qu&rsquo;il nous a si miraculeusement accord\u00e9, ou que par plus d&rsquo;amour il semble nous refuser, et nous le donne en richesses de lui, en embrassements d&rsquo;amour, en baisers douloureux, dans des proportions tellement exag\u00e9r\u00e9es, tellement, tellement d\u00e9mesur\u00e9es, que je crois par instant en \u00eatre terrifi\u00e9e, quoiqu&rsquo; enti\u00e8rement abandonn\u00e9e \u00e0 sa volont\u00e9 adorable. Je me blottis tout contre la Sainte Vierge, elle qui rend douce toute douleur.<\/p><p>Rien n&rsquo;est cependant capable de m&rsquo;\u00e9tonner sur les folies amoureuses de J\u00e9sus, sur ses inimitables tendresses. Donc, fiat\u2009! et plus d&rsquo;amour toujours, jusqu&rsquo;au complet parach\u00e8vement de ma mission de victime et de ma vocation d&rsquo;hostie&#8230; jusqu&rsquo;\u00e0 la consommation supr\u00eame. Dans une d\u00e9licate et d\u00e9bordante charit\u00e9, il avait tout pr\u00e9par\u00e9, tout conduit en secret, tout permis et diff\u00e9r\u00e9 en silence, afin d&rsquo;en retirer plus d&rsquo;honneur, plus de gloire pour lui, plus de confiance, plus d&rsquo;amour pour les \u00e2mes.<\/p><p>Oui, les mis\u00e9ricordes de Dieu surpassent toutes ses oeuvres, et c&rsquo;est avec les plus grandes mis\u00e8res humaines qu&rsquo;il op\u00e8re ses plus beaux chefs-d&rsquo;oeuvre d&rsquo;amour.<\/p><p>Quelle gr\u00e2ce incomparable le Seigneur m&rsquo;a faite de me faire voir sa volont\u00e9 en tout, et d&rsquo;une fa\u00e7on si simple.<\/p><p>\u00d4 vous tous, que j&rsquo;aime, laissez, laissez-moi pleurer en songeant \u00e0 tant d&rsquo;amour\u2009!<\/p><p>Que ne suis-je transform\u00e9e en ange adorateur, en br\u00fblant s\u00e9raphin\u2009! Que ne suis-je ap\u00f4tre ou missionnaire\u2009!<\/p><p>Que n&rsquo;ai-je assez de voix pour crier au monde que Dieu est Amour, et qu&rsquo;il faut aimer l&rsquo;Amour&#8230; Il faut aimer\u2009! Il le faut\u2009!<\/p><p>L&rsquo;Amour n&rsquo;est pas aim\u00e9\u2009! L&rsquo;Amour veut \u00eatre aim\u00e9\u2009!<\/p><p>Alors qu&rsquo;en mon \u00e2me si\u00e8ge un vivant incendie et que je re\u00e7ois sans cesse les embrasements du foyer ; alors qu&rsquo;en tout mon \u00eatre bouillonne un fleuve de vie dont la pouss\u00e9e d&rsquo;un courant toujours plus rapide y creuse des ab\u00eemes effrayants et enthousiasmants, souffrirais-je de rester une flamme sans chaleur, un brasier \u00e9teint, une eau dormante, une fleur sans beaut\u00e9 et sans parfum, une lumi\u00e8re trop faible pour \u00e9clairer\u2009?<\/p><p>Non, non\u2009! une petite victime d&rsquo;amour est faite pour rayonner, pour donner Dieu, dans toute la mesure o\u00f9 elle le poss\u00e8de, pour r\u00e9pandre dans les \u00e2mes, dans toutes les \u00e2mes, les gr\u00e2ces de lumi\u00e8re et d&rsquo;amour qui se d\u00e9versent en elle \u00e0 l&rsquo;infini.<\/p><p>Elle doit exhaler sans cesse des flots de vertus, des vapeurs d&rsquo;encens, des tr\u00e9sors du ciel, pour l&rsquo;\u00e9dification, le bien, le salut de tous.<\/p><p>Tout donner, se donner, c&rsquo;est \u00eatre profond\u00e9ment riche&#8230; Car on n&rsquo;est vraiment riche que de tout ce que l&rsquo;on donne. Mourir \u00e0 soi, mourir \u00e0 tout, c&rsquo;est se donner pour tous, c&rsquo;est se donner \u00e0 tous. Il faut perdre son \u00e2me pour la sauver.<\/p><p>Plus je vais, plus J\u00e9sus me fait voir que l&rsquo;amour de la souffrance, le martyre de l&rsquo;amour, est une gr\u00e2ce insondable, infinie, un plaidoyer universel. Mais l&rsquo;exp\u00e9rience est plus saisissante, plus convaincante que tout. Je ne puis y penser sans pleurer d&rsquo;amour, de reconnaissance&#8230; sans \u00eatre ravie d&rsquo;admiration, de bonheur.<\/p><p>J&rsquo;ai trop demand\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus de l&rsquo;aimer d&rsquo;un amour saintement passionn\u00e9, pour que co\u00fbte que co\u00fbte, \u00e0 travers tout, par-dessus tout et de toutes mani\u00e8res, il ne r\u00e9ponde pas \u00e0 mon immense d\u00e9sir, \u00e0 mon ardente pri\u00e8re.<\/p><p>Je me sens de plus en plus \u00e9perdue, ivre, noy\u00e9e d&rsquo;amour\u2009!<\/p><p>Et cependant que j&rsquo;aime, que je prie, que je pleure, que je souffre jusqu&rsquo;\u00e0 d\u00e9faillir et jusqu&rsquo;\u00e0 en mourir, il est encore vrai, h\u00e9las\u2009! que l&rsquo;Amour n&rsquo;est pas aim\u00e9&#8230; et l&rsquo;Amour veut \u00eatre aim\u00e9\u2009!&#8230;<\/p><p>Divin Mendiant de nos coeurs\u2009! \u00d4 c\u00e9leste assoiff\u00e9 d&rsquo;amour\u2009! accordez-moi cette faveur encore, de vous aimer pour toutes les \u00e2mes qui ne vous aiment pas, d&rsquo;\u00eatre votre joie pour toutes celles qui sont votre douleur, de m&rsquo;abandonner \u00e0 vos \u00e9treintes pour toutes celles qui s&rsquo;en \u00e9chappent, d&rsquo;\u00eatre livr\u00e9e tout enti\u00e8re \u00e0 votre bon plaisir pour toutes celles qui s&rsquo;y d\u00e9robent&#8230; d&rsquo;\u00eatre enfin une lumi\u00e8re, une aide, un secours\u2009, mais surtout un exemple pour toutes celles qui, par ignorance ou par faiblesse, s&rsquo;\u00e9garent et vous fuient.<\/p><p>Je mets toute ma confiance dans la Puissance divine, qui ne refuse rien \u00e0 ceux qui la sollicitent au nom de la mis\u00e9ricorde infinie envers les humbles et les petits.<\/p><p>\u00d4 mon Bien-aim\u00e9 m\u00e9connu\u2009! Faites en moi et de moi tout ce que vous voulez ; je suis pr\u00eate \u00e0 tous vos d\u00e9sirs d&rsquo;amour et donnez-moi, par Marie, votre M\u00e8re et ma M\u00e8re, la joie de souffrir de tout pour mieux vous faire jouir.<\/p><p>Tout par amour et dans l&rsquo;amour, en union \u00e0 Marie, ma M\u00e8re bien-aim\u00e9e\u2009! Seigneur, vous \u00eates tout ce que je veux, tout ce que j&rsquo;aime&#8230; vers vous soupire mon \u00e2me.<\/p><p>^ 23 avril 1932 (samedi)<\/p><p>Ascension. \u00ab\u2009Si vous m&rsquo;aimiez, vous vous r\u00e9jouiriez de ce que je vais au P\u00e8re\u2009!&#8230;\u2009\u00bb<\/p><p>Seigneur, nous vous aimons\u2009!&#8230; Doux Seigneur J\u00e9sus, nous vous b\u00e9nissons. Oui, mon Dieu, c&rsquo;est vous que nous aimons, et non pas nous en vous\u2009! Grande est notre joie en ce jour\u2009! Si grande qu&rsquo;en sont \u00e9touff\u00e9es les douleurs de la s\u00e9paration\u2009!<\/p><p>Notre joie est grande, parce que maintenant vous jouissez de la gloire infinie, assis \u00e0 la droite du P\u00e8re\u2009! Notre joie est grande, parce que la malice humaine ne peut rien contre vous\u2009: cette gloire intime est inalt\u00e9rable\u2009! C&rsquo;est pour toujours que Marie, votre sainte M\u00e8re, saint Joseph, le gardien et le protecteur de votre enfance, les anges et les bienheureux, chanteront l&rsquo;\u00e9ternel \u00ab\u2009Hosanna\u2009\u00bb.<\/p><p>Oui, soyez heureux, divin J\u00e9sus\u2009! Votre corps mystique continue votre Passion\u2009: c&rsquo;est assez pour nous de vous savoir heureux&#8230; infiniment heureux&#8230; \u00e0 l&rsquo;abri de la perversit\u00e9 de tant de vos cr\u00e9atures.<\/p><p>Le Seigneur est mont\u00e9 aux cieux au milieu des cris de joie. Il s&rsquo;est \u00e9lev\u00e9 dans les airs au milieu des applaudissements d&rsquo;une foule ahurie\u2009! Alleluia, alleluia\u2009!&#8230;<\/p><p>Oui, il est juste, il est bon qu&rsquo;avec vous et pour vous, je repasse par ce chemin de soupirs et de larmes o\u00f9 vous avez pass\u00e9 tout seul pour l&rsquo;amour de &lt;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &gt;. \u00d4 mon Bien-aim\u00e9, vous avez souffert pour moi et sans moi alors que, n&rsquo;existant pas encore, je\u2009n&rsquo;\u00e9tais pas capable de souffrir. Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est \u00e0 votre tour de n&rsquo;en \u00eatre point capable. Votre gloire si abondamment m\u00e9rit\u00e9e vous soustrait \u00e0 la souffrance. Souffrez donc en moi d\u00e9sormais, mon J\u00e9sus, puisque je suis votre victime, et que durant tout le temps de ma formation surnaturelle je demeure passible comme vous, \u00f4 mon chef divin, l&rsquo;avez \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la mort.<\/p><p>Nous nous r\u00e9jouissons donc, doux Seigneur J\u00e9sus, de votre ascension, parce que nous savons bien que l\u00e0-haut, pr\u00e8s de votre P\u00e8re, vous ne souffrirez plus\u2009; les hommes ne pourront plus vous crucifier\u2009!&#8230; Nous nous en r\u00e9jouissons pour vous.<\/p><p>Cependant, vous avez voulu que les bienfaits de votre glorieuse Ascension rejaillissent aussi sur nous. Vous nous en donnez la ferme et consolante assurance en vous adressant \u00e0 vos ap\u00f4tres et, par eux, \u00e0 toutes les \u00e2mes\u2009: \u00ab\u2009Si quelqu&rsquo;un m&rsquo;aime, dites-vous, mon P\u00e8re l&rsquo;aimera et nous viendrons \u00e0 lui, et nous ferons en lui notre demeure&#8230; Je prierai le P\u00e8re et il vous donnera un autre consolateur, l&rsquo;Esprit de V\u00e9rit\u00e9, qui habitera chez vous, et sera en vous.\u2009\u00bb Que de merveilles sous ces mots\u2009! Que d&rsquo;infinies profondeur et simplicit\u00e9\u2009!&#8230;<\/p><p>La gr\u00e2ce, l&rsquo;Eucharistie, la communion, l&rsquo;admission ineffable \u00e0 l&rsquo;\u00e9ternelle vie de la Trinit\u00e9&#8230; Voil\u00e0 ce que J\u00e9sus, en disparaissant, a l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 ses ap\u00f4tres ; \u00e0 ses ap\u00f4tres et \u00e0 tous ceux \u00ab\u2009qui par eux croiront en lui\u2009!&#8230;\u2009\u00bb \u00ab\u2009Il vous est bon que je m&rsquo;en aille.\u2009\u00bb<\/p><p>\u00d4 Seigneur\u2009!&#8230; vous savoir au ciel nous suffit, et vous voulez que nous nous r\u00e9jouissions encore des gr\u00e2ces du myst\u00e8re de ce jour\u2009?&#8230; Nous reconnaissons l\u00e0 une des preuves de votre in\u00e9puisable bont\u00e9 pour nous. Montrez-nous, \u00f4 Ma\u00eetre bien-aim\u00e9, quelques-unes de ces richesses surnaturelles que vous nous offrez en cette f\u00eate\u2009! Envoyez-nous votre divin Esprit, pour qu&rsquo;au contact de votre Parole, nos intelligences s&rsquo;illuminent, pour que nos coeurs s&rsquo;enflamment et tout notre \u00eatre se consume comme une torche vivante dans la pri\u00e8re et l&rsquo;immolation perp\u00e9tuelle, afin de racheter, par notre propre sanctification, les errements de l&rsquo;humanit\u00e9 p\u00e9cheresse, et de maintenir dans son sein un foyer d&rsquo;amour toujours embras\u00e9&#8230;<\/p><p>Par votre glorieuse Ascension, divin J\u00e9sus, fortifiez notre esp\u00e9rance\u2009! Toute mon esp\u00e9rance est en vous, \u00f4 J\u00e9sus\u2009!<\/p><p>Qui pourrait me s\u00e9parer de l&rsquo;amour du Christ, mon Sauveur\u2009?&#8230; Non, ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les puissances, ni le pr\u00e9sent, ni l&rsquo;avenir, ni la hauteur, ni l&rsquo;ab\u00eeme, ni aucune autre cr\u00e9ature ne pourra me s\u00e9parer de l&rsquo;amour de Dieu qui est dans le Christ J\u00e9sus Notre Seigneur\u2009!&#8230;<\/p><p>Votre glorieuse Ascension, \u00f4 doux J\u00e9sus, est aussi un pr\u00e9cieux stimulant pour notre charit\u00e9. Loin de nos yeux de chair, vous resterez cependant pr\u00e8s de nos coeurs si nous sommes fid\u00e8les \u00e0 la gr\u00e2ce. Vous nous arrachez en effet \u00e0 la terre pour porter notre attention, toute notre attention, vers le ciel, et vous captivez nos coeurs.<\/p><p>Votre Ascension, Seigneur J\u00e9sus, ne nous arrache pas seulement \u00e0 la terre pour nous placer dans le ciel\u2009: elle grandit aussi notre charit\u00e9.<\/p><p>Les faibles amours r\u00e9clament, il est vrai, pour vivre, la pr\u00e9sence de l&rsquo;objet aim\u00e9 ; sinon, m\u00eame sans \u00eatre retenus par les pr\u00e9occupations de la vie courante, ils finissent par dispara\u00eetre. Il en est autrement des fortes passions qui s&rsquo;affermissent dans la poursuite de l&rsquo;objet aim\u00e9. Apr\u00e8s une longue s\u00e9paration, certaines affections connaissent une intensit\u00e9 nouvelle.<\/p><p>Qui dira, \u00f4 mon Bien-aim\u00e9, les d\u00e9sirs embras\u00e9s d&rsquo;une \u00e2me follement \u00e9prise de vous, qui incessamment vous cherche, et dont la soif cro\u00eet sans cesse, \u00e0 plus vous semblez vous \u00e9loigner.<\/p><p>Sans doute, nous avons l&rsquo;Eucharistie qui nous permet de poss\u00e9der le Bien-aim\u00e9, mais que durent nos rencontres\u2009? Les enivrements d&rsquo;une vision sont fugitifs et si rares, et les heures d&rsquo;obscurit\u00e9 si nombreuses.<\/p><p>Apr\u00e8s chaque visite, vous me laissez avec une soif d\u00e9vorante de votre adorable pr\u00e9sence&#8230; et \u00e9cras\u00e9e de bonheur, je me rel\u00e8ve haletante, aspirant plus vivement encore \u00e0 l&rsquo;\u00e9ternelle union.<\/p><p>Quand donc apaiserez-vous ma soif br\u00fblante\u2009?&#8230; Quand donc ne fuirez-vous plus devant mon \u00e2me qui vous cherche et qui agonise loin de vous\u2009?&#8230;<\/p><p>\u00ab\u2009Je m&rsquo;\u00e9loigne, me r\u00e9pondez-vous, pour aviver ton d\u00e9sir de me poss\u00e9der, car plus ce d\u00e9sir sera grand, plus grandira ta capacit\u00e9 d&rsquo;aimer, et plus tu me poss\u00e9deras au ciel.<\/p><p>Je prends plaisir \u00e0 me d\u00e9rober aux \u00e2mes les plus ch\u00e8res, afin de les \u00e9prouver. Ainsi, je feins de t&rsquo;abandonner\u2009; mais ne t&rsquo;afflige pas, ce n&rsquo;est pas un ch\u00e2timent, c&rsquo;est une invention de ma tendresse pour te d\u00e9tacher enti\u00e8rement des cr\u00e9atures et pour t&rsquo;unir encore plus intimement \u00e0 moi.\u2009\u00bb<\/p><p>Que de gr\u00e2ces vous m&rsquo;offrez en cette f\u00eate de l&rsquo;Ascension, \u00f4\u2009mon Dieu\u2009! \u00d4 bon J\u00e9sus, merci\u2009! Merci de bien vouloir me donner l&rsquo;occasion d&rsquo;aviver ma foi, de me rappeler que les enivrements de la vision ne sont pas pour la terre.<\/p><p>Merci de me faire conna\u00eetre que je dois esp\u00e9rer avec confiance mon salut\u2009! Merci enfin, de m&rsquo;avoir arrach\u00e9e si amoureusement \u00e0 la terre pour que grandisse ma capacit\u00e9 d&rsquo;aimer, jusqu&rsquo;au jour sans couchant, o\u00f9 je ne vivrai plus que d&rsquo;amour dans la Trinit\u00e9.<\/p><p>Oui, J\u00e9sus, votre d\u00e9part \u00e9tait bien utile \u00e0 nos \u00e2mes.<\/p><p>Mais h\u00e9las\u2009! quelle est bien souvent notre attitude devant ces gr\u00e2ces si lib\u00e9ralement pr\u00e9sent\u00e9es\u2009? Est-ce que nous ne les avons pas laiss\u00e9 passer trop souvent, ces gr\u00e2ces de votre Ascension, \u00f4\u2009mon J\u00e9sus\u2009?&#8230;<\/p><p>Pensons-nous \u00e0 d\u00e9velopper notre foi\u2009? Au lieu d&rsquo;aspirer aux lumi\u00e8res extraordinaires, aimons-nous assez ces ombres qui rendent m\u00e9ritoires les conqu\u00eates patientes de notre intelligence\u2009?<\/p><p>Avons-nous pens\u00e9 que nous sommes d\u00e9j\u00e0 au ciel par l&rsquo;\u00e9tat de gr\u00e2ce et que nous pouvons esp\u00e9rer y aller un jour, puisque J\u00e9sus nous a pris avec lui, nous a assimil\u00e9s \u00e0 lui, et qu&rsquo;il interc\u00e8de en notre faveur aupr\u00e8s de son P\u00e8re, qui est aussi notre P\u00e8re\u2009?<\/p><p>Avons-nous compris que l&rsquo;intensit\u00e9 de la lumi\u00e8re de gloire sera proportionn\u00e9e \u00e0 la mesure de notre charit\u00e9 ici-bas, lorsque nous para\u00eetrons devant l&rsquo;adorable Trinit\u00e9\u2009?&#8230; Avons-nous enfin le permanent souci d&rsquo;agrandir notre capacit\u00e9 d&rsquo;aimer\u2009? H\u00e9las\u2009! que de d\u00e9faillances \u00e0 d\u00e9plorer probablement, \u00f4 mon aimable Sauveur&#8230; Pardon, Seigneur\u2009! Pardon pour moi et pour tous les hommes\u2009! Je compte sur votre infinie tendresse\u2009: votre Ascension sera aussi pour moi source de joie. Avec votre divin secours, les gr\u00e2ces nombreuses que j&rsquo;ai re\u00e7ues \u00e0 l&rsquo;occasion de cette f\u00eate ne passeront pas inaper\u00e7ues.<\/p><p>Oui, je compte sur votre divin secours\u2009: sans vous, je ne puis rien faire, et mes plus g\u00e9n\u00e9reuses r\u00e9solutions resteraient sans valeur et sans fruits, si elles n&rsquo;\u00e9taient f\u00e9cond\u00e9es par la gr\u00e2ce.<\/p><p>Donnez-moi, Seigneur, donnez-moi surtout un ardent amour, et la flamme n\u00e9cessaire pour remplir dignement ma sublime mission de porteuse de lumi\u00e8re et de chaleur. Que je sois sans cesse un petit brasier toujours ardent. Car si je m\u00e8ne une vie molle et languissante, votre glorieuse Ascension ne sera plus aussi salutaire \u00e0 mon \u00e2me et \u00e0 ma vie.<\/p><p>Votre \u00e9loignement apparent ne me permettra de d\u00e9velopper les vertus d\u00e9pos\u00e9es par vous dans mon \u00e2me, que si d\u00e9j\u00e0 une profonde et inalt\u00e9rable charit\u00e9 m&rsquo;anime tout enti\u00e8re\u2009; sinon, avec le temps, votre divine pr\u00e9sence, sans s&rsquo;effacer jamais, resterait cependant en quelque sorte inop\u00e9rante.<\/p><p>Donc, \u00f4 mon tr\u00e8s doux J\u00e9sus, si je ne dois plus conna\u00eetre ce feu intense qui consume sans br\u00fbler, qui d\u00e9vore sans d\u00e9truire&#8230; si je ne puis r\u00e9p\u00e9ter avec la conviction d&rsquo;un saint Paul\u2009: \u00ab\u2009Cupio dissolvi et esse cum Christo\u2009\u00bb, du moins avec toute la force de ma volont\u00e9, avec toute la ferveur de ma tendresse, \u00e9cras\u00e9e sous le poids de ma mis\u00e8re, de mon immense mis\u00e8re, et dans la vue des attraits qui sollicitent mon \u00e2me auxquels je ne puis renoncer, je vous demande de m&rsquo;arracher \u00e0 la vall\u00e9e de mon n\u00e9ant, et \u00e0 la vall\u00e9e plus profonde encore de mon p\u00e9ch\u00e9. Emportez-moi avec vous\u2009! J&rsquo;ai soif de vous, \u00f4 mon Dieu\u2009!&#8230; Venez&#8230; attirez-moi\u2009! A tout prix je veux vous suivre\u2009: en m\u00e9ritant, en me donnant, en aimant&#8230; A tout prix, je veux vous rejoindre, non pas pour \u00eatre plus heureuse \u2013 je le suis en vous\u2009\u2013 mais pour vous contempler, vous aimer et vous b\u00e9nir sans fin.<\/p><p>^ Ascension \u2013 5 mai 1932 (jeudi)<\/p><p>Je continue, selon les r\u00e9v\u00e9lations divines, \u00e0 n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;une plaie toujours saignante\u2009!<\/p><p>Mon \u00e2me, comme mon coeur et mon corps, tout en moi est incessamment broy\u00e9 par l&rsquo;Amour\u2009!&#8230; Ma maladie, comme ma vie, c&rsquo;est l&rsquo;amour\u2009! Je meurs \u00e0 chaque instant sous le poids d&rsquo;une douleur toujours plus vaste et plus profonde, plus dure \u00e0 supporter que la mort&#8230; Je meurs d&rsquo;aimer et je revis par l&rsquo;amour. Je me demande quelquefois si j&rsquo;aurais le courage de ne rien choisir si Dieu me laissait la libert\u00e9 de mourir\u2009?&#8230; Ce que je sais, c&rsquo;est que mon \u00e2me va plus que jamais en chantant, plus vite et plus joyeusement tous les jours, que J\u00e9sus me presse plus fort et plus que jamais, plus que les mois pr\u00e9c\u00e9dents, sur son divin Coeur, sur ses plaies sacr\u00e9es\u2009; qu&rsquo;il m&rsquo;associe davantage \u00e0 sa mortelle agonie, aux douleurs de sa passion, \u00e0 ses tourments sur la croix, m&rsquo;offrant avec lui en victime \u00e0 Dieu son P\u00e8re pour le salut des p\u00e9cheurs.<\/p><p>Tout le programme de ma vie consiste \u00e0 me tenir unie \u00e0 Marie ma M\u00e8re, sous la d\u00e9pendance du Ma\u00eetre int\u00e9rieur qui me dirige, \u00e0 me laisser envahir, d\u00e9vorer, consumer par Dieu, \u00e0 me pr\u00eater \u00e0 toutes ses volont\u00e9s, \u00e0 tous ses d\u00e9sirs. C&rsquo;est si facile et si doux, c&rsquo;est si simple aussi de ne plus aimer que ce que le Bon Dieu aime, de ne vouloir que ce qu&rsquo;il veut, de laisser sa main promener le fer et le feu dans mes chairs vivantes, tourner et retourner le glaive dans mon coeur, crucifier mon \u00e2me, \u00e9puiser ma vie, de n&rsquo;avoir plus qu&rsquo;une passion, qu&rsquo;un r\u00eave, qu&rsquo;un d\u00e9sir\u2009: la gloire de Dieu. Et je vois que plus je laisse le Christ imprimer en moi sa divine ressemblance, plus j&rsquo;ai de la joie plein le coeur le long du chemin, qui peut-\u00eatre ne sera plus tr\u00e8s long pour moi.<\/p><p>\u00d4 mon Dieu, Trinit\u00e9 que j&rsquo;adore, afin que ma vie soit de plus en plus, et plus que jamais, une perp\u00e9tuelle louange \u00e0 votre amour m\u00e9connu&#8230; une amende honorable et continuelle \u00e0 votre amour offens\u00e9&#8230; un joyeux holocauste \u00e0 votre amour outrag\u00e9, je me livre \u00e0 nouveau \u00e0 la douce violence de nos d\u00e9sirs, vous suppliant de me consumer sans cesse, de me d\u00e9vorer sans rel\u00e2che, laissant d\u00e9border en mon \u00e2me les flots de tendresses infinies qui sont renferm\u00e9s en vous, et qu&rsquo;ainsi je sois, plus abondamment chaque jour, inond\u00e9e des pures d\u00e9lices de votre ineffable charit\u00e9.<\/p><p>\u00d4 volont\u00e9 sainte, volont\u00e9 des coeurs tout donn\u00e9s \u00e0 Dieu, levier des corps et des \u00e2mes, je m&rsquo;abandonne \u00e0 vous.<\/p><p>^ 11 mai 1932 (mercredi)<\/p><p>Encore trois jours d&rsquo;attente, de d\u00e9sir et d&rsquo;amour. Je suis heureuse, je sais qu&rsquo;il va venir, mon J\u00e9sus, mon tr\u00e9sor et ma vie&#8230; ma joie et ma b\u00e9atitude. Et c&rsquo;est pour m&rsquo;aimer, pour m&rsquo;envelopper de son amour, pour me perdre, pour m&rsquo;ab\u00eemer en lui, comme une goutte d&rsquo;eau dans l&rsquo;oc\u00e9an, que mon Sauveur va descendre en moi&#8230; Il y a de quoi en mourir de joie.<\/p><p>\u00ab\u2009Oh\u2009! quel heureux instant lorsque, dans ta tendresse,<\/p><p>Tu viens, mon bien-aim\u00e9, me transformer en toi.<\/p><p>Cette union d&rsquo;amour, cette ineffable ivresse,<\/p><p>Voil\u00e0 mon ciel \u00e0 moi\u2009!\u2009\u00bb<\/p><p>Mon bonheur est en moi comme une puissance, une fa\u00e7on de me rapprocher, de m&rsquo;unir \u00e0 lui davantage, de mieux me donner. Ma joie profonde, mon grand amour nourrit ma tendresse, la fait plus intime, plus ardente, plus attentive encore.<\/p><p>Oh\u2009! ces jours d&rsquo;attente, ce sont de vrais jours de gr\u00e2ces\u2009!&#8230; Je comprends que Dieu n&rsquo;est jamais tant \u00e0 nous que lorsqu&rsquo;il semble nous priver de lui-m\u00eame&#8230; Il regarde notre \u00e2me avec encore plus de sollicitude et plus d&rsquo;amour\u2009!<\/p><p>J&rsquo;attends le jour de la communion, et mon amour grandit toujours. Je suis dans l&rsquo;amour, embras\u00e9e, inond\u00e9e d&rsquo;amour, sans plus de parole, pleine de mon d\u00e9sir. Dans ma joie d\u00e9lirante, j&rsquo;ai nomm\u00e9 le P\u00e8re, le Fils et le Saint-Esprit, priant l&rsquo;Esprit Saint de br\u00fbler mon coeur de pur amour, de saints d\u00e9sirs, et un doux feu traversait mon \u00eatre. Plusieurs fois, j&rsquo;ai senti passer sur mon coeur comme une \u00e9tincelle qui l&rsquo;enflammait subitement et en faisait jaillir des actes d&rsquo;amour tr\u00e8s fervents.<\/p><p>C&rsquo;est une vraie joie de me pr\u00e9parer \u00e0 recevoir J\u00e9sus dans tout cet amour qu&rsquo;il me donne. Et puisqu&rsquo;en venant \u00e0 moi, mon bien-aim\u00e9 m&rsquo;apporte ses gr\u00e2ces infiniment pr\u00e9cieuses, je r\u00e9pondrai \u00e0 ses bont\u00e9s par de vifs d\u00e9sirs de ses tr\u00e9sors et la confiance filiale de les obtenir, non seulement pour moi, mais pour toute l&rsquo;humanit\u00e9 d\u00e9chue.<\/p><p>\u00d4 Verbe, \u00f4 J\u00e9sus, \u00f4 mon Dieu\u2009! \u00f4 mon Cr\u00e9ateur, \u00f4 mon Sauveur et souverain Seigneur\u2009! Pour m&rsquo;unir \u00e0 votre puret\u00e9 infinie, purifiez mon \u00e2me, effacez mes fautes quotidiennes et inspirez m&rsquo;en la contrition et le profond regret de n&rsquo;avoir pas toujours compris vos avances divines, avec le d\u00e9sir sinc\u00e8re de r\u00e9parer par une vie plus sainte, plus parfaite. Pour m&rsquo;unir \u00e0 votre Vie et \u00e0 votre filiation divine, versez en moi une nouvelle effusion de gr\u00e2ces sanctifiantes, qui me rendent l&rsquo;enfant plus aimante du P\u00e8re, l&rsquo;ostensoir plus rayonnant du Christ, le temple plus digne de l&rsquo;Esprit Saint&#8230; l&rsquo;h\u00e9riti\u00e8re d&rsquo;un ciel plus magnifique. Aidez-moi \u00e0 vivre tous les jours dans la plus douce intimit\u00e9 de la Sainte Trinit\u00e9 qui habite en moi.<\/p><p>Pour m&rsquo;unir \u00e0 vos travaux, enrichissez-moi de ces gr\u00e2ces sacramentelles qui me pressent de communier \u00e0 vos pens\u00e9es, \u00e0 vos affections, \u00e0 vos vertus et aux divers \u00e9tats de votre vie souffrante et cach\u00e9e.<\/p><p>Pour m&rsquo;unir \u00e0 vous jusque dans ma chair, rendez-la encore plus chaste, plus pure, plus soumise \u00e0 l&rsquo;esprit, plus mortifi\u00e9e, et d\u00e9posez en elle des semences de r\u00e9surrection, des germes d&rsquo;immortalit\u00e9, des fruits d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9&#8230; un accroissement de vie, pour m&rsquo;acheminer, selon le mot de l&rsquo;ap\u00f4tre, \u00ab\u2009vers la perfection et la pl\u00e9nitude du Christ\u2009\u00bb et parce que ces effets b\u00e9nis, vous les produisez en moi, non seulement par la vertu du sacrement, mais aussi selon la mesure de mes dispositions.<\/p><p>Venez en moi, vous qui \u00eates ma Vie, mon Amour, ma Lumi\u00e8re et mon Tout\u2009! Venez resserrer les liens qui nous unissent \u00e0 Dieu\u2009!&#8230;Venez op\u00e9rer en moi un nouveau changement, une transformation nouvelle\u2009! Venez m&#8217;embraser de votre amour\u2009!&#8230; Donnez-moi votre amour, avec l&rsquo;esprit de pri\u00e8re, pour vous demander sans cesse et l&rsquo;amour et la pers\u00e9v\u00e9rance dans l&rsquo;amour.<\/p><p>\u00d4 Dilection \u00e9ternelle, vous qui seul \u00eates digne d&rsquo;amour, vous qui nous \u00e9levez au-dessus de tout ce qui est bas et nous ravissez souvent jusqu&rsquo;\u00e0 la vue de la Majest\u00e9 divine&#8230;<\/p><p>Venez en moi, \u00f4 vous que j&rsquo;aime&#8230; Tout ce que j&rsquo;avais, je l&rsquo;ai donn\u00e9 pour vous. Venez en moi faire votre demeure avec le P\u00e8re et le Saint-Esprit.<\/p><p>\u00d4 Dieu d&rsquo;Amour\u2009! ne d\u00e9laissez pas celle que vous voyez br\u00fbler de d\u00e9sirs et qui soupire apr\u00e8s vos embrassements ineffables. Accordez-moi de vous aimer, de trouver en vous mon repos et le rassasiement de ma soif\u2009; et qu&rsquo;enfin il me soit donn\u00e9 de vous voir un jour face \u00e0 face dans votre Royaume de gloire.<\/p><p>Donnez-moi \u00e0 boire, car j&rsquo;ai soif de cette vie d&rsquo;en-haut que vous \u00eates venu apporter aux \u00e2mes, et qui peut seule apaiser mes d\u00e9sirs infinis.<\/p><p>^ 14 mai 1932 (samedi)<\/p><p>Sainte communion. \u00d4 prodige de la toute-puissante et splendide charit\u00e9 de Dieu, qui dans les d\u00e9lices de l&rsquo;union eucharistique s&rsquo;est si amoureusement empar\u00e9e de sa pauvre petite chose pour l&#8217;emporter sur les sommets de la vie divine, face \u00e0 face \u00e0 la V\u00e9rit\u00e9, au sein m\u00eame de la divinit\u00e9 dans laquelle elle voit au fond de l&rsquo;\u00e9ternel Amour (autant que la chose est possible en ce monde) l&rsquo;Etre en sa supr\u00eame majest\u00e9, la Vie en ses d\u00e9bordements, la Lumi\u00e8re en son flamboiement, l&rsquo;Amour en son pur foyer. Dieu en sa divine essence&#8230; Mais comment expliquer ce myst\u00e8re\u2009?&#8230;<\/p><p>Je ne comprends pas comment cela a pu se faire, mais j&rsquo;ai vu\u2009: je suis s\u00fbre de la v\u00e9rit\u00e9 du miracle.<\/p><p>\u00d4 grand Dieu\u2009! Beaut\u00e9 vivante\u2009! Perfection admirable\u2009! \u00d4 ma vie et mon cantique de tous les jours\u2009! \u00d4 ma joie et ma b\u00e9atitude\u2009! Mais comment exprimer avec la plume, peindre avec des couleurs terrestres et des mots humains cette connaissance de Dieu\u2009? Comment dire ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9merveillement et l&rsquo;\u00e9blouissement de cette P\u00e2que sans ombre\u2009?&#8230; Comment bien parler de Dieu\u2009? Il est, disons-nous&#8230; Mais qu&rsquo;est-il\u2009? Il n&rsquo;est pas l&rsquo;inconnaissable, mais il demeure l&rsquo;incompr\u00e9hensible, et donc l&rsquo;ineffable. Quand nous essayons de le d\u00e9finir, nos termes sont si loin de la r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;ils ressemblent plut\u00f4t \u00e0 des blasph\u00e8mes. O\u2008myst\u00e8re des myst\u00e8res\u2009! Il m&rsquo;aveugle, il me noie.<\/p><p>J&rsquo;ai de plus en plus le d\u00e9go\u00fbt des \u00e9critures. R\u00e9v\u00e9ler les faveurs c\u00e9lestes, faire conna\u00eetre les gr\u00e2ces de plus en plus nombreuses que me fait notre grand Dieu d&rsquo;amour m&rsquo;est la plus douloureuse \u00e9preuve.<\/p><p>Mes impressions, mon amour, ne sont plus de ce monde&#8230; je ne sais que J\u00e9sus, je ne veux savoir que J\u00e9sus\u2009! Tout mon id\u00e9al de perfection, tous mes r\u00eaves d&rsquo;avenir, c&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre identifi\u00e9e au sacrifice de J\u00e9sus R\u00e9dempteur et stigmatis\u00e9e de son amour, mais d&rsquo;une fa\u00e7on tout int\u00e9rieure, comme Marie la Vierge Martyre, et connue de lui seul. J&rsquo;aime tant cette voie toute faite de souffrances et d&rsquo;amour et cette vie \u00ab\u2009toute cach\u00e9e en Dieu avec le Christ\u2009\u00bb, trouvant en ma M\u00e8re bien-aim\u00e9e, comme en J\u00e9sus, l&rsquo;exemple le plus parfait, en m\u00eame temps que le plus imitable. Pourtant, je dois tout faire conna\u00eetre au p\u00e8re de mon \u00e2me ; du reste, je sais qu&rsquo;il le veut.<\/p><p>Plusieurs fois apr\u00e8s la communion, mais une surtout, alors que tout enti\u00e8re effondr\u00e9e, an\u00e9antie dans l&rsquo;amour et l&rsquo;unit\u00e9 divine, et disant dans mon \u00e2me\u2009: \u00ab\u2009\u00d4 mon Dieu, \u00f4 mon Roi, mon Epoux et mon P\u00e8re\u2009! \u00f4 mon grand et unique Amour\u2009! tu es en moi, je suis en toi, je vis dans ta pl\u00e9nitude, je chante dans ton harmonie, je br\u00fble dans ta pure flamme, je me baigne dans ta clart\u00e9\u2009! Je te contemple, je t&rsquo;admire, je te chante, je te poss\u00e8de, et je suis tienne aussi\u2009!\u2009\u00bb Comme si ma pri\u00e8re avait eu l&rsquo;effet du miracle, je me trouvais \u00e0 nouveau vivement, puissamment saisie, entra\u00een\u00e9e, il me semblait, \u00e2me et corps, j&rsquo;avais conscience tr\u00e8s haut, en Dieu\u2009; tandis que mon \u00e2me \u00e9tait attir\u00e9e vers une lumi\u00e8re, laquelle se changeait en rayonnement de feu \u00e0 mesure qu&#8217;emport\u00e9e par l&rsquo;extase, j&rsquo;\u00e9tais plong\u00e9e plus avant dans la fournaise et dans l&rsquo;Amour, immerg\u00e9e dans l&rsquo;Oc\u00e9an sans rivage.<\/p><p>Impossible de ne pas avancer sous la myst\u00e9rieuse et si captivante domination du Dieu trois fois saint qui m&#8217;emportait en lui. Dans l&rsquo;\u00e9motion que j&rsquo;\u00e9tais proche de quelque chose de tr\u00e8s grand, d&rsquo;une extraordinaire d\u00e9monstration d&rsquo;amour, comme me l&rsquo;avait manifest\u00e9 le Seigneur et \u00e0 laquelle il me pr\u00e9parait depuis quelque temps, et qui consistait au renouvellement d&rsquo;une mystique alliance avec mon \u00e2me, j&rsquo;\u00e9prouvais \u00e0 cette minute adorable comme un \u00e9moi, un tremblement myst\u00e9rieux plein d&rsquo;une ineffable douceur. A cet instant, je fus invit\u00e9e par le Seigneur \u00e0 m&rsquo;approcher du tr\u00f4ne de son infinie majest\u00e9, sur lequel il avait pris place, resplendissant d&rsquo;une beaut\u00e9 insoutenable.\u00a0 Forte aussi des pieux encouragements de mon p\u00e8re spirituel, qui me commande de m&rsquo;abandonner compl\u00e8tement et en toute simplicit\u00e9 \u00e0 tous les vouloirs de Dieu sur mon \u00e2me, m\u00eame lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de ph\u00e9nom\u00e8nes surnaturels extraordinaires, je me jetais \u00e9perdument dans les bras que me tendait avec un visible amour notre divin Sauveur, avec un cri de joyeuse all\u00e9gresse\u2009: \u00ab\u2009Oh\u2009! je ne m&rsquo;en irai plus, j&rsquo;ai trouv\u00e9 l&rsquo;Amour&#8230; j&rsquo;ai trouv\u00e9 mon Centre\u2009!&#8230;\u2009\u00bb Moment solennel et si ineffablement divin o\u00f9 J\u00e9sus, mon c\u00e9leste Epoux, assist\u00e9 de la Bienheureuse Vierge Marie, belle elle aussi d&rsquo;une beaut\u00e9 qui ferme les l\u00e8vres, environn\u00e9s d&rsquo;une merveilleuse couronne d&rsquo;anges et de saints, m&rsquo;appellent \u00e0 une nouvelle et mystique alliance\u2009; ou plut\u00f4t au renouvellement de nos noces spirituelles.<\/p><p>Elles ont lieu cette fois sur le Coeur m\u00eame de l&rsquo;Epoux divin, qui rayonne de joie. Apr\u00e8s quoi, levant la main, il me b\u00e9nit en disant\u2009: \u00ab\u2009Je te confirme pour mon \u00e9pouse bien-aim\u00e9e et ma cor\u00e9demptrice dans l&rsquo;oeuvre du salut&#8230;\u2009\u00bb Et me penchant sur lui, il m&rsquo;\u00e9treignit doucement, longuement dans ses bras, me fondant de bonheur, pendant que les c\u00e9lestes milices faisaient entendre des chants et des hymnes de louanges \u00e0 la gloire de notre Dieu bien-aim\u00e9 qui, en ce grand jour d&rsquo;amour, daignait faire son \u00e9pouse de sa pauvre petite cr\u00e9ature, en l&rsquo;associant \u00e0 son bonheur comme \u00e0 sa Croix.<\/p><p>Mais je ne pensais m\u00eame pas \u00e0 les \u00e9couter&#8230; Je ne voyais ni n&rsquo;entendais plus que J\u00e9sus, mon divin et royal Epoux, que je buvais des yeux, m&#8217;emplissant de lui avec une capacit\u00e9, une ardeur qui grandissaient \u00e0 mesure qu&rsquo;elles \u00e9taient rassasi\u00e9es.<\/p><p>L&rsquo;union fut telle que, dans un \u00e9lan d&rsquo;ivresse, J\u00e9sus pronon\u00e7a avec une tendresse ineffable\u2009: \u00ab\u2009Je t&rsquo;ai transform\u00e9e en moi, tu es devenue moi-m\u00eame. Tu seras moi, maintenant, dans la douleur et l&rsquo;amour, et je veux qu&rsquo;en toutes tes agonies, tu chantes d&rsquo;all\u00e9gresse.\u2009\u00bb<\/p><p>Il dit encore\u2009: \u00ab\u2009Tout ce qui est \u00e0 moi est \u00e0 toi d\u00e9sormais, toutes mes richesses sont tiennes, ainsi que mes m\u00e9rites infinis dont tu peux disposer \u00e0 loisir pour toi et pour tous les hommes, mais surtout pour mes pr\u00eatres. Souffre pour eux\u2009!&#8230; Les tourments de ma Passion qui, par mon vouloir, sont de plus en plus la nature et la substance de ta vie, plaideront en ta faveur et en faveur d&rsquo;un tr\u00e8s grand nombre\u2009; mais avant tout en faveur de mes bien-aim\u00e9s pr\u00eatres. Tes souffrances seront pour toi, comme pour eux et pour beaucoup d&rsquo;autres que je veux, source de pardon et de gr\u00e2ces, et leur vaudront mes plus abondantes b\u00e9n\u00e9dictions. Mes pr\u00eatres, mes pr\u00eatres que j&rsquo;aime tant\u2009!&#8230; J&rsquo;attends tes pri\u00e8res, j&rsquo;attends tes souffrances, j&rsquo;attends que tu m&rsquo;aimes pour leur prodiguer mes bienfaits.\u2009\u00bb<\/p><p>Dans une \u00e9treinte plus intime, il reprit\u2009: \u00ab\u2009Je t&rsquo;ai combl\u00e9e de tr\u00e9sors au profit de l&rsquo;univers et je veux que tu sois \u00e0 chaque instant l&rsquo;invisible dispensatrice de mes gr\u00e2ces. L&rsquo;immolation doit \u00eatre continuelle, elle doit \u00eatre compl\u00e8te. Ne gaspille point des instants si pr\u00e9cieux qui peuvent op\u00e9rer de si grandes choses pour les \u00e2mes. Tu peux beaucoup par la pri\u00e8re et la souffrance&#8230; Tu peux tout sur moi par l&rsquo;amour.\u2009\u00bb Et dans son amoureuse passion, il me fit comprendre qu&rsquo;il \u00e9tait d\u00e9vor\u00e9 du d\u00e9sir de me communiquer tous les embrasements de son amour. Au m\u00eame instant, j&rsquo;eus la sensation tr\u00e8s vive d&rsquo;un feu qui coulait en moi et m&rsquo;envahissait tout enti\u00e8re, en sorte que je br\u00fblais comme une fournaise. Le coeur, le corps, tout avait pris feu, j&rsquo;\u00e9tais un vivant brasier. J&rsquo;allais, r\u00e9p\u00e9tant\u2009: J\u00e9sus, j&rsquo;agonise\u2009! Votre amour, il me br\u00fble, il me consume. Non, non J\u00e9sus, ne m&rsquo;ordonnez plus de vous aimer\u2009! Non, non, je ne vous demanderai plus d&rsquo;amour, car je n&rsquo;en puis supporter davantage. Ne me consumez plus\u2009; je suis \u00e0 bout de forces. O\u2008Dieu, mon Dieu, mon Amour\u2009! Ce peut-il \u00e2me plus aim\u00e9e\u2009?&#8230; doit-il y avoir pour vous \u00e2me plus aimante\u2009?&#8230;<\/p><p>Oh\u2009! doux bonheur, bonheur infini\u2009! Je vais enfin pouvoir r\u00e9aliser mon plus cher d\u00e9sir\u2009: mon d\u00e9sir d&rsquo;aimer et de faire aimer l&rsquo;Amour\u2009! Je vais pouvoir aimer et faire aimer Dieu comme je l&rsquo;aime, puisque ma mission est de montrer au monde que Dieu nous a aim\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 la folie, jusqu&rsquo;au martyre et dans l&rsquo;immolation la plus compl\u00e8te, en compl\u00e9tant en moi sa Passion r\u00e9demptrice pour son Corps qui est l&rsquo;Eglise. Non qu&rsquo;il n&rsquo;ait abondamment satisfait \u00e0 la divine Justice et sold\u00e9 largement toute la dette humaine contract\u00e9e par la chute originelle, comme par les crimes personnels perp\u00e9tr\u00e9s au cours des si\u00e8cles, et par le sacrifice de la messe, renouvellement de celui du Calvaire, o\u00f9 il ne cesse d&rsquo;appliquer au monde les m\u00e9rites infinis de son sang et de sa mort\u2009; mais afin d&rsquo;obtenir pour tous les hommes la gr\u00e2ce d&rsquo;aimer en retour ce Dieu vivant et \u00e9ternel qui nous aima plus que tout.<\/p><p>Que ne suis-je ap\u00f4tre ou missionnaire\u2009! J&rsquo;irais, la croix en main, le Credo aux l\u00e8vres, me jeter \u00e0 la t\u00eate des arm\u00e9es chr\u00e9tiennes, pour le r\u00e8gne du Christ, pour la gloire de son Nom, pour l&rsquo;honneur de sa Passion, pour la confirmation de la foi.<\/p><p>Que ne puis-je m&rsquo;\u00e9lancer au-devant des foules, appeler les p\u00e9cheurs, les h\u00e9r\u00e9tiques, les infid\u00e8les et les inviter \u00e0 l&rsquo;amour\u2009! Que ne suis-je en m\u00eame temps dans les glaces du p\u00f4le et sous les feux des tropiques\u2009; et \u00e0 force de souffrances, de d\u00e9vouement, de sacrifices et d&rsquo;amour, convertir toutes ces pauvres cr\u00e9atures et les donner \u00e0 Dieu\u2009!<\/p><p>Ah\u2009! Seigneur\u2009! si je pouvais persuader une seule \u00e2me de vous servir par amour&#8230; des milliers d&rsquo;ann\u00e9es pass\u00e9es dans la p\u00e9nitence ne me sembleraient pas acheter trop cher le bonheur de vous donner cette consolation.<\/p><p>Je voudrais parcourir toute la terre, pr\u00eacher le saint Nom de Dieu et propager son r\u00e8gne en enseignant l&rsquo;Evangile. Je voudrais aller planter jusque dans les \u00eeles les plus recul\u00e9es de la terre, l\u00e0 o\u00f9 personne n&rsquo;est encore all\u00e9, la croix glorieuse de J\u00e9sus Christ. Je voudrais \u00eatre partout \u00e0 la fois et jusqu&rsquo;\u00e0 la fin des si\u00e8cles, pour dire et redire au monde combien le Seigneur est doux, combien il\u2009aime les hommes et se montre pour tous tendre et compatissant. A tous, je voudrais leur dire\u2009: Aimez le Seigneur, aimez J\u00e9sus. Aimez-le d&rsquo;un amour de dilection et aimez-le avec ses souffrances,\u00a0 aimez-le d&rsquo;une tendre affection, aimez-le par son divin Coeur, aimez-le avec cet amour dont il vous aime lui-m\u00eame. Aimez ce Verbe divin qui est venu pour nous en ce monde, pour aimer et sauver tous les hommes. Il nous a donn\u00e9 l&rsquo;exemple avant de nous instruire. Il est entr\u00e9 le premier dans la voie o\u00f9 il nous appelle. Ma\u00eetre de nos destin\u00e9es, il pouvait rendre tr\u00e8s p\u00e9nible cette voie qui m\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;Amour. Il s&rsquo;est plu, au contraire, \u00e0 l&rsquo;adoucir de toute sa supr\u00eame tendresse, afin que nous ne puissions all\u00e9guer pour excuse notre impuissance et notre faiblesse. Il a enfin rendu son amour si facile que nous ne pouvons sans ingratitude lui refuser le n\u00f4tre&#8230; Etait-ce possible qu&rsquo;il nous aim\u00e2t davantage\u2009?<\/p><p>Je sens en moi des d\u00e9sirs infinis\u2009! Je voudrais \u00eatre pauvre comme saint Fran\u00e7ois, pure comme saint Louis de Gonzague, martyre comme saint Laurent ; je voudrais me mortifier comme les grands p\u00e9nitents, \u00eatre ap\u00f4tre comme saint Paul, aimer comme la petite soeur Th\u00e9r\u00e8se et saint Jean&#8230; Je voudrais bien plus encore\u2009! Mais tous ces d\u00e9sirs, et bien d&rsquo;autres, sont satisfaits en Dieu seul en qui je me perds, avec Marie, ma M\u00e8re bien-aim\u00e9e.<\/p><p>Oui, je ne puis que le redire encore\u2009: sa vie est bien celle que je veux suivre pour vivre toujours plus pleinement J\u00e9sus, et J\u00e9sus crucifi\u00e9\u2009; pour \u00eatre une image des perfections divines. En demeurant unie \u00e0 Marie, Reine des martyrs, Reine des anges, des vierges et des ap\u00f4tres, je puis donner \u00e0 Dieu tout ce qu&rsquo;il demande des \u00e2mes, tout ce qu&rsquo;il attend des ap\u00f4tres, tout ce que j&rsquo;envie dans les saints&#8230; je n&rsquo;ai plus rien \u00e0 leur envier.<\/p><p>\u00ab\u2009Je suis venu apporter le feu sur la terre et quel est mon d\u00e9sir, sinon qu&rsquo;il s&rsquo;allume\u2009!\u2009\u00bb<\/p><p>Oh\u2009! pourquoi sommes-nous si secs et si froids\u2009? Pourquoi sommes-nous si peu \u00ab\u00a0enflammables\u00a0\u00bb\u2009? Quand donc aimerons-nous Dieu pour lui-m\u00eame\u2009? Quand donc ses divines perfections seront-elles la douce occupation de nos oraisons, sa divine et infinie bont\u00e9, le sentiment habituel de notre affection?&#8230; Quand donc l&rsquo;aimerons-nous et nous aimerons-nous comme il nous aime\u2009?&#8230;<\/p><p>Ah\u2009! mon Dieu, que tous les hommes s&rsquo;aiment dans votre amour, et la paix r\u00e9gnera partout\u2009!&#8230; L&rsquo;unit\u00e9 des esprits dans la v\u00e9rit\u00e9 et l&rsquo;union des coeurs dans la charit\u00e9, voil\u00e0 mon r\u00eave\u2009!<\/p><p>Etendre sur la terre le r\u00e8gne de la v\u00e9rit\u00e9 et de l&rsquo;amour, voil\u00e0, il\u2009me semble, ma mission&#8230; Je l&rsquo;ai dit d\u00e9j\u00e0 bien des fois, je crois, mais je ne puis m&#8217;emp\u00eacher de le r\u00e9p\u00e9ter encore\u2009: je voudrais ne laisser comme trace de mon passage ici-bas qu&rsquo;une tra\u00een\u00e9e lumineuse de v\u00e9rit\u00e9 et un grand incendie d&rsquo;amour divin.<\/p><p>Je voudrais que tous les hommes, de tous les pays, s&rsquo;aiment les uns les autres comme je les aime\u2009!<\/p><p>Mon Dieu, je veux votre amour, je veux votre r\u00e8gne, je veux votre gloire&#8230; je veux le bien et le bonheur de tous&#8230; je veux le salut des \u00e2mes. Je voudrais vous gagner le monde entier.<\/p><p>Ah\u2009! si toutes les \u00e2mes se livraient enti\u00e8rement \u00e0 l&rsquo;Amour, comme elles seraient bient\u00f4t chang\u00e9es et transform\u00e9es\u2009!&#8230;<\/p><p>^ 23 mai 1932 (lundi)<\/p><p>Tous ces jours, une flamme me br\u00fblait au coeur. La douleur \u00e9tait si violente, par moments, qu&rsquo;elle m&rsquo;arrachait des cris, et pour n&rsquo;\u00eatre pas entendue, ou plut\u00f4t pour \u00eatre moins entendue, je demandais qu&rsquo;on me laiss\u00e2t seule o\u00f9, tout embras\u00e9e, je r\u00e9p\u00e9tais\u2009: \u00ab\u2009\u00d4 Amour\u2009! Amour\u2009! Amour\u2009!\u2009\u00bb Ne sachant ni ne pouvant dire autre chose&#8230;<\/p><p>Dans cette fournaise, l&rsquo;humanit\u00e9 se d\u00e9sesp\u00e9rait. Je m&rsquo;\u00e9lan\u00e7ais, puis je retombais comme \u00e9vanouie&#8230;<\/p><p>Le soir, l&rsquo;incendie se ralluma avec encore plus d&rsquo;ardeur, je croyais m\u00eame voir tout le monde en feu tant le foyer \u00e9tait ardent. Et l&rsquo;incendie d\u00e9vorait mes entrailles, mes membres, mes moelles. Au milieu de ces flammes, tout mon \u00eatre implorait la mort, mais l&rsquo;amour m&rsquo;\u00f4tait jusqu&rsquo;au souffle. Je voulais sortir de l&rsquo;incendie, mais l&rsquo;incendie plus \u00e9troitement m&rsquo;enveloppait. Seule mon \u00e2me \u00e9tait satisfaite&#8230; Soudain, l&rsquo;amour me ranima pour me conduire au Calvaire.<\/p><p>^ 12 juin 1932 (dimanche)<\/p><p>Il bat fort, il bat bien fort mon pauvre coeur\u2009\u2009; tellement fort qu&rsquo;il para\u00eet vouloir sortir de la poitrine. Il est trop faible pour r\u00e9sister \u00e0 tant d&rsquo;ardeurs, \u00e0 tant d&rsquo;amour.<\/p><p>Il m&rsquo;ennuie beaucoup, en me contraignant sans cesse \u00e0 fermer la bouche. Tout mon corps tremble.<\/p><p>A certains moments, il est tant oppress\u00e9 qu&rsquo;il semble vouloir sortir de la poitrine&#8230; et dire que je ne puis m\u00eame pas le comprimer de la main. Ah\u2009! que n&rsquo;ai-je quelqu&rsquo;un aupr\u00e8s de moi capable de m&rsquo;aider \u00e0 temp\u00e9rer les ardeurs et les flammes dont mon coeur est perp\u00e9tuellement agit\u00e9\u2009!<\/p><p>Mais, pourquoi m&rsquo;\u00e9tonner\u2009? J\u00e9sus est si grand et mon coeur si petit\u2009! J\u00e9sus ne tient pas dans un si petit coeur\u2009; il veut s&rsquo;y faire place et le coeur, le pauvre coeur s&rsquo;agite. Que vais-je devenir si J\u00e9sus n&rsquo;y veille\u2009? Oh\u2009! qu&rsquo;il se dilate ce pauvre coeur, qu&rsquo;il se dilate sans mesure, pour que J\u00e9sus, le bien-aim\u00e9, y vive tout \u00e0 son aise.<\/p><p>^ 19 juin 1932 (dimanche)<\/p><p>P\u00e8re, j&rsquo;ai eu ce matin un moment de beaut\u00e9, d&rsquo;amour, comme jamais encore. Je sentais mon \u00e2me s&rsquo;ouvrir en Dieu comme une fleur. Il me semble que, par l&rsquo;intelligence, je la voyais. L&rsquo;int\u00e9rieur de mon \u00eatre se d\u00e9veloppait comme un vase, ou plut\u00f4t en une corolle immense\u2009; et la ros\u00e9e du ciel, l&rsquo;amour me p\u00e9n\u00e9trait jusqu&rsquo;aux os&#8230; Je ne peux pas dire, mais je pleurais de joie. Cet amour est au-dessus des paroles maintenant, mais alors, que de tendresse et d&rsquo;amour exprim\u00e9s et \u00e9chang\u00e9s dans la douceur et l&rsquo;intimit\u00e9 de l&rsquo;union\u2009! Quelle action de gr\u00e2ce ensuite\u2009! Quelle ferveur\u2009! Mon \u00e2me s&rsquo;exhale comme un parfum.<\/p><p>^ 27 juin 1932 (lundi)<\/p><p>Une fois encore, la Trinit\u00e9 a daign\u00e9 visiter mon \u00e2me\u2009! &#8230; Mon \u00e2me est assez grande pour contenir l&rsquo;Infini\u2009!&#8230; Quel myst\u00e8re\u2009! Quel indicible ab\u00eeme\u2009!&#8230; Il me semble voir les trois augustes Personnes dans une lumi\u00e8re immense, unies en une seule essence\u2009: Trinit\u00e9 dans l&rsquo;unit\u00e9, unit\u00e9 dans la Trinit\u00e9. Et comme unique est l&rsquo;essence de cette Trinit\u00e9, unique aussi est sa bont\u00e9, unique sa b\u00e9atitude.<\/p><p>\u00d4 P\u00e8re\u2009! \u00d4 Verbe\u2009! \u00d4 Saint-Esprit\u2009!&#8230; \u00d4 merveilleuse Unit\u00e9\u2009!&#8230;<\/p><p>P\u00e8re, p\u00e8re, ma vie est un bonheur, elle n&rsquo;est pas seulement sacrifices, souffrances, immolation, intarissables douleurs\u2009; mais joie, joie immense et profondes ivresses d&rsquo;amour. Et Dieu est pour moi un P\u00e8re infiniment trop bon, trop doux. Et J\u00e9sus, allez-vous dire\u2009? \u00d4 J\u00e9sus\u2009!&#8230; c&rsquo;est l&rsquo;union la plus d\u00e9licieuse, la plus merveilleuse aussi, dans une communion intime et constante \u00e0 tout son martyre.<\/p><p>Plusieurs fois cependant, cette nuit, j&rsquo;ai pri\u00e9 la Vierge Reine des martyrs de me donner J\u00e9sus davantage, de m&rsquo;unir plus pleinement sur la croix\u2009!<\/p><p>^ 7 juillet 1932 (jeudi)<\/p><p>Dieu est \u00e0 moi, il est en moi et je suis toute \u00e0 lui\u20091. Il est tout en moi et pour moi. J\u00e9sus est avec moi et tout mien. Je suis seule avec lui seul. Seule \u00e0 le b\u00e9nir, \u00e0 l&rsquo;adorer, \u00e0 l&rsquo;aimer\u2009!&#8230;<\/p><p>Je n&rsquo;attends plus maintenant que la gr\u00e2ce d&rsquo;une totale transformation en lui, et je me consume du d\u00e9sir de m&rsquo;ab\u00eemer dans l&rsquo;Oc\u00e9an sans fin du divin amour.<\/p><p>Il est l\u00e0 tout entier dans le petit sanctuaire de mon coeur, o\u00f9 il voile sa majest\u00e9. Nous sommes seuls et mon coeur palpite continuellement \u00e0 l&rsquo;unisson du sien. Le Coeur de J\u00e9sus et le mien sont une m\u00eame chose.<\/p><p>Je ne passe pas une minute sans sentir sa pr\u00e9sence, et il se manifeste d&rsquo;une mani\u00e8re toujours plus aimable, et plus parfaite.<\/p><p>^ 16 juillet 1932 (samedi)<\/p><p>J&rsquo;ai communi\u00e9 aujourd&rsquo;hui au Nom b\u00e9ni et saint du P\u00e8re, du Fils et du Saint-Esprit\u2009!&#8230; r\u00e9p\u00e9tant tout bas la formule aim\u00e9e\u2009: que la tr\u00e8s juste, tr\u00e8s sainte et tr\u00e8s auguste Trinit\u00e9 me p\u00e9n\u00e8tre et m&rsquo;absorbe pleinement dans son amour\u2009!&#8230; Et j&rsquo;\u00e9tais dans l&rsquo;amour, inond\u00e9e du pur amour, perdue, fondue en lui. Pleine de respect, je nommais le P\u00e8re, le Fils et le Saint-Esprit demandant que chaque minute m&#8217;emporte plus loin, plus avant dans la profondeur de ce grand myst\u00e8re, et un doux feu traversait mon \u00e2me.<\/p><p>\u00d4 bienheureuse et b\u00e9atifiante Trinit\u00e9\u2009! Vous \u00eates l&rsquo;\u00e9ternel foyer de la lumi\u00e8re et de l&rsquo;amour dont l&rsquo;ardeur ne s&rsquo;\u00e9teint jamais. Vous \u00eates le feu consumant dont la flamme s&rsquo;\u00e9tend de partout. Vous \u00eates la lumi\u00e8re au-dessus de toute lumi\u00e8re, le bien supr\u00eame et infini, la beaut\u00e9 qui surpasse toute beaut\u00e9. Vous \u00eates la paix et le repos des \u00e2mes\u2009!&#8230; Vous \u00eates l&rsquo;Amour.<\/p><p>Communier \u00e0 la Trinit\u00e9\u2009! quel honneur\u2009! quel bonheur\u2009! quelle ivresse\u2009! quel id\u00e9al de puret\u00e9\u2009! quel programme de vie\u2009! quel doux et ravissant myst\u00e8re\u2009!<\/p><p>Passer sur la terre humble et silencieuse comme la Vierge, crucifi\u00e9e avec le Christ, clo\u00eetr\u00e9e dans la Trinit\u00e9, en m\u00e9prisant le plaisir qui passe\u2009; n&rsquo;avoir dans son \u00e2me et dans son coeur qu&rsquo;un seul d\u00e9sir, qu&rsquo;une pens\u00e9e, qu&rsquo;une ambition\u2009: celle de fixer sa vie au-dessus de tout ce qui passe&#8230; plus haut que ce qui meurt\u2009: dans l&rsquo;\u00e9ternel Amour.<\/p><p>Se garder toujours pure et toujours immacul\u00e9e dans l&rsquo;amour, comme une vierge \u00e9pouse du Christ, pour m\u00e9riter la rassasiante vision de Dieu, Trinit\u00e9 adorable, Beaut\u00e9 immacul\u00e9e, Ab\u00eeme de puret\u00e9.<\/p><p>Pr\u00e8s de l&rsquo;immensit\u00e9 symbolisant l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, qu&rsquo;il fait bon d\u00e9poser sa d\u00e9pouille mortelle pour s&rsquo;immerger dans la divinit\u00e9 comme dans un oc\u00e9an sans rivage. Cet abandon qui fait de la volont\u00e9 divine et de la n\u00f4tre une seule et m\u00eame volont\u00e9 dans l&rsquo;amour, est le plus complet des actes de foi. Il met l&rsquo;\u00e2me dans l&rsquo;\u00e9tat de perfection, il la plonge dans un ab\u00eeme de paix et de d\u00e9lices o\u00f9 elle participe \u00e0 l&rsquo;immuable, \u00e0 la parfaite tranquillit\u00e9 de Dieu, toujours calme et toujours agissant. Oh\u2009! je le sais, j&rsquo;en suis s\u00fbre\u2009: avant, je vivais dans la foi, j&rsquo;aimais Dieu, je le sentais, je vivais en lui et pour lui seul\u2009; j&rsquo;aimais J\u00e9sus qui me nourrissait de ses paroles et de ses exemples&#8230; et quelquefois du Pain vivant\u2009; mais maintenant, je le vois. C&rsquo;est la r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est l&rsquo;exp\u00e9rience\u2009! Je\u2009go\u00fbte, j&rsquo;exp\u00e9rimente l&rsquo;Amour.<\/p><p>Non, je ne m&rsquo;abuse pas, le ciel me montrera tout ce que j&rsquo;aime, mais il ne me donnera pas plus, puisque d\u00e9j\u00e0 je poss\u00e8de Dieu, que je vis de lui, avec lui, en lui et que, le poss\u00e9dant, je poss\u00e8de tout\u2009!<\/p><p>\u00d4 mon Dieu, \u00f4 ma bien-aim\u00e9e Trinit\u00e9\u2009! Qu&rsquo;heureuse est l&rsquo;\u00e2me qui, sans jamais sortir de vous, peut vaquer \u00e0 la f\u00e9conde action de la souffrance\u2009!<\/p><p>L&rsquo;on ne peut se lasser d&rsquo;admirer, \u00f4 Trinit\u00e9 sainte, l&rsquo;\u00e9clatante manifestation de votre infinie grandeur, de votre sagesse et de votre amour\u2009!&#8230; Nos pauvres intelligences humaines, livr\u00e9es \u00e0 elles-m\u00eames, n&rsquo;auraient jamais pu r\u00eaver une telle R\u00e9demption, nos coeurs n&rsquo;auraient jamais os\u00e9 croire \u00e0 un tel amour\u2009!&#8230;<\/p><p>Dans l&rsquo;\u00e9tonnement et le ravissement de votre lumi\u00e8re, je ne me lasse pas d&rsquo;admirer votre Oeuvre ineffable, \u00f4 mes Trois Bien-aim\u00e9s\u2009!&#8230; Et pour crier mon \u00ab\u00a0merci\u00a0\u00bb, je m&rsquo;unis \u00e0 tous les anges et \u00e0 tous les saints, mais surtout \u00e0 ma ch\u00e8re et si tendre M\u00e8re, qui voient et qui comprennent ce que nous ne savons que balbutier&#8230;<\/p><p>A vous, \u00f4 J\u00e9sus, tout mon \u00ab\u00a0merci\u00a0\u00bb, toute ma reconnaissance et mon amour, pour votre divine Eucharistie, centre de toute l&rsquo;\u00e9conomie surnaturelle, vers lequel tout converge et d&rsquo;o\u00f9 se r\u00e9pand en surabondance la Vie, une Vie sans cesse renouvel\u00e9e\u2009!<\/p><p>Merci encore \u00e0 vous, Vierge Marie, dont le fiat indispensable nous a valu ces sublimes r\u00e9alit\u00e9s\u2009!&#8230;<\/p><p>^ 21 juillet 1932 (jeudi)<\/p><p>J\u00e9sus continue de se faire sentir en tout temps et en tout lieu, et plus puissamment tous les jours. Qu&rsquo;il en soit toujours b\u00e9ni\u2009! Mais, que d&rsquo;efforts je dois m&rsquo;imposer pour n&rsquo;en rien laisser soup\u00e7onner \u00e0 personne, notamment \u00e0 mon entourage et aux quelques personnes que je vois. Je passe parfois la journ\u00e9e enti\u00e8re \u00e0 \u00e9touffer les d\u00e9sirs de me plonger dans l&rsquo;immense oc\u00e9an du divin amour\u2009; mais surtout les apr\u00e8s-midi qui suivent ma communion, les liens de l&rsquo;amour sont si forts que je ne puis m&rsquo;en d\u00e9gager, surtout si je ne suis pas seule. Car c&rsquo;est alors que je crains le plus de succomber. Quand j&rsquo;ai pu triompher, j&rsquo;en suis quitte le soir pour une fi\u00e8vre folle. Mais J\u00e9sus me dit que ces efforts lui plaisent beaucoup&#8230; Confiance donc, et toujours plus d&rsquo;amour\u2009!<\/p><p>\u00d4 mon J\u00e9sus\u2009! Continuerai-je \u00e0 pouvoir me contenir devant tous\u2009? J&rsquo;ai peur que non, tant les \u00e9lans se font toujours plus imp\u00e9tueux et plus fr\u00e9quents\u2009! Quand je ne pourrai plus tenir, je\u2009l\u00e2cherai tout\u2009! Voil\u00e0\u2009!&#8230; Vive J\u00e9sus\u2009!<\/p><p>^ 28 juillet 1932 (jeudi)<\/p><p>Ce matin, peu apr\u00e8s la communion, j&rsquo;ai senti la pr\u00e9sence de J\u00e9sus\u2009! Et voici comment\u2009: \u00e0 peine mon coeur l&rsquo;avait-il re\u00e7u qu&rsquo;il s&rsquo;est mis \u00e0 battre tr\u00e8s fort. J&rsquo;ai cru un moment qu&rsquo;il allait se rompre, ou qu&rsquo;il allait briser la poitrine. J\u00e9sus m&rsquo;a demand\u00e9 si je l&rsquo;aimais vraiment. Surprise un moment, car il me semblait qu&rsquo;il devait le savoir, j&rsquo;ai r\u00e9pondu que oui. Trois fois, il a renouvel\u00e9 la m\u00eame demande, trois fois il m&rsquo;a dit\u2009: \u00ab\u2009Dis-moi encore que tu m&rsquo;aimes, j&rsquo;\u00e9prouve tant de plaisir de t&rsquo;entendre me le dire.\u2009\u00bb Et vous, lui ai-je dit \u00e0 mon tour, aimez-vous bien votre petite \u00e9pouse\u2009? Alors J\u00e9sus m&rsquo;a combl\u00e9e de caresses, il m&rsquo;a bais\u00e9e longuement en me pressant sur son Coeur et je me suis \u00e9vanouie de tendresse dans ses bras divins.<\/p><p>P\u00e8re, ces \u00e9vanouissements qui m&rsquo;arrivent en pr\u00e9sence de J\u00e9sus, se multiplient et se prolongent de plus en plus. Si J\u00e9sus continue, je n&rsquo;y tiendrai pas longtemps&#8230; je mourrai d&rsquo;amour\u2009!&#8230;<\/p><p>L&rsquo;amour consume mon coeur, il consume m\u00eame mon corps&#8230; je suis un incendie d&rsquo;amour&#8230; je tomberai en cendres.<\/p><p>Ce matin encore, je me suis sentie br\u00fbler si fort que j&rsquo;ai vraiment cru mourir. Je br\u00fblais toute. Cette ardeur avait gagn\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 mes yeux, des flammes s&rsquo;\u00e9chappaient de ma bouche, ma langue et mes l\u00e8vres saignaient.<\/p><p>Mon bien-aim\u00e9 J\u00e9sus, m&rsquo;\u00e9criai-je, si vous donnez \u00e0 tous de br\u00fbler ainsi et de se consumer devant vous, personne n&rsquo;y pourra tenir, et vous resterez seul\u2009! Et je continuai\u2009: J\u00e9sus, J\u00e9sus, ne voyez-vous pas que je meurs\u2009? Oh\u2009! laissez-moi, laissez-moi la libert\u00e9\u2009! Je vous aimerai par-dessus tout, je vous aimerai plus que tout, je vous rechercherai toujours. Oh\u2009! J\u00e9sus, qu&rsquo;avez-vous fait, qu&rsquo;avez-vous fait \u00e0 mon coeur pour qu&rsquo;il soit ainsi fou de vous\u2009? Ah\u2009! je n&rsquo;en puis plus\u2009! Non, non je n&rsquo;y puis plus tenir \u00e0 la pens\u00e9e que J\u00e9sus se fait ainsi go\u00fbter \u00e0 la derni\u00e8re de ses cr\u00e9atures et lui manifeste dans un prodigieux \u00e9panchement de son amour toutes les tendresses de son divin Coeur, toutes les merveilles de sa charit\u00e9, toutes les splendeurs de sa divinit\u00e9. Mes forces se brisent. J&rsquo;ai besoin de m&rsquo;\u00e9pancher, j&rsquo;ai besoin de chanter, j&rsquo;ai besoin d&rsquo;exulter. Vive l&rsquo;Amour incr\u00e9\u00e9\u2009! Vive le Coeur de J\u00e9sus\u2009! Vive notre adorable, notre grand Dieu d&rsquo;amour\u2009!<\/p><p>Ah\u2009! l&rsquo;amour de Dieu est un amour irr\u00e9sistible\u2009! C&rsquo;est un amour de feu et de folie\u2009! Oh\u2009! comment ne pas l&rsquo;aimer de toute son \u00e2me\u2009? Comment ne pas d\u00e9sirer se fondre et s&rsquo;ab\u00eemer en lui\u2009? Comment ne pas se consumer dans les flammes de son pur amour\u2009?<\/p><p>Ah\u2009! si tous les p\u00e9cheurs venaient \u00e0 ce Coeur plein d&rsquo;amour\u2009! Venez, venez, p\u00e9cheurs, ne craignez pas\u2009; l\u00e0, le glaive de la justice ne p\u00e9n\u00e8tre pas. Oh\u2009! je voudrais que ma voix parv\u00eent aux confins de l&rsquo;univers\u2009; j&rsquo;appellerais tous les p\u00e9cheurs pour leur dire d&rsquo;entrer tous dans le Coeur de J\u00e9sus. Je voudrais voir tous les coeurs incendi\u00e9s par l&rsquo;amour. Je voudrais que tous pussent dire\u2009: l&rsquo;amour de Dieu a r\u00e9duit en cendres le coeur de tous les hommes.<\/p><p>Comment se fait-il que tant de chr\u00e9tiens peuvent s&rsquo;approcher de lui sans \u00eatre embras\u00e9s d&rsquo;amour, sans \u00eatre chang\u00e9s en Dieu\u2009? Je ne puis le croire\u2009!&#8230; J&rsquo;en suis s\u00fbre\u2009!&#8230; Dites-moi, vous \u00eates tout feu, vous br\u00fblez quand vous portez en vous Celui qui est l&rsquo;amour m\u00eame. Mais je comprends que vous ne puissiez expliquer par la parole ces op\u00e9rations dans vos \u00e2mes&#8230;<\/p><p>^ 2 ao\u00fbt 1932 (mardi)<\/p><p>Depuis huit jours, l&rsquo;Aigle divin a comme laiss\u00e9 tomber sa petite proie au fond du pr\u00e9cipice. Ce n&rsquo;est donc plus qu&rsquo;en compagnie de J\u00e9sus humili\u00e9 et souffrant et de Regina martyrum que je vis, et au fond de ma mis\u00e8re, il s&rsquo;est form\u00e9 une si grande intimit\u00e9 entre nous, que ce n&rsquo;est pas trois vies distinctes l&rsquo;une de l&rsquo;autre, mais une seule et m\u00eame vie avec J\u00e9sus et Marie, dans la Trinit\u00e9.<\/p><p>Je l&rsquo;aime autant au Calvaire qu&rsquo;au Thabor, mon J\u00e9sus et mon Dieu, et le Crucifi\u00e9 comme le Transfigur\u00e9 est le Fils de Dieu et la \u00ab\u2009splendeur de sa gloire\u2009\u00bb&#8230; J&rsquo;aime lui dire mon amour et l&rsquo;adorer comme \u00ab\u2009Roi au Ciel\u2009\u00bb et sur la terre, lorsqu&rsquo;il est accabl\u00e9, triste et humili\u00e9&#8230; Il n&rsquo;y a que comme cela qu&rsquo;il se laisse aborder pour moi ces jours-ci&#8230; qu&rsquo;il soit toujours b\u00e9ni\u2009!<\/p><p>Je me sens si bas, si bas qu&rsquo;il m&rsquo;est impossible de dire combien. En v\u00e9rit\u00e9, la derni\u00e8re aux yeux de Dieu, comme aux yeux de tous. Mais malgr\u00e9 cela, mon \u00e2me est remplie d&rsquo;une confiance immense et incompr\u00e9hensible en son amour tout-puissant&#8230; Je lui dis que je l&rsquo;aime et je sais qu&rsquo;il m&rsquo;aime aussi, sans cela il ne ferait pas que je l&rsquo;aime tant\u2009!&#8230; Je lui dis de continuer de faire en moi et de moi tout ce qu&rsquo;il veut et comme il veut, pourvu qu&rsquo;il tire de cette pauvre petite chose le maximum de gloire et d&rsquo;amour qu&rsquo;il r\u00e9clame&#8230; Et j&rsquo;ai confiance que ce qui est sa volont\u00e9, c&rsquo;est s\u00fbrement sa gloire, et c&rsquo;est s\u00fbrement ce qu&rsquo;il y a de plus glorifiant pour lui. Alors, qu&rsquo;importe la souffrance, qu&rsquo;importe la douleur et l&rsquo;humiliation. C&rsquo;est la joie qui domine, la joie avec la reconnaissance. Elles comblent tellement tout et effacent si bien le reste, qu&rsquo;avec saint Paul on \u00ab\u2009surabonde de joie dans toutes les tribulations.\u2009\u00bb<\/p><p>Mais n&rsquo;est-ce pas exag\u00e9r\u00e9 d&rsquo;avoir tant de confiance quand on se sent si bas\u2009?&#8230; Je l&rsquo;aime et je ne veux que sa gloire, mais je veux lui donner une gloire infinie.<\/p><p>P\u00e8re, voulez-vous lui demander pour moi ce qu&rsquo;il veut que je fasse pour qu&rsquo;il soit glorifi\u00e9 pleinement et infiniment en cette petite chose\u2009? C&rsquo;est mon unique d\u00e9sir\u2009: qu&rsquo;il prenne et absorbe tout.<\/p><p>L&rsquo;avenir est \u00e0 lui, et je veux d\u00e9j\u00e0 tout ce qu&rsquo;il veut, et tout ce qu&rsquo;il voudra encore\u2009: je me livre\u2009!&#8230; J&rsquo;aime la souffrance, oh\u2009! Dieu seul sait combien\u2009! Et j&rsquo;aime le ciel\u2009!&#8230; Mais je ne sais pas lequel d\u00e9sirer pour le moment. Alors je ne d\u00e9sire que lui, mon Dieu et mon Tout, que je poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0.<\/p><p>Je ne r\u00eave pas d&rsquo;autre chose que de me conformer \u00e0 chaque instant \u00e0 la vie souffrante et eucharistique de notre divin Sauveur\u2009; \u00e0 \u00eatre vraiment hostie avec l&rsquo;Hostie, afin de me consacrer tout coeur avec son Coeur \u00e0 la gloire du P\u00e8re et au salut du monde. Car plus ma vie sera soumise \u00e0 Dieu et conforme avec celle du R\u00e9dempteur, plus je participerai \u00e0 l&rsquo;ach\u00e8vement de son Oeuvre.<\/p><p>Ainsi, unissant \u00e0 l&rsquo;oblation de la Victime infinie, mon travail obscur, mes pauvres petites actions, mes pri\u00e8res inconnues des hommes, tous mes sacrifices, toutes mes souffrances et mes immolations, et m\u00eame la st\u00e9rilit\u00e9 apparente de ma vie, je suis s\u00fbre non seulement de travailler \u00e0 ma propre sanctification, mais de donner \u00e0 Dieu une immense couronne d&rsquo;\u00e9lus capables de l&rsquo;aimer et de le glorifier \u00e9ternellement dans les cieux.<\/p><p>\u00d4 mon Dieu, laissez-moi encore sur la terre si, par mes souffrances et m\u00eame mes inactions, j&rsquo;augmente votre gloire en faisant resplendir votre toute-puissance mis\u00e9ricordieuse\u2009! Faites non seulement que je ne vous offense jamais, mais que je demeure toujours votre \u00e9pouse aimante et pleinement fid\u00e8le.<\/p><p>^ 11 ao\u00fbt 1932 (jeudi)<\/p><p>Une fois de plus, ma vie a chang\u00e9\u2009! J\u00e9sus continue\u2009 de m&rsquo;aimer et de se communiquer \u00e0 moi, mais pas de la m\u00eame fa\u00e7on qu&rsquo;auparavant. Il continue de me recueillir et de m&rsquo;unir \u00e0 lui, mais d&rsquo;une mani\u00e8re toute diff\u00e9rente. Depuis quelques jours a commenc\u00e9 pour moi une vie nouvelle.<\/p><p>Je ne sais comment exprimer ce que j&rsquo;\u00e9prouve autrement qu&rsquo;en racontant du mieux que je le pourrai comment j&rsquo;ai fait l&rsquo;exp\u00e9rience de cela. Depuis bient\u00f4t quinze jours, l&rsquo;Aigle divin a comme laiss\u00e9 tomber sa petite proie en elle-m\u00eame. Alors, comme lui seul est toujours mon point d&rsquo;appui, mon unique point stable, mon bien supr\u00eame et infini, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 un moment tr\u00e8s d\u00e9sorient\u00e9e, ne sachant plus ce que je devais faire. J&rsquo;ai bien senti que je ne pouvais pas remonter en lui toute seule et, regardant vers lui avec amour, j&rsquo;attendais qu&rsquo;il revienne chercher sa pauvre petite chose&#8230; Mais ce n&rsquo;est pas du tout ce qu&rsquo;il a fait. Au contraire, il m&rsquo;a montr\u00e9 un immense ab\u00eeme \u00e0 mes pieds, l&rsquo;ab\u00eeme de ma mis\u00e8re et de mon n\u00e9ant, et il m&rsquo;a fait entendre que c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;oeuvre de son amour ; que son amour m&rsquo;avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e et qu&rsquo;il \u00e9tait entr\u00e9 dans mon \u00e2me avec le besoin de m&rsquo;oublier toujours\u2009; et qu&rsquo;au lieu de regarder en haut comme je fais, je devais me jeter en bas. Je l&rsquo;ai fait, et tout au fond du pr\u00e9cipice, j&rsquo;ai retrouv\u00e9 mon union avec Dieu, et combien plus suave et plus intime encore\u2009; car en me d\u00e9passant par en bas, je suis retomb\u00e9e en lui, pour ne plus jamais en sortir. Et maintenant, je comprends que s&rsquo;\u00e9lever au-dessus de tout ou descendre au-dessous, c&rsquo;est la m\u00eame chose, car il suffit de s&rsquo;effacer pour demeurer en lui. Seulement, quand c&rsquo;est en se perdant qu&rsquo;on l&rsquo;a trouv\u00e9, c&rsquo;est plus s\u00fbr, plus stable aussi, parce qu&rsquo;on ne peut pas tomber plus bas.<\/p><p>Le Seigneur m&rsquo;a fait encore entendre qu&rsquo;il se glorifierait en moi de plus en plus et m&rsquo;envahirait toujours davantage, me substituant \u00e0 lui jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il n&rsquo;y ait plus en moi que Dieu seul.<\/p><p>Il m&rsquo;a sembl\u00e9 qu&rsquo;il me disait \u00e0 l&rsquo;\u00e2me\u2009: \u00ab\u2009J&rsquo;ai ouvert sous tes pas une voie droite, la voie de la confiance et du total abandon\u2009!&#8230; Et que ne ferai-je pas encore\u2009! Que n&rsquo;ajouterai-je pas \u00e0 mes promesses d\u00e9j\u00e0 si grandes\u2009!&#8230; Mais je veux de toi l&rsquo;effacement le plus complet\u2009!&#8230; Perds-toi en moi\u2009! Tu m&rsquo;affirmeras dans la mesure o\u00f9 tu te nieras. Tu me diras autant que tu te tairas&#8230; Tu me trouveras selon que tu t&rsquo;effaceras. Tu me trouveras en te perdant\u2009! Seul je suis\u2009!&#8230; Perds-toi en moi et tu conna\u00eetras la vraie joie des enfants de Dieu.<\/p><p>Sois la petite goutte d&rsquo;eau de mon sacrifice, la toute petite parcelle de mon Eucharistie, comme tu as \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin vivant de ma Parole&#8230; la douce privil\u00e9gi\u00e9e de mon amour. C&rsquo;est en te perdant, en t&rsquo;oubliant que tu me trouveras, moi ton Seigneur et ton Dieu. Je veux \u00eatre le seul en toi&#8230; Moi seul en toi, perdue.\u2009\u00bb<\/p><p>Il me fallait ces grandes lumi\u00e8res pour commencer d&rsquo;\u00eatre humble, pour reconna\u00eetre ce que je suis en face de Dieu, pour d\u00e9couvrir l&rsquo;immensit\u00e9 de mon imperfection.<\/p><p>Mais je ne sais pas exprimer ces choses. Tout ce que je puis dire, c&rsquo;est que tous ces temps, mon Ma\u00eetre ador\u00e9 m&rsquo;a beaucoup enseign\u00e9 sur l&rsquo;humilit\u00e9, l&rsquo;abandon et l&rsquo;amour. Sa doctrine est v\u00e9rit\u00e9, elle est amour, elle p\u00e9n\u00e8tre l&rsquo;\u00e2me et s&rsquo;identifie avec elle. Je ne puis que demeurer dans cet amour et m&rsquo;en laisser p\u00e9n\u00e9trer&#8230; m&rsquo;\u00f4ter de partout pour me laisser envahir.<\/p><p>^ 26 ao\u00fbt 1932 (vendredi)<\/p><p>Oh\u2009! les doux moments qui s&rsquo;\u00e9coulent pour moi\u2009! C&rsquo;est une f\u00e9licit\u00e9 comparable seulement \u00e0 la b\u00e9atitude \u00e9ternelle des anges et des saints\u2009!<\/p><p>Oui, je suis heureuse, \u00f4 mon Bien-aim\u00e9, parce que je sens mon coeur palpiter dans le v\u00f4tre, parce que je vous sens dans mon coeur, parce que je vous y sens vivant et souverain ma\u00eetre en moi\u2009! Quel myst\u00e8re\u2009! Je me sens en paradis. Une fois ou l&rsquo;autre, J\u00e9sus, \u00e0 vous sentir ainsi comme palpiter dans mon coeur, je mourrai. \u00d4 J\u00e9sus, si un jour on pouvait dire que votre amour m&rsquo;a consum\u00e9e non par l&rsquo;effet de mes efforts, mais par l&rsquo;effort de votre gr\u00e2ce toute-puissante\u2009!&#8230; que je suis morte non pas \u00ab\u00a0de mort\u00a0\u00bb, mais vivante d&rsquo;amour pour vous\u2009!<\/p><p>\u00d4 mon Dieu, si vous me donnez tant de paix, si vous me rendez si heureuse sur cette terre, que sera-ce au ciel\u2009?<\/p><p>\u00d4 mon p\u00e8re, si vous pouviez exp\u00e9rimenter et go\u00fbter tant de faveurs que m&rsquo;accorde J\u00e9sus. Oh\u2009! qu&rsquo;il est bon, J\u00e9sus\u2009! Qu&rsquo;il est grand et souverainement aimable\u2009!&#8230; Que son Coeur est g\u00e9n\u00e9reux\u2009! Je le prie de suspendre ses dons car je n&rsquo;y tiens plus.<\/p><p>Mon p\u00e8re, aidez-moi, aidez-moi, et b\u00e9nissez-moi\u2009!&#8230;<\/p><p>Oh\u2009! si tous savaient combien J\u00e9sus est beau, combien il est doux et souverainement aimable, on ne rechercherait que son amour. Comment est-il si peu aim\u00e9\u2009? Pourquoi faut-il que tous les coeurs ne r\u00e9pondent pas \u00e0 l&rsquo;amour mis\u00e9ricordieux de J\u00e9sus\u2009? C&rsquo;est perdre son temps que de le donner aux cr\u00e9atures. Notre coeur est fait pour aimer une seule chose\u2009: notre grand Dieu d&rsquo;amour. Qu&rsquo;aimerons-nous, si nous n&rsquo;aimons pas l&rsquo;Amour\u2009?&#8230;<\/p><p>^ 29 ao\u00fbt 1932 (lundi)<\/p><p>Mon p\u00e8re, soyez content, je suis pleinement abandonn\u00e9e maintenant entre les mains de Dieu. Je cherche toujours J\u00e9sus, mais seulement pour qu&rsquo;il m&rsquo;aide \u00e0 accomplir son tr\u00e8s saint vouloir. Ainsi dans mon \u00e2me, il n&rsquo;y a plus ni d\u00e9sirs, ni r\u00eaveries, ni crainte, et je vis dans le silence int\u00e9rieur et ext\u00e9rieur, absolument \u00e9trang\u00e8re \u00e0 ce qui n&rsquo;est pas Dieu seul et son Oeuvre&#8230; dans cette \u00ab\u00a0mort vivante\u00a0\u00bb et cette \u00ab\u00a0vie d&rsquo;amour\u00a0\u00bb qu&rsquo;il m&rsquo;a demand\u00e9 de consommer, afin de le laisser seul vivre en moi toute sa vie souffrante et eucharistique.<\/p><p>Oh\u2009! quelle jouissance on \u00e9prouve \u00e0 se sentir totalement unie \u00e0 la tr\u00e8s sainte volont\u00e9 de Dieu, \u00e0 se perdre en cette volont\u00e9 adorable et \u00e0 ne plus voir que lui seul\u2009!<\/p><p>C&rsquo;est d\u00e9licieux de sentir qu&rsquo;il prend tout ce qu&rsquo;il veut, quand il veut, et comme il veut&#8230; C&rsquo;est d\u00e9licieux d&rsquo;\u00eatre livr\u00e9e sans r\u00e9serve \u00e0 cette volont\u00e9 adorable et si crucifiante toujours, qu&rsquo;il dirige lui-m\u00eame pour sa plus grande gloire\u2009! C&rsquo;est d\u00e9licieux surtout de l&rsquo;aimer tout simplement parce qu&rsquo;on l&rsquo;aime et de demeurer l\u00e0, toute perdue et fondue dans l&rsquo;Amour.<\/p><p>Du reste, pour moi il n&rsquo;y a gu\u00e8re de distinction \u00e0 faire. Demeurer dans l&rsquo;amour, cela seul contient tout\u2009! Mais comment dire l&rsquo;amour et la reconnaissance qui remplissent mon \u00e2me\u2009? Je sens que ma pri\u00e8re est pleine et pleinement exauc\u00e9e, car je ne recherche et ne d\u00e9sire que la volont\u00e9 de Dieu et sa plus grande gloire. Plus je souffre, plus ma pri\u00e8re grandit, et plus je puis r\u00e9pandre l&rsquo;amour dans les \u00e2mes et en donner \u00e0 Dieu.<\/p><p>^ 11 septembre 1932 (dimanche)<\/p><p>Je sens de plus en plus que la seule attitude sage sur terre, c&rsquo;est l&rsquo;abandon complet entre les bras de \u00ab\u2009notre P\u00e8re\u2009\u00bb. Il\u2009me semble que cette confiance illimit\u00e9e en Dieu est en m\u00eame temps la meilleure preuve d&rsquo;amour que nous puissions lui donner, et le meilleur moyen de nous assurer la paix, puisque \u00ab\u2009celui qui s&rsquo;abrite sous la protection du Tr\u00e8s-Haut repose \u00e0 l&rsquo;ombre du Tout-Puissant&#8230;\u2009\u00bb Je comprends \u00ab\u2009la grandeur et la toute-puissance d&rsquo;une \u00e2me qui n&rsquo;attend son secours que des cieux\u2009\u00bb comme le dit si bien la petite soeur Th\u00e9r\u00e8se de l&rsquo;Enfant-J\u00e9sus.<\/p><p>C&rsquo;est donc entre les bras de ce P\u00e8re, si divinement bon, et sous son regard d&rsquo;infinie tendresse, quoique g\u00e9n\u00e9ralement voil\u00e9, que repose l&rsquo;enfant de son amour, et que J\u00e9sus continue en sa pauvre petite victime son Oeuvre de r\u00e9demption et de sanctification, mais sans la faire sortir du sein du P\u00e8re.<\/p><p>Je ne sais trop, ni comment exprimer ma pens\u00e9e, mais mon \u00e2me est remplie d&rsquo;une souffrance si grande et si douce \u00e0 la fois, que je ne comprends gu\u00e8re ce qui se passe en moi en ce moment, et l&rsquo;assurance d&rsquo;\u00eatre dans la volont\u00e9 de Dieu me comble de joie\u2009!&#8230;<\/p><p>Mais tous ces derniers temps ce n&rsquo;\u00e9tait pas ainsi\u2009; j&rsquo;aurais eu encore plus besoin de rendre gr\u00e2ce et je ne le pouvais pas, j&rsquo;\u00e9tais trop an\u00e9antie. C&rsquo;est alors que je compte sur le secours de tous ceux qui m&rsquo;aiment et que j&rsquo;aime en Dieu, pour m&rsquo;aider \u00e0 le remercier quand je ne puis pas.<\/p><p>Et ce qui est plus douloureux encore, \u00e0 mon id\u00e9e, c&rsquo;est de ne pouvoir exprimer sa joie, son bonheur et son amour reconnaissant. C&rsquo;est de voir son plein bonheur si enferm\u00e9 dans la souffrance et l&rsquo;humiliation, que celles-ci seules soient apparentes, alors que la joie est tellement le fond. Mais cet \u00e9tat est, je le crois, tr\u00e8s excellent pour l&rsquo;\u00e2me, cela laisse plus s\u00e9par\u00e9 de la terre et plus pr\u00e8s du ciel. Et Celui qui sait tout, sait bien notre amour et notre reconnaissance, quoique nous ne puissions pas les lui exprimer. D&rsquo;ailleurs, les mots sont toujours au-dessous de ce qu&rsquo;on a besoin de lui dire et d&rsquo;en dire\u2009! Ils sont trop incomplets. Le silence de l&rsquo;union est le seul moyen de tout dire&#8230; c&rsquo;est la seule louange compl\u00e8te.<\/p><p>Et puis, que ce soit la souffrance \u00e0 plein ou l&rsquo;humiliation \u00e0 fond et m\u00eame autre chose, qu&rsquo;importe\u2009? Ce que nous donne notre P\u00e8re \u00e0 chaque instant, c&rsquo;est s\u00fbrement ce qu&rsquo;il y a de plus glorifiant pour lui, c&rsquo;est donc la plus grande gr\u00e2ce qu&rsquo;il puisse nous accorder, la plus grande que nous puissions recevoir. Comment donc ne pas tout accueillir paisiblement, joyeusement et de tout notre amour\u2009? Comment, surtout, ne pas rendre gr\u00e2ce pour tout et toujours\u2009? Puisque chacune de nos souffrances, et jusqu&rsquo;\u00e0 la plus petite de nos actions, peut devenir une capacit\u00e9 de b\u00e9atitude\u2009!&#8230; A chaque instant Dieu nous donne sa gr\u00e2ce, \u00e0 chaque instant donnons-lui notre fid\u00e9lit\u00e9. \u00ab\u2009Nous avons \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s en J\u00e9sus Christ, a dit saint Paul, pour faire de bonnes oeuvres que Dieu a pr\u00e9par\u00e9es d&rsquo;avance afin que nous les pratiquions.\u2009\u00bb Quand on a conscience que chacun de nos instants a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u2009pr\u00e9par\u00e9 d&rsquo;avance\u2009\u00bb par la Toute-Sagesse et l&rsquo;Amour infini qui, entre tout ce qu&rsquo;il aurait pu nous donner, a choisi cela plut\u00f4t qu&rsquo;autre chose parce que c&rsquo;est cela qui doit le glorifier le plus, parce que c&rsquo;est cela la plus grande gr\u00e2ce que nous puissions recevoir \u2013 qui est lui-m\u00eame \u2013 que faire, sinon boire son calice sans regarder ce qu&rsquo;il y a dedans, et ne voir que Lui seul, Lui toujours et en tout\u2009!&#8230;<\/p><p>En le fixant ainsi toujours, il me semble que je re\u00e7ois tout ce qu&rsquo;il veut, et que je lui donne tout ce qu&rsquo;il demande dans le silence de l&rsquo;union.<\/p><p>C&rsquo;est ma mani\u00e8re de satisfaire \u00e0 la divine justice et de participer au sacrifice \u00ab\u00a0sien\u00a0\u00bb de louange et de r\u00e9paration, en m&rsquo;enivrant d&rsquo;amour \u00e0 ce calice r\u00e9dempteur, lequel est un oc\u00e9an de joie, un oc\u00e9an de douleur, un oc\u00e9an de gloire.<\/p><p>Tout ce qu&rsquo;il veut faire en moi et de moi, il le fait, mais je ne regarde pas ce que c&rsquo;est, je ne peux ni ne veux voir que lui&#8230; rien que lui seul, toujours.<\/p><p>Que j&rsquo;aimerais faire conna\u00eetre ces choses si simples \u00e0 tous, afin qu&rsquo;ils soient remplis de ma paix et de ma joie en Dieu, et qu&rsquo;ils s&rsquo;unissent \u00e0 moi pour chanter ce cantique ininterrompu de louange, d&rsquo;action de gr\u00e2ce et d&rsquo;amour parfait qui ne se dit pleinement que dans le divin silence de l&rsquo;union\u2009!<\/p><p>^\u00a0 19 septembre 1932 (lundi)<\/p><p>Je ne sais comment vous parler de mon \u00e2me en ce moment, car j&rsquo;ai compl\u00e8tement perdu l&rsquo;habitude de voir ce qui s&rsquo;y passe et je ne pourrai rien en dire, sinon que je demeure dans l&rsquo;amour, ab\u00eem\u00e9e dans le pur amour, toute perdue et fondue en lui\u2009!&#8230;<\/p><p>Au point de vue avenir et de tout ce qui touche la terre, je ne vois rien, je ne sais rien, ni pour moi ni pour les autres. Je suis simplement comme sortie de ce qui est en bas, lib\u00e9r\u00e9e de la terre et unie \u00e0 Dieu seul. Toute ma vie, c&rsquo;est, et uniquement, Dieu\u2009!&#8230; Mais c&rsquo;est Dieu sous un aspect qui d\u00e9passe toute expression et qui n&rsquo;a aucun rapport avec ce qui est cr\u00e9\u00e9&#8230; C&rsquo;est comme l&rsquo;Essence divine\u2009!&#8230;<\/p><p>Je vis en Dieu seul, dans une union qu&rsquo;on ne peut pas dire, et qui est mon unique vie. Je m&rsquo;y suis comme oubli\u00e9e et ne puis que reposer doucement en lui seul, toute rassasi\u00e9e et fondue dans l&rsquo;Amour. Il est mon Dieu et mon tout, et ce qui se passe entre nous ne peut \u00eatre traduit, c&rsquo;est une intimit\u00e9 trop grande, c&rsquo;est une union trop \u00e9troite&#8230; C&rsquo;est comme l&rsquo;identification avec lui, ou plut\u00f4t, c&rsquo;est la transformation en lui&#8230;<\/p><p>Nous, nous nous aimons au point de n&rsquo;\u00eatre \u00ab\u2009qu&rsquo;un\u2009\u00bb ensemble, et tous mes efforts ne tendent qu&rsquo;\u00e0 demeurer en lui et en sa divine possession.<\/p><p>C&rsquo;est en possession de son tout que, sans interruption, en demeurant simplement en lui je puis le r\u00e9pandre dans toute sa pl\u00e9nitude sur toutes les \u00e2mes \u00ab\u2009afin que la gr\u00e2ce, en se multipliant, produise une surabondance d&rsquo;action de gr\u00e2ce pour la gloire de Dieu\u2009\u00bb et de b\u00e9n\u00e9diction pour les \u00e2mes.<\/p><p>J&rsquo;aurais voulu parler davantage d&rsquo;en-haut, mais je ne peux pas continuer, car en parlant je me suis de nouveau comme perdue en lui. Pour parler de ces choses, il faudrait redescendre, et je ne peux pas. Non, je ne peux pas redescendre, mais sans sortir de lui, ne puis-je pas chanter l&rsquo;amour de Celui qui \u00ab\u2009regarde ce qui est en bas&#8230;\u2009\u00bb, de Celui qui donne une confiance infinie \u00e0 sa pauvre petite cr\u00e9ature, qui sans cela d\u00e9sesp\u00e9rerait \u00e0 cause de sa mis\u00e8re et qui lui apprend que l&rsquo;humilit\u00e9, l&rsquo;amour, la confiance comblent tout et suppl\u00e9ent \u00e0 tout.<\/p><p>J&rsquo;ai l&rsquo;impression que ce petit r\u00e9sum\u00e9 est bien incomplet. Mais, comme je vous l&rsquo;ai dit au commencement, mon p\u00e8re, son action me tient de plus en plus cach\u00e9e dans l&rsquo;amour. Mais j&rsquo;ai confiance que mon silence le glorifie bien mieux, puisque cela semble bien \u00eatre sa volont\u00e9 que je me taise. Il serait doux quelquefois de pouvoir publier les merveilles de cette vie, mais je sens qu&rsquo;au moins pour le moment, et peut-\u00eatre m\u00eame pour toujours, il veut que sa petite servante, comme sa M\u00e8re bien-aim\u00e9e, \u00ab\u2009garde toutes ces choses en son coeur\u2009\u00bb. J&rsquo;ai en effet si souvent re\u00e7u de lui le commandement de tout soustraire aux yeux profanes. J\u00e9sus me recommande continuellement de ne rien laisser soup\u00e7onner des gr\u00e2ces qu&rsquo;il m&rsquo;a faites ; si j&rsquo;y manque, il me ch\u00e2tie. Il me r\u00e9p\u00e8te que je dois rougir de me laisser voir de n&rsquo;importe qui, parce que mon \u00e2me est pleine de d\u00e9fauts&#8230; Que tout soit donc pour lui seul.<\/p><p>Intimit\u00e9 parfaite, douce familiarit\u00e9, \u00e9change permanent et affectueux, amoureuses communications entre les Trois Personnes divines et mon \u00e2me.<\/p><p>Ah\u2009! si nous savions le don de Dieu\u2009! Si nous savions quel est Celui qui nous aime\u2009!&#8230;<\/p><p>Qu&rsquo;il fait bon demeurer consomm\u00e9e dans l&rsquo;unit\u00e9\u2009! Qu&rsquo;il fait bon n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;une toute petite chose pleinement adapt\u00e9e au Moteur divin, et ne faire qu&rsquo;un avec Dieu unique et seul v\u00e9ritable&#8230; avec la Trinit\u00e9, absolument d\u00e9gag\u00e9e de toutes choses terrestres et mat\u00e9rielles, pour se perdre en lui dans le silence de l&rsquo;amour.<\/p><p>Je ne sais vraiment plus qu&rsquo;aimer et chanter les gloires divines\u2009! Ma vie n&rsquo;est plus qu&rsquo;un cantique de foi, un chant c\u00e9leste, un chant d&rsquo;amour \u00e0 l&rsquo;Amour. C&rsquo;est une suave m\u00e9lodie qui ne sait pas finir et qui veut se traduire par de l&rsquo;amour&#8230; par toujours plus d&rsquo;amour. Tout me parle de Dieu, tout m&rsquo;appara\u00eet rayonnant d&rsquo;amour\u2009! Tout me semble baign\u00e9 dans sa lumi\u00e8re, tout me crie son incompr\u00e9hensible tendresse.<\/p><p>Que j&rsquo;aimerais pouvoir chanter les mis\u00e9ricordes infinies de notre grand Dieu d&rsquo;amour pour sa petite victime, car c&rsquo;est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;anniversaire de ma cons\u00e9cration et de mon abandon \u00e0 l&rsquo;Amour\u2009; premi\u00e8re gr\u00e2ce qui fut la source de tant d&rsquo;autres&#8230;<\/p><p>Quand je revois ainsi le pass\u00e9, quel contraste entre ce qu&rsquo;il a fait pour moi et ce que j&rsquo;ai fait pour lui\u2009! C&rsquo;est l&rsquo;infini en face du n\u00e9ant&#8230; Je voudrais chanter mon amour reconnaissant, mais je ne puis pas\u2009! C&rsquo;est trop, c&rsquo;est plus que tout ce qu&rsquo;on en peut dire&#8230; et je ne puis que demeurer an\u00e9antie et toute perdue, toute noy\u00e9e en lui, toute consomm\u00e9e en mon unit\u00e9 avec lui. Je ne puis que me r\u00e9p\u00e9ter\u2009: \u00ab\u2009Suscitans a terra inopem et de stercore erigens pauperem&#8230;\u2009\u00bb, et autres choses semblables. C&rsquo;est tellement bien cela\u2009: cette \u00e2me la plus basse, la plus pauvre et imparfaite qui soit, il l&rsquo;a consomm\u00e9e tout en un avec lui&#8230; Non, jamais il n&rsquo;a fait d&rsquo;aussi grand miracle.<\/p><p>Quel d\u00e9lice on go\u00fbte \u00e0 se sentir si pauvre et si m\u00e9prisable, vraiment\u2009!.. Que j&rsquo;aime cette v\u00e9rit\u00e9 qui me d\u00e9couvre de plus en plus l&rsquo;ab\u00eeme sans fond de ma mis\u00e8re. Que je serais heureuse de la laisser voir \u00e0 tous, et quelle joie j&rsquo;\u00e9prouve lorsque je me sens un peu connue et trait\u00e9e pour ce que je suis.<\/p><p>Lui&#8230; Mais puis-je le regretter\u2009? Il a toujours si admirablement tout fait en moi, lui seul, et il me semble qu&rsquo;il ne demande de moi qu&rsquo;un coeur semblable au sien\u2009; c&rsquo;est-\u00e0-dire un coeur doux, humble&#8230;un coeur pleinement aimant, humble, confiant et reconnaissant&#8230; qui ne regarde que l&rsquo;amour.<\/p><p>Il me semble qu&rsquo;il ne d\u00e9sire que cet amour plein et fort, qui passe paisiblement et joyeusement tous les obstacles r\u00e9els dans le pr\u00e9sent et probables ou possibles dans l&rsquo;avenir, pour se reposer toujours en Dieu seul, son centre et unique tout.<\/p><p>Il me semble que ce coeur pleinement confiant est celui qui, fascin\u00e9 par la puissance infinie de l&rsquo;Amour divin, ne laisse pas les possibilit\u00e9s humaines limiter son esp\u00e9rance, mais qui donne \u00e0 sa confiance la taille de l&rsquo;amour, et qui attend de Dieu avec une paisible assurance, infiniment au-del\u00e0 de ce qu&rsquo;on peut penser et d\u00e9sirer.<\/p><p>Il me semble que ce coeur humble doit \u00eatre celui qui, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de sa mis\u00e8re, de son impuissance et de son n\u00e9ant, accepte joyeusement et avec amour d&rsquo;\u00eatre toujours au-dessous de tous et de tout, mais qui a confiance quand m\u00eame que Dieu tire sa gloire de sa pauvre faiblesse.<\/p><p>Je ne comprends peut-\u00eatre pas beaucoup l&rsquo;humilit\u00e9, mais j&rsquo;aime la v\u00e9rit\u00e9, et je voudrais pouvoir dispara\u00eetre aux yeux de tous.<\/p><p>Et puis, la reconnaissance qui couronne tout, c&rsquo;est cet \u00e9lan si simple qui jaillit comme spontan\u00e9ment de mon coeur\u2009: \u00ab\u2009Magnificat anima mea Dominum&#8230; Quia respexit humilitatem ancillae suae&#8230; Quia fecit mihi magna&#8230;\u2009\u00bb<\/p><p>Enfin, j&rsquo;ai compris en contemplant mon divin R\u00e9dempteur sur sa croix que, m&rsquo;ayant unie \u00e0 son \u00e9tat d&rsquo;impuissance et de faiblesse,\u00a0 il m&rsquo;avait substitu\u00e9e \u00e0 sa vie souffrante et eucharistique&#8230; Je voudrais tant que mon ext\u00e9rieur r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;amour du dedans\u2009! Je voudrais tant \u00eatre une vraie petite hostie, cachant jalousement mon J\u00e9sus, mais le r\u00e9v\u00e9lant \u00e0 tous&#8230; et j&rsquo;en suis encore si loin\u2009! Vous le savez mieux que moi, vous, mon p\u00e8re, car on se voit soi-m\u00eame avec des yeux toujours trop indulgents\u2009; et je sais bien que quoique je me sente comme infiniment bas, je me sens encore au-dessus de ce que je suis en r\u00e9alit\u00e9.<\/p><p>^ \u2009&lt; 15 octobre 1932 (samedi)\u2009&gt;<\/p><p>Gloire et gloire \u00e0 Dieu dans le ciel\u2009! Gloire \u00e0 Dieu dans ses saints\u2009!&#8230; Tous les cieux c\u00e9l\u00e8brent votre gloire, Seigneur, tous les mondes vous aiment et vous servent\u2009! Ceux qui ont re\u00e7u vie en vous, vous rendent t\u00e9moignage en esprit et en v\u00e9rit\u00e9 selon la libert\u00e9 que vous leur avez donn\u00e9e.<\/p><p>Ah\u2009! qu&rsquo;il fait bon suivre ceux qui s&rsquo;en sont all\u00e9s du regard, et redire par toute sa vie cette parole d&rsquo;un saint\u2009: \u00ab\u2009Je suis fait pour les choses \u00e9ternelles, je ne suis fait que pour Dieu\u2009!&#8230;\u2009\u00bb Cela nous aide \u00e0 vivre absolument d\u00e9tach\u00e9s de tout ce qui n&rsquo;est pas Dieu. Seul&#8230; et d\u00e9j\u00e0 dans les cieux.<\/p><p>Sur la terre comme au ciel&#8230; et combien plus encore aujourd&rsquo;hui que le ciel et la terre ensemble et de concert vibrent d&rsquo;une seule et m\u00eame joie, dans la m\u00eame divine all\u00e9gresse\u2009: c&rsquo;est la f\u00eate de tous les saints.<\/p><p>Apr\u00e8s avoir longuement pens\u00e9 \u00e0 eux, apr\u00e8s les avoir pri\u00e9s et avoir implor\u00e9 leur unanime et puissant secours pour moi et pour toutes les ch\u00e8res \u00e2mes de la terre, dans la plus profonde et la plus intime union \u00e0 Dieu seul&#8230; Tandis que tout mon \u00eatre tressaillait de vie, d&rsquo;all\u00e9gresse et d&rsquo;amour, et que je r\u00e9p\u00e9tais du plus profond de mon coeur\u2009: \u00ab\u2009Ouvrez-vous sur nous, portes \u00e9ternelles\u2009!\u2009\u00bb, mon esprit a \u00e9t\u00e9 un moment emport\u00e9 et comme plong\u00e9 dans la lumi\u00e8re et dans l&rsquo;amour. Un moment, un \u00e9clair de gloire a travers\u00e9 mon \u00eatre, me p\u00e9n\u00e9trant tout enti\u00e8re. Je dis \u00ab\u00a0gloire\u00a0\u00bb parce que, \u00e0 ce moment, je n&rsquo;ai pas pens\u00e9 \u00e0 moi mis\u00e9rable, mais \u00e0 la gloire, \u00e0 la joie de Dieu, \u00e0 la gloire, au bonheur des saints. Je n&rsquo;ai qu&rsquo;\u00e0 fermer les yeux pour revoir cette clart\u00e9 et, si je voulais, pour conna\u00eetre la plus douce ivresse de la b\u00e9atitude. Mais je ne m&rsquo;arr\u00eate dans ma joie que pour la mieux comprendre et essayer de l&rsquo;expliquer \u00e0 mon p\u00e8re spirituel, qui veut que je le tienne au courant et lui rende compte de tout.<\/p><p>La vie est en moi si harmonieuse, si abondante, si pleine, je veux dire que je suis dans un tel bonheur d&rsquo;union, de s\u00fbret\u00e9, d&rsquo;amour, de pr\u00e9sence, que j&rsquo;aime plus follement, plus passionn\u00e9ment que jamais\u2009!&#8230; Tellement que je croyais rendre gr\u00e2ce pour la premi\u00e8re fois, pour la premi\u00e8re fois appeler et sentir l&rsquo;humilit\u00e9, pour la premi\u00e8re fois croire et sentir que mon coeur \u00e9tait marqu\u00e9 par les mouvements de son Coeur\u2009!&#8230; pour la premi\u00e8re fois que j&rsquo;entrais en contact avec le monde invisible, que je contemplais les merveilles de la gr\u00e2ce, que je p\u00e9n\u00e9trais la profondeur des myst\u00e8res&#8230; pour la premi\u00e8re fois que mon \u00e2me s&rsquo;ouvrait \u00e0 l&rsquo;amour et aux mystiques embrassements de son Dieu.<\/p><p>Je vis, je bois, je respire une vie divine\u2009! Je n&rsquo;ai qu&rsquo;\u00e0 me recueillir un moment pour conna\u00eetre aussit\u00f4t la plus douce union, pour jouir plus pleinement de l&rsquo;auguste pr\u00e9sence, enfin pour sentir battre la grande Vie en moi. Quelquefois elle m&rsquo;appelle, je lui r\u00e9ponds, mais cette r\u00e9ponse de l&rsquo;\u00e2me n&rsquo;est que l&rsquo;\u00e9cho de la Vie de Dieu qui s&rsquo;aime en elle. Parfois le coeur me manque presque, et en me retirant des choses ext\u00e9rieures je suis envahie, inond\u00e9e d&rsquo;amour. Mon \u00e2me est en Dieu, Dieu est dans mon \u00e2me, je m&rsquo;ab\u00eeme, je me perds, je me fonds en lui, dans les profondeurs invisibles de la sainte Trinit\u00e9 au sein m\u00eame de la divinit\u00e9&#8230;<\/p><p>Mon \u00e2me, par l&rsquo;amour, semble conna\u00eetre Dieu en Dieu m\u00eame, et partage sa f\u00e9licit\u00e9 \u00e9ternelle\u2009!<\/p><p>J&rsquo;aime mon Dieu, j&rsquo;aime l&rsquo;Eglise ma m\u00e8re, j&rsquo;aime la resplendissante et toujours b\u00e9atifiante Trinit\u00e9, j&rsquo;aime la tr\u00e8s Sainte Vierge, elle que depuis si longtemps j&rsquo;appelle ma Maman bien-aim\u00e9e&#8230; J&rsquo;aime tous les saints et toutes les \u00e2mes en Dieu, et je voudrais toutes les sauver.<\/p><p>\u00ab\u2009J&rsquo;exulte devant les ouvrages de vos mains\u2009!&#8230; Que vos oeuvres sont magnifiques, Seigneur, que vos pens\u00e9es sont profondes\u2009!&#8230;\u2009\u00bb Oh\u2009! comme en lui j&rsquo;aime toutes les cr\u00e9atures\u2009! Quel besoin en moi, quelle soif de le donner\u2009!<\/p><p>\u00d4 Immolation vivante et toujours agissante\u2009! Je m&rsquo;unis \u00e0 vous, je m&rsquo;abandonne \u00e0 vous et me\u2006redonne tout enti\u00e8re \u00e0 votre pur amour.<\/p><p>J&rsquo;ai trouv\u00e9 la v\u00e9ritable joie, la seule qu&rsquo;il soit permis d&rsquo;envier\u2009: celle de vivre pour les autres et pour leur bonheur surnaturel et divin. Je me sens des d\u00e9sirs immenses de rayonner la v\u00e9rit\u00e9 et de r\u00e9pandre l&rsquo;amour, de semer en d&rsquo;autres \u00e2mes les tr\u00e9sors spirituels qui abondent en moi tous les jours.<\/p><p>Oui, le z\u00e8le de la maison de Dieu me d\u00e9vore, le d\u00e9sir de me sacrifier pour tous m&rsquo;opprime sans cesse, et c&rsquo;est ce qui me pousse au-devant de toutes les souffrances, de toutes les peines et des tribulations.<\/p><p>N&rsquo;avais-je pas demand\u00e9 jadis, non pas un martyre, mais tous les martyres de tous les saints des si\u00e8cles pass\u00e9s, pr\u00e9sents et \u00e0 venir\u2009? Quoi d&rsquo;\u00e9tonnant si je veux maintenant non pas une \u00e2me, mais toutes les \u00e2mes pour les donner \u00e0 Dieu\u2009? non pas une vie, mais tous les si\u00e8cles pour aimer et faire aimer l&rsquo;Amour\u2009?<\/p><p>Il ne me faut rien moins que l&rsquo;immensit\u00e9 des temps, l&rsquo;immensit\u00e9 des espaces et la totalit\u00e9 des \u00e2mes pour remplir l&rsquo;immensit\u00e9 de mon coeur assoiff\u00e9 d&rsquo;amour.<\/p><p>Tout mon \u00eatre est sans r\u00e9serve livr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Amour\u2009!&#8230; Ma vie toute \u00ab\u2009in coelis\u2009\u00bb semble n&rsquo;\u00eatre plus qu&rsquo;une douce et suave effusion d&rsquo;amour, qu&rsquo;une longue et fervente aspiration vers Dieu, une marche exaltante vers l&rsquo;\u00e9ternelle vie.<\/p><p>Je n&rsquo;ai maintenant vraiment plus qu&rsquo;un r\u00eave, qu&rsquo;un d\u00e9sir, mais qui me passionne, qui me d\u00e9vore\u2009: celui d&rsquo;aimer et de faire aimer le Bon Dieu comme je l&rsquo;aime. Mes pri\u00e8res, mes actes, mes oraisons, mes souffrances n&rsquo;ont qu&rsquo;un but\u2009: r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 tous le secret du bonheur que je poss\u00e8de si pleinement, et donner Dieu, le donner \u00e0 tous et le donner toujours&#8230; Donc, me laisser immoler, me laisser consumer et d\u00e9vorer par l&rsquo;Amour, pour la sanctification de tous, pour attirer les \u00e2mes et toutes les \u00e2mes \u00e0 Dieu, pour les emporter sur les plus hauts sommets de la Montagne qui est le Christ, dans l&rsquo;immuable tranquillit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9ternel silence de la sainte Trinit\u00e9. L\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on aime, o\u00f9 l&rsquo;on vit de la grande et belle vie du Dieu tout amour, o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;entretient avec lui en des colloques des plus intimes et des plus d\u00e9licieux&#8230;<\/p><p>A quelle hauteur, sur quel sommet, dans quelle inimaginable lumi\u00e8re le Seigneur porterait nos \u00e2mes, si nous savions r\u00e9pondre \u00e0 ses appels d&rsquo;amour et profiter de toutes les gr\u00e2ces qu&rsquo;il nous offre\u2009! Que ma belle vie d&rsquo;amour, que ma lente agonie produise des fruits, de beaux fruits \u00e9ternels\u2009!<\/p><p>Que mon si grand bonheur, que ma belle union de ce jour, serve magnifiquement \u00e0 tous, qu&rsquo;elle soit donn\u00e9e \u00e0 tous pour la plus grande gloire de Dieu.<\/p><p>^ 1 novembre 1932 (mardi)<\/p><p>Ainsi que vous m&rsquo;en avez donn\u00e9 l&rsquo;ordre, je veux vous donner, mon p\u00e8re, ce que J\u00e9sus fait en moi ces temps-ci\u2009: Il me m\u00e8ne toujours par la m\u00eame voie qui fut la sienne et celle de Regina Martyrum. Il me semble que mon divin Ma\u00eetre me veut comme marqu\u00e9e du double sceau de la douleur et de la puret\u00e9 de ma M\u00e8re. Il me laisse entendre que, comme elle a \u00e9t\u00e9 ma Ma\u00eetresse \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de son Coeur et ma M\u00e9diatrice pour en recevoir toute gr\u00e2ce, elle sera maintenant ma Souveraine et ma M\u00e8re dans le grand acte de l&rsquo;oblation&#8230; J&rsquo;aime tant en effet tout remettre aveugl\u00e9ment entre les mains de cette tendre et bien-aim\u00e9e M\u00e8re, dont la protection se fait de plus en plus sentir \u00e0 son enfant. Pour ne pas voir ma confiance d\u00e9pass\u00e9e par les bienfaits de la Sainte Vierge, il me faut esp\u00e9rer d&rsquo;elle des choses sans limite.<\/p><p>Le jour de l&rsquo;octave de la Toussaint, en lisant un peu d&rsquo;Evangile avec maman, je me sentais pouss\u00e9e \u00e0 ce commentaire des b\u00e9atitudes\u2009:<\/p><p>Bienheureuses les petites \u00e2mes hosties, pauvres de tout et d&rsquo;elles-m\u00eames, parce qu&rsquo;elles vivent dans la pens\u00e9e de Dieu, elles jouissent de la compagnie du Fils et sont pleinement rassasi\u00e9es par l&rsquo;Amour.<\/p><p>Bienheureuses les petites \u00e2mes hosties, douces \u00e0 Dieu et au prochain, car la douceur divine les poss\u00e8de et elles poss\u00e8dent tous les coeurs.<\/p><p>Bienheureuses les petites \u00e2mes hosties qui pleurent, car dans leurs larmes elles trouveront une source de consolations.<\/p><p>Bienheureuses les petites \u00e2mes hosties qui ont faim et soif de la justice, car elles seront abondamment rassasi\u00e9es.<\/p><p>Bienheureuses les petites \u00e2mes hosties, mis\u00e9ricordieuses \u00e0 tous et dispensatrices des divines mis\u00e9ricordes, parce qu&rsquo;elles-m\u00eames seront trait\u00e9es avec mis\u00e9ricorde.<\/p><p>Bienheureuses les petites \u00e2mes hosties au coeur pur, car elles verront Dieu dans une foi voyante et vivante, sur la terre comme au ciel.<\/p><p>Bienheureuses les petites \u00e2mes hosties de paix, parce qu&rsquo;elles savent qu&rsquo;elles sont les enfants ch\u00e9ries du Bon Dieu.<\/p><p>Bienheureuses les petites \u00e2mes hosties, pers\u00e9cut\u00e9es pour la justice, parce que le royaume des cieux leur appartient\u2009: ayant part aux souffrances et aux humiliations du Seigneur, elles auront part \u00e0 sa gloire.<\/p><p>J\u00e9sus a dit\u2009: vous serez heureuses lorsque vous serez trait\u00e9es en hosties par le monde qui m\u00e9conna\u00eet et pers\u00e9cute l&rsquo;hostie.<\/p><p>Ainsi je me r\u00e9jouis d&rsquo;\u00eatre de plus en plus identifi\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Hostie toujours m\u00e9connue, pers\u00e9cut\u00e9e, outrag\u00e9e et blasph\u00e9m\u00e9e, parce que Dieu est d\u00e9j\u00e0 sur cette terre mon infinie r\u00e9compense\u2009; et que, petite hostie aim\u00e9e du P\u00e8re c\u00e9leste, j&rsquo;ai part \u00e0 la b\u00e9atitude du Fils dans le divin sacrement, parce que je communie \u00e0 ses souffrances et me conforme \u00e0 sa mort.<\/p><p>Ainsi ma ligne de conduite reste \u00e0 travers tout l&rsquo;adoration silencieuse. C&rsquo;est ma mani\u00e8re de pratiquer l&rsquo;humilit\u00e9, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et l&rsquo;amour. Ah\u2009! que je serais heureuse, mon p\u00e8re, de chanter ses mis\u00e9ricordes, mais je suis si habitu\u00e9e \u00e0 me taire&#8230;<\/p><p>Je ne peux gu\u00e8re faire les choses sans y \u00eatre port\u00e9e par Lui, et il me porte peu \u00e0 parler&#8230; Et puis, il y aurait tant de choses \u00e0 dire, que je ne sais souvent plus lesquelles choisir. Alors, je demeure simplement en lui et me laisse aller \u00e0 son action au moment m\u00eame, persuad\u00e9e que, si insignifiantes qu&rsquo;elles soient, les choses que je vous dis sont celles qu&rsquo;il veut.<\/p><p>J&rsquo;\u00e9prouve une si grande joie quand je puis \u00e9pancher mon coeur plein d&rsquo;amour, et si je ne parle pas autant que vous le voudriez, ce n&rsquo;est pas, croyez-le, comme vous me le dites quelquefois \u00ab\u2009pour avoir plus de bonheur&#8230;\u2009\u00bb Cela vient de ce qu&rsquo;ayant trop de choses dans l&rsquo;\u00e2me, je n&rsquo;arrive jamais \u00e0 tout vous dire, mais je sais bien que je veux \u00eatre toujours tr\u00e8s ouverte avec vous.<\/p><p>Maman vous a dit, je crois, que lorsque j&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s mal, les secrets d&rsquo;amour ont un peu transparu \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. J&rsquo;en ai eu de la peine apr\u00e8s coup. Mais depuis que vous m&rsquo;avez dit que c&rsquo;\u00e9tait le Bon Dieu qui l&rsquo;avait voulu ainsi, je suis tranquille et heureuse comme avant.<\/p><p>La volont\u00e9 divine est toujours adorable et souverainement aimable. Il me laisse encore sur la terre et j&rsquo;en suis heureuse\u2009: c&rsquo;est tellement d\u00e9licieux de pouvoir souffrir encore et de tout donner&#8230;<\/p><p>_______________________<\/p><p>Index des principales r\u00e9f\u00e9rences Bibliques<\/p><p>\u00a0du Journal de Marthe Robin<\/p><p>Cliquer sur les num\u00e9ros de page pour acc\u00e9der au passage correspondant dans le Journal.<\/p><p>Ex 3.14 p. 369 \u2013 note \u00e0 ajouter<\/p><ol><li>438 \u2013 note \u00e0 ajouter<\/li><\/ol><p>Dt 6.5\u00a0\u00a0 p. 249 \u2013 note 1<\/p><p>Ps 50\u00a0\u00a0\u00a0 p. 313 \u2013 note b<\/p><p>Ps 67.2\u00a0 p. 292 \u2013 note 1<\/p><p>Ps 89.10\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 150 \u2013 note 3<\/p><p>Ps 90.1\u00a0 p. 505 \u2013 note 5<\/p><p>Ps 91.5-6\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 513 \u2013 note 2<\/p><p>Ps 112.5-6\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 388 \u2013 note 2<\/p><p>Ps 112.7\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 510 \u2013 note 1<\/p><p>Pr. 8.31 p. 218 \u2013 note 2<\/p><p>Pr. 8.31 p. 265 \u2013 note 2<\/p><p>Pr 9.4\u00a0\u00a0\u00a0 p. 281 \u2013 note 1<\/p><p>Ct 3.4\u00a0\u00a0 p. 83 \u2013 note 2<\/p><ol><li>279 \u2013 note 1<\/li><\/ol><p>Si 7.36\u00a0\u00a0 p. 172 \u2013 note 3<\/p><p>Is 52.11 p. 209 \u2013 note 1<\/p><p>Is 55.8\u00a0\u00a0 p. 297 \u2013 note 1<\/p><p>Is 57.21 p. 204 \u2013 note 2<\/p><p>Za 9.17 p. 218 \u2013 note 3<\/p><p>Mt 5.6\u00a0\u00a0 p. 200 \u2013 note 1<\/p><p>Mt 5.7\u00a0\u00a0 p. 206 \u2013 note 1<\/p><p>Mt 5.10 p. 200 \u2013 note 1<\/p><ol><li>206 \u2013 note 2<\/li><\/ol><p>Mt 6.33 p. 124 \u2013 note 1<\/p><p>Mt 7.14 p. 372 \u2013 note 2<\/p><p>Mt 9.12 p. 254 \u2013 note 1<\/p><p>Mt 11.12\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 150 \u2013 note \u00e0 ajouter<\/p><p>Mt 11.25\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 99 \u2013 note 1<\/p><p>Mt 11.25-26\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 421 \u2013 note 1<\/p><p>Mt 16.24\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 280 \u2013 note 1<\/p><p>Mt 19.14\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 254 \u2013 note 2<\/p><p>Mt 28.20\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 53 \u2013 note 3<\/p><p>Lc 6.19\u00a0 p. 88 \u2013 note 2<\/p><p>Lc 12.49\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 66 \u2013 note 3<\/p><ol><li>492 \u2013 note 1<\/li><\/ol><p>Lc 23.34\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 208 \u2013 note 1<\/p><p>Lc 24.26\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 222 \u2013 note 2<\/p><p>Jn 1.5\u00a0\u00a0\u00a0 p. 124 \u2013 note 2<\/p><p>Jn 1.14\u00a0 p. 54 \u2013 note 2<\/p><p>Jn 6.54\u00a0 p. 218 \u2013 note 3<\/p><p>Jn 10.10 p. 210 \u2013 note 1<\/p><p>Jn 10.18 p. 221 \u2013 note 2<\/p><p>Jn 13.33 p. 224 \u2013 note 1<\/p><p>Jn 13.36 p. 224 \u2013 note 1<\/p><p>Jn 14.1\u00a0 p. 224 \u2013 note 1<\/p><p>Jn 14.2-3\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 224 \u2013 note 2<\/p><p>Jn 14.6\u00a0 p. 418 \u2013 note 1<\/p><p>Jn 14.16-17\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 478 \u2013 note \u00e0 ajouter<\/p><p>Jn 14.18 p. 448 \u2013 note 1<\/p><p>Jn 14.23 p. 403 \u2013 note 1<\/p><ol><li>478 \u2013 note \u00e0 ajouter<\/li><\/ol><p>Jn 15.5\u00a0 p. 230 \u2013 note 1<\/p><ol><li>438 \u2013 note 3<\/li><\/ol><p>Jn 15.9\u00a0 p. 54 \u2013 note 1<\/p><p>Jn 15.13 p. 221 \u2013 note 3<\/p><p>Jn 16.7\u00a0 p. 223 \u2013 note 2<\/p><ol><li>478 \u2013 note \u00e0 ajouter<\/li><\/ol><p>Jn 20.23 p. 199 \u2013 note 1<\/p><p>Rm 8.28\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 364 \u2013 note 2<\/p><p>Rm 12.16\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 372 \u2013 note 4<\/p><p>Rm 15.3\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 120 \u2013 note 1<\/p><p>1 Co 1.29\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 373 \u2013 note 1<\/p><p>1 Co 4.7\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 373 \u2013 note 2<\/p><ol><li>438 \u2013 note \u00e0 ajouter<\/li><\/ol><p>1 Co 10.31\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 71 \u2013 note 1<\/p><p>1 Co 13 p. 127 \u2013 note 1<\/p><p>2 Co 4.15\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 508 \u2013 note 2<\/p><p>2 Co 7.4\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 97 \u2013 note 3<\/p><ol><li>97 \u2013 note 3<\/li><\/ol><p>2 Co 12.10\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 97 \u2013 note 2<\/p><p>Ga 5.24 p. 372 \u2013 note 3<\/p><p>Ph 1.21 p. 368 \u2013 note 1<\/p><p>Ph 1.23 p. 482 \u2013 note 1<\/p><p>Ph 3.20 p. 199 \u2013 note 2<\/p><p>Ph 4.13 p. 371 \u2013 note 1<\/p><p>Col 1.24\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 p. 363 \u2013 note 3<\/p><ol><li>490 \u2013 note \u00e0 ajouter<\/li><\/ol><p>Col 3.3\u00a0 p. 113 \u2013 note 1<\/p><ol><li>385 \u2013 note 1 \u00e0 ajouter<\/li><li>487 \u2013 note \u00e0 ajouter<\/li><\/ol><p>Jc 4.6\u00a0\u00a0\u00a0 p. 290 \u2013 note 1<\/p><ol><li>372 \u2013 note 5<\/li><\/ol><p>1 P 5.5\u00a0 p. 290 \u2013 note 1<\/p><ol><li>372 \u2013 note 5<\/li><\/ol><p>Cliquer ici pour un retour au d\u00e9but de la version num\u00e9rique du Journal<\/p><p>_______________________<\/p><p>Index par date du 25\/12\/1929 au 1\/11\/1932<\/p><p>Les dates de ce Journal sont donn\u00e9es par Marthe \u00e0 la fin de chacun de ses \u00e9crits. Un chapeau ^ montre que la date pointe le texte qui est au-dessus. A quelques rares exceptions, le Journal a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en s\u00e9quence selon l\u2019ordre chronologique. Le texte dont vous disposez dans la version num\u00e9rique respecte l\u2019ordre trouv\u00e9 dans les cahiers. Par contre, l\u2019index ci-dessous redonne les dates\u00a0 dans l\u2019ordre chronologique. En cliquant sur la date de votre choix vous acc\u00e8derez au d\u00e9but du passage correspondant dans le Journal. Vous pouvez \u00e9galement choisir une ann\u00e9e en cliquant sur celle de votre choix dans les tableaux qui sont propos\u00e9s juste apr\u00e8s l\u2019ann\u00e9e courante indiqu\u00e9e en bleu avec une taille de police plus importante.<\/p><p>1929<\/p><p>1930<\/p><p>1931<\/p><p>1932<\/p><p>25 d\u00e9cembre 1929 (mercredi) &#8211; No\u00ebl<\/p><p>26 d\u00e9cembre 1929 (jeudi)<\/p><p>31 d\u00e9cembre 1929 (mardi)<\/p><p>1930\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/p><p>1929<\/p><p>1931<\/p><p>1932<\/p><p>Janvier<\/p><p>31 \u2013 1er janvier 1930 (mardi-mercredi)<\/p><p>2 janvier 1930 (jeudi)<\/p><p>3 janvier 1930 (vendredi)<\/p><p>4 janvier 1930 (samedi)<\/p><p>5 janvier 1930 (dimanche) &#8211; a<\/p><p>5 janvier 1930 (dimanche) &#8211; b<\/p><p>6 janvier 1930 (lundi)<\/p><p>7 janvier 1930 (mardi)<\/p><p>9 janvier 1930 (jeudi)<\/p><p>10 janvier 1930 (vendredi)<\/p><p>11 janvier 1930 (samedi)<\/p><p>12 janvier 1930 (dimanche)<\/p><p>17 janvier 1930 (vendredi)<\/p><p>22 janvier 1930 (mercredi) &#8211; a<\/p><p>22 janvier 1930 (mercredi) &#8211; b<\/p><p>23 janvier 1930 (jeudi) 2nd cahier<\/p><p>26 janvier 1930 (dimanche)<\/p><p>29 janvier 1930 (mercredi)<\/p><p>F\u00e9vrier<\/p><p>2 f\u00e9vrier 1930 (dimanche)<\/p><p>3 f\u00e9vrier 1930 (lundi) &#8211; a<\/p><p>3 f\u00e9vrier 1930 (lundi) &#8211; b<\/p><p>5 f\u00e9vrier 1930 (mercredi)<\/p><p>8 f\u00e9vrier 1930 (samedi)<\/p><p>10 f\u00e9vrier 1930 (lundi)<\/p><p>12 f\u00e9vrier 1930 (mercredi) &#8211; a<\/p><p>12 f\u00e9vrier 1930 (mercredi) &#8211; b<\/p><p>14 f\u00e9vrier 1930 (vendredi)<\/p><p>16 f\u00e9vrier 1930 (dimanche)<\/p><p>18 f\u00e9vrier 1930 (mardi)<\/p><p>20 f\u00e9vrier 1930 (jeudi)<\/p><p>22 f\u00e9vrier 1930 (samedi)<\/p><p>24 f\u00e9vrier 1930 (lundi)<\/p><p>25 f\u00e9vrier 1930 (mardi)<\/p><p>27 f\u00e9vrier 1930 (jeudi)<\/p><p>28 f\u00e9vrier 1930 (vendredi)<\/p><p>Mars<\/p><p>1er mars 1930 (samedi)<\/p><p>2 mars 1930 (dimanche)<\/p><p>3 mars 1930 (lundi)<\/p><p>4 mars 1930 (mardi)<\/p><p>5 mars 1930 (mercredi)<\/p><p>6 mars 1930 (jeudi)<\/p><p>7 mars 1930 (vendredi)<\/p><p>8 mars 1930 (samedi)<\/p><p>10 mars 1930 (lundi)<\/p><p>12 mars 1930 (mercredi)<\/p><p>13 mars 1930 (jeudi)<\/p><p>15 mars 1930 (samedi)<\/p><p>18 mars 1930 (mardi)<\/p><p>19 mars 1930 (mercredi)<\/p><p>20 mars 1930 (jeudi)<\/p><p>22 mars 1930 (samedi)<\/p><p>23 mars 1930 (dimanche)<\/p><p>24 mars 1930 (lundi)<\/p><p>25 mars 1930 (mardi)<\/p><p>27 mars 1930 (jeudi)<\/p><p>28 mars 1930 (vendredi)<\/p><p>29 mars 1930 (samedi)<\/p><p>31 mars 1940 (lundi)<\/p><p>Avril<\/p><p>1er avril 1930 (mardi)<\/p><p>3 avril 1930 (jeudi)<\/p><p>4 avril 1930 (vendredi)<\/p><p>5 avril 1930 (samedi) \u2013 M\u00e9ditation<\/p><p>6 avril 1930 (dimanche)<\/p><p>7 avril 1930 (lundi)<\/p><p>8 avril 1930 (mardi)<\/p><p>Fin du 1er cahier<\/p><p>D\u00e9but du 2nd cahier<\/p><p>Aux \u00e2mes chr\u00e9tiennes<\/p><p>6 avril 1930 (dimanche) 2nd cahier<\/p><p>9 avril 1930 (mercredi)<\/p><p>12 avril 1930 (samedi)<\/p><p>15 avril 1930 (mardi saint)<\/p><p>18 avril 1930 (vendredi saint)<\/p><p>19 avril 1930 (samedi saint)<\/p><p>21 avril 1930 (lundi de P\u00e2ques)<\/p><p>25 avril 1930 (vendredi)<\/p><p>29 avril 1930 (mardi)<\/p><p>Mai<\/p><p>5 mai 1930 (lundi)<\/p><p>12 mai 1930 (lundi)<\/p><p>16 mai 1930 (vendredi)<\/p><p>Juin<\/p><p>23 juin 1930 (lundi)<\/p><p>28 juin 1930 (samedi)<\/p><p>Juillet<\/p><p>2 juillet 1930 (mercredi)<\/p><p>23 juillet 1930 (mercredi)<\/p><p>24 juillet 1930 (jeudi)<\/p><p>25 juillet 1930 (vendredi)<\/p><p>Ao\u00fbt<\/p><p>8 ao\u00fbt 1930 (vendredi)<\/p><p>15 ao\u00fbt 1930 (vendredi)<\/p><p>16 ao\u00fbt 1930 (samedi)<\/p><p>17 ao\u00fbt 1930 (dimanche)<\/p><p>18 ao\u00fbt 1930 (lundi)<\/p><p>28 ao\u00fbt 1930 (jeudi)<\/p><p>Septembre<\/p><p>7 septembre (dimanche)<\/p><p>8 septembre (lundi &amp; communion)<\/p><p>20 septembre (samedi)<\/p><p>22 septembre (lundi)<\/p><p>29 septembre (lundi)<\/p><p>Octobre<\/p><p>1er octobre (lundi)<\/p><p>3 octobre (vendredi)<\/p><p>8 octobre (mercredi)<\/p><p>12 octobre (dimanche)<\/p><p>13 octobre (lundi)<\/p><p>19 octobre (dimanche)<\/p><p>26 octobre (dimanche)<\/p><p>Novembre<\/p><p>7 novembre (vendredi)<\/p><p>10 novembre (lundi)<\/p><p>14 novembre (vendredi)<\/p><p>26 novembre (mercredi)<\/p><p>D\u00e9cembre<\/p><p>5 d\u00e9cembre (vendredi) \u2013 a<\/p><p>5 d\u00e9cembre (vendredi) &#8211; b<\/p><p>8 d\u00e9cembre (lundi)<\/p><p>13 d\u00e9cembre (samedi) \u2013 a<\/p><p>13 d\u00e9cembre (samedi) &#8211; b<\/p><p>No\u00ebl 1930<\/p><p>29 d\u00e9cembre (lundi)<\/p><p>31 d\u00e9cembre (mercredi)<\/p><p>1931<\/p><p>1929<\/p><p>1930<\/p><p>1932<\/p><p>Janvier<\/p><p>1er janvier (jeudi)<\/p><p>3 janvier (samedi)<\/p><p>6 janvier (mardi)<\/p><p>9 janvier (vendredi)<\/p><p>15 janvier (jeudi)<\/p><p>19 janvier (lundi)<\/p><p>25 janvier (dimanche)<\/p><p>26 janvier (lundi)<\/p><p>F\u00e9vrier<\/p><p>2 f\u00e9vrier (lundi)<\/p><p>7 f\u00e9vrier (samedi)<\/p><p>19 f\u00e9vrier (jeudi)<\/p><p>22 f\u00e9vrier (dimanche)<\/p><p>24 f\u00e9vrier (mardi)<\/p><p>27 f\u00e9vrier (vendredi)<\/p><p>Mars<\/p><p>1er mars (dimanche)<\/p><p>4 mars (mercredi)<\/p><p>6 mars (vendredi)<\/p><p>8 mars (dimanche)<\/p><p>D\u00e9but du 3\u00e8me cahier<\/p><p>Souvenez-vous, Reine du saint Rosaire<\/p><p>Sainte Th\u00e9r\u00e8se, daigne sourire \u2013 3 octobre<\/p><p>Ao\u00fbt<\/p><p>29 ao\u00fbt 1931 (samedi)<\/p><p>Septembre<\/p><p>1 septembre (mardi)<\/p><p>7 septembre (lundi)<\/p><p>8 septembre (mardi) \u2013 plac\u00e9 apr\u00e8s le 17<\/p><p>17 septembre (jeudi)<\/p><p>27 septembre (dimanche)<\/p><p>29 septembre (mardi)<\/p><p>30 septembre (mercredi) \u2013 le dernier sourire\u2026<\/p><p>Octobre<\/p><p>3 octobre 1931 (samedi)<\/p><p>7 octobre 1931 (mercredi)<\/p><p>9 octobre 1931 (vendredi)<\/p><p>11 octobre 1931 (dimanche)<\/p><p>13 octobre 1931 (mardi)<\/p><p>17 octobre 1931 (samedi)<\/p><p>20 octobre 1931 (mardi)<\/p><p>Novembre<\/p><p>2 novembre 1931 (lundi)<\/p><p>6 novembre 1931 (vendredi)<\/p><p>14 novembre 1931 (samedi)<\/p><p>23 novembre 1931 (lundi)<\/p><p>28 novembre 1931 (samedi)<\/p><p>D\u00e9cembre<\/p><p>4 d\u00e9cembre 1931 (vendredi)<\/p><p>9 d\u00e9cembre 1931 (mercredi)<\/p><p>25 d\u00e9cembre 1931 (vendredi) \u2013 No\u00ebl<\/p><p>1932<\/p><p>1929<\/p><p>1930<\/p><p>1931<\/p><p>Janvier<\/p><p>12 janvier (mardi)<\/p><p>16 janvier (samedi)<\/p><p>26 janvier (mardi)<\/p><p>28 janvier (jeudi)<\/p><p>F\u00e9vrier<\/p><p>2 f\u00e9vrier (mardi)<\/p><p>7 f\u00e9vrier (dimanche)<\/p><p>15 f\u00e9vrier (lundi)<\/p><p>20 f\u00e9vrier (samedi)<\/p><p>26 f\u00e9vrier (vendredi)<\/p><p>Mars<\/p><p>10 mars (jeudi)<\/p><p>11 mars (vendredi)<\/p><p>25 mars (vendredi saint) \u2013 Ann\u00e9e sainte.<\/p><p>28 mars (lundi de P\u00e2ques)<\/p><p>29 mars (mardi)<\/p><p>30 mars (mercredi)<\/p><p>Avril<\/p><p>4 avril (lundi)<\/p><p>14 avril (jeudi)<\/p><p>16 avril (samedi)<\/p><p>23 avril (samedi)<\/p><p>Mai<\/p><p>5 mai (jeudi) &#8211; Ascension<\/p><p>11 mai (mercredi)<\/p><p>14 mai (samedi)<\/p><p>23 mai (lundi)<\/p><p>Juin<\/p><p>12 juin (dimanche)<\/p><p>19 juin (dimanche)<\/p><p>27 juin (lundi)<\/p><p>Juillet<\/p><p>7 juillet (jeudi)<\/p><p>16 juillet (samedi)<\/p><p>21 juillet (jeudi)<\/p><p>28 juillet (jeudi)<\/p><p>Ao\u00fbt<\/p><p>2 ao\u00fbt (mardi)<\/p><p>11 ao\u00fbt (jeudi)<\/p><p>26 ao\u00fbt (vendredi)<\/p><p>29 ao\u00fbt (lundi)<\/p><p>Septembre<\/p><p>11 septembre (dimanche)<\/p><p>19 septembre (lundi)<\/p><p>Octobre<\/p><p>15 octobre (samedi)<\/p><p>Novembre<\/p><p>1 novembre (mardi)<\/p><p>Derniers paragraphes du 3\u00e8me cahier.<\/p><p>Cliquer sur une des ann\u00e9es ci-dessous pour remonter o\u00f9 vous le souhaitez dans l\u2019index par date.<\/p><p>1929<\/p><p>1930<\/p><p>1931<\/p><p>1932<\/p><p>Ou cliquer ici pour un retour au d\u00e9but de la version num\u00e9rique du Journal<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marthe Robin Sa vie Son journal Journal de Marthe Robin version num\u00e9rique \u00a9 Editions Foyer de Charit\u00e9 Cette version num\u00e9rique du Journal de Marthe Robin permet d\u2019acc\u00e9der aux sources que Marthe a utilis\u00e9es dans l\u2019\u00e9tat actuel de nos connaissances. 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